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 Never die alone. [ Kaylhen. L ]

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Aristide Tetropoulos
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MessageSujet: Never die alone. [ Kaylhen. L ]   Dim 27 Juin - 18:40

J’avais passé la journée à aider de tous les côtés, et très sincèrement, j’étais très fatigué. Ca avait surtout été du nettoyage et du rangement dans les salles communes, parce là, ça devenait vraiment le boxon. Même si en général tout le monde faisait attention, il suffisait de quelques jours sans entretient pour que tout soit crade, et comme je ne pensais pas dutout que le ménage était une affaire de femme, j’avais aidé à récurer les douches et autres, ce qui était, vu le nombre de passages par journée, une tâche non négligeable. Puis j’avais été à la plonge après le repas, et à 16 avais aidé à donner le goûter aux enfants. A dire vrai ça avait été mon moment préféré aujourd’hui, parce que les enfants et moi, ça avait toujours collé. Je les adorais, je ne sais pas pourquoi. Peut être à cause de ce sourire plein de gaîté que l’on ne trouvait plus sur le visage des adultes, ou de ce rire cristallin qui fusait pour un rien. Être avec eux avait la senteur d’un autre monde, où la joie et la bonne humeur étaient beaucoup plus présentes. J’avais donc assisté les mamans contentes de pouvoir un peu se reposées sur moi et avoir une minute de répit. Ca me faisait plaisir de les aider. Par contre, mon aide tourna vite court. Alors que j’essayais d’ouvrir une brique de jus d’orange pour les gamins, je m’en suis renversé un quart dessus, me tachant et devant ainsi aller me changer. Adieu petite chemise blanche. M’éclipsant rapidement de la salle à manger, je marchai d’un pas rapide vers ma chambre afin d’y changer de haut, saluant au passage les différents visages que je croisais d’un sourire chaleureux. Je connaissais beaucoup de ces visages étant là depuis un certain temps déjà, seulement peu me souriaient en retour. Et je ne pouvais pas leur en vouloir, au fond. J’avais moi-même mis du temps pour me réhabituer à la vie en communauté, aux règles de bienséances, et me voyais difficilement leur reprocher leur froideur. Seulement, cela me faisait un peu de peine ; demeurer seul et reclus, enfermer sur soi-même, ça n’aide pas dutout. C’est même l’une des pires choses que l’on puisse faire.

C’est sur ces réflexions que je remarquais une silhouette familière à quelques mètres de moi. Un nouveau sourire illumina mon visage, c’était Kaylhen.

Kaylhen, ou plutôt Kay, était certes arrivée il y a quelques semaines, mais je l’aimais déjà beaucoup. Je lui avais parlé relativement tôt et avais tout de suite apprécié son tempérament frais et pétillant propres aux jeunes personnes, même si elle n’avait pas spécialement le moral au début. Je suppose qu’Ethan a été relativement sec avec elle car elle semblait surtout paumée, mais assez vite, elle se détendit et je pu lui parler librement. Depuis, j’essaye de lui parler chaque jour. Quand on vit ensemble 24h/24, il est très facile de savoir avec qui on s’entend bien ou non, beaucoup plus que dans la vie normale d’autrefois, et il se trouvait qu’elle faisait partie des gens avec qui je m’entendais très bien. Elle était drôle, gentille, mais surtout très jolie. Inutile de s’en cacher, je n’étais pas insensible à son charme, même si je n’envisageais aucune relation, ni même ne la draguais. Assez petite, fine, les yeux bleus et les cheveux bruns, je m’amusais à détailler ses atouts, mais en toute franchise, je le répète, ne tentais rien. Je n’y pensais même pas. Il était seulement très agréable de parler avec quelqu’un de sympathique et de surcroît beau. Et puis de toute façon elle était beaucoup trop jeune. Il n’empêche qu’aujourd’hui je ne l’avais pas encore vu, même pas à l’heure du repas. Je tâchais donc d’accélérer le pas afin de la rattraper et la saluer.

« Kay ! Attend ! »

Lorsqu’elle se retourna, je m’arrêtai. Elle avait le regard vide, les traits tirés, semblait mal au point. D’habitude radieuse, je fus dérouté de la trouver comme ça, et m’inquiétais immédiatement :

« Ca va ? Tu as l’air… fatiguée. »

Je scrutais son visage, anxieux. Je détestais voir les gens que j’apprécie tristes ou malades, et les gens de la communauté n’échappaient pas à la règle. Voyant qu’elle s’apprêtait à esquiver ma question, je ne réfléchis pas et lui attrapa le bras, l’entraînant contre moi, mon propre bras sur son épaule.

« Toi, j’te lâche pas tant que tu ne m’auras pas expliqué tes soucis. »

Sur quoi je lui adressai un petit clin d’œil complice, et l’entraînai à mes côtés dans ma chambre, à l’abri des regards, où elle pourrait éventuellement se confier plus facilement.
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MessageSujet: Re: Never die alone. [ Kaylhen. L ]   Lun 28 Juin - 10:13

Je marchais dans les couloirs en rasant plus ou moins les murs. Je restais dans les coins sombres pour échapper aux regards des autres personnes. Vu l’état pitoyable dans lequel j’étais, je n’avais pas envie qu’on me regarde de haut en bas et encore moins de me retrouver à l’infirmerie. Foutue infirmerie. Je n’étais pas contre les infirmières et les médecins. Ils faisaient leur métier -pour le peu qu’il restait de personnes qui avaient fait ce boulot- ils guérissaient les malades. Seulement, ils n’étaient pas du tout favorables à ma toxicomanie. Réaction normale.

La toxicomanie était d’ailleurs la cause de mon attitude. Il y a quelques jours j’étais allée chez Dick. J’avais réussi à sortir avec l’aide d’un des gardiens qui surveillait les entrées. J’avais facilement gagné sa sympathie, et ce n’était pas le seul. Bien sur ces sorties restaient entre eux et moi. J’avais comme à l’habitude, récupéré mon petit paquet de drogue et l’avais planqué. Mais pas dans ma chambre, dans la communauté. J’en avais mis un petit peu dans un sachet, du moins suffisamment pour pouvoir subvenir à mes besoins trois ou quatre fois. Mais le petit paquet dans lequel j’avais isolé un peu de cocaïne c’était trop vite épuisé à mon goût. Et je ne me souvenais plus de l’endroit où j’avais planqué le gros paquet. J’avais mis toute ma chambre sens dessus dessous alors que je savais très bien que la drogue ne s’y trouvait pas. J’avais fouillé le plus discrètement possible quelques endroits de la communauté. Mais pas la communauté entière. C’était beaucoup trop grand et mes forces s’épuisaient de plus en plus. Et puis aller fouiller un quelconque endroit sans se faire repérer par des personnes était un peu compliqué. Il y avait un peu plus de cent individus dans la communauté. Ne pas se faire dévisager alors qu’on fouille à la fois avec rage et minutie un certain endroit était donc quasiment impossible. J’avais essayé d’être discrète. Il y avait toujours une personne qui était là pour proposer son aide. Je me voyais mal dire « Récemment, j’ai planqué mon sachet de coke et je ne le trouve plus, un peu d’aide ne serait pas de refus. ». J’avais donc vite abandonné mes perquisitions pour laisser place à une déprime. Ne pas trouver son sachet et savoir qu’une crise de manque allait se faire ressentir vous mettez facilement le moral à zéro.

Je ne souriais pas, restais dans mon coin, c’était un comportement inhabituel chez moi. En plus de ça, j’étais assez nerveuse puisque je savais que j’allais passer un sale moment. Aussi, à midi je m’étais présentée au réfectoire, histoire de montrer un comportement qui aurait pu paraître le plus normal possible. Mais je n’avais pas touché à mon assiette. Je n’avais pas voulu gaspiller la nourriture et l’avais donc donné aux personnes qui se trouvaient à côté de moi sans m’attarder sur une quelconque discussion sur la raison de mon petit appétit.

J’avais encore un peu cherché en n’y croyant plus. Puis un peu plus tard dans l’après-midi, j’avais quand même essayé d’aider à faire de quelconques taches. Mais peu de temps après, sous prétexte que j’étais trop fatiguée, j’avais pu abandonner mon poste. Je l’avouais, je trouvais ça assez lâche. Mais, je n’étais pas en état de faire quoi que ce soit. Trop fatiguée et donc faible, j’étais allée me reposer un peu dans ma chambre. Du moins, c’est ce que j’avais espérer. Je ne réussis même pas à m’assoupir. Je ressortai de ma chambre, après avoir essayé de la ranger et errais dans les couloirs. J’avais un teint un peu cireux, de grosses cernes et le regard n’exprimant rien d’autre que le vide.

Dans ces moments-là, pour les toxicos, on a toujours tendance à se remettre en question. En tout cas, personnellement, c’était ce qu’il m’arrivait. La question qui me revenait souvent en tête était « Pourquoi est-ce que je suis encore vivante ? » ce qui collait plutôt bien au contexte de l’après guerre. Je me demandais pourquoi est-ce que j’avais survécu à la guerre. Pourquoi ce n’était pas moi qui avait était assassinée à la place de Logan. Pourquoi je ne m’étais pas faite écrasée par les immeubles. Et tant d’autre chose… Toute ma famille était morte, en supposant que ma petite sœur le soit également et c’était moi, la plaie, qui avait survécu. Celle qui ne travaillait pas. Celle qui était la plus insolente avec ses parents. Celle qui faisait plein de conneries. Celle qui se droguait. C’était tellement illogique. Tellement injuste pour Logan, le grand frère complice et protecteur. Pour Lyzee, la gosse innocente de dix ans. Pour papa et maman, ceux qui nous avaient mis au monde. Pour Liam, que j’aimais malgré son rôle de « deuxième père ». Et moi, qui ne méritais même pas d’avoir survécu.

Un communautaire me frôla, j’aperçus un sourire sur son visage mais baissai rapidement la tête. Hors de question qu’il me voit, il allait vouloir m’emmener à l’infirmerie. Je continuais donc mon chemin, tel un cadavre errant inconsciemment. En poussant un soupir, je me frottais les yeux avec la paume de ma main. Puis quelqu’un me héla ce qui me valut un petit sursaut. Aristide. J’avais reconnu sa voix. En même temps, je l’aurais reconnu entre mille. Seulement, j’aurais tellement voulu ne pas le croiser. Pas maintenant. Pas comme ça. Pas avant la crise de manque.

Je l’avais rencontré à mon arrivée. Il avait été très ouvert et s’était montré vraiment sympathique. J’étais paumée et même réticente à son égard. Mais ce n’était qu’au début. J’avais appris à le connaitre rapidement. En même temps, on vivait au même endroit et on se croisait souvent plusieurs fois dans une journée. Forcément, on apprend à se connaitre beaucoup plus vite. Malgré nos huit années d’écarts, on s’entendait à merveille. Il était vraiment adorable. Il n’en existait qu’un comme ça sur Terre. Et en plus de ça altruiste et enjoué. Souvent, il apportait la joie partout où il allait. Comme s’il y avait une aura irradiant de gaieté qui l’entourait. Il était toujours en train de sourire mais parfois assez susceptible. Chacun ses défauts après tout.

Je me retournais et lui fis face. Immédiatement, je m’en voulus. En prenant du recul, je n’avais pas tellement réfléchi. J’aurais du partir, ne pas lui répondre pour qu’il ne voit pas l’état dans lequel j’étais. Mais si je l’évitais, il risquait de mal le prendre et je ne voulais pas le blesser.

« Ca va ? Tu as l’air… fatiguée. »

A sa question, je ne pris même pas la peine de répondre. Je voyais bien qu’il s’inquiétait et je ne voulais pas parler de mon cas. Il ne savait pas que j’étais une junkie. Je ne voulais pas lui dire. Je désirais que personne ne le sache. Bien sur, j’avais échoué dès le premier jour puisqu’Ethan et Katarina étaient au courant. Mais je leur faisais assez confiance pour qu’ils n’en parlent à personne. Et ce n’était pas que je n’avais pas confiance en Aristide, bien au contraire, mais je redoutais sa réaction. Et puis même, quand on sait qu’un certain individu se drogue, les personnes ont plutôt tendances à le montrer du doigt en l’évitant. Et c’est ce que je ne voulais pas. Je détournai le regard et commençai à faire demi-tour. L’éviter ne serait pas si horrible que ça. S’il fallait que je remue ciel et terre pour qu’il me pardonne, je le ferais sans hésiter. Du moment qu’il ne me voyait pas dans cet état lamentable. Il m’attrapa par le bras et me tira à lui. Un peu trop brusquement à mon goût. Bien sur, ce qu’il me dit je m’y attendais. Ainsi, malgré moi, un petit sourire apparut sur mes lèvres. Il m’entraina dans sa marche et je ne protestai même pas. Je n’en avais pas la force. J’étais épuisée et je n’avais pas envie de me lancer dans de longues discussions avec Aristide. Je voulais juste retrouver ma cocaïne. En chemin, je lui demandais tout de même d’une voix un peu faible.

« Où est-ce que tu m’emmènes, Ari ? »

Il nous emmena dans sa chambre. Ca sentait la confidence à plein nez. Néanmoins, les drogues dures et moi, ça devait rester secret. Et je me disais bien qu’Aristide n’allait sûrement pas me laisser m’en aller. Le problème, c’était que j’étais également têtue. Je jetais un coup d’œil à la pièce et allai m’asseoir sur le sol en face de la porte, m’adossant au mur. Je baissai la tête et m’essuyai le visage où la sueur commençait à perler. Je cachai mon visage dans mes mains et fermai les yeux. Il fallait que je réfléchisse, et vite. Comment tout lui dire ? D’une manière douce, en racontant comment j’étais tombée dedans ou brutale, sans tourner autour du pot ? Je ne pouvais pas simuler une maladie au risque de me retrouver à l’infirmerie. Et je ne pouvais pas non plus ne rien lui dire puisque maintenant j’étais ici. Je relevais la tête en repoussant mes cheveux en arrière et en inspirant un grand coup. *Prendre son courage à deux mains et faire face à la vérité* Non, très peu probable. Voir même impossible.

« C’est vrai, je suis fatiguée. Mais écoutes, faut qu’on aille les aider… »

Je baissai les yeux, n’osant même pas le regarder. Lorsqu’il s’agissait de mentir à des personnes que j’appréciais, j’étais vraiment trop nulle. Avec difficulté, je me relevais en m’appuyant au mur. Ce que je voulais c’était sortir, et continuer à arpenter les galeries, toute seule. Habituellement, j’aurais été heureuse d’être avec Aristide. Ce n’était pas que j’étais malheureuse d’être avec lui, mais j’aurais préféré ne jamais le croiser. Habituellement, je ne lui aurais jamais raconté ce que je venais de lui dire précédemment. Je m’approchais de lui, l’air toujours aussi maladif.

« Changes-toi et on retourne aider. »

Personnellement, je ne pensais pas aider, mais chercher encore.
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Aristide Tetropoulos
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MessageSujet: Re: Never die alone. [ Kaylhen. L ]   Lun 28 Juin - 20:26

Kaylhen me semblait toute petite, maigre, fragile contre moi. Il faut dire que je faisais au moins deux têtes de plus et avais tout de même une musculature plus développée mais ça me gênais un peu. Elle semblait faible et résignée, comme malade. L’impression de chaleur confirma mes craintes, elle était bouillante alors que la température dans la communauté ne devait pas de beaucoup dépasser les 20°. Etrange. Je marchais d’un pas rapide entraînant bien malgré elle Kay avec moi, le rythme semblant un peu trop tonique. Pourquoi ne pas me dire qu’elle était malade ? Etait-ce un secret ? J’imaginai alors le pire, le SIDA, le Tétanos, le Typhus… N’importe quoi. Je dois dire que je sentais l’inquiétude monter doucement en moi, comprimer mon cœur et accélérer ma respiration. J’étais vraiment trop altruiste. Ca finirait par me tuer, se faire du souci pour tout le monde, en plus des miens, j’allais en crever. Mais c’était plus fort que moi, j’avais reçu tellement d’amour dans ma vie que je crois qu’aimer les autres était devenu une évidence, un réflexe. Un bonheur aussi. Offrir aux autres de l’affection, de la tendresse, et à fortiori dans le monde dans lequel nous vivions désormais était d’une importance capitale, non ? Sans ça nous ne serions que des bêtes, et cette solution était d’un fatalisme bien trop extrême pour que je puisse m’y obliger. Je n’étais que douceur et tendresse, et me voyais mal devenir égoïste et calculateur sous prétexte que notre monde était détruit.

Au bout de quelques minutes elle me demanda où je l’emmenai. Par tout les Dieux, cette question me fendit le cœur. Ou plutôt le ton employé, cette voix si faible, presque inanimée. Je ne l’avais jamais vu comme ça, et très franchement, je paniquais de plus en plus. Je baissai un peu la tête pour la regarder, elle, si frêle à côté de moi, si pâle. Je crois que ma voix trahis mon inquiétude lorsque je lui dis :

« Il faut que j’aille me changer ma douce. Je me suis renversé du jus d’orange dessus comme un con »

Je montrai brièvement ma chemise souillée, elle ne regarda même pas. Tant pis. Habituellement j’aurai ris de ma maladresse mais le cœur n’y était pas, j’avais presque envie de la prendre dans mes bras et de courir la montrer à Mathilda ou Katarina, mais je ne le fis pas. Qu’elle me dise ce qu’elle avait m’importait peu au final, je voulais surtout qu’elle aille mieux, coûte que coûte. Nous arrivions dans ma chambre, immédiatement elle s’avança dans la pièce, et s’assit contre le mur, face à moi. Elle avait l’air d’une petite chose brisée et malmenée, vestiges peu flatteurs d’un passé souriant. Putain, mais qu’est ce qui se passait ? Sans dire mot, je me dirigeai vers mon lit où se trouvait une pile de vêtements propres. Je remuai toutes les chemises et tout les t-shirt, absent. Je ne réfléchissais absolument pas à ce que je faisais en réalité, j’étais réellement attristé, touché. Elle me sortit de mes pensées.

« C’est vrai, je suis fatiguée. Mais écoutes, faut qu’on aille les aider… »

Je me tournai un peu vers elle, qui fuyais mon regard. Ca sentait le mensonge à plein nez, mais je n’eu pas le temps d’objecter, elle se relevait déjà. Bon sang, mais qu’est ce qui cloche Kay ? Pourquoi tu m’en parles pas ? T’as pas confiance en moi ou quoi ? Et tu me mens en plus… T’avais juste à dire « lâche moi Ari, j’ai pas envie d’en parler » et je t’aurais laissé tranquille, mais là… J’étais à la fois déçu, triste, et énervé. J’avais envie de la prendre par les épaules et de la secouer comme un prunier pour qu’elle se réveille, qu’elle sorte de cette léthargie et reprenne vie. Ce n’était pas la Kaylhen que j’aimais, mais je ne pouvais me résoudre à la laisser partir comme cela. Elle s’approcha un peu de moi, et je vis enfin son visage à la pleine lumière. C’était encore pire que ce que j’avais cru apercevoir. Ses yeux bleus habituellement pétillants étaient ternes, comme délavés, de profondes cernes les marquaient. Son teins grisâtre lui donnait l’air d’avoir vingt ans de plus, et son front taché de sueur ne me rassurait pas.

« Changes-toi et on retourne aider. »

Elle rigolait là ? Je lâchai le vêtement que je tenais et la pris doucement par la taille, la ramenant un peu plus à moi. Ma voix laissait clairement apparaître ma tristesse et ma déception.

« Regarde-toi, tu crois que je suis stupide ? Aujourd'hui j'ai fais tout les trucs possibles ici, et je ne t'ai pas vu aider une seule fois, tu étais où ? Ecoute, si tu ne veux pas m’en parler, j’accepterai et je me tairai. Je voudrais juste que tu saches que quoi qu’il y ait, tu pourrais m’en parler. Je veux dire que même si c’était grave, même si tu avais fais une grosse connerie, je n’aurai qu’une seule idée : t’aider à te sortir de la merde. D’ailleurs si tu ne veux pas m’expliquer, c’est pas grave, je veux juste que tu ailles mieux. Bon, j’avoue que ça me fait un peu de peine de voir que tu n’as pas assez confiance en moi pour m’avouer tes problèmes, mais c’est pas ça le plus important. Tu vois le truc primordial là tout de suite, c’est toi. – Je passai ma main droite sur sa mâchoire, lui prenant ainsi le visage – Toi et ton sourire. »

Je lui souris moi-même, d’un sourire forcé qui ne me ressemblait pas, puis la lâchai. Je retirai ma chemise qui me collait à la peau en regardant Kay, puis me détournai et passai vivement un t-shirt, suite à quoi je m’assis sur le lit, la fixant toujours. Maintenant j’attendais une réaction, même une insulte m’aurait mieux convenu que ce silence et cette absence. Une bonne colère lui aurait peut être fait du bien après tout.
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MessageSujet: Re: Never die alone. [ Kaylhen. L ]   Sam 3 Juil - 12:11

M’étant auparavant levée et approchée d’Aristide, il s’était lui-même approché en me faisant venir à lui. Je l’enlaçais également. Je n’allais pas broncher contre un peu de réconfort et de soutien, surtout maintenant. Mais comment pouvait-il me réconforter alors que je ne lui disais même pas la vérité. Et il se lança dans un long monologue qui eut deux effets. D’un côté, ce qu’il me dit me toucha profondément. J’étais en train de réaliser ( encore plus qu’auparavant ) qu’Aristide était vraiment un ami ultra présent. Et même plus que ça. Je n’avais pas de mot pour expliquer ça. En tout cas, qu’il me dise que quoi qu’il arrive, même une énorme connerie, il m’aiderait à me sortir de la merde me rassura un instant et me redonna confiance. Mais s’imaginait-il que cette connerie concernait la drogue ? Je supposais que ça ne lui avait même pas traversé l’esprit. D’un autre point de vue, une partie de ce qu’il avait dit me brisa le cœur. Premièrement, il m’avait avoué qu’il trouvait que je ne lui faisais pas assez confiance. Deuxièmement, ça l’avait blessé. Me taper la tête contre un mur. Voilà ce que j’aurais voulu faire. J’avais seulement quatre mots à dire, juste quatre et il serait au courant, je n’aurais plus besoin de me prendre la tête pour rien. Puis on ressentait beaucoup de tristesse dans le ton qu’il employait. Comme quoi, les secrets ne pouvaient pas rester enfouis bien longtemps.

Il prit mon visage dans sa main et m’adressa un sourire qui ne lui ressemblait pas. Un sourire forcé. C’était de ma faute, j’étais certaine qu’avant de me croiser aujourd’hui, il était plein de gaieté. Si je survivais, il allait pouvoir le revoir mon sourire. Si je survivais… Il retira sa chemise pour enfiler un t-shirt. Abstraction de tout commentaire sur les détails de son corps bien entretenu. En baissant la tête, j’essuyai la transpiration de mon front du dos de la main. L’espace d’un instant, l’idée que je sente la transpiration me traversa l’esprit. Mais je devais réfléchir à autre chose. Repensant à ce qu’il venait de me dire, une larme commença à se former dans le but de montrer mon affliction. Je m’empressai de la faire disparaître.

Si seulement je pouvais le mener sur une piste sans tout lui avouer. Lui dire deux ou trois choses qui pourraient le pousser à la réflexion et à deviner par lui-même sans m’obliger à lui dire que j’étais une junkie. Mais on n’avait pas le temps de s’amuser à faire des devinettes. Je faisais confiance en Aristide. C’est sur que ce n’était pas question de cela. Je m’étais fait une promesse en rentrant dans la communauté. Ne rien dire à personne. Certes, cette promesse je l’avais brisé bien malgré moi, dès le premier jour. Mais ce n’était pas volontaire. Et je ne voulais pas trop continuer sur cette lancée.

Mais c’était Aristide, et il était un cas exceptionnel. Je vis qu’il s’était assis sur le lit, son regard posé sur moi. Regard que je fuyais. Je devais me lancer, c’était une nécessité. Seulement, j’étais incapable de réagir. Incapable de lui avouer de peur de sa réaction, ne voulant pas l’attristé encore plus, incapable de lui dire quelque chose d’aussi long qui lui aurait rendu un peu de gaieté. Voilà ce que j’étais. Une incapable, une moins que rien. Si je lui disais ça du tac-au-tac, c’était comme une baffe qu’il allait se prendre. Je connaissais ça. A l’époque, lorsque je disais ça à mes petits copains de longue date, c’était comme une claque qu’ils se prenaient. Ils étaient souvent troublés puis très peu de temps après me quittaient. Tout le monde sait comment les junkies finissent généralement.

J’étais à fleur de peau, les nerfs à vif. Autrement dit, très fragile aussi bien physiquement que psychologiquement et donc assez sensible. Essayer de m’en aller maintenant était peu probable et Aristide n’était pas con. De toute façon, à un moment ou à un autre il allait bien finir par découvrir la vérité alors autant que cela sorte de ma bouche.

« Je…je suis désolée. »

C’était la seule chose que j’étais capable de dire pour l’instant. Je me grattais la main en m’approchant de lui, regard toujours rivé sur le sol. Je me laissais tomber sur le lit, à côté d’Aristide et me penchai pour le prendre dans mes bras. Je posai ma tête contre lui et fermai les yeux pour essayer de retenir mes larmes.

«Je suis désolée que tu crois que je ne te fasse pas assez confiance mais ce n’est pas question de cela. Je te fais confiance. C’est plus compliqué que ça. Mais Ari, je ne suis pas comme ça à cause d’une maladie… »

Ca ressemblait bien à un début de confidence. J’allais malheureusement devoir terminer ce que j’avais commencé mais au moins après j’en serais débarrassée.

« Et je veux que tu saches avant toute chose que c’est comme ça depuis longtemps. »

Etait-il vraiment prêt à ce que je lui dise ça maintenant ? Prêt au choc, prêt à découvrir une autre facette totalement différente de celle qu’il connaissait jusqu’à présent, de la gentille Kaylhen ultra joyeuse et serviable. Je ne savais pas trop mais de toute façon il était trop tard pour faire marche arrière.
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Aristide Tetropoulos
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MessageSujet: Re: Never die alone. [ Kaylhen. L ]   Dim 4 Juil - 11:11

Ah Kaylhen. Cette fille était à elle toute seule un enchantement, lorsqu’elle était dans son état normal. Jusqu’à présent nous avions surtout ri et plaisanté ensemble, mais apparemment les choses sérieuses venaient de reprendre le dessus. Certaines personnes ont tendance à penser que tant qu’on ne s’est pas réellement confié à quelqu’un, tant qu’on n’a pas ouvert notre boite de pandore à l’autre, on ne se connaît pas vraiment. Comme si seule la douleur liait solidement les liens entre deux personnes. Je ne suis pas de cet avis. Être présent dans les bons, comme dans les mauvais moments est primordial à une relation complice. Il ne suffit pas de savoir tendre le mouchoir lorsque tout dérape, il faut aussi savoir sourire lorsque le cœur est en joie. J’irais même plus loin, rire, s’amuser avec une personne, peut créer des liens tout aussi forts que de réconforter ou d’apaiser. Car après tout, l’humour n’est il pas une forme d’apaisement ou de réconfort ? La peine nécessite-t-elle seule ce genre de comportement ? Parler librement et avec le sourire à une personne est également une forme de confession. Sauf que l’on ne confesse pas ses douleurs ou ses rancunes, simplement sa bonne humeur. Je dois dire que pour ma part, je préférais largement cette forme ci d’apaisement. Kay et moi n’avions jusqu’à présent goûté qu’à ce genre de relation, simple, naturelle. Les pleurs n’étaient pas encore venus s’immiscer dans notre bonne entente notoire. Dire que la voir dans cet état me brisait le cœur aurait été bien faible, c’était comme un chamboulement pour moi. Une image brisée. Bien sûr, j’allais être là pour elle, l’épauler et l’aider à sortir la tête de l’eau, mais je me demandais à quel moment j’avais été absent. A quel moment ceci avait débuté ? Je n’avais pas été là. J’aurais pu faire quelque chose au commencement, plutôt qu’attendre cet état fébrile et inquiétant. Les soucis se règlent à la source, il était déjà bien tard à présent.

Je la regardais, perdu, figé. Triste. J’observais avec quelle difficulté elle tentait de m’ouvrir sa boite à elle, et je ne me sentais pas le courage d’en forcer le cadenas. J’attendais, patiemment, le moment viendrait forcément. Malgré moi, je me rendais compte que je l’avais mise au pied du mur, chose qui ne me ressemblait guère. J’aurais mille fois préféré qu’elle vienne d’elle-même à moi et que nous en parlions librement, sans ce rapport de force muet et acharné. J’aurais préféré qu’elle soit prête à me livrer ses secrets, qu’elle soit vraiment prête, et non pas qu’elle y soit contrainte. Ce moment était éprouvant pour elle comme pour moi, mais je me taisais, ne rompant pas le fil de ses pensées. Cherchait-elle un nouveau moyen de se dérober à mes questions, ou simplement une manière de tout me dire ? J’attendais. Soudain, brisant le silence, elle me dit être désolée. Les mots peinaient à sortir et le ton était plus que désespéré. J’en oubliai de respirer. Elle s’approcha de moi le regard rivé sur le sol, puis s’assit sans plus de précision à mes côtés, m’enlaçant. J’attrapais une de ses mains et y déposais un baiser qui se voulait réconfortant tandis qu’elle reprenait la parole. Mon cœur fondait au fur et à mesure de ses mots, même si je fus soulagé d’entendre de sa bouche qu’elle avait confiance en moi. Cela me rassurait à un point inimaginable. Mais si ce n’était pas une maladie, qu’était-ce ? Je réfléchissais rapidement aux causes probables d’un tel comportement. C’était comme ça depuis longtemps ? Je sursautais. L’idée que mon amie ait pu être dans un tel état depuis longtemps me piquait à vif. Je n’avais rien vu… Je me sentais coupable, fautif de n’avoir su déceler chez ce bout de femme le mal qui la taraudait.

Je n’osais d’abord dire un mot, du menton je continuais pensivement à caresser son avant bras qui remontait vers mon épaule. Sa peau était moite, chaude, trop chaude. Je restais persuadé d’une éventuelle maladie malgré ses dénégations. Je ne voyais rien d’autre qui pouvait provoquer de tels « symptômes », une seconde, je songeais à une possibilité justement impossible : une grossesse. Je jetais un regard affolé au ventre de Kay, me détendant rapidement. J’étais stupide, il était évident qu’elle n’était pas enceinte, surtout en comptant que cela devait durer depuis longtemps. Si ça faisait effectivement un bout de temps qu’elle était comme ceci, elle aurait le même ventre arrondi que Katarina. Hors ce n’était pas le cas. Je soupirais, puis me décidais à parler après une longue minute de silence. Ma voix se faisait murmure, mon souffle caressant toujours le bras de Kaylhen.

« Et moi je veux que tu saches avant toute chose que je t’aime. Et que quoi que tu me dises, ceci ne changera pas. »

Je me retournais, la regardant en face. Ses yeux étaient embués de larmes, ses lèvres tremblantes. Repoussant l’écrin de ses bras je la pris dans les miens, la serrant tout à fait contre mon torse. Son corps se secouait doucement contre moi, je lui caressais les cheveux. Je ne prononçai plus un mot. C’était à elle, désormais.
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MessageSujet: Re: Never die alone. [ Kaylhen. L ]   Dim 4 Juil - 22:03

Je bloquais. Ca ne voulait pas sortir et pourtant j’avais plutôt bien commencé. Et je ne comprenais pas pourquoi j’étais aussi réticente. Pourtant, j’avais bien confiance en lui. Peut-être était-ce parce que j’avais un peu honte et qu’il allait probablement se faire une autre image de moi, qu’il allait être énormément surpris. Et pourtant, je me souviens bien du jour où mes parents m’ont surpris en crise de manque. Je m’étais dis que je les avais déçu et ça ne m’avait pas stoppé pour autant même si j’étais directement allée en cure et que la guerre s’était enchainée tout de suite après. Mais lorsqu’on tombe dans des trucs comme ça on n’en sort pas aussi facilement. Je sentais son menton glisser sur mon bras et relevai la tête pour l’observer. Aristide ne méritait pas ça, il ne méritait pas d’avoir une amie junkie. Il était doux, gentil. Je ne le méritai pas, voilà tout. J’étais une droguée jusqu’au bout des ongles et lui n’avait aucune addiction qui le menait directement dans la tombe.

Etrangement je ne parlais plus, espérant qu’il dise quelque chose avant que je ne me lance totalement. Il ne prononçait pas un mot mais je vis ses yeux tourner dans ma direction. Suivant son regard je compris rapidement qu’il regardait mon ventre. Qu’est-ce qu’il pouvait bien lui passer par la tête ? Des problèmes intestinaux ou être enceinte… Ca devait probablement être ça. Moi enceinte. C’est vrai que mon état et ce que je disais pouvait correspondre à cette situation. A deux détails près : il aurait fallu que j’eusse un ventre énorme et que je fréquente un peu plus d’homme dans la communauté. En temps normal j’aurais rigolé et lui aurais dit qu’il avait beaucoup d’imagination. Mais je n’avais ni la force ni le moral pour ça.

Le silence s’étirait infiniment sans qu’aucun de nous deux ne parlent. Puis il me rassura une fois de plus en affirmant que quoi que j’aie, quoi que je lui dise rien ne changerai. Très bien. Rien ne changera. Au pire s’il m’engueulait, s’il me disait que je devrais avoir honte ou quelque chose s’en approchant, je pourrais toujours répéter ses propos, ça serait un bon élément pour se défendre. Encore faudrait-il que je me défende. Parler était déjà assez difficile mais alors m’engueuler avec quelqu’un relevait presque de l’impossible. Puis il finit par me faire face. Cette fois-ci, je le regardais droit dans les yeux et j’apercevais encore sa tristesse. Ca me rendait malade de voir que je le faisais souffrir. Il repoussa légèrement mon étreinte pour me serrer dans ses bras. Je ne protestai pas, bien trop contente d’avoir un soutien. Soutien qui bientôt ne serait plus. Epuisée, je m’appuyais sur lui tout en réfléchissant à la manière dont j’allais pouvoir formuler ça. Je pouvais toujours y aller d’une manière douce en racontant, globalement, comment cela s’était déroulé, comment j’y étais devenue accro ou bien lui dire directement et brutalement sans aucun détour.

« Bon tu sais, j’ai toujours vécu à Manhattan. A New-York on trouve tout ce que l’on désire. Ma famille était riche et je disposais donc de beaucoup d’argent, j’en avais n’importe quand. »

J’avais abusé de la générosité de mes parents. Mais le pire, c’est qu’à l’époque je n’éprouvais aucune culpabilité et désormais, de temps en temps, je m’en voulais parce que je me disais que je les avais déçus avant qu’ils meurent et ils étaient donc décédés avec une mauvaise image de leur fille ainée. Si j’avais la possibilité de remonter le temps je n’aurais pas touché à la drogue, j’aurais trouvé un autre moyen pour m’amuser.

« J’étais jeune, enfin je le suis encore mais je devais avoir environ 13 ans quand j’ai commencé à sortir. Je connaissais plein de monde alors forcément, j’ai été tenté une fois de sortir avec quelques copines. Puis d’exceptionnel c’est passé à hebdomadaire à régulier pour finir aux sorties quasi quotidiennes. »

Je fis une pose pour reprendre mon souffle. Je m’efforçais d’articuler mais cela demandait vraiment beaucoup d’effort et devenait de plus en plus difficile. En plus de ça, j’avais terriblement chaud et je transpirais alors que j’avais l’impression qu’il faisait moins vingt degrés dans la chambre. Régulièrement je sursautais à cause de tremblements incontrôlables. Je reconnus les premiers symptômes de la crise. Réalisant cela, je ne bougeais plus, pétrifiée. La crise de manque était horrible, je l’avais déjà vécu et en avoir une de nouveau était la dernière chose que je désirais. Je devais reprendre mes esprits et faire comme si de rien n’était.

« Je faisais beaucoup de conneries mais je m’amusais vraiment. D’ailleurs avec deux anciennes amies, on a immortalisé une soirée… »

Je me redressais et m’écartais légèrement d’Aristide pour tendre mon avant-bras droit me permettant de dévoiler le tatouage qu’on m’avait fait à mes quatorze ans. Même pour moi ce tatouage restait une énigme.

« Nos méthodes de divertissements étaient bien loin d’être anodines… »

L’alcool, la drogue… A l’époque, nous étions prenants pour tout ce qui n’était pas autorisé. On ne réfléchissait vraiment pas, on savait que les conséquences pouvaient être graves mais pour nous, c’était l’instant présent. Cette fois-ci, je m’écartais de l’étreinte d’Ari tout en restant assise sur le lit.

« Et je n’échappais pas à ça. J’ai commencé doucement avant de… ne plus pouvoir m’arrêter. »

J’inspirai profondément, serrai les dents et contractai tous mes muscles. Comment allait-il réagir ? Violement, avec mépris ? Mais il m’avait dit qu’il m’aimait, quoi qu’il advienne. Ce qui n’empêche pas que j’aurais voulu partir loin et ne plus jamais revenir. Je plantai mon regard dans ses yeux et lui dis.

« Je me drogue, Ari. »
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Aristide Tetropoulos
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MessageSujet: Re: Never die alone. [ Kaylhen. L ]   Lun 5 Juil - 15:32

Kaylhen commença enfin à parler, sa voix se faisait hésitante, incertaine. Je ne compris d’abord pas où elle voulait en venir lorsqu’elle me parla de Manhattan, de ses parents et de son « enfance », cependant je ne disais rien, et me contentais d’écouter d’une oreille aux aguets ce qu’elle me disait. J’imaginais difficilement comme avait pu être sa vie tant elle semblait éloignée de ce qu’avait été la mienne. Les sorties entres copines à New York, les soirées, les conneries. Lorsqu’elle se recula légèrement pour me montrer son avant bras je sursautais, j’avais bien sûr déjà vu son tatouage, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle se l’était fais faire si jeune. Je songeais rapidement à mes activités lorsque j’avais 13 ans, et ris intérieurement ; j’étais un véritable gamin. Ayant été élevé d’une manière très traditionnelle dans un pays beaucoup moins développé que les Etats-Unis, j’avais toujours à mes 13 ans cette innocence enfantine. Bien sûr, j’allais parfois en ville, j’avais une connaissance toute relative pour la technologie mais j’en étais le plus souvent éloigné selon le souhait de ma grand-mère et de mon père. Je ne regardai, par exemple, jamais la télévision. Nous en possédions une, évidemment, mais mes grands parents ne l’allumaient que pour les informations du soir, et encore. Lorsqu’il s’agissait de dessins animés ou de séries américaines, il y avait absolument interdiction pour moi de me planter devant. A la place, l’on m’offrait des livres ou des CD, oui, la musique m’a beaucoup entourée par contre. Pour ce qui est d’Internet, je n’en connaissais l’usage jusqu’à mes 15 ans. Pour en revenir à Kay, je supposais qu’elle devait être extrêmement précoce, car personnellement je n’aurais jamais eu l’idée de telles choses à cet âge là. Très précoce, ou moi un peu vieux jeu.

Tandis ce que je l’écoutais toujours, elle échappa à l’écrin de mes bras mais demeura assise près de moi. Tout d’un coup, je perdis totalement de fil, ne comprenant plus où elle voulait en venir. Enfin à vrai dire, je n’avais pas compris dès le début en quoi son passé et son état actuel étaient liés. Peut-être un problème de famille ? Quelque chose du genre, je ne savais pas, mais cette dernière phrase me laissa perplexe. Je regardais Kay lorsque je me rendis compte qu’elle était carrément en sueur, une goûte coulant doucement le long de sa tempe. Déjà lorsqu’elle était contre moi j’avais ressentis cette différence effrayante de température qui désormais me brouillait complètement. Je ne voyais absolument pas où elle m’emmenait avec son histoire, jusqu’à ce qu’elle me regarde vraiment dans les yeux et m’annonça d’une voix qui se voulait déterminée qu’elle se droguait. J’eu d’abord un gros coup au cœur, d’un coup tout devenait d’une clarté éblouissante. Les sorties, l’argent, le fait de « ne plus pouvoir s’arrêter ». Et ce teint cireux, cette transpiration, ces tressaillements… Etait- elle en manque ? Je ne saurais vraiment décrire ce que je ressentais, c’était un mélange d’angoisse et d’incompréhension. Jamais je n’aurai imaginé une fille comme Kaylhen être une toxico. A vrai dire, à part quelques joints au bord des plages californiennes, je n’avais moi-même jamais touché à la drogue, et dans ma tête les dopés étaient forcément des cadavres ambulants, agressifs et violents. Voilà qui révisait totalement mon jugement, la personne assise à côté de moi étant d’un naturel doux, joyeux. Non vraiment, si quelqu’un d’autre me l’avait dis je ne l’aurais jamais cru, mais ses yeux ne laissaient de place pour le doute ; elle était sincère.

D’autre part, je ne pouvais pas vraiment dire que j’étais déçu ou quoi que ce soit de ce genre. Pourquoi aurais-je du l’être ? Malgré mon avis stéréotypé sur les drogués, je n’avais jamais craché sur l’un d’entre eux, bien au contraire. Puis je connaissais Kay, malgré tout je savais qu’elle était adorable, et ne pouvais la laisser tomber au nom d’une seringue ou d’un rail. Cette nouvelle m’attristait, bien évidemment, les junkies n’avaient pas une espérance de vie très élevée mais… Elle le savait, il me semble. Je n’allais certainement pas lui faire la morale comme quoi se droguer c’est mal et qu’elle mettait sa vie en danger. D’une part ce n’était en rien réconfortant, d’autre part elle était maître de sa vie et de sa santé. Elle connaissait les risques, et ce n’était certainement pas mes quelques paroles au goût de sueur rance qui allaient y changer quoi que ce soit. Non, je devais être là pour elle sans me prendre pour son père. Je la regardais toujours, une minute s’était écoulée dans le silence avant que je ne lui demande d’une voix hésitante :

« Et… C’est ça que tu voulais pas me dire ? »

J’haussai un sourcil, l’air sceptique. Ce n’est pas que pour moi ce n’était pas grave, bien sûr que non, mais je pensais qu’elle aurait pu me le dire bien plus tôt sans craindre quoi que ce soit. Je n’étais pas du genre à jeter la pierre sur quelqu’un parce qu’il avait commis des erreurs, en particulier lorsque ce quelqu’un était de mes amis. Dans le fond qu’elle se drogue ou non ne changeait rien pour moi, elle demeurait chère à mon cœur. Je la pris doucement par les épaules et continuais :

« Kay, je ne te juge pas. Que tu te drogues ne me regarde pas et je ne me permettrais jamais de te faire la morale la dessus, tu aurais donc pu m’en parler bien avant tu sais. Et puis tu vois, - souriantje t’aime toujours. »

Mon sourire s’évanouit lorsque mon regard croisa une nouvelle fois son front trempé de sueur.

« Tu es en manque, c’est ça ? »
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MessageSujet: Re: Never die alone. [ Kaylhen. L ]   Mer 28 Juil - 15:53

Pourquoi ne disait-il rien ? Pourquoi restait-il muet ? Je ne remarquais aucune réaction, il restait simplement assis et ne bougeait pas. J’aurais voulu qu’il cri, qu’il hurle ; tout ce que je désirais c’était une quelconque réaction, excepté le mépris, au lieu de ce silence interminable. J’avais le regard rivé sur lui, prête à remarquer un léger haussement de sourcil, un simple tressaillement. Mais rien, il ne bougeait pas alors je mis ça sur le compte de la réflexion.

Puis au bout de ce long silence s’en suivit une question des plus simples et à laquelle je ne m’attendais pas. Et la pression s’évanouit aussitôt. En poussant un soupir, je fermai les yeux et me décontractai. S’il avait voulu me faire la leçon de morale, il l’aurait faite depuis longtemps. J’ouvris les yeux lorsqu’il reprit la parole. Des paroles réconfortantes qui me rassurèrent. Aristide était un ami précieux, présent dans les bons et les mauvais moments et était quelqu’un de très altruiste. Un sourire traversa mon visage à cette pensée mais aussi grâce à ce qu’il venait de dire. Je lui adressais un maigre « Merci. », parce qu’il se fichait totalement de ce que j’étais, qu’il continuait à m’apprécier coute que coute.

Mais lorsque son regard se posa sur mon front, son sourire disparut aussitôt. Et il ne mit pas beaucoup de temps à comprendre le problème. Du revers de la manche, j’essuyais une partie de mon front qui dégoulinait de sueur. Être en manche longue avec une chaleur pareille n’était pas très agréable mais c’était le seul moyen pour cacher mes bras meurtris. D’ailleurs, tant que je n’aurais pas ma dose j’allais continuer à rester dans cet état et il fallait y remédier rapidement.

« Oui. Et… »

Je me dégageais des bras d’Ari et me relevai. Debout et face à lui, je m’agitais un peu plus à chaque instant, pressée de retourner à mes recherches.

« Le truc c’est que j’avais de la drogue, je l’avais séparé en deux paquets et j’en avais planqué un en dehors de ma chambre. Mais je me souviens plus de l’endroit et c’est pour ça que tu ne m’as croisé nul part ce matin, je cherchais ce… putain de paquet. »

Je l’avais planqué quelque part dans la communauté, ça c’était certain mais l’endroit exact, je l’ignorais. Et si jamais quelqu’un tombait dessus, en moins d’une journée toute la communauté serait au courant qu’ils auraient un toxico parmi eux. Et encore, ça pouvait être pire. Si c’était un gosse qui le trouvait et ne le ramenait pas à un adulte, on pouvait toujours s’attendre au pire. La prochaine fois, je le planquerais dans un endroit un peu plus astucieux auquel je serais la seule à avoir accès.

« Et je sais plus où je l’ai mis, il est quelque part dans la communauté. Et je suis en train de faire une crise, j’ai absolument rien et je sais pas quoi faire, Ari.»

Pour peu, il aurait fallu que je cours voir Dick pour qu’il me donne un paquet mais c’était totalement impossible. Pour arriver jusque chez lui, je mettais environ une demi-heure et puis il faudrait que je connaisse un des gardiens que l’on puisse me laisser sortir. Autant directement oublier cette idée. Je me mis à marcher de long en large dans le peu d’espace que me laissait la chambre d’Ari, me triturant les mains, en pleine réflexion. Il fallait que je trouve quelque chose. Quelque chose le plus rapidement qui puisse me calmer. Parce que je ne pouvais pas tenir comme ça, de toute façon c’était impossible de rester comme ça. Alors il fallait que je trouve un remède au sein de la communauté. L’idée me vint subitement. Je m’immobilisai alors qu’un sourire s’affichait sur mon visage, s’illuminant de plus en plus à chaque seconde. Je me rappelais que c’est ce que je faisais lorsque j’avais des crises de manque chez moi : j’empruntais dans la pharmacie de la salle de bain. Tout simplement. Et comme c’était des grosses boites de calmants, je n’en prenais pas une grande quantité si bien que mes parents ne se rendaient compte de rien. Et ici, ce n’était pas une simple pharmacie qu’on avait mais une infirmerie.

Je passais mes mains sur mon visage et les essuyais le plus discrètement possible sur mon pantalon. Puis me tournant vers Aristide, je les brandissais devant moi. Je sautillais presque et j’avais les yeux pétillants. J’avais trouvé, enfin…

« J… J’ai trouvé, je sais mais j’aurais besoin de t… »

Toute seule, je doutais pouvoir y arriver et ce n’était pas rien ce que je demandais à Aristide, ce que j’allais lui demander. Je n’étais pas certaine qu’il allait accepter parce que ça allait l’impliquer dans ce que je voulais faire qui n’était pas bien du tout.

« J’ai besoin de toi Ari, parce que sans toi je crois bien que j’y arriverais pas. »

Toute seule, c’est clair que je n’y arriverais pas. J’avais besoin de lui mais je ne pouvais pas le forcer, alors je me contentais d’implorer son aide.

« J’ai une idée mais… »

Tant pis pour les détails, tout ce que je voulais c’était aller plus vite.

« L’infirmerie. Emprunter, je fis des crochets avec mes doigts, à l’infirmerie. Deux ou trois trucs, et après je me débrouillerais pour en... ramener. »
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Aristide Tetropoulos
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MessageSujet: Re: Never die alone. [ Kaylhen. L ]   Mer 28 Juil - 18:06

Je remarquais que Kaylhen se détendit rapidement et en fut soulagé, malgré la sueur qui perlait toujours sur son front et qu’elle tentait vainement d’essuyer d’un revers de manche, elle paraissait mieux. Ou du moins légèrement mieux. Je supposais que mon absence de colère ou de morale la soulageait d’un lourd fardeau, et quelque part cela me fit me sentir moi aussi un peu mieux pour elle. Droguée ou non, elle demeurait à mes yeux une personne importante, pour laquelle j’éprouvais beaucoup d’affection. D’ailleurs elle me le rendait la plupart du temps plutôt bien, souriante, agréable. Cette fille était un petit bonheur à elle toute seule et ce n’était certainement pas une histoire de drogue qui allait gâcher ma vision d’elle. Après tout, cela ne jouait en rien sur sa véritable valeur humaine. Même si j’aurais bien évidemment préféré qu’elle soit en bonne santé, je ne me serais jamais permis de la juger là-dessus. Nous avions tous nos vices et nos problèmes, moi le premier, alors je me voyais difficilement lui reprocher quoi que ce soit. Oh et puis après tout ça ne me regardait pas. Dans la mesure du possible, j’estimais qu’elle faisait ce qu’elle voulait et que je n’y changerais rien. Ca me faisait certes mal de voir une amie dans un tel état, mais je n’avais aucun pouvoir pour changer cela et n’aurais de toute façon rien tenté. Je commençais à la connaître, et savais pertinemment qu’elle m’aurait joliment envoyé paître. Et elle aurait eut bien raison. Elle affirma ce que je craignais, elle était en manque, puis se leva et se mit à gesticuler d’une manière qui, dans d’autres circonstances, m’aurait fait rire. On aurait dit une petite fille qui se lançait dans de grandes explications farfelues et incompréhensibles, compensant son manque de vocabulaire par des gestes et des expressions. Sauf que ce qu’elle me disait n’avait rien de drôle. Mon amitié me fit ressentir de la compassion pour elle, j’aurais donné cher pour qu’elle aille mieux, quitte à tenter moi-même de me procurer de la drogue. Idée stupide, je n’avais aucune idée de la manière d’obtenir ce genre de substances tout en ne pouvant bouger de la communauté. Et malgré tout je n’approuvais pas les drogués, aussi me verrais-je difficilement tendre une seringue à Kay pour qu’elle se foute en l’air. Choix cornélien, laisser mon amie dans un état aussi lamentable ou l’entraîner dans la débauche ? De toute manière, je ne possédais rien. Le problème était réglé.

Je ressentais la détresse de Kaylhen sans pouvoir l’apaiser, et cela était très frustrant. Elle arpentait ma chambre comme un lion en cage, me donnant presque le tournis. C’était donc à cela que ressemblaient les junkies en manque… J’aurais préféré ne jamais voir ça, encore moins avec une personne que j’appréciais, mais le fait était là et je ne pouvais y échapper. Kay était une droguée, en manque, et avait perdu sa came. J’aurais cru que les drogués tenaient à ce genre de chose comme à la prunelle de leurs yeux, n’auraient jamais pu perdre quoi que ce soit de cet acabit, mais visiblement elle échappait à la règle. Même si pour être franc il était limpide qu’elle s’en mordait les doigts était prête à tout pour la récupérer. Soudain, elle s’arrêta et un immense sourire s’afficha sur son visage, croissant de seconde en seconde. Le mien faiblissait peu à peu. Prête à tout… Ca sentait le mauvais coup à plein nez. A moins qu’elle se souvienne de l’endroit où elle avait caché son paquet ? Dans ses yeux je lisais du soulagement, ainsi que de la malice. Elle semblait satisfaite d’une idée, et non d’un souvenir, comme si elle avait bûché sur un théorème de maths pendant des heures. Une solution. Quel genre de solution pouvait on trouver à un tel problème ? Je craignais le pire. Elle se tourna franchement vers moi, bien en face, et se mis à sautiller d’une manière très… teletubbiesienne. J’haussais un sourcil, tentant de comprendre ce qu’elle me soufflait entre deux petits sauts. Elle avait besoin de moi ? Le moins qu’on puisse dire, c’est que cette fille savait comment s’y prendre avec moi. Par les sentiments, comme toujours. Comme pourrais-je dire non à une personne appréciée lorsque celle-ci me disait très clairement nécessiter mon aide ? Une fois de plus, je ne me sentais pas de lui cracher dessus, et ce même si j’avais un très mauvais pressentiment. J’ignorais absolument en quoi elle avait besoin de moi, mais ça sentait le roussi.

« L’infirmerie. Emprunter à l’infirmerie. Deux ou trois trucs, et après je me débrouillerais pour en... ramener. »

Oui, les urgences ? Une personne vient de faire un arrêt cardiaque dans la salle.
Mon visage se décomposa instantanément, non seulement c’était tout à fait immoral, mais en plus nous risquions de nous faire prendre, et ça chaufferait pour notre matricule. Nous allions voler des choses qui pourraient soigner d’autres personnes pour qu’une adolescente de 17 ans se drogue. Car même si Kay préférait appeler ça un « emprunt », nous allions passer pour des voleurs. Je fermais un instant les yeux, enfouissant mon visage dans mes mains, entre mes genoux.

« Dans quoi est ce que tu vas encore nous entraîner… Putain. Laisse moi réfléchir. »

Mon ton n’était pas dur, seulement complètement désespéré. J’avais l’impression de préparer un attentat. De toute ma vie je n’avais jamais forcé nul endroit pour obtenir quoi que ce soit, autrement dit je n’avais jamais chapardé, et n’avais pas de réelle idée de la manière dont il fallait procéder. Dans le cas présent, pourtant, il y avait peut être une solution. Mathilda n’était pas toujours à l’infirmerie, et Katarina non plus bien sûr maintenant qu’elle était enceinte jusqu’aux yeux. Je crois qu’elle y passait de temps en temps, faisait quelques petites choses, mais c’était Mathilda le médecin réellement actif dans l’histoire. Personnellement, je ne savais absolument pas quand elle était là et quand elle était absente, n’y allant que rarement, pour ne pas dire jamais. J’avais une santé de fer, bien heureusement pour moi, car nos réserves de médicaments ne devaient pas être énormes. Cela me dérangeait également, nous allions peut être priver certaines personnes. C’était inadmissible, mais quitte à choisir entre une amie et des gens que je ne connaissais peut être pas, il n’y avait pas une once d’hésitation. Kay devait aller mieux, et j’allais l’aider. Je repris une position normale, respirais un grand coup et tentais de garder mon calme. Pas de panique, nous allons y arriver. Au pire, je supposais que Mathilda avait connaissance de la dépendance de Kay et aurait un minimum de compassion. J’eus une grimace ; Mathilda éprouver de la compassion ? Plutôt rêver. Nous ne devions pas compter là-dessus. Sauf que si elle était présente, nous n’aurions aucun moyen de nous procurer ce que nous voulions. Le plan « je la distrais pendant que toi tu piques ce qu’il te faut » ne marcherait pas, c’était certain. Notre médecin n’était pas assez stupide ou tête en l’air, elle remarquerait vite la ruse. Et là, ça chaufferait encore plus pour nous. Je me pinçais l’arrête du nez, les yeux fermés, réfléchissant aussi vite que cela était possible, puis dis :

« Tu as un plan ? Parce que nous allons devoir faire gaffe, c’est moi qui te le dis.relevant la tête vers elle Oui, j’accepte de t’aider, mais crois moi, c’est uniquement par amour pour toi. Et c’est loin de me faire plaisir. Sauf que si Mathilda ou n’importe qui d’autre est à l’infirmerie, on est cuits. Alors on a que deux possibilités, soit elle est absente et on force la porte, ce qui va être assez compliqué sans se faire remarquer, soit elle est là et on doit trouver un moyen de la faire sortir pendant que l’autre va chercher ce dont on a besoin. C’est risqué. Qu’est ce que je ferais pas pour toi, sérieusement. »

Je soupirais, la regardant comme une enfant qui avait fait une bêtise, mais au fond elle me donnait envie de rire. J’avais oublié comme prendre des risques était plaisant, et même si mon petit confort à la communauté me plaisait beaucoup, je dois dire que cet épisode allait mettre du piquant dans notre journée. J’oubliais un instant que nous allions chercher quelque chose destiner à remplacer de la drogue pour une junkie, y revint rapidement.

« Une fois que tu seras mieux, nous irons chercher ce foutu paquet. Hors de question de le laisser pourrir dans un coin de la communauté en sachant que n’importe qui pourrait le trouver. Au mieux tu aurais de sacrés problèmes, au pire quelqu’un pourrait en prendre et là… Mieux vaut ne pas y penser. »

Bien sûr que nous nous apprêtions à faire une grosse connerie, mais avions nous seulement le choix ?

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MessageSujet: Re: Never die alone. [ Kaylhen. L ]   Ven 8 Oct - 21:47

J’ai vu son expression faciale se décomposer. Même une personne qui ne connaissait pas Aristide pouvait facilement deviner son ressenti. Je l’entrainais dans ma débauche et si on nous attrapait les conséquences pourraient être grave, très très grave. C’était abuser de la générosité des leaders qui nous accueillaient dans la communauté, c’est surtout moi qui en abusait , en fait. Lui n’avait rien demandé. Et comme d’habitude, il fallait que j’entraîne les autres, ceux qui n’y étaient pour rien, avec moi. Il se cacha le visage entre les mains.

« Dans quoi est ce que tu vas encore nous entraîner… Putain. Laisse moi réfléchir. »

Je baissais les yeux sur le sol en me mordillant nerveusement les lèvres. D’une toute petite voix, je lui dis :

« Sinon, je peux toujours me débrouiller. »

Je me grattais le pli du coude. Cool. Maintenant, les démangeaisons. Bravo Kaylhen, bravo ! Je devrais peut-être songer à arrêter un de ses jours, histoire de voir ce que ça fait d’être dans un état normal. Quelle bonne blague. Le truc des junkies : je m’arrête quand je veux. Et en général, c’est celui d’en face qui se fout de nous. Ari ne répondit pas, je ne savais même pas s’il m’avait entendu.

« Seule… »

Mais je ne le pensais pas. J’avais peur de me planter, tout simplement. D’où la nécessité d'avoir quelqu’un auprès de moi. Peut-être qu’Aristide avait un sens de l’improvisation plus développé que le mien, ce qui serait vraiment pratique. Seulement, c’était vraiment égoïste de lui demander de m’accompagner dans mes conneries, j’aurais plutôt dû me débrouiller seule. Je mettais en jeu ma place ici, et c’était normal puisque c’était mon problème et pas celui d’Aristide. Je n’aurais jamais dû tout lui dire. J’aurais dû tracer ma route, ou même lui dire que j’avais chopé un truc et que j’étais malade mais que la Terre ne tournait peut-être plus trop rond, le Soleil brillait un peu moins et que les oiseaux chantaient moins souvent mais que tout allait bien. Ce qui est évidemment un pur mensonge mais au moins, il ne serait pas en train de culpabiliser par rapport à ce qu’il allait faire. On allait bien être obligés de voler, d’une manière ou d’une autre. En mentant ou en distrayant l’infirmière qui serait présente. Parce que oui, je sentais qu’il allait m’accompagner, je le connaissais déjà depuis un petit bout de temps. Bien sur, certaines personnes diraient qu’un peu plus d’un mois, ce n’était pas suffisant pour connaître quelqu’un, qu’on n’a pas encore vu tout ses défauts seulement moi, j’avais l’impression que je l’avais rencontré depuis tellement longtemps. Ca y est, il releva enfin la tête. Fin de la réflexion, ou pas… Lorsqu’il commença à prévoir la chose et qu’il accepta, comme je l’avais prévu, l’expression de mon visage passait de la joie à la culpabilité ainsi que par la réflexion. Oui, un plan. Certes, il fallait en trouver un d’urgence ce qui ne promettait pas d’être simple. Je lui souriais timidement : il me donnait envie de rire avec cette manière de me regarder comme si je venais de faire une bêtise. Je m’avançais vers lui et le pris dans mes bras, pour le remercier et déposai un bisou sur sa joue en le remerciant. Je me redressai et m’agitai de nouveau.

« Bon, alors mon plan, c’était que… »

Je me stoppai et partis dans une longue réflexion mentale. Non, je n’avais pas de plan. A vrai dire, je ne pensais pas que les évènements se dérouleraient ainsi : je n’avais pas fait attention à l’écoulement de mon stock personnel, je croyais savoir où j’avais mis ma drogue, je ne pensais pas tomber sur Aristide. J’avais seulement prévu de tout faire en « Free style », au feeling. Et maintenant, j’étais bien coincée. On applaudit…

C’était clair que Kat ne serait pas à l’infirmerie vu son état. Ensuite, comme le disait Aristide c’était soit Mathilda soit pas du tout d’infirmerie. Et c’était complètement impossible de forcer la porte, il y aurait toujours quelqu’un qui passerait et qui nous verrait. Du coup, c’était Mathilda ou Mathilda.

« Détourner son attention, c’est pas mal… Personnellement pour l’instant, je vois pas tellement d’autres solutions. »

De toute façon, les détournements d’attention ça marchait que dans les films, et on n’était pas dans Terminator où Skynet avait détruit le monde et que les humains étaient obligés de se cacher sous terre pour survivre. Non, nous c’était « Mitraillons-nous à la bombe nucléaire et faisons subir tout cela à nos peuples ! » : sans toutes ces conneries d’alliés, on ne serait pas tous en train de vivre dans une galerie souterraine, je ne serais pas en train de me creuser le cerveau pour essayer d’avoir quelque chose pour me calmer. J’aurais même peut-être terminé ma désintoxication et je serais en train de bosser dans mon université de cinématographie, rêvant d’un futur où j’aurais pû être une grande scénariste et productrice renommée et adorée. Seulement, tout ça, c’étaient des rêves tombés en ruine. Mais c’était pas la seule chose qui était tombée en ruine.

« Sinon, moi je propose qu’on aille jusqu’à l’infirmerie et on voit déjà si c’est ouvert ou pas et s’il y a Mathilda, on peut peut-être avoir une idée sur place. »

Peut-être qu'en nous rendant à l’infirmerie, on serait soudainement illuminés. Pour un peu, tout me reviendrait en tête. Certes, je rêvais, ça n’allait pas se passer comme ça mais un peu d’espoir pouvait toujours encourager.

« Une fois que tu seras mieux, nous irons chercher ce foutu paquet. Hors de question de le laisser pourrir dans un coin de la communauté en sachant que n’importe qui pourrait le trouver. Au mieux tu aurais de sacrés problèmes, au pire quelqu’un pourrait en prendre et là… Mieux vaut ne pas y penser. »

Je glissais les mains dans les manches de mon T-shirt et profitais qu'il prenne la parole pour m’essuyer le visage, toujours autant secouée par de petits tremblements.

« Oui, je me suis dit exactement la même chose que toi. Mais ça, je peux toujours le faire toute seule parce que je trouve que j’ai déjà suffisamment abusé de ta générosité. Je sais déjà où j’ai cherché donc… voilà. »

Aristide allait déjà m’aider à aller chercher quelque chose pour aller mieux, je ne voulais pas passer pour une profiteuse. Le paquet que j’avais caché je ne sais trop où, j’allais me débrouiller seule pour le retrouver. De plus, il fallait que je pense à ce que j’allais prendre à l’infirmerie. Ca pouvait être de la morphine, mais je ne savais pas s’ils en avaient, ou bien même des calmants. Pour un peu, il y en aurait en grandes quantités et si on en prenait, avec un peu de chance, ça allait passer inaperçu. Je ne voulais pas lui parler de ça maintenant, je trouvais l’avoir déjà assez traumatisé pour l’instant et préférais lui laisser un peu de temps, même si ce n'était que cinq minutes, pour qu'il s'en remette un peu.


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Aristide Tetropoulos
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MessageSujet: Re: Never die alone. [ Kaylhen. L ]   Dim 10 Oct - 12:03

On va reprendre du début, d’accord ? Parce que même moi, j’étais complètement perdu. Ou plutôt déstabilisé, tant la situation semblait sortie tout droit d’une mauvaise parodie de film. Kaylhen était âgée d’à peine 17 ans. Jeune, belle comme un cœur, qui aurait pu croire qu’elle se droguait ? La drogue laisse des traces physiques, non ? Un teint cireux, des yeux ternes, une maigreur hors du commun ? En cet instant ces symptômes ressortaient effectivement, seulement à l’ordinaire la jeune fille que je croyais connaître ne ressemblait en rien à cette médiocre tentative de reproduction. Oui voilà, on aurait dit que quelqu’un avait voulu en faire une copie, mais de très mauvaise qualité. En tout cas, je parvenais toujours difficilement à m’enfoncer dans le crâne qu’elle était toxico, et ce bien malgré mes vaines tentatives. Je ne la connaissais que depuis quelques semaines, cependant j’avais déjà pour elle des sentiments puissants, fraternels. Elle était en effet un peu comme ma petite sœur, et je dû serrer les dents afin d’éloigner les souvenirs d’une grande sœur qui elle était bel et bien la mienne et dont j’ignorais si elle était ou non en vie à l’heure actuelle. Mais sérieusement, je n’en revenais pas. D’accord je l’aimais toujours autant, d’accord elle demeurait dans mon esprit une personne agréable et appréciable, seulement il y avait quelque chose qui clochait. J’éprouvais une sorte de malaise indicible car nous nous apprêtions à faire quelque chose de tout à fait illégal et immoral juste pour qu’elle se drogue. Et le pire c’est que j’allais l’aider ! Quand on me regarde, comme ça, je n’ai pas spécialement l’air méchant ou sadique, et ce pour la simple et bonne raison que je ne le suis pas. Or, tendre une seringue à quelqu’un revenait à lui passer la corde au cou. Non mais franchement… Qu’est ce qui lui était passé par la tête ? Ce sont toujours les gens qui ont tout pour être heureux qui détruisent leur bonheur. Remarquez, c’est assez logique puisque ceux qui sont déjà malheureux n’ont rien à détruire mais quand même. Parfois on se demande vraiment si ce n’est pas une sorte de phobie, être bien dans sa vie sa doit foutre la trouille à pas mal de monde, parce qu’alors on a tout à perdre et on vit dans la crainte de voir nos beaux petits rêves s’envoler. Au moins quand on n’a rien, on ne peut rien perdre.

Je levai les yeux au ciel lorsqu’elle me dit qu’elle abusait déjà suffisamment de ma « générosité ». C’est clair que l’aider à se foutre en l’air était une preuve incroyable de mon altruisme. Non mais Kay, où est-ce que tu vas chercher des trucs pareils ? Se rendait-elle au moins compte que ce que nous allions faire n’était pas bien du tout ? Que c’était même quelque chose de très risqué et de stupide, parce que si Mathilda nous mettait la main dessus, je n’étais pas certain que nous nous en sortirions vivants. Il n’empêche qu’aider Kaylhen n’était pas en soi une preuve de mon amour pour elle, bien au contraire. Si j’avais été suffisamment fort pour affronter plus longtemps ses yeux ternes et ses tremblements, je lui aurais dit de se purger ou plus simplement de se débrouiller toute seule. Je l’aurais peut-être encouragé à entamer une cure en lui promettant mon épaule pour pleurer dans les moments les plus durs, sauf que je savais que j’allais craquer bien avant elle. J’étais tout bonnement incapable de supporter cela, et en avais pleinement conscience. Alors oui, j’allais l’aider à se procurer ce foutu poison qui lui était nécessaire, et oui, nous allions partir tout les deux en chercher encore. Puisque c’était là son souhait, j’allais lui prêter main forte. Au fond je me rassurais en me disant que ce n’était pas seulement pour qu’elle se pourrisse un peu plus la santé mais pour en préserver d’autres qui pourraient par malheur tomber sur son paquet. Quelle idée aussi, que de cacher ses réserves en drogue dans une communauté aussi vaste que celle-ci ? Plus les minutes passaient, et plus je me posais de sérieuses questions sur la jugeote de mon amie qui visiblement s’en voulait beaucoup. Normal, à sa place j’aurais déjà tenté de me suicider 4 fois. Parce que nous étions dans une merde pas possible et que ça n’allait pas s’arranger. Et que même lorsque ça semblera s’arranger un peu, ça repartira de plus belle dans la galère. Mais oui, on était motivés. Ou pas. Je me rendis compte que je n’avais pas prononcé un mot depuis quelques bonnes minutes, le regard vide. Cette histoire me laissait perplexe.

« Je… Moui. Non. C’est pas hyper généreux comme attitude que de t’aider à te droguer, tu vois… »

Je haussai les sourcils avant de reporter mon regard sur le sol, comme si d’un coup toute l’horreur de la situation m’apparaissait réellement. Finalement je secouai doucement la tête avant de réfléchir à tout ce qu’elle m’avait dit. Maintenant que je lui avais promis d’être là pour elle, je ne comptais pas le moins du monde revenir sur ma parole, seulement il ne serait pas aisé de cambrioler l’infirmerie, et elle n’avait pas de plan… Bon… Il y eut un léger moment de silence durant lequel ma mine dû s’assombrir, car plus j’y réfléchissais, et plus cette tentative d’infiltration me semblait totalement déraisonnée. Apparemment la solution la plus stable était d’aller jusqu’à l’infirmerie et d’aviser là bas, sauf que je doutais très fortement de la crédulité de Mathilda. Nous ne pourrions jamais lui voler quoi que ce soit dans son dos, et d’autre part si elle était absente rentrer dans l’infirmerie de force était totalement exclu car trop risqué. Cependant, nous diriger jusque là nous donnerait au moins le temps de la réflexion, et qui sait, peut-être qu’une idée spectaculaire nous assaillirait. Autant dire que c’était pas gagné. Finalement je reportai mon attention sur mon amie qui semblait de plus en plus malade, et pris rapidement la décision de me lever. Il n’y avait pas de temps à perdre, je ne connaissais certes pas très bien les réactions possibles d’un junkie en manque mais j’imaginais fort bien à quel point ce spectacle pourrait devenir d’avantage insupportable encore. Je soupirai avant d’attirer de nouveau Kay à moi, passant un bras par-dessus son épaule, et de nous faire sortir tout deux de la chambre. J’avais l’impression d’avoir une bouillotte géante sous le bras tant sa température était élevée, et cela me faisait très peur. Inconsciemment, je cherchais à la cacher du regard des autres. Je ne voulais pas qu’on la voie comme ceci, qu’on comprenne ce qui lui arrivait. Son secret, aussi infect soit-il, devait demeurer préserver afin de ne pas lui nuire. Je n’aurais pas supporté que quiconque lui adresse de sombres remarques sur sa dépendance, car elle ne le méritait pas. Cette fille était douce, et nous avions tous nos défauts et nos vices, alors je me refusais à penser qu’on pouvait lui reprocher celui-ci. Peut-être qu’elle n’était qu’une junkie, qu’une misérable toxico, mais en tant que personne, Kay était adorable.

« Qui sait appart moi ? Est-ce que tu comptes arrêter ? Tu penses que c’est possible ? »

Nous arrivions presque à l’infirmerie et je ne parvenais plus à retenir ces questions qui me serraient le cœur. Une fois à la porte, il y eut comme qui dirait un gros blanc durant lequel ni elle ni moi ne savions visiblement quoi faire. Marcher jusque là ne m’avait pas réellement d’avantage inspiré… J’inspirai profondément avant de la lâcher et de lui faire face, le visage sérieux ce qui était chez moi très peur ordinaire. L’heure n’était malheureusement plus à la rigolade. Je murmurai afin que Mathilda ne nous entende pas :

« Alors ? C’est quoi le plan ? Je te préviens, si c’est un truc foireux du genre lui piquer de trucs en douce et qu’on se fait chopper, tu fais ma lessive pendant les deux semaines à venir. »

Sur quoi j’ajoutai une légère grimace qui la fit sourire, et attendis la suite des opérations. Il n'y avait plus qu'à prier pour que Mathilda soit dans un bon jour...

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MessageSujet: Re: Never die alone. [ Kaylhen. L ]   Dim 10 Oct - 17:02

Bon, en fait, cinq minutes, c'était beaucoup trop. Et c'était anormal venant d'Aristide. J'étais pas habituée à le voir autant déstabilisé comme lui n'était pas habitué à me voir comme ça. Je m’étais apprêtée à sortir en vitesse de sa chambre pour aller jusqu’à l’infirmerie et conclusion, on était toujours là à… à rien faire, en fait. Je ne cherchais même pas un plan, je cherchais à savoir ce à quoi mon meilleur ami pensait.

« Je… Moui. Non. C’est pas hyper généreux comme attitude que de t’aider à te droguer, tu vois… »

Si, pour moi ça l’était. Il aurait tout aussi bien pu me dire de me sortir de ma merde toute seule mais non, il était là avec moi, à culpabiliser parce qu’on allait faire quelque chose de pas bien pour ma petite personne. Il baissa les yeux sur le sol, le regard vide et dans ses songes. Je ne lui répondis pas, je me disais que ce n’était pas nécessaire et qu’il ne m’écouterait pas. Il était plongé dans ses pensées et j’attendais juste son départ pour presque me mettre à courir pour subvenir à mes besoins. Et pendant ce silence, je voyais son expression changer, une fois de plus, s’assombrissant à chaque instant. La prochaine fois, je réfléchirais à deux fois avant de faire un truc de ce genre. C’était la première fois que je voyais Aristide dans une réflexion aussi intense et si vide, et j’espérais bien que c’était la dernière. Je le préférais tellement joyeux et souriant. Je m’essuyais discrètement la nuque en jetant un coup d’œil à sa chambre à la recherche d’une bouteille d’eau ou quelque chose sans rapprochant. Mais au même moment, Ari se leva et, passant son bras autour de mes épaules, nous sortîmes rapidement de sa chambre. Nous marchions rapidement, probablement pressé d’en finir avec ça. J’avais gardé un bras le long du corps et de l’autre, je me cachais le visage et faisais comme si je me grattais.

Puis au bout d’un certain temps, lorsque nous avions presque atteint l’infirmerie, Aristide finit par poser les questions qui, je supposais, l’avaient laisser autant perplexe dans sa chambre.

« Qui sait appart moi ? Est-ce que tu comptes arrêter ? Tu penses que c’est possible ? »

C’était bien des questions d’une personne qui ne s’y connaissait pas trop. Arrêter, ça serait bien beau, mais non, ce n’était pas possible. J’en serais bien sortie mais à quoi me serais-je raccrocher ? Et puis même, je me rappelais qu’auparavant des amis qui étaient comme moi avaient déjà essayé, et la manière dont ils m’en avaient parlé était effrayante. Le seul moyen était de ne pas augmenter les doses et de ne pas changer la régularité.

« Juste Ethan et Katarina. Et en ce qui concerne de s’arrêter, je sais pas du tout quoi te dire. Certes, c’est possible, mais il faut avoir vraiment beaucoup de courage pour faire ça et c’est très difficile. Mais je sais pas du tout ce que je compte faire. C’est… long à expliquer. »

On avait pas le temps de partir sur de grand débat, même si c’était bel et bien le sujet, on devait faire quelque chose de plus important et surtout plus urgent. On finit par arriver au niveau de l’infirmerie. Ari, après avoir pris une grande inspiration me demanda le plan en chuchotant et en ajoutant une petite pointe d’humour qui me fit rire. Je jetais un regard autour de moi ; je trouvais qu’on était trop proche de l’infirmerie. Personnellement, si j’étais extérieur à la situation et que je vois de communautaire trainer devant l’infirmerie comme ça, je me poserais des questions. Je le pris donc par la main et l’entrainais à quelque mètre de la porte. Je pris appuie contre le mur et me mis à réfléchir. On ne pouvait pas se permettre de faire quelque chose de foireux, même si le but de la chose était foireux. Il fallait que je sache ce qu’on allait devoir prendre comme « médicaments ». De la morphine, pourquoi pas, mais j’ignorais s’ils en avaient en quantité. Et il nous fallait un moyen plutôt discret et subtil pour pouvoir obtenir ce que l’on voulait. Et il fallait qu’on trouve un moyen d’urgence parce que mon état s’aggravait un peu plus à chaque instant. De plus, je ne pouvais me présenter devant Mathilda comme ça, elle n’était pas dupe ce qui condamnait donc Ari à se rendre sur place. Mon état… C’était la clé.

« Je sais, écoute-moi bien et tu me dis ce que tu en penses. »

Je chuchotais pour que ceux qui passaient ne nous entendent pas. Enfin, même sans en avoir l’intention, je ne parlais déjà pas bien fort.

« Moi, je me place à une dizaine de mètres d’ici et toi, tu vas voir Mathilda. Tu lui demandes si elle a des calmants à te refiler. Et comme je suppose qu’elle va te demander une justification, tu lui dis que je commence à faire une dépression parce que… parce que, je repense à ma famille ou quelque chose comme ça et que j’ai pas mangé depuis hier soir. »

Ce qui était totalement vrai. Presque un jour que je ne mangeais presque plus. Ma famille me manquait, bien évidemment même si pour l’instant, je n’étais pas encore au point de faire une dépression totale. Je m’en voulais de les utiliser comme justificatif pour obtenir des calmants. Je savais que ça ne leur aurait pas plus.

« Mathilda peut pas me voir dans cet état, elle se doutera que… que c’est pas une dépression et si elle demande à me voir, t’as qu’à dire que je ne veux voir personne d’autre en dehors de toi. »

Ca, comme plan, c’était plutôt pas mal et ça devrait tenir la route. Il faudrait juste qu’elle ne soit pas radine et n’en donne pas qu’un seule parce que sinon, ça ne m’arrangerait pas. En revanche si j’en avais à peu près cinq, ça serait suffisant pour me calmer.


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Aristide Tetropoulos
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MessageSujet: Re: Never die alone. [ Kaylhen. L ]   Mar 26 Oct - 15:07

Sauf que Mathilda n’était JAMAIS dans de bons jours. Elle était à peu près aussi aimable qu’une porte de prison, et lui demander ne serait-ce qu’un cachet d’aspirine lui arrachait un soupire alors lui demander de la drogue… Elle allait carrément sortir de fouet. Sauf que nous n’avions visiblement pas le choix, ou plutôt que Kaylhen n’avait pas le choix et moi, comme j’étais un grand con prêt à n’importe quelle connerie au nom de l’amitié, j’allais la suivre. C’était dans ma nature, à partir du moment où j’éprouvais une once d’affection pour quelqu’un, j’étais capable de tout pour lui. Seulement j’éprouvais de l’affection aussi facilement que certain disent « bonjour », et m’attachais beaucoup trop vite. En l’occurrence, la personne qui me faisait face tenait dans mon cœur une place privilégiée et il était clair dans mon esprit que malgré les risques encourus j’allais lui donner un coup de main, pour une cause immorale certes, mais quand même. Alors que nous nous trouvions juste devant la porte de cette fameuse infirmerie, Kay me tira par le bras et me fit reculer, s’appuyant contre le mur à quelques mètres de là. Pourquoi reculer ainsi face aux problèmes ? De toute façon il nous faudrait à un moment ou un autre passer cette porte, alors autant ne pas attendre d’avantage. Je remarquai rapidement qu’elle était en pleine réflexion et décidai donc de ne pas protester, m’appuyant à mon tour avec négligence à ses côtés. Nous avions l’air de deux touristes attendant que quelque chose de remarquable se passe, là, dans ce couloir pourri. Mais bien évidemment rien ne se passerait, si ce n’est un mec qui passerait en vomissant avant de s’engouffrer dans l’infirmerie, ou une blessure avec un peu de sang si nous avions de la chance. Enfin de la chance… La vue du sang m’était assez désagréable, en y réfléchissant. Et l’odeur de la gerbe me donnait envie de vomir aussi donc autant oublier. Qu’il ne se passe rien, c’était tout aussi bien. Je me mis bêtement à chantonner, l’air de rien, en attendant que Kay dise quelque chose. J’essayais de m’occuper l’esprit comme je le pouvais, évitant ainsi de trop laisser l’inquiétude monter en moi. Elle m’avait dit qu’il fallait beaucoup de courage pour arrêter de se droguer…Beaucoup de courage… Je supposais qu’il m’aurait fallu beaucoup de courage pour lui refuser mon aide également, ce que j’aurais dû faire. Si autant de gens font de mauvais choix et de mauvaises choses, ce n’est pas par simple esprit d’autodestruction. Ce ne sont pas de simples petits cons qui jouent avec le feu, mais simplement des gens qui manquent de courage. Parce qu’affronter les bons choix, affronter les choix que nous devrions tous faire est beaucoup moins aisé que de suivre les méandres douteuses des projets débiles. Réussir sa vie ne tient peut-être qu’à cela après tout : Au courage.

« Je sais, écoute-moi bien et tu me dis ce que tu en penses. »

Je reportai mon attention sur elle, suivant des yeux un homme qui passa en nous observant du coin de l’œil. Il voulait se battre lui ? Bon, on se calme. La pression commençait à monter et visiblement, je supportais mal. Je tâchai alors d’écouter attentivement le « plan » de Kay, sans m’étouffer de rire alors qu’elle termina. Au fur et à mesure de ses mots, j’avais compris la plaisanterie et attendais la chute finale. Une dépression ? Depuis quand soigne-t-on une dépression avec de la morphine ? Mathilda allait juste lui faire quelques petites séances de psy et nous n’aurions rien gagné. Sauf que malheureusement, Kay ne plaisantait pas. En fait, elle était tellement sérieuse que je failli effectivement m’en étouffer, mais pas de rire, loin de là. Elle était sérieuse. Elle voulait que moi j’aille voir l’autre cinglée pour lui demander de la drogue en prétextant qu’une amie faisait une dépression et qu’elle ne voulait voir personne ? Ouah… Ca c’était THE plan. Non mais sincèrement, elle pensait que ça tiendrait la route ? Visiblement elle n’était jamais allée faire un tour du côté de l’infirmerie pour imaginer Mathilda aussi crédule. Le pire, c’était que moi, moi j’allais devoir lui expliquer tout ça sans rire, en devant me montrer un minimum sérieux et persuasif. J’étais moi-même si peu convaincu de la chose que j’allais très certainement être très mauvais comédien mais soit, puisqu’elle le voulait elle allait l’avoir. Je soupirai, mes yeux faisant l’aller-retour entre la porte de l’infirmerie et mon amie qui me regardait avec insistance. Ca va, ça va… On avait bien cinq minutes, non ?

« C’est le plan le plus pourri que j’ai jamais vu mais puisqu’on est au pied du mur… »

Je soupirai une nouvelle fois avant de me redresser et m’éloigner de quelques pas, puis m’arrêtai et retournai la voir.

« Tu rangeras ma chambre aussi. »

C.f : menace quant à la lessive si jamais on se fait chopper, et très visiblement, nous allions nous faire chopper. Je m’éloignai de nouveau, puis, une fois devant la porte pris une grande inspiration. Sauf que l’envie de ne pas y aller était tellement forte que de nouveau, je tournai les talons et m’approchai d’elle. Vu son regard, ces aller-retour devaient la laisser un peu perplexe. Je cherchais juste à gagner un peu de temps avant de me faire dévorer par le monstre Mathilda. Je me plantai devant elle, mon regard étant des plus sérieux avant de demander d’une voix joyeuse :

« Bisou ? »

Elle leva les yeux au ciel et je ne pu m’empêcher de rire.

« Bah quoi, je mérite bien ça, non ? »

Finalement, elle concéda à m’embrasser sur la joue et enfin, pour la dernière fois, je me dirigeai vers cette foutue porte. Sans réfléchir je frappai, puis entrai en trouvant ainsi Mathilda occupée à nettoyer ce qui ressemblait fortement à un ciseau chirurgical. Je déglutis instantanément en me demandant dans quel merdier Kay m’avait envoyé, puis, rassemblant mon courage j’exposai le problème. Kaylhen faisait ce qui ressemblait fort à une dépression, elle n’acceptait de voir personne appart moi et j’avais très peur que son état se transforme en véritable crise d’hystérie. Contre toute attente, Mathilda m’écouta attentivement avant de me poser une série de questions auxquelles je répondis en toute honnêteté, décrivant ainsi son état dans les moindres détails. Elle finit par hocher la tête et me demander d’une voix calme si j’étais capable de la surveiller pour la soirée, tout en me donnant un petit flacon remplit de pilules que je ne connaissais pas. Je fus abasourdi de constater la facilité avec laquelle Mathilda me confiait des médicaments, alors qu’elle m’expliquait qu’il s’agissait de tranquillisants potentiellement mortels si on en prenait une forte dose. Autrement dit, j’avais pour mission de veiller à ce que ma meilleure amie ne fasse pas de tentative de suicide, reçu 5/5. De toute façon j’étais certain qu’elle ne désirait pas mourir puisqu’en réalité ces pilules avaient pour unique effet de la droguer mais dans le doute j’allais effectivement rester auprès d’elle. Finalement, Mathilda me demanda de revenir la voir demain pour lui donner des nouvelles et moi, faisant mine de m’inquiéter, ressortit sans un mot de plus. Kay rattrapa au passage le flacon que je lui avais jeté, continuant ma route sans même prendre la peine de m’arrêter. Il ne fallait pas que nous nous attardions trop ici, aussi retournai-je directement dans ma chambre, Kay sur mes talons. J’éprouvais une certaine culpabilité à avoir menti de la sorte afin de droguer une adolescente de 17 ans, ce qui en soi était sans doute normal. Il devait vraiment il y avoir quelque chose qui clochait avec moi.

J’entrai dans ma chambre en laissant Kaylhen refermer la porte derrière nous, puis la dévisageai avec insistance. Je ne savais pas par où commencer, mais j’avais surtout peur d’être un peu trop brutal dans mes mots. Finalement je soupirai avant poser les yeux sur le sol, réfléchissant.

« Plus jamais.Je relevai les yeux vers elle.Plus jamais tu ne m’entraînes dans tes plans foireux Kaylhen. Parce que… Oui je suis ton ami. Oui je serai là pour toi quoi qu’il arrive mais merde, merde ! Ces trucs là vont te faire planer et moi je dois te surveiller toute la soirée parce que figure toi que si t’en prends trop, tu pourrais… Putain Kay ! »

Je me rapprochai d’elle avant de poser mes mains sur ses joues et la regarder avec une peur non dissimulée.

« Je l’ai fait parce que je t’aime et que ça me fait du mal de te voir dans un tel état, mais je ne referai plus, que ce soit clair. J’ai beaucoup trop peur pour toi… »

Ce qui était un mensonge. Il suffisait qu’elle revienne me voir et me demande de réitérer l’opération pour que de nouveau, je l’accompagne dans ses mauvais coups. Non pas que cela m’amusait mais il m’était insupportable de savoir qu’elle prendrait autant de risque seule : Quitte à se faire engueuler, autant être deux. Je retirai doucement mes mains de son visage moite avant de me reculer et lui adresser un regard d’excuses. Je m’étais légèrement laissé emporter mais il était vrai que je crevais de peur pour elle, même si cela ne lui était d’aucune utilité. Je tenais beaucoup trop à elle pour accepter qu’elle meure, à fortiori à cause de la drogue tandis qu’elle était belle, jeune, en bonne santé… Ou presque. Il y eut quelques instants de silence durant lequel ni l’un ni l’autre ne bougeait, visiblement gêné. Alors je fis ce que je savais le mieux faire, l’idiot, et murmurai d’une petite voix :

« …Bisou ? »

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MessageSujet: Re: Never die alone. [ Kaylhen. L ]   Mer 27 Oct - 11:28

J’analysais son expression faciale histoire de voir sa réaction suite à ce que je venais de lui dire. Ses yeux faisaient un aller-retour entre moi et quelque chose derrière moi. Je me retournais, essayant de suivre son regard : l'infirmerie. Ouais bon. Je lui refis face et le regardai avec insistance : on était dans le genre un peu pressé alors si je pouvais avoir une réponse, que je sache si oui ou non il voulait bien. De toute façon, s’il était contre j’allais improviser avec autre chose. Comme par exemple, me faire mal jusqu’à ce que je ressente atrocement la souffrance. Oh ben oui, c’était peut-être pas une si mauvaise idée que ça. En plus, Ari n’aurait pas besoin de se mettre en danger pour moi. J’aurais du y penser plus tôt. Le plan B, c’était que je me fasse donc très très mal, physiquement, que j’attende suffisamment longtemps pour que les blessures s’infectent et ensuite, je pourrais aller voir Mathilda et là : médicaments ! Quoiqu’après, elle allait se demander pourquoi je n’étais pas venue plus tôt. C’était foireux. Comme le plan A. Mais peut-être un peu moins que le plan A. Je devais vraiment être maso pour penser de telle chose. Et être un brin folle aussi ; tout ça pour de la drogue.

Aristide se redressa en me disant que c’était un des plans les plus pourris qu’il avait jamais entendu alors que j’étais toujours appuyée contre le mur, essayais de me réchauffer (ou pas, puisqu’en fait, j’étais brulante pour les autres, et glacée pour moi-même) en me frictionnant les bras. Les yeux écarquillés et les sourcils redressés, surprise par sa réaction, je le regardais sans aller. C’était tout ? Ton plan, il est pourri mais j’y vais quand même ? Mais il se retourna, ce à quoi je m’attendais pour me dire qu’il faudrait que je range sa chambre, ce à quoi je ne m’attendais pas. Si c’était que ça. Avec ce que je faisais de mes journées, j’aurais tout mon temps de ranger sa chambre et de faire sa lessive. Puis il repartit en direction de l’infirmerie. Cette fois-ci, sans se retourner. Je baissais la tête, fermant les yeux et priant mentalement pour que tout se passe bien. Pas une minute après, je relevais la tête et vu mon Ari revenant vers moi, les mains vides. Mais qu’est-ce qu’il faisait ? Il fallait qu’il le dise franchement s’il ne voulait pas le faire. Quoique là, ça traduisait bien son manque de motivation.

« Bisou ? »

Je levais les yeux au ciel, le sourire cependant en coin. Quand Ari vend du rêve, il ne fait pas semblant. Mais VRAIMENT PAS. Un retour juste pour un bisou, c’était quand même trop mignon.

« Ouais, bon d’accord. Mais n’en abuse pas. »

Dans un soupir, je m’approchais de lui, et le lui fis.

Lorsqu’il se retourna, cette fois-ci, sans aucune hésitation il entra dans l’infirmerie. Je déglutis. Oh mon dieu. Et s’il se plantait, ou quelque chose comme ça. Si Mathilda ne le croyait pas. Je lui faisais faire ça alors qu’au fond de moi, je n’y croyais pas plus que cela. Et puis, il prenait des risques à ma place alors que c’était mon problème à moi, et à personne d’autre. J’aurais du m’en tenir à l’idée que je venais d’avoir. Je me rongeais chaque ongle de chaque doigts jusqu’à m’en faire mal. J’avais l’impression que ça faisait déjà bien -trop- longtemps qu’il était rentré dans l’infirmerie. Mais pourquoi j’avais fait ça. Quelle débile. Adossée contre le mur, je baissais les yeux dès que quelqu’un passait à proximité. S’il n’en sortait pas, il fallait bien que je songe à aller le chercher. Et puis, je ne pouvais pas le laisser prendre tout seul. J’imaginais bien la chose : moi, qui entre dans l’infirmerie, dans un état lamentable « Hey ! Finalement, j’ai la pêche ! Allez, viens Ari on va se faire une bouffe, par contre Mathilda je vais juste prendre les médicaments, on sait jamais. ». Non mais sérieusement, à quoi j’avais pensé. Dans le genre boulette débile et égoïste j’avais été la meilleure.

Alors que je suivais quelques personnes du regard j’aperçus Aristide qui sortait de l’infirmerie, un flacon entre les mains. Auparavant avachie contre le mur, je m’étais redressée, vive et impatiente. Il avait réussi. J’arrivais à peine à y croire. Il me lança nonchalamment ledit flacon lorsqu’il passa à mon niveau que je manquai de faire tomber. Je le dressai à hauteur de mes yeux en lui souriant avec un air de grosse débile comme s’il s’agissait là de la huitième merveille. Je remarquais qu’Ari ne s’était pas arrêté et était déjà à plusieurs mètres devant moi. Je glissais discrètement l’objet dans la manche de mon pull et le suivis jusqu’à sa chambre. Il n’avait pas fermé la porte, j’en concluais donc que je pouvais rentrer. Je me glissais dans l’entrebâillement de la porte et la refermait délicatement derrière moi. Aristide était en face de moi, les yeux rivés sur… sur moi, mécontent. Il m’en voulait, j’avais eu que ce que je méritais. Toute ma joie s’était évaporée. J’avais vraiment été égoïste, méchante. L’avoir laisser y aller seul... Je m’en voulais. Si j’avais pu, j’aurais creusé ma propre tombe et me serais enterrée vivante au moins là, je serais cachée. Mon menton était appuyé sur mes deux mains jointes qui tenaient le flacon, dos à la porte, je n’osais plus bouger. Mon regard était fuyant, faisant des allers-retours entre le regard insistant d’Ari et le sol. Je devais même avouer que le sol me paraissait beaucoup plus sympa et avenant qu’Aristide, chose très inhabituelle. J’étais comme une gamine prise en flag’ pour avoir fait une grosse connerie.

« Plus jamais. Plus jamais tu ne m’entraînes dans tes plans foireux Kaylhen. Parce que… Oui je suis ton ami. Oui je serai là pour toi quoi qu’il arrive mais merde, merde ! Ces trucs là vont te faire planer et moi je dois te surveiller toute la soirée parce que figure toi que si t’en prends trop, tu pourrais… Putain Kay ! »

Qu’il utilise entièrement mon prénom, je trouvais que ce n’était pas un bon signe. S’il savait à quel point j’avais honte, à quel point je culpabilisais de l’avoir fait culpabiliser pour ce petit flacon que je tenais dans mes mains. J’aurais voulu lui dire tout ça mais il ne m’en laissa pas le temps. Il s’était approché de moi et avait délicatement posait ses mains sur mes joues toutes dégueulasses.

« Je l’ai fait parce que je t’aime et que ça me fait du mal de te voir dans un tel état, mais je ne referai plus, que ce soit clair. J’ai beaucoup trop peur pour toi… »

N’empêche que j’étais certaine que si un jour, je retournais le voir et lui redemandais la même chose, il me dirait oui. Parce qu’il était la fidélité et la gentillesse réincarnée. Mais je ne le ferais pas, c’en était hors de question. Je ne l’avais même pas regardé dans les yeux à ce moment-là, même si son ton était beaucoup plus doux que précédemment et ce qu’il disait été beaucoup plus adorable, plus… plus. Il se recula de nouveau et je restais toujours muette. Comment pouvait-il encore m’aimer autant après l’avoir quasiment obligé.

« …Bisou ? »

Je relevais les yeux sur lui, et lui lançais un regard plein d’excuses. J’eus un sourire hésitant et enlaçais Aristide au cou en étouffant un petit rire de soulagement. Je lui fis encore son bisou et restais contre lui. C’était le début de mes excuses. Je lui chuchotais à l’oreille.

« Promis Ari, plus jamais je te demanderais ça. Je m’en veux, je suis tellement désolée. J’aurais du me débrouiller seule. »

La prochaine fois, il ne serait même pas au courant que je serais en manque parce que je m’enfermerais dans ma chambre, et je ferais ma rustre : je ne parlerais à personne. Sauf Lilly parce que nous avons la même chambre donc c’est impossible de ne pas la croiser.

« Je te dois tellement, Ari… Je t’aime. »

Je ne savais pas comment exprimer ce que je ressentais, j’avais du mal à trouver les bons mots. A ajouter ma crise manque qui prenait un peu plus d’ampleur à chaque seconde, ce n’était pas simple. Je finis par lui faire face et lui souris en lui faisant un bisou sur le nez. Je jetais un coup d’œil au flacon que je tenais.

« Je… Enfin, tu vois faut que j’en prenne. Mais ne t’inquiètes pas, ok ? »

J’allais en prendre le strict minimum, histoire d’en garder assez longtemps le temps de retrouver mon gros paquet. Et puis c’était inutile qu’Aristide me surveille, j’avais déjà pris autre chose que des calmants en dosant parfois un peu trop ; j’étais capable de me débrouiller seule, pour ce coup.

« J’ai assez abusé de toi et je m’y connais pour le dosage. Et puis, j’ai pas vraiment envie que tu vois ça. »

C’est vrai quoi. Il était allé chercher le flacon, avait suivi mon plan foireux qui apparemment ne l’était pas totalement. Il pouvait retourner vaquer à ses occupations. Pour peu, ils se demandaient ce qu’il était en train de faire puisque si je me souvenais bien, au moment où je l’avais croisé, il allait se changer parce qu’il s’était taché à cause d’un des enfants. Et puis je n’avais pas trop envie qu’il me voit complètement shooté. Tout ce qu’il avait vu jusqu’à présent avait déjà cassé l’image de la gentille Kaylhen super sociable et joviale, autant ne pas en rajouter une couche.

« Est-ce que Mathilda a dit quelque chose d’important par rapport aux calmants ? Mis à part le fait qu’il ne faut pas en prendre trop. »

En disant cela, j’avais posé ma main sur la poignée de la porte, prête à partir. Je ne le fuyais pas, je ne le jetais pas non plus comme un vulgaire mouchoir mais je viendrais le remercier une nouvelle fois plus tard. Il pouvait compter sur moi désormais, en plus de faire sa lessive et nettoyer sa chambre, j’étais disponible à lui rendre de plus ample service parce que ce qu’il avait fait pour moi, c’était vraiment au-delà de l’imaginable.
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Aristide Tetropoulos
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MessageSujet: Re: Never die alone. [ Kaylhen. L ]   Mer 27 Oct - 15:11

Si vous voulez savoir, au fond je n’en voulais pas à Kay. Comment aurais-je pu en vouloir à une personne que je considérais presque comme ma petite sœur, l’une de mes meilleures amies ici ? Car après tout, nous vivions ensemble depuis quelques temps déjà et les relations se tissent beaucoup plus facilement dans ce genre de communauté. Nous avions constamment besoin les uns des autres et à ce titre pouvions nous faire confiance. En tout cas, moi j’avais une confiance sans limite en Kay, et ce bien malgré son état de santé pour le moins catastrophique. J’étais peut-être simplement très con, mais il me semblait que la drogue n’influait en rien sur la valeur profonde des gens, et en l’occurrence la fille qui me faisait face possédait des qualités que j’appréciais particulièrement. Elle représentait une certaine fraîcheur propre à la jeunesse, quelque chose qui pétille dans les yeux et puis Kay pouvait être aussi douce qu’agitée, aussi câline que bout en train et j’adorais cela puisqu’au fond, j’étais un peu pareil. A dire vrai j’aimais passé mon temps avec elle car au moins, on rigolait bien tout les deux. C’est peut-être stupide mais quitte à vivre tous les uns sur les autres, autant que ça se fasse dans la bonne humeur. Et puis, inutile de se mentir, j’avais toujours beaucoup apprécié les belles femmes et malgré sa jeunesse Kay était mignonne comme un cœur. Bon, sauf en pleine crise de manque, j’y consens. Parce que là… La petite poupée brune aux yeux bleus bien foutue qu’elle était se transformait en une chose humide, tiède et pâle. Oubliez les belles boucles ébène anéanties par la sueur, oubliez le doux regard devenu fuyant et terne. Voilà les sévices de la drogue, voilà le carnage de cette connerie. Rien qu’au nom de la beauté, Kay n’aurait jamais dû prendre la moindre drogue. Mais c’était sans doute une valeur beaucoup trop symbolique en comparaisons des dommages concrets que cela causait sur son corps. Quelle est l’espérance de vie pour un junkie ? Je préférais encore l’ignorer. Il n’empêche que dans mon cœur, Kay n’avait pas chuté, loin de là. Au contraire, j’éprouvais l’envie encore plus dévorante d’être là pour elle, de la protéger, de l’aider. Seulement il était très clair qu’elle n’en voulait pas, de cette aide. En fait je n’étais même pas totalement sûr qu’en dehors de se servir de moi pour récupérer ses cachets, elle m’aurait parlé. Cette idée me faisait de la peine mais je supposais que je devrais m’y faire.

Je fus tout de même soulagé lorsqu’elle m’adressa un regard d’excuses qui me fit complètement fondre. D’une part parce qu’elle ressemblait à une enfant et que cela me donnait envie de rire, d’autre part parce qu’au moins elle était consciente de m’avoir demandé beaucoup. Elle me sourit, enfin, et se pendit à mon cou tandis que mes bras serraient déjà sa taille. Non, je n’étais pas fâché. En fait je n’étais jamais fâché de rien, et encore moins lorsqu’il s’agissait de personne que j’appréciais particulièrement, aussi ma colère fut-elle passagère et relativement terne. J’aurais pu hurler encore, j’aurais pu lui refuser mes bras et la foutre à la porte mais à quoi ça m’aurait avancé ? J’avais eu peur, rien de plus. Même si le danger n’était pas éloigné, loin de là même, les battements frénétiques de mon cœur en étaient pour l’instant quand même apaisés. Ses lèvres effleurèrent ma joue et alors un doux sourire naquit sur mon visage, et voilà, j’avais eu raison. La drogue ne changeait pas le fait que Kay était adorable. Et puis vinrent ses excuses, celles qu’elle prononça tout haut et que j’écoutais avec attention. Ce n’était qu’un faible murmure, de brefs mots prononcés dans un souffle mais ils me firent beaucoup de bien quand même. Peut-être que je me trompais, peut-être que je me nourrissais de douces illusions mais voilà, lorsqu’elle m’affirmait de cette manière que non, je n’avais pas été qu’un pion dans son plan afin de trouver de la drogue, je me sentais mieux. Ce sentiment se développa un peu plus lorsqu’elle me dit qu’elle m’aimait, puis se recula tout en déposant un baiser sur mon nez. Ce geste me fit sourire plus largement, sourire qui malheureusement se fana dès qu’elle me rappela qu’elle devait à présent calmer sa crise. Bon…Ok. Mais il était impossible que je ne m’inquiète pas, ceci dit. Comment pourrais-je faire comme si tout baignait alors qu’une amie allait se shooter devant mes yeux ? Cool, ça va, je gère. Ouais bah non, je ne gérais pas du tout, et j’avais même l’impression de faire une grosse connerie. Entre ne pas l’empêcher de prendre ses propres décisions et lui fourrer des cachets dans la bouche, il y avait une grosse différence et j’allais la dépasser.

« J’ai assez abusé de toi et je m’y connais pour le dosage. Et puis, j’ai pas vraiment envie que tu vois ça. »

Elle pensait vraiment s’en tirer comme ça ? Il était absolument hors de question qu’elle sorte de cette chambre sans moi. Premièrement parce que j’avais beaucoup trop peur qu’elle ne déconne, deuxièmement parce que je ne tenais pas particulièrement à ce que quelqu’un la voit dans cet état. De plus, si mes souvenirs étaient exacts, Kay partageait sa chambre avec une certaine Lilly qui je connaissais de vue pour avoir déjà gardé des enfants en sa présence. Donc, elle préférait se droguer avec quelqu’un d’autre que moi ? Pour le coup, j’en aurais presque été vexé. Je n’eus cependant pas le temps de répondre puisque déjà, elle reculait, posant sa main sur la poignée de la porte. Elle me demanda si Mathilda avait précisé quelque chose quant aux calmants, mis appart les précautions à prendre par rapport au dosage. Je fis alors mine de réfléchir, plissant les yeux et fronçant les sourcils.

« Ouais…Ouais elle a dit un truc mais merde…Ca m’est sortit de la tête. Attends, ça va me revenir. »

Je fis durer le plaisir quelques secondes, me mordant la lèvre comme si je devais répondre à une énigme capitale, avant d’enfin lâcher d’un ton jovial :

« Oui ! Ca y est, je m’en souviens ! Alors, elle a dit… »

Aristide, c’est sadique. Crache le morceau s’il te plait.

« Elle a dit qu’ils ne faisaient effet que si tu te trouvais dans la chambre d’un beau grec d’environs 25 ans, pas marié et sans enfant. Il semblerait que tu ai touché le gros lot ma chère ! »

J’ouvris largement les bras avec un grand sourire, qui se transforma en moue dubitative lorsqu’elle me gratifia d’un splendide regard noir dont j’aurais bien volontiers ris. J’haussai alors les épaules :

« Bon, d’accord. Peut-être pas si beau que ça mais… Je suis grec au moins. »

M’avançant vers elle, je retirai sans plus attendre sa main de la poignée et lui caressai tendrement les cheveux, avant de murmurer d’une voix douce, presque maternelle.

« Sérieusement Kay, reste ici. Je préfère avoir la certitude que tout se passe « bien », parce que crois moi, je vais flipper à mort à l’instant même où tu auras avalé ces trucs. Alors… Tu vois, là c’est mon lit, là le bureau, la chaise, la commode… Fais comme chez toi. »

Je lui désignai tour à tour les éléments qui constituaient ma chambre avant d’aller m’allonger, pliant les bras en les mettant sous ma tête. Elle semblait hésiter à s’en aller sur le champ ou demeurer, comme je le lui demandais, à mes côtés. Très sincèrement je ne savais pas si j’allais supporter de la voir dans un état second, de la voir droguée jusqu’aux yeux mais il était clair dans mon esprit qu’elle ne devait pas partir, pas sans moi. Parce qu’après tout, qui mis appart moi était capable de la soutenir ainsi, sans dire un mot, en étant simplement une épaule forte sur laquelle se reposer ? Qui s’abstiendrait ainsi de lui faire toute morale en pensant qu’elle était capable de gérer elle-même sa vie ? Ce n’était peut-être pas bien mais voilà… C’était comme ça. Moi j’allais être là jusqu’au bout, pour elle. Seulement, le regard d'excuses qu'elle finit par m'adresser m'annonca très clairement que non, elle n'allait pas rester. Aussitôt mon sourire se fana mais je ne pu la retenir, je n'en étais pas endroit, aussi la laissai-je simplement s'en aller lorsqu'elle ouvrit la porte. Voilà... Je n'avais plus qu'à prier pour que tout aille bien.

[ Terminé ]

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