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 Sabbath Bloody Sabbath. [Lyzee L. ; Aristide T. ]

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MessageSujet: Sabbath Bloody Sabbath. [Lyzee L. ; Aristide T. ]   Sam 25 Sep - 22:38

Mon Dieu, aidez moi.

Cela faisait à présent quelques semaines que j’avais récupéré l’enfant, étant certaine que d’une manière ou d’une autre, elle me servirait. Si j’avais d’abord songé à la tuer, la broyer elle aussi comme aurait dû la broyer le tout puissant, à présent cette idée était bien loin de moi. J’étais d’accord pour avouer que je ne savais pas exactement à quoi elle me servait, mais cette gamine, Lyzee je crois, était un signe de Dieu auquel je devais absolument répondre. Bien loin d’être dérangeante, elle manquait cependant de toute éducation, plus particulièrement religieuse, ce qui m’insupportait. Etais-je douce avec elle, étais-je aimante ? Laissez moi rire. Je faisais preuve d’une parfaite et continuelle méchanceté à son égard, car c’était là tout ce qu’elle méritait. Impie, voilà ce qu’elle était. Et ça, je ne pouvais le tolérer. Je ne pouvais tolérer qu’elle ne sache prier ou manque de remercier notre Sauveur de l’avoir justement sauvée, elle qui ne le méritait guère. Aussi m’étais-je attelé à son éducation, que cela lui plaise ou non, et au vue des larmes qui naissaient souvent au bord de ses yeux innocents et stupides, je constatais que ce changement radical n’était pas réellement de son goût. Je n’en avais cependant rien à faire. Très vite elle dû apprendre toutes les prières les plus courantes, ainsi que surveiller son langage. Non, elle n’était pas vulgaire, trop jeune sans doute pour connaître ce genre de mots, mais parfois elle se laissait trop aller, parlant sans permission, chougnant, et je ne sais quoi encore. Je ne le supportais pas. En réalité, je supportais à peine sa présence dans mon dos. A mes yeux elle demeurait une impureté sur la surface de la terre, une impureté que j’aurais dû étrangler mais que je devais préserver cependant. Etrange, certes, énervant surtout. Je vacillais souvent entre l’envie irrépressible de la laisser crever au beau milieu de la ville et de la maintenir, même si je n’avais en réalité pas le choix. Sa vie était entre mes mains, il ne suffisait que de peu de chose pour qu’elle se termine aussi vite qu’un battement de cil. Bien peu de chose, oui.

Lorsque je l’avais récupéré, nous avions vécu un évènement très étrange et soudain, évènement que j’interprétais comme ce signe mystérieux de Dieu. A ce moment là, une pluie féroce s’était abattue sur nous, suivie d’un vent effrayant, comme un orage décuplé au centuple. Même moi, j’avais eu peur. Si peur qu’immédiatement j’avais compris qu’elle devait vivre, que je devais l’aider à vivre car c’était là Son souhait. J’avais songé à la tuer et Il me l’avait interdit, mon seul choix était à présent d’obéir. Aussi l’avais-je pris par la main et avons-nous couru, couru jusqu’à ce qu’elle ne tombe, lâchant mes doigts, tant la fatigue était grande. La seule chose que j’avais trouvé à faire avait été de la prendre dans mes bras et de continuer la route, courant toujours mais à un rythme cependant considérablement ralentit jusqu’à un refuge de fortune. L’appartement que j’avais promis n’existant pas, je tâchai d’en trouver un à peu près confortable et de nous y installer le temps que la tempête se calme. Là, j’avais pris soin d’elle. Vraiment. Fouillant toutes les pièces, tous les meubles, j’avais déniché une couverture dans laquelle je l’avais enveloppée, espérant qu’elle ne prendrait pas froid. Puis j’avais essayé de la laver avec ce que je trouvais, de l’habiller avec des vêtements secs, de la nourrir. Trouver de la nourriture n’avait pas été aisé, je supposais que des pillards étaient déjà passés par là car je trouvais peu de choses, pour ne pas dire rien. Quelques biscottes, un peu de riz qu’elle avait mangé cru et voilà. Ce que le bon Dieu nous donnait était cependant bien suffisant. Après cela, elle avait dormi. C’était du moins ce que j’en avais pensé et après avoir longuement prié, je m’étais également assoupie. Mais voyez-vous, la vermine ne se repose jamais. La saleté avait tenté de m’échapper, et si je n’avais entendu ses pas s’éloigner de moi, sans doute m’aurait-elle filé entres les doigts. Sur le coup je n’avais pas compris pourquoi elle avait réagit de telle sorte, n’avais-je pas été douce ? N’avais-je pas cherché à lui apporter du confort ? Apparemment cela ne convenait pas à mademoiselle, et bien loin d’en être vexée j’en fus soulagée : je n’aurais pas à jouer à ce petit jeu plus longtemps. Alors j’avais commencé à me montrer cruelle, autoritaire et acide. Puisqu’elle refusait mes caresses, puisqu’elle voulait absolument s’enfuir, elle n’avait qu’à assumer sa punition. Non seulement elle ne partirait pas, mais en plus j’allais devenir son pire cauchemar.

Très vite, elle comprit qu’à ce petit jeu j’étais la plus forte et ses tentatives d’évasion devinrent moins fréquentes, au point de disparaître totalement. Bien malgré cela, ma surveillance ne se relâchait jamais, ni même une minute, ni même une seconde. Nous avions quitté l’appartement le lendemain et depuis, nous avancions sans réelle destination au travers des rues, rencontrant parfois des indésirables que j’exterminais lorsque je le pouvais. Il n’était déjà pas facile de tuer seul, le faire avec une enfant collée à moi se révélait bien plus ardu encore, à tel point que la plupart du temps je laissais tomber et changeait de chemin. Cela ne me plaisait guère mais je me disais que si c’était Son désir, il y avait bien une raison, une raison certes bien trop grande qui m’échappait totalement, mais une raison tout de même. Alors j’abdiquais, simplement. Aujourd’hui avait été un jour comme les autres. En nous réveillant ce matin, la gamine et moi, nous avions fait nos prières avant de reprendre notre marche. L’appeler par son prénom m’écorchait tant la bouche, était à mes yeux une si grande marque d’affection, que la nommer gamine me venait aussi naturellement que si cela avait été son véritable nom de baptême. Nous marchions depuis l’aurore et toujours rien en vue, en supposant qu’il y eut quelque chose à attendre. Plus les jours passaient et moins je comprenais en quoi j’avais besoin d’elle, en quoi la sauver était une bonne chose pour l’humanité. Parce qu’elle représentait la génération à venir ? Non, justement. Ca c’était un motif plus que valable pour lui arracher les yeux : Il n’y avait pas de génération à venir, il n’y avait plus rien, comme IL le voulait. Le futur n’existait plus à partir du moment où Dieu avait décidé de l’apocalypse, et ce moment était survenu. Alors elle, cette gosse, n’avait rien à foutre là. Rien du tout même. Elle représentait justement ce que je voulais éradiquer, ce que je devais éradiquer : l’espoir.

Je tenais la fermement la main de cette petite saleté tandis que nos pas nous portaient vers une destination inconnue. Le temps s’était apaisé et le ciel redevenu clair, signe de mon bon comportement. Tout allait bien. Il était de mon côté, approuvait mes gestes. Je sentis soudainement les petits doigts de la fillette se crisper sur les miens et portai mon attention sur elle, l’observant attentivement pour la première fois depuis des heures. Elle me paraissait si fragile, si frêle. Dans le fond, bien bien bien au fond, je l’aimais bien cette gamine. Bon, peut-être pas assez pour lui vouloir du bien ou l’appeler par son prénom, mais quand même un tout petit peu. C’était déjà pas mal en sachant qu’elle ne le méritait pas, qu’elle ne méritait rien du tout, enfait, si ce n’est la mort. En voyant ses petits yeux se relever vers les miens, remarquant aussitôt leur fatigue, je m’arrêtai, et ainsi l’arrêtai elle aussi. Son visage d’enfant était noir de saleté et ses vêtements crasseux, tout comme les miens. De plus notre alimentation restreinte ne lui faisait pas beaucoup de bien, elle devenait encore plus chétive et maladroite. Moi-même qui étais pourtant habituée au jeûne commençais à trouver le temps long. Nous avions besoin de manger, et elle de se reposer un peu. Aussi lâchai-je sa main et lui dit d’une voix dure :

« Agenouille toi. Prie Dieu de t’avoir sauvé la vie. Prie, vermine. »

J’attendis qu’elle s’exécute et avançai de quelques pas, cherchant des yeux un endroit susceptible de retenir de la nourriture. C’était peine perdue. Et c’est là que quelqu’un arriva. Quelqu’un d’assez petit, une femme, à l’allure pitoyable. Contre toute attente elle continua sa route en nous voyant, se rapprochant toujours plus. Vingt mètres de nous. Dix. Cinq. J’étais pétrifiée, attendant l’issue de cette rencontre. Ce n’est que lorsqu’elle passa tout près de moi que je remarquai ses yeux, ses yeux d’un blanc opaque et vitreux, ses yeux d’aveugle qui la faisait tituber alors que j’attribuais cela à une fatigue ou, tout comme nous, à un manque de nourriture. C’est pour cela qu’elle continuait sa route : elle ne nous voyait tout simplement pas. Faisant volte face en prenant grand soin de n’émettre aucun bruit, je posai un index autoritaire sur mes lèvres afin de signifier à Lyzee de se taire, de ne pas bouger. Si j’avais pu lui faire comprendre silencieusement de retenir sa respiration je l’aurais fait, l’ayant moi-même fait s’en m’en rendre compte lorsque la femme était passée, par simple doute qu’elle ne m’attaque, dans cette attente infernale d’un coup qui pouvait pleuvoir ou non, j’avais sans doute conservé notre discrétion. Lorsqu’elle arriva à la hauteur de l’enfant, la personne s’arrêta, et tourna la tête vers l’autre agenouillée. Pas ça, pas ça ! J’avais atrocement peur que ses yeux grands ouverts, ses yeux qui ne voyaient plus rien et qui faisaient peur n’effraient justement la gamine et la pousse à effectuer un geste de recul, mais de toute manière sa respiration l’avait déjà trahie. Nous avait déjà trahi. Très vite, la femme sortie un couteau de sous ses vêtements et l’agita dans les airs, se guidant certainement au son que provoquait les poumons tantôt emplis d’air, tantôt vides de Lyz. Je ne réfléchis pas, et courrai jusqu’à elle, me jetant littéralement sur cette femme qui menaçait la chose la plus précieuse que je détenais, une chose que Dieu m’avait directement envoyée. Si je reçu un coup de couteau pendant cette altercation, je parvins cependant assez rapidement à la maîtriser et lui arracher son arme, étant moins frêle qu’elle et ayant l’avantage de la vue. Ce même couteau que je plantai dans sa gorge, faisant ainsi couler le précieux liquide rouge qui signalait la fin proche. Un plaisir jouissif m’envahit, une de moins. Un parasite de moins sur cette terre détruite. Le sang coulait à flot et bientôt, le râle puissant d’une respiration difficile se tut, définitivement. Je me retournai alors et observai l’enfant. Je ne sais pas ce qui me prit, je ne sais pas pourquoi, ni comment, ni dans quel but, mais je me relevai alors et allai vers elle. D’habitude cela ne laissait rien présager de bon mais cette fois ci, cette fois ci je n’allais pas la maltraiter. Les injures n’allaient pas pleuvoir et la haine se répandre. Non, cette fois-ci je m’agenouillai face à elle afin d’être à sa hauteur et la pris dans mes bras. Etonnant. Cela ne me ressemblait pas mais pour une fois, j’estimai qu’elle n’avait pas besoin de plus de violence que la scène qui venait de se dérouler. Je la cajolai une minute avant de lui murmurer :

« Ca va aller Lyz, ça va aller. C’est fini. »

La première fois que je prononçai son prénom. La première, et la dernière.


Dernière édition par Carrie Cooper le Sam 30 Oct - 17:49, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Sabbath Bloody Sabbath. [Lyzee L. ; Aristide T. ]   Dim 26 Sep - 22:29

“She said I believe your lies
He said there’s a paradise beneath me
She said am I supposed to bleed ?
He said you better pray to Jesus
She said I don’t believe in god…”
Buddha for Mary, 30 STM

Je ne savais plus vraiment qui j’étais, ce que j’étais supposée faire. À ses yeux, je n’étais qu’une insupportable gamine. Alors pourquoi tenait-elle tant à me garder près d’elle ? Peut-être par pur sadisme. Seulement, je n’avais rien demandé à personne, moi. Tout ce que j’avais voulu, c’était survivre. Je me souviens avoir prié pour rester en vie. Mais à quel prix ? Sans doute pas celui-ci. C’était trop cher payé pour une petite fille. Ou peut-être que c’était ça, mon but. Lui obéir à elle, à Carrie. Je devais rester avec elle et faire ce qu’elle me disait parce que c’était comme ça. Peut-être que ça allait me mener quelque part à la fin. Peut-être que tout ce qu’elle me faisait subir, les atrocités dont elle me forçait à être spectatrice ou parfois actrice allaient faire de moi quelqu’un. Peut-être que moi, Lyzee Leighton, était née pour vivre ça. Anastasia me manquait. Sa douceur, sa gentillesse et son égard envers moi me manquaient. Il ne se passait pas un jour sans que je ne pense à elle. Nous n’étions pas restées ensemble bien longtemps, à peine trois semaines si mes souvenirs sont exacts ; j’avais à présent passé plus de temps en compagnie de Carrie, mais j’aurais aimé revenir en arrière, revenir au jour ou la fameuse tornade avait ravagé les ruines de New-York. J’aurais aimé pouvoir avoir une vision de ce qui m’attendait et tout faire pour fuir cette folle, rester avec Ana. Je me souviens avoir surpris une conversation entre Kaylhen et Liam, ce dernier disant à ma sœur que « Nous avons toujours le choix, il suffit de savoir rester maitre de nos décisions. » ; avais-je le choix, moi aussi ? J’avais bien essayé de m’échapper, parce que je savais ce que je voulais : fuir Carrie et retrouver Anastasia. Retrouver quelqu’un de gentil, de pas trop taré, de doux et d’agréable. Des bras dans lesquels me reposer. Des bras pour me rassurer. Les adultes étaient censés inspirer confiance aux enfants, pas les effrayer. Carrie me faisait peur au point d’en pleurer quand j’étais sûre qu’elle était endormie. Elle n’aimait pas m’entendre ou me voir sangloter. Elle n’aimait pas m’entendre tout court. Je l’avais bien compris. Je ne représentais pas grands choses à ses yeux. Ça me faisait mal de voir que j’étais si peu signifiante. Il n’y avait plus personne pour me dire que tout irait bien, que j’étais adorable, et que tout ça n’était strictement pas de ma faute. À présent, je commençais à laisser tomber mes projets de fuite, à me faire à l’idée que j’étais misérable, que personne ne se soucierait de moi désormais. J’avais réussi à me dire dans ma tête de petite fille que tout ce que je méritais, Carrie me l’offrait.

Cette femme m’avait néanmoins appris quelque chose : la prière. Elle me disait qu’il y avait Dieu, là-haut, que c’était lui qui décidait de ce qu’on devait faire. Que c’était lui qui avait provoqué cette troisième guerre mondiale, lui qui avait tout détruit dans le but de nous détruire nous, les hommes. Et qu’elle ne faisait que son devoir en « s’occupant » de moi. Était-ce vraiment Dieu qui avait décidé de mon sort ? Voulait-il réellement toutes ces horreurs pour moi ? Dans quel but ? J’aurais très bien pu rester en vie et être avec Anastasia. Lorsque j’avais été avec elle, je ne l’avais jamais vue tuer quelqu’un, ou être agressive envers quelqu’un qui ne l’avait pas cherché. Avec Carrie, c’était le quotidien. Je n’avais jamais vu autant de sang. Je n’avais jamais autant cherché à masquer les larmes dans la crainte de blessures physiques. Lorsque mes parents et mes frères étaient morts, Kaylhen avait été là pour me dire que pleurer, c’était ce qu’il fallait faire, que ça faisait du bien, que c’était normal parce que j’étais triste. Elle aussi était triste. Nous l’étions tous, en fait, tous. Ce n’étaient plus des larmes de tristesse que je ravalais, à présent. C’était plutôt du dégoût, de la douleur, mais surtout de la peur. J’étais morte de trouille à l’idée que Carrie ne m’ôte la vie aussi sauvagement que je la savais capable. Je me souviendrais toujours de la première nuit passée avec elle. Pour fuit la tornade qui s’avançait de plus en plus vite, n’ayant strictement aucune pitié pour ce qui se trouvait sur son passage, elle m’avait emmenée à l’abri, enfin, elle s’était mise à l’abri, et moi avec. Parce que j’étais là. Simple accessoire. J’avais vomi à cause de l’indigestion du riz cru et des biscottes moisies, mais surtout à cause de la frayeur qui ne me quitta plus. J’avais tenté de m’échapper, de retrouver Anastasia, mais cette femme, elle semblait de jamais dormir complètement. Elle m’entendait et me rattrapait toujours. Je ne savais pas à quoi je lui servais, pourquoi elle tenait tant à m’avoir avec elle. Peut-être ne voulait-elle qu’une spectatrice à ses meurtres tous aussi glauques et répugnants les uns que les autres, ou peut-être voulait-elle simplement une âme d’enfant à ses côtés pour lui rappeler l’innocence et l’espoir qu’il y avait peut-être encore… Sauf que dans mes yeux, il n’y avait plus du tout une quelconque innocence, la moindre étincelle d’espoir. Tout s’était éteint. Je ne voyais plus que du sang. Les cendres d’hier, le sang d’aujourd’hui le sang de demain. On semait des cadavres sur notre route, ce chemin qui ne nous menait nulle part.

Je ne savais pas où on allait. Je ne savais pas ce qu’il y aurait le lendemain. Je voulais juste retourner en arrière. Oublier ce que j’étais en train de vivre. Me réveiller de ce cauchemar.

C’était une journée comme une autre, avec un ciel clair. J’aimais regarder le ciel lorsqu’il avait cette couleur, un peu de lumière, ça me donnait un semblant de réconfort. Seulement, je ne pouvais le regarder bien longtemps parce que je ralentissais ma marche, et agaçais Carrie. Cette dernière me tenait fermement par la main depuis quelques heures déjà, et à vrai dire, j’étais exténuée. Mon corps n’était certainement pas adapté à ce genre de situations, je ne pouvais marcher sans arrêt, sans manger, sans boire ou très peu…. Pourquoi voulait-elle que nous déambulions ainsi dans les rues délaissées de New-York ? Ça ne servait à rien, tout avait déjà été pillé, les endroits plus ou moins abrités étaient déjà occupés, et pour les quelques personnes qui avaient le malheur de croiser notre route, nous étions les dernières personnes qu’elles voyaient. C’était devenu ça, la vie : des débris, des cadavres. Du gris et du rouge. Des larmes et du sang. Mes cris intérieurs et silencieux, ma douleur et ma frayeur, le sadisme et la colère de Carrie. Ses meurtres. Ses prières. J’avançais comme ça, désormais. Je grandissais plongée là-dedans. Je n’avais pas le choix.

Quoi qu’il en soit, je ne pouvais continuer plus longtemps, il me fallait une pause. Mes pieds dans mes chaussures devenues trop petites me faisaient souffrir, et si on ne s’arrêtait pas bientôt, mes jambes finiraient par céder d’elles-mêmes. J’ai quand même hésité un peu avant de manifester ma fatigue évidente en serrant un peu plus mes minuscules doigts autour de sa main longue et fine, blanche et glacée comme de la neige. Je n’insistai pas plus, en croisant son regard, je vis qu’elle avait saisi le message. Elle me lâcha d’un geste dédaigneux et m’ordonna de prier. Evidemment, c’était ce que je devais faire en échange d’un instant de répit. Prier ne me dérangeait pas, il me suffisait de réciter à voix haute en joignant les mains le texte que Carrie m’avait appris. C’était un peu comme les poésies qu’on apprenait à l’école, dans des circonstances tout de même différentes. Mes pieds pouvaient cependant enfin se détendre, ainsi que mes mollets. Encore quelques phrases et j’avais terminé. Après, je pourrais m’asseoir, peut-être même retirer mes chaussures et attendre que Carrie ne donne le signal de départ. Je ne fis même pas attention aux adjectifs qu’elle employa pour me qualifier, j’y étais habituée. « Vermine », « sale gosse », « misérable gamine » et j’en passe étaient mes nouveaux prénoms. Je ne savais même pas si elle savait comment je m’appelais réellement. Je crois que ça n’avait plus vraiment d’importance à mes yeux. Peut-être que tout ce que je voulais, c’est uniquement lui obéir pour qu’elle soit le moins désagréable possible. J'avais peur de ce dont elle pouvait être capable. J’étais sale, affamée et mal en point. Autant moralement que physiquement. J’allais certainement finir par craquer. Viendrait bien un jour où je parviendrais à m’enfuir, à me cacher suffisamment pour qu’elle daigne m’oublier, et je pourrais enfin poursuivre ma route de mon côté. Je n’avais toujours pas abandonné l’idée de retrouver ma grande sœur disparue, même si Carre veillait à me vider de tout espoir un peu plus chaque jour. Et pour l’instant, je n’étais qu’une gamine de neuf ans, dépourvue de toute forme de courage. J’étais insignifiante aux yeux du monde, aux yeux de Carrie, également à ceux de Dieu parce que malgré le fait qu’il ait voulu me maintenir en vie, il me faisait vivre des horreurs.

J’étais incapable d’agir par moi-même. J’étais complètement paumé, j’avais perdu tous mes repères. Aussi malheureux que cela puisse paraitre, je n’avais plus que la main squelettique de Carrie pour me raccrocher. C’était elle que je devais suivre. Point.

Et puis il y eut cette femme. Je ne la remarquai pas tout de suite puisque j’avais fermé les yeux pour prier, mais lorsque j’eus fini et que je vis le signe de Carrie m’interdisant le moindre bruit, j’obéis, une fois de plus. Sauf que la femme s’avançait vers moi trop vite à mon goût, et qu’elle me faisait peur. Elle avait les yeux grands ouverts mais ne semblait pas me voir pour autant. J’eus envie de lui crier de s’arrêter, de lui indiquer que j’étais là, de lui dire de faire attention car l’autre était juste derrière elle, mais j’étais tellement terrorisée qu’aucun son ne put sortir de ma bouche, à part celui de ma respiration s’accélérant. L’inconnue était de toute évidence aveugle, et ne s’était pas rendu compte que je n’étais qu’une enfant (avait-ce seulement de l’importance pour elle ?) : elle sortit aussitôt un couteau de sa poche dont la lame m’était certainement destinée, et aussitôt, mes yeux s’agrandir de stupeur, et je me laissai tomber en arrière sur les paumes de mes mains, comme pour lui échapper. Mon cœur s’était mis à battre à toute vitesse, et la peur m’envahit de nouveau. Je ne voulais pas mourir. Je n’avais pas vu et vécu tout ça pour rien. Cette lame ne transpercerait pas ma chair. Pas aujourd’hui. Mais avant que je ne puisse paniquer encore plus, Carrie avait bondit sur l’aveugle, l’immobiliser un peu plus loin, et… et planter sans aucune hésitation le couteau dans la gorge de sa nouvelle victime. Je me relevai aussitôt et ne pus me détourner du spectacle sanguinaire. J’étais pétrifiée, horrifiée par ce torrent de liquide écarlate jaillissant du cou de la petite femme. Je me mis à trembler, et je sentis que j’avais envie de vomir. J’avais toujours envie de vomir, quand ce genre de choses se produisait, et si au début je laissais faire, ça finissait désormais par passer. Et puis, que pouvais-je rendre ? Nous n’avions rien à manger. Mais ce couteau s’enfonçant dans la gorge… ce sang qui en sortait tel une fontaine… Je ne pus m’empêcher d’hurler, ne sachant trop si je devais m’approcher ou reculer…

« ARRÊTE ! » criai-je. « ARRÊTE ÇA ! »

Ça me dégoûtait, m’effrayait, me rendait malade. Je savais qu’elle avait fait ça pour ma sécurité, puisque si elle n’avait pas bougé, la non-voyante aurait fini par mettre fin à ma vie, mais quand même… Je ne m’étais toujours pas faite à de telles images. C’était complètement traumatisant. Aussi, quand Carrie laissa son cadavre et s’avança vers moi, je ne pus qu’avoir un mouvement de recul, faire quelques pas en arrière. Parce que la voir couverte de sang, apercevoir cette lueur de jouissance qui n’avait pas encore disparu de son regard, et surtout savoir ce qui m’attendait à chaque fois qu’elle s’approchait ainsi, ça ne m’incitait qu’à reculer. Mais une fois de plus, elle fut plus rapide et fit quelque chose de tellement surprenant que j’en oubliais d’avoir peur. Carrie me prit dans ses bras. Non, plus étrange et irrationnel encore : elle ne m’agressa pas dans ses mots, au contraire. Pour la première fois depuis notre rencontre, elle me parlait presque gentiment. Elle me murmurait ces paroles comme on les murmure à un enfant. Et la cerise sur le gâteau : elle connaissait mon prénom. Enfin, la moitié. Lyz. Mais ce n’était ni « vermine » ni « gamine », alors c’était incroyablement bien. Mais pas normal.

Je ne savais pas ce que je devais faire. La laisser agir, me réjouir de ce rare instant de douceur ou me méfier, la repousser et risquer des nouveaux coups, des nouvelles engueulades ? Je ne savais pas. Je n’avais pas l’habitude de ça. Je ne la savais même pas capable d’un tel acte. C’était fini, disait-elle. Ça irait bien. C’était faux. Ça au moins, j’en étais consciente. Carrie mentait quand elle disait que c’était terminé. Il y aurait d’autres agressions, d’autres meurtres. J’hurlerais encore. Mon innocence disparaitrait encore un peu. Mon espoir s’envolerait encore plus loin. Carrie mentait. Mais que pouvais-je dire, faire ? Je n’avais pas le choix, là encore. J’allais une fois de plus devoir croire en ces mensonges. Je ne pouvais faire que ça.

« Est-ce que… »

Je ne terminai pas ma question. Je ne savais pas comment la terminer. Carrie venait de me prendre dans ses bras, et j’étais sur le point de briser ce moment de répit avec mes questions idiotes. Je devais me taire, elle me le répétait assez souvent. Mais elle ne me prenait jamais dans ses bras. Avais-je le droit d’agir de la même façon, de répondre dans son sens ? Allait-elle me réprimander si je refermais mes petits bras dans son dos ? Tout ce que je voulais, c’était retrouver un semblant de réconfort. Réaliser que tout n’était pas noir comme les ténèbres, rouge comme le sang. Peut-être que dans la plus sombre des personnes pouvait se trouver un peu de gentillesse, un éclat de douceur… Lentement, hésitante, je posai donc mes mains dans le dos de Carrie, sentant sa colonne vertébrale sous mes doigts, et parvins tout de même à prononcer une phrase entière dans un murmure :

« Tu me fais peur, tu sais… Pourquoi tu tues tous les gens qu’on croise ? Tu pourrais juste les blesser, on a qu’à s’enfuir comme on faisait avec Anastasia… »

Je savais que ça n’allait pas lui plaire. Carrie n’aimait pas que je remette en question ses actes, que je parle d’Anastasia. Mais je pensais pouvoir profiter de ses bras autour de moi, de sa voix qui se voulait peut-être rassurante… Cette femme me faisait flipper. Mais elle était la seule personne que j’avais. Inconsciemment, involontairement, un lien s’était crée entre nous. Un lien très faible, presque invisible, mais il était là, quelque part.

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MessageSujet: Re: Sabbath Bloody Sabbath. [Lyzee L. ; Aristide T. ]   Sam 9 Oct - 22:20

Les enfants sont les pires choses au monde. Comment peut-on aimer ces bestioles qui courent, crient, pleurent sans arrêt ? Personnellement je les haïssais. Il aurait sans doute été plus simple de dire ce que justement je ne haïssais pas plutôt que le contraire, plus rapide, mais je n’en pris pas le temps. Tout ce que je sentais en cet instant de stupidité où j’avais pris dans mes bras l’enfant était son souffle affolé, sa tiédeur infecte. Lyzee devait mourir, comme tout les autres. Nous devions absolument tous céder et laisser à Dieu la terre qu’il nous avait prêté puis repris, un cadeau dont nous n’avions pas été dignes et qu’il nous arrachait donc de plein droit. Seulement pour une raison qui m’était inconnue Il avait choisi de la préserver elle, cette petite ingénue écervelée et moi je devais faire avec. Réjouissant n’est ce pas ? Je la détestais, c’était peu de le dire, et pourtant tout au fond de moi quelque chose me murmurait d’être agréable cette fois-ci, d’être réconfortante même si cela ne me plaisait guère. Sur ma peau coulait le sang, celui de ma victime, le mien. Je ressentais la douleur lancinante, brûlante d’une coupure profonde sans pour autant me reculer afin d’apaiser cette blessure. J’étais habituée à la souffrance, morale ou physique. Les mêmes que celles de notre sauveur. Ce petit corps serré si fort contre le mien atténuerait, je l’espérais, la terrible fuite infernale de ce liquide pourpre si précieux à ma vie. Ce petit corps tétanisé contre le mien, à la fois traumatisé et surpris. Je ne savais pas exactement ce que pouvais ressentir Lyzee lorsque je tuais devant elle. Elle hurlait, pleurait, me suppliait d’arrêter la plupart du temps. Elle avait peur, surtout. Quelque part la peur était le meilleur moyen au monde pour prendre conscience de notre futilité, car lorsque nous tremblions, nous nous rendions compte de notre impuissance face à des choses qui nous rendaient infiniment petites et sans importance. Avoir peur de la mort, du futur, ou simplement d’une araignée nous rappelait chaque jour à quel point nous étions vulnérables et faibles. Et moi, avais-je peur ? Etait-ce un sentiment auquel j’étais souvent sujet ? Pas réellement. Je n’avais pas peur car Dieu me guidait, Dieu me protégeait. Mais alors, si je n’avais peur de rien, étais-je vraiment invulnérable ? Non. Personne ne l’était. J’aurais dû avoir peur, de tout, de n’importe quoi. De mourir, du noir, de perdre l’amour de Dieu, d’échouer dans ma tâche. Mais non. Et soudain ce manque se fit si violent, si dur et âpre dans ma bouche que j’en eus envie de pleurer. La peur, c’était ce qui faisait de nous des êtres humains, et cette absence faisait de moi un monstre. Un terrible monstre.

Les larmes manquèrent de charcuter mes joues, jusqu’à ce que le petit corps bouge et ne s’exprime. Je les ravalai alors difficilement, tentant de faire comme si rien ne s’était passé. Comme si la fatalité de ma condition ne m’était pas apparue. Soudainement, j’eus envie d’hurler. Lui hurler qu’Il aurait dû me pourvoir de ce frisson horrible de crainte afin de m’offrir la possibilité d’être un Homme. D’être quelque chose de pas seulement vivant parce que mon cœur battait, mais parce que j’avais quelque chose à affronter. Qu’avais-je à affronter si ce n’est ces autres, qui eux vivaient dans la crainte terrible de mourir un jour ? Cette mort que je provoquais avec tant d’aisance, de facilité. J’étais leur peur. J’étais leur frisson, sans pouvoir moi-même le ressentir et croyez-moi, c’était une révélation atrocement douloureuse. Elle posa doucement ses mains dans mon dos et j’eus de nouveau du mal à contenir les larmes qui s’accumulaient sans pour l’instant me trahir. Cette gamine venait de me faire prendre conscience de quelque chose de si horrible que j’aurais pu avoir envie de la détruire, broyer avec elle mes douleurs. Seulement je n’en avais pas la force, pas encore. Au fond je commençais à regretter ces nombreux jours passés dans la haine, dans l’indifférence silencieuse et acide qu’une enfant ne méritait pas. Cette enfant, qui était mille fois plus vivante que moi et que je tuais à petit feu. Je ne savais pas vraiment ce qu’il adviendrait de nous, ce que Dieu attendait de moi. En quoi la survie de Lyzee me serait utile par la suite, comment réussir à la maintenir en vie alors que j’étais froide comme la mort, dure comme la mort, injuste comme la mort ? Peut-être devais-je réviser mes positions. Peut-être devais-je m’adoucir encore d’avantage, devenir comme cette autre qui l’avait tantôt gardé auprès d’elle. Calme, gentille. Agréable même. Tout cela m’était bien difficile et étranger mais en cet instant, oui pendant ce court moment de remise en question j’étais prête à tenter l’expérience. Seulement les enfants ne se taisent jamais lorsqu’il le faudrait pourtant. Les enfants ont toujours quelque chose de nuisible à dire, pour eux comme pour nous. Et cette saleté n’échappait pas à la règle.

« Tu me fais peur, tu sais… Pourquoi tu tues tous les gens qu’on croise ? Tu pourrais juste les blesser, on a qu’à s’enfuir comme on faisait avec Anastasia… »

Mes doigts diaphanes se crispèrent dans son dos, jusqu’à lui en faire mal sans doute puisqu’elle se raidit à son tour. Alors comme ça je lui faisais peur ? Oui, bien sûr que j’en étais consciente mais qu’elle me l’annonce d’une manière aussi brutale ne fit que renforcer mes doutes sur moi-même, et me rendre folle de rage. Je ne permettais pas qu’elle ose ainsi se risquer à me parler comme elle parlait justement à cette autre. Non, finalement je n’étais pas prête à faire la concession de ma méchanceté pour elle. Elle ne méritait rien d’autre que ma rancœur et ma rage, cette gamine écervelée me rendait folle. En ne comprenant pas pourquoi je tuais d’une manière aussi répétitive, en remettant en cause ma seule raison de vivre, elle m’ôtait un peu plus d’humanité encore. Cette fois je comprenais à quel point mon être donnait la nausée, jusqu’où mon horreur naturelle dégoûtait les autres et c’en fut trop : je finis par la lâcher et la repousser violement. Cette Anastasia, qui était certes pourvue d’une humanité qui me faisait cruellement faux-bond, mais elle avait failli périr sous mes attaques. Si j’en avais décidé autrement, elle ne serait plus en vie à l’heure actuelle et c’était là tout ce qui faisait de moi la moins faible : j’étais peut-être inhumaine, mais au moins je possédais une agressivité qui me maintiendrait, même si sans but, en vie encore longtemps. Etre doux ne suffit pas à nous faire respirer. Etre compréhensif n’a jamais sauvé personne du bûché. Nous allions tous crever, mais si d’autres rendaient l’âme un peu plus tôt c’est parce qu’ils n’avaient pas su percevoir l’importance d’une personnalité implacable : Etre fort, c’est être intouchable. Même Dieu avait fait preuve de rudesse, même Marie avait dû s’imposer. Notre monde était un monde Manichéen, dirigé par les puissants et les oppresseurs. Les lâches, les faibles, les apeurés, les malades, les enfants même, eux étaient nos proies, nos victimes. Eux étaient peut-être humains, mais minuscules.
Mon regard devint de nouveau de glace, j’eus un rictus mauvais. J’avais envie de fracasser sa petite tête contre le bitume comme elle avait fracassé mes espoirs avec sa pseudo innocence. Finalement, une voix à la froideur déconcertante s’éleva, soufflant sur le monde sa température morbide.

« Fuir c’est admettre sa lâcheté. Fuir c’est donner à l’autre la possibilité de vivre alors qu’il ne le mérite pas. »

Je penchai légèrement la tête sur le côté en plissant les yeux, réfléchissant.

« Sais-tu pourquoi il est nécessaire de tuer, Vermine ? »

Elle répondit par la négative, et tout en me relevant et en me dirigeant vers le cadavre, je pris la peine de lui répondre.

« Dieu décide de si l’on doit mourir ou non. C’est lui le maître, c’est lui qui tire les ficelles. S’il avait voulu que quelqu’un vive, il ne l’aurait pas fait croiser mon chemin. Tu vois, ce n’est pas ma faute, c’est Dieu qui choisit. Sauf pour toi. Toi je ne sais pas, je crois qu’il a décidé de te laisser un peu de répit alors…Soit. »

M’agenouillant aux côtés de la défunte aveugle, je joignis mes mains avant de prier. Allez savoir pourquoi, allez comprendre comment je pouvais encore effectuer de tels gestes ou prononcer ce genre de paroles alors que ma foie était considérablement ébranlée, je le faisais quand même. Peut-être parce que je n’avais plus rien à quoi me raccrocher, peut-être parce que croire en Dieu était la dernière manière de croire en quelque chose. En toute sincérité, avant la guerre je n’étais pas aussi dévouée. Je passais mon temps à réciter des paroles dont je ne comprenais pas vraiment le sens afin que l’on me laisse en paix, que l’on m’oublie tout simplement au fond de ma cellule à l’air humide et tiède. La vie de bonne sœur est beaucoup moins simple que l’on peut l’imaginer. On passe notre temps à lire de vieux ouvrages, tenter de déchiffrer des écritures fines et penchées dont l’encre noire à, avec le temps, coulée pour ne former que des pâtés à la place des mots. Il faut croire que c’est ça, la religion. Passer des heures à vouloir comprendre quelque chose d’usé, de fané et au final de futile. Et puis, il y eut ce jour où tout déclina. Ce jour où l’on m’offrit une réelle raison de penser que ce Dieu que je connaissais si bien m’aimait vraiment et qu’il m’avait offert une mission incroyable dont je ne me séparerai jamais. Vous connaissez la suite. Je récitai donc un Notre Père avant de poser mes doigts sur des paupières grandes ouvertes sur ces yeux d’un blanc opaque et de les refermer, ignorant le frisson de dégoût qui me parcourut. Mon sang coulait toujours, je sentais sa douce chaleur sur mes chaires glacées. J’avais mal mais ne savais pas quoi faire pour stopper l’hémorragie. Finalement j’allais mourir moi aussi, que je fus forte ou non n’importait pas. Il y eut un léger moment de flottement durant lequel je fus incapable de bouger un muscle, serrant les dents alors que la coupure que m’avait infligée cette sombre idiote me faisait souffrir. Je ne sais pas ce qui me prit, mais soudainement, j’eus la rage. Une rage destructrice, nocive, qui coule dans vos vaines en les dissolvant. Le genre de rage qui pousse un homme à en tuer un autre pour un mot trop haut. Le genre de rage qui vous emmène au point de non-retour vis-à-vis de l’humanité, vous colle définitivement l’étiquette « monstre » sur le front.

Je me penchai sur elle et brutalement, enfonçai mes dents dans sa chaire. Je déchirai sa peau comme elle avait déchiré la mienne, la mâchant, jusqu’à l’avaler puis recommencer, inlassablement, comme une bête enragée. J’étais enragée. C’était le meurtre de trop qui venait de définitivement me faire perdre la tête, jusqu’au point d’en oublier la présence de la gamine dans mon dos. Le sang envahissait ma bouche avec force, et bien que cela me répugne, je continuai. Je voulais souiller ce cadavre comme il m’avait souillé, comme la vie m’avait souillé. C’était peut-être stupide, peut-être bestial ou simplement tout à fait dégoûtant mais au point où j’en étais je n’avais plus rien à perdre. Je n’étais pas cannibale, contrairement aux apparences. C’était la toute première fois que je goûtais à la chaire humaine, et très sincèrement cela suffisait à calmer ma faim tout aussi bien que l’aurait fait un bœuf ou un poulet. C’était absolument infect, certes, mais nourrissant. Et soudainement, j’entendis pleurer derrière moi. J’entendis cette enfant qui m’était sortie de la tête gémir doucement, sans doute se cacher les yeux pour ne plus voir le spectacle infernal de ma folie et un grand sourire illumina mon visage. Aujourd’hui serait un jour dont elle se souviendrait jusqu’à la fin de sa vie. Je me retournai alors et brusquement me jetai sur elle, l’empoignant par les cheveux bien malgré ses plaintes et ses pleurs. Je n’en avais rien à faire, de ses jérémiades qui au contraire me donnaient bien plus la nausée que de manger un être humain. Elle hurla si fort lorsque je la traînai par terre que je manquai de me retourner et la labourer à coups de pieds, lui rappeler qui était la chef ici et qui était l’oppressée, mais je ne le fis pas. J’aurais eu trop peur de la tuer, et ainsi faillir à mes obligations. Sa peau dû s’égratigner contre le sol dur car lorsque nous arrivions enfin jusqu’au corps inerte, elle était en sang, tout comme moi. Alors je nous forçai à toutes deux tomber à genoux côtes à côtes, appuyant sur sa tête afin que comme moi, sa peau blanchie et sale se teinte de ce pourpre magnifique.

« MANGE, MANGE ! »

Et elle allait manger. Ou je la tuerai, et tant pis si je risquais la damnation. Je la tuerai, de la manière la plus horrible possible.
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MessageSujet: Re: Sabbath Bloody Sabbath. [Lyzee L. ; Aristide T. ]   Mer 13 Oct - 21:15

J’aurais aimé pouvoir retourner en arrière. J’aurais aimé revenir un peu plus de deux années en arrière, quand tout allait encore bien. Quand on pouvait encore rire, quand on n’avait pas envie de pleurer à chaque seconde. Il n’y avait que ce cauchemar dont je ne voyais pas la fin, il m’était impossible de me réveiller. Qu’est-ce que je fichais là ? Comment j’avais pu me retrouver dans une telle situation ? En ayant une trop courte expérience de la vie. En étant purement et simplement naïve. En étant faible. Impuissante. Je ne pouvais pas me défendre. C’était déjà un miracle que je sois en vie, mais… il m’arrivait parfois de me demander si ça n’aurait pas été mieux que je me sois retrouvée aux côtés de mes parents et de mon frère lorsque tout s’est écroulé. J’aurais peut-être mieux fait de mourir avec eux. Ou de mourir un peu plus tard, avec Logan. Ou de ne pas avoir désobéi à Kaylhen et être restée bien sagement à l’attendre. Je n’aurais pas été toute seule. Je n’aurais pas rencontré Carrie. Quand bien même cette rencontre aurait eu lieu, il y aurait eu quelqu’un pour me protéger. Je veux dire, plus que ne l’avait fait Anastasia. Mes frères et ma sœur auraient donné leurs vies pour me sauver. En fait, c’est ce qu’ils avaient fait… Et c’était justement pour ça que j’étais toute seule.

Enfin… Seule, avec Carrie. Cette femme que je n’arrivais pas à cerner, et encore moins depuis qu’elle venait de me prendre dans ses bras. Je ne comprenais pas. Je ne savais même pas si j’avais envie de comprendre. Je voulais juste qu’elle arrête de tuer tous ces gens. Non seulement pour eux, mais aussi pour ma santé mentale. Je ne connaissais pas grand-chose de la vie et de ses principes en général, mais je savais que voir une personne en tuer une autre, ça laissait toujours un traumatisme. J’en avais eu la preuve. Sauf que Carrie n’avait pas assassiné une seule personne, et elle n’avait jamais fait ça de manière très délicate. Chaque hurlement, chaque coup, chacune des gouttes du sang qui avait été versé restait et resteraient encore gravés en moi, sans que je ne puisse jamais m’en défaire. J’essayais de fermer les yeux, de me boucher les oreilles, d’ignorer ce qui se déroulait devant moi, seulement… je ne sais pas… Je n’avais pas encore adopté ce reflexe, sans doute, et quand je réalisais, c’était trop tard, les images défilaient devant mes yeux, et j’étais trop terrorisée, pétrifiée par l’horreur pour parvenir à détourner le regard.

Et puis elle me repoussa violemment, comme si mes paroles l’avaient offusquée. Je n’avais rien dit de mal, du moins, ça ne pouvait être mal à côté du mal qu’elle faisait, elle. Tout ce que je voulais, c’était qu’elle arrête ces massacres. Et là, je n’arrivais plus à suivre… Elle me serrait contre elle comme pour me consoler, me rassurer, elle prétendait que c’était fini alors que j’étais parfaitement consciente que c’était loin d’être son dernier meurtre, et ensuite, elle me rejetait comme si je n’étais qu’une chose sale. C’était peut-être comme ça qu’elle me voyait, après tout… Non, c’était comme ça qu’elle me voyait. Pas de peut-être. Elle me le faisait comprendre constamment. Et lorsqu’elle parla de nouveau, je retrouvai sa voix froide, celle qui me faisait froid dans le dos.

« Fuir c’est admettre sa lâcheté. Fuir c’est donner à l’autre la possibilité de vivre alors qu’il ne le mérite pas. »

Mais peut-être que parfois, il est nécessaire de courir pour sauver sa vie. Je préférais être lâche, mais bel et bien vivante plutôt qu’une meurtrière. Sans doute étais-je convaincue de ça parce que je ne savais pas très bien ce que la lâcheté signifiait, mais j’en avais une définition approximative. Être lâche, c’est être faible. Mais j’étais faible, c’était un fait indéniable. Je ne pouvais que fuir. Carrie parlait certainement pour elle plus que pour moi, elle tentait de m’expliquer son comportement, puisqu’il était clair que je ne comprenais pas. Elle ne voulait pas apparaitre comme étant lâche. Elle ne voulait pas laisser les autres gagner, même s’ils n’avaient rien demandé. C’était sa vie ou celle des autres. Moi, j’étais là pour regarder. J’étais le témoin de cette destruction, de cette violence.

« Sais-tu pourquoi il est nécessaire de tuer, Vermine ? »

Non, je ne savais pas. Bien sûr que je ne savais pas. Les vermines ne savent pas. Mais je n’avais pas envie d’entendre la réponse à cette question.

« Dieu décide de si l’on doit mourir ou non. C’est lui le maître, c’est lui qui tire les ficelles. S’il avait voulu que quelqu’un vive, il ne l’aurait pas fait croiser mon chemin. Tu vois, ce n’est pas ma faute, c’est Dieu qui choisit. Sauf pour toi. Toi je ne sais pas, je crois qu’il a décidé de te laisser un peu de répit alors…Soit. »

Que croire ? Que penser ? De toute façon, qui d’autre pourrais-je croire ? Il n’y avait personne. Juste Carrie, et moi. Et les cadavres qu’elle semait. Si ce qu’elle prétendait était vrai, alors Dieu avait décidé que je resterais avec elle, à être témoin des horreurs qu’elle commettait. Il fallait que je sois là, bien en vie, à regarder la mort chaque jour, et c’était tout. Combien de temps allait-ce durer ? Jusqu’à quel point allais-je être capable de le supporter ? J’avais cru avoir déjà atteint mes limites. Je les voyais se repousser un peu plus chaque jour, à chaque nouvelle agression, à chaque nouvel assassinat, mais je redoutais l’instant où je ne pourrais plus rien repousser, quand ça serait trop, quand mes yeux saturerait de voir toutes ces images, quand mon cerveau ferait une overdose de tout ça.

Je ne me doutais pas encore que ça allait se produire bien plus vite que je ne l’imaginais. Je fermai les yeux quelques secondes lorsqu’elle se mit à prier près du corps ; je ne cherchais même pas à comprendre pour quelle raison elle faisait ça. Je la laissais faire, et je reprenais ma respiration, je tentais de retrouver mon calme. C’était fini pour l’instant. C’était passé. Carrie se relèverait d’une minute à l’autre, et nous nous remettrions à marcher. Peut-être qu’on trouverait quelque chose à manger, et un endroit plus ou moins abrité pour passer la nuit. J’ai inspiré puis expiré longuement, avant de rouvrir les paupières. J’ai immédiatement cherché Carrie du regard, et lorsque je compris ce qu’elle était en train de faire, je n’ai pu m’empêcher d’émettre un court cri d’effroi… Ce n’était pas possible…Elle n’était pas en train de… Non… Si j’avais eu quelque chose dans le ventre, j’aurais tout vomi. J’eu un hoquet, et je plaquai aussitôt mes mains contre ma bouche, contre mes yeux, contre mon visage tout entier. Je ne voulais pas voir ça. Des larmes se mirent à couler sans que je ne m’en rende tout de suite compte sur mes joues, inondant mes petites mains, et je gémis à chaque fois qu’elle refermait la mâchoire sur la chair humaine, à chaque fois qu’elle avalait. Ma respiration que j’avais pourtant réussi à calmer se mis à accélérer de façon brutale, et je faisais tout mon possible pour refermer les yeux et oublier ça. Amnésique. Je voulais devenir amnésique. Mais il était trop tard, j’avais assisté à tout le spectacle. Je l’avais vue planter ses dents dans le cadavre de cette pauvre femme, je l’avais vue arracher la peau et la chair… Le sang perlait de toutes parts sans que je ne sache à qui il appartenait, et moi, je pleurais, suffoquait… Comment pouvait-elle être capable d’une telle atrocité ? Comment quelqu’un sain d’esprit pouvait ne serait-ce qu’avoir l’idée de faire ça ? Justement, c’était ça l’ennui : Carrie n’était pas saine d’esprit, c’était même tout le contraire. Elle était complètement folle, déjantée, effrayante.

Ma vue étant brouillée par les larmes, je ne la vis que trop tard se relever et bondir sur moi, je n’eu le temps que d’esquisser un pas en arrière, et déjà, elle m’avait saisie par les cheveux. La douleur fut telle que je laissai échapper un nouveau hurlement, plus fort et plus long cette fois. J’avais peur. Je me retrouvai à trainer par terre plus vite qu’il ne le faut pour le dire, et j’avais ma petite idée de ce qu’elle comptait faire. Je ne voulais pas, je voulais qu’elle me lâche, que je me relève et prenne la fuite. Tant pis pour la lâcheté, je m’en fichais comme de mon premier biberon. Je voulais juste courir loin de ce cadavre, loin de Carrie, de ce monstre de cruauté. Je criais comme pour faire sortir cette terreur et cette haine que j’éprouvais au fond de moi, je criais pour que quelqu’un, par miracle, m’entende et vienne à mon secours. J’avais atteint mes limites. Je ne pouvais aller plus loin. J’étais épuisée, aussi physiquement que mentalement.

Je fus prise de violents tremblements lorsque mon visage frôla l’endroit qu’elle avait commencé à dévorer, et instinctivement, j’y plaquai mes mains pour me retenir.

« MANGE, MANGE ! »

Ces mots résonnèrent en moi comme une décharge électrique. Elle voulait que je mange un autre être humain. Elle voulait que j’arrache avec mes dents un morceau de cette chair, que je l’avale. Je n’avais plus faim du tout. J’étais couverte de ce sang qui n’était qu’à moitié mien, et je pleurais toutes les larmes de mon corps. C’était l’épisode le plus horrible, le plus effrayant, le plus dégoûtant de toute ma vie. J’étais à moitié allongée sur un cadavre dont on venait de manger une partie, et on me forçait à en faire de même. Même dans mes pires cauchemars, cette scène ne me serait jamais venue à l’esprit. J’avais de plus en plus de mal à respirer, j’hoquetai entre chaque crise de sanglots, je tremblai comme une feuille, avait chaud… j’étais en pleine crise d’angoisse. Je me débattis, j’hurlais encore et encore, tentais d’échapper à l’emprise de Carrie comme je pouvais. Je n’allais pas manger. Je ne devais pas manger. J’avais l’impression que si je cédais cette fois, c’en était fini de moi. Que si j’avais le malheur de lui obéir malgré toutes les menaces, j’allais finir comme elle. Et c’était que je ne voulais pour rien au monde : ressembler à Carrie. Je ne sais pas comment, j’ai réussi à glisser entre ses mains, à me jeter en arrière et reculer de quelques pas. J’allais mourir si je ne me calmais pas bientôt. J’allais mourir de peur, de dégoût, de manque d’oxygène. Je n’étais même plus capable de crier « Arrête », comme je le faisais souvent. Je ne pouvais même plus cligner des yeux. J’étais immobile, raide comme un piquet, assise en prenant appui sur mes bras posés en arrière. L’état dans lequel j’étais était lamentable. Un chiffon ensanglanté dont voulait se servir Carrie. Dont elle se servait. Une poupée écarlate en porcelaine brisée. Une esclave qui ne savait que pleurer et hurler. Voilà ce que j’étais. Faible, vulnérable, impuissante. Cette femme allait me tuer. Ou me transformer en monstre, moi aussi. Je reculai encore un peu lorsque je sentis son regard se poser sur moi, sans oser le croiser. Oui, cette folle allait me tuer. Et pas dans les douceurs les plus extrêmes. C’en était fini de moi. Les limites avaient été atteintes, il n’y avait plus rien à faire.
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Aristide Tetropoulos
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MessageSujet: Re: Sabbath Bloody Sabbath. [Lyzee L. ; Aristide T. ]   Sam 30 Oct - 17:41

Les choses auraient pu bien se passer, dans un autre monde. Dans un monde où je n’aurais jamais embrassé Gabrielle McCord, femme d’Alexander McCord, tout aurait pu bien se passer. J’aurais continué ma charmante petite existence sans embûches, vivrais toujours dans une communauté où tout fonctionnait normalement et voilà tout. Mon rôle était simple, il suffisait que j’aide un peu partout, que je me montre volontaire et présent pour que tout aille comme sur des roulettes. Ce sont toujours les situations les plus simples qui deviennent soudainement, très, très compliquées. Je m’occupais principalement des enfants, puisque c’était là mon activité favorite. J’adorais ces petits bouts de choux qui sourient pour un rien, rient aux éclats à la vue d’une grossière grimace et nous aime simplement pour ce que nous sommes. Soyez gentil avec un enfant et il vous appréciera, quoi de plus basique ? En même temps, il est fabuleux que d’entendre son prénom bafouillé par une bouche vierge de toute vulgarité, fabuleux que de voir des dessins indéchiffrables mais colorés, au moins. Tant de plaisirs simples qui m’étaient offert sur un plateau d’argent, jusqu’à ce jour tragique. Et elle m’avait quitté. A présent tout cela me paraissait lointain, comme issu d’un mauvais rêve dont je ne parvenais cependant pas à me défaire. Gabrielle hantait mes jours et mes nuits sans que je puisse y faire quoi que ce soit. J’en étais fou amoureux, et cet amour n’allait certainement pas s’envoler après seulement un mois, ou un peu plus. A quand remontait ce dernier jour, ce jour où j’avais enfin goûté au plaisir suprême de pouvoir la toucher, la caresser à ma guise ? Un mois oui, le mois le plus dur de toute mon existence sans doute. Ma douleur ne faiblissait pas, et ce bien malgré le fait que je sois décidé à l’oublier. Comment oublier une telle femme ? En dépit de toute ma bonne volonté, je n’y parvenais pas. Quoi que je fasse elle était toujours présente dans mes pensées et dans mon cœur, la certitude qu’elle n’en sortirait jamais se faisant de plus en plus forte. Très sincèrement, j’ignorais si un jour je pourrais de nouveau en aimer une autre comme je l’avais aimé elle, j’ignorais si ce genre de sentiments meurent un jour réellement. J’avais l’impression d’étouffer sans jamais pouvoir reprendre une inspiration, mourant à petit feu. Etait-ce cela, l’amour non réciproque ? Je goûtais à des supplices qui m’étaient étrangers et particulièrement durs à affronter.

La seule chose qui me faisait encore sourire était Diane. Ma sœur, ma vie. La retrouver était le seul événement positif ces derniers temps, l’unique chose à retenir et ma seule source de bonheur. La savoir vivante, à mes côtés qui plus est, se révélait un véritable cadeau du ciel. Même si je savais qu’elle m’en voulait d’avoir fait tant de conneries qui nous forçaient à demeurer dans la rue désormais, nous nous entendions comme avant. Comme dans notre jeunesse, rien ne semblait avoir changer. Parfois je me surprenais même à rire d’elle, rire de ses questions ou simplement de la regarder en me souvenant du bon vieux temps. Il s’agissait d’un véritable miracle. Elle était mon miracle, et cette affirmation prenait d’avantage de sens encore lorsque je la serrais contre moi, lorsque je l’embrassais ou caressais ses cheveux. Elle était si belle, malgré la crasse, malgré la fatigue ou l’amaigrissement. Diane avait toujours été d’une grande beauté, cette beauté chaude, réconfortante. Ses yeux noisette et son sourire étaient mes seules richesses. Seulement la tristesse et l’amertume reprenaient vite le dessus lorsque j’apercevais ses hématomes, ses griffures qui semblaient ne jamais vouloir disparaître. J’aurais tué en ces moments là. J’avais envie de tout détruire de la même manière que l’on avait détruit ma sœur. Mais elle me résonnait, comme toujours. Elle m’apaisait en un seul regard, un seul geste et cela me suffisait pour ne pas hurler de douleur. Ma rage ne s’évanouissait pas totalement, devenant cependant plus douce, plus tolérable. Jusqu’à la prochaine fois. Dans l’ensemble nous survivions avec succès pour le moment. Depuis que nous avions pris la décision de retourner à la Communauté, nos recherches ne faiblissaient pas. Je connaissais à peu près l’endroit exact, seulement mes souvenirs s’effilochaient, perdaient de leur contenu à cause de la fatigue et de l’angoisse. Nous tournions en rond autour d’un point fixe qui nous narguait. Ceci dit, j’étais persuadé de ne pas en être très loin, aussi la lassitude se faisait-elle clémente : Nous allions y arriver.

Il nous fallait cependant nous déplacer chaque jour, dans le but de retrouver le chemin tant convoité. Cela ne nous empêchait pas de demeurer parfois dans un restant de vieil appartement, le temps d’une nuit ou d’une journée complète. Nous étions épuisés tout deux et il n’était pas rare que je doive, à mon grand regret, laisser Diane plusieurs heures d’affilées afin de nous trouver quelques vivres. Cette quête se révélait peu évidente mais au final, il n’y eu que peut de jours durant lesquels nous jeûnâmes. Pour ma part, je réduisais au maximum mes quantités afin d’en laisser le plus possible à ma sœur qui manquait d’avantage de force que moi, ayant subit d’autres sévices qui l’ont bien plus abîmée. Ses bras demeuraient frêles, ses joues un peu trop creuses mais au moins, nous étions vivants, ensemble. Cela me suffisait pour penser que les beaux jours étaient devant nous. Ce n’était qu’une mauvaise passe, un sombre moment à affronter pour enfin trouver la paix d’une communauté active, sereine, presque accueillante. J’ai bien dis presque. Si Diane pensait que notre plan allait marcher, j’y croyais un tout petit peu moins. Alexander n’était pas stupide, il nous faudrait une bonne dose de comédie pour parvenir à le duper. Et encore, cette idée me déplaisait fortement car si jamais il acceptait, si jamais il nous laissait entrer tout les deux et qu’il découvrait par la suite le poteau rose, nous étions morts. Surtout moi, en y réfléchissant. En tout cas, la confrontation initiale sera dure et particulièrement douloureuse si jamais Gabrielle se trouvait là, mais nous n’avions pas le choix. En fait, c’était bien la seule possibilité et qu’il nous restait, et croyez bien que sans cela je n’aurais jamais accepté. Enfin accepté… Disons que ma sœur m’avait un peu forcé la main. Pour notre « bien » à tous les deux. Même si au final j’ignorais ce qu’il se passerait, lorsque nous aurons enfin trouvé cette foutue entrée et nous serons présentés devant les gardes. Qu’est ce que j’allais bien pouvoir leur dire ? « Coucou c’est moi, je suis de retour ». Youpi ! Bon en y réfléchissant, Alexander ne serait pas le seul obstacle à passer. Pas du tout même. J’avais pour le coup expliqué toute l’histoire à Diane. Tout depuis mon arrivée, mes amitiés, mes connaissances, les tensions et les disputes : elle connaissait tout le monde de part mes dires. Je lui avais expliqué qui faisait quoi, auprès de qui elle devait aller en cas de problème et surtout qui me haïssait. En gros, les personnes à éviter. Nous avions réglé tous les détails de notre plan, toutes les questions susceptibles d’être posées par Alexander avaient trouvé réponse que nous connaissions chacun par cœur. Nous n’avions pas le droit à l’erreur. Depuis deux semaines nous vivions dans l’attente de ce jour où nos destins allaient prendre un tournant décisif : Soit nous entrons, soit nous crevons de faim dehors. Il n’y avait aucune autre solution.

Ce jour là était moins rude que les autres. Le ciel s’était éclairci, une douce chaleur inondant les rues tandis que Diane et moi marchions, main dans la main. Nous étions partis de Central Park, et entrions à présent sur Broadway. Ou du moins ce qu’il en restait. Etait-ce vraiment le bon chemin, étions-nous juste à côté ou complètement à l’opposé ? Je n’en savais strictement rien. Tout ce que je savais était que l’entrée de la Communauté se trouvait dans un centre commercial, sur la cinquième avenue. A partir de là j’aurais normalement dû pouvoir me repérer mais j’y parvenais difficilement, me trompais sans cesse de direction à suivre et finalement, nous nous étions perdu souvent. Pour deux personnes qui avaient vécu si longtemps à New York, il était déconcertant de voir avec quel mal nous tentions de nous y retrouver seulement plus rien n’était vraiment reconnaissable. Pour ma part je n’aurais même pas reconnu Broadway si Diane ne me l’avait pas soufflé. Parce que tout ou presque était détruit et qu’ainsi, chacun des immeubles ressemblait à son voisin. Chaque rue était similaire à la précédente, et ainsi de suite. Il était très difficile d’estimer avec certitude notre localisation. En tout cas, nous étions à Manhattan et la cinquième n’était plus très loin. Un peu plus au sud, normalement. Nous marchions sans un mot, habitude prise depuis un petit moment déjà afin de limiter le risque de repérage. Nous faisions le moins de bruit possible, nous tenions constamment dans l’ombre et évitions absolument toute forme de vie humaine. A présent mon instinct de survie était plus que jamais présent, d’avantage pour assurer la protection de ma sœur que la mienne. Et pour le moment, nous n’avions pas connu d’embûche majeure. Apparemment tout devait changer puisqu’un peu plus loin, nous entendîmes des hurlements. Mon premier réflexe fut de me stopper net, serrant un peu plus fort les doigts de ma sœur. Nous devions nous en aller avant qu’il n’arrive quelque chose, nous ne devions surtout pas rester là. La peur me prit soudainement en otage, à tel point que j’en étais incapable de reculer.

Diane semblait tout aussi pétrifiée que moi, et pour cause : ces cris nous glaçaient le sang. Ils témoignaient d’une telle douleur, d’une telle cruauté également qu’il était impossible d’y être indifférent. Il fallait que nous partions seulement… Nous ne pouvions pas faire demi tour. La cinquième avenue se trouvait dans le centre de Manhattan, et nous étions au nord. Le détour à faire aurait été énorme. Je déglutis difficilement, avant de me pencher sur ma sœur et le lui expliquer d’une voix aussi calme que possible. Non, nous n’avions pas le choix, une fois de plus. Il nous fallait absolument continuer notre route, en espérant que ces hurlements cesseraient et que lorsque nous arriverions, tout serait terminé. Seulement, plus nous avancions et plus ils s’accentuaient, nous permettant de comprendre des « mange », des « aux secours », et d’autres plaintes craintives qui me donnaient froid dans le dos. J’en avais les larmes aux yeux, ayant l’impression de courir tout droit à la morgue de plein grès. Les voix semblaient féminines, mais cela ne signifiait pas que nous ne courrions aucun danger. Mes doigts serraient de plus en plus ceux de Diane. Jusqu’à ce que tout à coup, l’horreur nous frappe de plein fouet. Une femme, une enfant, un cadavre. Le sens de cette scène ne m’apparu que bien après Diane qui se recula, dégoûtée. Lorsque enfin je compris que la femme forçait l’enfant à manger le cadavre, j’eus moi-même un haut le cœur effroyable. Ce n’était pas possible, cette scène n’était pas réellement entrain de se passer. Ce n’était pas possible… Soudain la petite réussit à se dégager de l’emprise de l’autre, qui nous tournait le dos. Nous assistions à cette atrocité sans pouvoir dire un mot, sans même être capable de bouger d’un poil. Ce fut alors que colère sombre s’empara de moi, à tel point que je lâchai subitement Diane pour me jeter sur la femme, la poussant le plus loin possible de cette pauvre enfant qui reculait, le visage tordu par la douleur, baigné de sang. Je ne pouvais pas supporter que l’on fasse du mal à un enfant, un simple enfant. Croyez le ou non, mais sa tête ne percuta pas le bitume de cette manière parce que je l’avais voulu. Tout ce que j’avais fait était de me jeter sur elle, et si à présent sa boite crânienne semblait en avoir prit un sacré coup, ce n’était pas de ma faute. Mais ça, je n’y songeai même pas sur le moment. Je me relevai précipitamment, m’éloignant le plus possible de la femme qui bougeait encore, malgré tout. Je ne savais pas quoi faire, étais totalement paniqué. Alors je fis ce que n’importe qui aurait fait à une personne entrain de battre un enfant : je la frappai. A coup de pieds, de poings, de pierre. Je m’étais soudainement abattu sur elle, la frappant aussi fort et aussi vite que je le pouvais. Je hurlai, je pleurais, mais mes mouvements ne s’arrêtèrent qu’après de longues secondes. Le corps ne bougeait plus. Rien ne bougeait. L’avais-je tué ? Je n’en étais pas certain, mais cela ne m’effleura même pas. Je voulais partir. Je voulais m’en aller le plus vite possible.

Me retournant premièrement vers Diane, je déplorai le choc que je lu dans ses yeux : c’était sans doute la première fois que je me montrais aussi violent, mais je ne pouvais tolérer qu’on s’en prenne ainsi à une pauvre gamine. J’étais à peu près certain qu’il ne s’agissait pas de sa mère, aucune mère n’aurait traité son enfant comme ça. A ce moment là, je songeai à me retourner et voir qu’elle était toujours là, par terre, pleurant. Son visage était toujours crispé, horrifié et cela me brisa le cœur. Je n’avais jamais compris que l’on puisse faire du mal à un enfant, je ne l’avais jamais toléré. Alors je me précipitai sur elle, voulant voir ce qu’elle avait, voir si elle était gravement blessée tant le sang recouvrait entièrement son visage, ses vêtements, et qu’il m’était impossible de déterminer si il lui appartenait ou non. Sauf qu’elle recula, vivement même. Elle avait peur de moi. C’était certainement la première fois que ça m’arrivait mais je m’immobilisai, comprenant que ce que je venais de faire étant choquant. Très choquant, mais moi je ne l’étais pas. J’étais choqué de voir que l’on puisse faire autant de mal à un gamin, mais pas de l’avoir empêché de continuer car après tout, cette connasse ne méritait que ça. Des coups, jusqu’à en crever. Alors je m’arrêtai, essuyant mes mains rougies sur mon t-shirt déjà considérablement encrassé. C’était le genre de détail qui devait faire peur à cette petite fille. Je m’accroupis alors, sentant Diane dans mon dos, et ouvrai doucement les bras de manière à l’inviter à me rejoindre.

« Tu peux venir, je ne te ferai aucun mal. »

Ma voix avait beau avoir été tendre, calme, elle ne broncha pas. Elle me regardait fixement et je devinai qu’elle avait déjà entendu ce genre de parole, mensongères parfois. Au bout de quelques secondes, je baissai les bras et tentai de nouveau une approche.

« Je m’appelle Aristide, - désignant ma sœur toujours derrière moi et elle c’est Diane. Tu peux nous faire confiance, alors viens… J’ai une pomme, si tu veux.»

Pour le lui prouver, je sortis ladite pomme de ma poche arrière – elle était petite- et la lui tendis. Comme elle ne bougeait pas, je finis par la faire rouler par terre, afin qu’elle arrive jusqu’à sa hauteur.

« Je ne suis pas un menteur. »

Sur quoi je lui souris doucement. Diane ne disait pas un mot mais je la soupçonnais de sourire également, elle aussi aimait les enfants. N’importe quelle personne normale appréciait les enfants, au moins assez pour ne pas supporter qu’on les batte de la sorte. Je venais d’assister à l’une des pires scènes de ma vie, et surveillais du coin de l’œil le corps inerte de cette salope. Il suffisait d’un geste. Sur ce coup j’aurais été impitoyable.

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MessageSujet: Re: Sabbath Bloody Sabbath. [Lyzee L. ; Aristide T. ]   Lun 1 Nov - 21:09

Peut-être que Carrie avait eu raison en disant que Dieu voulait que je vive. C’est ce que je me suis mise à croire quand j’ai vu l’homme débarquer, suivie de la femme. Enfin, sur le coup, je ne me suis pas dit ça, c’est plus tard que c’est venu. Non, quand je l’ai vu bondir sur Carrie, la tête de cette dernière heurtant le sol de manière brutale, j’ai poussé un nouveau cri. Oui, encore. C’était la seule chose dont j’étais capable. Hurler. Mais si c’était ça qui avait finalement donné l’alerte et fait venir ces deux personnes, alors ça en avait voulu la peine. On avait entendu mes prières, quelque part. Je ne pouvais toujours pas détacher mes yeux de la scène, et lorsque l’homme se releva après avoir plaquée Carrie au sol, j’étais sur le point de me détendre, de me dire que c’était fini. J’étais sauvée. Sauf qu’il se mit à la rouer de coups. J’étais de nouveau incapable de bouger, incapable de cligner des yeux, incapable de réfléchir. Je ne savais même plus si je criai ou si j’étais silencieuse. J’étais là, couverte de sang, assise sur le goudron à voir Carrie se faire massacrer par cet homme. Pourquoi à chaque fois que deux êtres humains se rencontraient fallait-il que ça se termine de la sorte ? Non, plutôt, pourquoi à chaque fois que quelqu’un croisait la route de Carrie, il fallait que ça se passe comme ça ? C’était comme un combat quotidien, un combat pour sauver sa vie. A chaque nouvelle victoire de la femme, je me sentais à la fois mal et en sécurité : comme je n’avais qu’elle, j’espérais au fond qu’il ne lui arrive rien, parce que j’avais peur d’être seule. Je ne voulais pas mourir, et j’étais consciente que sans adulte, sans personne d’autre, j’allais laisser ma vie dans ces ruines. Mais ça, je ne m’en rendis compte qu’à cet instant. La première fois que je voyais Carrie se faire surprendre, la première fois que je la voyais perdre. Il m’était impossible de savoir avec exactitude ce que je ressentais. Tout ce que je voulais, là, tout de suite, c’était crier à ce mec d’arrêter, de lui hurler qu’il allait la tuer s’il continuait. Mais aucun son ne franchit mes lèvres. En fait, c’est parce que je n’étais pas sûre de vouloir qu’il s’arrête… Je m’étais légèrement calmée depuis quelques minutes, ma crise d’angoisse semblait s’être dissipée, mais mon cœur battait toujours à une vitesse folle. Je ne comprenais pas ce qui se passait, j’avais certainement du louper un chapitre. Carrie ne lui avait rien fait à cet homme, alors pourquoi s’acharnait-il autant sur elle ? Il n’allait pas la tuer, hein ? Il ne fallait pas qu’il le fasse. Pourquoi pensais-je ça alors que cette femme m’avait fait vivre des choses immondes ? Pourquoi n’étais-je pas là à me dire que cet inconnu était un miracle ? Parce qu’il était en train de faire exactement ce que je redoutais, je détestais chez elle. Parce qu’il était en train de la rouer de coups avec autant de haine qu’elle l’avait fait. Parce que je ne pouvais plus supporter ça. Et puis aussi parce que d’un côté, j’avais peur d’y croire. Carrie n’était pas un ange, bien au contraire, et j’avais rêvé de m’enfuir à de trop nombreuses reprises, j’avais été prisonnière de sa violence et de son sadisme, de sa folie et de ses convictions. J’avais été sa poupée martyre, un bout de chiffon qui lui servait à s’essuyer les mains après les carnages dont elle était l’auteur. Ce jeune inconnu était en train de détruire tout ce qu’elle était, déchirait ce cauchemar que j’avais longtemps cru sans issue. Et puis il frappait et hurlait, plus j’apercevais cette sortie, et plus je me convainquais que tel était ce qui devait être. Mais ces pensées me faisaient peur, je m’effrayais toute seule parce que… parce que si je souhaitais sa mort, ça signifiait que j’étais devenue comme elle, et non, je ne voulais pas ça… Je n’avais jamais voulu la mort de quelqu’un. Et là… je doutais. Je ne savais pas. Je paniquais.

Et puis il s’arrêta. Tout s’arrêta. Le silence. Plus de cris, ni venant de moi, ni de Carrie, ni de lui. Lui, qui se précipita vers moi. Instinctivement, j’eus un mouvement de recul, mais je n’eus pas le temps de chercher à fuir plus loin, c’était comme si dès que nos regards s’étaient croisés, il m’avait immobilisée. Ou alors, c’était mon cerveau qui s’était déconnecté de mon corps suite à une overdose de violence. Il avait les mains rouges, mais je fis à peine attention à ça, étant trop occupée à appréhender ses futurs gestes et paroles. Du sang, j’en avais vu, touché, goûté. Je ne voyais plus que ça. Encore plus depuis une heure.

« Tu peux venir, je ne te ferai aucun mal. »

Son visage qui se voulait rassurant. Ses bras tendus vers moi pour m’attirer vers lui, me donner confiance. « Je ne veux pas lui faire de mal. C’est pour son bien, si je suis aussi violente avec vous. Vous ne pouvez la garder. S’il vous plait. Laisser la partir. » La voix de Carrie, des semaines auparavant. Elle retentissait en écho des paroles de ce jeune homme, comme pour me rappeler ce qui s’était passé la dernière fois, où j’en étais arrivée. Ce jour là, je m’étais dit que du moment que j’échappais à cette tornade, je pouvais bien partir avec n’importe qui, tant que je vivais. Peut-être que j’aurais du résister et laisser cette tempête m’emporter, ou tenter de me battre jusqu’au bout pour rester avec Anastasia. Mais j’étais là. En face de cet inconnu qui venait vraissemblablement de me sauver la vie en prenant celle de Carrie – deviner si elle vivait encore ou non m’était impossible, mais elle était au moins inconsciente, sinon, elle aurait à son tour bondi sur son agresseur et cogné jusqu’à ce que mort s’ensuive. Cette fois-ci, elle avait perdu. Les choses allaient changer. Cette fois-ci, j’avais le choix – enfin, plus que je ne l’avais eu auparavant. Si je voulais, je pouvais me mettre à courir, courir encore sans m’arrêter, fuir cet homme et son amie, fuir le cadavre de la vieille aveugle, fuir Carrie. Elle avait menti en disant qu’elle ne voulait pas me faire de mal. Ce gars était capable d’en faire autant, malgré sa tête d’ange.

« Je m’appelle Aristide, et elle c’est Diane. Tu peux nous faire confiance, alors viens… J’ai une pomme, si tu veux.»

Toujours aucun son qui ne sortait de ma bouche, à la seule différence qu’à présent, mon regard oscillait entre Aristide et Diane, que je n’avais pas encore observée en détails. Je n’osais pas prononcer un mot, ne serait-ce que mon prénom. Je ne pouvais pas. Comme si j’avais peur que dès que ma voix retentirait, ils allaient tous les deux disparaitre, Carrie se réveillerait, et le cauchemar recommencerait. Comme s’ils n’étaient qu’un mirage, deux personnes sorties de mon imagination pour m’empêcher de sombrer. Mais lorsque le fruit roula jusqu’à moi, je me rendis compte que je ne craignais plus rien. Il ne pouvait y avoir deux personnes comme Carrie, et Aristide disait qu’il ne mentait pas. Il n’avait pas menti pour la pomme alors qu’elle m’avait promis de la nourriture chaque jour (je ne considérais pas la chair humaine comme étant de la nourriture). Aristide venait de me sauver la vie, Carrie n’avait fait que le rendre insupportable. Et puis la façon dont il avait tendu ses bras, quelques secondes auparavant, ce sourire qui en disait long sur sa sincérité… J’avais besoin de ces bras, j’avais besoin de ce regard et ce sourire. J’avais besoin qu’on me traite comme une enfant, et non comme de la vermine. Alors lentement, tout doucement, par peur de faire une bêtise, j’avançai mon bras et refermai mes petits doigts autour de la pomme, avant de la soulever et de la coller contre moi. Puis je relevai les yeux vers Aristide et parvins au bout d’une poignée de secondes à prononcer quelque chose d’à peu près compréhensible d’une voix tremblante :

« Je… mon nom c’est Lyzee. Et… et… - je tentai un regard derrière le jeune homme, en direction du corps de Carrie – est-ce que… est-ce qu’elle est morte ? »

Et dès que ces mots franchirent mes lèvres, je fus incapable de résister plus longtemps et éclatai en sanglots. C’étaient à la fois des larmes de soulagement, de traumatisme et de peur, aussi, car elle ne s’était pas envolée en une seconde… Des larmes qui mélangeaient tous les sentiments que j’étais capable de ressentir. Je ne voulais plus me méfier, j’en avais assez, je n’étais pas capable d’en supporter autant. Je voulais juste qu’Aristide ou Diane, l’un des deux, me prenne dans ses bras comme on prend soin d’une fille, qu’il me dise que tout irait bien, que Carrie ne tuerait plus devant moi. J’avais l’impression d’être proche du réveil, que le cauchemar allait bientôt disparaitre. Mais je ne cessais de pleurer et j’étais toujours couverte de sang. Ça suffisait à prouver que ce n’était pas encore fini, que j’étais loin d’oublier.
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Aristide Tetropoulos
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MessageSujet: Re: Sabbath Bloody Sabbath. [Lyzee L. ; Aristide T. ]   Mar 2 Nov - 14:28

Eprouvais-je ne serait-ce qu’une once de regret ? Absolument pas. Dans mon esprit, les personnes s’en prenant à des enfants étaient indéniablement des moins que rien, une bande de merde qui méritait largement de se voir ainsi maltraité à son tour. Les pédophiles, les parents battant leur progéniture, voilà à mes yeux la pire vermine du monde. Rien que pour eux, j’aurais largement voté pour la peine de mort. Oui, carrément. D’un naturel pacifiste, je ne pouvais cependant me contenir face à eux, face à ces gens qui faisaient impunément du mal à de pauvres petits êtres sans défense. Mais là, ce n’étaient pas que des coups. La femme voulait carrément que la petite mange un autre être humain, devienne cannibale au nom de quoi ? De la faim ? Nous avions tous faim mais pas de là à nous dévorer entre nous, c’était tout simplement barbare, odieux, horrible. Il m’était impossible de le tolérer. Je comprenais fort bien pourquoi l’enfant semblait aussi traumatisée, tétanisée face à moi et cela me faisait réellement mal au cœur. Depuis combien de temps durait cette torture ? Si j’avais su, j’aurais accéléré le pas en entendant ses hurlements au lieu de m’immobiliser comme un idiot, pensant uniquement à ma vie et à celle de ma sœur. J’étais arrivé trop tard. Lorsque la pomme arriva à sa hauteur, elle sembla hésiter à la prendre avant d’enfin poser ses doigts dessus, et la serrer contre elle. Je devinai qu’elle n’avait pas mangé depuis longtemps, aussi était-ce peut-être la raison de l’ordre venant de l’autre. Etait-ce sa mère ? J’osai à peine l’imaginer. Venais-je de tabasser une mère devant son enfant ? Mon cœur se serra, et bien que cette pseudo mère m’eut apparu dangereuse et hystérique, le traumatisme que j’aurais provoqué serait beaucoup plus fort. Le doute était horrible, si dur que je manquai de me retourner vers Diane et lui demander son avis, ma sœur n’ayant pas dit un mot depuis le début de cette… « Entrevue ». Or, elle était ma voix de la raison, mon intelligence, qui savait toujours quoi faire. Cependant, je remarquai que l’enfant essayait de prendre la parole, de bafouiller peut-être un mot ou deux et y parvenais difficilement. J’attendis, souriant toujours afin de lui donner confiance, suffisamment pour qu’enfin les mots puissent sortir.

Elle s’appelait Lyzee. Pour l’instant rien d’anormal mais, lorsqu’elle me demanda d’une voix frêle si la femme était morte, lorsqu’elle lui jeta un dernier regard, mon sourire s’effaça. Elle éclata soudainement en sanglots, si fort que oui, l’autre devait être sa mère. Je ne parvenais cependant pas à y croire… Sa mère… Ma mère avait toujours été douce, câline, attentive. Je ne pouvais imaginer que toutes les mères n’en faisaient pas autant. Je ne parvenais pas à me dire que oui : J’avais peut-être tué sa mère. Je me relevai doucement, avant de m’avancer à contre cœur vers le corps inerte. Je sentais le regard insistant de Diane dans mon dos, mais ne me retournai pas. Et la vérité vint, implacable : La femme était morte. Je ne sentais plus son cœur battre en posant mes doigts avec précaution dans l’intérieur de son poignet, ni même dans son cou, nulle part. Plus de pouls, plus de respiration. Plus de vie. Elle était morte. Je venais de tuer quelqu’un et le pire était que je n’éprouvais aucun remords. Cette mère était impitoyable, odieuse. La petite vivrait beaucoup mieux sans mais… Qui étais-je pour en décider ? Je ne savais pas. En l’observant comme ça, ce visage, même si considérablement abîmé ne ressemblait en rien à celui de l’enfant. Ses traits étaient plus durs, plus froids. J’eus un haut le cœur et décidai sur un coup de tête de retourner vers Lyzee qui ne recula pas lorsque je la pris dans mes bras, la soulevant. Elle tenait toujours sa petite pomme contre elle, et pleurait, pleurait contre moi. J’eus également envie de pleurer, en relevant les yeux vers ma sœur. J’avais envie de pleurer pour tout ce qui nous arrivait, pour toute la misère qui recouvrait ce monde et toutes les personnes qui la subissaient. J’avais envie de pleurer tous les gens morts à cause de la guerre, et tous ceux qui mourront bientôt. Pleurer, extérioriser le tumulte intérieur. Mais je ne le fis pas. J’avais déjà trop pleuré, pour d’autres choses, les larmes ne me venaient plus. Alors je me contentai de serrer cette enfant contre le corps du meurtrier de sa potentielle mère, ne sachant que faire. Je lui caressai doucement les cheveux tout en la berçant, son visage contre mon épaule. Je sentais ses larmes chaudes percer le tissu et baigner ma peau. Je sentais l’horreur de ce monde, jusque dans mes entrailles.

« Est-ce que…Est-ce qu’elle était de ta famille ? »

Le « était » fut la seule réponse que je donnai à sa question : « est-ce qu’elle est morte ? » Oui, maintenant elle l’est. La vie peut basculer d’une seconde à l’autre. La réponse de Lyzee fut d’abord un soulagement, avant de rependre en moi une haine dévastatrice. La femme que je venais de tuer n’était même pas sa mère, elle n’était rien et elle avait osé la toucher. Non, je ne regrettais décidemment pas mon geste. Je venais de libérer une enfant d’un supplice sans nom, je venais de la sauver. Toujours en caressant ses cheveux, je m’approchai de Diane, Lyzee dans les bras. Ma sœur caressa doucement son dos avant que je ne lui adresse un regard plein d’inquiétude : « Etait-elle blessée » ? Je déposai doucement la petite au sol. Diane la toucha alors avec d’énormes précautions, observant plus particulièrement le visage de l’enfant baigné de larmes et de sang, avant de se reculer légèrement et secouer légèrement la tête à mon intention. Elle n’avait rien de grave. Nous en parlerons plus tard avec Diane, le principal pour le moment était d’être sûrs que Lyzee allait bien. Seulement, ses pleurs avaient du mal à se calmer et je n’osais pas dire un mot, j’osais à peine la reprendre dans mes bras de peur de lui faire mal. Finalement, j’ôtai mon t-shirt et pris son visage entre mes mains, lui souriant avec tendresse. Je murmurai alors « laisse moi faire », avant de lui retirer tout ce sang, sa peau reprenait petit à petit sa couleur naturelle. Je supposais qu’être ainsi couverte de sang devait être purement atroce et espérais que ça irait mieux comme cela. Je pris également ses petites mains entre les miennes, redonnant brièvement la pomme à Diane afin de les lui nettoyer aussi, du mieux que je le pouvais. Ce n’était pas impeccable et ma sœur désapprouvait certainement mes mesures d’hygiènes dérisoires mais je m’en fichais. Je n’étais pas médecin, mais je savais que psychologiquement il devait être dur que de supporter ça, alors même si elle n’était pas plus propre au final, en apparences elle l’était et c’était tout ce qui comptait. Lorsque j’eus fini, je repassai mon vêtement qui était de plus en plus noir de crasse avant de sourire de nouveau à Lyzee et lui caresser avec délicatesse la joue. Diane lui rendit sa pomme avec un sourire. Je demandai alors d’une voix douce :

« Où est ta famille Lyzee ? Tes parents, tes frères, tes sœurs… Un oncle, je ne sais pas. Il y a forcément quelqu’un pour veiller sur toi ici. »

En tout cas je l’espérais de tout mon cœur pour elle…

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MessageSujet: Re: Sabbath Bloody Sabbath. [Lyzee L. ; Aristide T. ]   Mer 3 Nov - 21:41

J’essayai de ne pas regarder Aristide s’approcher du corps inerte de Carrie, j’essayai de ne pas voir la vérité – parce que je le sentais certainement quelque part au fond de moi qu’elle n’était plus là. J’avais peur de la mort, sous toutes ses formes. J’avais été effrayée lors des bombardements, effrayée quand le monsieur à tué mon grand frère, des mois auparavant, effrayée Anastasia et moi avions rencontré Carrie pour la première fois. J’avais été morte de trouille à chaque fois que cette dernière se jetait sur ceux qui avaient eu le malheur de nous croiser, de la croiser. Et là encore, je tremblais, parce qu’il y avait une nouvelle fois non pas un mais deux cadavres sous mes yeux. Ce n’était pas une vision normale pour une enfant, que ce soit après la troisième guerre mondiale ou non. Je n’étais pas supposée endurer ça, et je le savais – enfin à peu près, puisque Carrie avait réussi à me mettre en tête que Dieu avait choisi cette vie pour moi, que je ne méritais rien d’autre. Et j’avais du la croire. Pas seulement parce qu’elle m’y obligeait, mais parce que j’en avais besoin. J’avais besoin de croire quelque chose, en quelqu’un. Je n’avais eu personne d’autre que cette folle, je n’avais pas pu entendre d’autres versions que la sienne. Ma naïveté avait autrefois été ce qui faisait de moi une enfant adorable, aujourd’hui, elle faisait ma faiblesse. J’avais été laissée sans repères pendant des semaines, puis Anastasia avait pris soin de moi. Il y avait eu cette tornade, et puis Carrie. La torture, ensuite, autant physique que morale, même si d’habitude, elle n’y allait pas aussi fort qu’elle venait de le faire. Jamais encore elle ne m’avait forcée à manger la chair d’un autre être humain. Jamais encore je n’avais eu aussi peur, mais pas de cette peur que j’avais éprouvée avant. C’était plus profond, je ne sais pas comment décrire ça. Une panique profonde, qui avait décroché mon cœur et m’avait donné envie de hurler jusqu’à plus de voix. Une angoisse paralysante qui avait comme vidé mon cerveau, ne laissant plus que le panneau lumineux « Survie » clignotant devant mes yeux. J’avais entendu dire qu’en état de crise, lorsque l’humain n’a plus rien, qu’il doit se battre pour respirer un peu plus longtemps, son côté animal prend le dessus. Carrie s’était transformée en une louve assoiffée de sang, un monstre cruel. Je n’étais sûre de rien, sauf de ça : je préférais me laisser mourir de faim plutôt que de devoir goûter à la chair humaine. J’avais eu mon lot pour le restant de mes jours. Cette pomme dans mes petites mains, c’était un miracle. Aristide et Diane devant moi, c’était ce miracle pour lequel j’avais prié inconsciemment. La seule chose que j’avais pu faire sans avoir à réfléchir, ç’avait été de crier plus fort que jamais. Et on m’avait entendue. On m’avait sauvée. Tout était terminé, le cauchemar était fini. Mais j’étais encore trop choquée pour réaliser. Mes larmes coulaient toujours, et je ne fis rien pour les arrêter.

Je ne bronchai pas lorsqu’Aristide me prit dans ses bras, me serrant contre lui. Je m’accrochai immédiatement à son cou ; je ne voulais pas tomber une fois de plus. Avec tous ces jours passés aux côtés de Carrie (qui m’avaient semblé paraitre une éternité, maintenant que je reconsidérais la situation), j’en avais presque oublié ce que c’était d’être bien traitée. Pas de remarques désagréables. Pas de gestes brusques. Pas de violence, qu’elle soit physique ou morale. Juste de la douceur, du réconfort. Je ne demandais que ça. Des bras pour me retenir, m’empêcher de devenir folle. J’étais incapable de faire autre chose que de m’accrocher à lui. Et puis il me demanda si elle était de ma famille. Si Carrie était de ma famille. Non, non, bien sûr que non ! Heureusement que non. C’est ce que je répondis à Aristide. Cette femme s’était appropriée de moi comme d’un jouet, une chose qu’on casse sans regretter. Elle ne ressemblait en rien aux membres de ma famille. Ma mère était la plus gentille, la plus douce et la plus adorable du monde, elle m’emmenait au parc, me racontait des histoires avant de m’endormir, m’offrait toutes sortes de choses sans arrêt. Carrie ne pouvait pas être une mère. Elle n’aimait pas les enfants, n’aimait pas tout ce qui se rapprochait de la douceur, de la gentillesse. Elle n’aimait que le sang, les meurtres. Les prières. Dieu.

Je me laissai faire sans rien dire lorsqu’ils m’allongèrent sur le sol pour vérifier que je n’étais pas blessée. J’étais comme dans un état second, noyée dans mes larmes, m’étouffant dans mes sanglots ; il fallait que je me calme, que j’arrête de pleurer, sinon, ils n’allaient pas rester avec moi. Les gens n’aiment pas les enfants qui pleurent. Même s’il fallait l’avouer, j’avais de bonnes raisons, mais j’avais peur qu’ils ne supportent plus et s’en aillent, me laissant seule ici. Seule, devant ces deux corps. Seule, contemplant le cauchemar dans lequel j’étais encore prisonnière. Allez… inspire, expire… Doucement, reprends ta respiration doucement… Et mes pleurs finirent par ralentir ; il y eut quelques hoquets, et puis je parvins à me calmer complètement. C’était passé. Je laissai Aristide essuyer le sang de sur mon visage et mes mains, là encore, je ne dis rien. Il n’y avait rien à dire de toute façon. Et puis je n’osais pas, je n’osais plus. Je restais là à promener mon regard un peu partout, jusqu’à ce que Diane me redonne la pomme – je tentai un sourire en retour, mais j’eus l’impression que la seule chose qui se dessina sur mon visage, c’était une grimace de douleur.

« Où est ta famille Lyzee ? Tes parents, tes frères, tes sœurs… Un oncle, je ne sais pas. Il y a forcément quelqu’un pour veiller sur toi ici. »

Je me retournai vers Aristide, et mis quelques secondes à réagir à la question. Où était ma famille ? Mes parents, mes frères, ma sœur… Où étaient-ils ? Le fait de me poser cette question dans ma tête faillit provoquer un nouveau débordement de larmes, mais je parvins à les garder, ayant seulement les yeux un peu embués. Il fallait que je lui réponde, mais les mots avaient du mal à passer la frontière de mes lèvres. J’avais perdu toutes mes forces aujourd’hui, et même le fait d’aligner quelques mots me paraissait difficile. Parce qu’expliquer où ils étaient, ça faisait défiler toutes ces images dans mon esprit, ces images dont j’avais été témoin et qui venaient me hanter beaucoup trop souvent. L’effondrement des immeubles sur papa, maman et mon grand frère Liam, la fuite avec Kaylhen et Logan, le meurtre de Logan, la disparition de Kaylhen… Tous partis. Ils m’avaient tous abandonnée. Ou alors était-ce moi qui étais partie loin d’eux, inconsciemment ?

« Ils… ils sont tous… morts… quand… avec l’immeuble, et les bombes ! J’étais là, et je criais, et je voulais qu’on parte tous… »

Ma voix tremblait, et du dos de la main j’essuyai les larmes qui perlaient malgré moi. Je ne devais pas pleurer. Les adultes n’aiment pas les enfants qui pleurent. Mais ça faisait tellement mal…

« Et… et après… mes parents étaient sous l’immeuble avec mon grand frère, et après ma grande sœur et mon autre grand frère m’ont emmenée loin des bombes… »

Cette époque, celle de la maison abandonnée, de Logan et Kaylhen près de moi, qui se relayaient sans cesse pour me surveiller et aller chercher de quoi nous nourrir, ça me paraissait tellement loin. Comme si ça s’était passé des années auparavant, voire dans une autre vie. Quelques mois à peine, en réalité. Mais c’était pour moi une éternité.

« Et puis y’a un monsieur avec un pistolet, qui a tué Logan, et… avec Kaylhen on a eu peur alors on est partie, et elle m’avait dit de pas bouger, sauf que le lendemain elle était toujours pas là ! Alors je suis partie la chercher, et puis je me suis perdue… »

Je m’étais perdue. C’était ça, l’histoire. J’avais eu peur d’être toute seule, alors je m’étais crue capable de pouvoir retrouver la trace de ma grande sœur et… je m’étais perdue. New York, c’était grand, beaucoup trop grand, c’était grand comme la planète entière de mon point de vue. Ma désobéissance m’avait fait vivre le pire des traumatismes. Je m’étais perdue, et j’avais perdu la seule personne encore en vie qui tenait à moi comme à la prunelle de ses yeux.

Mes paupières se fermèrent et je dus m’y prendre avec mon poignet en plus (ma main tenait toujours la pomme) pour essuyer les larmes que j’avais de plus en plus de mal à retenir. Lorsque je relevai les yeux vers Aristide, j’ajoutai simplement, d’une toute petite voix :

« Je sais pas où elle est… Ma grande sœur… Elle me manque… »
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Aristide Tetropoulos
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MessageSujet: Re: Sabbath Bloody Sabbath. [Lyzee L. ; Aristide T. ]   Dim 7 Nov - 0:55

Une peur paniquante s’insinuait doucement dans mon esprit, accélérant les battements de mon cœur, les inspirations frénétiques de ma poitrine, la fuite de mes pensées. J’avais l’impression que tout allait à cent à l’heure sans que je ne puisse intervenir pour arrêter l’hémorragie, stopper le massacre. Je ne savais plus exactement ce qui se passait, avais envie d’attraper Diane par la main et courir loin de cette scène d’horreur pure, loin des cadavres et de l’enfant. Juste partir, fuir le désastre. Seulement il m’était impossible d’abandonner une fillette potentiellement orpheline, par simple principe. Un homme ne fait pas ce genre de chose, un homme ne se contente pas d’hausser les épaules avant de tourner les talons et retourner à quelque chose de moins douloureux. Un homme agit au mieux, et en prenant ses responsabilités. J’avais choisi d’être un homme à présent. Plus le genre d’homme qui irait coucher avec la femme d’un autre, plus le genre d’homme qui se taperait n’importe quelle minette un tant soit peu jolie. Je voulais être un homme bien, pour ma sœur, pour moi. Fini les bêtises, les actes inconsidérés et les erreurs trop vites commises. Non, je n’allais plus faire d’erreurs stupides, je n’allais plus agir selon mes envies et me comporter comme un idiot. Cette attitude ne faisait plus partie de mes principes. Que pouvais-je faire dans ce cas, mis appart essayer de retrouver un membre de sa famille vers lequel elle pourrait retourner ? Et encore, c’était un plan plus qu’utopique, étant donné les conditions dans lesquelles nous vivions. Le monde avait changé. Désormais il ne suffisait plus de taper son nom dans une base de recherche pour retrouver des parents plus ou moins proche à une fillette orpheline. Tous les enfants étaient orphelins. Tous les parents en deuil. Plus aucune assistante sociale pour attribuer des familles d’accueil et ranger de gentils petits dossiers dans leurs bureaux à la propreté maniaque, quasi compulsive. Il ne restait pas grand-chose du monde, à vrai dire, et nous faisions partie des derniers vestiges. Tragique, fatal, mais incontournable. Les pleurs de Lyzee finirent par se tarirent, à mon plus grand soulagement qui ne fut cependant que de courte durée. Plus ses mots défilaient dans mon esprit, s’animant d’images, de bruits, d’odeurs que je détestais, plus mon visage se figeait. Son histoire était d’une telle qu’horreur que j’en étais incapable d’esquisser le moindre geste, statue muette et inexpressive. J’aurais dû l’arrêter, lui empêcher de raviver ses souvenirs qui devaient la blesser mais je ne le pouvais pas. Comme si le monde avait cessé d’exister pour ne laisser que la voix d’une enfant perdue, et sans famille. Sans aucune famille.

« Et puis y’a un monsieur avec un pistolet, qui a tué Logan, et… avec Kaylhen on a eu peur alors on est partie, et elle m’avait dit de pas bouger, sauf que le lendemain elle était toujours pas là ! Alors je suis partie la chercher, et puis je me suis perdue… »

Mon cœur sursauta si fort dans ma poitrine que j’en eus un mouvement de recul. Ce n’était pas le caractère atroce de ses mots qui me firent battre en retraite, mais ce prénom, ce simple prénom qui signifiait tant pour moi. Kaylhen. Kay était ma meilleure amie, bien avant toute cette histoire. Kay était comme une petite sœur, un petit rayon de soleil bien malgré ses problèmes d’addiction. Seulement je doutais sérieusement que nous pensions à la même Kaylhen, puisque celle que je connaissais ne m’avait absolument jamais parlé de sa famille, ni même d’une petite sœur perdue après les bombardements. L’histoire que cette enfant me contait ne pouvait être celle d’une personne dont je me croyais proche. La coïncidence aurait été trop peu probable, irréelle. Aussi ne dis-je rien, me laissant doucement envahir par cette tristesse insondable qui m’empêchait toujours de bouger. Je repensais à Kay, à ce que nous étions avant que je ne quitte la Communauté sans même la prévenir. Avant qu’elle n’apprenne que Gabrielle et moi avions une liaison que je lui avais caché. Ce n’était pas vraiment un désir de ma part, seulement une obligation de garder le silence car il n’y avait en réalité rien à dire. Et puis, qu’aurait-elle pensé de moi ? Que pensait-elle de moi à l’heure qu’il était ? Lui manquais-je seulement ? Avais-je toujours une quelconque importance à ses yeux ? J’en doutais fortement, pas uniquement parce que je lui avais caché des choses mais aussi parce que je ne lui avais même pas dit au revoir. Je n’en avais pas réellement eu le temps, en y réfléchissant. J’étais certes parti de plein grés, mais je n’avais pu me permettre de m’éterniser trop longtemps car j’avais bien conscience de ma présence néfaste, indésirée. Gabrielle m’avait largué, Alexander frappé et tous me haïssaient. Même elle, devait me haïr. Je serrais les dents afin de retenir les larmes qui menaçaient de s’abattre sur mes joues. Plus de larmes, c’était une promesse que je m’étais faite. Sauf que la douleur était bien présente et que petit à petit, le doute s’immisçait en mon esprit. Et si… C’était elle ? Si j’avais pu demeurer silencieux au sujet de mon histoire d’amour clandestine, Kay avait-elle pu l’être également au sujet de sa famille ? Puisque je ne m’étais pas confié à elle, pouvais-je la soupçonner d’en avoir fait tout autant ? Je ne savais pas, je ne savais plus. Je luttais intérieurement pour ne pas m’écrouler.

Lyzee essuya de nouvelles larmes qui coulaient doucement le long de ses joues, relevant ses yeux bleus vers moi comme pour me supplier de l’aider. En avais-je seulement le pouvoir ? Peut-être, peut-être pas. Mais s’il y avait ne serait-ce qu’une maigre chance pour que je sache où était sa grande sœur, avais-je le droit de lui en priver ? Avais-je le droit de garder le silence alors qu’il nous restait ce fébrile espoir, que peut-être Kaylhen soit sa sœur ? Je ne me sentais pas la force de lui arracher cela. En même temps, j’allais peut-être lui faire croire que je savais qui était sa sœur et surtout où elle se trouvait alors qu’il ne s’agissait pas dutout de la même personne. J’allais peut-être lui redonner le sourire l’espace d’une seconde avant de lui ôter définitivement, ascenseur émotionnel trop difficile à gérer pour une enfant, faux espoir tragique et sadique. Si je me trompais, j’allais lui briser un peu plus le cœur. Si j’avais raison, j’allais lui redonner une raison de vivre. Choix cornélien auquel je dû me confronter. Alors je finis par prendre son visage entre mes mains, l’observant avec gravité avant de demander d’une voix blanche, vierge de tout sentiment :

« Est-ce que tu t’appelles Lyzee Leighton ? »

Elle parut surprise, mais finit par hocher doucement la tête. Mes doigts la libérèrent alors et je me reculais, pris de vertiges. Je fermai les yeux, sentant une larme couler du ma joue. C’était bien elle. Il n’y avait aucun doute possible et en même temps, tout cela me paraissait si énorme que je ne pouvais réellement y croire. D’une minute à l’autre j’allais me réveiller aux côtés de ma sœur qui me demanderait si nous étions encore loin de notre but, et si nous allions reprendre la route bientôt. Cette journée allait recommencer sans que nous ne rencontrions personne car il ne s’agissait que d’un mauvais rêve. Il n’y avait absolument aucune raison pour que ce soit la vérité, pour que cette gamine soit la petite sœur de ma propre petite sœur « adoptive ». Qu’est ce qui me faisait le plus mal ? Que ce soit réel, ou que ce ne le soit pas ? D’un côté savoir que j’étais sur le point de ramener une enfant à sa grande sœur aurait dû m’enchanter, de l’autre comprendre que Kay m’avait menti par omission sur son histoire me détruisait. Comprendre qu’elle avait réellement vécu ça, sans jamais s’être confiée à moi me blessait. J’avais cru la connaître, mais en fait je n’avais percé que la couche superficielle d’un être auquel je me croyais lié d’amitié. La Kay que j’avais connu n’était pas une personne brisée par la perte de sa famille, ou alors ne m’en étais-je même pas rendu compte. La drogue ne découlait pas de ce fait puisqu’elle m’avait expliqué qu’elle en prenait depuis son adolescence, ou bien n’était-ce qu’un mensonge. Je ne savais plus très bien si nous avions été proches, réellement proches. Je ne savais pas très bien si je devais comprendre son silence ou lui en vouloir de ne pas m’avoir fait confiance, une fois de plus. Kay n’avait jamais vraiment eu confiance en moi, en y réfléchissant elle m’avait caché plus d’une chose et même son addiction ne m’aurait pas été révélée si je ne l’avais pas croisé en pleine crise de manque. Nous étions visiblement des étrangers, et cela me brisait le cœur avec bien plus de violence que d’imaginer qu’elle m’en veuille pour ce que j’avais fait. Après tout, sa rancune aurait été justifiée. J’avais fait des choses qui méritaient qu’on me crache dessus. Mais ce peu de confiance en moi, ces cachotteries, ce silence horrible, je ne l’avais pas mérité. Je rouvris les yeux, de nouvelles larmes suivirent la première sous les yeux de ma sœur et de cette enfant qui me dévisageaient. Ma voix ne fut cependant pas d’avantage expressive.

« Ta sœur est brune, les yeux bleus. Elle doit faire à peu près la même taille que Diane, et est tout aussi fine, n’est ce pas ? Ses cheveux sont relativement longs et lorsqu’elle parle, elle ne peut s'empêcher de faire tout un tas de gestes dans tous les sens. Elle a un tatouage sur l’avant bras droit, un scorpion. Ta sœur s’appelle Kaylhen Leighton et… Je sais où elle est.... »

Lyzee et Diane paraissaient totalement paumées, mais en moi ne régnait qu’un infernal silence qui me rappelait celui de Kay. Je me retrouvais en face de sa petite sœur dont j’ignorais l’existence et visiblement, je devais tout faire pour les réunir. En l’espace de quelques secondes, on venait de me foutre sur le dos toutes les raisons du monde de retourner à la Communauté. Je pris alors l’enfant dans mes bras, regardant Diane par-dessus son épaule avant de lui murmurer, le visage taché de larmes :

« Je sais où elle est Lyzee, et crois moi, tu vas bientôt la retrouver… »

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MessageSujet: Re: Sabbath Bloody Sabbath. [Lyzee L. ; Aristide T. ]   Mar 9 Nov - 21:01

Je dois avouer que j’ai eu un peu peur quand Aristide m’a demandé si mon nom était Lyzee Leighton. Enfin, peur n’était pas vraiment le mot, surprise correspondait mieux. Comment le savait-il ? Je n’avais évidemment rien sur moi qui pouvait prouver mon identité, et ce n’était pas avec les minces informations que je venais de lui donner qu’il avait pu faire le lien, si ? Dans ce cas, il devait être… quoi ? Très intelligent ? Anastasia était très intelligente aussi, mais elle n’avait pas eu un éclair lui révélant mon nom quand je lui avais raconté mon histoire. Non, c’était quelque chose d’autre. J’avais peut-être prononcé « Leighton » sans même m’en rendre compte. C’était l’explication la plus logique. Je tentai de me rassurer en me disant qu’avec le choc, ne pas être pleinement consciente de ce que je disais pouvait paraitre normal, enfin, c’est ce que je croyais. J’hochai doucement la tête pour confirmer ce qu’il venait de me demander avant de baisser les yeux, de fixer mes pieds. Lyzee Leighton. Cela faisait des siècles que je n’avais pas entendu ça, tellement longtemps que j’avais presque oublié qu’il y avait quelque chose derrière mon prénom. Pour moi, les Leighton étaient tous morts, ou presque. Une partie de mon identité s’était déchirée, était partie loin de moi en même temps que la vie de mes parents et de mes frères. Je n’avais jamais revu Kaylhen depuis qu’elle était sortie, depuis que je m’étais perdue en partant à sa recherche. Même si je savais – je devais le croire – qu’elle était encore en vie, elle n’était plus là physiquement, et elle me manquait atrocement. Elle avait toujours été mon modèle, cette personne que j’admirais plus que n’importe qui. Je voulais devenir comme elle. Je voulais être aussi belle qu’elle, avoir un aussi joli sourire. Je voulais qu’elle soit fière de moi. Aujourd’hui plus encore. Je désirais la revoir, la retrouver et qu’elle me garde pour toujours, qu’elle m’apprenne à devenir comme elle, et qu’elle m’aide à oublier l’horreur de ces dernières semaines. Je serais de nouveau sa petite princesse, et elle s’occuperait de moi comme avant. Ça aurait été génial.

Et puis j’ai relevé les yeux vers Aristide, et ce que j’ai vu m’a fait quelque chose. Je ne sais pas exactement comme le définir, mais c’était comme des petits pics à l’intérieur. Normalement, les adultes n’étaient pas supposés pleurer. Pas devant les enfants en tout cas. Les garçons n’étaient pas censés pleurer devant les filles. C’était ma vision de petite fille, je tenais ça de l’école. Je me souvins de la fois ou Arthur Smith avait versé quelques larmes parce que la maitresse l’avait grondé ; beaucoup s’étaient moqués de lui pendant plus d’une semaine. Quand Sarah McLooper s’était mise à pleurer à cause d’une chute dans la cour, les mêmes s’étaient précipités pour la relever. Pour moi, dans mon esprit d’enfant de 9 ans, c’était comme ça. Mais on n’était plus à l’école. Les choses que j’avais vues et vécues ces dernières semaines n’avaient rien à voir avec les histoires d’enfants. J’avais vu des adultes pleurer. J’avais entendu les sanglots de mon grand frère, dans la nuit, alors qu’il nous pensait endormies Kaylhen et moi. J’avais vu des larmes jaillir des yeux des victimes de Carrie, mais ça n’avait été que très rare : soit mon champ de vision était brouillé par mon propre chagrin, soit il y avait beaucoup trop de sang pour que je puisse distinguer quoi que ce soit.

Mais là, ce n’était pas parce qu’on lui infligeait des blessures physique qu’Aristide était dans cet état. Je connaissais cette souffrance, enfin je crois. Elle venait de l’intérieur. Et je me sentais un peu coupable, parce que c’est en me regardant moi, c’est en m’écoutant moi que son expression à changé, que son regard s’est embué. Et puis il s’est remis à me parler, alors je l’ai écouté.

Je m’attendais à tout - non, en fait, je ne m’attendais à rien du tout, donc certainement pas à ça.

Ces phrases, ces mots. Ils heurtèrent mon cerveau sans que ce dernier ne réagisse dans un premier temps. Tout s’était arrêté. Il n’y avait plus qu’un nom, plus qu’un visage dans ma tête. Ceux de ma sœur. Mais je ne voulais pas y croire. Une petite voix en moi criait : « Ne lui fais pas confiance. Il te ment. Tout le monde ment. Il ne peut pas savoir ou Kaylhen se trouve. Ce n’est pas possible. Ne le crois pas. C’est un menteur. » D’un côté, elle avait peut-être raison. Mais de l’autre, je n’avais pu empêcher cette étincelle de jaillir là-dedans, je n’avais pu l’empêcher de créer une petite explosion. Quand les bras d’Aristide vinrent me cueillir une nouvelle fois, j’eus l’impression de m’envoler. Je crois que je n’avais encore jamais connu ça. On appelle ça l’espoir, n’est-ce pas ? Cette chose qui fait bondir notre cœur et qui nous rend un peu plus vivant. Ce sentiment qui nous donne l’impression que le ciel est un peu moins gris, que les larmes ne brûlent pas tant que ça, que ça ne fait pas si mal. Et puis c’est un peu cette peur de tout perdre. De perdre ce qu’on a déjà perdu avant même de l’avoir retrouvé. Ça aussi, c’est douloureux. Du coup, je ne savais pas quoi penser.

Un miracle. Voilà ce que c’était. Ou un mirage. Un rêve. Oui, plutôt ça. J’allais me réveiller dans quelques secondes, le temps que mon subconscient réalise qu’il était temps d’ouvrir les yeux. J’allais me retrouver près de Carrie, bel et bien en vie, près de sa dernière victime, j’allais de nouveau me retrouver le nez dans la chair, le visage souillé par le sang et les larmes. Sans doute m’étais-je évanouie. Mais on ne rêve pas quand on est inconscient, c’est qu’on m’avait dit. Donc là… c’était la réalité ?

Kaylhen était vivante.
Aristide allait me la rendre.
J’étais sur le point de vivre de nouveau.

Ce ne fut que lorsque ces trois affirmations traversèrent mon esprit que je parvins à prononcer quelque chose :

« Tu connais Kay ? C… Comment ? Elle va bien ? C’est quand bientôt ? Est-ce que… est-ce qu’elle est toute seule ? »

Et encore tant de questions qui se formaient. Déjà trop de choses à dire à ces deux personnes que je ne connaissais pas. La seule chose qui nous reliait désormais, c’était Kaylhen. Et je compris que je ne lâcherais pas Aristide avant que l’on ne m’aurait pas prouvé que tout ceci ne fût pas un mensonge. Un cruel mensonge. Parce que si je venais à me prendre un nouveau coup dans la figure, cette fois-ci, j’étais persuadée de ne pas y survivre. Une chute supplémentaire me serait fatale. Inconsciemment, j’étais en train de réciter une prière à voix basse, une que Carrie m’avait apprise. Je priais pour rester dans les bras du jeune homme, je priais pour que ma grande sœur apparaisse très bientôt devant moi.
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Aristide Tetropoulos
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MessageSujet: Re: Sabbath Bloody Sabbath. [Lyzee L. ; Aristide T. ]   Ven 12 Nov - 21:43

Comme c’était charmant, en apparences ! Moi, le mec à détester qui revenait tel le prince charmant, une femme et une gamine au bras. Juste, juste le type que personne ne veut voir et qui d’un coup semble s’être racheté une morale, le sauveur parfait ! Ce n’était pas charmant, c’était pathétique. Vu de l’extérieur notre mensonge allait paraître encore plus énorme, comme si j’avais fait exprès de rassembler de convaincants éléments afin qu’on me laisse plus facilement rentrer dans la Communauté. Aristide, celui qui a sauvé une fillette d’une mort certaine, la ramenant aux bras de sa très chère sœur. Aristide, qui bienheureusement a retrouvé sa merveilleuse femme, broyées par les Hors la loi. Tant de choses qui me rendaient peut-être plus sympathique que je ne l’étais, comme un procès pour lequel mon avocat ne présenterait que les bons côtés de ma personne, éliminant les autres avec une effronterie remarquable. Comme si c’était fait exprès. Le jury allait-il me pleurer dessus ? Vanter ma bravoure, déplorer la perte de ma femme prostituée au compte des Hors la loi, types que l’on déteste tous, et ainsi comprendre ce désespoir qui était censé m’avoir poussé dans les bras d’une autre ? Pathétique, vraiment. Le pire était que je ne l’avais aucunement choisi. Je n’avais pas choisi de trouver Lyzee et de l’arracher aux griffes de cette dingue. Je n’avais pas choisi son lien de parenté avec une de mes meilleures amies. Toute cette connerie, je n’en voulais pas, n’en avais même jamais voulu alors quoi ? C’était quoi le délire, le plan, l’arnaque, comme vous voulez ? Que je me ramène dans le rôle parfaitement entretenu du mec à pardonner ? De celui qui mériterait une deuxième chance ? Mon Dieu. Très sincèrement, prendre Lyzee sous mon bras et la rapporter avec nous à la Communauté risquait de nous mettre gravement en péril. Premièrement, cette découverte était tellement énorme que je doutais que quiconque y croie. Peut-être penseront-ils qu’il s’agit d’un plan arrangé avec Kay, qui après tout était proche de moi ? Peut-être, à partir de là, comprendront-ils l’entourloupe mise en place avec Diane ? Ouah… Je devenais complètement paranoïaque. Sérieusement. Le mensonge n’était pas réellement pas tasse de thé, et me faisait complètement perdre les pédales. J’avais l’impression que tout le monde pouvait lire en moi comme dans un livre, que tout le monde connaissait mes secrets et n’attendait qu’une chose pour me punir. J’avais l’impression d’être terriblement exposé.

Je ne parvenais pas à déchiffrer le regard de Diane, par-dessus l’épaule de Lyzee. Approuve, n’approuve pas ? Je ne pouvais décemment lui poser la question devant l’enfant, mais à première vue nous serrions rarement seuls pendant les jours à venir. De toute façon, nous ne pouvions décemment l’abandonner là, quand bien même nuirait-elle à notre plan. D’un point de vue purement humain, je ne m’en sentais pas capable. Je ne me sentais pas capable de lui dire « désolé, mais tu risques de gâcher ma dernière chance de survie », avant de lui tourner le dos et la laisser seule dans cette rue jonchée de cadavres, les joues dégoulinantes de larmes et la peur au ventre. Quelqu’un d’autre aurait peut-être pu choisir cette option en estimant que c’était la plus sage, mais mon égoïsme ne se révélait pas assez fort pour prendre cela en charge. Pas maintenant que je l’avais trouvé, pas maintenant que je savais qui elle était. Car mon affection s’en était immédiatement renforcée, bien malgré mes différents présumés avec Kaylhen. J’aimais bien cette gamine, et voulais réellement la garder auprès de moi. Pourquoi ? Dans quel but ? Uniquement pour qu’elle soit en sécurité, qu’elle retrouve un semblant de famille. Simplement pour faire quelque chose de bien, pour changer. Peut-être qu’au fond ce n’était pas ma pitié, ou mon affection pour une enfant qui me poussait à la recueillir entre mes bras, peut-être que mon intention n’était pas aussi charitable qu’elle n’y paraissait. Peut-être que je cherchais simplement à me racheter une conduite. Faire comme si ce geste là pouvait effacer tous les autres. Quelle douce utopie que voilà. Très sincèrement je ne savais pas vraiment où j’en étais, ni ce que je voulais réellement faire. Ma fatigue nerveuse atteignait un tel stade que réfléchir me paraissait terrassant, prendre une quelconque décision également. Nous allions la ramener à la Communauté, bien sûr, la question ne se posait même pas mais, qu’en dirait Kay ? Allait-elle au moins m’adresser un regard ou une parole ? A cette pensée, je fis taire les larmes qui souillaient mes joues. Je ne devais pas y penser maintenant, pas déjà. Ce n’était pas le moment propice à ce genre de réflexion, mais ce moment viendrait bientôt. Pile lorsque nous serions devant la foutue porte de la Communauté, près à nous jeter dans la gueule du loup. Jouant nos dernières cartes, nos derniers atouts.

« Oui, je connais Kay. Nous avons vécu ensemble quelques mois… Elle est en sécurité, ne t’en fais pas. Tout va bien pour elle, et ça va aller pour nous aussi. On va la rejoindre, d’ici peu. »

Je ne pouvais pas mettre de date exacte là-dessus. Dans combien de temps serions nous arrivés ? Peut-être quelques jours, peut-être moins. Il ne s’agissait pas tellement de nous trouver dans le bon secteur, mais surtout de trouver l’entrée. Parce que je devais avouer que mes souvenirs étaient assez flous et que je risquais de m’y perdre. L’épuisement n’arrangeait rien à ma mémoire : C’était comme chercher une aiguille dans une botte de foin. Mais nous allions y parvenir, cependant. Il était très clair que Diane ne lâcherait pas le morceau, et moi non plus puisqu’il ne s’agissait plus de mon unique survie. A présent deux autres vies dépendaient entièrement de moi et je n’étais pas en droit de les mettre en péril, alors quelque soit le temps que ça nous prendrait, nous allions retrouver cette foutue entrée. Au bout de quelques secondes je me reculai, arborant un sourire serein, rassurant pour l’enfant qui m’observait de ses grands yeux bleus. Ils ressemblaient en effet à ceux de Kay… Mais je ne préférais pas y penser. Pas encore. Alors je finis par lui dire avec douceur :

« Tu vas rester avec nous, d’accord ? Nous voulons aussi aller là où ta sœur se trouve, on va t’emmener avec nous. Mais il faut que tu aies confiance, même si ce n’est pas facile. Si je te dis de te taire, tu te tairas. Et si je te dis de te cacher tu le feras aussi, n’est ce pas ? Que ce soit Diane ou moi, il faut que tu nous écoutes et que tu n’en fasses pas qu’à ta tête, sans quoi on risque d’avoir des problèmes. »

Je ne voulais pas l’effrayer, mais il était clair que prendre une enfant sous notre bras augmentait les risques de se faire repérer puis tuer. A trois, nous étions plus vulnérables qu’à deux. Bon. On était plutôt deux et demie en y réfléchissant, mais cela importait peu. Je n’avais aucune envie de courir après Lyzee à tout bout de champs juste parce qu’elle n’aurait pas obéis à nos recommandations : C’était la première règle à respecter entre nous. Elle nous faisait confiance, et elle suivait sans broncher. Sinon nous n’allions jamais y arriver. Je m’assis en tailleur devant la petite, lui souriant toujours. D’un geste, je désignais la pomme qu’elle tenait toujours étroitement serrée entres ses doigts d’enfants.

« Mange petite puce, tu dois mourir de faim. Je ne tiens pas à me faire massacrer par ta sœur parce que je t’ai mal nourrie. »

Un léger rire s’échappa de mes lèvres, tandis que j’observai les alentours. Il ne semblait pas y avoir âme qui vive ici, mais cela importait peu. Nous devions bouger, rapidement. Je reportai mon attention sur Diane, qui semblait entrain de réfléchir. Peut-être avait-elle les mêmes préoccupations que moi, peut-être songeait-elle à continuer la route elle aussi. Nous allions attendre que la petite termine son fruit, et ensuite nous marcherons un peu plus vers le sud. Au besoin je porterai Lyzee, qui me semblait épuisée. Pour passer le temps, je pris de nouveau la parole. Mon ton se fit léger, banal. Le genre de paroles « normales » qui devaient manquer au quotidien de cette enfant. Depuis combien de temps ne lui avait-on pas parler, comme ça, juste pour le plaisir de discuter avec elle ?

« Quel est ton plat préféré, Lyzee ? Tu sais quoi ? Moi je rêve d’un steak et de frites… C’est stupide, et très peu raffiné mais ça fait envie… Ou alors d’une pizza quatre fromages. Tu penses qu’on fait encore du fromage de nos jours ? C’est bon le fromage. Non ? »

Bonsoir, je dis n’importe quoi pour faire rire une gamine. Je m’appelle Aristide et, l’espace de quelques minutes, je redeviens un vrai gosse.

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Sabbath Bloody Sabbath. [Lyzee L. ; Aristide T. ]
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