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 Am I losing you too ? { ETHAN }

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Katarina K. Jones
In the shadow of your heart.
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MessageSujet: Am I losing you too ? { ETHAN }   Sam 16 Oct - 19:45

Dix jours... Cela faisait dix jours... Ma vie avait pris des allures dramatiques et je ne savais toujours pas comment j'allais m'en sortir. J'étais à côté de tout, je faisais tout de travers. Vraiment. Pour ne pas dire à côté de la plaque. Je ne parvenais pas à me concentrer suffisamment pour travailler correctement. Passées quelques minutes à l'infirmerie, je devenais nerveuse et je ne faisais rien convenablement. J'avais fait tomber plusieurs plateaux de médicaments sans le faire exprès, fracassant plusieurs flacons de médicaments. Plutôt que de m'en vouloir et de me hurler dessus, Mathilda m'avait renvoyée gentiment, prétextant que j'avais besoin de repos. C'était certain. Mais ce repos je ne parvenais pas à le trouver, que ce soit au beau milieu de l'après midi ou en pleine nuit. Je ne faisais même plus de l'insomnie... C'était pire que cela... C'était comme des terreurs nocturnes. Je repensais à tout ce qui m'était arrivé ces derniers temps en permanence, ce qui déclenchait chez moi des crises d'angoisses assez impressionnantes, même pour moi. Parfois, même Ethan avait du mal à me calmer. Comment aurait-il pu ? Il était aussi abattu que moi. Cette fausse couche nous avait détruits tous les deux... Je sentais clairement Ethan s'éloigner de moi et cela m'horrifiait. Il ne parlait plus, il ne souriait plus... Il ne me parlait plus, il ne me souriait plus... Le plus terrible, c'était de voir qu'il ne souriait même plus avec Lena. Il s'occupait d'elle comme un automate l'aurait fait, mais c'était tout. Ce qui me laissait entrevoir l'impact que cette fausse couche avait eu sur lui. Avant, il allait vers Lena quand il n'allait pas bien et que je n'arrivais pas à le rassurer. Avec elle il souriait, riait... Là, même elle était impuissante. Il ne répondait même pas à ses sourires... Alors elle ne lui souriait plus. Elle ne le réclamait plus... Même pas pour s'endormir le soir. Elle se contentait de s'endormir dans mes bras après sa dernière tétée et ne réclamait plus personne jusqu'au lendemain matin. Cela me désespérait de voir que mon bébé souffrait de la situation. Même si Lena ne nous comprenait pas encore, je savais qu'elle ressentait les choses. Et elle ne devait pas ressentir grand chose d'agréable ces derniers temps. Je faisais de mon mieux pour la rendre heureuse, oui... Mais j'avais bien peur de ne pas être la maman dont elle avait besoin pour le moment.

Je le voyais à peine. J'avais presque l'impression qu'il me fuyait. Il s'isolait... Il avait l'air absent. Son regard était vide éteint. J'avais beaucoup de mal à capter son regard. Il baissait les yeux presque automatiquement à chaque fois que nous nous regardions vraiment. Ce n'était qu'au moment de se coucher que j'avais l'impression de le retrouver plus ou moins. Je dormais toujours collée à lui, dans ses bras où il me serrait presque trop fort. Mais c'était tout... A part cela il n'y avait plus grand chose. Je savais qu'il m'aimait toujours autant, là n'était pas la question. C'était juste que toutes ces épreuves réunies avaient fini par nous épuiser. Je ne savais déjà pas comment me relever, alors comment l'aider lui ? Nous avions touché le fond. J'avais peur que les choses continuent à se dégrader. C'était peut-être même le cas... J'avais littéralement fait une crise de nerfs quand j'avais compris que mon père avait une... "liaison" avec cette femme qu'il avait ramenée un peu plus tôt. Cette femme qui ressemblait étrangement à ma mère... Comment croyait-il que je le prendrais ? J'avais presque l'impression qu'il l'avait fait exprès. C'était... Je trouvais cela malsain. J'en avais parlé à Ethan, il m'avait regardé d'un drôle d'air. Il n'avait rien dit, mais je savais ce qu'il en pensait... Mais nous avions nos propres démons à gérer. Que mon père fasse bien ce qu'il veuille. Il se rendrait compte assez vite de ce qu'il était en train de faire. À moins qu'il ne se berce de jolies illusions comme il l'avait fait avec moi ? Peu m'importait pour le moment... Je venais de perdre un enfant et il exhibait sa maitresse sous mes yeux ( il la cachait plutôt, mais tant pis ) ! Je n'aurais pas été abattue que j'aurais protesté plus violemment encore... Je n'avais même pas la force de me trouver un exutoire. J'avais en ce moment trop tendance à me poignarder dans le dos pour trouver quelqu'un sur qui passer ma colère. Encore que je m'étais plutôt bien déchainée sur mon père...

N'ayant pas vraiment la force de m'occuper de Lena, je l'avais laissée à Mathilda pour quelques heures. Je n'avais même pas osé aller voir Lilly. Elle avait commis l'erreur de laisser mon père l'approcher, et Ethan lui en voulait énormément. Je savais que Mathilda ne laisserait personne la toucher sans mon autorisation. Je lui faisais confiance, et Ethan aussi, alors je n'avais pas hésité. J'avais moi aussi besoin de rester un peu seule. De m'isoler, à l'instar d'Ethan... Alors j'avais fait quelque chose de simple, d'idiot, de futile... J'étais allée faire la lessive. Bêtement et simplement. J'étais descendue au sous sol, une corbeille de linge sale dans les bras. Pas de machine à laver, il fallait tout laver à la main dans une espèce de grande bassine raccordée aux canalisations par les soins d'Aaron. L'eau était froide, mais cela m'était égal. J'ai dû passer deux ou trois heures à laver notre linge. De temps en temps, un vêtement m'arrachait un sourire, bêtement... Par exemple, un des pulls d'Ethan, que j'avais porté presque pendant toute ma grossesse... Ou encore la petite couverture de Lena... C'était fou comme un bout de tissu pouvait représenter tant de souvenirs. Voilà pourquoi j'avais demandé à Ethan de se débarrasser de ma chemise de nuit et aussi des draps, après ma fausse couche. Je ne savais pas ce qu'il en avait fait et cela m'était complètement égal. Je ne voulais pas le savoir. Du moment que je ne revoyais pas ces vêtements, je m'en moquais...

Après avoir essorés les vêtements au maximum j'étais allée dans la buanderie, où il y avait un tout petit sèche-linge que nous avions récupéré il y a peu de temps. Tout le monde avait pris l'habitude de s'en servir. J'ai attendu encore un moment, avant de plier soigneusement le linge pour le remettre dans la corbeille. Et puis, lentement, j'étais remontée, gardant les yeux baissés. Les gens que je croisais je regardaient avec pitié et c'était insupportable. J'aurais vraiment préféré qu'ils fassent comme si de rien n'était pour une fois. Je n'en pouvais plus d'entendre des « je suis désolée pour toi, Katarina » ou encore des « tu verras, ça va s'arranger ». Parce que non, tout n'irait pas bien et non, tout n'allait pas s'arranger. Ils ne comprenaient pas et ne pourraient jamais comprendre... On ne comprend pas tant qu'on a pas perdu un enfant. Je me sentais toujours terriblement mal, et j'avais toujours ce réflexe idiot de porter une main à mon ventre. Parfois j'oubliais que je l'avais perdu, j'avais l'impression d'être enceinte... Et puis je m'en souvenais, alors je secouais la tête et passais vite à autre chose. Enfin, j'essayais surtout... Toujours les yeux baissées, j'ai ouvert la porte de notre chambre et je suis entrée. Je ne m'attendais vraiment pas à y trouver quelqu'un, et surtout pas Ethan.

Je crois pouvoir dire que j'ai eu le choc de ma vie, ou presque. Je sursautai vivement, lâchant subitement la corbeille de linge à mes pieds. Ma voix avait des accents carrément hystériques.

« Oh mon dieu, Ethan, mais qu'est-ce que tu as fait à tes cheveux ? »

Il les avait coupés. Et pas qu'un peu. Le changement était carrément radical. Le matin même encore, ses cheveux arrivaient jusqu'à ses épaules, cachant toujours une partie de son visage, lui donnant un petit air mystérieux que j'adorais. Là, il étaient courts, vraiment courts, pas comme la dernière fois où il les avait coupés. Ils étaient maintenant à peine plus longs que ceux d'Alexander, coupés de façon radicalement militaire. Mais là n'était pas la question... Le visage dégagé, Ethan m'apparaissait sous un autre jour. Ses traits étaient tirés, voire émaciés... Ses yeux étaient cernés de violet. Ses joues creusées... Sa peau terriblement pâle, blafarde et maladive... et malgré le tee-shirt et la chemise qu'il portait, je voyais que son corps était d'une maigreur à faire peur. Je plaquai mes mains sur ma bouche pour étouffer un cri de panique. Tremblante, j'enjambai vivement la corbeille et me précipitai vers lui. Je l'attrapai par les bras, serrant ses coudes à lui en faire mal.

« Est-ce que tu es malade, Ethan ? Est-ce que tu es malade ? Oh mon dieu, tu es tellement pâle et tellement maigre ! »

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AND HE CARED NOT THAT THEY STOOD UPON THE WALLS IN THE SIGHT OF MANY. »

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Ethan Jones
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MessageSujet: Re: Am I losing you too ? { ETHAN }   Dim 17 Oct - 11:46

Ma vie s’était arrêtée il y dix jours. Mon cœur avait fini de se briser totalement et le temps était désormais suspendu. Comment vivre normalement quand vous avez perdu un enfant ? C’était tout simplement impossible. On m’avait arraché une partie de moi. On avait brisé mon rêve. Et le pire de tout, c’est que je m’en voulais terriblement. Si pour moi c’était dur, je n’imaginais pas ce que ça pouvait être pour Katarina. Et j’avais peur de lui demander pardon. Je savais que j’aurais du lui dire, que j’aurais du m’excuser. Mais je ne pouvais pas, j’avais trop honte qu’elle ne décide de mettre fin à notre mariage. Pourtant, j’aurais du m’excuser. Si je n’avais pas fait le vide autour de nous, si je n’avais pas posé toutes ces conditions à propos de son père, si je lui avais fait plus confiance elle n’aurait pas perdu le bébé. Elle l’avait perdu parce qu’elle avait voulu me faire plaisir, et faire tout ce que je voulais.

Pendant plusieurs jours, j’avais estimé que c’était la faute de son père. Mais depuis deux ou trois jours, je me rendais compte que c’était la mienne. Il fallait que j’assume. Mon enfant était mort par ma faute. Je m’en voulais, j’avais envie de mourir. J’aurais donné ma vie pour lui rendre la sienne. Mais il n’était plus là. J’avais tué des gens et cela ne m’avait pas porté un tel cas de conscience. Mais cette fois-ci c’était différent, c’était mon enfant. Celui de Katarina…

Oh mon dieu, comment survivre après une perte pareille ? J’aurais voulu mourir, disparaitre à jamais. Mais j’étais mari et père…Alors je n’avais pas essayé d’en finir. J’étais toujours vivant. Quand on me voyait, j’étais toujours vivant. Mais à l’intérieur, je ne vivais déjà plus.

Tous les gestes de la vie quotidienne m’étaient devenus impossible à réaliser. Je n’avais plus goût à rien. Je n’avais plus faim, plus soif, plus envie de rire, plus envie de sourire, plus envie de parler même. Prononcer une phrase entière était un vrai supplice. Je ne dormais plus non plus. Je ne pensais qu’à mon enfant mort par ma faute. Et je n’arrivais même pas à demander pardon à Katarina.

Tout était extrêmement difficile. Le pire c’était de m’occuper de Lena. J’adorais ma fille, je l’aimais plus que tout au monde. Mais je n’arrivais plus à lui sourire, à jouer avec elle. Je m’occupais d’elle parce que c’était ma fille, mais j’avais honte aussi par rapport à elle. Quelle image allait-elle avoir de son père ? Je m’occupais d’elle du mieux que je pouvais, mais je ne la regardais même plus. Je n’avais plus la force de la regarder. Et le pire de tout, était que plusieurs fois je lui en avais voulu. Elle allait bien, elle respirait la joie, la santé alors que son petit frère ou sa petite sœur n’aurait jamais la chance de vivre. J’en voulais à ma princesse. Quel père en voulait à son enfant de vivre ? Je ne méritais même pas d’avoir une famille. Je les rendais malheureuses. Si j’avais vraiment été un homme bien, je les aurais laissées vivre leur vie. Elles auraient été heureuses sans moi. Mais je ne pouvais pas, j’étais trop égoïste. Et c’était cet égoïsme qui avait couté la vie à mon enfant.

J’avais l’impression de flotter dans cette vie. Plus rien ne m’atteignait. Je ne ressentais plus rien. Je n’avais plus faim, plus soif, plus envie de me laver, plus envie de dormir. Je ne ressentais plus rien du tout. Mort de l’intérieur. Voilà ce que j’étais. Il n’y avait que la nuit, quand la lumière était éteinte que je me sentais « bien ». Je n’arrivais plus à regarder Lena ou Katarina dans les yeux, je n’arrivais plus à prendre soin d’elles, à les rendre heureuses. Je ne jouais plus avec Lena, je n’en avais pas la force. Je me contentais de la changer, de lui donner son biberon. Mais on aurait pu me donner un autre bébé que je ne l’aurais sans doute pas remarqué.

Je ne prenais plus part à rien. La vie de mon enfant s’était arrêtée, et la mienne avec. Le monde pouvait bien s’effondrer que je m’en fichais. Je ne ressentais plus de joie, plus de haine non plus. Je n’étais qu’indifférence. J’étais indifférent à tout oui.

Cet après-midi là, je ne sais pas ce qui m’a poussé dans le bureau d’Alexander. Mais j’y suis allé et je lui ai dit la première chose qui me passait dans la tête : « Coupe-moi les cheveux Alexander ». Il m’a regardé comme s’il ne comprenait pas, et sans un mot il est allé chercher des ciseaux et il a coupé. Je voyais mes cheveux tomber et s’éparpiller au sol, et même ça, ça ne me soulageait pas. J’aurais pensé que ça m’aiderait à me sentir bien, mais ça n’était pas le cas. J’ai remercié brièvement Alexander et je suis reparti dans ma chambre.
Désertée….

J’ai regardé tout autour de moi, et je me suis dirigé vers le rocking chair où je me suis assis après avoir pris le Paddington de Lena. Qui avait été à moi quand j’étais bébé…Et je l’ai caressé en repensant à mes parents. Dieu qu’ils me manquaient. J’aurais tant aimé qu’ils soient là, j’aurais aimé pouvoir leur demander ce que je devais faire, j’aurais aimé pouvoir partager ma peine avec eux. Mais je me sentais seul. J’avais tellement mal.

J’aurais aimé pouvoir pleurer pour évacuer un peu, mais c’était comme si j’étais privé de ce droit aussi. Alors je regardais fixement la petite peluche et j’essayais d’imaginer cet enfant que j’avais perdu. Cela faisait tellement mal, mais en même temps l’imaginer me faisait du bien. Ca la rendait encore vivante. Parce que oui, j’étais persuadé que c’était aussi une petite fille. Si belle, si semblable à Lena. Et j’ai serré la peluche alors que j’étais secoué par des sanglots. Mais je ne pleurais pas. J’avais l’impression que la douleur était insoutenable, et pire que tout ce que j’avais vécu jusque là.

J’avais la tête baissée et j’ai à peine entendu la corbeille à linge s’écraser au sol. Tout me paraissait lointain. Katarina me regardait comme si j’étais un fantôme. Les bras ballants elle me dévisageait. Et une fois encore, j’évitais son regard.

« Oh mon dieu, Ethan, mais qu'est-ce que tu as fait à tes cheveux ? »

Je n’ai pas compris tout de suite. Je ne me rappelais de rien. Depuis dix jours, c’était comme ça. J’étais là physiquement oui, mais j’étais mentalement absent. Dans mon cœur, j’étais avec mon enfant. Ma petite Anna… C’est comme ça que je l’avais baptisée. Notre fille. Notre petit ange parti si vite. Je ne sais pas pourquoi Anna mais elle s’appelait Anna. Et a mes yeux elle avait une existence. Je me fichais de ce qu’on pouvait me dire. Non, ce n’était pas un fœtus ou quoi que ce soit, c’était un enfant !! MON enfant ! Et je l’avais tué.

J’ai secoué la tête sans comprendre Katarina. Qu’est ce que j’avais fait à mes cheveux ? J’étais bien incapable de lui répondre. Je n’avais rien fait à mes cheveux… Mais quand j’ai passé une main sur ma tête, j’ai compris. J’avais les cheveux courts, très courts de ce que j’en sentais. Mais je ne m’étais pas regardé dans une glace. Je n’étais pas quelqu’un de narcissique, et depuis la mort de mon bébé, je n’avais même pas fait attention à mon apparence. A quoi cela m’aurait servi ? Alors oui, j’avais les cheveux courts maintenant.

J’ai reposé la peluche de Lena dans son berceau et j’ai ramené mes jambes contre moi, et je les ai entourées de mes bras. J’avais vu Katarina faire cela tellement de fois que j’avais pris le pli. Je me comportais comme elle. J’ai haussé les épaules et j’ai posé ma tête sur mes genoux. J’ai dégluti quand elle s’est précipité sur moi et a pris mes bras. Je sentais la tristesse me gagner. Une profonde tristesse.

« Est-ce que tu es malade, Ethan ? Est-ce que tu es malade ? Oh mon dieu, tu es tellement pâle et tellement maigre ! »

Pâle ? Maigre ? Mais que racontait –elle ? Je l’ai regardé sans vraiment la regarder. Je ne pouvais pas retenir son regard. J’avais envie de m’échapper. J’avais envie de sortir… j’avais besoin d’air. Et c’est là que je me suis souvenu qu’hier sentir l’air sur ma peau m’avait apaisé pendant un temps. Ou alors c’était le rail de coke que j’avais sniffé….

J’ai caché mon visage entre mes jambes et j’ai secoué la tête.

-Non, je vais bien. Je vais bien, je suis simplement fatigué.

Je ne mentais pas vraiment. Mais en repensant à cette poudre fine, je me rappelais que je m’étais senti bien. J’en avais pris très peu, et je m’étais senti tellement bien. Qu’en y repensant, j’en avais envie encore. Mais pour le moment, j’étais incapable de bouger, ou de déplier mes bras et mes jambes.

-Je vais aller faire un tour.

D’habitude quand vous dites ça, vous vous levez, vous embrassez votre femme et vous allez le faire ce tour. Mais moi je n’ai pas bougé.
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Katarina K. Jones
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MessageSujet: Re: Am I losing you too ? { ETHAN }   Dim 17 Oct - 13:38

J'étais complètement paniquée et complètement terrifiée. Il n'avait pas l'air bien. Il n'avait pas l'air bien du tout. Je ne l'avais jamais vu comme ça. Même quand je l'avais rencontré, je ne l'avais pas trouvé dans un état pareil. Il avait l'air... presque fantomatique. Physiquement, il me faisait peur. Ses yeux étaient à la fois vitreux et brillants... Comme s'il était fiévreux. Et cette pâleur... Il était tellement pâle que sa peau avait des teintes violacées. J'avais peur de m'approcher, de peur de distinguer clairement ses veines sous sa peau. Et il me paraissait tellement maigre... Le fait qu'il soit replié sur lui même n'y changeait rien. J'étais certaine qu'il avait perdu du poids... Beaucoup trop de poids... Comment avais-je pu faire pour ne pas m'en apercevoir ? Il n'avait pas perdu cinq ou six kilos en une nuit... Il avait l'air tellement fatigué... Tellement las... Ses traits étaient plus tirés que d'ordinaire, ses yeux plus cernés encore... Non, même dans les pires moments, je ne l'avais jamais vu dans un tel état. C'était presque pire que jamais. Non : c'était pire. Je ne savais pas ce qu'il lui arrivait. Je ne savais plus... Comment aurais-je pu ? Il ne me parlait plus, il ne me regardait plus... Nous ne communiquions absolument plus, et ce depuis presque deux semaines. Nous avions à peine pu échanger quelques mots... Aucun « je t'aime », depuis tout ce temps... J'aurais nettement préféré qu'il hurle, qu'il pleure... Mais qu'il fasse quelque chose. N'importe quoi. Mais pas qu'il agisse comme un automate qui ne semblait plus montrer aucun sentiment, que ce soit de la joie, de la peine, ou encore de la haine... Il était absent. Physiquement présent, mais psychologiquement complètement ailleurs, déconnecté de la réalité. J'avais moi même l'impression de ne plus exister à ses yeux. C'était presque comme si j'étais invisible, transparente. Quand j'étais en face de lui c'était le mur qu'il regardait. Quand je lui parlais, c'était à peine s'il me répondait...

Là encore, il a fui. Il ne m'a même pas regardée, et il s'est empressé de dissimuler son visage à ma vue. J'ai eu envie de le secouer de toutes mes forces, mais j'étais comme paralysée par son manque de réaction. Mais que lui arrivait-il ? Je suis restée complètement muette et stupéfaite quand il m'a dit qu'il était juste fatigué. De surprise, je l'ai lâché et mes bras sont retombés le long de mon corps. J'ai bêtement secoué la tête quand il m'a dit qu'il allait faire un tour. D'instinct je me suis écartée de lui, comme pour le laisser passer. Pourtant il n'a pas bougé. Comme s'il était incapable de coordonner ses gestes avec ses pensées. J'étais complètement incapable de dire quoi que ce soit. Il ne voulait pas me parler... Alors qu'est-ce que je pouvais faire ? Le forcer à le faire ? Le secouer ? Je n'étais même pas sûre que cela ait un quelconque effet sur lui. Plus rien ne semblait avoir un quelconque effet sur lui. Même sa fille ne le faisait pas réagir. Alors moi, qu'est-ce que je pouvais bien faire ? J'étais celle qui avait perdu son enfant, celle qui n'avait pas été capable de se rendre compte qu'elle était enceinte... Alors je doutais de pouvoir faire quoique ce soit pour l'aider. Je ne m'étais pas sentie aussi impuissante depuis longtemps. J'ai serré les dents, et je me suis passée une main dans les cheveux en soupirant.

« Non, non, tu ne vas pas bien, tu ne vas pas bien... »

Je posai une main sur son épaule, avant de le repousser brusquement contre le dossier du rocking-chair.

« Est-ce que tu t'es regardé ? On dirait un fantôme ! On dirait un fantôme ! Tu n'as que la peau sur les os ! Et tu es tellement... tellement... »

Tellement quoi ? Tellement amorphe, tellement absent, tellement effrayant ? Tellement tout cela à la fois... Je ne savais plus quoi faire avec lui. J'avais l'impression de le perdre complètement, et je ne pouvais rien faire contre cela. Pire encore, j'avais presque l'impression que cela lui était complètement égal. Il ne réagissait plus à rien. J'aurais pu me tailler les veines devant lui qu'il n'aurait sans doute même pas remarqué. Cette attitude commençait lentement mais surement à me rendre folle. J'avais besoin de lui, besoin qu'il réagisse, qu'il se comporte... Pas normalement, parce que ce n'était pas possible. Mais qu'il ne se comporte pas comme s'il se fichait de tout. C'était insupportable. Que voulait-il que je fasse sans lui ? Je ne pouvais pas tout gérer toute seule... Si en plus je devais recommencer à m'occuper de lui, je n'allais certainement pas m'en sortir. Je ne pouvais plus tout faire toute seule. J'avais besoin d'aide, j'avais besoin de son aide... Dans un moment pareil, il était le seul à pouvoir m'aider. Je ne pouvais me tourner vers personne d'autre. Il était le seul qui aurait pu me comprendre... Le seul qui aurait pu m'aider à surmonter cette épreuve. Et au lieu de cela il s'isolait. Il s'enfermait complètement dans sa douleur, se rendant sourd au reste et aux autres... Je n'osais même pas imaginer son état psychologique profond pour qu'il en vienne à rester indifférent à sa propre fille. Pauvre Lena... Nous n'étions même plus capables de nous occuper d'elle correctement. Et cela elle le ressentait, j'en étais certaine. Je n'avais même plus assez de force pour l'allaiter quand elle en avait envie... Elle se retrouvait dans les bras de n'importe qui, avec des biberons en permanence... Il fallait que je remonte la pente, il fallait que je remonte la pente... Mais je ne pourrais pas tant qu'Ethan se laisserait glisser au fond du trou.

J'ai posé mes deux mains sur ses épaules et je me suis plantée devant lui. J'ai essayé de le regarder, mais encore une fois il a fui. J'ai craqué. D'un geste nerveux j'ai attrapé son visage entre mes doigts, et je l'ai forcé à me regarder. Enfin, j'ai essayé... Je sentais qu'il ne me regardait pas. Il regardait mes yeux, mais il ne me regardait pas dans les yeux. Je l'ai lâché, avant de lui mettre un coup de poing dans l'épaule. Et je me suis écartée brusquement.

« Pourquoi tu ne me regardes pas ? POURQUOI TU NE ME REGARDES PAS ? »

J'ai attrapé la première chose que je voyais, à savoir un vase, et je l'ai envoyé s'éclater sur le mur juste à côté de lui. J'ai eu envie de tout saccager dans la pièce, mais je me suis retenue. Je me suis écartée de lui, lui tournant le dos, et je me suis appuyée contre le berceau de Lena, faisant tout mon possible pour ne pas partir en claquant la porte.

« Tu ne me regardes pas, tu ne me parles plus, tu m'ignores, tu ignores ta fille, tu... Qu'est-ce que je t'ai fait, Ethan ? Qu'est-ce que je t'ai fait ? Je... Je ne supporterais pas ça longtemps, Ethan... Ethan... Est-ce que je suis en train de te perdre, toi aussi ? »

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MessageSujet: Re: Am I losing you too ? { ETHAN }   Dim 17 Oct - 20:43

Je suis resté les bras autour de mes jambes, la tête posée dessus et le regard absent posé au loin. Je n’ai pas bougé d’un millimètre. Je partais de cette chambre, je me dirigeais vers la première sortie d’une démarche décidée, je rassurais les gardiens, et j’avançais pour enfin me retrouver dehors avec le vent qui fouettait mon visage. Mais je faisais tout ça dans ma tête. Physiquement je n’avais pas bougé, et j’étouffais toujours sous la lumière crue du néon fixé au plafond.
Je rêvais de pouvoir m’échapper de cet endroit, mais je n’arrivais pas à faire le moindre petit mouvement. Comme quand….j’étais en manque…

Mais en manque de quoi ? De ce qui m’avait apporté un peu de réconfort ? De cet enfant que je ne connaitrai jamais ? De ce bonheur qui était le mien et celui de ma famille il y a si peu de temps encore ? C’était tout ça en même temps. Mais nous ne serions plus heureux, nous ne verrions jamais cet enfant grandir. Tout ce qu’il me restait, c’était ce qui m’avait apporté un sentiment de bien-être. Même éphémère… C’est de ça dont j’avais besoin. D’un petit rail, un tout petit rail pour sourire à nouveau, rire, voir la vie en rose.
Si seulement j’avais pu bouger…

Je refusais de regarder Katarina. Je ne voulais pas voir la souffrance sur son si joli visage. Non pas que je minimisais sa tristesse après sa ….fausse couche… Mais je ne savais pas comment faire pour l’aider. Je n’arrivais pas à surmonter ma propre tristesse, comment je pouvais faire pour l’aider. Et j’avais peur de fondre en larmes. Je voulais pleurer, j’avais besoin de pleurer. Mais pas devant Katarina. Ca me rendait fou de ne pas savoir comment être son mari, son havre de paix, son épaule consolatrice. Je n’avais plus envie de faire semblant. Enfin non, je n’arrivais pas à faire semblant. C’était trop pour moi. Et Katarina s’en rendait compte. J’avais essayé de la rassurer en lui disant que j’allais bien, mais elle n’était pas dupe. Elle me repoussait contre le dossier du rocking chair et j’étais meurtri par sa voix.

« Est-ce que tu t'es regardé ? On dirait un fantôme ! On dirait un fantôme ! Tu n'as que la peau sur les os ! Et tu es tellement... tellement... »

Non…je ne m’étais pas regardé. Je refusais de me regarder dans la glace. Je me fichais pas mal de mon apparence, je m’en étais toujours moqué. Et encore plus maintenant. Qu’est ce que ça pouvait me faire de ressembler à un homme. J’avais perdu un enfant, j’avais provoqué sa mort. Alors c’était pour moi le prix à payer. Mais sa voix me faisait mal. Je voyais bien qu’elle allait mal, et que me voir comme ça la rendait triste. Mais je ne pouvais pas faire autrement. Je passais la plupart de mes journées à m’abrutir de travail et à éviter tout le monde. Les paroles censées me consoler ne me consolaient pas. Personne ne pouvait me comprendre, personne ne comprenait à quel point j’avais mal. Et je me sentais terriblement coupable d’en avoir voulu à Lena, comme je me sentais coupable de ne pas avoir la solidité nécessaire pour épauler ma femme dans cette épreuve. Je me noyais déjà moi-même alors comment pouvais je réussi à faire sortir Katarina hors de l’eau.

Je n’avais pas de réponse à lui donner. Je ne bougeais pas. J’aurais aimé qu’elle comprenne que je préférais être seul. J’avais l’impression que rien n’arrivait à me consoler. Si peu de temps avant, je puisais mes forces dans ma femme et ma fille, et maintenant rien ne me redonnait la force de me battre. J’étais arrivé en bout de courses. Comme si j’attendais la mort. Et je l’attendais un peu au final.

Je croyais vraiment qu’elle allait céder et ne pas insister. Mais c’était mal connaitre Katarina. Elle insistait. Elle n’avait qu’une idée en tête. Que je lui réponde. Mais je n’avais pas de réponse. Je refusais pendant un moment de ka regarder, mais quand elle a pris mon visage entre ses mains, j’ai du la regarder. Seulement je ne la regardais pas vraiment. J’essayais de lui faire penser que je la regardais dans les yeux, mais au final je refusais de le faire, je me concentrais sur autre chose. Je vivais le fait de la regarder comme une souillure de plus sur elle. Sans moi, elle n’aurait jamais perdu d’enfants. Elle n’aurait pas eu à vivre ça. Et moi non plus…
Et la regarder, c’était surtout risquer de m’écrouler.

Ce que je refusais d’admettre c’est que je m’étais déjà écroulé…. Mais j’étais tellement hors de tout que je ne m’en rendais pas vraiment compte. Je n’ai même pas vraiment senti qu’elle me tapait sur l’épaule. J’ai juste baissé encore plus les yeux. Et Katarina perdait son sang froid…

« Pourquoi tu ne me regardes pas ? POURQUOI TU NE ME REGARDES PAS ? »

Je ne pouvais pas lui dire, je ne savais pas lui dire, ni comment lui dire. Je ne la regardais pas parce que j’avais honte, et parce que je ne savais pas ce que je devais faire. La regarder c’était affronter la réalité, c’était accepter que nous avions perdu un enfant. Et je ne voulais pas accepter. C’était inacceptable !
J’étais perdu dans mes propres pensées, revoyant la petite Anna tendre ses mains vers moi quand j’ai entendu un bruit, et la voix lointaine de Katarina s’adresser à moi.

« Tu ne me regardes pas, tu ne me parles plus, tu m'ignores, tu ignores ta fille, tu... Qu'est-ce que je t'ai fait, Ethan ? Qu'est-ce que je t'ai fait ? Je... Je ne supporterais pas ça longtemps, Ethan... Ethan... Est-ce que je suis en train de te perdre, toi aussi ? »

Malgré moi, j’ai été touchée par le ton désespéré de sa voix, et ses mots qui me lacéraient le cœur. Elle avait raison. Raison sur toute la ligne. Oui j’ignorais tout le monde. Je n’avais plus la force de prendre soin d’elle ou de Lena. Tout comme je ne prenais pas soin de moi. Mais je refusais qu’elle pense qu’elle était responsable de quoi que ce soit. Elle était un ange. Et je lui avais fait du mal en participant à la mort de son bébé. C’était le mien oui. Mais c’était elle qui le portait. Elle avait peur de me perdre. C’est sans doute cela qui m’a fait réagir. J’étais indifférent à tout oui, mais je n’étais pas insensible à la détresse de ma femme. Et c’est que je ressentais. Pourtant, comment trouver la réaction adéquate ?

Je me suis lentement déplié et d’une petite voix qui sonnait faux et qui ne me ressemblait pas, je lui ai répondu.

-Mais si je te regarde, je te regarde et je te parle.

Ce n’était pas vrai. Je le savais. Je lui mentais. Je ne la regardai plus depuis dix jours. Plus vraiment. Et nous n’échangions que très peu de paroles. Je ne réussissais qu’à être son mari quand la nuit venait, et que la lumière s’éteignait.

Je me suis levé et je suis allé vers elle, j’étais nerveux. Mais je savais que si je ne faisais pas un vers elle, elle ne me laisserait pas tranquille. Alors je l’ai pris dans mes bras, l’écrasant maladroitement contre moi. Mais je n’arrivais pas à être tendre. Je la berçais, je passais ma main dans son dos. Mais mon attitude n’était pas naturelle.

-Non, tu ne me perds pas. Quelle idée….

J’ai eu un petit rire nerveux pendant une seconde ou deux avant de faire disparaitre ce sourire de ma bouche. Et quand j’ai regardé par terre, j’ai trouvé l’échappatoire parfaite. Un vase éclaté jonchait le sol, il fallait nettoyer. Je l’ai repoussé sans ménagement, sans un baiser, sans une caresse aimante. J’ai posé mon regard par terre, partout sauf sur elle.

-Je vais chercher une pelle et une balayette. Je dois ramasser ça.
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Katarina K. Jones
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MessageSujet: Re: Am I losing you too ? { ETHAN }   Lun 18 Oct - 19:32

J'attendais qu'il réagisse. Qu'il fasse quelque chose. N'importe quoi. Mais qu'il réagisse. Je savais que je ne pourrais pas supporter une minute de plus son air absent et ses manières robotiques. J'avais l'impression de faire face à un robot, ni plus ni moins. Et encore... C'était peut-être plus une statue qu'un robot. C'était à peine s'il bougeait. Je me disais que si je le laissais là et que si je revenais dans plusieurs heures, il n'aurait pas bougé. C'était rageant. Je faisais tout mon possible pour vivre normalement, pour ne pas cesser de vivre complètement... Et lui, que faisait-il ? L'exact contraire. Il se laissait couler complètement, comme happé par le fond. J'avais peur de ne pas pouvoir le remonter avant qu'il se soit complètement noyé. Et de toute façon j'avais l'impression qu'il ne voulait même pas que je l'aide. Bêtement, je me sentais abandonnée. Pour a première fois depuis longtemps, j'avais l'impression qu'Ethan m'abandonnait. Complètement. J'étais désespérément seule. Mes amis étaient là, mon père était là, mon mari était là... Mais j'étais désespérément seule. Mes amis avaient leurs propres vies à gérer, mon père était trop occupé avec sa nouvelle maitresse... Et mon mari n'était plus là que physiquement. Je commençais à me demander si j'étais en train de le perdre ou si je l'avais déjà perdu pour de bon sans m'en être rendue compte à temps. Cette sensation qui m'étreignait était terrible. Tout m'échappait. Complètement. Je ne savais même pas comment c'était possible. J'étais impuissante, totalement impuissante. J'étais un peu plus perdue chaque jour. Je ne savais pas ce qui m'empêchait de faire une énorme bêtise. Certainement Lena et mon instinct maternel et protecteur qui me disaient que je n'avais pas le droit d'abandonner ceux qui avaient encore un peu besoin de moi... C'eût été être égoïste. Et je n'avais jamais été égoïste. Cela n'allait certainement pas commencer maintenant... Il ne le fallait pas.

J'attendais toujours, retenant mon souffle, appuyée contre le berceau de Lena. Mes doigts se sont crispés avec force sur le barreau du berceau quand il a daigné me parler. Ce qu'il me disait ne me faisait absolument pas plaisir. Pour la simple et bonne raison que cela sonnait terriblement faux. Aussi faux qu'un mensonge... Je ne savais pas s'il mentait réellement ou s'il n'avait même pas conscience de ce qu'il faisait et disait... J'ai pris une profonde inspiration, sentant les larmes monter jusqu'à mes yeux. Je serrai les dents et fermai fort les yeux, comme pour m'empêcher de pleurer, alors que j'aurais simplement voulu ouvrir les vannes et hurler comme une folle furieuse. Pourquoi était-il comme ça avec moi ? Il me donnait l'impression d'avoir fait quelque chose de terrible et son comportement me rendait encore plus coupable de la mort de notre enfant. La culpabilité avait resserrée ses mains autour de ma gorge et elle m'étranglait lentement mais surement... Je me sentais étouffer. Je l'ai entendu bouger et se lever, mais je n'ai pas osé bouger. J'avais peur de me retourner, oui... J'avais peur de tout de toute façon. Un rien m'effrayait. J'ai à peine osé bouger la tête quand j'ai senti sa présence dans mon dos. Quand il m'a prise dans ses bras, j'ai eu comme une grimace. Le geste lui était si peu naturel, que j'en étais dégoutée. Il se forçait à me prendre dans ses bras... Il se forçait à me prendre dans ses bras... Je me répétai cette phrase une bonne dizaine de fois, tandis qu'il me disait sur un ton mécanique que je n'étais pas en train de le perdre. Son rire me fit froid dans le dos. J'eus envie de le secouer. Mais je restais raidie entre ses bras, me demandant ce que je devais faire, comment je devais le faire... Bêtement mes yeux se posèrent sur son tee-shirt. Il lui collait à la peau, me jetant au visage sa maigreur effrayante. Il était encore plus maigre qu'il ne l'avait été près notre première « rupture ». Comment avait-il pu perdre autant de poids en si peu de temps et comment avais-je fait pour ne pas m'en rendre compte avant ?

Brusquement, il me poussa. Non, il ne me repoussa pas doucement, mettant fin en douceur à notre pseudo étreinte. Il me poussa sans ménagement, m'écartant de lui comme si mon contact lui était insupportable, avant de dire sur un ton banal et presque indécent au vu de la situation qu'il devait ramasser le verre par terre. J'écarquillai les yeux, avant de regarder le sol d'un air halluciné. J'eus un rire nerveux, entrecoupé de sanglots. Je n'en croyais pas mes yeux, je n'en croyais pas mes oreilles. J'avisai un verre sur le bureau, et sans réfléchir je m'en saisis avant de l'envoyer s'éclater sur la porte, à l'autre bout de la pièce.

« Et ça, tu veux le ramasser aussi ?! »

Consciemment ou pas, il venait de me pousser à bout nerveusement. Je n'avais plus aucun contrôle sur moi même. Tour à tour j'envoyai se fracasser contre le mur tous les objets que je pouvais casser. Un cadre, un autre verre, une lampe... Je finis même par attraper l'un des biberons en verre de Lena que j'envoyai s'éclater contre notre armoire. Au bout de seulement cinq minutes, la pièce fut jonchée de débris de verre, de porcelaine... J'étais à deux doigts de renverser les chaises et de vider l'armoire. J'aurais pu tout dévaster si je n'avais pas éprouvé rapidement de la culpabilité au regard de tous ces objets de notre vie que j'avais fracassé. À mes pieds il y avait la tétine du biberon et une moitié de cadre. Comment pouvait-il penser à nettoyer ce qu'il y avait par terre alors que j'étais en train de le supplier de ne pas m'abandonner ? Comment pouvait-il être à ce point là loin de tout ? J'ignorais comment faire... Je ne savais plus comment me comporter avec lui. Alors à quoi bon essayer ? Je secouai la tête en le regardant, puis je me détournai, me décidant lentement à sortir de la pièce. Pas à pas j'avançai vers la porte, me concentrant pour ne pas m'effondrait. Le verre crissait sous mes pieds à chaque pas, s'enfonçant dans mes chaussures. Je peinais à faire ces malheureux pas vers la sortie. Arrivée devant la porte j'écartai la corbeille de linge du bout du pied, la décalant à peine pour me laisser entrouvrir la porte. J'aurais pu sortir. J'aurais dû sortir. Mais je ne l'ai pas fait.

Au dernier moment j'ai avisé l'interrupteur qui servait à allumer la lumière principale de la pièce, un néon à la lumière crue. Je posai un doigt dessus, et sans hésiter très longtemps, j'appuyai dessus, nous plongeant dans l'obscurité la plus totale. Je me retournai lentement, avant de me laisser glisser contre le mur. Je ramenai mes jambes contre moi avant de soupirer. Le noir... Ou la nuit... Il n'y avait que dans ces moments là que j'avais l'impression de retrouver Ethan. Quand nous basculions dans un autre monde il redevenait plus ou moins celui que j'aimais. Alors je nous avait plongés dans le noir, désespérée et sans aucune autre solution.

« Voilà. La lumière est éteinte. Alors maintenant, est-ce que je peux retrouver mon mari ? »

Je ne le voyais pas, et quelque part c'était tant mieux. Je n'osais pas rallumer la lumière. De même que je n'osais pas bouger dans le noir, de peur de poser les mains sur du verre et de me couper. Encore que ce n'était pas vraiment ma préoccupation principale.

« Pour le meilleur et pour le PIRE... Tu te souviens ? »

J'ai soupiré. Et précautionneusement, je me suis relevée, prenant appui sur la corbeille de linge au lieu du sol. J'ai avancé dans le noir en faisant attention, tendant une main devant moi pour ne pas me cogner bêtement à un meuble. La première chose que ma main rencontra fut la poitrine d'Ethan.

« Je n'ai pas épousé un robot qui démolit mon coeur un peu plus à chaque instant. J'ai épousé un homme qui avait un coeur qui battait juste là. »

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MessageSujet: Re: Am I losing you too ? { ETHAN }   Mar 19 Oct - 14:19

J’allais ouvrir la porte pour aller chercher de quoi ramasser les débris qui jonchaient le sol. Parce que cela pouvait être dangereux, parce qu’on pouvait se blesser… Mais surtout parce que j’avais besoin de m’enfuir. L’ambiance était tendue. Je me sentais mal face à Katarina. Je ne pouvais pas ignorer sa souffrance à elle, mais quelque chose en moi l’ignorait complètement. Parce que j’étais incapable d’y faire face et de l’aider à surmonter la perte de son enfant, de notre enfant. J’étais incapable surtout de faire face à ma propre douleur. Alors je fuyais, j’essayais de me cacher derrière cette indifférence, ou alors j’étais vraiment indifférent à tout. C’était un petit peu tout ça en même temps.

Ma main était posée sur la clenche de la porte et j’étais prêt à l’abaisser quand j’ai entendu de nouveau quelque chose tomber par terre et se fracasser sur le sol bétonné. Et quand mes yeux se sont rivés sur le sol, j’ai vu qu’elle avait lancé un verre vers moi. Elle sanglotait mais elle semblait être devenue folle. Avec une voix qui ressemblait plus à un crachat qu’à sa douce voix naturelle, elle me demandait si ça aussi je voulais le ramasser.
Je ne pouvais qu’hausser les épaules. Je ne comprenais pas ce qui lui prenait. Je ne voulais pas comprendre. J’étais toujours autant aveuglé par ma propre souffrance, ma propre envie de fuir. Envie de fuir cette pièce, envie de fuir ma femme, envie de fuir de cette vie qui m’avait trop meurtri, envie de….Ou pas d’envie de tout. En fait, je ne savais même plus ce que je voulais, ce que je ressentais. A part une douleur lancinante dans toute ma poitrine, un manque. Cet enfant ! Il me manquait. Alors que je ne l’avais jamais vu et porté dans mes bras, il me manquait. Et j’en voulais terriblement au destin.

Si seulement j’avais pu pleurer et réagir… J’aurais aimé pouvoir le faire, mais je ne pouvais pas. Je ne pouvais que me tourner en direction de mon ange et la regarder tout saccager. Je ne l’avais jamais vue comme ça. Je ne la reconnaissais pas. Les choses volaient dans la chambre et je ne voyais pas ce qu’elle lançait à travers la pièce. Je voyais la scène se dérouler sous mes yeux parce que j’étais là physiquement, mais je restais immobile, les bras le long de mon corps, la mâchoire ni serré ni desserrée. Et je ne disais rien. Qu’est ce que j’aurais bien pu dire de toute façon ?
Mes yeux ont balayé le sol et je me rendais compte un peu qu’elle avait fait énormément de dégâts. Je me suis élancé plus ou moins au milieu de la pièce et je me suis mis à quatre pattes pour réunir tout ce qu’elle avait jeté par terre. Je ne l’avais pas regardé. Je ne pouvais pas depuis dix jours. Je préférais éviter son regard, sa douleur. Je ne voulais pas voir ses yeux me reprocher d’avoir tué son enfant. Elle devait m’en vouloir. Comment pouvait-il en être autrement ? Et Lena...Lena...Je ne sais pas…. Mais je voulais rester seul. Disparaitre, c’était ça que je voulais. Je voulais être aussi mort que mon enfant.

Je ne faisais plus attention à elle de toute façon alors je n’aurais certainement pas vu qu’elle partait. Et au fond, je m’en fichais. Comme si c’est ce que je voulais au fond. Je voulais être seul dans ma douleur, j’étais seul dans ma douleur. J’étais toujours à quatre pattes par terre quand le noir a envahi la pièce.

Le noir !

Le néant.

Je ne me sentais « bien » que dans ces moments là. Comme si l’obscurité m’apaisait. Je me laissais enfin aller. 0 l’instant même où la lumière s’était éteinte, c’est comme si je remontais enfin à la surface. Mais je n’arrivais toujours pas à me laisser aller à pleurer. C’était ça le pire. Je n’arrivais pas à pleurer la mort de mon enfant. Je ne pouvais pas. Ca ressemblait trop à l’acceptation. Et je ne voulais pas, et ne pouvais pas l’accepter.
Et à nouveau, la voix de Katarina. Faible, si faible. Je l’entendais à peine.

« Voilà. La lumière est éteinte. Alors maintenant, est-ce que je peux retrouver mon mari ? »

Je ne comprenais pas vraiment pourquoi elle me disait ça. J’étais toujours son mari. Je n’étais pas parti, je ne l’avais pas quitté. J’essayais de me laisser guider par sa voix. Parce que maintenant que la lumière était éteinte, que je me dérobais vraiment à son regard, je pouvais me laisser un peu aller. Et ca me soulageait. J’aurais aimé qu’il fasse noir tout le temps. Ca aurait été beaucoup plus facile. J’avais peur de me blesser en restant à quatre pattes et en rampant jusqu'à sa voix alors je me suis redressé, et je suis parti en direction de sa voix. Les débris crissaient sous mes pieds, mais je m’en fichais. Elle me rappelait nos vœux…

Et c’est comme si mon cerveau se mettait en branle. Oui nous nous étions mariés pour le meilleur et le pire. Oui… Mais j’avais l’impression de n’avoir connu que le pire. Et le pire du pire était arrivé. Je crois que dans un couple qui s’aime, dans une famille unie, la perte d’un enfant est ce qu’il y a de pire. Et nous le vivions. Je ne souhaitais ça à personne. Ca dévastait tout. Et ca nous dévastait. Nous nous aimions oui… Mais nous venions de perdre un enfant. Nous n’étions rien désormais. Enfin moi je n’étais rien. Je ne me sentais plus vraiment père….même Lena n’arrivait pas à m’arracher à ma douleur. Je ne me sentais plus l’époux de Katarina puisque j’étais coupable de sa….

Même ce mot je ne pouvais pas le prononcer. Parce que c’était horrible.

J’étais à nouveau debout au milieu de je ne sais quoi, luttant contre mon envie de m’écrouler. Je voulais mourir. Je voulais donner ma vie en échange de celle de mon enfant. Je voulais rendre ma femme heureuse, mais je la rendais malheureuse. Je lui avais volé son rêve. Elle me l’avait dit il y a tellement peu de temps qu’elle aimerait à nouveau être enceinte. Et par ma faute, ce rêve avait pris fin. Je ne faisais que la rendre malheureuse. Et j’étais là. J’étouffais à nouveau malgré le noir qui nous entourait. J’ai à peine senti sa main caresser ma poitrine et je l’ai à peine entendu me parler.

« Je n'ai pas épousé un robot qui démolit mon cœur un peu plus à chaque instant. J'ai épousé un homme qui avait un cœur qui battait juste là. »

Tant de souffrances. Tant.. Tant…Et que pouvais je bien répondre à cela. Que pouvais-je faire alors qu’elle posait sa main à l’endroit où battait ce cœur. Oui techniquement parlant il battait, mais dans mon vrai cœur, il ne battait plus. Il avait cessé de battre au moment où j’avais compris ce que signifiait tout ce sang sur ses mains, entre ses jambes. J’étais vide de tout.

Katarina ne voulait plus d’une machine comme époux, et j’aurais aimé lui faire ce plaisir. J’aurais aimé redevenir cet homme qu’elle avait épousé et dont elle avait sans doute besoin. Mais je ne pouvais que lui répondre sur un ton grave, monocorde.

-Je ne sais pas s’il bat encore….j’ai l’impression qu’il s’est arrêté il y a dix jours…

Dix jours. Je pouvais presque compter les heures ou les minutes. Ce moment resterait gravé à jamais dans mon esprit et dans mon cœur. Je comprenais que Katarina avait mal. Mais j’avais mal aussi. Je ne pensais pas pouvoir ressentir ça. Ou ne pas ressentir en fait. Je me sentais seul au monde, happé vers le fond pour tous les mauvais actes que j’avais fait. Comme si je récoltais enfin ce que j’avais semé. Je n’avais personne pour m’aider. J’aurais aimé aider Katarina, mais je ne savais pas comment.

Je ne savais pas quoi faire. J’avais besoin qu’on me guide, qu’on me dise quoi faire. Mais je n’avais personne. J’avais fait le vide autour de moi. J’avais perdu mes parents. Je n’avais personne. Je n’avais que ma femme et ma fille. Mais Lena était trop petite pour comprendre et aider son papa à surmonter ce deuil. Et Katarina était trop dévastée….
J’allais craquer, je sentais que j’allais craquer.

-Oh… Katarina….

Pris d’un soudain besoin. Enfin conscient que nous étions dans le noir, et que comme chaque soir quand la lumière s’éteignait, je pouvais me laisser aller, j’ai refermé mes bras sur ma femme et je l’ai serré contre moi. J’ai posé mon menton sur sa tête, et je me suis laissé à des sanglots que je ne parvenais pas à étouffer. Mais toujours aucune larme. On m’avait privé de ce qui m’aurait sans doute permis de me libérer d’un poids.

-Je suis désolé de te faire du mal…Je ne le fais pas exprès.

Depuis dix jours, je ne lui avais rien dit. Je m’étais enfermé dans le silence. Parce que je n’arrivais pas à parler. Et même si j’étais en train de lui dire que je regrettais de la faire souffrir encore plus, je ne savais pas quoi lui dire. Je n’avais pas les mots.

C’était le triste constat qui s’imposait. Elle avait besoin que je la rassure, que je la console. Mais je n’avais pas les mots qui puissent l’apaiser. Et ca me rongeait davantage que je savais que c’est ce qu’elle attendait de moi. Je ne pouvais pas lui dire que ça allait aller. Je ne voulais pas lui mentir. Alors je me taisais. Sans me rendre compte jusque là que c’était peut-être pire.

J’aimais ma femme à en mourir. Mais…et si certains avaient eu raison. Et si je n’étais qu’une malédiction au dessus de sa tête ?

-Je ne suis peut-être pas le mari qu’il te faut….Tu ne vis que le pire avec moi.
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MessageSujet: Re: Am I losing you too ? { ETHAN }   Mar 19 Oct - 19:05

Parle moi... Dis moi quelque chose, fais quelque chose, mon amour, mon amour... Tu ne sais certainement pas à quel point j'ai peur de te perdre. C'est certainement la seule chose qui puisse encore me terrifier à ce point là, mis à part si quelque chose arrivait aussi à Lena. Mais je ne pourrais pas vivre sans toi, je ne peux même pas l'imaginer ! Mais tu n'as pas l'air de comprendre... Je me sens seule, tellement seule, si tu savais... Je ne suis rien sans toi... Je suis en train de te perdre, et rien que de l'imaginer me rend malade de terreur. J'ai peur pour toi. Tellement peur. Ton état s'empire et s'aggrave chaque jour, et je suis complètement impuissante. Tu ne me laisses pas t'aider. Je ne sais pas si tu ne veux pas de mon aide ou si tu ne te rends simplement pas compte de ton état. Tu as l'air tellement absent. Tellement ailleurs. Et dans cet ailleurs je ne suis pas avec toi. C'est comme s'il y avait un mur entre nous. Et j'ai beau frapper dessus, il ne casse pas. Je te vois, mais je ne peux pas t'atteindre. Tu m'en empêches, Ethan... Je suis désespérée. Maintenant que je nous ai plongés dans le noir, j'espère follement retrouver celui que j'aime et qui me serre dans ses bras sans demander son reste. C'est tout ce que j'attends de toi. Que tu me prennes dans tes bras et me réconforte... J'en ai besoin. Parce que toute seule je ne m'en sortirai jamais. Jusqu'à présent nous avons traversé toutes les épreuves ensemble. Pourquoi ai-je l'impression que dans celle ci tu m'abandonnes ? J'aimerais pouvoir dire que je te comprends, mais je ne peux pas, parce que tu m'échappes. Et je n'arrive pas à te retenir, je n'y arrive plus. J'ai la sensation de passer à côté de quelque chose d'énorme sans m'en apercevoir. Comme si j'étais aveugle et sourde... Et c'est le cas. Parce que tu ne me laisses pas te regarder, parce que tu ne me dis pas ce qui ne va pas. Si j'étais vraiment un ange je saurais lire dans tes pensées et trouver les mots adéquat pour te réconforter.

« Et ton coeur... est-ce qu'il ne bat même plus pour moi ? »

Sous mes doigts, je le sens pourtant bien qui bat. De façon erratique et désordonnée, mais il bat. Mais peut-être que tu n'en as pas conscience, ou que tu t'en moques... Je ne sais pas. Je ne sais plus. Tout semble si différent ces derniers temps... J'en viens à me demander si tu m'aimes toujours... autant. Il m'est difficile de m'en faire une idée quand tu ne me souris même plus. Moi j'essaie de te sourire. Cela sonne peut-être un peu faux, mais j'essaie, parce que je ne dois pas me laisser abattre, parce que je dois être forte pour toi. Je ferais n'importe quoi pour toi, pour te faire plaisir. Quitte à reprendre tout sur moi pour te préserver. Parce que ta souffrance m'est insupportable. Tu comprends ? INSUPPORTABLE. Je crois que je préfèrerai encore être torturée plutôt que de te voir dans un tel état. C'est la pire des tortures. C'est d'autant plus pire que je ne sais pas quoi faire pour t'aider. Je ne t'atteins plus. Même ta fille ne t'atteint plus. Alors si même elle est impuissante, qu'est-ce que moi je peux bien faire pour toi ? Certainement pas grand chose. Voire rien. Je ne sais plus sur quel pied danser. Je m'énerve et je hurle, tu ne réagis pas. Je pleure et je te supplie, tu ne réagis pas plus.

Et puis quand je ne m'y attends même plus, tu me serres dans tes bras. Je suis tellement surprise que je fais ce que je fais toujours. Je passe mes bras autour de toi et je pose ma tête contre ta poitrine. Je réalise brusquement à quel point tu es maigre. Tu ne serais pas si grand et je ne te connaitrais pas que j'aurais l'impression de tenir un enfant dans les bras... Et c'est peut-être ce que tu es, finalement. Un grand enfant, qui a toujours besoin d'être rassuré... Saufs que tes peurs n'ont jamais rien eu à voir avec celles des enfants. Il ne s'agit pas d'un vilain monstre ou d'une ombre à chasser...


« Je sais que tu ne fais pas exprès, Ethan, je sais que tu ne fais pas exprès... Mais s'il te plait, ne fais pas comme si je n'existais pas... J'ai besoin de toi près de moi. Terriblement besoin. »

J'aimerais pouvoir suspendre le cours du temps. Ne serait-ce qu'une heure. Rester entre tes bras pendant ce temps là... Si tu savais comme cela me manque. Ton sourire me manque. Tu me manques. Je regrette tellement que les choses ne soient pas ce qu'elles devraient être...

« Non ! Je t'interdis de dire ça ! Ce n'est pas vrai, ce n'est pas vrai ! Le pire, nous le vivons en ce moment, c'est vrai... Mais le reste... Est-ce que cela ne devrait pas plus compter ? Je t'aime... Nous nous aimons, nous sommes mariés et nous avons une merveilleuse petite fille... Il ne faut pas oublier ça. Non, il ne faut pas... Je ne veux pas te perdre, tu comprends ? Rien ne m'effraie plus en ce moment. Parce que quand tu es comme ça... J'ai peur que tu fasses une bêtise, tu comprends ? »

Je ne sais certainement pas ce que je ferai si tu faisais une bêtise... Je ne sais même pas de quoi tu es capable au final. Parce que justement, tu peux faire n'importe quoi. Alors peut-être que si je te garde dans mes bras je pourrais t'en empêcher, ou au moins, essayer de t'en dissuader ?

A moins que ce ne soit déjà trop tard ?

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MessageSujet: Re: Am I losing you too ? { ETHAN }   Mer 20 Oct - 14:32

J’étais bien trop dévoré par ma propre souffrance, par mon propre combat contre mon envie d’en finir avec la vie pour aller rejoindre mon enfant si tôt arraché à la vie, pour réussir à rassurer ma femme. Je ne savais même plus ce que j’étais.

Père ? Je ne me sentais plus père depuis que j’avais participé à la mort de mon enfant. Parce que quoi que puissent en dire les gens j’étais responsable. J’avais trop mis la pression à Katarina pour qu’elle évite à tout prix son père, qu’elle avait cru mort depuis deux ans. Je lui avais arraché la chance de pouvoir retrouver son père. Malgré les erreurs d’Alexeï il restait son père, et je me mettais à sa place. J’aurais sans doute fait la même chose avec Lena si j’avais été dans sa situation, mais je préférais lui reprocher milles choses…. C’était bien plus facile pour moi en fin de compte.

Mari ? J’avais l’impression de ne plus mériter cette appellation. Bien sur techniquement j’étais toujours son mari. Mais un mari est censé aider sa femme à traverser les épreuves. Et moi, je n’tais pas capable de l’aider. Comment aurais je pu alors que je n’arrivais pas moi-même à supporter de vivre cette épreuve. Finalement, j’aurais du écouter certains. Katarina était bien trop parfaite pour moi. Je ne faisais que la faire souffrir. Depuis que nous étions ensemble, j’avais l’impression de ne faire que ça. Encore et encore. Je ne voyais même plus ce qu’il y avait de beau dans notre histoire. Je n’avais jamais été un optimiste, et les événements récents ne m’aidaient pas du tout à essayer de l’autre.

Non, je ne me sentais ni père, ni mari. Et pourtant…pourtant je savais que je les aimais. Je le savais ! Mais cette partie de moi qui souffrait trop envahissait mon esprit, annihilant toute sensation de sentiment. C’est comme s’il n’y avait plus rien. Tout était mort avec notre bébé. Alors quand elle m’a demandé si mon cœur battait encore pour elle, je n’ai su que me taire. Qu’est ce que je pouvais dire à cela ? Oui il battait. Mais pour qui ? Pour quoi ? Pour quoi faire surtout ? Celui de mon bébé s’était arrêté lui….

Mais là dans le noir, dans l’obscurité, je n’étais plus rien. Je n’avais l’impression de n’être plus rien. Cela me rappelait subitement ce que j’avais ressenti quand j’avais perdu mes parents. J’avais mis tout le monde dehors et j’avais tout éteint. Comme si le spectacle était terminé et que je pouvais disparaitre avec eux et les retrouver. Je me souviens leur avoir parlé, leur avoir demandé pourquoi ils m’avaient laissé. Et j’avais demandé à Dieu de venir me chercher pour que je rejoigne mes parents. Je n’avais eu personne. Ils étaient tout pour moi. Et je les avais perdus. La seule consolation que j’avais maintenant, c’était de me dire que mes parents devaient prendre soin de leur petite fille là-haut. Mon petit ange avait rejoint son papi et sa mamie….

Je serrais Katarina de toutes mes forces, retenant tant bien que mal le reste de sang –froid que j’avais. Je m’en voulais de lui faire vivre ça mais c’est de ça que j’avais besoin : ne plus rien ressentir. Et elle s’accrochait à moi comme à une bouée de sauvetage. Mais je ne faisais que l’emporter avec moi. Elle coulait avec moi, je le savais. Et pourtant, j’aurais aimé pouvoir la lâcher et la laisser remonter à la surface, là où l’attendait Lena. Mais toujours ce fichu égoïsme qui résistait. J’emportais ma femme avec moi dans les abîmes. Inlassablement. J’aurais tellement voulu pouvoir lui dire que j’allais faire des efforts pour l’aider à surmonter ça. Mais je ne pouvais pas lui mentir. Je n’étais pas l’homme dont elle avait besoin, il fallait se rendre à l’évidence.

Je voulais qu’elle le comprenne. J’aurais aimé qu’elle comprenne que c’était mon amour pour elle qui lui faisait vivre toutes ces épreuves. Mais Katarina était au fond une passionnée. C’était certainement ce qu’il y avait de plus enfoui en elle, révélé par sa maternité. Pour sa fille, elle était prête à tout. C’est ce que j’avais découvert chez Katarina. Elle était comme une louve, protégeant les siens. Et j’avais l’impression d’avoir déteint sur elle. Elle me suppliait, elle essayait de me faire voir les choses à sa façon.

Mais elle avait surtout peur que je fasse une bêtise…

Devais-je lui dire que je ne pensais qu’a ça ? Toute la journée j’y pensais. Retrouver mon bébé. Mais elle était là. Lena aussi. Alors je restais en vie. Mais, quelle vie…

Je sentais bien qu’elle attendait à ce que je lui réponde, que je la rassure. Mais je ne pouvais pas faire ça. Je ne voulais plus lui mentir. J’étais las de cette vie. Las de devoir sans cesse batailler pour être heureux. Le bonheur n’aurait pas du se monnayer a grands frais d’épreuves dantesques. J’allais finir par croire que le bonheur se méritait.

Les bras de Katarina passés autour de mon cou, et sa tête posée sur mon torse étaient tout ce qui me maintenait en vie, et me retenait ici. Alors que j’aurais tellement eu envie d’un paradis artificiel. Oui, j’avais envie d’être heureux. J’avais envie de rire, de sourire. Mais je ne connaissais qu’un moyen désormais d’arriver à cet état. J’avais honte pourtant. Mais j’avais appris qu’il y avait toujours un prix à payer pour le bonheur. Et j’étais prêt à le payer. Pour faire plaisir à ma femme. Elle avait besoin que je souris.

Mais j’étais coincé ici, dans ses bras. Et je ne pouvais que faire un constat terrible. Répondant plus de cinq minutes après à ce qu’elle me demandait.

-Je ne sais plus… Je ne ressens rien, j’ai l’impression de ne plus rien ressentir.

C’était horrible à dire. Parce que ça sonnait tellement dur, tellement cru. Mais je ne lui mentirais pas. Non…je ne savais pas, ou plus, si mon cœur battait encore pour qui que ce soit. Il ne battait plus pour moi déjà.

Instinctivement j’ai embrassé ses cheveux, la serrant encore plus, m’agrippant à elle. Je m’accrochais à elle. Je lui demandais implicitement de m’aider à remonter à la surface. Je m’étais pourtant promis de ne plus lui demander de porter ce lourd fardeau. Et je faisais tout le contraire. J’étais si fragile, si impuissant que je réclamais encore son aide. Par pur égoïsme comme toujours. Une part de moi se fichait sans doute qu’elle souffre autant que moi. Tout ce qui semblait m’intéresser c’était ma propre douleur.

Non…je ne pouvais pas l’aider. Je n’avais pas les mots…

-Je ne sais pas quoi te dire Katarina. Je suis désolé…

Je l’étais. J’étais sincere. J’étais désolé de ne pas savoir être là pour elle. Elle avait tant besoin de moi, et je ne savais pas…L’envie de lui dire d’aller retrouver son père qui saurait trouver les mots me brulaient la gorge. Mais j’avais peur de la perdre elle aussi. Oui je comprenais qu’elle ait peur de me perdre elle aussi. Mais j’étais incapable d’autre chose. Je me noyais. En silence.

Je me suis légerement écarté, et j’ai senti qu’elle essayait de me retenir. De peurs sans doute que je ne m’en aille et la laisse. Mais ce n’était pas ça que je comptais faire. Je me suis allongé par terre, et j’ai posé ma tête sur ses jambes. Comme je l’avais fait depuis le début pour me sevrer de la drogue. Finalement, encore une fois nous étions revenus à nos vieilles habitudes.

J’étais parti ailleurs en une seconde. Mon esprit occupant la mort de notre enfant dans le ventre de sa mère. Ma main s’est posée sur son ventre et je l’ai caressé. Je retrouvais, étrangement , mes reflexes. Ceux que j’avais eus avec Lena et j’entamais la berceuse préférée de ma princesse.

Hush, little baby, don't say a word,
Papa's going to buy you a mockingbird.

If that mockingbird won't sing,
Papa's going to buy you a diamond ring.

If that diamond ring turns brass,
Papa's going to buy you a looking glass.

Je n’ai pas pu continuer plus…. J’ai fondu en larmes .Et je me suis accroché à elle. Je pleurais enfin. Et mon corps tout entier semblait secoué par mes sanglots.
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Katarina K. Jones
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MessageSujet: Re: Am I losing you too ? { ETHAN }   Mer 20 Oct - 17:38

Je m'attendais à recevoir beaucoup de réponses. Parce que je savais que dans ce genre de moment, ses pensées étaient complètement désorganisées, qu'elles allaient dans tous les sens à la fois, tandis que pour ma part je tâchais de rester concentrée sur l'essentiel. Pour ne pas trop me perdre, justement. Ethan avait tendance à se perdre en permanence. Parfois le labyrinthe de ses pensées était si grand que je m'y perdais moi même, alors que je le comprenais pourtant mieux que personne ici. Je crois de toute façon qu'il ne s'y retrouvait pas lui même dans ces cas là. Ethan était un paradoxe à lui tout seul, rassemblant de nombreuses choses improbables. Il fallait un manuel d'utilisation pour le comprendre. Et encore... Ethan n'était pas vraiment quelqu'un de logique. Il pouvait décider tout et son contraire en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Alors quand il allait mal, c'était pire que tout. J'avais l'impression qu'il faisait le tour de toutes les émotions qu'il était possible de ressentir en une seule fois. J'avais comme l'impression qu'il était en permanence en colère, triste, désespérée... Mais par dessus tout, il était indifférent à tout. Je le préférais nettement quand il était réellement en colère. Là, le voir complètement indifférent était à la fois insupportable et intolérable. J'avais eu plusieurs fois envie de le frapper et de le secouer pour qu'il redescende sur terre. Et puis je me souvenais pourquoi il était dans cet état. Et je n'osais plus le toucher ni l'approcher, préférant m'effacer. J'avais certainement fait une erreur, lui faisant croire qu'il pouvait s'enfoncer dans sa souffrance, que ce n'était pas si important puisque j'y étais complètement indifférente. Ce n'était pas le cas. J'avais juste peur de sa réaction. Peur d'être rejetée... C'était finalement le cas. Il faisait comme s'il était seul et que je n'existais plus. Du tout.

Néanmoins je ne m'attendais pas à cette réponse là. Implicitement, je venais de lui demander s'il m'aimait toujours, et la réponse était « je ne sais plus, je ne ressens rien ». Immédiatement, je le lâchai, mes bras retombant le long de mon corps, tandis que je me raidissais contre lui. Non ? Non ?! J'étais sous le choc. Avait-il seulement compris ce que je lui avais dit ? Il disait ne plus rien ressentir... Alors c'était tout ? Une épreuve de trop et son amour pour moi se fissurait ? Peut-être que finalement, il me tenait responsable de ce qui était arrivé. Cela ne lui ressemblait pourtant pas... Peut-être que dans ce genre de situations on réagit n'importe comment. Je n'en savais rien. Je faisais tout mon possible pour ne pas y penser, pour ne plus y penser. Parce que je savais que si j'y pensais trop, je ne m'en sortirais jamais. Oh, je ne dis pas que j'avais fait mon deuil, loin de là. J'étais encore trop bouleversée pour y songer. J'ai failli avoir un mouvement de recul quand il a embrassé mes cheveux, avant de me serrer davantage contre lui. Que faisait-il ? Je n'y comprenais plus rien. Se rendait-il compte à quel point son attitude était étrange et inquiétante ? Il m'inquiétait de plus et plus, et son état physique n'était pas la seule chose en cause... J'avais comme un espèce de mauvais pressentiment qui me disait de me méfier, de faire attention. Mais faire attention à quoi ? Il pouvait y avoir tellement de choses à surveiller. Et je connaissais suffisamment Ethan pour savoir qu'il ne supporterait pas d'avoir un petit inspecteur sur le dos, encore moi si c'était moi.

Il disait qu'il était désolé. J'eus envie de répondre « moi aussi », mais j'étais paralysée. Nous étions déjà plongés dans le noir, et pourtant je fermais les yeux. Comme si je craignais d'apercevoir quelque chose, ce qui était particulièrement stupide en fin de compte. J'entendais simplement sa respiration, qui se faisait rauque et saccadée. J'en aurais presque oublié de respirer moi même. Quand j'ai senti qu'il cherchait à s'éloigner, ça a été plus fort que moi, j'ai tendu les bras vers lui pour le rattraper. Quand je l'ai senti qui glissait au sol je l'ai suivi, retombant assise. Je n'osais pas mettre les mains par terre, à cause de tous les débris de verre qu'il y avait au sol. Naturellement, il a posé sa tête sur mes jambes. J'eus le réflexe de poser une main sur sa tête, pour caresser ses cheveux. Je ne pus m'empêcher de grimacer, les sentant courts sous mes doigts. C'était tellement étrange... Ce n'était pas quelque chose dont j'avais l'habitude, malgré le fait que cela ne soit qu'un bête détail physique. N'importe quel changement était susceptible de me bouleverser de toute façon. J'ai laissé ma main courir doucement sur son visage, caressant sa joue lentement, répétant ce geste comme pour le calmer, passant un bras réconfortant autour de lui. Je ne savais rien faire d'autre. Néanmoins je me suis très nettement raidie quand j'ai senti qu'il passait un bras autour de moi, avant qu'il ne caresse mon ventre d'une façon qui me serra le cœur autant qu'elle me dégouta. Cette façon de caresser mon ventre était bien trop explicite : c'est comme si j'étais toujours enceinte... J'eus très envie de le repousser violemment, mais je me suis retenue, par je ne sais quel miracle. Il fallait que je prenne sur moi et que j'accepte le fait qu'il était complètement perdu, complètement perdu.

Néanmoins, ma patience et ma tolérance avaient des limites... Alors, quand il commença bêtement à chanter la berceuse de Lena, je retirai mes mains de son corps et de son visage, pour les plaquer avec force contre ma bouche, pour étouffer un cri. Je me suis sentie tressaillir. Je prenais de profondes et sonores inspirations pour me calmer et ne pas me mettre à hurler devant l'horreur absolue de la situation. Je n'avais qu'une envie, c'était qu'il se taise, et vite. J'avais envie de le frapper, de lui hurler que mon ventre était vide, vide, VIDE. C'était terrible, mais je fus soulagée quand il cessa de chantonner cette berceuse, éclatant en sanglots. Alors que j'aurais dû le rassurer, je fis tout le contraire. Ou plutôt, je ne fis strictement rien. Avec des gestes lents, presque mécaniques, je défis ses bras d'autour de moi, et je le repoussai, l'écartant jusqu'à rompre tout contact entre nous. Tremblante, je m'appuyai bêtement sur mes mains pour me relever, me rendant sourde à ses sanglots de plus en plus terribles. Je ne sentis même pas le verre s'enfoncer dans ma peau. Je me relevai, et marchai droit devant moi. Instinctivement je retrouvai bien vite la porte. J'essuyai mes mains frénétiquement sur mon jean avant d'ouvrir la porte, de sortir et de la claquer sans le faire exprès. Je me pliai en deux en restant appuyée contre le mur pour reprendre ma respiration et éviter de faire une crise de nerfs monumentale. Passablement choquée et perturbée, je m'empressai de me recomposer un visage, clignant des yeux plusieurs fois et secouant la tête. Ce fut totalement inefficace car au final je poussai un cri d'hystérie totale dans le couloir, avant de partir littéralement en courant vers la salle de bain. J'ouvris un robinet d'eau glacé et m'aspergeai le visage plusieurs fois, avant de contempler mon reflet dans le miroir accroché juste en haut.

Au final, je n'allais pas bien mieux qu'Ethan.

_________________
« AND HE TOOK HER IN HIS ARMS AND KISSED HER UNDER THE SUNLIT SKY,
AND HE CARED NOT THAT THEY STOOD UPON THE WALLS IN THE SIGHT OF MANY. »

— J.R.R. Tolkien.
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