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 Nobody's fault but mine [ Diane T. ]

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Aristide Tetropoulos
Εἶς ἀνὴρ οὐδεὶς ἀνὴρ
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MessageSujet: Nobody's fault but mine [ Diane T. ]   Mar 28 Déc - 21:03

Ma conscience pesait lourd, me rendant la vie de moins en moins facile. Je devais être le pire des imbéciles, au cœur bien trop grand et bien trop aisé à pénétrer. Pourquoi me laissais-je si facilement attendrir ? Pourquoi me liais-je toujours d’affection au point de faire de grosses bêtises ? Sans rire, être aussi émotif qu’un bisounours, ça n’avait pas que de bons avantages, or en ce moment j’en entrevoyais particulièrement les mauvais. J’avais craché le morceau, voilà la vérité. Diane n’était pas ma femme et à présent une personne mis appart ma sœur et moi savait, c’était donc une de trop. Pourquoi n’avais-je pas tenu ma langue, bon sang ?! Je tournais comme un lion en cage dans ma chambre, enrageant tout seul tandis que je décortiquais la situation dans ma tête. Ma sœur me tuerait aussitôt qu’elle serait au courant pour mes bavardages, seulement je me sentais bien incapable de les lui cacher. La chose était beaucoup trop importante pour que l’on puisse ainsi s’en moquer et la relayer dans un coin sombre de notre esprit. Le mien en contenait à présent tellement que je n’avais de toute manière plus beaucoup de place : Les secrets faisaient désormais partie intégrante de mon existence. Il fallait absolument que je parle à Diane, qui s’était absentée. Bon, soyons calmes. Je ne savais pas exactement où ma sœur pouvait se trouver, et n’éprouvant pas le désir ardent de la chercher au travers de toute la communauté, croisant ainsi un tas de personne que je ne désirais certainement pas voir, je décidai de me rendre un peu utile. Il fallait que j’aille en cuisine. Vu l’heure, il ne devait pas y avoir grand monde là-bas, ce qui m’arrangeait puisque je ne voulais pas risquer de tomber sur Kaylhen. Non, elle devait être quelque part, ailleurs. Je n’en avais rien à faire du moment qu’elle n’était pas là-bas. Sortant de ma chambre afin de me rendre aux cuisines, je me risquai pour la première fois depuis mon arrivée à lever les yeux du sol et observer les gens que je croisais. La plupart me dévisageaient, l’air grave, avant de simplement passer leur chemin. D’autres faisaient mine de ne pas m’avoir aperçu tandis que nous nous serrions chaleureusement la main autrefois. On va dire que ça ne fait rien. J’accélérai le pas, mal à l’aise malgré tout. Je n’étais pas encore habitué à représenter le pire connard du siècle aux yeux d’une centaine de personnes.

A mon arrivée en cuisines, il me semblait que pas un rat s’y trouvait. J’entrai donc en toute confiance, avant de me retrouver nez à nez avec un type que je ne connaissais ni d’Eve ni d’Adam. Il se tenait debout, appuyé contre un plan de travail avec une tasse de café dans la main, l‘air préoccupé. Lorsqu’il leva les yeux vers moi j’eus la brève impression de le voir subitement revêtir un masque de très mauvaise qualité puisque son expression changea radicalement pour finalement me jeter un sourire amical. Il ne devait pas savoir qui j’étais… Tant mieux. Malheureusement, avant que je ne puisse dire quoi que ce soit, ce dernier me tendit la main tout en se présentant.

« Salut. Moi c’est Aristide. »

Voyant que son expression ne changeait pas, et qu’il arborait toujours un sourire poli, je me risquai à sourire à mon tour. Cela me fit un drôle d’effet mais je tentai de paraître le plus naturel possible. J’engageai la conversation en lui demandant s’il était arrivé il y a longtemps, sa réponse ne m’étonnant pas. Il était arrivé après mon départ, je ne l’avais donc pas rencontré plus tôt. Lorsqu’il me retourna la question, j’eus une moue dubitative. J’étais là depuis un peu plus d’un an, sauf que le lui expliquer revenait à lui dire que j’étais l’ex amant de Gabrielle et cela ne m’enchantait guère. J’aurais voulu mettre cette histoire au placard mais malheureusement, mentir encore et surtout pour si peu m’était désagréable, aussi répondis-je simplement que oui, j’étais là depuis un petit moment mais que ces derniers temps j’avais été très absent. Mon malaise devait cependant se ressentir puisqu’il m’observa une minute avant de finalement lâcher d’une voix neutre :

« Je me fiche des histoires de la communauté et des rumeurs. Pas la peine de faire cette tête, si vous êtes venu jusqu’ici c’est que vous avez besoin de quelque chose et, ma foi, je peux toujours voir ce que je peux faire. »

Si je m’attendais à ça…. Ce Samuel dégageait quelque chose de particulier, de rassurant, et son visage altruiste y était pour beaucoup. Pour une fois qu’on ne me crachait pas dessus, je sautai sur l’occasion pour lui avouer qu’en effet j’avais besoin de quelques petites choses. De la crème fraiche, du miel et de l’huile d’olive, pour être exact. Il posa sa tasse, son expression me fit clairement comprendre qu’il ne comprenait pas où je voulais en venir, je m’expliquai rapidement.

« Recette de grand-mère. C’est pour Diane, ma femme, il s’agit d’une crème. Elle a des bleus et des éraflures un peu partout, seulement je n’accorde que très peu de crédit aux pommades de Mathilda alors… Je sais que ça lui ferait plaisir, et c’est facile à préparer. Vous voulez, ehm, que je vous montre ?»

Après avoir réunis tous les ingrédients, je me lançai sous le regard attentif, ou peut-être dubitatif, de ce Samuel fort sympathique. Il fallait bien avouer qu’une connaissance positive, juste quelqu’un avec qui discuter, me faisait du bien, or cet homme semblait ouvert. Sans être familiers nous avions parlés de tout et de rien tandis que je mélangeais avec précaution le miel, l’huile, et la crème pour donner au final quelque chose qui ressemblait fortement à ce que ma grand-mère préparait, à ceci près qu’elle mettait de l’essence de lavande et non pas du miel pour parfumer sa crème. Où vouliez-vous que je trouve de l’essence de lavande dans un New York ravagé par la guerre ? Le miel possédait une odeur agréable également, et sa texture collante s’effaçait très largement grâce à l’huile dosée avec précaution. Au final ma crème était parfaitement réussie et mon sourire triomphant en témoignait largement tandis que je me retournai vers Sam en lui désignant le petit pot que j‘avais rempli. Il y plongea son doigt avant de le porter à sa bouche et faire une grimace à laquelle je répondis par un léger rire.

« Déformation professionnelle, je suppose que vous voulez toujours tout goûter ?
- Je rangeai tout et lavai rapidement les ustensiles dont je m’étais servis - merci Sam, je vous revaudrai ça. »

Sur quoi je m’en allai rapidement, lui adressant un léger signe de main en guise d’au revoir. Oui, j’étais certain que cela ferait plaisir à ma Diane car cette crème devrait, comme pour moi, raviver les senteurs et les couleurs d’une enfance passée en Grèce, heureuse, savoureuse. Pour l’un comme pour l’autre, notre pays natal possédait une valeur symbolique très importante. Lorsque j’arrivai à ma chambre, je fus heureux d’y trouver ma sœur, et m’approchai rapidement d’elle afin de la serrer contre moi. C’était récurant chez moi, je pouvais la voir toute la journée, cela n’atténuait pas mon besoin de ressentir sa présence au plus près de moi, d’inspirer son odeur si agréable, de toucher sa peau. Diane était la personne que j’aimais le plus au monde, cela se voyait au premier coup d’œil. En sa présence je redevenais doux, calme, peut-être même plus qu’avant encore. Je connaissais ses souffrances et me retins de la serrer trop fort, embrassai avec tendresse son front avant de me reculer et l’observer une minute. Elle semblait en meilleure forme, même si ce n’était toujours pas la Diane que j’avais connu il y a bien longtemps. Je l’adorais… J’aurais donné n’importe quoi pour qu’elle se rétablisse vite, qu’elle retrouve complètement le sourire. Seulement je ne pouvais rien d’autre que me montrer le plus attentif possible. Un doux sourire naquit sur mon visage tandis que je la regardai, puis je finis par demander calmement :

« Tu vas bien Diane ? Tu es un peu pâle encore, ma chérie. Viens, je vais m‘occuper de toi.»

Sans lui laisser le temps de protester je lui attrapai la main et l’invitai à s’asseoir sur le lit. Je m’accroupi ensuite face à elle et portai lentement mes doigts à son chemisier, avant d’en défaire tous les boutons. En dépit de son traumatisme, ma sœur supportait plutôt bien que je pose mes mains sur elle. En tout cas, elle ne paraissait pas craindre mes mouvements, sans doute savait-elle fort bien que je ne lui aurais jamais fait du mal, et mes gestes doux atténuaient au maximum toutes similitudes avec son calvaire. Je l’avais déjà vu nue, bien sûr, nous vivions désormais à chaque instant ensemble cela était inévitable, cependant elle ne se cachait pas face à moi. J’étais juste Ari, son petit frère. Son corps ne m’apparaissait nullement comme celui d’une femme désirable, mais simplement celui de ma sœur que je connaissais mieux que n’importe qui. Néanmoins, je m’obligeai à conserver ce sourire affectueux lorsqu’elle se retrouva simplement en sous-vêtement face à moi, ses hématomes m’apparaissant clairement. Il était toujours possible de voir ses cotes également, tant sa maigreur se montrait tenace. Dans ma tête plus rien ne fonctionnait, mis appart une petite phrase que je me répétais machinalement afin de ne pas hurler de colère. «  Inspire, expire, inspire… » Calme. Reste calme Ari, ta sœur n’a pas besoin de te voir dans tous tes états. Finalement, je soupirai avant de me redresser et m’asseoir dans son dos, commençant par la masser doucement. Il y avait, au-delà de mon affection pour elle, une raison à ses soins : Je n’oubliais pas ce que je devais lui avouer. J’étais lâche en la relaxant ainsi afin de minimiser la crise à venir mais je n’y pouvais rien, je n’éprouvais pas particulièrement l’envie de me faire arracher les yeux, quand bien même je le mériterai. Je la massai encore quelques minutes sans dire mot, avant de déposer un baiser sur son épaule et attraper le petit pot de crème, l’ouvrant sous ses yeux puis lui approchant du nez.

« Ca ne te rappelle rien ? » demandai-je avec un sourire complice, avant de lui en appliquer partout où je l’avais massée. Je connaissais les effets de cette crème. De une elle sentait bon, ce qui n’était pas si mal déjà, de deux elle rendait la peau douce, mais surtout, surtout, elle possédait de forts pouvoirs relaxants. Aller, ma Diane, laisse tomber la pression. J’ai besoin que tu sois le plus calme possible.

« Au fait… J’ai une petite chose à te dire… Tu vas me tuer Diane. »

Mes mains cessèrent tout mouvement, j’avais l’impression d’avoir de nouveau 10 ans et d’avoir fait une grosse bêtise. Le fait est que j’avais réellement fait une grosse bêtise, mais j’avais à présent 25 ans. Cela ne m’épargnait malheureusement pas des foudres de ma sœur.

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Dernière édition par Aristide Tetropoulos le Dim 30 Jan - 16:45, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Nobody's fault but mine [ Diane T. ]   Ven 31 Déc - 21:40

J’étais probablement la personne la plus malchanceuse au monde. Il fallait l’être, pour faire tant de mauvaises rencontres en si peu de temps. Pour peu, je pense que j’aurais préféré rester chez les Hors-la-loi, quitte à y retourner si vite. Ce n’était plus qu’une question de temps maintenant. Au moins, avant de m’enfuir, on faisait attention à me laisser opérationnelle. Aujourd’hui, j’étais fichue. On allait rendre mon corps noir d’ecchymoses, me violer, m’humilier de toutes les façons possibles. Me pisser dessus, tiens. Peu importe. Ça allait faire mal – ça faisait toujours mal ! Et je n’avais aucuns doutes sur le fait que j’allais passer entre les mains de tous les gars de la mafia. Plusieurs fois si possible. Ceux qui n’avaient pu être soignés de par mon départ n’allaient pas me rater. Et Armando, Armando ! J’étais certaine qu’il allait être le dernier à venir, qu’il me battrait assez fort pour que je saigne et qu’il me regarderait crever comme une chienne en m’étouffant dans mon propre sang. Il était assez mauvais pour regarder tout ça en souriant…

J’étais une horrible personne, mais je n’avais pas voulu l’être. Toute ma vie j’avais œuvré pour le bien-être des autres. J’avais cru que mon métier et ma douceur rendrait ce monde meilleur qu’il ne l’avait jamais été. Quelle arrogance de la jeunesse ! J’avais tout fait pour remettre en forme les pires bandits de la planète, les aidant ainsi à aller tirer sur d’autres gens. À aller meurtrir d’innocentes jeunes filles comme je l’étais… En soignant une personne j’en avais probablement condamné trente autres. Mais non, je n’avais pas pu fermer ma gueule et laisser l’amputé et les autres faire leur besogne sur moi avant de repartir. Il avait fallu que j’espère être un peu mieux traitée. Si je n’avais rien fait, il était certain que j’aurais été morte il y a longtemps. Deux ou trois mois de souffrance et bam! Plus de Diane. Aristide aurait été bien mieux sans moi. Oh, Ari, Ari, Ari. C’était ça, le pire. J’avais tant voulu le protéger en venant ici. Je voulais encore qu’il soit heureux, qu’il oublie sa peine d’amour et que tout aille bien pour lui. Idiote ! Triple idiote. Le meilleur ami d’Armando savait que j’étais ici. Il allait venir me prendre dans la nuit, et puisqu’Aristide était dans ma chambre, il allait souffrir aussi. Je n’avais pas pu me la fermer. J’étais horrible !

Les horribles personnes avec des remords étaient sans doute les pires. J’avais un de ces maux de crâne ! Ça me frappait à un rythme régulier qui semblait ne jamais vouloir s’arrêter. De plus en plus fort. Bam, bam, bam. Je me retournai pour enfouir ma tête dans l’oreiller, essayant d’éloigner mes pauvres paupières de la lumière. Bam. J’attrapai la couverture mince pour la rabattre sur moi, filtrant mieux la clarté. Bam. Mes jambes se recroquevillèrent sous moi, me laissant en position fœtale. Bam. Ouch, j’avais tourné sur une plaie encore à vif. Tant pis. BAM ! Je me relevai vivement. Je méritais de souffrir. Le mal de tête allait peut-être m’anéantir avant qu’Alexeï ne rapplique, qu’il raconte tout à Alexander et que les Hors-la-loi n’aient qu’à me cueillir. Quoi que, vu mon niveau de débilité, ils seraient peut-être ravis de me confier un revolver. Je finirais bien par tuer ceux que j’aimais toute seule. BAM. Tiens, ce n’était pas dans ma tête ça. Je relevai la tête pour voir la porte s’ouvrir. Aristide. Mon frère, mon frère chéri.

« Tu vas bien Diane ? Tu es un peu pâle encore, ma chérie. Viens, je vais m‘occuper de toi.»

Je lui souris. Pour lui, j’irai toujours bien. Qu’importe mes soucis, je ne pouvais décemment pas lui mettre un fardeau de plus sur les épaules. Je devais endosser ça toute seule comme une grande. C’était ce que j’étais, de toute façon. L’aînée, la seule responsable. Qu’aurait dit notre pauvre mère si elle avait su que j’avais laissé l’histoire prendre une tournure si dramatique ? J’étais plus qu’horrible. J’étais irresponsable, en plus.

- Ça va, tu es là.

La plupart des gens penseraient que cette phrase était pré faite, comme dans les romans savons. Elle était vraie cependant. Près de mon frère, la vie, je la voyais en rose. Je le laissai s’approcher de moi, sachant pertinemment que je n’aurais pas mon mot à dire et qu’il était bien plus fort que moi. La première fois que je m’étais changée en sa présence, j’avais eu un mouvement instinctif de recul. Être nue, cette dernière année, n’était pas de bon augure pour moi. Je n’avais pas passé une nuit seule. Pas une. Mais c’était mon frère, celui avec qui j’avais pris mon bain, celui qui m’avait vu nue des dizaines et des dizaines de fois. Je n’avais pas à être gênée, et je me forçais pour ne pas frissonner. Je savais bien qu’il ne me ferait jamais de mal et qu’il ne me toucherait jamais de cette façon, mais j’étais blessée. J’avais été déflorée de manière cruelle et n’avait rien connu d’autre. Je me demandais en fait si j’aurais un jour du plaisir à me retrouver près d’un homme. Si je me mettrais en couple un jour. Je savais bien qu’Ari n’aimait pas me voir ainsi blessée, mais il fallait dire que mes plaies étaient bien moins pires qu’au début. Dieu merci, il ne m’avait pas retrouvée avant quelques semaines, le temps que le tout s’estompe. Un peu. Un tout petit peu. J’étais maigre, certes, mais je n’étais plus couverte de sang, seulement d’ecchymoses. Bien moins difficile à voir. Je pressai doucement sa main pour le soutenir, sachant que j’aurais ressenti la même chose en le voyant ainsi marqué.

Son massage était agréable, rafraîchissant. Il prit trop vite fin à mon goût, ça, c’était certain. Je restai près de lui quand même jusqu’à ce qu’il m’enduise de la deuxième crème. Je protestai. Je savais quels étaient les effets de cette crème. Oui, elle sentait bon. Oui, elle faisait du bien. Mais je n’avais pas envie de piquer des clous pour le reste de la journée. Je me tortillai sans succès – même au plus haut de ma forme, Aristide m’aurait maîtrisée en quelques secondes seulement. Je me contentai donc de soupirer, à moitié d’exaspération, à moitié d’aise.

« Au fait… J’ai une petite chose à te dire… Tu vas me tuer Diane. »

Je me retournai en mordillant ma lèvre inférieure. Me rapprochant de lui, je passai mes bras autour de son cou pour le serrer contre moi, faisant fi de la douleur.

- J’en doute, petit frère. Tu risques de m’étriper avant.

Alexeï.



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Aristide Tetropoulos
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MessageSujet: Re: Nobody's fault but mine [ Diane T. ]   Sam 8 Jan - 9:05

Vas-y Aristide, crache le morceau, ce putain de morceau. Au pire elle me tuait, au mieux elle hurlait. Je craignais Diane comme le feu. Non pas qu’elle soit particulièrement méchante ou sadique, seulement je la connaissais mieux que quiconque et je savais qu’elle pouvait s’énerver lorsque la situation l’imposait. Malheureusement pour ceux sur qui ses foudres retombaient, si elle ne s’emportait pas souvent, elle ne le faisait cependant pas à moitié lorsque cela arrivait. Personnellement, je m’étais déjà pris quelques roustes de la part de ma sœur et croyez moi, je les redoutais bien plus que celles de ma mère ou ma grand-mère, car même si ma sœur était d’un naturel très doux et très calme, elle savait également faire preuve d’un étonnant timbre de voix lorsqu’il s’agissait de me remettre à ma place. Mes engueulades de sa part tournaient le plus souvent autour du même sujet : Les femmes. Ah, les femmes… Comme nous étions différents elle et moi. Si elle ne prêtait nullement attention aux hommes, je n’avais d’yeux que pour les femmes, encore d’avantage avant la guerre et ça… Ca passait très mal. Très très mal. Peut-être parce qu’elle ne comprenait pas, ou alors qu’elle trouvait mon comportement tout à fait immature mais il m’avait toujours semblé que Diane était parfois jalouse. Elle m’avait déjà fait des scènes dignes d’une vraie femme trompée, vous savez. Ceci dit, nous ne restions jamais brouillés bien longtemps, nous aimant trop pour pouvoir nous séparer pour de telles broutilles. Aujourd’hui la situation était à peu près similaire : J’avais cédé face à une femme, et Diane allait me le faire payer cher. Comme le jour de nos retrouvailles, le jour où je lui avais parlé de Gabrielle et qu’elle m’avait giflé. Je ne l’avais pas volé celle là, mais son attitude montrait bien qu’elle n’avait pas changé sur un point : Les histoires de cœur et autres ne l’intéressaient pas plus que ça, et savoir que j’ai pu gravement mettre ma survie en danger pour si peu l’énervait au plus au point. Savoir qu’aujourd’hui j’avais mis notre survie en danger allait la rendre dingue. Respire Ari, respire et sois courageux. Ce n’est que ta sœur, elle ne va pas t’étriper pour si peu… Si, en fait. Elle allait le faire, et j’avais mal d’avance.

Je cherchai déjà mes mots lorsqu’elle se retourna subitement vers moi et passa ses bras autour de mon cou. Je souris d’abord, brièvement rassuré après ce geste plein d’affection, avant de me figer lorsqu’elle m’annonça que ce serait moi qui l’étriperais. Moi ? L’étriper ? Comme si j’avais déjà ne serait-ce qu’une fois osé hausser le ton face à elle ! Car si je craignais son courroux, j’éprouvais également un respect inconditionnel envers elle et je n’avais aucun souvenir d’un quelconque jour où je lui aurais parlé d’une manière incorrecte. En fait, je n’en étais tout bonnement pas capable, il n’était pas dans mes attitudes que de parler sèchement aux gens. Enfin, ça c’était avant. Maintenant je ne savais pas trop, et puis pourquoi aurais-je à l’étriper ? Je fronçai les sourcils, scrutant son visage. Est-ce qu’elle plaisantait ? Cherchait-elle à me mettre à l’aise ou s’agissait-il d’une réelle confession à venir de sa part ? Je doutai fortement que Diane ai pu faire quoi que ce soit de mal, elle était la pureté même mais alors quoi ? Soudainement, une peur acide s’empara de mes nerfs pour les grignoter doucement, tout doucement, d’une manière plus que sadique mais surtout intenable. Alors je me risquai à demander, d’une voix faible et incertaine :

« Qu’est ce que… Attends. Pourquoi je devrais t’étriper ? »

En la regardant de plus près, je compris qu’il y avait vraiment quelque chose de grave. Elle semblait à la fois mal à l’aise et triste, or cela m’était tout bonnement insupportable. J’insistai rapidement :

« Diane, qu’est ce qu’il y a ? »

Je soupirai, avant d’ajouter rapidement, défaisant ses bras de mes épaules pour me relever et commencer à faire les cent pas dans la chambre.

« Ca n’a aucune importance, c’est moi qui doit t’avouer quelque chose… »

J’inspirai profondément, rassemblant mon semblant de courage. Nous voilà au moment fatidique où ma culpabilité résonnait plus fort que n’importe quand dans ma tête et où mon cœur s’accélérait de désespoir. Je me rendis alors compte que j’avais beaucoup de mal à assumer mes responsabilités, auprès de ma sœur, de Gabrielle, ou de Kaylhen, je cherchais toujours un moyen de fuir et de me réfugier dans ma seule douleur. Pourtant cela ne me menait jamais à rien, je devrais peut-être songer à arrêter cette mascarade le plus rapidement possible. Oui, j’y songeai très fortement. En réalité je n’avais que ça en tête, trouver les bons mots et la meilleure manière de tout lui avouer. Il n’y avait cependant aucune manière de lui dire que j’avais trahi notre secret et que cela risquait de nous coûter très cher, ce « cher » signifiant, très clairement, notre survie. Si jamais toute cette histoire arrivait jusqu’aux oreilles d’Alexander, qu’est ce qui le retiendrait de nous foutre dehors tous les deux ? Bon, peut-être que Diane pourrait rester vu qu’elle était médecin et donc utile, et puis mis appart mentir pour moi elle n’avait rien à se reprocher mais moi… Moi j’allais regretter amèrement. Pourtant, m’ouvrir à ma meilleure amie m’avait aidé, m’avait fait réaliser que je n’étais pas aussi seul que je le croyais et cela procurait un bien fou. Pouvoir se confier à quelqu’un, sans artifices ni mensonges, c’était tellement apaisant. Jusqu’à ce que la raison ne revienne au galop et vous rappelle qu’il y a des choses comme ça qu’il ne faut jamais dévoiler, sous aucun prétexte. J’aurais dû tenir ma langue mais ce qui était fait était fait, et bien que cela soit aussi stupide que dérangeant, je n’y pouvais rien. Finalement, je parvins à me rassembler et décidai d’y aller franchement : Tout balancer d’un coup, et voilà. Je n’avais jamais été très bon menteur, je n’avais pas le mensonge. Aussi dire la vérité, même si elle se trouvait difficile, allait très certainement m’aider à me sentir mieux, une nouvelle fois. Aller, on y croit.

« J’ai craché le morceau. Kaylhen sait que nous ne sommes pas mariés, que tu es ma sœur. Elle sait tout, absolument tout. »

Je me rapprochai d’elle et m’assis à ses côtés, la regardant avec ce même regard d’enfant que j’avais autrefois lorsque je la suppliais de me laisser monter sur ses genoux.

« Diane je suis tellement désolé, si tu savais… Je n’ai pas vraiment fait exprès, enfin, ce n’était pas prévu. Mais j’avais besoin de parler à quelqu’un, de me confier à quelqu’un. S’il te plait ne m’en veut pas… »

Ma mine s’assombrit, ma conscience n’étant pas particulièrement apaisée. Je redoutais à présent plus que tout la réaction qui ne tarderait certainement pas. Stupidement, je priais les Dieux pour que ma crème ai des pouvoirs relaxants démultipliés : Il ne fallait cependant pas rêver, ce n’était qu’une foutue crème, pas un rail de coke.

« Tu sais que je ne suis pas digne de confiance, ce n’est pas nouveau… »

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MessageSujet: Re: Nobody's fault but mine [ Diane T. ]   Mer 19 Jan - 22:59

J’essayais de faire sortir ces mots de ma bouche. Une fois pour toutes, expliquer, doucement, longuement, avec sur la langue et sur le cœur une amertume qui n’appartenait qu’à moi. Ce n’était pas par manque de volonté, bien au contraire. Je les sentais tout au fond de mon être, ces mots qui blessaient, qui me torturaient de la pire des façons. Je ne pouvais pas les maîtriser. Je savais également qu’ils risquaient de tout détruire. Notre relation, notre paix relative. Pourtant, ce n’étaient que de simples petits mots. J’ai tout dit. Quelqu’un sait tout. Ce n’était pas grand-chose, lorsqu’on ne connaissait pas le contexte. Mais une si grande réalité pour la pauvre victime que j’étais. Je soupirai. Au fond, j’étais heureuse qu’il m’empêche de parler, en bonne égoïste que j’étais. Je me disais que, peut-être, ce qu’il avait à avouer serait assez horrible pour que ça fasse descendre un peu la balance de mon côté. Pas beaucoup, certes, car qu’est-ce qui pourrait être pire que de trahir notre secret et notre sécurité ? Ah, il m’avait avertie pourtant. Il l’avait dit que c’était de la folie, mais j’étais une pauvre tête de linotte. C’en était presque étonnant que j’aie pu avoir un diplôme de médecin !

Pourtant, le miracle se produisit. Il prononça exactement les paroles qui pouvaient amoindrir mes remords. Je faillis m’étouffer, d’ailleurs. Lui aussi avait tout balancé. Oh, pas de la même façon que moi. Kayhlen était son amie, autrefois, aujourd’hui encore sans doute. Moi, cependant… Rien que d’y penser, j’avais encore mal. Je me revoyais dans cette foutue grotte avec cet enfant de Satan qui me terrifiait tant ! Je voyais la scène qui s’était produite dans les galeries souterraines. Les murs qui se refermaient sur nous comme des ombres menaçantes, qui ressemblaient trop aux parois de la caverne. Ses paroles, ses mains qui touchaient mon corps, menaces à peine voilées. J’en suffoquais. Cette proximité écœurante que je ne supportais plus, surtout de la part des hommes, surtout lorsqu’elle était du fait d’Alexei. Alors voir Aristide avec ses yeux épouvantés, près de moi, à portée de mes mains et de ma fureur, ça me fit un choc. Je savais évidemment qu’il se reposait sur moi comme sur la force tranquille qui le guidait, je savais qu’il craignait ma désapprobation comme la peste, ça oui. À voir comment il redoutait ma colère, j’avais déduis que ce pouvait être une véritable explosion. Mais je ne voulais pas qu’il ait peur de moi. Ça m’était impossible.

- On dirait que c’est de famille, petit frère.

Je souris tristement face à son air étonné.

- Oui, tu devines bien. Je suis dans le même cas… je suis probablement pire que toi. Tu connais Alexeï ? C’est le père de Katarina. Lui et moi, on se connaissait parce que…parce que pendant la tornade, j’étais prise avec lui dans une grotte. Il sait tout. Que tu es mon frère, ce qu’on cherche à éviter. Mais il ne parlera pas, moi aussi je sais des choses sur lui qu’il ne désire surement pas voir révéler au grand jour.

Je comptais là-dessus. Assurément, monsieur Russie n’apprécierait pas que je crie sur tous les toits qu’il était le grand ami d’Armando. Je serrai doucement la main d’Aristide. On allait s’en sortir.
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MessageSujet: Re: Nobody's fault but mine [ Diane T. ]   Sam 22 Jan - 21:10

Contre toute attente, Diane ne se mit pas dans une colère noire. J’avais pensé que son visage se figerait, que ses lèvres me jetteraient d’horribles injures au visage mais rien de cela ne vint. Elle n’eut rien d’autre qu’un hoquet étrange, comme si elle avait avalé de travers, avant de finalement me dévisager avec un drôle d’air. Je décelai dans son regard un mélange de stupéfaction et d’étonnement mais aucune trace de colère, non. Etrange. Cela ne ressemblait guère à la sœur que je connaissais et qui m’avait pratiquement éduqué. Comme tout enfant il m’était arrivé de commettre de nombreuses bêtises, toutes plus agaçantes les unes que les autres et du haut de ses sept années en plus, Diane m’avait bien souvent grondé comme une mère aurait pu le faire. Je connaissais donc sa colère, même si fort heureusement pour moi je n’avais pas été sa pire victime. Une drôle de sensation me noua soudainement la gorge, comme une défaite inattendue et particulièrement amère. Je croyais connaître ma sœur mieux que quiconque, je croyais pouvoir prévoir chacun de ses gestes et chacune de ses pensées, or ce n’était pas le cas. Je m’étais largement fourré le doigt dans l’œil et bien loin de me soulager, cette absence de reproches ne fit que renforcer ma culpabilité croissante. Non seulement je n’anticipais plus si bien que ça les réactions de Diane, mais en plus elle était généreuse au point de me passer une telle sottise ? Mauvais frère, voilà les mots qui devaient s’inscrirent sur mon front à cet instant même. Seulement, lorsqu’elle déclara qu’elle n’était pas d’avantage digne de confiance que moi, mon visage se décomposa. J’avais dû me tromper quelque part, son air profondément désolé ne m’indiquait pas un éventuel pardon, c’était impossible. Pourtant, à mes yeux Diane ne pouvait avoir quoi que ce soit à se reprocher, Diane ne faisait jamais rien de mal. Une sainte, assurément. Une telle aptitude à toujours faire le bien autour de soi sans jamais commettre d’erreur relevait du surhumain, de l’extraordinaire, du divin. Ma sœur était un ange, mon ange, or il était impossible, inconcevable, que mon ange ai pu me trahir comme moi je l’avais trahis. Elle était bien au dessus de ça. Alors quoi ? Je ne comprenais absolument rien. Se pouvait-il que Diane, tout comme moi, ai dévoilé notre secret à quelqu’un ? Ce fut à se moment qu’elle me sourit avec une tristesse qui me fut insupportable, et s’expliqua.

Elle confirma ce à quoi je ne voulais pas croire : Elle avait bien révélé la véritable nature de notre relation à quelqu’un. Pourtant lorsqu’elle évoqua un certain Alexeï, qu’elle présenta comme le père de Katarina, je ne compris plus de nouveau. De une je ne savais pas que le père de Katarina était dans la communauté, de deux je ne voyais pas en quoi ces deux là avaient un rapport avec nous. Mon visage dû se décomposer de nouveau lorsqu’elle eut terminé ses explications qui me figèrent sur place. Le père de Katarina savait, donc Katarina savait, donc Ethan savait, donc Alexander savait. Nous étions officiellement dans une merde incroyable. Mais si Alexander était au courant, comment se faisait-il que je sois toujours là, qu’il ne m’ai pas foutu à la porte ? Ah oui, Diane supposait qu’Alexeï ne parlerait pas, sujet sur lequel j’émettais personnellement quelques doutes. Je ne le connaissais pas, n’étant même pas certain de l’avoir déjà vu et pourtant s’il était du côté Ethan, ce qui devait probablement être le cas, il n’allait pas nous protéger. Je ne voyais pas non plus ce que le père de Katarina pourrait bien avoir à cacher ? En tout cas cela ne nous arrangeait pas, vraiment pas car il était bien plus grave pour nous qu’Ethan soit au courant de notre secret plutôt que Kaylhen. Kay était mon amie, ma meilleure amie et elle n’allait pas me trahir. Ethan me haïssait et il jubilerait certainement que de me voir crever de faim dehors, alors tenir une information pareille représenterait pour lui la bombe idéale à jeter, une nouvelle fois. Je tressailli malgré moi lorsque je sentis la main de ma sœur se poser sur la mienne pour la serrer doucement. Je ne pouvais m’empêcher de la dévisager, chercher sur son visage la moindre trace de plaisanterie, aussi maigre soit-elle, mais ce n’était pas le genre de Diane. Elle ne blaguerait sûrement pas sur un sujet aussi grave, donc, nous voilà dans de sales draps. Cet Alexeï me posait un gros, gros problème et je voulais être absolument certain qu’il tiendrait sa langue, je voulais également savoir ce que Diane savait de si confidentiel sur lui. Quels secrets cachaient-ils, tous ? Je déglutis difficilement.

« Explique moi tout. Qu’est ce que tu sais sur lui ? Et qu’est ce qui te fait dire qu’il ne nous trahira pas malgré ce que tu connais de lui ? Merde. »

Je soupirai avant de me relever et refaire les cent pas dans la chambre.

« Quoi que tu saches, s’il décide de tout raconter à sa fille, nous sommes cuits. Les nouvelles iront vites entre Katarina, Ethan et Alexander tu sais. Remarque… Qu’est ce qu’il gagnerait à nous balancer ? Vu comment tu m’en parles vous n’êtes pas amis mais… Attends. Qu’est-ce qu’il s’est passé entre vous ? »

Soudainement, mon regard se fit plus perçant. Il y avait eu une pointe d’angoisse dans sa voix lorsqu’elle avait prononcé le nom d’Alexeï, m’indiquant qu’il y avait un problème. Qui était-il exactement, et qu’avait-il fait à ma sœur ? Je n’allais pas tarder à le découvrir, et je sentais que cela allait me déplaire. Quelque chose me disait que le père de Katarina n’était pas aussi blanc que j’aurais bien pu le croire, rien qu’en partant du fait qu’il cachait des choses lui aussi aux gens de la communauté mon raisonnement se tenait : Il avait des choses à se reprocher. Et j’espérais vivement pour lui que ces choses n’avaient aucun rapport avec Diane, sans quoi il allait goûter à ma colère, qu’il soit le père de Katarina ou non. Je plissai les yeux et repris :

« Est-ce qu’il t’a touché ? Est-ce qu’il t’a fait du mal, d’une quelconque façon ? Quand l’as-tu croisé ici, et que t’a-t-il dit ? »

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MessageSujet: Re: Nobody's fault but mine [ Diane T. ]   Sam 29 Jan - 23:52

« Est-ce qu’il t’a touché ? Est-ce qu’il t’a fait du mal, d’une quelconque façon ? Quand l’as-tu croisé ici, et que t’a-t-il dit ? »

On aurait dit que j’allais exploser. Une seconde avant, j’avais voulu le prendre dans mes bras pour le rassurer. Assurément, tout irait bien. Pour l’instant, j’hésitais entre sortir de la pièce ou soupirer violemment. J’en avais assez de ces inquiétudes. Qu’est-ce qu’il avait dans la tête, bon dieu ! Pensait-il vraiment que j’avais besoin d’être couvée ainsi ? Certainement pas. J’étais une adulte, j’avais été brisée mais je revenais peu à peu à la vie. Ça m’énervait qu’on me regarde constamment comme une pauvre petite chose fragile qu’il valait mieux préserver. Certes, j’avais mal – je doutais que je tolèrerais un jour le contact des hommes comme avant. Mais comment pensaient-ils que j’allais guérir s’ils ne me laissaient pas en paix ? Chaque fois que je disais quelque chose, on me questionnait sur des dizaines d’émotions que je n’avais pas. J’aurais seulement aimé qu’ils me foutent la paix et commencent à voir que, sous les meurtrissures, je restais la même femme qu’avant. Ça me tuait de devoir constamment les rassurer. Comme si je n’avais pas assez de me soutenir moi-même. Sans prévenir, je choisis une troisième option.

- Mais c’est tout ce qui te passe par la tête ? Bordel Ari ! J’en ai marre de toi ! J’en ai marre de tout le monde. Hello, je suis là. Je réfléchis, y’a pas que mon cul qui compte dans la vie. Limite je me crois de retour là-bas, à être encadrée comme une gamine de 3 ans. Je ne suis pas faible Aristide Tetropoulos ! Δεν θα είμαι ποτέ αδύνατος.

Je le repoussai violemment et me relevai en habillant ma poitrine. Je respirais fort, les bras croisés sur mon ventre. Je les mettais là, faute de savoir quoi en faire. Peut-être aussi que ça m’empêchait de frapper mon frère. Je savais que ma réaction était violente, probablement un peu trop explosive. À croire que j’étais enceinte et que les hormones me jouaient des tours. Un rictus ponctua ma pensée ; je tâchais d’en rire, mais je savais qu’il y avait une possibilité… une mince possibilité pour que je sois enceinte d’un de ces porcs. Deux mois, c’était trop tôt pour savoir précisément. La sous-alimentation pouvait couper mes règles, comme le sport. Je n’en parlais pas à Ari. Ça l’aurait inquiété d’avantage – et vu sa réaction à une simple parole… Je baissai la tête, soudain honteuse. Il faisait ça pour moi, évidemment. Il n’avait pas d’arrière-pensées, sinon le souhait que tout irait pour le mieux dans mon existence désormais. Je me retournai pour lui faire face, accusant son air malheureux, même si je lisais dans son regard qu’il comprenant et ne m’en voulait pas.

- Je suis désolée. C’était injuste, je ne devrais pas t’en vouloir. C’est juste que… parfois, j’aimerais que les gens voient par-dessus les ecchymoses. Je suis plus qu’une femme violée. Je suis Diane.

Je repris ma place dans ses bras et caressai doucement sa joue en retenant les larmes qui se pointaient dans mes yeux. Il y avait pire que la pitié dans les yeux des autres. Ça, j’aurais pu le tolérer. Non, ce que je taisais et qui me blessait terriblement, c’était que chaque fois, je me rappelais la violence de ces barbaries. Ça me blessait plus que tout le reste.


- Il m’a touchée, mais pas dans le sens où tu l’entends. C’est mon esprit qu’il a torturé, mais contrairement à ce qu’on pourrait croire, c’est pire encore que sur un corps. Les blessures physiques guérissent… les mentales ne s’en vont jamais vraiment. J’ai passé des heures d’enfer à ses côtés et le pire, c’est que je ne l’oublierai jamais. Je peux t’en parler, mais tu dois me jurer de n’en parler à personne Aristide ! À personne, tu m’entends ? Même si tu pensais bien faire, il y aurait un trop grand risque… Il pourrait dire à tout le monde qui nous sommes vraiment et ça en serait fini. Je préfère vivre près de lui que te perdre encore une fois. Donc voilà, je me lance. Il ne nous trahira pas parce que je sais ceci de lui : Alexei Kuryenko est – ou était – le meilleur ami d’Armando Venezzio. Il a, pendant des années, perpétré des crimes les plus terribles les uns que les autres. Cet homme est un diable sur pattes. Et, dans cette grotte, il m’a tout raconté. Il m’a dit aussi ce qu’il allait me faire et ce qu’Armando allait me faire. Le sommeil m’a quitté pendant de longs jours. Comment dormir en sachant que ce type était près de moi ? J’ai prié comme jamais. Mais je sais qu’il ne dira rien sur nous. De toute façon, il déteste Ethan. Et puis, qu’est-ce qui est pire hein ? Vouloir se protéger avec un petit mensonge ou avoir tué des dizaines de personnes ? Alexei ne parlera pas. J’ai plus peur pour la lutte psychologique que pour ma sécurité.

Je le regardai en fronçant les sourcils.

- D’ailleurs, je t’interdis même d’aller le voir. Si j’apprends que tu t’es mêlé de ça, je m’arrange pour que tu le regrette amèrement ! Tu ne risqueras pas la mort pour ma personne.

Je repris la crème et je lui tendis avant de me retourner. Je voulais qu’il continue à me frotter doucement, parce que ça faisait du bien pour une fois. Je savais que toutes mes cicatrices allaient bientôt partir et – miracle – il n’y en aurait plus jamais d’autres.

- Et dis-moi, qu’à donc fait Kayhlen pour que tu lui dises tout ? fis-je d’un ton mielleux.
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MessageSujet: Re: Nobody's fault but mine [ Diane T. ]   Mar 1 Fév - 19:25

Un mélange étrange, déstabilisant, d’émotion se propageait en moi comme la gangrène, attaquant tour à tout chacun de mes membres pour finalement me laisser fragile et vulnérable. En l’espace de quelques secondes j’étais devenu otage de la peur, la colère, l’appréhension qui se révèleraient fondées ou non selon la réponse de ma sœur. Cet Alexeï ne me disait rien qui vaille, instinctivement j’en venais à m’en méfier comme de la peste sans pour autant le connaître. Ce n’était pourtant pas mon genre que de me fier à des préjugés, je ne me basais que rarement sur la première impression qui se révélait, à coup sur, finalement fausse et infondée. Ayant été élevé dans un monde fait de quiétude et de sérénité il n’était pas non plus dans ma nature que de me montrer méfiant, or les dernières années mais surtout les derniers événements avaient eu un impact considérable sur mon caractère. Alors oui, j’étais inquiet, perturbé, déjà en colère puisqu’en écoutant Diane j’avais reconnu une pointe de frayeur dans sa voix, que je ne pouvais bien évidemment pas supporter. Quoi qu’il lui ai fait, je sentais qu’Alexeï Kuryenko allait bientôt devoir ramasser ses dents une à une. Après tout, qui était-il pour oser effrayer Diane ? Maintenant que j’étais là, que je veillais sur elle, je n’étais décidemment pas près de laisser quiconque déranger ma sœur. J’aurais cru que cela plaisait à Diane, vous savez, se sentir de nouveau en sécurité avec un homme relativement fort et relativement apte à la défendre et pourtant… Pourtant je tombais de très haut lorsqu’elle se retourna finalement vers moi, m’envoyant copieusement chier. Instantanément, la colère, la peur, tout ce que j’éprouvais jusqu’alors s’évanouit pour ne laisser place qu’à une profonde tristesse dont les paroles de Diane était la seule cause. Elle en avait marre de moi, de tout le monde, elle disait ne pas être faible. Le fait qu’elle termine sa tirade en grec, notre langue natale, pour me répéter qu’elle n’était pas faible acheva de me plonger dans une sombre peine. Le grec représentait pour moi l’amour, l’affection et le partage, or l’entendre parlé de cette manière, avec cette indignation et cette colère, m’arrachait le cœur. C’était beaucoup plus fort que n’importe quelle insulte qu’elle aurait pu me cracher au visage en anglais ; Non, elle m’avait repoussé en arrachant nos propres racines et croyez-moi, je me sentis soudainement étrangement seul. Bien entendu, elle n’était pas faible, et non je ne cherchais pas à l’encadrer comme une gamine mais j’essayais seulement de me montrer présent, faute de l’avoir été ces derniers mois. Je tentais, lamentablement admettons le, de me racheter bien que cela soit bien évidemment vain et dérisoire. Au fond il m’était possible de comprendre sa soudaine colère, j’étais sans doute trop envahissant et lourd mais cela ne partait pas d’un mauvais sentiment. A croire que c’était récurrent chez moi : A chaque fois que je voulais bien faire, tout tombait à l’eau.

Ma sœur me repoussa alors avec rudesse afin de s’éloigner d’avantage de moi tandis que de mon côté le moindre mot me paraissait de trop, même respirer semblait déplacé à l’instant aussi ne dis-je rien. Je ne bougeai pas d’un centimètre, ne cherchant pas à la rattraper car je savais que cela n’aurait qu’envenimer les choses : Diane restait Diane, il ne suffisait pas de lui faire un « calinou » pour qu’elle se laisse apitoyer et oublie ses reproches. A fortiori lorsque ces derniers se révélaient plus que fondés. Il s’agissait là d’un trait de caractère dont peu se doutait chez ma sœur, malgré sa douceur apparente et ses gestes tendres il ne fallait surtout pas oublier qu’elle possédait un caractère de feu, à moins de vouloir y laisser quelques plumes. Enfin moi je dis ça, c’est pour vous hein. Et personnellement, là tout de suite, je souhaitais bien garder toutes mes plumes et éviter qu’elle ne m’enfonce un peu plus sous un tas de reproches que j’avais beau mériter, je ne désirais pas d’avantage les entendre. Alors j’attendis, sagement, comme figé, qu’elle ne se décide ou non à reprendre la parole. Pour la connaître un peu tout de même, j’étais presque certain qu’elle ne s’en irait pas en me laissant sur ces derniers mots mais pourtant il m’était impossible de déterminer si les prochains allaient être plus doux ou non. Prions mes amis, prions parce que si elle décidait d’en rajouter, j’allais à coup sûr me mettre à pleurer dans les deux minutes à suivre. Depuis quelques temps j’étais carrément à fleur de peau, il ne fallait pas trop me pousser. Or les mots qu’elle avait déjà prononcé me poussaient déjà énormément. Fort heureusement pour moi, lorsque Diane se retourna je crus comprendre par son regard qu’elle s’en voulait, et ses mots ne firent que confirmer mon impression. Je comprenais ce qu’elle pouvait ressentir, même si avant qu’elle ne me l’envoie en pleine figure je n’y avais pas songé. En fait je ne songeais pas à grand-chose en ce moment, et avouons le je n’étais qu’un idiot alors il était évident que je faisais bon nombre d’erreur. Et pour être tout à fait franc, je ne méritais pas Diane. Elle avait le courage de s’excuser, de reconnaître ses erreurs tandis que je me cachais derrière de faux prétextes et d’innombrables excuses. Ma sœur possédait d’avantage de courage que moi, et rien que pour ça je l’admirais comme un enfant aurait pu admirer une sucette à la cerise dans une épicerie.

« Je sais qui tu es soeurette. C’est juste que je ne peux pas accepter ce qu’on t’a fait, et encore moins tolérer que ça se reproduise… J’ai tendance à être surprotecteur et très chiant, excuse-moi. »

Elle revint alors pour mon plus grand bonheur au creux de mes bras, caressant du bout des doigts ma joue tandis qu’un faible sourire d’excuses les creusait d’une légère fossette. En ce moment j’étais un véritable looser, sur tous les plans, mais voir que cela touchait également ma sœur me rendait malade plus que n’importe quoi d’autre. Parce qu’elle représentait ma dernière famille, mon dernier refuge que j’aimais par-dessus tout. Et pourtant nous nous étions éloignés depuis cette guerre, je m’en rendais à présent bien compte. Nous nous disions autrefois tout de nos vies, mais aujourd’hui il y avait des choses qui demeuraient aux frontières de mes lèvres closes. Oui, des secrets que je ne lui révélais pas, peu désireux de la blesser ou l’accabler encore d’avantage. Et voilà que je m’y remettais… Elle n’était pas qu’une femme brisée, je sais, mais quoi qu’elle puisse en dire elle restait fragile. Même si le fait que je la considère comme telle horripilait Diane, dans le fond j’avais tout de même raison de la préserver, la protéger : Son calvaire avait laissé des traces bien au-delà des ecchymoses, des cicatrices terribles qui ne guériraient peut-être jamais et qui fracturaient la force profonde de ma sœur. Elle n’était décidemment pas en mesure d’encaisser tout ce que j’aurais eu à lui confier, j’en étais persuadé. Pourtant… Il fallait avouer que me retenir de cette façon auprès d’elle était désagréable, n’étant pas dans nos habitudes. Mettre une distance propre au silence entre nous ne me plaisait absolument pas mais avais-je le choix ? Pour son bien, et sans qu’elle ne s’en rende compte, je devais la préserver de mes maux les plus féroces. Ma sœur n’avait décidemment pas besoins de mes malheurs, en plus des siens. C’est à ce moment qu’elle reprit la parole et que je m’éloignai de mes sombres pensées, portant toute mon attention sur elle, sur ses lèvres qui me dévoilaient peu à peu la vérité. Même si cette vérité allait me rendre fou.

Dès la première phrase, mon sourire disparu totalement pour ne laisser qu’un visage froid de colère, figé dans son envie de vengeance immédiate. J’avais eu raison d’avoir peur, il lui avait fait du mal. Il lui avait fait du mal. En toute sincérité, il n’y avait aucune faute plus grave à commettre auprès de moi que celle qui consistait à blesser ma sœur, puisqu’elle représentait tout à mes yeux. J’aurais pu rester sans ciller face à n’importe quoi d’autre mais pas à ça, alors apprendre que cet enfoiré avait osé… Il devenait immédiatement dans la liste, de plus en plus fournie, des gens que je détestais royalement. D’ailleurs, il gravissait au fil de dires de Diane plusieurs échelons dans cette liste, au fur et à mesure que je connaissais ses frasques Alexeï m’apparaissait de plus en plus détestable. Diane avait raison, les blessures psychologiques sont les plus tenaces et les plus profondes, je pouvais parler en expérience de cause et pourtant nos cas se révélaient bien différents. Au fond j’avais pris une décision, celle de souffrir, en demeurant l’amant de Gabrielle jusqu’à ce qu’Ethan ne nous balance, or Diane n’avait eu aucune autre possibilité que de devenir l’esclave des hors la loi. Elle n’en était pas responsable… Et en plus de ça, il avait fallu qu’un connard vienne lui rajouter un fardeau énorme psychologiquement parlant. Un homme qu’elle ne connaissait en aucun cas et qui l’avait blessé volontairement, se croyant à l’abri de toute représailles. Comme il se trompait… Bien vaine utopie Alexeï, je te jure que tu me le payeras. Plus les secondes passaient et plus ma colère se renforçait, si bien que j’en finis par serrer les poings afin de ne pas tout exploser dans la chambre. Les démonstrations violentes n’étaient effectivement pas ce dont ma sœur avait besoin et pourtant j’étais certain que cela m’aurait procuré un bien fou. Pouvoir se défouler, extérioriser toute cette rage qui s’accumulait lentement en moi, tel le mince filet de gaz qui n’attend qu’une toute petite flamme pour tout démolir sur son passage. Oui, j’étais déjà dans une colère noire comme on m’en connaissait peu, comme ma nature pourtant douce m’en protégeait, or ce que j’appris soudainement eut l’effet de la petite flamme : J’implosai littéralement sous le poids des confessions d’une Diane qui ne se rendait certainement pas compte de l’incendie qu’elle venait d’engendrer.

Le pire don de l’homme est sans nul doute l’imagination, ces dizaines d’images qui jaillissent sans prévenir dans votre tête sans que vous puissiez vous en délivrer ni même les ignorer. Tandis qu’elle me contait l’histoire, moi j’imaginais, j’imaginais son calvaire et ses longues journées passées en la présence d’un monstre. Ses nuits blanche, transie de peur dans un coin sombre en priant le ciel de devenir soudain sourde pour ne plus entendre les immondices qui lui étaient racontées. J’imaginais, et cela ne faisait qu’accroître un sentiment déjà bien présent de rage destructrice. Pourtant, ce ne fut rien en la comparaison d’une phrase, une phrase qui immobilisa mon cœur d’horreur. Alexeï Kuryenko était l’ami de… D’Armando ? Le chef des hors la loi ? Je fronçai vivement les sourcils avant de m’écarter un peu afin de dégager la voie à mes poumons qui semblaient oppressés. C’était juste impossible ; Si Alexeï était le père de Katarina alors c’était impossible… Je n’imaginais pas Miss Perfection avec un père mafieux, et pourtant… Si Diane me l’assurait il s’agissait de la vérité, puisqu’elle n’avait pas pour habitude de me mentir. Je croyais ma sœur, or cela n’ôtait pas à la situation son caractère purement onirique. Un rêve, voilà la nature véritable de la scène que je croyais vivre. Il ne devait s’agir que d’un rêve. Je songeais un instant à la petite famille bien propre, à Ethan dont la fierté à l’égard d’un beau père véreux m’éblouissait. Aussi surprenant que cela puisse paraître, j’eus un léger rire de moquerie à la simple pensée d’un de leur dîner de famille. A droite la jolie petite poupée de porcelaine, à gauche son merveilleux mari un tantinet insupportable, n’oublions pas le poupon que je n’avais pas encore vu et, ET, cerise sur le gâteau, le délicieux père corrompu ! Qu’est ce que c’était beau, la fanfare des gens les plus détestables de la Communauté. Et voilà qu’ils étaient regroupés dans une seule et même famille ; Le destin fait définitivement bien les choses. Ceci dit, le supplice de ma sœur me revint bien vite à l’esprit et je me focalisai de nouveau sur elle, entièrement sur elle, laissant les autres de côté puisqu’ils n’avaient aucune espèce d’importance. En dépit de sa visible certitude quant au silence du vieux russe, je conservais quelques doutes et inquiétudes. Le fait qu’il déteste son beau fils ne représentait aucune sécurité, il suffisait que ça lui pète pour qu’il lâche quelque chose. Il suffisait qu’il soit de mauvaise humeur, qu’il voie Ethan et trouve quelque chose de bien énervant à lui balancer. Lui expliquer de manière approfondie la manière dont nous l’avions berné aurait pu, j’en étais quasiment certain, incarner ce motif de colère. En me fiant uniquement aux paroles de Diane, la méchanceté qu’elle me décrivait chez cet homme aurait largement pu suffire à nous dénoncer juste pour le plaisir. Enfoiré. Enfoiré. Triple enfoiré.

J’eus un long et profond soupir de fatigue. J’étais excédé par toutes ces histoires, tous ces problèmes… Oui, nous savions suffisamment sur Alexeï pour lui passer l’envie de jouer à la concierge et pourtant cela ne me rassurait pas. Pourtant, ce n’était pas le pire. Non, l’insécurité dans laquelle nous plongeait les connaissances d’Alexeï n’était pas le plus difficile à supporter, par contre savoir qu’il avait osé, qu’il s’était permis de menacer ma sœur… De lui faire volontairement du mal… Ca, ce n’était pas supportable. Voilà ce qui me tiraillait le plus et allait me hanter, j’en étais persuadé. A chaque fois que j’entrevoyais les blessures de ma sœur, l’envie, le besoin de la venger me prenait à la gorge. J’aurais voulu pouvoir exterminer chacun des porcs qui avaient osé la toucher, osé la blesser. Or l’occasion m’était à présent offerte. Je pouvais aller voir Alexeï et lui coller mon poing dans la figure, lui jurer que s’il approchait juste une fois Diane je le charcuterais et pourtant, ma sœur dû lire dans mes pensées puisqu’elle me l’interdit aussi sec. La manière dont elle m’observait, sourcils froncés, ne m’intimida cependant pas. Regretter amèrement ? Dans un autre contexte j’aurais pu éprouver une certaine crainte quant aux représailles de ma sœur et pourtant elles me paraissaient bien futiles en comparaison de la situation. Il lui avait fait du mal, d’une manière délibérée, et je devais faire comme si je ne savais rien ? A ma place elle aurait été aussi furieuse que je l’étais en cet instant, j’en étais persuadé. Risquer la mort pour Diane, risquer la mort pour Diane. Tout de suite les grands mots ! Comme si nous allions nous entre tuer, comme si Alexeï avait le pouvoir d’entraîner ma mort. Théoriquement bien sûr il le pouvait, il lui suffisait de frapper à la porte d’Alexander et se montrer un peu plus bavard qu’il ne l’aurait dû. Sauf que dans la pratique rien de cela n’arrivera, car nous aussi nous le tenions. Pour sûr qu’Alexander n’était au courant de rien, alors le découvrir maintenant allait lui faire un choc. Un bon vieux choc qui risquait de mettre gravement en péril Kuryenko. J’étais sa mort, et il était la mienne. Il suffisait qu’un de nous deux ne bouge pour que l’autre en fasse de même et au final, nous allions chuter tout les deux. Mais cela n’arrivera pas, non. Ca ne faisait pas partie du plan.

Je n’eus pas le temps de répliquer un seul mot que Diane me remit la crème dans les mains et se retourna, m’incitant à la masser de nouveau. Tout mon corps se figea instantanément. Est-ce qu’il s’agissait d’une blague ? Elle croyait vraiment que j’avais la tête à ça, tandis qu’en moi régnaient les profonds hurlements d’une injustice particulièrement dure à admettre ? Le fait que l’on puisse faire du mal à une femme aussi pure que Diane me paraissait blasphème, faute irréparable, terrible sacrilège ! Il était impossible que je mette cette histoire de côté et me concentre sur autre chose, puisque j’enrageais tout bonnement. Mais la voir comme ça, prête à se faire masser comme si elle venait de me parler d’une vulgaire discussion avec une de ses copines, me fit un drôle d’effet. En fait, je fus soudainement très en colère non plus contre Alexeï, mais contre elle, puisque je la voyais venir à des kilomètres. Elle me prenait vraiment pour un enfant, un môme qui allait se laisser entraîner vers un autre sujet pour ne pas revenir sur l’ancien, dont le sujet serait apparemment clos ? Le sujet n’était pas clos, et il était hors de question d’en rester là.

« Une gâterie. »

Voix blanche, visage figé dans un air profondément méprisant, voilà ce que j’offris à ma Diane lorsqu’elle se retourna brusquement vers moi. Ma réponse ne devait pas être satisfaisante, sa question ne l’était pas plus. En cet instant peu m’importait qu’elle le prenne mal ou non, elle avait cherché. J’enchaînai après quelques secondes de silence.

« Tu n’es pas stupide, tu sais réfléchir. Alors réfléchis deux secondes sur un problème que je vais t’imposer. Le truc en gros c’est que tu viens de me dire que ce foutu Alexeï t’a fait du mal, et que je devrais rester tout doux et me taire. Allons, tu n’es pas idiote. Tu comprends forcément où ça coince. »

Je soupirai avant de lâcher la crème et secouer doucement la tête. Ma voix fut plus douce.

« Tu es ignoble avec moi. Tu imagines forcément ce que je peux ressentir et pourtant tu me demandes une impassibilité atroce. Mets-toi à ma place une seconde… Sincèrement, tu ne voudrais pas avoir une petite discussion avec la personne en question ? Tu ne chercherais pas à me venger, même si en soi l’acte se révélerait purement stupide ?Je m’arrêtai une seconde.- Non, évidemment. Toi tu ne le ferais pas, parce que tu écoutes avant tout ta raison. D’accord, admettons. Mais il y a forcément un instant où ta raison te paraîtra minuscule en comparaison de la souffrance que je pourrais ressentir parce que c’est comme ça, c’est tout. Lorsque l’on est aussi proches que nous le sommes, personne ne peut s’attaquer à toi ou à moi. Non, c’est à nous deux qu’il s’attaque, nous sommes indissociables. Alors quand tu me dis que tu as souffert, quand tu évoques devant moi cette peur et cette douleur j’ai mal moi aussi, mal et envie de nous venger. Et cette envie, ce besoin, je le ressens à chaque fois que je vois tes bleus, à chaque fois que je t’entends pleurer la nuit, à chaque fois que je sens que tu as peur, encore. Je devrais me taire ? J’ai envie de hurler. Ce n’est pas seulement de la colère, mais aussi de la souffrance ; Tu ne comprends pas je crois. Non, tu ne dois pas comprendre sinon tu ne me menacerais pas de je ne sais quoi sous prétexte que je pourrais mourir pour toi. Regarde moi bien Diane. Ne me dis pas que tu ne te sacrifierais pas pour moi, tu te sacrifies déjà un peu chaque jour en prétendant être ma femme. Moi non plus, je n’hésiterais pas. Je mourrais mille fois pour toi, et après ? Putain, mais explique moi pour qui d’autre que mon unique sœur je pourrais accepter, totalement accepter, de mourir ? »

Je ne savais pas quoi lire dans ses yeux, au fur et à mesure de ma tirade ma colère s’était atténuée : Je crois que je la comprenais dans le fond. Je la comprenais puisque à sa place je lui aurais interdit de la même manière toute action. Mon souhait n’était pas de lui faire du mal, seulement de lui faire comprendre, envisager, ô combien il se révélait difficile pour moi que de faire comme si, tandis que j’allais forcément le croiser, le voir, et ressentir cette même colère. Je caressai avec tendresse sa joue.

« Ne m’en veux pas Diane, je ne ferai rien. C’est promis, Alexeï peut bien crever dans un coin que je ne l’approcherais pas plus. Je comprends un peu, je crois, mais il faut que tu me comprennes aussi. Tu me comprends, n’est ce pas ? Viens, là, je t’aime Diane. Tu le sais. Σ 'αγαπώ »

Prenant son visage entre mes mains, j’embrassai avec douceur son front avant de l’attirer toute entière contre mon torse et de l’enfermer entre mes bras. Il ne servait à rien de se fâcher, nous nécessitions cette union et cette force entre nous ; Il ne fallait sous aucun prétexte la briser. Au bout de quelques instants je la relâchai et, me reculant, repris la crème afin de répondre à son souhait précédent. Mes mains se posèrent de nouveau sur ses épaules avec le plus de douceur possible tandis que je réfléchissais. En abordant le sujet « Kaylhen », j’allais devoir aborder celui de cette foutue voix, de ce semblant de dépression, de mes horribles douleurs qui jamais ne me quittaient. J’allais devoir expliquer à ma sœur combien je souffrais, comme j’avais envie d’en finir parfois et cela allait lui faire mal, or je ne le voulais pas. Diane avait suffisamment de peine à elle seule sans en plus récupérer les miennes alors… Oui, j’allais garder le silence. Mentir par omission ne me plaisait pas mais c’était avant tout pour son bien. En tout cas j’essayais de m’en convaincre. Malheureusement, Diane lisait en moi avec facilité et tôt ou tard, elle finirait par réellement comprendre ce dont elle se doutait très certainement déjà.

« Kaylhen… Kaylhen n’a rien fait. Je l’aime beaucoup, c’est tout… Elle est devenue l’équivalent d’une petite sœur au fur et à mesure des journées que nous passions ensemble et mon retour ne s’est pas très bien passé alors… Je ne suis pas allé la voir. Il y avait des choses que nous nous reprochions mutuellement et finalement, lorsqu’elle m’a reproché un mariage que je n’aurais pas mentionné je n’ai pas pu lui mentir. Pas à elle. Mais à la différence d’Alexeï il n’y a absolument aucun risque avec Kay. Elle est de notre côté. Je crois que beaucoup d’eau va couler sous les ponts avant qu’elle n’aille voir Ethan pour nous balancer. »

J’eus un petit sourire avant d’attraper la main de Diane et la masser elle aussi avec application. Cette scène semblait se passer en Grèce, là où tout le monde prend soin de sa peau, où les lotions sont faites maison, où les gens sont incroyablement beaux et détendus. J’avais du moins été élevé dans cette Grèce là, celle qui demeurait traditionnelle et reculée des influences européennes ou américaines. Comme je l’avais déjà dit, il n’y avait même pas de télévision chez mes grands parents. Qui ne possédait pas de télé au XXIe siècle ? Nous. Et c’était vraiment le pied. Quelque chose me revint subitement, un détail dont je pouvais faire part à ma sœur. Là-dessus du moins, il m’était possible de me confier.

« Elle est passée alors que tu étais partie manger et…Il s’est produit un truc étrange. Tu ne la connais pas, mais Kay est une fille vraiment extra et tu sais, enfin nous nous entendons vraiment bien c’est évident mais… Il n’y a rien entre elle et moi. Il n’y a jamais rien eu en dehors de l’amitié je veux dire et pourtant, je l’ai embrassé. Ne fais pas cette tête, ce n’était absolument pas prévu ! Je l’ai embrassé et depuis je l’évite. Je ne sais pas… Quelque chose cloche chez moi. »

Je secouai la tête et lâchai avec douceur sa main. Diane devait vraiment se demander quel était le con qui lui avait foutu un frère pareil sur le dos ; J’aurais compris. Il y avait presque de quoi se demander si nous étions réellement de la même famille.

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MessageSujet: Re: Nobody's fault but mine [ Diane T. ]   Mar 8 Fév - 0:50

Même pas foutue de me fâcher deux secondes contre lui. Toujours la même maudite histoire. Quand j’haussais le ton devant Aristide, je voyais ses yeux briller de tristesse, ses épaules se plier devant le poids de la honte. Et en bonne grande sœur que j’étais, j’arrêtais tout pour me jeter dans ses bras. C’était plus fort que moi. Comment résister ? C’était comme voir le plus mignon des chatons vous regarder avec l’espoir de se faire prendre un moment. Seul le cœur le plus dur, le cœur endurci au point que plus rien ne compte pouvait se permettre de passer outre. Pire, je pense que je souffrais plus que mon frère quand je voyais dans ses yeux les larmes valsantes. Au fond, ce n’était pas lui que je protégeais, mais moi. C’était moi qui souffrais. Était-il possible que j’étouffe sa douleur pour oublier que j’avais mal ? Pourtant, il y avait bien eu un moment dans notre vie où j’avais blessé Aristide.

Je m’en souvenais comme si c’était hier. C’était la fin de l’été de mes treize ans, été que nous avions passé en Grèce comme chaque été depuis le retour miraculeux de mon père. Ce n’était pas nouveau pour moi, ce type de vie, aussi ne pouvais-je même pas mettre mes rudesses sur le compte de la nouveauté effrayante. Peut-être sur la puberté, mais là encore, ce n’était pas vraiment plausible, puisque j’étais devenue une femme plus d’un an auparavant. C’était d’ailleurs arrivé dans mon pays natal, pendant que nous nous baignions, un filet de sang s’était écoulé à la hauteur de mes cuisses. J’avais hurlé que j’allais mourir et Ari m’avait portée jusqu’à la maison où maman avait ri un bon coup. Oui, même mes premières menstruations, je les avais vécues avec mon frère. Enfin, ce n’était pas vraiment le sujet. Lui et moi, on se promenait sur la plage à notre habitude, un peu plus habillés parce que le vent frais d’automne commençait à souffler. Malgré ça, mes pieds nus et couverts d’ampoules ou d’échardes trempaient dans l’eau turquoise et mes cheveux étaient encore pleins de sel provenant de la mer. Je savais que notre mère soupirerait lorsque viendrait le temps, de retour aux États-Unis, de me laver et de me faire plus convenable. Je ne m’en souciais guère. L’été, j’étais une enfant, rien de plus. À ce moment là, j’étais certaine que je ne vieillirais jamais. Je regardais les adultes et je me disais qu’ils étaient idiots d’avoir voulu devenir ainsi. Les garçons, l’argent, ça n’était rien dans la vie. Les bonbons et la cachette ça serait toujours la joie. Mais, pourtant, il venait un temps où on vieillissait, on savait que tout changeait et qu’on ne serait plus jamais pareil. On ne pouvait plus reculer… et je me disais que je regretterais toujours ce que j’avais été. Enfin, ce n’était pas vraiment ça non plus le sujet. Ma main reposait dans celle de mon frère et, à notre habitude, nous riions. La plage n’était pas loin de la maison, juste en arrière en fait, et c’était ce qu’on préférait, mêler nos voix aux cris des goélands. Puis, tout à coup, Aristide était tombé et son sang avait coulé sur le sable, son genou ouvert par une roche. Je l’avais ramené, évidemment, mais ce soir là je ne me sentais plus bien. Maman l’aidait à marcher parce qu’il avait mal et, sans prévenir, quand elle avait quitté, j’avais répété ce que mon père, le mien, pas le sien, avait dit au tout début de l’été. Avant qu’on prenne l’avion. Je lui avais dit qu’il était un connard et que ma famille aurait été bien plus heureuse s’il n’y avait pas un bâtard comme lui dans nos pattes. Je ne savais même pas ce que ça voulait dire. Mais Ari m’avait regardée et avait pleuré, parce que c’était méchant, c’était évident. J’étais partie de la chambre et je ne m’étais pas excusée. Le lendemain, on repartait dans le pays qui était le mien 9 mois par année. J’avais serré mon petit frère dans mes bras, assez fort pour l’étouffer, et on n’en avait jamais reparlé. Mais c’était comme si ce simple évènement avait suffi à ce que je ne veuille plus jamais lui faire du mal. C’était mon frère. Le seul.

- Ouais Aristide, vas-y. Tu peux me dire tout ce que tu veux, si tu t’approches de ce gars et que ça le met en colère, je vais le trouver et il fera de moi ce qu’il veut s’il ne te touche pas ! Tu ne te mettras certainement pas en danger pour moi, tu entends ? Je me contrefiche que tu en aies envie, tu ne sais pas… tu ne sais pas tout ce qu’il peut faire. Moi, si. Et même si je sais que tu as une bonne volonté, et je ne te le reproche pas, petit frère, je pense qu’en étant ici tout ce temps tu n’as pas eu vraiment conscience de ce qui se passait en dehors de la communauté. C’est un havre de paix. Ma peur, mes pleurs, mes bleus, tu sais ce que c’est ? Rien. Carrément rien. Ce qu’ils peuvent faire en une seconde. Alors imagine en 1 an ! Non, je refuse que tu subisses ça à ton tour. Je… je t’aime trop pour ça.

Je disais vrai. Qu’il pense ce qu’il voulait, il ne comprendrait jamais vraiment tout ce que j’avais pu subir. Oh, pas parce qu’il n’essayait pas, mais parce qu’il ne l’avait pas vu de ses propres yeux et que tout ce que je dirais ne suffirait pas à démontrer une telle puissance de sentiments. Il croyait que j’avais peur ? Ah, mes tremblements, ma voix plus aigue. Mais il n’était pas comme moi à entendre les cris de dizaines de femmes. D’ailleurs, il ne pourrait jamais comprendre la douleur de mon intimité chaque fois qu’un homme me lorgnait. C’était des choses qui ne s’expliquaient pas. Mes pleurs ? Facile à voir. Mais lui, il n’avait pas tous mes cauchemars, et il ne savait pas ce que c’était d’avoir si mal qu’on ne pouvait même plus pleurer. Plus respirer. Étouffer sur place avec des sanglots qui ne demandaient qu’à briser le silence. À la place, on se taisait. Et on endurait en souffrance. Et les bleus, mêmes noirs, même grand comme une main : il ne m’avait pas vue saigner, pas vu non plus les femmes que je soignais chaque jour, déchirée de partout, parce que ces porcs ne respectaient rien.

- Je comprends… un peu. Mais ça ne change rien au fait que je suis heureuse que tu n’approches jamais ce misérable.

Je profitai de la chaleur de son corps qui me réchauffait en douceur. Ses bras étaient forts et ça me réconfortait ; on se sentait à l’abri dans les bras d’un tel homme. Il avait de l’honneur, mon petit frère. Je savais bien qu’il ne serait jamais violent et qu’il donnerait sa vie, pour moi, mais aussi pour n’importe quelle femme battue qui croiserait son chemin. Il était formidable, un ange dans ma vie. Et, pendant que j’écoutais son histoire sur son amie, je me surpris à sourire.


- Oh, Ari, il n’y a rien qui cloche chez toi ! À vrai dire, ça doit être la relation la plus normale que tu aies eu – ne fais pas ça ! – petit frère. Tu as beau dire que ce n’est que de l’amitié, ça ressemble à de l’amour aussi. Et, franchement, je préfèrerais que tu te marie avec Kay qu’avec la femme du chef mon cher !

Je serrai machinalement sa main et glissai ma main dans ses cheveux pour le rassurer à mon tour. De loin, on aurait vraiment dit un couple qui s’aimait beaucoup, fusionnel au point de ne pas pouvoir s’empêcher de se toucher. Mais c’était bien plus que ça : moi et Ari, c’était de l’amour à l’état pur, inconditionnel.

- Tu te souviens de ce que maman a dit quand mon père est revenu ? Elle a dit qu’elle aimait vraiment le tien, mais que l’amour ne se choisit pas, que parfois on faisait des choses qu’on ne pouvait même pas comprendre. Elle a dit que le premier chagrin d’amour ne guérit jamais vraiment, mais que ça ne voulait pas dire que ça ne valait pas la peine d’en connaître d’autre. La douleur la faisait sentir vivante en un sens. Et elle aimait quand même. Laisse toi une chance petit frère.
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Aristide Tetropoulos
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MessageSujet: Re: Nobody's fault but mine [ Diane T. ]   Jeu 3 Mar - 12:34

Je me suis toujours dis : Aller Ari, vas-y, sois heureux maintenant. Sois heureux alors que tu as six ans et que tu cours sur une plage grecque, sois heureux à tes seize ans face à la statue de la liberté, sois heureux dans ton superbe appartement payé à la sueur de ton front. Sois heureux, encore, toujours plus. Pourquoi cette impression de ne jamais l’avoir réellement été avant elle ? Il y est ce genre de question, que l’on espère ne jamais avoir à se poser. Et pourtant… Pourtant je ne pouvais le nier, avant Gabrielle mon existence n’était constituée que de plaisirs faciles et de gourmandises spontanées. Kaylhen avait été une gourmandise spontanée, au même titre que les autres. Elle ne représentait rien à mes yeux si ce n’est une amie, une très bonne amie que je ne désirais cependant pas posséder comme je désirais posséder Gabrielle. Kaylhen, en somme, ne représentait pas grand-chose à mes yeux d’un point de vue amoureux. Ce baiser n’avait été qu’une erreur, une méprise, un faux pas de plus. Et puis quoi ? Diane allait me jeter ce regard bien spécifique que je lui détestais puis me passer un savon, un de plus, et voilà tout. J’ai le souvenir d’un jour d’été durant lequel elle était censée venir déjeuner chez moi, aux alentours de midi. La vieille j’avais ramené une superbe blonde dans mon lit, qui, malheureusement, ne s’en était pas encore allée tandis que Diane arrivait chez moi. La tête qu’elle fit lorsqu’elle vit cette fille, uniquement vêtue d’un t-shirt et d’un boxer à moi, se servir un café alors que je mettais la table pour nous deux, restait gravée dans ma mémoire. Elle avait finalement déclaré repasser plus tard dans la journée, dix minutes plus tard notre mère m’appelait pour me demander de cesser ces âneries qui peinaient Diane. Ce temps était bien loin désormais, et pourtant Diane restait Diane. Elle n’aimait ni les histoires d’un soir, ni même les histoires tout court. Je ne l’avais jamais vu accompagné d’un homme, pour mon plus grand soulagement. Inexplicablement, je crois que j’en aurais été jaloux, comme si quelqu’un cherchait à me dérober mon plus précieux bijou. Un jour ou l’autre je devrais me faire à cette idée que, en dépit de tout notre amour, ma sœur ne m’appartenait pas. Qu’importe qu’elle soit la femme la plus magnifique à mes yeux, elle n’était pas mienne. Aucune femme ne l’était au final. Ni Diane, ni Gabrielle, ni Kaylhen, ni toutes celles qui avaient défilé dans mon lit.

Je sursautai de surprise lorsque Diane m’annonça d’une voix joviale qu’il n’y avait rien qui clochait chez moi. Moi qui m’attendais à une engueulade dans les règles, je tombais de haut. La relation la plus normale que j’ai eu ? Je levai les yeux au ciel, finalement ça venait. Cette allusion à mes anciennes conquêtes n’était pas gratuite, je le savais. Pourtant je n’étais pas d’accord avec elle. Coucher avec une femme que l’on ne reverra plus jamais est une chose, coucher avec celle qu’on appelle « petite sœur » en est une autre. Personnellement, la deuxième option m’apparaissait beaucoup plus malsaine. Non, il n’y avait aucun caractère propre à l’amour entre Kaylhen et moi, c’était juste… Je ne savais plus trop, finalement. Je n’aurais su définir la véritable nature de notre relation à présent, étant bien trop perturbé pour réfléchir à tout ça. Plus tard… Je repoussais toujours tout à plus tard, oui, mais au fond cela était plus rassurant. Ou moins effrayant, au moins. La dernière phrase de sa tirade me plongea dans une profonde incompréhension… Pourquoi s’obstinait-elle à toujours me renvoyer cette histoire là à la figure ? Pourquoi s’acharner comme ça sur Gabrielle ? J’en avais plus qu’assez. J’avais l’impression que Diane haïssait Gabrielle alors que… Bon sang… Diane ne savait rien de ce qui s’était passé. Diane ne savait rien, tout simplement. L’appeler constamment « la femme du chef » ne faisait que m’enfoncer dans cette incompréhension profonde, ce sentiment de rejet. Ma sœur n’avait jamais dis « amen » à mes frasques, pourtant elle ne m’avait jamais fait la morale non plus. Et très sincèrement c’était beaucoup mieux, nous avions beau être soudés et proches, chacun menait sa vie comme bon il lui plaisait. Je n’avais jamais rien dis à Diane tandis qu’elle passait ses samedis soirs à travailler, qu’elle repoussait les regards affamés des hommes dans la rue d’un simple haussement de sourcils ou qu’elle vouait sa vie à la médecine. Elle faisait ce qu’elle voulait, et moi pareil. Nous étions très différents, seulement elle, ne semblait plus comprendre et surtout accepter cette différence. Sans s’en rendre compte, Diane creusait de ses mots un énorme fossé entre nous.

Pourtant je ne bronchai pas. A quoi cela nous aurait-il servit ? Malgré le mal que ses paroles me faisaient, j’étais bien incapable de lui reprocher quoi que ce soit. Nous avions des problèmes plus urgents, et grand besoin de notre union. Et puis très sincèrement je n’éprouvais absolument pas l’envie de me disputer avec elle au sujet de Kaylhen, ou de Gabrielle. Elle glissa ses doigts dans mes cheveux, à ce contact je ne pu m’empêcher de sourire doucement : Non, je ne voulais décidemment pas que nous nous disputions. J’avais besoin de sa tendresse, de son amour. J’en redemandais allègrement. Sa nouvelle tirade me fit hausser les sourcils de surprise. Non, je ne me souvenais pas… Nous avions quelques années de différence, j’étais encore bien jeune lorsque mes parents se sont séparés. Mais je crois que je comprenais, au fond. J’eus un soupir sans réellement en connaître la cause avant de tenter un faible sourire. Je resserrai alors mon étreinte et embrassai son épaule avant de déclarer :

« Moi je n’aime que toi. Les autres, elles peuvent bien aller au Diable. »

[OVER]

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