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 Make me wanna die [PV Katarina]

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MessageSujet: Make me wanna die [PV Katarina]   Mer 29 Déc - 16:18

Ils s’en étaient sortis. Tout le monde avait pu en finir avec les Hors-la-Loi qu’ils avaient affrontés. Tout le monde avait tué ceux qui leur avaient fait face. Tout le monde sauf moi.

Et je sentais déjà des regards peser sur moi. Sans oser penser que Katarina avait craché ma lâcheté à toute la Communauté, je me doutais qu’elle l’avait au moins dit à Ethan, et de là, la rumeur avait dû se répandre rapidement. Voilà, cette fois j’étais donc officiellement ce traître de russe qui prétendait aimer sa fille mais en réalité rêvait de rejoindre son ancien associé, son meilleur ami qu’il avait laissé s’enfuir, ne souhaitant surtout pas tuer celui avec qui il avait fait régner la terreur pendant tant d’années. Si le peu de personnes qui s’étaient interrogées à mon propos avait craint une telle situation, ils étaient maintenant convaincus qu’elle était vraie. Personne évidemment ne se rendait compte à quel point je m’en voulais, à quel point j’étais honteux, à quel point ma lâcheté me dégoûtait. Ils s’en fichaient – mais je les comprenais. Seulement, combien j’aurais voulu aller leur dire toute la vérité !

Mais on ne m’aurait pas cru, n’est-ce pas ? Je ne suis qu’un mafieux menteur et manipulateur, je ne suis qu’un salopard qui n’est même pas digne d’avoir la divine et sublime Katarina Jones pour fille, en tout cas beaucoup moins digne de faire partie de sa famille que le si courageux Ethan, qui avait tant fait pour elle et pour Lena, qui avait réussi par amour, oh, un amour tellement fort et exemplaire, oui, qui avait réussi donc à se désintoxiquer malgré sa faiblesse, quelle abnégation, quelle force, quel sacrifice ! Ah, certainement il la méritait mieux que moi, n’est-ce pas ? Ce n’était pas à cause de lui qu’on l’avait torturée, non, ce n’était pas lui qui avait laissé partir le monstre qui les persécutait, ce n’était certes pas lui qui avait été parrain de la mafia pendant plusieurs décennies, ce n’était pas lui qui l’avait abandonnée pendant deux ans… Lui, il avait été là, toujours, toujours Ethan, jamais Alexeï… Toujours le mari, jamais le père…

Tu ne peux pas savoir à quel point je te hais, Ethan Jones. Aujourd’hui plus que jamais. Et tu sais pourquoi ? Parce que je commence à me rendre compte que tout ce que je dis là, eh bien c’est peut-être la pure vérité. Va en enfer.

J’évitais Katarina, encore, depuis l’attaque. J’évitais Ethan et les deux autres leaders. En fait, j’évitais à peu près tous ceux que je connaissais plus ou moins, préférant rester avec de parfaits inconnus. Le problème, évidemment, était que ça impliquait de ne surtout pas aller à l’infirmerie. Or, j’avais deux doigts cassés que j’aurais bien été incapable de réparer par moi-même, et ma main droite était toute bleuâtre, mêlée de noir, et affreusement déformée. En somme, pas du tout jolie à voir, et elle était surtout terriblement douloureuse. Mais même si j’aurais pu me faire soigner par Mathilda ou Diane, je n’avais pas pris le risque d’y aller. Je ne voulais pas affronter la déception dans le regard des yeux de Katarina, je ne voulais pas affronter son ressenti. Alors, comme toujours avec ceux que j’aimais, au lieu de régler mes problèmes, je me cachais la tête dans le sable et refusais de voir la situation en face. Les médecins avaient beaucoup de travail à l’infirmerie avec tous les blessés graves pour que j’aille les ennuyer avec une simple main abîmée, n’est-ce pas ? Bien sûr. Cela aurait été n’importe qui d’autre que Katarina, je serais déjà allé mettre les points sur les i. Mais c’était ma fille, mon petit trésor, celle pour qui j’aurais tout fait – du moins je le croyais. Je n’avais même pas été capable de tuer celui qui l’avait traumatisée et torturée. Et ma fille, elle avait tout pouvoir sur moi, autant que j’en avais eu sur les autres à une certaine époque, voire plus. Alors je ne la voyais pas. Je ne voulais pas réaliser à quel point j’avais failli, quelque chose qui me frapperait dès que je croiserais ses yeux bleus, je le savais.

Trois jours, donc, trois jours que j’aidais les autres à réparer les dégâts, tant bien que mal, et plutôt mal que bien. Je m’étais reconverti en coursier et en messager : deux emplois pas tellement gratifiants mais qui me permettaient de me rendre utile sans avoir trop besoin de cette maudite main. Quoique soutenir un carton avec le seul flanc de la paume droite rendait le tout assez déséquilibré, et j’avais déjà failli lâcher toute une réserve de bouteilles d’alcool qui avaient été réquisitionnées pour désinfecter les blessures. Sous le regard furieux d’Alexander qui n’appréciait guère que je prenne le risque de gâcher ainsi les stocks à cause d’une fierté mal placée. Enfin, c’est du moins ce qu’il m’avait dit lorsqu’il m’avait pris à part pour me demander pourquoi je n’allais pas soigner ma blessure. Il avait parfaitement compris que je n’osais pas aller voir Katarina. Je lui avais dit que j’irais, sans vraiment préciser quand, et bien que le regard qu’il m’avait lancé montrait qu’il n’était pas convaincu, il m’avait laissé tranquille, à mon grand soulagement.

Mais ça ne pouvait pas durer éternellement, forcément. Je savais que j’allais nécessairement finir par faire une gaffe, et que l’on m’obligerait à me rendre à l’infirmerie. Chacun trouvait ridicule que je n’aie encore rien fait pour me soigner. Et l’excuse du peu d’importance de cette blessure n’avait pas vraiment pris.

Ça ne manqua pas. Trois jours après l’attaque, donc, je fis tomber précisément aux pieds d’Alexander – ç’aurait pu être n’importe qui d’autre parmi la centaine d’habitants des galeries souterraines, mais visiblement, la chance ne m’aimait pas en ce moment – aux pieds d’Alexander, donc, toute une pile d’assiettes qui se brisèrent en mille morceaux. Il ne me laissa même pas ramasser les débris, assignant la tâche à quelqu’un d’autre et me désignant le chemin de l’infirmerie d’un geste sans réplique.

Ça, c’était fait. Bon. Ce n’était pas grave. Ce serait sûrement Mathilda qui s’occuperait de moi, non ? Ou au pire, Diane. Ce n’était pas très grave si c’était Diane. Et puis ce serait l’affaire de dix minutes à tout casser, hein ? Juste poser une attelle, enfin, il me semble. Je ressassais ces suppositions en m'efforçant de m'en convaincre, mais j'avais un mauvais pressentiment, très mauvais. Avec tout ce qui m'était arrivé ces derniers jours, même l'action la plus anodine devenait synonyme de malheur. J'étais à peu près certain de tomber sur elle, et également certain de ne pas m'en sortir indemne. Et naturellement, une fois arrivé, elle était la seule disponible. Justement parce qu'elle devait moins travailler, moins se fatiguer à cause de sa grossesse, elle s'occupait des blessés les moins graves, dont je faisais partie. Je la rejoignis en serrant les dents, regardant un peu partout sauf vers son regard.

- Alexander m'a envoyé ici pour que je fasse soigner ça. S'il te plaît.

Je n'osais rien lui demander, je n'osais pas simplement risquer un « Tu vas bien ? », je n'osais pas faire semblant de m'intéresser à comment se portait Ethan. Je voulais rester neutre, guérir cette fichue main le plus rapidement possible, et m'en aller aussitôt après. Ce fut à ce moment-là que mes yeux heurtèrent les siens, et je sus immédiatement que je n'allais pas m'en sortir aussi facilement.


Dernière édition par Alexeï Kuryenko le Mer 29 Déc - 22:40, édité 2 fois
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Katarina K. Jones
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MessageSujet: Re: Make me wanna die [PV Katarina]   Mer 29 Déc - 19:49

J'en voulais au monde entier. Ou plutôt j'en voulais au monde extérieur tout entier. J'avais envie de hurler, de frapper, de tout envoyer s'éclater et s'exploser contre les murs. Mais comme à mon habitude, je restais calme, désespérément calme. Mais je savais qu'il ne faudrait pas grand chose pour que je craque. Il ne manquait qu'une goutte pour que le vase déborde. Pourtant je ne voulais pas risquer de craquer. Depuis trois jours, je faisais ce qu'il fallait pour ne pas craquer. Cela commençait par une chose : éviter mon père. Heureusement, il m'évitait aussi, ce qui facilitait très nettement les choses. Je ne voulais pas le voir. Je refusais de le voir. Il avait considérablement dégringolé dans mon estime. Il avait touché le fond. Comme on dit, une fois qu'on touche le fond on ne peut que remonter, n'est-ce pas ? Eh bien pas forcément. Mon père était bien capable de creuser pour tomber encore plus bas. Allez encore un effort papa, et peut-être que tu trouveras du pétrole ! Je n'étais absolument pas disposée à le voir pour le moment. Quelque chose me restait coincé au travers de la gorge. J'avais beau chercher à comprendre, je ne parvenais pas à savoir pourquoi il avait laissé Armando filer. C'eût été tellement simple de le tuer. Tellement facile... Selon les dires de son cher ami, avant il n'était pas si hésitant lorsqu'il s'agissait de presser une détente ou de commettre un acte irréparable... C'était paradoxal n'est-ce pas ? Je ne supportais pas qu'Ethan ait du sang sur les mains, mais en revanche j'avais ardemment désiré que mon père s'en couvre. Cela n'aurait été que justice après tout. Qu'il tue Armando, venge tous ses crimes et efface son passé. Un geste lui aurait suffi. Apparemment, j'avais – encore – sous-estimé mon père et ses talents. Sa lâcheté me faisait me demander comment il avait pu être le parrain de la mafia pendant tant d'années. Je pensais qu'il fallait avoir un minimum de courage pour cela. Il ne fallait pas avoir peur de se salir les mains. On aurait dit que mon père cherchait par tous les moyens à garder les siennes propres. Ne voyait-il donc pas à quel point elles étaient boueuses ? Déjà pleines de sang cramoisi ?

Je ne savais pas vraiment pourquoi il m'évitait, cependant. La honte peut-être ? Le remord ? Ce devait certainement être quelque chose de ce genre là... En tout cas, j'étais certaine qu'il n'avait absolument rien à me reprocher. Je n'avais rien fait de répréhensible. À part épouser Ethan, bien sûr. De toute façon, peu importaient dans quelles circonstances j'avais épousé Ethan. Il ne l'aurait jamais accepté. Aujourd'hui il ne l'acceptait pas à cause de son passé de junkie et parce qu'il avait été là quand lui était absent. Avant, sans guerre, sans la mort de ses parents, il ne l'aurait pas accepté parce qu'il l'aurait trouvé trop rêveur pour moi qui était terre à terre, ou encore parce qu'il n'était pas russe, parce qu'il ne me rendrait jamais heureuse... Il n'accepterait jamais Ethan parce qu'il ne l'avait pas choisi, tout simplement. Dans son petit imaginaire et parfait, j'aurais épousé Vitali et j'aurais été une gentille épouse docile et une parfaite petite mère au foyer... Qu'il revienne dans notre monde, cela n'arriverait jamais. Vitali et moi avions grandi ensemble, comme un frère et une sœur. Jamais, ô grand jamais, je n'avais eu des sentiments autre que fraternels à son égard. Il ne comprenait pas la nature de mon amour pour Vitali. Ni celle de mon amour pour Ethan. Il était à côté de tout. Et peut-être s'en moquait-il. Il n'y avait plus qu'une chose qui semblait compter pour lui. La fuite de sa précieuse Inessa. Et il s'en étonnait encore ? Seigneur, n'avait-il pas encore compris qu'elle n'avait pas supporté de devenir sa nouvelle poupée ? Ou peut-être ne voulait-il simplement pas l'accepter... De toute façon cela m'était égal je ne voulais pas savoir et j ne voulais pas m'en mêler. Qu'il ne s'occupe pas de ma vie et je ne m'occuperais pas de la sienne. Et tout le monde serait heureux dans le meilleur des mondes. Ah ah ah. Mais bien sûr. Je ne croyais plus au happy-end depuis longtemps.

Je m'efforçais de me rendre utile au maximum, pour essayer de ne pas penser à toutes ces choses frustrantes qui me rendaient à moitié folle. Il y avait beaucoup de blessés et je restai autant que possible à l'infirmerie pour donner un coup de main à Mathilda et la fameuse Diane. Mais voyez vous, j'étais enceinte, alors on m'écartait, on me laissait de côté et on me refilait les petites coupures et les bosses, comme si j'étais complètement incapable. Cela me rendait folle de rage, mais je faisais mon « travail » bon gré mal gré, soignant les enfants et rassurant les parents inquiets. Tiens, peut-être que j'avais raté ma voie et que j'aurais dû être pédiatre et non pas chirurgienne... Enfin, maintenant il n'y avait plus vraiment de branches en médecine. J'étais médecin, je soignais tout du mieux que je pouvais, voilà tout. J'avais néanmoins l'impression que l'on se méprenait sur mes capacités, parce que j'étais simplement la plus jeune d'entre nous, ou parce que j'étais enceinte. Je n'avais jamais commis la moindre erreur jusque là... Résultat, je restais bêtement assise à attendre qu'une écorchure ou un gros hématome pointe le bout de son nez. Oh, évidemment, je veillais sur Aaron quand les autres étaient trop occupées. Je vérifiais en permanence qu'il respirait, je prenais sa tension... Nous avions réussi à récupérer un moniteur cardiaque, et je craignais sans arrêt de le voir paniquer et de voir une ligne raide et nette apparaître à la place des pics. Je me sentais complètement impuissante, mais il n'y avait rien que je puisse faire de plus. Et puis je n'osais rien faire. Mathilda avait insisté pour s'en occuper, alors je n'avais pas protesté.

J'avais laissé Lena avec Ethan, parce que j'avais bien compris que la seule chose qui pouvait le faire rester calme, c'était sa fille. Si elle décidait de dormir il ne la reposerait certainement pas dans son berceau. Et puis de toute façon elle aimait rester dans les bras de son père pour dormir... Moi j'étais assise sur une chaise, près d'un lit vide, à attendre. Rien ne venait, et je voyais les cas les plus importants défiler sous mes yeux sans rien pouvoir faire. Je les laissais aux mains expertes et Mathilda et de sa merveille acolyte. J'étais pensive, je caressai mon ventre bêtement sans vraiment m'en rendre compte. J'étais enceinte de bientôt quatre mois, et cela commençait à se voir. Mon ventre s'était bien arrondi, et ma poitrine avait pris du volume. À travers le tissu de mon pull, je sentais très nettement mon ventre enflé. Bientôt le bébé bougerait. Du moins je l'espérais. Lena avait commencé à bouger vers quatre mois. Cela ne tarderait sans doute plus. Je priais pour que ce bébé aille parfaitement bien. Je ne supporterais pas qu'il ait un quelconque problème et je... Je relevai brusquement les yeux en voyant quelqu'un apparaître devant moi. Le sourire qui avait commencé à naitre sur mes lèvres mourut quand je m'aperçus de qui il s'agissait. Mon cher père. Je serrai les dents, manquant de lui dire d'aller se faire voir avant même de savoir ce qu'il voulait. Cependant je remarquai très vite qu'il ne me regardait pas. Évidemment...

Je daignai me lever quand il m'apprit qu'il avait besoin de soin. Il avait de la chance que je ne laisse jamais personne se débrouiller avec ses blessures. Sans un mot, j'attrapai sa main entre mes doigts pour l'examiner. Ce n'était pas beau à voir... Il avait laissé cela trainer. Quel idiot. J'eus un soupir.

« Ton index et ton majeur sont cassés. Le pousse est démis. Il va falloir le remettre en place. Cela risque d'être un peu douloureux. »

J'espère qu'il avait noté l'ironie dans ma phrase. Sans plus attendre, je tirai d'un coup sec pour remettre le pouce dans son axe. Je ne lui demandai pas si ça allait avant de désinfecter un peu, d'installer une atèle et de bander ses doigts. J'aurais voulu avoir un mot ou un geste plein de politesse, mais ce fut pas le cas. M'appuyant sur le lit, je posai une main sur ma hanche, avant d'afficher un air profondément mauvais.

« Bonjour trésor, tu vas bien aujourd'hui ? Oh mais je vois que le bébé commence à prendre ses aises ! Ethan va bien, il se remet de ses fractures ? Et Lena, elle va bien elle aussi ? »

J'eus un petit signe de tête. Très mauvaise imitation n'est-ce pas ? Mais je n'avais pas pu m'en empêcher. La rancœur me rendait légèrement mauvaise, apparemment. Étonnant, n'est-ce pas ?

« Là tu vois, je suis censée te répondre que tout va bien. Mais tu ne poses pas la question, alors je suppose que cela t'importe peu. Tu te fous de l'état d'Ethan, pas vrai ? Au contraire, tu aurais peut-être préféré qu'il fasse preuve de lâcheté, comme toi ? »

Je désignai Aaron du menton.

« S'il était mort, tu aurais pu profiter de ta fille en paix ! Dommage, hein ? À moins que ça aussi, tu t'en moques. C'est vrai qu'en ce moment tu ne brilles pas par ta présence ou ton courage. »

Bon, j'admets que j'y allais un peu fort. Mais comme pour Ethan, je supposais que mon père ne réagirait qu'à la violence. Si il ne s'écrasait pas, bien sûr.

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— J.R.R. Tolkien.
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MessageSujet: Re: Make me wanna die [PV Katarina]   Jeu 30 Déc - 17:46

Et voilà. Je l'avais vu à des kilomètres, gros comme une maison que je ne pourrais pas simplement me faire soigner en silence et ensuite m'en aller l'air de rien. La rancœur sur son visage rendait la tension de l'air presque palpable, et jamais je ne m'étais senti aussi mal. Pourtant, des situations gênantes, j'en avais connu, et j'étais expert pour y échapper en un tournemain, mais en temps normal, je me moquais de ce que pouvaient penser les gens, tant qu'ils faisaient ce dont j'avais besoin. Là, c'était Katarina, ma fille, et je ne pouvais pas simplement lui dire d'un ton sarcastique « Et alors, trésor, il y a un problème ? Pourquoi donc en veux-tu ainsi à ton vieux père ? » Juste histoire de l'énerver et qu'elle veuille se débarrasser plus rapidement de moi, que j'échappe à son regard me pétrifiant sur place. Ce n'était pas très compliqué. Mais je n'avais pas spécialement l'intention d'aggraver mon cas auprès d'elle.

Elle me prit la main sans aucune douceur et je retins un cri de douleur - depuis trois jours à agir en silence, j'avais pris le coup de main, et c'était le cas de le dire, aha, quelle bonne blague. Je poussai un grognement lorsqu'elle m'annonça ce que j'avais exactement. Hourra. Et en une fraction de seconde, je compris ce qu'elle venait de me dire concernant euh... mon pouce. Démis. A remettre en place. Oh non. Je n'eus pas le temps de retirer ma main des siennes qu'elle l'avait déjà tiré d'un coup sec, m'arrachant un hurlement de douleur.

Merci Katarina, j'avais cru comprendre que tu m'en voulais. Je me mordis la lèvre jusqu'au sang dans une vague tentative de faire cesser la souffrance qui venait d'exploser dans ma main et qui irradiait jusque dans mon poignet et mon bras, et grimaçai en sentant le goût métallique perlant de mes lèvres contre ma bouche. Je parvins cependant à me taire lorsqu'elle banda mes deux autres doigts, serrant l'attelle un peu plus fort que nécessaire, j'en étais certain. Mais au moins, la douleur qui me brûlait était différente à présent, plus bénéfique. Je pouvais m'en aller, maintenant, fini. Et au moment où je me levai pour partir, elle prit soudain la parole d'une voix qui n'avait rien de naturel. Je me retournai de nouveau lentement vers elle, la regardant d'un air stupéfait alors qu'elle me singeait d'une manière très peu flatteuse.

Je n'en revenais pas. Je ne lui avais rien demandé à propos d'Ethan justement parce que je m'en foutais, comme elle le disait si bien, et parce que j'aurais pensé qu'elle préfère que je me taise plutôt que de faire mine d'être conciliant avec quelqu'un que je détestais. Mais apparemment, son intolérance du mensonge n'allait pas jusque là. Donc je n'avais pas le droit de mentir sur mes activités professionnelles qui n'avaient rien à voir avec elle, mais par contre, je devais lui raconter des sottises sur l'homme avec lequel elle partageait sa vie et avait fondé une famille ? Je ne saisissais pas très bien la logique. Et je n'allais pas manquer de le lui signaler. Je commençais à en avoir assez d'échouer quoi que je fasse, je commençais à en avoir plus que marre de tout me reprendre dans la figure même lorsque j'essayais de faire des efforts !

- Dis donc, tu ne crois pas que tu exagères un peu ? A la fin, Katarina, il va falloir choisir : tu veux que je sois franc avec toi, ou tu préfères que je m'apitoie sur le sort d'Ethan ? Sans spécialement souhaiter sa mort comme tu le prétends, je me fiche du temps qu'il mettra à guérir, cela c'est certain. Ton mari est plus courageux que ton père ? Très bien, reste avec lui et regarde-le se briser les côtes pour toi. Tu seras bien avancée quand l'homme de ta vie sera mort pour toi !

Bravo, splendide, elle avait réussi à me faire perdre le contrôle de mes nerfs, j'avais tout gagné en disant ça. Ca commençait à devenir un peu trop répétitif, ces scènes de disputes. Surtout que nous étions au beau milieu de l'infirmerie et que tout le monde nous entendait - et la comprenait. Cela faisait un bout de temps qu'elle ne me parlait plus en russe, et ça me manquait. Mais là, franchement, le détail qui me gênait le plus, c'était que tout le monde comprenne ce qu'elle me jetait à la figure. Quel était l'intérêt de connaître une langue incompréhensible pour le commun des américains si l'on s'obstinait à adopter l'anglais ?

- Je le sais, d'accord ? Je sais que j'ai foiré. Je sais qu'Ethan est parfait, merveilleux, courageux, idéal ! Je sais que tu n'en as plus rien à faire de moi.

Une boule dans ma gorge me fit perdre la voix et ripper sur cette dernière phrase. C'était dur à admettre, dur à avouer. Je soupirai, me calmant soudainement, perdant toute combativité d'un seul coup.

- Tout ce que je voudrais, maintenant, c'est savoir comment y remédier. Je ne sais plus quoi faire. Je n'ai pas réussi à tuer Armando et tu m'en veux pour ça. Si je l'avais fait, tu m'aurais sans doute accusé de meurtre sans penser le moins du monde qu'Ethan est bien pire que moi à ce niveau-là. Tu me reproches de ne pas m'intéresser à Ethan, mais si je t'avais posé la question, tu m'aurais dit que tu ne voulais pas que je fasse semblant de m'intéresser à lui seulement pour te faire plaisir. Qu'est-ce que je dois faire, Katarina ?

Ce n'était pourtant pas bien compliqué comme question ! Pourquoi n'en connaissais-je toujours pas la réponse ?
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Katarina K. Jones
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MessageSujet: Re: Make me wanna die [PV Katarina]   Jeu 30 Déc - 23:10

Quand je le voulais, je pouvais être une très bonne comédienne. Ou une mauvaise, au choix. Disons que j'étais surtout très douée pour me moquer de mon père quand il le fallait. Là, c'était le moment parfait. J'étais fatiguée, sur les nerfs et passablement remontée contre mon père qui en plus d'être lâche avait gardé la queue entre les jambes ces trois derniers jours. Je trouvais cela tellement puéril ! Surtout de la par d'un homme ayant cinquante ans. Depuis quand est-ce que l'enfant faisait la leçon à son père ? Apparemment, j'avais encore beaucoup de choses à découvrir sur mon père... Une question cependant restait en suspend : avait-il le sens de l'humour ? Je l'imitais à la perfection, n'est-ce pas ? Quoique, non, je ne savais pas imiter la couardise. En revanche, lui maitrisait cet art à la perfection... En peu de temps, l'image que j'avais de mon père avait changé du tout au tout. Quand j'avais quinze ans, mon père représentait à mes yeux le parfait héros. Honnête, travailleur, dévoué, aimant avec sa fille unique... Le père parfait. Aujourd'hui, à presque vingt-six ans, je ne le voyais presque plus que comme un menteur, un manipulateur, un lâche et un jaloux. Je ne savais pas ce qui m'irritait le plus. Qu'il ait détruit l'image que j'avais de lui, ou qu'il ait montré sa vraie nature seulement après vingt-cinq ans. Et je lui en voulais de cracher sur mon mariage, je lui en voulais d'agir comme il le faisait, je lui en voulais de se comporter avec moi comme si je n'étais qu'une enfant sous ses ordres... La liste était longue. Le pire dans tout cela c'était que je ne le détestais même pas. Cela aurait rendu les choses tellement plus faciles et tellement moins douloureuses.

J'ai ouvert la bouche et j'ai eu un rire nerveux. Comment pouvait-il se débrouiller à reculer de deux pas après en avoir fait un ? Je ne lui demandais pas de s'apitoyer sur le sort d'Ethan, ni même sur le mien. Il mélangeait tout, ne comprenait décidément rien à rien.

« Il ne s'agit pas de franchise ou de pitié ! Il s'agit de compassion et de... Ce serait si dur pour toi de faire un effort ? De t'intéresser un peu plus de ta famille que de ta personne ? »

Je savais qu'il se fichait d'Ethan. Qu'il pouvait mourir sans que cela lui fasse quoi que ce soit. Il ne comprenait pas ce que j'attendais de lui. Je ne lui demandais pas de l'aimer. Pas du tout. Je lui demandais de se mettre à ma place et de comprendre que j'aimais Ethan plus que tout, comme lui avait pu aimer maman. Je serais incapable de vivre sans lui, tout comme lui avait été longtemps incapable de vivre sans ma mère pendant longtemps. Je voulais qu'il comprenne simplement cela. Parce que s'il se fichait de l'état d'Ethan ce n'était pas mon cas. Alors poser la question, même pour la forme, c'était s'inquiéter non pas pour lui mais pour moi. S'occuper de sa fille, il savait faire, non ? Il l'avait très bien fait pendant des années ! Là c'était comme s'il s'amusait à tout faire de travers. Et je n'en pouvais plus. Je ne pourrais plus le supporter encore très longtemps. J'étais peut-être la personne la plus tolérante du monde, mais j'avais mes limites. Peut-être que le compteur se remettait à zéro tous les jours, oui. Il n'empêche que passé un certain quota... Mon cher père était en train d'attendre lentement cette limite. Une phrase de trop et... Je me suis vue le gifler avant même d'avoir pu analyser sa phrase. Il y eut un grand silence, juste le temps que je me souvienne que nous étions à l'infirmerie et que nous n'étions pas seuls. Nous étions en train de fer une scène à l'endroit où il ne fallait pas qu'il y en ait une. J'ai levé les yeux au ciel, avant de bêtement tirer le rideau de séparation pour tenter de nous isoler du reste des patients. Puis j'ai repris en russe, pas pour lui faire plaisir, mais parce que je ne voulais pas que tout le monde soit témoin.

« Ethan a peut-être tous les défauts du monde, mais il n'a pas peur de mourir pour moi. Et il n'a pas non plus peur de tuer pour moi. Hein, papa ? »

J'ai croisé mes bras sous ma poitrine, comme à chaque fois que j'étais contrariée ou gênée. Là j'étais contrariée et gênée. Je secouai légèrement la tête, avant de me passer une main dans les cheveux. Je me suis bêtement surprise à me dire qu'ils étaient vraiment très longs, m'arrivant presque en dessous des reins. Mais je ne les coupais pas parce qu'ils plaisaient à Ethan comme ça. Et apparemment, Lena aimait beaucoup s'amuser avec mes boucles d'un brun soutenu, presque noir. Je soupirai, fermant les yeux une seconde et m'appuyant sur la table tout en posant une main sur mon ventre. Je relevai soudain les yeux vers mon père, qui me demandait ce qu'il pouvait faire pour me faire plaisir, puisque rien ne semblait marcher.

« Ce que tu dois faire, c'est redescendre sur terre une bonne fois pour toutes et ouvrir les yeux. Voir la vérité en face. »

Il ne parvenait pas à ouvrir les yeux ? J'allais les lui ouvrir, moi. Sans lui laisser le temps de comprendre ce que je faisais, je me redressai soudainement avant de retirer mon pull d'un geste, me retrouvant en soutien-gorge. Au diable la pudeur, c'était mon père, et il me regarderait toute sa vie comme sa petite fille chérie.

« Alors ? Qu'est-ce que tu vois ? »

Pas les magnifiques rondeurs d'une femme enceinte. Ce qui lui sauterait aux yeux, ce n'était pas mon ventre légèrement rebondi ni ma poitrine enflée. Parce que ces rondeurs n'étaient que l'arrière plan de la photo. Le premier plan n'était pas aussi idyllique. La violence côtoyait la chose la plus fragile au monde. Parce que mon ventre n'était pas aussi beau qu'il aurait dû l'être. Juste sous ma poitrine, là où étaient mes côtes il y avait plusieurs lignes claires, d'un blanc laiteux. J'étais très pâle de peau et elles se voyaient peu, mais elles étaient là. Leur nombre les rendaient visibles. Coups de pied, coups de genoux, coups de bâton pour arracher la peau... Ensuite il y avait mon épaule. Elle aussi gardait des traces des coups qu'Armando m'avait portés. Si les traces de morsure laissées par Alan s'étaient envolées, en revanche il me restait une cicatrice de plusieurs centimètres, pas très large. Armando avait failli me déboiter l'épaule et j'avais bien cru qu'il allait m'arracher la peau jusqu'à l'os. Sans un mot je lui tendis les bras, paumes en avant, pour mettre en évidence les toutes petites traces de piqures, presque invisibles à moins d'y regarder de très près. Mais elles n'avaient pas disparu. Elles étaient là. J'avais été droguée, shootée à l'héroïne... Et encore, il ne voyait pas tout. Je lui épargnais l'énorme cicatrice sur mon genou, les marques sur mes cuisses... Pour un peu je regrettais presque que personne n'ait pris des photos pour qu'il puisse vraiment voir.

Voilà pourquoi je lui en voulais. Voilà pourquoi j'étais pleine de rancœur. Pour lui, Armando restait son ami, son associé, son frère. Armando représentait un véritable cauchemar pour moi. Mon père aurait pu mettre fin à ce cauchemar, il aurait pu m'aider à me réveiller, m'aider à rêver de nouveau... Il ne l'avait pas fait. Il avait été lâche, et sa lâcheté m'empêchait de vivre en paix.

« Maintenant, imagine les fractures, les hématomes, les écorchures, le sang et la douleur qui allaient avec. Imagine le calvaire d'une mère séparée de son enfant. Imagine le calvaire d'un bébé cherchant sa maman et ne la trouvant pas. Imagine un mari retrouvant sa femme adorée à moitié morte. Imagine une famille déchirée et sur le point d'exploser. »

Je pris une profonde inspiration, luttant contre les larmes.

« Ça répond à tes questions ? Tu sais ce que tu dois faire, maintenant ? »

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MessageSujet: Re: Make me wanna die [PV Katarina]   Dim 2 Jan - 14:17

C'était tout de même quelque chose d'incroyable et qui commençait à devenir proprement insupportable. Pendant vingt-trois ans, j'avais pu exécuter les désirs de ma fille au millimètre, la comblant quoi qu'il arrive, trouvant toujours comment je pourrais la contenter. Je n'avais jamais fait erreur, même si parfois je la gâtais trop et avais tendance à la surprotection, tout s'était toujours bien passé. Mais il fallait dire aussi que c'était un peu plus facile autrefois. Finalement, qu'avais-je eu à faire, réellement ? Je la couvrais de cadeaux à la moindre occasion, et je la laissais faire ce qu'elle voulait. Je la laissais sortir, je l'avais laissée choisir ses études, je l'avais laissée partir aux États-Unis - ce qui avait été probablement un des plus grands efforts d'abnégation que j'avais dû faire, dans ma vie de luxe et dénuée de soucis. En somme, elle décidait, et je la suivais, c'était tout. Forcément, ce n'était pas très difficile. Le parrain de la mafia, l'un des plus grands hommes d'affaires russes, mené à la baguette par sa fille, une petite adolescente naïve qui ignorait tout des affaires dans lesquelles il trempait. Combien de fois l'on s'était moqué de moi à cause de cela ! Les rares qui étaient au courant de l'amour fou que j'éprouvais pour Katarina - quelque chose que j'essayais de ne pas ébruiter pour éviter qu'il arrive quelque chose du genre... qui lui était arrivé avec Armando - me disaient toujours qu'un jour je me ferais avoir à cause de ça. Ils avaient eu doublement raison. Pourtant, il semblait qu'à part laisser ma fille libre de faire tout ce qu'elle voulait, et tout abandonner sur un coup de tête pour maladroitement tenter de lui sauver la vie, je ne savais pas faire grand-chose pour elle. Je n'arrivais plus à la satisfaire, je n'arrivais plus à la contenter. C'était tellement plus simple lorsqu'elle ignorait qui j'étais réellement !

Mais alors, qui aimait-elle vraiment ? Le père factice que j'avais soigneusement élaboré à son égard ou celui que j'étais au fond de moi et qu'elle découvrait maintenant ? Le doute m'envahissait tout à coup. Je ne croyais pas à ce que m'avait dit le fantôme de Sonja qui m'avait visité pendant mes fièvres. Je ne croyais pas qu'elle pût m'aimer quoi que je fisse. Parce que j'en avais déjà trop fait - ou pas assez, si l'on considérait Armando. Pour la première fois de ma vie, j'étais en train de me demander si toutes les découvertes que Katarina faisait sur moi ne détruisaient pas toutes un peu plus l'amour qu'elle éprouvait pour une image que j'avais fabriquée afin de jeter de la poudre aux yeux de la seule personne qui comptait pour moi. J'avais déjà dit, dans la colère, dans l'énervement, qu'elle ne voulait plus de moi - je venais d'ailleurs de le faire. Mais là, je commençais à en envisager beaucoup plus sérieusement la possibilité, et cela me faisait totalement perdre pied. Contrairement à ce que j'avais cru, non, je ne l'avais jamais vraiment admis. Ça faisait beaucoup, beaucoup plus mal que je ne le pensais.

Je ne savais pas quoi lui dire, pas quoi lui répondre. J'étais tout à fait déstabilisé. Ce pouvoir qu'elle avait sur moi ne m'avait jamais dérangé, mais à présent je regrettais de ne pouvoir avoir sur elle l'autorité qu'un père a normalement sur sa fille. J'aurais aimé pouvoir lui dire qu'elle n'avait rien à m'imposer, que j'agissais comme je le désirais et qu'elle n'avait pas à me donner de leçons, le genre de choses que les parents normaux disent toujours à leurs enfants pour les faire taire alors que ce sont eux qui sont en tort, quoi. Mais je ne l'avais jamais fait et j'étais encore moins capable de commencer maintenant, alors que ma fille était mère à son tour. Eh bien je lui souhaitais de ne jamais éduquer Lena comme je l'avais élevée elle, parce que cela risquait de faire des dégâts - encore que Lena n'aurait sans doute jamais rien à reprocher à sa mère, elle... Rétrospectivement, je me demandais toujours comment Katarina avait pu devenir ce qu'elle était. C'était mon petit miracle personnel, probablement ce dont j'étais le plus fier. Et là, on était rendu à un stade où mon petit trésor si doux et si gentil, si tolérant et si aimable, me donnait gifle sur gifle. Mentales et physique.

Sa paume claqua si fort sur ma joue que le contraste avec le silence qui suivit fut assourdissant. J'étais bouche bée, une main portée à mon visage, les yeux grands ouverts tellement elle m'avait surpris. Elle, elles, la gifle, Katarina, ou les deux ? Je n'arrivais même pas à retracer la route que nous avions suivie pour en arriver là. Qu'elle me claque alors qu'elle réalisait qu'elle devait revoir tout ce qu'elle savait sur moi, bon, d'accord, alors que j'étais ivre et que je la confondais avec quelqu'un d'autre, c'était plus que légitime. Mais là, je ne savais même plus pourquoi elle avait perdu le contrôle de ses nerfs. Particulièrement devant... le monde fou qu'il y avait à l'infirmerie, entre autres Diane, qui devait d'ailleurs se réjouir, la garce. Il n'y avait pas un ordre des choses qui disait que c'étaient les parents qui giflaient leurs enfants lorsque ceux-ci n'étaient pas sages ? Oui eh bien c'était quelque chose qui n'avait jamais été appliqué chez nous.

Les secondes qui s'étirèrent avant qu'elle ne tirât le rideau de séparation me parurent absolument interminables, mais je me sentis soulagé lorsque nous fûmes isolés du reste de la pièce. Elle reprit la parole d'une voix basse et furieuse, croisant les bras sous la poitrine comme je détestais qu'elle le fisse. Cela m'était arrivé combien de fois de la voir comme ça les vingt-trois premières années de sa vie ? Je ne savais pas vraiment, mais certainement moins que pendant les deux derniers mois, cela c'était certain. Je fus soufflé par son accusation.

- Mais enfin, ce n'est pas... Il... Ce n'est pas la même chose ! Il avait de parfaits inconnus en face de lui !

Est-ce que je ne venais pas d'avouer que je n'avais pas tué Armando justement à cause de notre ancien lien ? Merde. Rattraper le coup.

- Enfin non, ce n'est pas ce que je voulais dire... C'est...

Je perdais mes mots. Comment pouvais-je défendre ma cause ? Quel que soit l'angle sous lequel on examinait le problème, j'étais dans mon tort. J'abandonnai l'idée de parvenir à améliorer l'image qu'elle avait de moi à présent. Enfin, pour le moment.

J'eus une drôle de sensation lorsqu'elle me dit soudain les mots que ma femme m'avait si souvent dits, avec exactement la même expression sur le visage. Voir la vérité en face, hein ? Je connaissais ces mots par cœur, mais il semblait que je n'avais jamais réussi à les appliquer. Que le visage de Sonja reparaisse de temps en temps sur celui de Katarina, cela j'y étais habitué depuis longtemps, appréciant même ces quelques moments de perturbation impromptus. Seulement, elle enchaînait rarement en se mettant en soutien-gorge devant moi.

Bon alors d'accord, c'était ma fille, je l'avais déjà vue en sous-vêtements, je l'avais déjà vue nue. Mais là tout de même, c'était franchement déstabilisant. Je baissai les yeux rapidement pour ne plus la voir. Qu'est-ce qui lui prenait, enfin ? Je relevai les yeux sur son ventre lorsqu'elle m'interpella.

Je ne compris pas tout de suite ce qu'elle voulait me montrer. Les marques qu'elle me désignait n'étaient pas visibles au premier coup d'œil, et on pouvait facilement passer à côté si l'on n'y prenait garde et ne s'attendait pas à les trouver là. Ce qui était exactement mon cas. Cent fois je m'étais inventé une scène d'horreur où je voyais ma fille battue et humiliée, mais jamais je n'avais pensé aux traces que cela avait pu laisser. Je me fixai avec terreur sur les pâles lignes décorant ses flancs. Mes yeux remontèrent lentement, glissèrent sur son épaule, affreusement marquée, et quand elle me tendit ses bras, je ne cherchai même pas à repérer les traces de piqûres - je savais que c'était cela qu'elle voulait me montrer, je me souvenais très précisément de tout ce qu'elle avait subi. Ses mots, lors de nos retrouvailles, s'étaient inscrits au fer rouge dans mon esprit et ne s'étaient effacés qu'une seule fois, sans aucun doute au plus mauvais moment possible ; lors du face-à-face avec celui qui avait provoqué cela.

J'avais envie de céder au réflexe qui me hurlait de reculer d'un pas, de secouer la tête, de fermer les yeux et de lui crier de se taire, mais je me contenais, tant bien que mal. Assume un peu, pour une fois dans ta vie, assume tes responsabilités envers ta fille ! Je battis des paupières, sentant mes yeux s'emplir de larmes. Ne pleure pas, Alexeï, ne pleure pas, tu n'as pas le droit de pleurer, c'est ta fille qui devrait pleurer, là, et c'est à toi de la consoler. Mais est-ce qu'elle me laisserait seulement la consoler ? Je ne le savais même plus. Ma vue était brouillée par les larmes que je refusais de laisser couler. Ca ne servait à rien de pleurer.

- Je suis... Je suis... tellement désolé... Oh mon Dieu, Katarina... Tu ne peux pas m'en vouloir autant que je m'en veux, tu sais... Oh mon Dieu...

Je posai une main sur son ventre, totalement déboussolé.

- Je n'ai pas réussi... Je croyais que... J'ai toujours cru que ça ne me poserait aucune difficulté de te venger, parce que je t'ai imaginé je ne sais combien de fois entre les mains d'Armando et ce que j'avais à faire me paraissait tellement évident... Et... je n'aurais pas dû le laisser prononcer trois mots lorsque je l'ai vu, mais je n'avais pas d'arme et quand tu me l'as donné, c'était déjà trop tard... Je ne sais pas pourquoi je n'ai pas réussi à le tuer. Mais je n'arrivais plus à... à...

Je n'arrivais plus à t'imaginer battue par celui qui avait été mon meilleur ami et qui m'abreuvait de paroles envoûtantes, m'assurant qu'il pouvait te protéger. Je m'étais fait avoir comme un bleu par l'arme que je maniais autrefois. Je n'avais pas cédé, encore suffisamment intelligent pour savoir qu'il ne racontait que mensonges et que Katarina n'accepterait jamais de le suivre, mais il avait réussi à me perturber assez pour sauver sa peau. Et ça, c'était déjà de trop. Perdu dans mes explications, la gorge nouée, je ne réagis pas tout de suite lorsque je sentis un choc contre ma main blessée délicatement posée contre le ventre de ma fille. Il y eut un silence pendant lequel l'information resta suspendue entre nous, refusant de se transmettre à mon cerveau déboussolé. Et puis je compris, d'un seul coup :

- C'est... C'est le bébé qui vient de bouger, là ?

C'était pour le coup que j'allais vraiment fondre en larmes.
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MessageSujet: Re: Make me wanna die [PV Katarina]   Lun 3 Jan - 16:23

Je me retins de justesse d'avouer à mon père que non, Ethan n'avait pas eu que des inconnus en face de lui. L'homme qu'Ethan avait littéralement massacré à coups de barre de fer n'était pas un inconnu. Loin de là. Cela avait été un ami, un dealeur... Pourtant, lui n'avait eu aucun scrupule à le tuer, à me venger, à me sauver. Ethan n'avait pas hésité une seule seconde. Je n'oubliais pas les sacrifices qu'il avait fait pour moi, même si j'avais en horreur le meurtre et la violence. Ami ou pas, il n'avait pas hésité. Et mon père qui venait de m'avouer qu'il avait épargné Armando à cause de leur vieille amitié... Alors c'était ça ? Une vieille amitié comptait plus que sa propre fille ? Je comprenais que cela puisse être dur de coller une balle entre les deux yeux d'un ancien ami. Mais n'étais-je pas sa fille ? Sa fille, qu'il avait mis sur son piédestal pendant tant d'années... Des mots, des mots, rien que des mots. Seulement de la théorie, aucune pratique. Tant de fois je l'avais entendu me dire qu'il tuerait Armando, qu'il le torturerait, qu'il lui en ferait voir de toutes les couleurs... C'était du vent, rien que du vent. Oh oui j'étais déçue et blessée de compter moins que cet ami. Déçue de réaliser que finalement, ce n'était pas moi qui avais été le vrai centre de sa vie pendant toutes ces années... En y repensant, peut-être qu'il valait mieux que le monde ait tourné de cette façon. Si j'avais découvert son vrai visage avant, j'aurais probablement coupé les ponts définitivement. Là, c'était un peu compliqué de couper les ponts. Et puis quelque part, il restait mon père, et je n'avais peut-être pas envie de le perdre. Mais peut-être avais-je déjà perdu mon père ? J'avais dû faire le deuil de mon « ancien » père. Quelque part je l'avais bel et bien perdu, ce père là. Je devais réapprendre à connaître mon père, je devais réapprendre à l'aimer, aussi... Mes repères avaient été bouleversés. Évidemment, moi aussi j'avais changé. Mais en bien. J'avais grandi, je m'étais mariée ( pour son plus grand malheur ) et j'étais devenue mère. Et mère, je le serais bientôt une seconde fois. J'étais devenue une femme, je n'étais plus sa petite fille, je n'avais plus à lui obéir. Si je n'obéissais presque à personne ( parce qu'en général personne n'avait rien à me reprocher ), ce n'était pas pour plier l'échine devant mon père. Les rôles étaient inversés. C'était à lui de se faire pardonner quelque chose. La seule chose qu'il aurait pu me reprocher c'était de ne pas l'avoir laissé choisir mon mari.

En sous vêtements devant lui, j'attendais qu'il ait une quelconque réaction devant mon corps meurtri. Il n'avait jamais vu en face les marques laissées par mon enlèvement. Que croyait-il ? Que je lui avais menti en lui avouant ce que j'avais subi ? Croyait-il que j'aurais pris plaisir à inventer de telles choses ? Hélas tout était vrai. Ces marques sur mon corps étaient indélébiles, elles ne s'en iraient jamais, elles me rappelleraient à jamais ce que j'avais vécu. Et s'il était choqué, qu'il se mette à la place d'Ethan. Ethan qui était devenu fou, qui avait fouillé tout New York pour me retrouver. Ethan qui m'avait retrouvée dans un état lamentable. À moitié morte, sale... Littéralement en miettes. Il n'oublierait jamais. On ne peut pas oublier ça. Je n'oublierais jamais une chose pareille, si les rôles avaient été inversés. Je comprenais pourquoi il en voulait tant à mon père. Il était parfois excessif, mais je le comprenais. Certes, ses réactions n'étaient pas forcément logiques ou compréhensibles, mais là je le comprenais. Si jamais je n'avais pas été enlevée, il aurait très certainement accueillit mon père à bras ouverts. C'est fou comme un « petit » événement peut tout changer, n'est-ce pas ? Il n'avait été témoin de rien... Alors comment pouvait-il prétendre comprendre ? Pendant des semaines je n'avais été que l'ombre de moi même, de même qu'Ethan, qui avait laissé son côté sombre prendre le dessus. Notre famille avait failli voler en éclats. Et il osait nous faire des reproches ? Mais n'avait-il donc ni bon sens, ni compassion ? J'avais l'impression qu'il ne se souciait que de lui. Il fallait qu'il comprenne qu'il ne pourrait pas retrouver son ancienne vie et son pouvoir. Qu'il comprenne qu'il n'était plus le seul homme dans ma vie. Qu'il comprenne, une bonne fois pour toutes, qu'il n'aurait plus ce qu'il voulait et qu'il était seul responsable des désastres dans sa vie. Personne ne l'avait forcé à devenir parrain de la mafia.

J'hésitais entre me mettre à pleurer et le secouer. Parce que j'avais bien vu ses yeux briller et s'emplir de larmes, même s'il ne s'autorisait pas à les laisser couler. Étrangement, voir mon père dans un tel état me mettait en colère, alors que cela me rendait triste quand Ethan pleurait. Au fond c'était un peu la même chose, mais Ethan... Je ne sais pas, en général ce n'était pas sa faute. Et puis je le savais hyper sensible, c'était un de ses traits de caractère. Je ne pouvais pas l'effacer. En revanche, je n'avais jamais vu mon père faire preuve de faiblesse pendant vingt cinq années. Avec Ethan, les choses avaient été claires tout de suite, je n'avais pas découvert cette faiblesse comme un vice caché. Je l'avais toujours su, et quelque part je ne considérais même pas cela comme une faiblesse. Être sensible ne faisait pas de lui un lâche. En revanche, j'avais la sensation que mon père s'apitoyait sur son sort. Oh oui, il pouvait être désolée ! Il pouvait dire « Oh mon dieu » un milliard de fois, Dieu ne viendrait pas le transformer en super héros. Et oui, il pouvait s'en vouloir, il y avait de quoi ! Mais ça ne changerait rien, rien, rien. J'eus un mouvement de recul quand il posa sa main sur mon ventre. Mais je t'en prie, fais toi plaisir... Là, je n'aurais pas aimé qu'Ethan débarque. S'il surprenait mon père la main sur mon ventre, il lui ferait la tête au carré, parce que c'était son enfant que je portais, et que selon lui mon père n'avait absolument aucun droit sur lui, comme avec Lena. Si je ne l'ai pas repoussé, c'est parce que je sentais qu'il avait encore quelque chose à me dire, et puis je ne voulais pas faire des histoires inutilement. Nous nous étions assez donnés en spectacle.

« Tu veux que je te dise pourquoi tu n'as pas été capable de faire quoi que ce soit ? En plus d'être lâche, tu es complètement mythomane. Tu crois tes propres mensonges ! Tu n'as jamais envisagé de tuer Armando, jamais. Parce que tu croyais encore à ton merveilleux passé... Tu n'as jamais envisagé qu'Armando ait pu me TORTURER. Comme si tu n'y croyais pas. Comme si c'était moi la menteuse ! Comme si... As-tu la moindre idée de ce que j'ai ressenti en face de cet homme qui m'a torturée ? Est-ce que tu imagines seulement à quel point j'ai eu peur, avec Lena dans les bras ? Il avait promis de la tuer. La tuer ! Tu as vu comment il la regardait ? Comment il me regardait ? Tu as vu ? Ou tu étais trop occupé à te demander comment tu pourrais retrouver ton ancienne vie ? »

J'avais bien compris qu'il s'était à moitié laissé à voir par les belles paroles d'Armando. J'avais vu que son discours envoutant l'avait perturbé. J'avais vu qu'il avait envisagé d'accepter sa proposition... Je n'étais pas aveugle. J'avais toujours été douée pour lire les émotions des autres. Et il osait me demander ce qu'il devait faire ? Ce qui n'allait pas ? La question était plutôt : qu'est-ce qui n'allait pas chez lui ? Il ne se posait pas les bonnes questions. Avant de me faire des reproches et d'en faire à Ethan, il devait d'abord se demander pourquoi il avait été perturbé par Armando au point de le laisser filer...

Je restai complètement pétrifiée en sentant un mouvement. Un minuscule mouvement. En moi. Il me fallut plusieurs secondes pour comprendre ce que cela signifiait. C'était le bébé qui venait de bouger. Pour la première fois. Pour la toute première fois il se manifestait à nous. Un instant j'oubliai ma colère pour me focaliser complètement sur ce qui venait de se passer. C'était inattendu. Je m'attendais à le sentir bouger, mais pas maintenant, pas alors que j'étais en train de me disputer avec mon père. La première fois que Lena avait bougé, j'étais avec Ethan, dans ses bras, au calme... C'était un moment parfait. Là, le moment était tout sauf parfait... Et c'était peut-être pour ça que le bébé venait de se manifester. Je prenais cela comme un avertissement. Assez de colère. Je repoussai doucement la main de mon père avant de me rhabiller doucement, comme pour me mettre à l'abri. Je me retournai vers mon père, sans répondre à sa question.

« Quel avenir est-ce que tu veux pour cet enfant ? Un avenir fait de peur, un avenir où il devra toujours craindre pour sa vie ? Enfermé ici, entre quatre murs froids et gris ? À ma place, est-ce que tu ne souhaiterais pas mieux pour ce bébé ? Je suis convaincue que ce n'est pas ce que tu avais souhaité pour moi. N'est-ce pas ? Sauf que tu vois, avec Armando libre et fou de rage, j'ai peur de ne pas pouvoir offrir à mes enfants ce qu'ils méritent. »

Je soupirai, levant les yeux au ciel.

« Tous les jours, j'ai peur. Peur de perdre Ethan, Lena... Peur de faire une vraie fausse couche à cause de nos conditions de vie. Peur qu'on ne trouve pas de quoi se nourrir, de quoi vivre... J'ai peur de tout. Et ça ne va pas en s'arrangeant. Je manque de mourir une fois par mois. Je ne suis pas indestructible, un jour, je ne m'en sortirais pas, et peut-être parce qu'Armando ne sera pas mort. Ou peut-être qu'il s'agira de Lena... Ou d'Ethan... Ou de ta précieuse Inessa. Après tout, ce sont toujours les innocents qui paient, pas vrai ? Moi, je passe mon tour, j'ai donné. J'ai eu ma dose. »

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MessageSujet: Re: Make me wanna die [PV Katarina]   Jeu 13 Jan - 3:46

Je devais être vraiment stupide pour n'avoir jamais imaginé cela un seul instant. Je m'étais abusé - encore ! - pour ne pas penser à toutes les marques physiques que cela avait pu laisser sur elle. Katarina était si forte, si vaillante, si belle ! De l'extérieur, habillée normalement, rien, absolument rien ne laissait deviner ce qu'elle avait subi. J'aurais dû le deviner ! J'étais son père, non ? Il y avait eu une époque où je pouvais toujours deviner lorsqu'elle avait un problème, même lorsqu'elle tentait de me le cacher. Que ce soient ses peurs de petite fille, ses tristesses d'adolescente, j'avais toujours su repérer quand mon trésor n'allait pas bien - étant ensuite beaucoup moins doué pour faire preuve de tact et la laisser tranquille quand elle l'aurait voulu, d'ailleurs. Excessivement protecteur avec elle, j'insistais toujours pour qu'elle m'explique ce qui n'allait pas, déterminé à pourfendre tous les nuages osant assombrir la vie de ma fille unique, sous quelque forme qu'il se présente. Maintenant, je n'étais même pas fichu de voir les traces profondes que cette affreuse semaine avait laissées en elle, dans tous les sens du terme. Pourquoi ? Sans doute parce que je savais que j'en étais responsable et que j'essayais le plus possible d'occulter cette vérité. Comme toujours ! Et d'ailleurs... Qu'est-ce qu'elle était en train de me dire, là ?

Et allez, encore un M ! Après le mafieux, le menteur, le manipulateur, je devenais mythomane maintenant. Mythomane, moi ? Je m'étranglai de fureur. Toute la colère que j'éprouvais contre moi se retourna contre... contre... contre quoi au juste ? Pas Katarina, mais quelque chose qui ressemblait un peu à Ethan, Armando, la Communauté, la fuite d'Inessa, l'interdiction de voir Lena, tout cela réuni. J'en voulais au monde entier à cause d'une simple accusation de ma fille à qui je ne pouvais me résoudre à en vouloir, quoi qu'elle fasse. Je n'étais PAS mythomane ! J'avais juste une mauvaise tendance... à refuser d'admettre les choses qui ne me plaisaient pas. C'était quelque chose que tout le monde avait déjà fait un jour ou l'autre, non ? Alors peut-être que ce défaut était plus accentué chez moi, mais franchement, de là à aller dire une chose pareille... Et d'ailleurs, je savais que ce n'était pas vrai, parce que dans les affaires, le seul moyen de s'en sortir était de ne surtout pas oublier la vérité derrière les mensonges que l'on susurrait. C'était bien la preuve que je n'étais pas mythomane. Et puis quoi encore. Qu'elle me traite de malade mental tant qu'elle y était !

J'étais à peu près aussi énervé qu'elle et secouais la tête à chacune de ses paroles. Je n'aimais pas qu'elle joue ainsi les psychologues avec moi. Et elle disait n'importe quoi... n'importe quoi ! Je n'avais cru en rien du tout. Je ne pensais pas du tout que ma vie passée était si merveilleuse, comme elle le disait si bien ! J'avais vraiment voulu venger ma fille en tuant Armando, de toutes mes forces, de toute mon âme ! Chaque jour j'imaginais ce moment où... où quoi ? Où elle fondrait en larmes dans mes bras sous le coup de l'émotion, tellement soulagée d'être débarrassée que plus jamais elle ne m'en voudrait ? Quelque chose de ce genre, oui. C'était certainement aussi utopique que son mariage avec Vitali. J'avais parfaitement vu de quelle façon affreuse il avait regardé Lena, c'était même ça qui... qui... Enfin il me semblait avoir remarqué, je n'avais pas trop fait attention en fait, j'étais trop en colère contre lui pour songer à ce lien nouveau et si particulier qui s'était instauré entre lui et Katarina, ce fil reliant une vie menacée à son tortionnaire. Probablement la relation la plus horrible et terrifiante qui puisse exister. Et je n'avais même pas pensé à ce que Katarina avait pu ressentir en cet instant !

... Mais oui, c'était bien ce qu'elle me disait. Et que je démentais à la seconde d'avant. Elle avait raison, peut-être pas dans les détails, mais elle avait tout de même raison. Je n'avais même pas fait attention à ce qu'elle avait pu éprouver face à son bourreau, son bourreau qui avait été un vieil ami de son père pendant toute son enfance et qu'elle pensait connaître et estimer. J'avais été trop aveuglé par ma colère et ma haine pour la voir elle, j'avais été trop fixé sur mon ancien meilleur ami, tellement désireux d'en finir avec lui... et tout ça pour quoi ? Cette indifférence serait sans doute passée inaperçue si j'avais fait que que j'avais eu à faire. Mais on était rentrés chacun dans notre trou avec une paire de doigts abîmés. Grandiose. Armando avait aussi un genou qui devait être dans un triste état, mais ce n'était pas à moi qu'il le devait, ça non ! Et je songeai soudain que pour ma fille qui était médecin et n'aspirait qu'à soigner et guérir les gens autour d'elle de toute violence, ce geste avait vraiment été très fort, et signifiait beaucoup plus que je ne m'en étais rendu compte sur le moment. Dans quelles affres avait-elle dû être plongée pour accomplir pareil acte ! Comment n'y avais-je pas pensé jusqu'à présent ?

Il était un peu trop tard maintenant pour réagir. Et quand bien même je m'en serais rendu compte sur le coup, qu'aurais-je pu dire ? Je te félicite ma chérie d'être passée au-delà de tes convictions, ou non, mieux, bravo Katarina, enfin quelqu'un qui ose tirer sur cet enfoiré, heureusement que tu es là parce que je n'aurais jamais pu ! Brillant, Alexeï, vraiment brillant... Je cherchais quoi répondre à cette avalanche de reproches lorsque je sentis un mouvement contre ma main.

Elle ne me répondit pas. Elle se contenta de repousser délicatement mes doigts, comme si elle ne voulait pas heurter le bébé de la violence qui nous déchirait. Je poussai un petit soupir lorsqu'elle me tourna le dos pour se rhabiller. Cela avait soudainement calmé le jeu entre nous, et je profitai avec délices de ce moment de répit. Elle reprit la parole, apparemment plus résignée qu'en colère à présent. Et ce qu'elle disait sur le ton d'une constatation banale me brisait. Comment pouvait-on dire ça sans même en avoir l'air effrayé ? Elle était blasée de cette menace qui pesait perpétuellement sur elle, tellement elle avait subi d'épreuves, et cela me désespérait. Oui, peut-être qu'elle mourrait un jour, par la faute d'Armando, peut-être même de sa main. Et si jamais cela arrivait, je serais autant responsable que si je l'avais moi-même assassinée. Je baissai la tête, comme un enfant pris en faute.

- Non, tu as raison, murmurai-je d'une voix rauque. Je n'ai rien voulu de tout cela, ni pour toi, ni pour ta famille. Mais... on peut trouver une solution, n'est-ce pas ? On va trouver une solution. On ne restera pas éternellement enfermés ici.

Qu'en savais-je, finalement ? Quand bien même je trouvais un endroit où vivre en sécurité, Ethan ne quitterait jamais la Communauté, et Katarina ne quitterait jamais Ethan. Mais Armando menait une telle vendetta contre Alexander et sa clique que je commençais à penser que nous serions bientôt plus en sécurité dehors, à survivre seuls. Je chassai une mèche de cheveux de son visage, un peu déboussolé.

- Je t'aime, trésor... Tu as raison, je voudrais que tout redevienne comme avant. Mais pas pour retrouver Armando. Pour retrouver ma petite fille et vivre avec elle, tous les deux heureux. Revenir à l'époque où j'arrivais toujours à te satisfaire. J'en ai assez de me sentir maladroit quoi qu'il arrive.

Ce n'était pas lui dire cela qui allait la consoler. Mais je voulais qu'elle comprenne que je faisais vraiment des efforts. Que simplement, je ne savais pas comment m'y prendre.


Dernière édition par Alexeï Kuryenko le Dim 16 Jan - 6:36, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Make me wanna die [PV Katarina]   Jeu 13 Jan - 16:30

J'en avais assez. Assez de devoir le mettre face à la vérité. Ce n'était pas mon rôle de le faire redescendre sur terre. Ce n'était pas à moi de le raisonner ! J'étais sa fille, pas sa femme ou son psychologue ! Et pourtant je ne faisais que cela, le raisonner, lui crier dessus, lui en vouloir, lui pardonner, ne plus vouloir le pardonner... Je ne pouvais plus continuer à agir de la sorte avec lui. Le problème, c'était que je n'avais pas le choix, parce que j'étais incapable de l'ignorer. Je ne savais pas jouer la carte de l'ignorance. J'en étais incapable. Je ne sais pas pourquoi, il y avait toujours quelque chose qui me poussait à aider les gens... J'en faisais trop, je le savais. Tout le monde me disait que mon père ne méritait pas que je fasse cela pour lui. Quelque part, ce n'était pas faux, je ne lui devais rien, je n'avais pas à lui pardonner quoi que ce soit. Mais voilà, j'étais incapable de faire comme s'il n'existait pas. C'était mon père, et je ne pourrais pas changer ça. Comme on dit, on ne choisit pas ses parents. C'était mon père. Et oui, il était loin d'être aussi parfait que je l'avais d'abord imaginé. Ne se rendait-il pas compte à quel point c'était dur de devoir revoir les idées qu'on s'étaient faites pendant vingt-cinq ans ? C'était comme s'il avait découvert que je n'étais pas la fille qu'il croyait que j'étais. Heureusement pour lui, je n'étais pas prête de changer aussi radicalement du jour au lendemain. J'étais celle que j'étais et je n'étais pas prête de changer. C'était peut-être mon caractère sentimental et extrêmement protecteur qui me poussait à essayer de recoller les morceaux. Il y avait peu de personnes auxquelles je tenais énormément, et ces personnes là, je ne refusais catégoriquement de les perdre. Ce qui était triste, c'était que ces mêmes personnes soient incapables de s'entendre entre elles. Mon mari et mon père se haïssaient... Je ne savais pas s'ils se rendaient compte de ce que cela impliquait pour moi. Je devais sans cesse jongler entre l'un et l'autre, c'était impossible d'avoir un tout petit moment en famille... Ça n'était encore jamais arrivé. Et pourtant cela faisait plusieurs semaines que mon père était ici. Même quand nous étions en train de déjeuner dans la salle commune, ils s'asseyaient le plus loin possible de l'autre, et moi je me retrouvais au milieu, et c'était toujours sans surprise que je me retrouvais à aller à côté d'Ethan, non sans jeter un coup d'œil désolé à mon père. Je savais que si je faisais ne serait-ce qu'un pas vers ce dernier, ce serait la quatrième guerre mondiale, et ce serait pire que l'utilisation de la bombe atomique. C'était insupportable.

Je le dévisageai une seconde, avant d'avoir un rire moqueur. On allait trouver une solution ? On allait trouver une solution ? Mais... Mais que croyait-il, enfin ? Que personne n'y avait pensé avant lui ? Il n'était pas le seul à s'être dit que nous ne pouvions pas rester enfermés ici éternellement.

« Mais enfin, tu ne crois pas que d'autres ont eu cette idée avant toi ? Cela fait des mois qu'Alexander, Aaron et Ethan cherchent une solution. Où veux-tu que nous allions ? Tu as bien vu comme nous sommes nombreux, et tu as bien vu que la plupart des personnes ici sont des enfants, des femmes ou des personnes incapables de se défendre. Tu nous vois à l'extérieur ? Tu me vois à l'extérieur, enceinte, et avec Lena ? Le monde n'est pas sûr pour un bébé de seulement cinq mois... La seule solution serait de quitter New York... Sous les tirs des Hors La Loi, cela risque d'être dangereux. Et je ne suis pas certaine que beaucoup d'endroits soient encore debout après les bombardements... Crois moi, cela fait longtemps que nous cherchons une solution. »

J'eus un soupir, tandis qu'il chassait une mèche de cheveux qui barrait mon visage. Je secouai légèrement la tête quand il m'annonça une nouvelle fois qu'il voulait retrouver sa petite fille pour vivre tranquillement avec elle. Quand comprendrait-il que je n'étais plus une petite fille et que nous ne vivrions plus jamais tranquillement dans notre petite maison de banlieue à Moscou. Tout ça, c'était terminé, c'était un temps révolu qui ne reviendrait jamais. On ne revient pas en arrière, il était bien placé pour le savoir. Mais cela n'empêchait bien évidemment pas de regretter.

« J'ai grandi, papa. Je ne pouvais pas rester ta petite fille éternellement. Je vais avoir vingt-six ans. Vingt-six ans. Et je suis mariée, et j'ai des enfants. C'est à moi maintenant de raconter des histoires avant de dormir, à moi de rassurer Lena quand elle pleure... Je ne suis plus ta petite fille, je suis ta fille tout court. Ta petite fille, ce n'est pas moi, c'est Lena. »

C'était Lena. Oui, c'était sa petite fille, comme j'étais sa fille, et rien ne changerait cela. Les liens du sang n'étaient peut-être pas les plus forts, mais ils existaient, et c'était ce que j'essayais désespérément de faire comprendre à mon mari et à mon père. Oui, j'étais la fille d'Alexeï Kuryenko, et non, cela ne changerait jamais. Mais au même niveau, Ethan était le père de Lena et cela ne changerait jamais. Qu'ils le veuillent ou non, ces deux là étaient liés à travers moi. Le plus paradoxal, c'était que ces deux là croyaient dur comme fer à la notion de famille. Et ils refusaient pourtant d'accepter leur propre famille. Je ne savais plus quoi faire pour arranger les choses. Ethan était intransigeant par rapport à mon père, refusant catégoriquement de l'accepter dans sa famille. Et mon père refusait d'admettre qu'Ethan était mon mari et qu'il était le père de Lena. Comme si toutes ces réalités étaient trop incroyables pour qu'ils acceptent d'y croire. Je n'aurais jamais cru que les choses puissent être si compliquées. Parfois, je regrettais d'avoir avoué à Ethan que mon père était responsable de mon enlèvement, et parfois je regrettais d'avoir avoué à mon père qu'Ethan était un drogué... Les choses auraient été tellement plus simples autrement. Je savais qu'Ethan aurait accueilli mon père bien volontiers dans un autre contexte, et mon père aurait pu accepter Ethan si dès le début il s'était fait une meilleure opinion de lui. Ils étaient tellement bornés qu'aujourd'hui je me demandais si c'était possible de recoller les pots cassés. J'avais parfois envie de les enfermer dans la même pièce et de les laisser se quereller une bonne fois pour toutes avant de faire cesser les choses. Mais les connaissant, ils seraient capables de se massacrer. Ils ne se rendaient même pas compte à quel point ils se ressemblaient tous les deux. C'était bien le plus triste dans cette histoire.

J'eus un sursaut quand Mathilda tira brusquement le rideau. Je crus d'abord qu'elle venait voir ce qui se passait, mais non, elle m'appelait une petite patiente, accompagnée de sa maman. Je jetai un coup d'œil à mon père, avant de lui demander d'attendre que j'ai terminée avec la petite fille. La conversation n'était pas terminée, mais je ne négligeais jamais un patient. Surtout quand c'était un enfant. C'était Lila, elle avait cinq ans, et sa mère nous l'amenait à cause d'une grosse coupure qui nécessitait des points de suture sur le bras. Elle avait l'air inquiète, ce que je pouvais comprendre. N'importe quelle jeune maman s'inquiétait pour ses enfants. J'ai pris Lila dans mes bras et je l'ai assise sur le lit, avant d'aller chercher le matériel médical. Quand je revins, la première chose que remarqua la petite fille, ce fut la seringue et le petit flacon d'anesthésiant. Ce n'était qu'une enfant, je n'allais tout de même pas la recoudre à vif. Mais je concevais qu'elle puisse être effrayée. Elle avait mal et elle avait dû avoir la peur de sa vie durant l'attaque. Et puis c'était bien connu, les enfants avaient carrément horreur des aiguilles, piqures, ou de toute autre chose y ressemblant.

« - Tu sais que j'aime pas les piqures Kat...
- Je sais, mais tu auras encore plus mal si tu n'as pas cette piqure. Tu te rappelles quand tu m'avais demandé de recoudre ta poupée ? Elle n'avais pas eu mal parce que je lui avais d'abord fait cette piqure. C'est une piqure magique.
- Ça veut dire que j'aurais pas mal ?
- La piqure, ça va picoter et après tu ne sentiras plus rien. Promis juré ! »

J'avais un peu oublié mon père dans un coin de la pièce. Il pouvait bien patienter un moment, je n'en avais pas pour longtemps. Pendant que sa mère essayait de détourner au maximum l'attention de la petite, j'en profitai pour lui injecter rapidement mais en douceur la petite dose d'anesthésiant. Heureusement, il n'y avait pas besoin de beaucoup de points. Mais c'était nécessaire pour éviter l'infection et pour qu'elle puisse guérir au plus vite de cette vilaine coupure. Comme je le lui avais promis, elle ne sentit rien, elle s'amusa même de me voir la recoudre. Mais ce n'était pas ce qui semblait l'intéresser le plus.

« - Dis, Kat, c'est vrai que tu vas avoir un autre bébé ?
- Oui, c'est vrai. Ça commence à se voir, tu vois ?
- Un peu... Lena va avoir un petit frère alors ? Moi j'avais un petit frère, avant... »

Je me suis arrêtée net, et j'ai relevé les yeux vers la mère de Lila, qui s'est contentée de baisser les yeux en haussant les épaules. Sujet sensible. Beaucoup de personnes avaient perdu un enfant ici, c'était un sujet tabou. Mais les enfants ignoraient ce genre de choses. Je me suis contentée d'acquiescer pour répondre à Lila. Oui, Lena aurait un petit frère, ou une petite sœur... Rien n'était encore certain, nous n'en savions rien, mais pour les enfants c'était toujours évident qu'un garçon venait toujours après une fille et inversement. Parler d'un enfant à naitre alors que cette mère avait perdu un enfant avait quelque chose d'indécent, cela me gênait, quand bien même je ne faisais que répondre à d'innocentes questions enfantines... une fois que j'eus terminé de recoudre la plaie, je désinfectais une ultime fois avant de bander légèrement le bras de Lila. Je l'aidai ensuite à descendre du lit, et elle me remercia en m'enlaçant, en profitant pour poser sa tête sur mon ventre. Elle parut déçue de ne pas ressentir de mouvement, mais elle finit par me lâcher, avant de s'éloigner avec sa mère, qui m'avait déjà remercié un bon million de fois. Je fis au revoir de la main à Lila avant d'aller me laver les mains rapidement.

Ensuite, je consentis à retourner vers mon père. J'avais moi aussi une question à lui poser. Oh, c'était une question difficile, et je doutais qu'il puisse me répondre du tac au tac. C'était une question à laquelle je n'avais toujours pas trouvé de vraies réponses, et je ne pouvais plus me contenter de ces espèces de miettes de réponses. J'avais besoin d'une réponse valable, qui tenait debout.

« Je vais te poser une question, et je veux que tu me répondes le plus sincèrement du monde, sans rien exagérer, et sans rien détourner. Je VEUX la vérité, et je me fiche que cette vérité blesse. »

Je lui lançai un regard entendu, avant de me hisser sur le lit pour m'y asseoir.

« Pourquoi est-ce que tu détestes Ethan ? Vraiment. Pourquoi ? Tu ne peux pas le détester sans raison. Cette raison, moi, je ne la vois pas. Et j'ai besoin de comprendre pourquoi. Qu'est-ce qu'il t'a fait ? À part épouser ta fille sans autorisation, qu'est-ce qu'il t'a fait ? »

Cela me faisait réaliser qu'il n'avait jamais vu comment Ethan se comportait avec moi. Il n'avait jamais vu aucun geste tendre entre nous. Pas un baiser, pas même une étreinte amoureuse... Il ne savait pas comment Ethan était avec moi, ni même avec Lena. Et c'était dommage. Parce que quelque chose me disait qu'il ne voyait Ethan que comme une brute et un ancien junkie. Or, ce n'était pas un junkie que j'avais épousé. Loin de là.

_________________
« AND HE TOOK HER IN HIS ARMS AND KISSED HER UNDER THE SUNLIT SKY,
AND HE CARED NOT THAT THEY STOOD UPON THE WALLS IN THE SIGHT OF MANY. »

— J.R.R. Tolkien.
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MessageSujet: Re: Make me wanna die [PV Katarina]   Dim 16 Jan - 7:35

Je secouai la tête, énervé, en colère, frustré de ma propre impuissance. Il y avait forcément quelque chose quelque part ! Le monde n'avait pas été entièrement rasé mis à part New York, tout de même ! C'était impossible, il y avait certainement des endroits, quelque part... des endroits où il y aurait possibilité de vivre, et non pas de survivre. Je n'y avais jamais réfléchi auparavant, parce qu'elle n'était pas avec moi. Mais maintenant que j'étais à ses côtés, que j'avais beaucoup plus conscience de sa fragilité, de tout ce qui lui était déjà arrivé et de ce qui pouvait lui arriver encore, je voulais absolument réussir à trouver quelque chose. C'était vrai que c'était difficile de quitter la ville. Les voitures se faisaient rares, et l'essence encore plus, d'ici peu, nous ne pourrions plus jamais en utiliser, condamnés à parcourir de petites distances en plusieurs jours, à pied, comme au Moyen Âge. C'était effectivement mission impossible avec plus de cent personnes sur les bras, sans compter qu'il faudrait transporter les vivres pendant le laps de temps où nous n'aurions pas d'abri. Comment faire ? Cependant, ce devait être possible. Si certaines personnes partaient en reconnaissance avant, que l'on ne quitte pas les galeries sans but, que les stocks étaient suffisamment bien organisés... Peut-être partir par petits groupes ? Oui, ce devait être possible, l'organisation était ma spécialité et j'étais persuadé qu'il y avait moyen de résoudre le casse-tête. Cependant, je ne le dis pas à Katarina. Chaque chose en son temps, il fallait d'abord se remettre de l'attaque avant de songer à une entreprise si gigantesque. Et Alexander était certainement assez grand pour y penser tout seul, ils n'avaient pas besoin de mes avis.

Une expression nostalgique flotta sur mes traits. J'eus un petit sourire lorsqu'elle se mit à ma place dans le rôle du parent. C'était étrange mais aussi assez flatteur, d'une certaine façon, de s'entendre dire qu'elle faisait les mêmes choses pour sa fille que ce que j'avais fait pour elle. Cela voulait dire que j'avais été un bon père, d'une certaine manière... Qu'elle ne me rejetait pas totalement. Qu'il lui arrivait de prendre exemple sur moi lorsqu'elle s'occupait de sa fille. Lui racontait-elle les mêmes histoires que moi ?

- Je veux bien le croire. Mais dois-je te rappeler qu'en ce cas-là, on peut considérer que je n'ai plus de fille du tout ? Tu as grandi. Et Lena, je ne peux pas la voir. Cela revient au même. Je me contente de ce que j'ai puisque je ne peux pas essayer d'obtenir ce que je n'ai pas... ou pas avant un bon bout de temps.

Je ne pouvais croire qu'Ethan se résoudrait un jour à me laisser voir Lena. J'attendais une autre échappatoire, du même genre qu'avec Lilly. Ou alors, peut-être que lorsqu'elle grandirait, elle tenterait de me voir pour comprendre par elle-même ce qui n'allait pas chez moi. Mais soyons honnêtes, à quel âge un enfant passe outre une recommandation de son père qu'elle subit depuis sa naissance ou presque ? A ce train-là, je n'étais décidément pas prêt de faire la connaissance de ma petite-fille. Et je n'étais absolument pas prêt à attendre cinq, dix, quinze ans. On ne pouvait m'interdire de connaître l'enfant que je verrais grandir et s'épanouir de loin sans jamais me laisser le droit de lui adresser la parole ! C'était cruel, inutilement cruel. Ethan avait compris, depuis le temps, que je ne ferais pas de mal à Lena, certainement. Il me la refusait simplement parce qu'il me détestait.

Le rideau fut soudain tiré, me faisant sursauter. Je reculai brusquement, m'écartant de la trajectoire de Mathilda et me coinçant dans un coin de la pièce, regardant Katarina s'occuper de sa petite patiente. Quel âge avait cette fille ? Quatre, cinq ans ? Quelque chose comme cela, oui, peut-être un peu moins, parce que la frayeur nouvelle dans les yeux des enfants, depuis deux ans, donnait une impression de maturité qui les vieillissait, curieux effet, qui nous rappelait perpétuellement ce que nous avions subi - s'il était possible de l'oublier. Croiser de plein fouet le regard d'un enfant faisait mal de nos jours. Brusquement, je fus heureux que Katarina ait été adulte avant ça, et que Lena soit née après. Elles avaient été épargnées, dans la mesure du possible. Lena... Cela me ramenait à mes pensées premières. Cette petite fille était peut-être ce que serait le bébé de ma fille dans quelques années, mais je ne la verrais pas, ne la connaîtrais pas. Je ne saurais pas si elle avait peur des piqûres, si elle avait une poupée ou une peluche préférée... C'était peut-être déjà le cas. Je ne lui offrirais rien parce qu'Ethan mettrait mes présents à la poubelle dès que j'aurais le dos tourné, et je ne lui parlerais pas sous peine qu'il la cloître sans plus lui laisser de liberté. Je ne la consolerais pas parce que je ne saurais rien de ses chagrins, je ne rirais pas avec elle parce que cela reviendrait sans doute à la faire punir par son père. Elle ressemblerait peut-être à cette petite-fille, ou peut-être pas du tout, finalement je n'en saurais jamais rien. Parce que quand je pourrais la voir librement, elle aurait probablement dépassé cet âge depuis longtemps. Je te hais, Ethan. je le répète souvent mais sans ce mantra à invoquer chaque jour, je crois que j'en aurais déjà fini avec toi. Prononcer ma haine l'alimente mais l'apaise aussi, ne serait-ce que pour un temps. Tu vois, je suis gentil, j'essaye de te protéger moi aussi... Quelle ironie.

Katarina ne prononça pas un mot lorsque l'enfant et sa mère furent parties, et j'attendis patiemment qu'elle eût fini de faire ce qu'elle avait à faire. Je n'étais pas pressé. Si cela pouvait augmenter le temps que je passais avec elle... Je profitais de chaque miette de sa présence qui m'était offerte, beaucoup plus qu'avant. Aujourd'hui, cela me paraissait extraordinaire de pouvoir être seul avec elle sans tension dans la pièce.

Certes, l'atmosphère présentement n'était pas dénuée de tension. Mais au moins nous ne nous disputions plus. C'était déjà un progrès. Cependant, je me crispai lorsqu'elle m'annonça la couleur de la suite. La vérité... je sentais que je n'allais pas aimer ça. Je n'avais jamais aimé ça, et encore moins lorsque c'était elle qui l'exigeait, parce que je ne pouvais plus lui mentir maintenant. Et là-dessus arriva LA question.

Pourquoi je détestais Ethan ? Mais enfin, c'était évident... Qu'il l'ait épousée sans mon autorisation, bon, elle venait de le dire. Parce que c'était un drogué, qu'il avait replongé alors qu'il était censé la soutenir. Parce qu'il me rejetait sans pitié même lorsque je faisais un pas vers lui, ce qui disait bien qu'il était moins prêt à faire d'efforts pour Katarina que moi, d'ailleurs, non ? Parce qu'il m'interdisait de voir Lena et que je ne pouvais voir Katarina qu'à petites doses. Parce que bientôt, ça aussi serait fini aussi, je me doutais que je n'aurais pas le droit d'approcher ma fille enceinte, alors que c'était l'une des périodes les plus importantes de sa vie. Parce qu'il avait dit la vérité à Inessa concernant sa ressemblance avec Sonja... mais ça, je ne pouvais pas vraiment l'avancer comme argument.

Curieusement, tous ces arguments sonnaient creux et vides. Comme s'ils étaient futiles, puérils. Surtout parce que lorsque j'y réfléchissais plus longuement, je trouvais un contre-argument à chaque fois, en faveur d'Ethan. C'était profondément injuste. Et par voie de conséquence, j'avais peur de les dire à haute voix, peur de l'entendre prendre la défense de son mari en me fustigeant pour être aussi intolérant. Cependant, ses yeux vrillés sur moi attendaient ma réponse impatiemment, et je n'avais jamais désobéi à ma fille, surtout lorsqu'elle me demandait quelque chose aussi clairement. Je n'allais pas commencer maintenant.

- C'est un drogué. Il ne te mérite pas... Il t'a abandonnée pour la drogue au moment de ta fausse couche, Katarina ! Il a préféré se consoler avec la drogue plutôt qu'avec sa femme. Lorsque ça m'est arrivé, j'ai soutenu Sonja et j'ai fait de mon mieux pour qu'elle oublie le plus rapidement possible, aussi mal que je me sentais. Pas lui. C'est le rôle d'un mari, pourtant... Il m'interdit de voir ma famille. Tais-toi, ne m'explique pas pourquoi, je le sais et même si je peux comprendre, je trouve ses arguments inutiles et stupides. Ose me dire que je pourrais faire du mal à Lena ! Il les a oubliés, ses arguments, il me l'interdit simplement parce qu'il me déteste lui aussi.

Je marquai une pause et repris plus lentement, plus difficilement :

- C'est vrai aussi que je le déteste parce qu'il t'aime. Autant voire plus que moi. Et surtout, parce que tu l'aimes aussi, et que tu le choisirais s'il y avait un choix à faire. Je suis jaloux, comme chaque père l'est du mari de sa fille. Est-ce que ce n'est pas normal et légitime ? Je le serais moins s'il était plus conciliant envers moi.

Cela, c'était probablement le plus dur à avouer. Et même si elle devait s'en douter, l'entendre confirmer à haute voix n'était pas la même chose. D'ailleurs, je crois que je venais de le confirmer même à moi-même. Mais enfin, c'était fait.

Je n'avais pas dit tout ce que j'aurais voulu dire, mais cela ne venait pas naturellement, et je laissai tomber. J'aurais voulu lui expliquer que j'avais essayé de faire un pas en avant, le premier, et que désormais, si nous ne nous entendions pas, c'était uniquement sa faute. Mais je n'arrivais pas à trouver mes mots. Décidément, oui, les mensonges étaient beaucoup plus faciles à prononcer que la vérité.
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Katarina K. Jones
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MessageSujet: Re: Make me wanna die [PV Katarina]   Lun 17 Jan - 19:37

Je me demandais sincèrement quelle serait la réponse à ma question. Je me demandais si, déjà, il y avait une réponse à cette question. Avait-il une réponse ? Pourquoi détestait-il tant Ethan ? Qu'est-ce qu'il avait bien pu lui faire au juste pour qu'il nourrisse une telle haine à son égard ? De mon point de vue, légèrement subjectif je dois l'admettre, Ethan n'avait rien fait de si grave. Bien sûr je n'étais pas sans savoir qu'Ethan ne correspondait pas du tout au profil de l'homme que mon père aurait voulu que j'épouse. Mais alors pas du tout. Ce qui était un peu paradoxal quand on pensait qu'il avait voulu me marier à Vitali, qui au final était un grand sensible comme Ethan. Mais Vitali était le fils d'Armando, ce qui jouait très nettement en sa faveur. Mais si Vitali n'avait pas été le fils d'Armando, il n'aurait certainement pas été sur la liste de gendre potentiels de mon père. J'étais persuadée que mon père s'était toujours imaginé, après avoir compris qu'entre Vitali et moi rien ne serait jamais possible, que j'épouserai un russe très, très russe, un peu à son image. C'est à dire avec un visage russe, un caractère russe, des idéologies, russes... Bref, un patriote pure souche. Cependant, je me demandais bien ce qu'il attendait que je devienne dans ce cas là. J'avais toujours été très claire à ce sujet là. J'aurais beau tomber amoureuse, rien ne me ferait arrêter mes études de médecine, rien ne me ferait abandonner mon travail. Je n'étais pas de ces femmes que l'on entretient. Hors de question de dépendre de qui que ce soit, surtout pas d'un homme. Je n'avais pas voulu dépendre de mon propre père, alors d'un autre... Pas question. Pourtant, je savais bien que mon père ne m'avait jamais imaginée en train de sauver des vies vingt-quatre heures sur vingt-quatre dans un bloc opératoire. Je ne sais pas trop comment mon père m'avait imaginée en tant que femme... Pas en brillant chirurgien de toute évidence. Pas non plus en médecin de fortune dans les souterrains de New York. Et j'avais un peu de mal à croire que malgré mon tempérament, il m'ait imaginée femme au foyer. Encore que malheureusement, ce rôle stupide commençait à me coller à la peau.

Non, de toute évidence j'avais pris un chemin qu'il n'appréciait pas particulièrement. Je le savais, encore qu'il ne m'ait rien reproché directement. Je savais qu'il aurait voulu que je ne parte jamais aux États-Unis. En bon russe qu'il était, il détestait ce pays. D'autant plus maintenant qu'il y était coincé par ma faute. Pourtant, il ne m'avait jamais empêchée de partir. Il m'avait laissée m'en aller. Il m'avait laissé faire des études de médecine, quand bien même j'avais senti qu'il aurait préféré que je ne m'éloigne pas de lui, que je reste chez nous, où j'avais malheureusement l'impression d'étouffer. Je savais qu'il aurait été prêt à m'entretenir toute ma vie si je l'avais voulu. Je n'étais pas naïve, j'avais toujours su que mon père avait beaucoup d'argent. À l'époque, ce que je ne savais pas, c'était comment il le gagnait, cet argent... Aujourd'hui je le savais, mais cela n'avait plus aucune importance. L'argent ne servait plus à rien, et il aurait pu être milliardaire qu'il aurait vécu comme n'importe qui d'autre. Cette guerre avait au moins eu le mérite de remettre tout le monde au même niveau de vie. Il y avait également quelque chose d'assez étrange dans le comportement de mon père. D'étrange et d'illogique. Il reprochait à Ethan d'être mon mari, mais il semblait oublier une information essentielle. Si Ethan était mon mari, c'était parce que je le voulais bien. Je l'avais choisi. Personne ne m'avait forcée à le faire. Ethan ne m'avait pas « volée ». Si nous étions ensemble, c'était bien parce que je le voulais. Ethan ne m'aurait même pas regardée si je lui avais demandé de ne pas le faire. C'était à moi en premier lieu qu'il fallait faire des reproches. Je n'étais pas victime, j'étais coupable à cent pour cent. Mon père aurait dû comprendre cela. Et aussi se souvenir que je n'avais jamais ramené aucun garçon chez moi. Que je n'avais jamais été de ces filles qui enchainent les conquêtes pour le plaisir. Non, j'étais de celles qui choisissent un homme et qui le gardent. Je n'épousais pas n'importe qui, je ne faisais pas des enfants avec n'importe qui. Et ça, il semblait l'oublier. Il ne voyait d'Ethan que ce qu'il voulait bien voir, c'est à dire le négatif par dessus tout. Tout ce qu'il voulait bien voir c'était ses erreurs, ses défauts... Il ne voulait pas seulement envisager de voir plus loin. Il ne voulait pas essayer de voir le bon côté d'Ethan. Parce que c'était plus facile de le détester, tellement plus facile que de se dire qu'au fond, il n'était pas si mal que cela. Qu'au fond, il méritait bien d'être celui que j'avais choisi. Qu'au fond, il n'était pas qu'une erreur dans ma vie. Mais il faudrait des années à mon père pour ouvrir les yeux. C'était tellement plus simple de voir ce que l'on voulait bien voir. Mon père était bien placé pour le savoir.

La première raison pour laquelle mon père disait ne pas aimer Ethan n'était en rien surprenante. L'excuse du vilain drogué, j'avais l'habitude. Alors quoi ? Parce qu'on se drogue, qu'on fait des erreurs, on n'a plus le droit d'aimer personne ni d'être aimé de personne ? Argument irrecevable. Il disait cela parce qu'il voyait les drogués comme des démons dont il faut se débarrasser à tout prix, pas comme des personnes en détresse. Cependant, ce qu'il ajouta ensuite me toucha un peu plus que je n'aurais voulu. Oui, Ethan s'était réfugié dans la drogue après ma fausse couche au lieu de me soutenir. Oui, c'était égoïste... Mais j'avais toujours su que dans les moments difficiles, Ethan se refermait sur lui même et évitait tout le monde, même moi. Parce qu'il était comme ça. C'était un défaut, oui, mais il était comme ça. Quand on aime quelqu'un, on se doit d'accepter ses bons comme ses mauvais côté. Rien n'est jamais parfait, tout noir ou tout blanc. Ma mère avait forcément eu ses défauts. Et sa chère Inessa en avait forcément. Il en avait, j'en avais, tout le monde en avait. Non, ce n'était pas la drogue le vrai problème... Ce n'était pas non plus le fait qu'il lui interdise de voir Lena, ou de me voir moi. Quand bien même cela jouait très certainement sur ses nerfs et sur le reste, ce n'était pas ça le cœur du problème. Et évidemment, qu'Ethan lui interdisait de nous voir parce qu'il le détestait lui aussi. Il ne fallait pas être devin pour le comprendre. Il savait très bien que mon père ne ferait pas de mal à Lena. Ce n'était pas pour autant qu'il lui faisait confiance. D'un côté je comprenais aussi Ethan, qui n'avait pas forcément apprécié que mon père manipule Lilly pour voir Lena. Je n'aurais pas apprécié non plus. Mais ces arguments là sonnaient tous creux, faux. Quelque chose me disait qu'il se mentait à lui même, et qu'il essayait de se persuader que ces raisons là étaient les vraies. Mais cela ne me convaincrait pas moi. Il dut s'en rendre compte, puisqu'après une pause, il consentit à m'exposer les vraies raisons de sa haine. À la fois si simples et si surprenantes.

C'était une pure question de jalousie. De jalousie pure et dure. Il n'y avait pas d'autre raison. Il était jaloux. Simplement jaloux. Et quelque part, je trouvais cela complètement idiot de faire de telles histoires pour une question de jalousie. C'était puéril. Décevant... Mais tellement humain.

« Alors il ne s'agit que de ça ? De jalousie extrêmement mal placée ? »

J'ai froncé les sourcils, avant de secouer la tête légèrement. Je ne savais même pas comment réagir à ça. Je m'étais attendue à des insultes, des reproches fondés... Pas à un bête sentiment de jalousie.

« Qu'est-ce qui t'effraies le plus ? Qu'il m'aime et que je l'aime ? Ou peut-être qu'il m'aime peut-être beaucoup plus que toi, tu ne m'aimes ? »

C'était peut-être cela qui le dérangeait le plus, au fond. Cette éventualité selon laquelle il m'aimerait moins que mon mari. Cette éventualité qui confirmerait plus la place d'Ethan auprès de moi. Cette éventualité qui pouvait lui faire réaliser que malgré tous ses défauts, Ethan m'aimait plus que lui. Moi, cela ne me choquait pas autant que cela semblait le choquer lui. Quelque part je trouvais cela magnifique que quelqu'un puisse vous aimer encore plus que vos propres parents. Ethan était mon âme sœur, ce n'était pas le cas de mon père. Mais je comprenais que mon père puisse se retrouver stupide et choqué devant cette vérité. Il pensait être celui qui m'avait toujours aimé le plus. Aujourd'hui il découvrait que ce n'était peut-être pas le cas. Aujourd'hui il était jaloux parce que quelqu'un d'autre avait pris sa place et ce du jour au lendemain, sans prévenir. Le choc était rude. J'eus un soupir, et pour la première fois depuis longtemps, je fis un geste vers lui. J'attrapai ses mains entre les miennes en souriant doucement.

« Tu sais ce que je crois ? Que tu détestes Ethan parce que tu ne le connais pas. Si je te demandais de me le décrire, tu me dirais certainement que c'est quelqu'un d'instable, de colérique... Tu ne l'as jamais vu autrement qu'en colère, effrayé, menaçant... Tu crois vraiment que j'aurais épousé quelqu'un comme ça ? Tu sais bien que non, papa. »

Il n'avait jamais vu le vrai Ethan. Il n'avait jamais vu l'homme que j'avais épousé. Il n'avait toujours vu que le leader, le drogué. Pas le mari aimant et attentionné qu'il était avec moi. Ni le père qu'il était avec Lena. Il n'avait vu que le mauvais côté d'Ethan. Il ne savait pas encore que le bon existait.

« Ethan n'est pas comme ça... Ethan est... Il me prend toujours dans ses bras pour dormir. Il me berce quand j'ai du mal à m'endormir... Il garde Lena des heures entières dans ses bras si elle s'y est endormie, rien que pour ne pas la réveiller... Il fait toujours attention à ce qu'elle puisse attraper sa peluche préférée... Il a repeint notre mur pour que je me rappelle de chez nous... Il a accroché des photos de la Russie partout parce que j'avais eu un moment de déprime... Jamais il ne m'a fait passer après lui ou après qui que ce soit... Il pardonne tout, absolument tout... Il m'aime, papa. Il m'aime. »

Je m'était épanchée un peu plus que je ne l'aurais voulu, en souriant un peu trop, et avec des yeux un peu trop brillants. Mais au moins, il ne pouvait que comprendre que je ne parlais pas d'un monstre.

« Et je l'aime. Je n'avais jamais été amoureuse avant lui. Tu sais que je ne m'attache pas à n'importe qui. Je suis amoureuse d'Ethan, parce qu'il en vaut la peine. »

Profonde inspiration. Tout était dit.

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MessageSujet: Re: Make me wanna die [PV Katarina]   Mer 19 Jan - 13:22

Je me mordillais la lèvre, l'air gêné. Dit comme elle venait de le faire, cela sonnait terriblement puéril et stupide. Une bataille de gamins, ni plus ni moins. Je l'aime plus que toi, je la protège mieux que toi, non, c'est moi qui la rends le plus heureuse, et c'est mon jouet à moi, laisse-la moi ! Nous nous disputions Katarina comme deux chiens se seraient disputés un morceau de viande. Et elle, elle était déchirée au milieu, incapable de rejeter définitivement l'un d'entre nous. Je me rendais soudain compte des efforts spectaculaires qu'elle avait faits envers moi. Elle avait eu mille reproches à me faire, et malgré ces reproches, et Ethan qui aurait voulu qu'elle cesse définitivement de me voir, elle était restée, envers et contre tout. Elle restait toujours, auprès de nous deux. Elle était obligée de se couper en deux pour contenter nos caprices. Ethan lui ferait sans doute une crise de jalousie et de paranoïa lorsqu'il apprendrait que j'avais senti bouger son bébé pour la première fois. Et elle sentait mon regard de reproche et de mélancolie à chaque horaire commun, lui rappelant sans arrêt qu'elle devait toujours délaisser l'un d'entre nous. J'avais conscience que j'aurais dû lui laisser plus de liberté, ne pas lui faire sentir qu'elle n'était pas assez avec moi à mon goût. Mais je n'y étais pas prêt, tout simplement parce que je savais qu'Ethan, de son côté, se comportait de la même façon. Et pourquoi pourrait-elle être tranquille seule avec Ethan alors que la réciproque n'était pas vraie ? Simplement... Si nous attendions tous les deux que l'autre réagisse en premier, nous n'étions pas prêts de sortir de cette impasse. Je poussai un vague soupir. Presque outré par ce qu'elle venait de dire.

- Il ne t'aime pas plus que je ne pourrais le faire. C'est... impossible ! fis-je en secouant la tête, obstiné. Non, c'est impossible. C'est toujours moi qui t'ai aimée, qui me suis occupé de toi, et qui t'ai rendue heureuse durant toute ton enfance. On ne peut pas passer au-delà de ça !

Je me rendais compte en prononçant ces mots que c'était là même la réponse à sa question. Oui, j'avais peur, j'avais peur que quelqu'un surpasse mon amour pour elle, j'avais peur qu'elle m'abandonne pour aller vers cette personne, ce qu'elle était précisément en train de faire avec Ethan. J'avais peur parce que cela signifiait moins la mériter, cela signifiait qu'elle se sentait mieux avec un autre qu'avec moi. J'avais peur parce que ma fille avait été le centre de ma vie pendant près de vingt-trois ans, depuis la mort de ma femme, et que je n'aurais jamais supporté de la perdre au profit d'un autre. Lui avais-je déjà dit tout cela ? Non, jamais. Elle savait que je l'aimais, plus que tout. Mais elle n'en connaissait pas les raisons profondes. Elle pensait sans doute que ce n'était que l'amour banal qu'un père porte à sa fille. Mais c'était tellement plus complexe ! Complexe mais aussi très simple à la fois. Seulement je ne pensais pas qu'elle puisse concevoir l'ampleur de ce sentiment. Elle pouvait en avoir une idée... elle avait Lena à présent. Mais il ne s'était pas passé autour de sa relation avec Lena ce qu'il s'était passé autour de nous deux. Sans prétendre qu'elle aimait moins sa fille que moi la mienne, je pensais juste que c'était quelque chose de différent. Mais comment parvenir à exprimer cela ? Je ne pouvais pas. Je n'y arriverais pas. Je n'avais jamais été très expansif, pas sur mes sentiments en tout cas. Je les refoulais trop pour cela.

C'est à ce moment-là, alors que je cherchais mes mots pour expliquer cela, bloqué et frustré de ne savoir comment lui éclaircir mon point de vue, qu'elle s'avança vers moi et me prit les mains. C'était la première fois. La première fois depuis plus de deux ans qu'elle faisait un tel geste. Elle n'en avait jamais eu l'occasion depuis que j'étais arrivé... C'était toujours moi qui avais fait un pas vers elle. Et elle me regardait avec ce sourire fondant, le même sourire que sa mère. Je me sentis sourire bêtement à mon tour. Comment pouvais-je résister lorsque ma fille adorée me regardait ainsi ? J'oubliais tous mes griefs, y compris ceux contre Ethan, et je me contentais de l'écouter me parler. Elle pouvait bien me louer tous les gens que je détestais, je me contentais de profiter de ses mains contre les miennes, de son contact et de sa voix. Cependant, je l'écoutais tout de même, je comprenais ce qu'elle me disait... Je comprenais son amour pour Ethan. Je la voyais faire la liste de toutes ses attentions envers elle avec un plaisir évident ; ses yeux brillaient et son sourire s'élargissait au fur et à mesure qu'elle parlait, parlait, parlait. Je n'avais jamais vu ma fille amoureuse... Et cela faisait plaisir à voir. Elle semblait heureuse. Vraiment heureuse. Et si ce n'était pas de mon fait, que m'importait tant qu'elle allait bien ? Je n'avais pu admettre cela parce que je ne l'avais jamais vue ainsi alors qu'elle parlait d'Ethan... Mais là, tout me paraissait limpide et clair. Je la comprenais enfin. Et finalement, je ne pouvais que m'incliner.

- Tu aurais dû me le dire plus tôt... remarquai-je avec un petit sourire triste, la voix enrouée.

Je me rapprochai un peu plus d'elle et la pris dans mes bras. Tout contre moi. Sa tête contre ma poitrine, une de mes mains entremêlée dans ses longs cheveux épars, l'autre dans le creux de son dos. Une étreinte dont j'avais eu besoin très longtemps, qui m'avait terriblement manqué ces dernier temps. La douceur de ma fille me faisait du bien, et j'aimais la sentir déteindre sur moi. Je la tenais contre moi comme si cela aurait pu aider le processus.

- D'accord, tu as gagné. Je comprends mieux, maintenant. Je regrette simplement de ne pas avoir vu cela plus tôt.

Cela ne changeait pas forcément mes sentiments envers Ethan. Ils ressurgiraient sans doute dès que je le croiserais. Mais j'étais déjà plus enclin à retenter un effort envers lui. Même si je ne pouvais m'empêcher de songer à ce qu'il avait fait subir à Inessa. Ou plutôt, si l'on voulait employer les termes justes, ce qu'il avait fait réaliser à Inessa quant à ce que je lui avais fait subir. Seulement je ne risquais pas de le formuler comme cela un jour... Je le considérais encore comme unique responsable de son départ. Je chassai ces idées noires et embrassai les cheveux de Katarina.

- Tu as ma bénédiction... vous avez ma bénédiction. J'aurais aimé que les parents de Sonja puissent me voir comme ça... Je n'ai pas le droit de te refuser ça.

Je la lâchai et me reculai d'un pas pour la laisser respirer.

- Tu sais ce qui m'a le plus blessé quand je l'ai appris ? C'est de ne pas avoir pu assister à ce mariage. J'aurais tellement aimé voir ma petite fille devenir une femme...

Un vague sourire flotta sur mes lèvres. Je décidai de changer de sujet avant de déclarer un amour inconditionnel à Ethan sous mon élan. Lorsque j'étais embarqué comme cela, je pouvais aller très loin sans forcément le vouloir.

- Vous avez pensé à des prénoms ?
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MessageSujet: Re: Make me wanna die [PV Katarina]   Mer 19 Jan - 18:15

Ses justifications maladroite étaient la preuve de ce que j'avançais. Il avait peur. Peur de ne pas m'aimer assez. Parce que m'aimer moins qu'Ethan, c'était être incapable de rivaliser avec lui pour quoi que ce soit. C'était être dans l'impossibilité de me mériter aussi. M'aimer moins, c'était prouver à Ethan qu'il valait mieux que lui. Et mon père n'était certainement pas prêt à accepter cela. N'importe quel père ne pourrait pas accepter cela sans au moins tenter de prouver le contraire. Je ne pouvais pas avoir la certitude qu'il m'aimait moins de toute façon. Et je ne voulais pas l'avoir. Qu'il m'aime, c'était tout ce que je lui demandais. Ce n'était pas un concours de toute façon. Je n'étais pas l'enjeu d'un quelconque pari. Je ne voulais pas que ce sujet devienne prétexte à de nouvelles disputes. L'ambiance était assez électrique sans qu'il faille en rajouter. Et puis ce n'était pas si important. Je regrettais suffisamment d'avoir été obligée d'avouer à mon père que je l'aimais moins que j'aimais mon mari. Même si c'était vrai, il n'en restait pas moins que je l'aimais terriblement, parce qu'il était mon père et que rien n'effacerait ma vie avec lui, même si je devais accepter que ces souvenirs soient tâchés par le mensonge. Encore que, au final, il n'avait jamais joué avec mes sentiments. Il avait tenté de me protéger. Peut-être pas de la meilleure façon, mais il avait essayé. Et je n'avais jamais manqué de rien. Sans être pourrie gâtée, j'avais eu tout ce qu'il fallait, et ce qui n'avait pas été le cas de beaucoup d'autres petites filles en Russie. Je ne lui reprocherais jamais la façon dont il m'avait élevée. C'était en partie grâce à lui que j'étais devenue ce que j'étais aujourd'hui. J'étais peut-être devenue cette personne justement parce que je n'avais rien su de ses agissements. Encore que ce n'était pas forcément vrai... Vitali avait toujours été au courant des agissements de son père, et il n'était pas devenu comme lui. Il ne fallait pas compter sur lui pour reprendre ses affaires. Heureusement d'ailleurs. Non, tous les malheurs du monde n'étaient pas attribuables à mon père, quand bien même il avait été responsable d'une partie pendant un moment. Mais j'essayais de me dire que ce qui était fait était fait. Il fallait que nous allions de l'avant. Aujourd'hui je voulais avancer, et cesser de rester accrochée au passé. Cela n'apportait jamais rien de bon, tous ceux qui l'avaient fait s'en mordaient les doigts. Je l'avais fait aussi.

« Je n'ai jamais eu l'intention de passer au dessus de ces vingt-trois années, papa. Mais même pendant tout ce temps là, il m'a toujours manqué quelque chose. Et ce quelque chose, je l'ai trouvé avec Ethan. Et tu n'as pas à t'en vouloir. Ce n'était pas quelque chose que tu pouvais me donner toi. Cesse de te culpabiliser et de penser que tu as commis une erreur. Ce n'est pas le cas. Simplement, je te demande d'admettre qu'Ethan m'aime à la folie, et qu'il ne lui a fallu que deux ans pour me rendre parfaitement heureuse. Mais tu n'as rien à te reprocher. »

Ce qu'Ethan m'apportait, personne d'autre n'aurait pu me l'apporter, même pas lui. Ce qu'Ethan me donnait, c'était de l'amour, un amour bien différent de celui entre un père et sa fille. Ethan m'aimait comme une femme, il voyait la femme, et seulement elle. Il ne voyait pas l'enfant que j'avais été. Tout comme je voyais l'homme qu'il était. Il s'agissait d'un amour bien différent. Et malgré tous ses efforts, mon père n'aurait jamais pu me l'apporter. C'était une chose que quelqu'un d'autre devait m'offrir, quand bien même cela ne lui plaisait pas. Tout ce que je voulais qu'il comprenne c'était qu'Ethan me rendait heureuse. Très heureuse même. Qu'il n'était pas celui qu'il pensait qu'il était. Il n'avait jamais vu comment Ethan était avec moi. À part quand il me protégeait. Il ne l'avait jamais vu me serrer dans ses bras avec amour. Il ne l'avait jamais vu me sourire, m'embrasser... Je crois que mon père n'avait même pas encore compris qu'il y avait un lien physique entre nous. Il ne nous avait jamais vu très proches. Je voulais vraiment qu'il voit quelle façon particulière avait Ethan de me prendre dans ses bras. Une simple étreinte lui ferait tout comprendre. Je voulais également qu'il voit comment il s'occupait de Lena. Il la traitait vraiment comme une princesse. Rien que le fait qu'il la garde dans ses bras pendant des heures pour ne pas la réveiller... Je me souvenais d'une fois, quand elle était encore toute petite, où il l'avait gardée dans ses bras pendant presque cinq heures. Je l'avais retrouvé à son bureau, à essayer de tout faire d'une main. Le pire dans tout ça, c'est qu'il avait acquis une technique parfaite qui lui permettait de ne pas la réveiller tout en faisant ce qu'il avait à faire. Moi je me contentais de la déposer assez doucement dans son berceau pour ne pas la réveiller, lui ne prenait même pas ce risque.

J'eus un sursaut, bien vite réfréné, quand il vint me prendre dans ses bras. D'abord légèrement tendue, je finis par me laisser aller contre lui, laissant mes mains contre sa poitrine. Et pendant une minute, je suis redevenue sa petite fille. Je ne pus m'empêcher de froncer les sourcils et de relever la tête vers lui quand il m'annonça que j'avais gagné. Qu'est-ce que j'avais gagné ? Je n'avais pas cherché à gagner quoi que ce soit. J'avais simplement voulu lui expliquer mon point de vue. Évidemment, j'avais pris la défense d'Ethan. Parce que je voulais lui faire comprendre que derrière l'homme dur il y avait quelqu'un de bien. Je ne pensais pas pour autant gagner. Je le savais arrêté sur ses idées, je le savais têtu et borné. Au fond, ils avaient bien plus de points communs qu'ils ne voulaient bien l'avouer. Ne serait-ce que dans la façon qu'ils avaient de se comporter avec moi. Qu'ils se disputent tous les deux mon amour les rapprochait peut-être plus que cela ne les éloignait comme ils devaient le penser tous les deux. Mais j'étais bien évidemment la seule à le penser. Eux, ils ne le verraient jamais, à moins que je ne le leur fasse remarquer. Mais leur vision était trop subjective pour qu'ils ne le réalisent et l'acceptent. Peut-être plus tard, qui sait... J'eus un petit soupir de contentement quand il m'embrassa dans les cheveux. Il faisait toujours cela pour me rassurer. Une chose était certaine, je n'étais pas préparée à ce qu'il allait me dire ensuite. À tel point qu'il me fallut un moment pour comprendre ce qu'il venait de me dire. Choquée et incrédule, je le regardais, bouche et yeux grands ouverts. Pendant une seconde, je me suis demandée si je n'avais pas rêvé ce qu'il venait de me dire, tellement cela me paraissait inconcevable. Je savais ce que cela représentait qu'il accepte de nous donner sa bénédiction, à Ethan et moi. Cela signifiait beaucoup de choses. Qu'il l'acceptait dans notre famille, qu'il l'acceptait lui, qu'il acceptait notre mariage. J'étais muette de stupéfaction.

« Merci... Tu ne sais pas ce que ça représente pour moi... Merci, papa, merci... »

Je ne pouvais rien dire d'autre tellement j'étais touchée. Pour moi, il faisait un effort considérable. Je ne pouvais que le remercier. Il n'y avait rien d'autre à dire. De toute façon j'étais presque trop choquée pour dire autre chose. J'en avais les larmes aux yeux. Je restai figée sur place quand il recula, certainement pour me laisser respirer un peu. J'eus un sourire un peu pauvre quand il me fit savoir que ce qu'il regrettait surtout, c'était de ne pas avoir pu assister à notre mariage. J'eus un petit soupir, avant de hausser les épaules doucement.

« Tu n'as rien manqué... Il n'y a eu ni fête, ni cérémonie... On ne pouvait pas se le permettre. Mais nous nous sommes mariés c'est l'essentiel. Et puis tu sais bien que ça n'a jamais été mon truc les robes de princesse et tout ce qui va avec... Mais j'ai sauvé cette robe que tu m'as offerte. Je ne l'ai jamais mise, mais bizarrement, j'ai pensé à la garder. Elle prend la poussière dans sa boite. »

J'eus un petit rire. C'était un peu bête, de sauver une robe de grand couturier à une époque pareille. Je ne la mettrais probablement jamais. Mais c'était surtout pour sa valeur sentimentale que je l'avais conservée. C'était stupide mais c'était comme ça. Ce genre de stupidités pouvaient faire du bien aujourd'hui. Avec un sourire, je reculai et allai m'asseoir sur le lit, quand vint la question à laquelle je ne m'étais pas vraiment préparée. Comme Ethan, mon père savait être assez déstabilisant. Il passait souvent du coq à l'âne quand il était heureux. Je n'allais pas m'en plaindre. Il voulait donc savoir si nous avions pensé à des prénoms pour le bébé. Avec un petit sourire en coin, je glissai mes deux mains sur mon ventre, appréciant sa forme rebondie sous mes doigts.

« Eh bien... Si c'est une fille, ce sera Nina Sonja Jones. Et si c'est un garçon, possibilité que j'envisage, au contraire d'Ethan, ce sera Sasha Aaron Jones. Nous en avons discuté et ces choix sont définitifs. Ethan aime bien être sûr... Ça paraît un peu dingue, mais il adore parler à mon ventre. Enfin, au bébé. »

C'était dingue comme une situation nuageuse et orageuse pouvait laisser place à un ciel radieux si vite. C'était aussi bien, je n'aimais pas être en colère. De toute façon, je ne restais jamais en colère très longtemps.

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MessageSujet: Re: Make me wanna die [PV Katarina]   Jeu 20 Jan - 18:02

Elle essayait de me rassurer, me réconforter, mais je ne savais pas très bien si cela fonctionnait. J'étais bancal, mitigé, incapable de comprendre si je devais m'en faire un reproche ou admettre que c'était inéluctable. Pourtant, ses paroles étaient sans équivoque, mais je n'arrivais pas à m'en convaincre. Que je me devais d'être celui qui l'aimerait et la protégerait le plus, toujours, avait été un fait pour moi pendant trop d'années pour que je puisse l'effacer aussi facilement maintenant. D'autant que même si j'avais fait un pas en avant assez extraordinaire aujourd'hui vis-à-vis d'Ethan, je n'étais pas pour autant son meilleur ami et ne lui aurais jamais laissé ma fille sans les explications pleines de cœur et d'émotion qu'elle venait de me livrer. Non, ce n'était pas facile. Pourtant il faudrait bien que j'y arrive un jour. C'était curieux, parce qu'en temps normal j'arrivais très bien - même trop - à me déculpabiliser, et là, je ne parvenais pas à m'ôter de la tête que cette situation n'était pas normale, que j'avais forcément fait quelque chose de travers pour que ma fille ressente toujours un manque auprès de moi. Pourtant, ce qu'elle me disait était logique, et n'importe qui d'autre l'aurait compris ; simplement, je n'arrivais pas à m'y faire. Il me faudrait certainement du temps pour réussir à intégrer que ma fille n'était... eh bien, que ma fille. Elle était loin l'époque de la petite gamine de cinq ans qui voulait épouser son père ! Tous les enfants disent cela, et pourtant, cela touche toujours beaucoup les parents. Moi aussi, ça m'avait touché, et je ne l'avais jamais vraiment oublié, au fond, comme si j'avais voulu qu'elle désire toujours cela, même à vingt-six ans.

Je ne savais pas trop quelle réaction j'attendais d'elle quant à ce que je lui dis ensuite. Mais elle me fit sourire, avec son air de poisson rouge. Tout changeait lorsqu'on était de bonne humeur. Quand je pense qu'il y a cinq minutes nous nous disputions encore ! Je remerciai intérieurement le bébé caché bien à l'abri dans le ventre de ma fille. Elle avait l'air absolument ahurie et stupéfaite mais aussi... heureuse. Avais-je réussi à mettre le doigt sur ce qui pourrait lui faire plaisir ? Simplement admettre son union avec Ethan. C'était aussi simple que cela... Et finalement, c'était évident. Parfois, je pouvais être incroyablement obstiné, je m'en rendais compte à présent. J'avais pourtant vécu la même chose qu'Ethan, et je reproduisais le schéma que j'avais tant détesté de la part de mes beaux-parents... Toujours la même chose. On se croit plus intelligent que les adultes mais lorsqu'on y arrive, on est bien aussi stupide que l'on les trouvait autrefois. Cependant, son incrédulité me vexait presque. Avais-je donc été si intransigeant jusque-là ? Hum... A bien y réfléchir...

Elle ne trouvait même plus ses mots. Elle ne parvenait qu'à me remercier, encore et encore et encore. M'avait-elle déjà remerciée avec autant d'effusion ? Comme ça, je n'en avais aucun souvenir. Mais contrairement à ce qu'elle semblait croire, je savais ce que cela représentait pour elle, oh oui, en tout cas bien plus qu'elle ne pouvait le penser. J'avais eu du mal à dire cela... mais même si je n'aimerais probablement jamais Ethan, je pouvais au moins reconnaître l'amour mutuel entre lui et Katarina. C'était le moins que je puisse faire. Restait à espérer qui lui aussi se rende compte de cet effort... Ces mots signifiaient-ils quelque chose pour lui ? Ou n'y prêterait-il aucune importance, les considérant comme une simple tradition, rien de vraiment profond ? Chez moi, ils avaient une signification importante, et Katarina avait compris que si je les disais, c'était parce que je faisais un réel effort. Et sincère effort. J'eus un petit rire-sanglot lorsqu'elle me parla de sa robe. Ce cadeau-là, j'en avais été très fier, parce que j'avais pressenti à quel point elle serait belle dedans. Je n'aimais rien tant que dépenser de l'argent pour elle, même si cela pouvait paraître surfait. Et j'apprenais maintenant qu'elle ne l'avait jamais mise... mais qu'elle l'avait sauvée tout de même.

- C'est malin ! J'ai eu du mal à la choisir, tu sais. Et je ne connaissais pas la moitié de tes mesures sur ce qu'ils me demandaient, ç'a été difficile de la faire faire. Et tu m'annonces maintenant que tu ne l'as jamais mise ?

J'avais pris un ton faussement grondeur, mais en réalité cela me faisait plutôt rire. Quand elle avait été enfant, Katarina m'avait servi de poupée grandeur nature et portait rarement deux fois la même tenue, manie qui s'était très vite altérée lorsqu'elle avait atteint l'adolescence. Cette robe était un magnifique cadeau, mais aussi une petite plaisanterie, un clin d'œil à cette période, quelque chose qu'elle pourrait porter avec nostalgie, dans les rares occasions où elle la porterait, quelque chose qui la ferait se souvenir de moi. Et même si elle ne l'avait jamais mise... elle l'avait sauvée. Elle l'avait gardée, alors que ç'aurait été tellement plus intelligent de garder des vêtements pratiques, ou de prendre la place qu'elle prenait pour des objets plus utiles. Cela me touchait plus que je ne l'aurais pensé. Mais rien n'aurait pu me toucher autant que ce qu'elle m'annonça ensuite concernant les prénoms qu'ils avaient choisi.

- Nina... Sonja ? Ce sera Sonja son deuxième prénom ?

Après tout, lorsqu'on y réfléchissait, c'était logique. Le deuxième prénom de Lena était bien Eleanor, celui de la mère d'Ethan. Mais je me sentais le cœur chaviré à l'idée de voir ma deuxième petite-fille porter le nom de ma femme. Pour moi, il me semblait évident que ce serait une fille, mais je ne savais pas trop pourquoi. Cependant, l'annonce de ces prénoms venait de me conforter dans mon idée. Ce serait forcément une fille, parce qu'il fallait qu'elle porte ce prénom ! Cela me faisait plaisir à un point qu'elle n'imaginait sans doute pas.

- C'est adorable... Si tu savais... Merci, Katarina.

Je savais qu'elle n'avais pas fait cela pour moi, cependant, elle avait dû se douter à quel point cela me plairait qu'elle honore la mémoire de sa mère ainsi, et je voulais l'en remercier.

- C'est joli, Nina, aussi. Lena, Nina. Ça va bien ensemble.

Je n'avais pas vraiment prêté attention au nom proposé pour un garçon. En premier lieu parce que j'étais resté bloqué sur la surprise de savoir que cet enfant porterait sans doute le nom de ma femme, ensuite parce que j'étais convaincu qu'il s'agirait d'une fille, et enfin... enfin parce que le prénom choisi pour un garçon n'en était pas vraiment un, pas à mon goût. Une fois mon émerveillement passé, je ne pus m'empêcher de le lui faire remarquer.

- Mais Sasha... C'est étrange, non ? Je veux dire, ce n'est pas un vrai prénom. Pourquoi ne l'appelez-vous pas Aleksandr ? Même Alexander, après tout, ce serait déjà mieux...

Le deuxième prénom non déformé m'avait fait comprendre d'où leur venait cette idée. Mais je ne voyais absolument pas pourquoi elle tenait à affubler son éventuel fils d'un simple surnom. Fichue manie ! J'entendais encore Sonja parler à tous de son adorable Katja ou de son cher Aliocha. J'affichais toujours un sourire gêné avant de la reprendre en la fusillant du regard. Si nous avions appelé notre fille Katarina, ce n'était pas pour lui faire croire ensuite qu'elle s'appelait différemment... et mon prénom était Alexeï, rien qu'Alexeï, inutile de le déformer ainsi. C'était l'une des rares traditions russes que je n'aimais pas, originaire du fait que peu de prénoms existaient dans notre langue. Eh bien nous n'avions qu'à faire avec. Les patronymes et les noms de famille servaient aussi à ça ! J'espérais que Katarina n'attraperait pas elle aussi ce réflexe.
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MessageSujet: Re: Make me wanna die [PV Katarina]   Ven 21 Jan - 20:47

Je ne pus m'empêcher d'avoir un petit haussement d'épaules désolé. Non, je n'avais jamais mis cette robe. Pas une seule fois. Je n'avais jamais trouvé la bonne occasion. Et puis je m'étais toujours dit que si je la mettais, ce serait forcément le jour où je devrais retourner en urgence à l'hôpital... J'avais toujours trouvé une excuse pour ne pas mettre cette robe. J'avais toujours trouvé que cette robe faisait un peu trop... robe de mariée. Oui, c'était un peu bête, je sais. Mais c'était une belle robe blanche, longue, avec de la dentelle... Une robe magnifique. De celle que l'on voyait dans les magazines de mode, les magazines sur les mariage... C'était aussi le genre de robe qui valait une fortune. Une véritable fortune. Il venait de le dire, il l'avait fait faire sur mesure pour moi. Par un grand couturier. J'avais failli m'évanouir quand j'avais vu le nom de la maison de couture sur la boite quand il me l'avait offerte. J'avais beau faire peu attention à ce genre de choses, je restais une femme, et toute femme rêve de rentrer dans une telle robe au moins une fois dans sa vie. Moi, j'avais la robe, mais je n'avais pas trouvé l'occasion. Mais je l'avais gardée. C'était stupide, j'avais pensé à sauver cette robe. Alors qu'aujourd'hui, elle n'avait plus grande valeur. Techniquement, elle valait des milliers de dollars. Cependant, aujourd'hui, elle avait moins de valeur qu'un pull bien chaud ou qu'une couverture. Les priorités avaient changé. Cependant, parfois il était agréable d'avoir à faire à des choses du passé... Mêmes si ces choses pouvaient paraître futiles aujourd'hui. Avoir une telle robe c'était futile. Stupide. Incompréhensible. Et pourtant, elle était bel et bien là, dans notre armoire, dans sa boite, toujours dans son joli papier soie. Mais je voyais que cela faisait plaisir à mon père que j'aie gardé cette robe. Cela faisait partie des rares choses que j'avais sauvé. Encore que j'avais récupéré beaucoup de choses quand j'étais retournée chez moi avec Ethan. D'ailleurs, il avait insisté pour que je récupère encore plus de choses... Je devais bien avouer que cela me faisait plaisir de retrouver mes vêtements. Même si les prochaines semaines j'allais surtout utiliser les vêtements de grossesse que Gabrielle m'avait gentiment donné. C'était surtout des pantalons que j'allais avoir besoin. C'était assez compliqué de refermer un jean taille 36 sur un ventre de six mois. Compliqué, voire même impossible. Oui, j'avais bêtement essayé, une fois.

Nous enchainâmes sur la question des prénoms que nous avions choisi Ethan et moi, pour le bébé. Nous avions choisi très vite finalement. Et comme nos choix étaient définitifs, je pouvais les dire à mon père sans risquer de lui dire que nous avions changé d'avis. Ethan ne changeait jamais d'avis. Du coup, on ne pouvait pas vraiment dire qu'il était inconstant... Enfin, peu importait. Je fis une grimace en voyant le visage de mon père changer de couleur et d'expression en apprenant que le second prénom du bébé serait Sonja si nous avions une fille. Cela avait l'air de le toucher un peu plus que je ne l'avais prévu. J'acquiesçai simplement quand il me demanda confirmation. Oui, ce serait son second prénom si c'était une fille. Mais vraiment, il faisait une drôle de tête, je me demandai s'il n'allait pas se mettre à pleurer tant il était ému... Je me contentai de sourire. Si cela lui faisait plaisir, eh bien c'était tant mieux. Néanmoins, je secouai un peu la tête quand il me remercia.

« Non, non, c'est... C'est normal. Ce n'est qu'un prénom, ce n'est vraiment pas grand chose. »

Le second prénom de Lena était celui de la mère d'Ethan, alors il nous avait paru logique que le bébé ait le prénom de ma mère à moi. Cela nous avait paru simple, clair. Nous n'y avions pas réfléchi, c'était venu naturellement. Alors voilà... J'eus un petit sourire quand il me fit savoir qu'il trouvait le prénom choisi en premier joli.

« Ethan et moi, nous aimons bien les prénoms cours. Nina, ça allait bien avec Lena... Et puis c'est russe, sans être trop original... Mais c'est russe. »

Je savais qu'il tenait à ce que ses petits enfants aient des prénoms russes. Néanmoins, lui non plus n'avait pas non plus prêté une grande attention au prénom de garçon. Je me retins de soupirer et de lever les yeux au ciel. Mais pourquoi est-ce que tout le monde était tellement persuadé que nous aurions une fille ? Même mon père s'y mettait... Quoique, il avait fait attention au prénom, en fin de compte. Mais c'était pour me donner son avis, qui n'était pas vraiment positif. À ses yeux, Sasha n'était pas un vrai prénom. Évidemment, j'aurais dû m'en douter. En tant que russe ( très russe ), il avait des idées bien arrêtées sur les prénoms russes. Pour lui, Sasha n'était qu'un diminutif, un surnom... Pas un vrai prénom. J'eus un soupir.

« Non, ce ne sera ni Aleksandr, ni Alexander, ni quoi que ce soit d'autre. Si c'est un garçon, ce sera Sasha. Et je t'interdis d'avance de l'appeler autrement, d'accord ? »

Je le connaissais par cœur, lui et son horreur des surnoms, des diminutifs... Mais enfin, si je choisissais ce prénom, c'était pour une bonne raison. Une raison qui me paraissait claire, logique. Je ne pensais pas devoir les expliciter. Mais mon père étant mon père, je n'oubliais pas qu'il avait tendance à ne voir que la surface des choses. Que la partie visible de l'iceberg. Il ne voyait que ce qu'il voulait bien voir, aussi. Oh, tenez, encore un point commun avec Ethan ! Je soupirai.

« Sasha... Alexander... Sasha... Tu ne vois pas le rapport ? Si nous voulons l'appeler Sasha, ce n'est pas pour rien. Mais je crois que tu ne peux pas le comprendre... Tu ne connais pas Alexander. Je suis certaine que vous ne vous êtes même jamais parlés. Et c'est dommage. Parce que c'est lui qui nous a tous sauvés ici. C'est lui qui m'a ramassée dans la rue, alors que tout ce que je voulais c'était mourir, tellement j'étais seule, fatiguée et terrifiée. »

Je secouai légèrement la tête, me passant une main dans les cheveux. Cela faisait longtemps que je n'avais pas repensé à ce jour sordide où Alexander m'avait trouvée. J'étais recroquevillée contre les restes d'un immeuble, tremblante. Seule. En train de pleurer. À ce moment là j'avais envie de mourir, d'abandonner, tout ce que je voulais, c'était qu'on me laisse tranquille... De toute façon, personne ne voulait de moi à cette époque, à cause de mon accent caractéristique. Seulement, quelqu'un s'était arrêté et quelqu'un s'était dit que ce n'était pas ma faute si cette guerre avait éclaté entre nos deux pays. Et c'était vrai, ce n'était pas ma faute. D'autant plus que j'avais choisi de rester aux États-Unis pour faire mon métier plutôt que de rentrer chez moi. J'avais... choisi mon camp.

« Et il m'a protégée, quand tout le monde ne voyait en moi que la vilaine russe, l'ennemie de la nation... Il m'a sauvée. Et ensuite, il a sauvé Ethan... Mais il a fait bien plus que cela pour nous. Il nous a soutenus, il nous a protégés, il nous a rassurés... Il est devenu un membre de notre famille à part entière. Ce n'est pas seulement notre leader. C'est vraiment quelqu'un de bien, quelqu'un qui se soucie des autres. Je ne peux pas t'expliquer tout ce qu'il a fait en quelques phrases, il y a trop à en dire, c'est... c'est un peu comme un espèce de super-héros d'après guerre. »

Je ne pus m'empêcher d'avoir un petit rire. Oui, c'était une façon un peu particulière d'expliquer mon choix de prénom. Mais c'était ça, l'explication. C'était en quelque sorte pour prouver à Alexander que nous lui étions reconnaissant pour tout ce qu'il avait fait et ce qu'il continuait à faire. Et c'était bien parce qu'Ethan était d'accord avec moi qu'il avait accepté ce prénom là. La meilleure façon qu'aurait eu mon père d'en apprendre plus sur Alexander, c'était de parler avec le principal intéressé, ou avec Ethan... Ce qui pour le moment était exclu. Il n'y avait que mes explications qui valaient quelque chose pour le moment.

« Ce sera Sasha, et pas autrement. Alexander, ce serait tellement... Bizarre. C'est comme si nous avions appelée Lena Katarina, ou je ne sais comment... Et puis de toute façon, ce n'est pas important que cela vienne d'un autre prénom. Pourquoi est-ce que ce serait important ? L'important c'est pourquoi nous choisissons ce prénom. Si tu ne comprends pas les raisons, tu ne peux pas comprendre ce choix. Ce sera Sasha, papa. »

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MessageSujet: Re: Make me wanna die [PV Katarina]   Jeu 27 Jan - 15:58

Pas grand-chose... C'était fantastique pour moi, merveilleux qu'elle se souvienne de sa mère ainsi. Je n'aurais su expliquer pourquoi cela me touchait autant ; comme elle le disait si bien, ce n'était qu'un prénom, mais c'était le prénom d'une personne tellement importante, une personne que j'aimais depuis presque trois décennies, une personne qui m'avait donné une enfant magnifique, une personne qui avait été au centre de ma vie pendant très longtemps, trop, auraient dit certains. Même mon amour pour Katarina était transcendé de celui que j'avais éprouvé pour Sonja. Alors non, pour n'importe qui d'autre, ça n'aurait pas été grand-chose, un simple souvenir affectueux, sans plus. Mais pour moi, c'était tout.

Un léger sourire releva les coins de mes lèvres lorsqu'elle m'argumenta leur choix à propos de Nina. Oui, c'était russe. J'étais heureux que mes petits-enfants aient des prénoms russes, et au fond, même si je n'étais pas prêt de l'avouer, j'étais content qu'Ethan fisse ces concessions et aimât les prénoms originaires de notre pays. Je le testai du bout des lèvres : Nina Jones, Nina Kuryenko Jones. Le prénom sonnait bien dans les deux langues. Certains donnaient un drôle d'effet avec la prononciation anglaise ; Katarina, comme nom, n'était pas aisé à formuler avec cet accent, et je détestais le mien dans cette langue qui le rendait trop agressif. Nina, comme Lena, c'était un bon compromis.

Il semblait par contre qu'elle n'ait pas tellement apprécié ce que je lui avais dit quant au prénom du garçon. Mais en même temps, je ne voyais pas quoi dire d'autre. Sasha, oui, j'aurais pu trouver cela joli, mais cela me faisait un effet trop étrange pour que je puisse vraiment aimer. Même si je n'avais rien eu contre les diminutifs, je crois que cela aurait été trop bizarre à l'oreille, même si je l'aurais sans doute plus toléré. Ça ne changeait pas grand-chose, de toute façon : les Aleksandr en Russie se faisaient certainement appeler plus souvent par Sasha que par le vrai prénom - du coup, on se demandait à quoi celui-ci servait. Mais malgré cela, je ne pouvais me faire à l'idée qu'on puisse l'attribuer comme un véritable prénom, et je doutais d'arriver à le prononcer, moi qui évitais sans arrêt les diminutifs. Katarina me connaissait par cœur ; elle contra immédiatement ce que j'aurais pu faire à la naissance de son enfant. Je fis la moue :

- Je n'ai jamais dit que je l'appellerais comme ça !

Mais je l'avais clairement pensé. Bon. Il semblait que j'étais un peu trop transparent pour elle. Un de ces jours, j'essaierais de remédier à ça. Enfin, peut-être. En fait, sans doute que non, ça ne me dérangeait pas qu'elle me devine ainsi, tant que ce n'était que sur des détails de ce genre. Ça devenait plus ennuyeux quand ils s'agissait de gros détails du style mon père est un parrain de la mafia russe, mais enfin, de ce côté-là, c'était réglé depuis un bout de temps maintenant. Mais je n'eus pas vraiment le temps de m'attarder sur cela puisqu'elle partit aussitôt sur une diatribe enflammée prenant la défense d'Alexander.

Son éloquence me toucha, et me frappa. Je savais que sans Alexander, cette Communauté n'aurait pas vu le jour, je savais que c'était lui qui en avait ramené la moitié des Survivants, je savais que le nombre de personnes lui devant la vie ici était phénoménal. J'avais oublié que ma fille faisait partie de ceux-ci. Et moi qui ne m'étais jamais vraiment intéressé à lui, trop sévère et sombre à mon goût pour que je fasse l'effort d'aller le voir alors qu'il se désintéressait de moi autant que la réciproque, je ressentis soudain un élan de reconnaissance pour ce quasi-inconnu qui avait sauvé la vie de ma fille. Oui, je pouvais comprendre qu'elle veuille le remercier ainsi. Malheureusement, cela ne changeait pas mon opinion. Qu'elle l'intègre plus avant dans sa famille de cette manière, d'accord. Ça n'empêchait pas que Sasha... ce n'était pas un prénom.

Mais je n'étais pas suffisamment fou pour le lui répéter alors que nous venions tout juste de nous réconcilier - enfin, j'en avais l'impression. De toute façon, je la laisserais encore faire ce qu'elle voulait, comme toujours. Je l'avais laissée faire ses études dans un pays que j'abhorrais plus que tout, alors je n'allais certainement pas choisir les prénoms de ses enfants à sa place ! J'eus un timide sourire :

- Je ne savais pas qu'il représentait tant pour toi. J'avais compris que c'était un choix en rapport avec lui, mais c'est vrai que je n'en connaissais pas les raisons profondes. Et contrairement à ce que tu as dit, je peux comprendre. Je ne suis pas automatiquement l'ennemi d'Alexander parce qu'il est franc et honnête alors que je n'ai jamais été qu'un mafieux... Je lui suis reconnaissant de t'avoir sauvé la vie. Qu'est-ce que j'aurais fait, s'il n'avait pas été là ? Qu'est-ce que j'aurais fait sans toi ?

Je lui caressai la joue du bout des doigts. Je ne l'avais jamais vu comme cela, mais de fait, j'avais une dette envers Alexander. Une dette qui aurait pu être effacée si j'avais tué le pire ennemi de sa Communauté... Je grimaçai intérieurement. Pourquoi fallait-il que ce souvenir ne me lâche pas ? Je me promis d'aller lui parler. Plus tard, quand les choses seraient calmées. J'affichai un grand sourire :

- Mais je ne crois pas que ce sera un garçon. Ce sera une petite Nina. N'est-ce pas, ma jolie princesse ? ajoutai-je à l'adresse du bébé en posant les yeux sur le ventre de ma fille.

Une deuxième princesse. Oui, j'étais persuadé que nous aurions une Lena en réduction. J'en avais envie aussi parce que j'espérais vaguement revivre le début de la vie de ma petite-fille, que j'avais si injustement manqué.
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MessageSujet: Re: Make me wanna die [PV Katarina]   Ven 28 Jan - 15:56

Oui, Alexander m'avait sauvé la vie, et sans lui je n'en serais certainement pas là aujourd'hui. Je ne le lui avais jamais dit, mais je trouvais qu'il avait beaucoup de courage. Personne d'autre que lui n'aurait pu faire ce qu'il avait fait. Il nous avait offert un abri, une famille, une raison de s'accrocher. Sans lui, je me serais laissée sombrer et j'en serais morte. Personne d'autre que lui ne m'avait tendu la main. À cause de mes origines, à cause du fait que chacun devait déjà se débrouiller pour survivre... Lui, il avait décidé d'aider tout le monde. Certainement parce que c'était ce qu'il avait appris de son métier. Un soldat ne va pas faire la guerre pour le plaisir de tuer, mais pour protéger son pays et ses habitants. C'était protéger et défendre, la mission principale d'un soldat. Quelque part, Alexander et moi avions ce point commun qui était de sauver des gens. Moi par la médecine, lui par la force. Mais moi je n'aurais certainement pas eu la force d'agir comme cela... Le problème des médecins, c'était que nous avions besoin d'un certain environnement pour pouvoir exercer notre métier. Autrefois il m'était arrivé de me plaindre des conditions de travail de l'hôpital. Par exemple, nous n'avions pas assez de place aux urgences, pas assez de blocs... Aujourd'hui, Mathilda et moi aurions tué pour un bloc opératoire. Ou des instruments de qualité. Cela me manquait presque, le contexte hospitalier... Mais peu importait, puisque de toute évidence je ne mettrais plus jamais les pieds dans un hôpital digne de ce nom. J'allais devoir faire avec pour le reste de ma vie. J'avais déjà sauvé des vies dans de telles conditions, mais je pensais sans cesse que j'aurais pu faire mieux dans de meilleures conditions. Mathilda tentait de me raisonner, mais je ne pouvais m'empêcher de me dire que nous pouvions faire toujours mieux. J'étais comme cela. Je pensais toujours pouvoir faire mieux. J'étais également très sensible, aussi prenais-je chaque perte pour moi. C'était un défaut dans mon métier, je le savais. De toute façon je faisais tout de travers. J'étais un médecin hypersensible qui tombait amoureux de ses patients. Règle numéro un, pas de relation avec un patient. Raté.

« Tu t'en serais très bien sorti sans moi, papa... Pourquoi est-ce que tout le monde est tellement persuadé que personne ne s'en sortirais sans moi ? J'ai l'impression qu'on oublie un peu que moi aussi j'ai besoin qu'on soit à mes côtés. »

J'eus un petit soupir en secouant la tête. Ethan, par exemple, n'arrêtait pas de me dire que sans moi il ne serait rien. Il oubliait tout à fait que moi aussi, sans lui, je n'étais rien. Il s'était peut-être raccroché à moi, mais je m'étais raccrochée à lui. Quand quelque chose n'allait pas, j'étais littéralement terrorisée pour lui. J'avais peur encore aujourd'hui, parce qu'il était blessé et que les choses pouvaient dégénérer assez rapidement. Comme je l'avais dit, les conditions médicales n'étant pas excellentes, mieux valait qu'il reste sage. Ce qui n'était pas vraiment dans la nature d'Ethan. Il fallait toujours qu'il fasse quelque chose. Ce n'était que lorsqu'il était avec Lena qu'il acceptait de rester calme. Pour la simple et bonne raison qu'il adorait la voir dormir, qu'il adorait jouer avec elle. Lena était ma solution de secours lorsqu'Ethan refusait de m'écouter. Là, si j'avais laissée Lena avec lui, c'était surtout pour qu'il se repose et que je n'aie pas à lui courir après pour lui dire de faire attention, de se reposer. Mais il ne m'écoutait pas... Il disait qu'il n'avait pas mal, qu'il allait bien, qu'il se reposerait plus tard... C'étaient toujours les mêmes excuses. Je le connaissais par cœur. Alors oui, parce que je le connaissais par cœur, j'avais peur pour lui. Parce qu'il ne pensait jamais à sa propre santé. Cela ne faisait pas de mal d'être un peu égoïste de temps en temps. Mais Ethan voulait tellement se rattraper et rendre ce qu'on lui avait donné qu'il se négligeait. Et je détestais cela !

Je ne pus m'empêcher de soupirer et de lever les yeux au ciel quand il posa les yeux sur mon ventre en s'adressant au bébé comme à une fille. Et voilà, il s'y mettait lui aussi. Une fille, une princesse... Seigneur, ils étaient désespérants tous les deux. À croire qu'il s'étaient donnés le mot.

« Mon dieu, ce serait si horrible que cela si je donnais naissance à un garçon ? À croire que vous avez peur de ce qu'un garçon pourrait représenter... »

J'avais l'impression qu'un garçon les ferait paniquer complètement. La question était : pourquoi ? Qu'est-ce qui pourrait être si dramatique ? Un bébé garçon fonctionne comme un bébé fille. Ce n'est ni plus ni moins compliqué, cela reste un bébé. Notre bébé. Moi je me fichais complètement du sexe, quand bien même avoir un garçon ne me déplairait pas. Mais je m'en fichais. Ce n'était pas une obsession. Tout ce que je voulais c'était un bébé en bonne santé. Le reste m'importai peu. Tout ce que je voyais, c'était que ce bébé était le mien et celui d'Ethan. Que malgré tout ce qu'il s'était passé, je l'aimais à en mourir. C'était mon bébé. Je ressentais déjà énormément d'amour pour cet enfant. Je savais que ce n'était pas le cas pour toutes les femmes enceintes. Mais c'était dans mon caractère d'aimer très rapidement avec excès. J'avais tout de suite aimé Ethan avec passion et excès. J'avais tout de suite aimé Lena plus que ma propre vie. Ce serait pareil pour ce bébé. Avec un petit soupir, je me suis levée et je me suis remise sur mes pieds, une main posée sur mon ventre. Je me suis légèrement étirée, avant de jeter un coup d'œil à l'horloge de l'infirmerie. C'était l'heure pour Lena de grignoter. Elle n'avait plus que trois tétées par jour, mais elle commençait à manger des aliments un peu plus solides, comme des fruits. Et elle adorait ça. Ses yeux pétillaient à chaque fois qu'elle découvrait quelque chose de nouveau et elle nous faisait rire.

« Lena va avoir faim d'ici peu. Tu peux aller dans la cuisine si tu veux, je pourrais t'y rejoindre... »

Je lui jetai un regard entendu. Il n'était pas idiot, il comprendrait bien où je voulais en venir. Je lui offrais la possibilité de voir sa petite fille pour un court laps de temps. Cependant, en quittant l'infirmerie, je me rendis compte que j'avais oublié un léger détail. Ethan. Ethan ne serait certainement pas d'accord pour que Lena se trouve dans la même pièce que lui. Surtout qu'il avait tout juste décidé que mon père n'avait définitivement plus rien à faire dans notre vie. Il ne comprenait pas que j'étais incapable d'avoir de telles décisions... Je ne savais pas être aussi radicales. J'étais trop attachée... J'aimais mon père malgré tout. Je lui en voulais, mais je l'aimais. Arrivée devant la porte de notre chambre, je pris une profonde inspiration avant de la pousser. Et quelle ne fut pas ma surprise de trouver Cassandre avec Lena dans ses bras au lieu d'Ethan en train de se reposer avec elle. Je ne pus m'empêcher de pester contre lui et son inconscience. À tous les coups il était parti faire je ne sais quoi avec Alexander... Il était incontrôlable ! Mais je ne pouvais rien y faire... Je décidai de libérer Cassandre en prenant Lena. Elle était accrochée à sa petite peluche étoile de mer et elle commençait à s'agiter. Moi qui avais l'intention de demander à Ethan l'autorisation de prendre Lena avec moi en sachant qu'il y aurait mon père dans le coin... J'ai demandé à Cassandre si elle savait où était Ethan, mais de toute évidence elle n'en n'avait pas la moindre petite idée. Tant pis, nous nous verrions plus tard. Lena n'aurait certainement pas la patience d'attendre que j'aie trouvé son père, ni d'attendre que j'aie discuté avec lui pour manger. C'était un ange, mais quand elle avait faim, elle avait faim et pas question de la faire attendre.

Avec ma mauvaise conscience et ma fille dans les bras, je suis allée à la cuisine. Je devrais certainement en parler plus tard avec Ethan et je sentais que je n'allais pas aimer... Mais je ne savais plus comment faire pour contenter l'un et l'autre à la fois. Je me sentais carrément dépassée par les événements par moment. Je faillis faire demi tour, mais l'impatience de Lena me fait renoncer à cette idée. J'avais l'impression de faire une grosse bêtise... Ethan allait m'en vouloir. Mais qu'est-ce qui m'était passé par la tête ? J'avais été stupide, terriblement stupide...

Je poussai la porte de la cuisine, affichant malgré moi un grand sourire. Autant profiter du calme avant la tempête. Lena semblait impatiente, elle s'agitait et mordillait sa peluche. Sans faire trop attention à mon père, j'installai Lena dans la chaise haute que nous avions récupérée. Elle commençait à comprendre ce que cela voulait dire, alors elle souriait et gazouillait. Elle suivait chacun de mes gestes, et me tendait les bras. Ce qu'elle n'avait pas encore compris, c'était qu'elle ne pouvait pas rester dans mes bras en permanence. Aussi finit-elle par faire la grimace en se retournant vers son grand père. Elle était maligne ! Elle avait compris qu'elle pouvait faire craquer n'importe qui avec ses immenses yeux bleus. Étant donné qu'elle avait exactement le même regard que son père, il m'était généralement assez dur de lui résister. La surveillant du coin de l'oeil, j'allais lui préparer un petit bol de compote de pommes. Au moins des pommes, nous en avions toujours. Elle se détourna rapidement de son grand père en me voyant revenir avec le bol. Jetant un regard amusé à mon père, je m'assis en face d'elle. Elle tenait toujours sa peluche et ne semblait pas prête à la lâcher. Ni même à arrêter de la mâchouiller. Sauf que quand elle me vit approcher la cuillère de sa bouche, elle se rendit bien compte que quelque chose clochait. Sauf qu'elle ne semblait pas comprendre quoi. Alors elle commença à gémir, agacée. J'eus un petit rire.

« Oh, mais Lena, tu ne peux pas manger deux choses en même temps, ma princesse... »

Je lui retirai doucement l'étoile de mer, doucement pour qu'elle ne soit pas effrayée, mais je la laissai à portée pour qu'elle puisse l'attraper si elle en avait envie. Mais elle ne lui prêta même plus attention après avoir avalé la première cuillère. Elle avalait une cuillère, mettait son pouce dans sa bouche, avalait une cuillère, mettait son pouce dans sa bouche, avalait une cuillère... Elle était apparemment très fière de son petit manège.

« Tu as de la chance d'être drôlement mignonne, toi ! »

J'eus de nouveau un petit rire. Puis je remarquai de nouveau mon père, que j'avais presque oublié.

« Excuse moi, j'ai tendance à être entièrement focalisée sur elle, parce qu'elle à tendance à... »

Lena eut un mouvement un peu brusque qui heurta ma main, et paf, une cuillère de compote sur la robe à maman !

« … En mettre un peu partout. »

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MessageSujet: Re: Make me wanna die [PV Katarina]   Sam 29 Jan - 17:36

J'avais tenu deux ans sans elle parce que rien ne me prouvait qu'elle était morte. J'aurais pu la chercher des décennies encore sans vouloir m'arrêter tant que je n'aurais pas trouvé son cadavre, parce que je ne pouvais pas décemment arrêter de la chercher sans savoir où elle était, que ce fût en vie ou non. Mais je savais que je me serais effondré si je l'avais trouvée morte. J'avais survécu parce que j'avais un but, retrouver et protéger ma fille, et maintenant je me battais parce que je voulais la retrouver près de moi, et continuer à faire en sorte qu'elle soit en sécurité. Comment pouvait-elle penser que j'aurais pu passer outre ? Non, c'était impossible. J'avais déjà perdu ma femme, je ne pouvais survivre sans ma fille. C'était une évidence très claire dans mon esprit. Mais je me contentais de secouer obstinément la tête, incapable de lui expliquer mon ressenti. Il faut bien qu'il existe quelque chose pour vous rattacher au monde, non ? Sinon, quel intérêt ? Surtout à présent... Oui, maintenant, il devenait plus difficile de trouver quelque part l'envie de vivre. Mon envie de vivre, c'était Katarina. Alors si elle disparaissait un jour, je me laisserais couler jusqu'à ce que ce soit terminé. Qu'est-ce que j'aurais pu faire d'autre ?

Retrouver Inessa, me souffla une petite voix. Inessa... Elle me manquait toujours affreusement. Mais je n'avais rien fait pour la retrouver. J'étais tombé malade quelques jours seulement après qu'elle soit partie, après avoir été en mode automatique sous l'effet du désespoir durant ces jours-ci, et cela avait duré si longtemps qu'elle s'était plus ou moins évaporée de mes pensées à mon réveil. Je m'étais disputé, encore, avec Katarina... J'avais d'abord pensé à cela. Et après, il y avait eu cet affreux après-midi. L'attaque des Hors-la-Loi. L'attaque d'Armando. Et maintenant ? Oui, j'aurais dû aller la chercher, pour combler ce trou béant qui me déchirait le cœur, pour lui prouver qu'elle n'était pas qu'un substitut à ma peine d'il y a vingt ans. Mais quitter Katarina avec tout ce qui venait de se passer était strictement hors de question. Je ne voulais pas l'abandonner une nouvelle fois comme je l'avais abandonnée face à mon ancien meilleur ami. Au fond, j'avais toujours l'espoir qu'Inessa reviendrait d'elle-même. Parce qu'elle m'aimait toujours... Je voulais croire qu'elle m'aimerait toujours.

J'eus un sourire un peu faux, un peu soucieux, lorsqu'elle évoqua le fait d'avoir un garçon. Ce n'était pas que je ne voulais pas qu'elle ait un garçon, mais... Je ne savais pas. Cela me paraissait absolument inconcevable. Les garçons étaient plus bagarreurs, moins sensibles que les filles, et il me semblait évident que Katarina ne pouvait donner naissance qu'à des êtres absolument parfaits. Or, une fille était forcément plus parfaite qu'un garçon. Et je songeais aussi aux précédents dans la famille... Sonja était douce, maternelle, généreuse et empathique, Katarina était belle, intelligente, attentive aux autres et aussi douce que sa mère. Moi je n'étais qu'un menteur doublé d'un lâche, j'avais vécu dans la malhonnêteté pendant une grande partie de ma vie, et je ne souhaitais surtout pas cela à mes petits-enfants, même si cela ne m'avait jamais dérangé auparavant. Si je n'avais pas dévoilé la vérité à Katarina, c'était bien que je ne lui souhaitais pas cela, non ? Ni à elle ni à sa famille. Et étant donné mes sentiments pour Ethan, je ne pouvais pas espérer que les enfants qu'il aurait avec ma fille lui ressemblent. Le point était que cela semblait évident qu'un garçon suivrait les traces de son père - ou de son grand-père - et une fille celles de sa mère. Alors oui, non seulement j'étais intimement persuadé que Katarina portait une fille, mais en plus je le souhaitais ardemment.

- Peut-être. Peut-être que c'est ça, murmurai-je sans m'avancer plus avant.

Et puis elle changea totalement de sujet. Je ne fis pas attention sur le coup à ce qu'elle me proposait. Mais je compris à la seconde même où elle me regardait d'un air éloquent. Elle était en train de me proposer de voir Lena.

J'ai failli. J'ai failli protester, lui dire qu'elle n'était pas obligée, qu'Ethan lui en voudrait, que je ne voulais pas qu'elle se fâche avec lui à cause de moi, qu'elle n'avait pas à faire ça simplement pour me faire plaisir... J'avais déjà ouvert la bouche et je dus sembler passablement idiot pendant ma seconde d'hésitation. Mais finalement, je bouclai mes lèvres à double tour. Pour cette fois, je voulais encore être égoïste. Juste une dernière fois. Une toute petite. Alors je fermai mon bec et filai dans la cuisine alors qu'elle se dirigeait vers les chambres. Fébrile, je ne cessai de tourner en rond comme un lion en cage en l'attendant. J'étais complètement impatient et craignais à la fois une bourde de dernière minute. Il pouvait y en avoir tellement ! On pouvait l'appeler à l'infirmerie pour une urgence, Ethan pouvait lui proposer de l'accompagner, ou pire peut-être débarquer alors que nous ne serions que tous les trois, comme cela s'était passé avec Lilly. Bon, certes, il ne pourrait pas en vouloir à Katarina comme il en avait voulu à Lilly, mais... J'avais peur, c'était tout, peur que ces instants de bonheur qui s'annonçaient ne fussent avortés à un moment ou à un autre. Ils étaient trop peu nombreux depuis maintenant bien longtemps pour que je ne puisse en profiter. Et j'allais savourer chaque miette de ces secondes passées avec ma petite-fille. Les goûter et les apprécier jusqu'à ce qu'elles soient tout à fait imprimées dans ma mémoire. Je priais pour ne pas faire de pas de travers comme la dernière fois. Je voulais rester où j'en étais maintenant avec ma Katarina !

Je me sentis fondre lorsqu'elle entra avec ma petite-fille dans les bras et un immense sourire aux lèvres. Lena devait vraiment avoir faim parce qu'elle en était rendue à grignoter sa peluche, une petite étoile de mer. Lorsque Katarina la déposa et nous tourna le dos pour préparer le repas, je dus résister à l'envie dévorante de prendre mon adorable petite-fille dans mes bras. Elle me faisait craquer. Sa bouille souriante, éveillée et curieuse me fascinait. Elle tendait les bras vers sa maman et gémissait en l'appelant. Et lorsqu'elle comprit que Katarina ne viendrait pas la reprendre, elle se tourna alors vers moi, me fixant de ses beaux grands yeux bleus. Je lui souris d'un air béat et elle se mit à rire aux éclats en tendant une menotte vers moi, l'autre empoignant de nouveau sa peluche. Je tendis timidement un doigt vers elle et la laissai l'attraper. Elle s'amusa à me frapper la main contre la chaise haute. Et elle avait de la force ! Je grimaçai en enlevant tout doucement mon doigt. Elle fit la moue lorsque son nouveau jouet disparut mais rit à nouveau en voyant ma tête.

Elle était parfaite. Absolument parfaite. J'aurais donné n'importe quoi pour que cet instant dure toujours.

Enfin, Katarina termina de préparer la compote de pommes, brisant cet intermède entre Lena et moi. Je souriais de plus en plus stupidement en voyant toutes les mines et les manèges que ma petite-fille faisait ; elle était visiblement une petite personne très fière d'elle-même et toujours prête à contenter ceux qui l'entouraient en souriant ou en riant. J'ignorais Katarina autant qu'elle m'ignorait ; nous étions tous les deux absolument concentrés sur le bout de chou entre nous deux, apparemment ravie d'être le centre de l'attention générale. Tellement ravie que lorsque sa mère se détourna pour me parler, elle envoya dinguer de la compote sur sa robe. Et là, je ne pus pas m'en empêcher, j'éclatai de rire.

- L'illustration par l'image à ce que je vois !

Je me retournai et pris un rouleau d'essuie-tout dans le placard juste derrière, le lui tendant pour qu'elle nettoie au mieux. Lena frappait dans ses mains, tout heureuse de cet interlude. Je me tournai de nouveau vers elle et me mis à l'abreuver de compliments :

- Ты рада, моя маленкая принцеса ? Ты знаешь, что ты красивая девочка ? Более красавица !

Oui, ma petite-fille était la plus belle au monde, la plus belle princesse. Elle était unique, et magnifique. On ne pouvait qu'aimer ce petit ange.


Dernière édition par Alexeï Kuryenko le Lun 31 Jan - 14:22, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Make me wanna die [PV Katarina]   Sam 29 Jan - 23:21

Lena avait l'air très fière de sa petite bêtise. Ou plutôt, amusée. Elle ne l'avait pas fait exprès, et je n'allais pas la blâmer d'être aussi joyeuse. C'était peut-être la seule personne ici qui ne semblait pas avoir été traumatisée par l'attaque. Heureusement. Parce que parfois, je me souvenais de ses cris, de ses pleurs, de ses tremblements... Elle avait eu peur sur le moment, mais elle semblait l'avoir oublié. Et j'espérais qu'elle ne s'en souviendrait jamais. Moi je n'oublierais pas, mais elle devait. Elle n'avait pas à se souvenir de ce genres de choses. La seule chose qui devait compter c'était sa peluche, ses jouets... Rien d'autre. Qu'elle renverse autant de compote sur sa maman si elle voulait, ce n'était pas grave. Une robe se nettoie. Un esprit, par contre, se nettoie moins facilement. Le mien était toujours contaminé par tout un tas d'images et de souvenirs qui n'avaient rien de reluisant. Aux sourires de ma fille se mêlaient les souvenirs des coups portés par Alan, et aux murmures doux d'Ethan se mêlaient les menaces répétées d'Armando. Lena ne devait pas se réveiller la nuit en hurlant comme je l'avais fait pendant des semaines. Lena devait dormir parfaitement bien, paisiblement... Je pouvais presque tout supporter, mais pas la douleur, ni le traumatisme de ma fille. Elle était tellement innocente... Elle souriait et riait comme une bienheureuse, ne se rappelant pas ce qu'il s'était passé. Elle ne se rappelait pas. J'étais bien contente qu'elle soit si petite. Parce que du haut de ses six mois, elle en avait vécu des choses. En six mois elle avait vécu plus de choses que certaines personnes en toute une vie. Alors la voir sourire... Cela n'avait aucun prix. J'eus moi même un petit rire en attrapant la feuille d'essuie-tout que me tendait mon père. Je tapotai ma robe avec un petit soupir. Heureusement que ce n'était que de la compote de pommes. Et puis de toute façon, mes vêtements avaient vu passer tout un tas d'autres choses de bébé dont il vaut mieux taire le nom.

Je ne pus m'empêcher d'avoir un soupir en entendant mon père complimenter Lena. Et elle comprenait la petite coquine, elle comprenait très bien ! Elle ne faisait pas la même tête lorsque nous lui demandions de rester tranquille. Si elle ne comprenait pas forcément les choses qu'on lui disait, elle comprenait quelles émotions nous faisions passer à travers l'intonation de notre voix. Et j'avais remarqué qu'elle réagissait un peu différemment au russe et à l'anglais. Elle avait toujours l'air un peu étonnée quand je lui parlais soudainement en russe. Tout le monde ici parlait anglais, son père compris. Mais elle s'y accoutumait toujours très vite. J'eus un sourire, tendant une main vers les cheveux de Lena que je caressai une seconde, avant de lui offrir une nouvelle cuillère de compote, qu'elle avala goulument et avec un air ravi.

« Ne le prends pas mal, papa, mais tu me fais penser à Ethan... Lui aussi, il est toujours en train de la complimenter... Il ne fait que ça, du matin au soir ! C'est la plus belle petite princesse au monde ! Oh, je le pense, moi aussi, ne vas pas crois le contraire... C'est juste que je fais ça un peu plus... Discrètement, quand il n'y a plus qu'elle pour entendre. Elle connait tous les jolis compliments russes... Pas vrai, petit trésor ? »

Lena secoua la tête en se frottant les yeux d'une main. Oh, voilà qu'elle faisait sa timide ! Je souris tandis qu'elle finissait sa compote rapidement. Elle avait récupéré sa petite peluche, et était à deux doigts de recommencer à la mordiller. Elle mordillait tout un tas de choses en ce moment, et je la soupçonnais de commencer à faire ses dents... Pauvre petit cœur, ce ne serait certainement pas une partie de plaisir. Je devrais trouver de quoi soulager ça quand il en serait temps... Pour le moment elle n'avait pas l'air de souffrir, alors je n'allais pas intervenir. Mais le moment venu, il faudrait lui trouver quelque chose à mâchouiller en permanence. Sa petite étoile de mer ne ferait probablement pas l'affaire... Je la débarbouillais en vitesse, parce que je savais qu'elle n'aimait pas ça. Pas du tout. En règle générale, elle détestait quand on la lavait. Maintenant elle était un peu plus sage quand on lui donnait son bain ou lorsqu'on la changeait, mais au début ça avait été bien compliqué... Quand elle tendit de nouveau ses petites menottes vers moi, je ne pus résister et je la pris dans mes bras. Comme à son habitude elle enfouit sa tête au creux de mon cou, ses petites mains posées contre sa poitrine. Elle devait certainement avoir encore faim, puisque je voyais qu'elle cherchait à... à téter, tout bêtement. Sauf que je me voyais très mal l'allaiter, là tout de suite. Si le faire devant Ethan ne me posait aucun problème, devant mon père, c'était une autre histoire. J'avais presque vingt-six ans, je n'étais plus sa petite fille. Je n'allais pas planter mon père ici pour autant... Bon, Lena se contenterait bien d'un petit biberon pour cette fois ! Il y avait toujours un petit biberon dans la cuisine. D'une main, je me suis débrouillée pour laver ce dernier, faire chauffer le lait, remplir le biberon. J'eus un petit haussement d'épaules devant l'air surpris de mon père.

« Quand on a un bébé, on apprend à faire beaucoup de choses d'une seule main. Comme tu le vois, Lena aime bien rester accrochée à maman. Encore que moi il m'arrive de la poser... Impossible de la retirer de ses bras quand il la tient. C'est à se demander qui des deux tient à le plus à rester avec l'autre... »

J'évoquais le comportement paternel d'Ethan sans vraiment m'en rendre compte. Mais j'étais tellement fière de lui. Lui qui avait tant douté de ses capacités à devenir un bon père. Il avait même douté de savoir comment la porter, ou même la changer... Au final, c'était lui qui avait pris notre fille dans ses bras pour la première fois. Lui qui se levait la nuit, lui qui la rassurait après ses cauchemars... J'avais remarqué que Lena préférait s'endormir dans ses bras. Ethan avait une façon bien à lui de la porter dans ses bras et de la blottir contre lui. Cela devait la rassurer, parce qu'elle se calmait tout de suite et s'endormait très rapidement. Peut-être savait-elle également qu'il ne la reposerait pas avant deux ou trois heures, pas avant qu'elle ne soit endormie profondément. De temps en temps elle se réveillait là où elle s'était endormie, dans les bras de son père. J'aimais particulièrement quand Ethan faisait cesser les pleurs de Lena. Il avait sa façon de la calmer... J'étais pleine d'admiration pour le père qu'il était. Doux et attentionné. Mon père n'avait pas non plus eu l'occasion de voir le père en Ethan. J'aurais parié que cela l'aurait fait changer d'avis...

Je suis allée m'asseoir dans le siège en face de mon père et j'ai donné son petit biberon à Lena. Elle semblait moins pressé de le boire que d'habitude, sans doute ne le finirait-elle pas. Ce n'était qu'une petite soif... Elle me faisait sourire, et elle m'attendrissait tellement que je ne pouvais pas m'empêcher de caresser sa petite joue veloutée en même temps que je tenais le biberon.

« Tu sais que je n'avais jamais pensé à être mère si tôt ? Ni même à être mère tout court. Je ne me voyais pas avec des enfants. Peut-être parce que je n'avais pas rencontré Ethan, ou que j'avais peur, je ne sais pas... J'ai eu peur en apprenant que j'étais enceinte de Lena... »

Elle commençait à s'endormir, et ne tétait presque plus que par réflexe. Pourtant je ne lui retirais pas son biberon. J'avais fait cette erreur une fois, elle avait été très surprise et s'était mise à pleurer. Maintenant j'attendais qu'elle soit parfaitement endormie pour lui retirer la tétine doucement.

« Ethan m'a rassurée, assurant que j'étais faite pour être mère... Ce n'était pas négatif. C'est juste qu'avec toute ma douceur, et mon tempérament maternel, il trouvait ça... Normal ? Logique ? Enfin... C'est devenu de plus en plus logique pour moi au fur et à mesure que j'avançais dans ma grossesse... Quand je l'ai sentie bouger ça a été... Magique ? Enfin, tu ne peux pas vraiment comprendre ce que ça fait, je crois... »

Non en effet, il ne pouvait pas, pas plus qu'Ethan ne le pouvait. J'ai doucement retiré le biberon à Lena et je l'ai reposé sur la table avant de déposer un baiser sur le front de Lena. Voilà, elle s'était de nouveau endormie... Même si elle avait six mois et qu'elle avait bien grandi, je la trouvais encore minuscule.

« Elle est magnifique, n'est-ce pas ? »

Évidemment, j'étais terriblement fière de ma fille. Parce que c'était mon petit trésor et que je l'aimais follement. Elle était ce que j'avais de plus cher au monde, avec Ethan. J'eus un petit soupir, la blottissant contre moi. Je détachai alors mes yeux d'elle pour les poser sur mon père.

« Comment est-ce qu'elle était maman ? Avec moi, quand j'étais bébé ? Est-ce que... Est-ce que je suis avec Lena comme elle était avec moi ? »

_________________
« AND HE TOOK HER IN HIS ARMS AND KISSED HER UNDER THE SUNLIT SKY,
AND HE CARED NOT THAT THEY STOOD UPON THE WALLS IN THE SIGHT OF MANY. »

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MessageSujet: Re: Make me wanna die [PV Katarina]   Lun 31 Jan - 20:03

J'occultai totalement ce qu'elle me dit sur Ethan. Inconsciemment, je ne voulais pas entendre à quel point Ethan aimait Katarina et Lena, je ne voulais pas avoir à admettre qu'ils pouvaient être bien pour elle. je ne retins que ce qui concernait uniquement ma magnifique petite princesse de prime abord. Je lui chatouillai la joue du bout du doigt pour qu'elle cesse de faire sa jolie moue. Ainsi donc, mademoiselle n'osait pas entendre nos louanges ? Elle se remit à rire et désigna d'un doigt impérieux le reste de compote de pommes que sa mère se dépêcha de lui donner. Je souriais toujours et répondis d'une voix amusée :

- Elle peut ! Elle ne mérite que cela, des compliments. Elle est absolument adorable.

Je me replongeai de nouveau dans la contemplation de ma petite-fille chérie tandis que Katarina s'affairait à ranger et nettoyer assez acrobatiquement, en maintenant Lena d'une main toujours accrochée à son cou. Sur le coup, je n'y fis pas attention, toujours concentré sur ce petit bébé que je ne pouvais jamais voir, mais à un moment, je réalisai ce qu'elle était en train de faire et parvins enfin à m'arracher de la contemplation de Lena pour regarder ma fille d'un air surpris, ce qu'elle repéra aussitôt.

J'eus un petit sourire nostalgique à ce qu'elle me disait là. Maintenant que j'y repensais, c'était vrai que Sonja ne quittait jamais Katarina lorsque celle-ci était bébé, et quitte à devoir mettre deux fois plus de temps à faire ce qu'elle voulait, jamais elle ne posait notre fille si elle voulait rester accrochée à sa maman. J'avais proposé de lui trouver une nourrice, ou au moins une aide, pour quand j'étais absent, mais elle avait catégoriquement refusé, m'affirmant qu'elle devait s'occuper de sa fille toute seule si elle voulait espérer être une bonne mère. Moi, je n'avais pas été un bon père, pas au début. J'avais comblé Sonja pour qu'elle se sente bien, m'efforçant de lui éviter la fatigue ou l'énervement, mais je n'avais pas vraiment fait attention à Katarina. Je me souvenais du jour où il avait fallu lui trouver une baby-sitter. N'importe quelle étudiante un peu responsable m'aurait suffi, mais Sonja m'en avait fait tout un plat, et avait mis une bonne semaine à choisir parmi toutes les candidates qui s'étaient présentées. Elle ne voulait pas confier sa fille à n'importe qui, m'avait-elle sermonné, et j'aurais mieux fait de penser un peu au bien-être de ce minuscule bébé au lieu de vouloir le donner à je ne savais quelle greluche qui ne saurait pas s'en occuper ! Enfin, c'était quelque chose comme cela qu'elle m'avait dit. D'ailleurs, nous n'avions fait que très rarement appel à cette baby-sitter, Sonja n'abandonnant jamais Katarina d'une semelle. Et dans les gestes de ma fille aujourd'hui, je retrouvais ceux de ma femme autrefois. Comme toujours. Et Lena ressemblait tellement à Katarina...

Hum. Je me concentrai de nouveau sur ce qu'elle me disait. De quoi parlait-elle, d'ailleurs ? L'instinct maternel, quelque chose de ce genre. Oui, même si Sonja n'avait pas désiré être enceinte, elle avait eu cet instinct, si naturel, cette connaissance magique des bébés pour lesquelles les femmes sont injustement avantagées. Je n'avais pas réussi à être père avant d'être le seul à devoir m'occuper d'elle. J'avais eu une sorte de déclic, et même si elle n'avait pas eu l'éducation la plus orthodoxe qui soit, au moins m'étais-je bien occupé d'elle, attentif au moindre de ses désirs. Non, ce n'était pas forcément ce qu'il aurait fallu faire, oui, j'avais été maladroit, mais cependant, le résultat en valait la peine. Et j'espérais de tout mon cœur que malgré mes mensonges, Katarina ne regrettait rien de son enfance. J'eus un timide sourire :

- Non, on ne pourra jamais comprendre ce que ça fait. Est-ce qu'il n'y aurait pas un peu de favoritisme ?

Je caressai délicatement son ventre mais retirai rapidement ma main. Je ne sentais pas encore une confiance suffisamment grande entre nous pour me permettre ce geste sans son autorisation.

- Tu es une mère parfaite, Katarina. Tu t'occupes de Lena aussi bien qu'elle est adorable, et ce n'est pas peu dire. Ça me fait tellement plaisir de te voir épanouie comme cela...

Et c'était vrai. Pourtant, c'était curieux, cela me faisait étrange de voir ma fille comme une femme adulte, d'habitude, mais là, cela me semblait parfaitement naturel, logique et dans la continuité des choses. Il y avait quelque chose qui passait entre elles, et qui ne rendait la place de Katarina dans la vie de Lena que plus évidente. Une expression émue embua mes yeux d'ordinaire si froids.

- Oui. Elle est magnifique. Autant que tu l'étais à son âge et que tu l'es toujours.

Et puis elle me demanda de lui parler de sa mère. Cela me fit une drôle de sensation. Je lui avais énormément parlé de Sonja, mais c'était toujours moi qui étais venu vers elle. Non pas que cela ne l'intéressât pas, très loin de là, elle aimait sa mère autant que l'on pouvait aimer une personne que l'on n'avait jamais connu, mais simplement, je n'avais pas besoin de me faire prier pour raconter mes souvenirs et aimais m'épancher auprès de ma fille pour lui raconter cette époque où j'avais été si comblé. Katarina m'avait comblé, aussi... mais pas de la même manière. Tiens. Peut-être était-ce cela qu'elle voulait dire quant à son amour pour Ethan ou pour moi. Les choses devenaient soudainement plus claires. J'ouvris la bouche, la refermai. Je cherchais par où commencer. Par une évidence rare, sans doute.

- Tu es comme ta mère, Katarina. Tu es aussi parfaite qu'elle. Tu as le même caractère, c'est impressionnant alors qu'elle ne t'a pratiquement pas élevée !

Souvent, je me disais que l'âme de Sonja s'était réincarnée en Katarina. Quelque chose comme ça. Mais je ne voulais pas lui dire. Inessa croyait déjà que je la prenais pour un substitut physique, si Katarina pensait être un substitut mental, je n'allais plus m'en sortir.

- Et oui, j'ai souvent l'impression de la revoir quand tu t'occupes de Lena. Maintenant que tu me l'as dit, je me souviens qu'elle aussi faisait tout d'une seule main. Tu étais un petit bébé très capricieux et elle te passait tout. Heureusement que tu n'es pas restée comme ça, ou ça n'aurait pas été joli-joli avec moi ! Enfin, je chouchoutais Sonja qui te chouchoutait toi, je crois que nous n'avons jamais été aussi heureux qu'en cette période. Tu sais, je crois que je n'étais pas un très bon père avant l'accident... Je ne m'occupais pas beaucoup de toi, plutôt de ta mère. J'aurais du mal à te dire tes habitudes de bébé. Si ta mère était encore en vie, je suis certain qu'elle les connaîtrait encore toutes par cœur. Ensuite, bon, il y a eu... (Ma voix rippa sur une boule formée dans ma gorge.) Il y a eu la fausse couche... Ça a brisé notre havre de paix. Sonja s'est renfermée et ne voulait plus que je m'occupe d'elle, j'avais l'impression qu'elle pensait qu'elle ne le méritait pas. Ça nous a fait tellement mal... Ça a failli nous détruire, mais c'est toi qui nous as gardés liés. Elle est devenue très protectrice envers toi, voire trop, mais ça a fini par devenir un jeu, je la taquinais sur le fait que jamais elle ne te laisserait vivre ta vie. Elle n'en a pas eu l'occasion... A partir de là, je t'ai prise sous mon aile autant qu'elle auparavant. Belle ironie, je me suis retrouvé à faire exactement tout ce sur quoi je l'embêtais autrefois. Après, tu connais, n'est-ce pas ? Tu étais la principale intéressée... C'est toi l'héroïne de mon histoire, Katarina.

Je me rendis compte soudain jusqu'à quel point je m'étais épanché. Et je n'avais même pas vraiment répondu à sa question. Je devins instantanément écarlate. Je n'avais pas vraiment voulu lui dire tout cela, mais le flot de paroles à propos de ma vie passée avec Sonja avait jailli de mes lèvres si naturellement et si spontanément que je n'avais même pas réalisé tout ce que je disais. Des larmes d'émotion perlaient dans mes yeux. Cet intermède avec ma petite-fille et ces souvenirs de ma vie passée étaient trop à la fois. J'eus un sourire un peu tordu et lui caressai les cheveux :

- Tu sais que je t'aime plus que tout, trésor ? Tu sais que quoi que je fasse, quoi que je dise, ça ne signifie rien, ça ne change rien à ce que je ressens pour toi ? Mes mensonges, mes ressentis... Je n'y prêtais pas attention parce que je savais que l'important, c'était de t'aimer, toujours. Et je t'aimerai toujours.
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MessageSujet: Re: Make me wanna die [PV Katarina]   Mer 2 Fév - 17:27

Une mère parfaite. Selon la majeure partie des personnes dans cette communauté, j'étais une mère parfaite. Je ne voyais cependant vraiment pas ce qui me rendait parfaite à ce point. Je ne me trouvais pas parfaite, loin de là. À mon sens, je me comportais comme n'importe quelle mère normale aurait dû le faire. C'est à dire que je m'occupais bien de mon bébé, je faisais mon maximum pour la rendre heureuse, je la protégeais quand il fallait la protéger... C'était le rôle d'une mère. Et remplir au mieux mes fonctions de mère ne me rendait pas si parfaite. Je faisais ce que je devais faire, un point c'était tout. Je trouvais cela parfaitement normal de m'occuper ainsi de ma fille. Je l'aimais bien évidemment à la folie, j'aurais fait n'importe quoi pour elle, mais je n'étais pas parfaite. Je commençais à en avoir assez d'être sans cesse désignée comme la femme parfaite, l'exemple à suivre... J'avais bien des défauts, sauf que personne ne semblait vouloir les voir, à commencer par mon mari et mon père. Je savais qu'ils avaient sans doute besoin de quelqu'un de parfait, mais ce quelqu'un ce n'était pas moi, j'étais capable de faire des erreurs. C'était simplement que jusque là, mon caractère m'avait empêché de faire des erreurs monstrueuses. Parce que j'étais posée et réfléchie, c'était dans ma nature. S'il voulait un exemple de perfection, c'était sans doute vers Alexander qu'il fallait se tourner. Il avait fait bien plus pour nous que je n'en ferais jamais, alors il était définitivement l'exemple à suivre. Mais je n'allais certainement pas dire cela à mon père, il m'aurait traitée de folle ou aurait refusé catégoriquement d'accepter cette idée, têtu qu'il était ! Il n'avalerait jamais ça, à l'instar d'Ethan qui me regardait toujours comme un ange ou une déesse.

Je ne pus que sourire quand il complimenta Lena, et moi par la même occasion. Je savais qu'elle me ressemblait beaucoup, même si je ne m'en rendais pas vraiment compte. Je ne pouvais pas vraiment m'en rendre compte, parce qu'à chaque fois que je la regardais, c'était ce qu'elle avait pris d'Ethan qui me sautait aux yeux. La plupart du temps, tout ce que je voyais c'était ses grands yeux bleus, semblables à ceux de son père, qui me regardaient avec amour. Parfois c'était presque perturbant. Mais j'aimais tellement les yeux d'Ethan que je fondais à chaque fois... Mais en y regardant de plus près, c'était évident qu'elle me ressemblait. Elle avait mon nez, ma bouche, mes expressions... Mes cheveux aussi. Elle était aussi brune que moi, ses cheveux étaient presque noirs, et formaient de jolies petites boucles soyeuses qui me donnaient envie de lui faire de ces ridicules petites couettes de temps en temps. Après, peut-être qu'elle me ressemblerait de plus en plus en grandissant, ou que, au contraire, elle changerait. On ne pouvait pas vraiment le savoir à l'avance, mais pour le moment il était assez évident qu'elle me ressemblait, même si à mes yeux elle était surtout un parfait mélange d'Ethan et moi. Et oui, je ne l'avais pas faite toute seule, et mon père semblait un peu oublier ce détail, qui était tout de même de taille. Je crois qu'il n'avait pas encore bien saisi ce que cela impliquait d'avoir un bébé... Certaines relations auxquelles il ne voulait sans doute pas penser. Même là, il trouvait le moyen de dénigrer le rôle d'Ethan. Il ne faisait même pas attention à ce que je lui disais, et un peu malgré moi, je trouvais cela passablement énervant.

Je ne pus m'empêcher de le regarder en fronçant les sourcils lorsqu'il m'annonça de but en blanc que j'avais le même caractère que ma mère. C'était un peu étrange, puisqu'elle ne m'avait presque pas élevée, et petite, je doutais d'avoir été assez influencée pour que mon caractère devienne bel et bien ce qu'il était.

« C'est étrange que tu dises ça... Moi même je me demande comment j'ai pu devenir ce que je suis... On ne peut pas dire que tu m'as élevée dans un milieu très... modeste. »

Non, en effet, le milieu dans lequel j'avais grandi était tout, sauf modeste. La plupart des personnes que j'avais côtoyées pendant mon enfance étaient des personnes très riches, imbues d'elles mêmes, égoïstes, trop riches... La plupart des gens de mon âge étaient tout mon contraire : fêtards, égoïstes et narcissiques, moqueurs... A Moscou, je n'avais pas eu beaucoup d'amis, ni même de petit-ami. Je n'aimais pas le milieu bourgeois, loin de là. Mes vrais amis, je les avais rencontrés à New York, et le changement avait été bien radical pour moi, et je ne m'en étais jamais plainte, au contraire même. Aujourd'hui, c'était Ethan qui se demandait comme je pouvais être aussi « parfaite » avec un père pareil. Moi, je me posais la même question, non pas à mon sujet mais à celui de Vitali. Vitali et moi étions tellement semblables, alors que nous avions presque été élevés de la même façon, dans un milieu peu recommandable. Et j'avais presque l'impression qu'apprendre les agissements de son père n'avait rendu Vitali que plus différent. Ce devait être terrible pour lui de devoir supporter la vie avec Armando Venezzio. Comme cela aurait été terrible pour moi de rester avec un père mafieux. Il n'empêche que j'aurais nettement préférée la vérité à un odieux mensonge de vingt-cinq ans. Apprendre que mon père était mafieux, cela avait été comme apprendre que le Père Noël n'existait pas. Un espèce de choc, une révélation que l'on est incapable d'accepter et d'encaisser. Et pourtant aujourd'hui j'étais là, mon bébé dans les bras, en face de mon père... Brusquement la culpabilité m'assomma et je me me mordis la lèvre. J'allais m'excuser et partir, mais je fus distraite.

Cela me faisait un drôle d'effet d'entendre mon père me parler aussi ouvertement de sa vie avec ma mère. Je ne l'avais jamais vu si émotif et passionné à la fois. Je me rendais seulement compte de l'amour qu'il avait dû lui porter en étant jeune. Je n'avais jamais été témoin de cet amour, et quelque part cela me désolait... Mais en même temps, je ne comprenais pas pourquoi, dans ce cas, il cherchait à tout prix à reconquérir le sosie de ma mère... Inessa savait-elle seulement combien elle lui ressemblait ? J'avais été très choquée la première fois que je l'avais vue, croyant revoir ma propre mère, dont je me souvenais parfaitement du visage. Je ne savais pas quoi lui répondre, d'autant plus qu'il n'avait pas vraiment répondu à ma question. J'étais presque gênée, je ne savais pas trop quoi lui dire. Pourtant, j'avais l'habitude d'entendre les gens se confier, après médecin, j'étais pratiquement le psychologue de tout le monde ici.

« Je sais que tu m'aimes, papa... »

Je ne fus même pas coupée par Lena qui s'agitait dans mes bras, parce que je ne savais absolument pas quoi dire. Le réveil un peu brutal de ma fille me sauvait presque la mise en fait. Un peu inquiète par le sursaut brutal de Lena, je baissai les yeux sur elle et la découvrit en train de s'agiter et se se frotter les yeux. Peut-être avais-je eu un geste un peu brusque sans m'en rendre compte et je l'avais réveillée. J'avais pourtant l'impression d'être restée figée, de ne pas avoir bougé. Peut-être était-ce le son de nos voix qui l'empêchait de s'endormir tout à fait. Pourtant, il me semblait bien qu'elle adorait s'endormir en écoutant Ethan lui parler. Mais il y avait beaucoup de choses qu'elle n'aimait qu'avec son père. Et puis elle n'avait pas encore bien l'habitude de la voix de son grand-père, cela pouvait donc la perturber. Je la redressai dans mes bras et la retournai délicatement de façon à la déposer délicatement tout contre ma poitrine, en la soutenant d'une main sous les genoux et d'une main dans le dos. Je savais qu'elle aimait généralement se retrouver blottie contre moi quand elle avait du mal à s'endormir ou qu'elle était un peu paniquée. Comme je le prévoyais, elle enfouit sa tête contre ma poitrine et posa sa petite main dessus tout en suçant son pouce.

« Elle est fatiguée... Il faut que j'aille la coucher... »

Avec un petit soupir, je me levai, maintenant Lena contre moi. Je n'étais pas particulièrement heureuse d'abandonner mon père de cette façon, mais je me disais que j'avais suffisamment joué avec le feu comme ça. Rien que l'idée de blesser Ethan me donnait la nausée, et cela n'avait rien à voir avec ma grossesse, je me sentais simplement terriblement coupable d'avoir passé outre ses instructions. Il serait certainement furieux et blessé s'il l'apprenait. Alors je préférais mettre fin à cette entrevue avant de faire une véritable bêtise. De toute façon, je savais que je finirais par lui avouer, que ce soit aujourd'hui ou demain. Je m'en voulais trop et il avait trop confiance en moi pour que je lui cache la vérité. Nous nous étions promis de ne jamais rien nous cacher. Alors je n'allais certainement pas lui cacher cela, quand bien même cela risquait de provoquer une dispute. Mieux valait qu'il l'apprenne par moi que par quelqu'un d'autre. Et qui sait ? Peut-être comprendrait-il mon geste, il n'était pas si peu ouvert d'esprit. Il savait que cela me coutait d'être en conflit avec mon père. Il était capable de beaucoup de concessions rien que pour me faire plaisir.

Je me penchai, et attrapai rapidement la petite peluche de Lena. Je lançai ensuite un regard un peu désolé à mon père, puis je le saluai avant de me faufiler rapidement hors de la cuisine, avant qu'il n'ait eu le temps de songer à me retenir. J'allai directement vers notre chambre, ne songeant même pas à repasser à l'infirmerie. Mathilda viendrait me chercher si elle avait besoin de moi de toute façon. J'allais directement coucher Lena, l'emmitouflant chaudement dans un petit pull, que je lui enfilai rapidement avant de la déposer dans son berceau. Je fis bien attention à laisser sa petite étoile de mer à portée de main, au cas où elle ne parviendrait pas à se saisir de son ours en peluche. Au moins elle, elle n'avait pas à se soucier de tout un tas de problèmes d'adultes. Cela en faisait au moins une.

_________________
« AND HE TOOK HER IN HIS ARMS AND KISSED HER UNDER THE SUNLIT SKY,
AND HE CARED NOT THAT THEY STOOD UPON THE WALLS IN THE SIGHT OF MANY. »

— J.R.R. Tolkien.
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MessageSujet: Re: Make me wanna die [PV Katarina]   Lun 28 Fév - 15:26

[Navrée, c'est court, mais reprendre un début de message après si longtemps, c'est carrément mission impossible >.<]

Je n'avais pas vraiment voulu lui dire tout cela. Je détestais m'épancher. En plus d'une vingtaine d'année, la seule à avoir recueilli mes confidences était Inessa, l'invisible Inessa, la petite russe dévouée à son cher Alexeï, absente et toujours si présente. Je lui avais tout dit de moi sans jamais rien écouter d'elle. Et là, ce flot de paroles et d'émotions avait jailli le plus naturellement du monde de mes lèvres, alors que je n'avais jamais parlé de cette manière à Katarina de Sonja. Je ne lui avais jamais dit le pourquoi du comportement de sa mère avec elle, simplement la façon dont elle se comportait avec elle, quelques petites anecdotes amusantes ou touchantes, sans plus. Mais j'avais fait tellement peu attention à elle avant que ma femme ne meure que finalement, je n'avais que peu de souvenirs en rapport avec elle à lui conter. Non, je lui parlais de Sonja seule, Sonja avec moi, mais pas de Sonja avec elle. C'était une version inédite que je lui avais livrée là. Et allez savoir pourquoi, je m'en voulais. Entre autres, je lui avais dit quelque chose que je n'avais jamais vraiment bien admis moi-même, le fait que cette fausse couche ait failli nous séparer. Je lui avais révélé les failles de sa mère, qui n'était pas toute-puissante, qui avait eu des faiblesses après un tel événement. C'était normal ; quelle femme n'en aurait pas eu après avoir perdu un enfant ? Mais je n'avais jamais voulu voir que Sonja eût pu avoir des faiblesses. De même que ma belle Katarina était parfaite, parfaite avec son enfant, parfaite en tout. Idéaliste ? Utopiste ? Si peu...

Je me crispai lorsqu'elle évoqua la façon dont je l'avais élevée, pour se mordiller la lèvre en cette mimique de gêne que nous partagions juste après. J'avais l'impression qu'elle me le reprochait. Je savais qu'elle ne s'était jamais sentie très à l'aise dans ce milieu ; j'avais fini par admettre qu'elle se serait aussi bien épanouie sans les présents que je lui offrais à tour de bras, et d'où venait le fait qu'elle n'avait eu que peu d'amis en Russie. Moi, ce monde ne me gênait pas ; j'avais besoin de me sentir puissant pour me sentir capable, et c'était la méthode que j'avais trouvé, user de mon don pour les mensonges, les affaires, la manipulation. Je n'avais pas vu à quel point Katarina étouffait dans ce monde égoïste. Gêné, je ne savais comment réagir. Je n'arrivais jamais à déterminer si elle m'en voulait, quand elle m'en voulait, pourquoi elle m'en voulait. Et de toute manière, que pouvais-je bien répondre à cela ? Cela faisait partie du passé, désormais. L'on ne pouvait rien y changer.

J'eus un léger soupir de soulagement à sa phrase. Comme si j'avais eu peur qu'elle me réponde « Oui, peut-être que tu m'aimes, mais tes mensonges avaient de l'importance, et je t'en voudrai toujours de m'avoir caché cela sous je ne sais quel prétexte ». Elle aurait pu, elle aurait été en droit de le faire. Pour la protéger... Pour l'éloigner... Pour que l'on ne sache pas à quel point nous étions liés... Tous ces arguments paraissaient faibles et vides depuis les événements survenus depuis ma prétendue trahison. Et le coup était venu de là où je m'y attendais le moins. Je savais Armando implacable, comment avais-je pu croire que notre amitié serait plus forte que l'envie de me ramener à lui ? J'avais été terriblement naïf. Je sursautai lorsque Lena se mit à gémir. Elle avait brisé l'étrange bulle que Katarina et moi avions créée plus ou moins volontairement, et dans laquelle je n'étais pas très sûr de me sentir à l'aise. J'eus un vague soupir lorsque ma fille reprit la parole.

- Je comprends. Vas-y. Merci.

Pourquoi lui disais-je merci ? Merci de m'avoir écouté, de m'avoir sans doute un peu pardonné. Cela faisait longtemps qu'une de nos conversations s'était terminée sans tensions et sans disputes, c'était un très net progrès. Et merci pour Lena, surtout. Je ne savais si elle l'avouerait à Ethan. Je me sentais coupable, soit de la faire mentir par omission à son mari, soit de provoquer une dispute entre eux. Mais comme d'habitude, je ne savais pas vraiment comment lui dire tout cela, si bien comme je me contentai d'un seul mot. Finalement, c'était aussi bien. Qu'elle l'interprète comme elle le préfère.
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Make me wanna die [PV Katarina]
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