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 Sweet Child O'Mine. [ Lucy & Lucas ]

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Liam Marsden
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Date d'inscription : 06/07/2010
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MessageSujet: Sweet Child O'Mine. [ Lucy & Lucas ]   Ven 28 Jan - 20:40

Un des angles de ma chambre n’est pas tout à fait droit. En fait, je supposais que s’il avait fallu y loger un meuble à angle véritablement droit, il ne s’y serait pas parfaitement emboîter. Voilà le genre de détails horriblement stupide dont on remarque l’existence lorsque l’on est enfermé dans une chambre depuis près de deux semaines, sans aucune distraction. Plus mon état s’améliorait, et bien que cela soit léger, plus j’éprouvais le besoin de me lever et d’aller reprendre mon rôle au sein de la communauté, d’effectuer mes tâches et m’occuper un peu l’esprit. Je devenais dingue à rester couché là, dans ma chambre, seul. Samuel avait beau essayer de venir passer le plus de temps possible avec moi, son travail en cuisine lui mangeait beaucoup trop de ses journées pour qu’il ne passe en plus ses après-midi à mes côtés. De plus les jumeaux vivaient toujours avec lui, en attendant que mon état s’améliore et que je sois réellement en mesure de m’occuper d’eux. Mathilda s’était déjà opposée à ce que je retourne dans ma chambre alors que j’étais à deux doigts de rendre l’âme, alors me redonner la charge de deux enfants lui avait parut totalement impossible. Au fond elle n’avait pas tort, j’étais déjà bien incapable de m’occuper de moi seul sans en plus devoir m’occuper de mes enfants, bien que cela me rendait dingue. Ils me manquaient terriblement, vivre à leurs côtés me manquait terriblement tandis que je ne les voyais qu’en visites et très peu de temps. J’arrivais à tenir une conversation, mais cela me demandait tellement d’énergie qu’il était préférable pour moi de me reposer plutôt que de rester avec Lucy et Lucas. Alors ils resteraient avec Samuel encore quelques temps, bien que cela devait leur être difficile. Pendant un certain temps Lucy et Lucas n’avaient accepté personne d’autre que moi à leurs côtés et devoir à présent vivre nuit et jour avec un autre adulte devait les perturber, bien que je connaisse l’affection de Samuel à leur égard et que je le sache doux et tendre avec eux. Il les adorait, cela ne faisait aucun doute et me permettait de ne pas me faire de soucis à leur sujet, même si je n’aimais pas l’idée de les savoir loin de moi. En même temps, me rendre visite ne devait pas leur être d’un grand réconfort puisque je ressemblais de plus en plus à un cadavre et que j’avais énormément de mal à esquisser le moindre geste vers eux. J’aurais pu dormir dix heures d’affilées que ma faiblesse constante n’aurait pas changé, que je serais toujours autant épuisé et souffrant. D’ailleurs, je passais le plus clair de mes journées à dormir, de ce même sommeil de plomb qui ressemblait d’avantage à un coma qu’à une sieste paisible. Comme si j’avais des dizaines et des dizaines d’heures de sommeil à rattraper : Je ne me réveillais jamais en forme, et replongeais avec une facilité étonnante dans ces profondeurs étranges. Quant à mon aspect physique, il n’était pas des plus agréables puisque je ressemblais, en réalité, à un véritable cadavre. Me nourrir me posait toujours autant de problèmes et au bout d’un mois, il était très clairement possible de voir mes côtes et mes os saillants. La pâleur et les traits crispés de mon visage ne devaient pas arranger le portrait. En même temps, essayez un peu de ne prendre qu’un repas sur deux, vu que l’autre vous l’aurez rendu, et de ne manger que bouillons et légumes. Je peux vous assurez qu’en l’espace d’un mois, vous ressemblerez à Kate Moss version encore plus anorexique.

Cet angle droit m’obsède, je ne parviens plus à observer autre chose dans la pièce. J’avais envie de me lever et essayer d’y coller le bureau pour vérifier si oui ou non il était droit, mais cela était aussi inutile que fatiguant alors je ne bougeai pas. Allongé, la nausée me serrant la gorge, je priai pour que Samuel ou les jumeaux ou Mathilda ou n’importe qui fasse irruption dans la chambre, apportant une bouffée de vie dans mon univers de maladie. Mais il ne fallait sans doute pas rêver, Samuel venait de partir, Mathilda était venue ce matin, les jumeaux passaient généralement en fin d’après-midi. Les autres gens de la communauté se fichaient éperdument de mon état alors… J’étais seul. Soupirant, j’abandonnai mon angle presque droit et bu une gorgée de la tisane que Samuel m’avait apporté quelques instants plus tôt, avant de fermer les yeux, crispant la mâchoire lorsque je remontai mes couvertures jusqu’au menton : Chacun de mes muscles demeurait constamment courbaturé, et bien que cela constituait une des caractéristiques de la maladie dont je souffrais, je ne pouvais m’empêcher de prier pour que ça passe vite. Ma patience quant à la guérison s’amenuisait de plus en plus. Au bout d’une poignée de secondes, je parvins sans difficulté majeure à m’endormir, sombrant malgré un mal de tête dérangeant, quoique soutenable, dans les profondeurs abyssales de mon sommeil de presque mourant.

« Réveille-toi Liam ! Les jumeaux ont besoin de toi ! »

Je me faisais secouer comme un prunier et Mathilda m’appelait d’une voix forte, sans se soucier de me déranger ou non. Je fus premièrement tellement surpris que je ne pu dire quoi que ce soit, avant de froncer vivement les sourcils en remarquant qu’elle était couverte de sang. De sang… Et les jumeaux qui avaient besoin de moi… Mon cœur se souleva si fort que je crus qu’il allait s’enfuir de ma poitrine, tandis que je repoussai le plus rapidement mes couvertures et tentai de me lever. Je me fichai pas mal de mon mal de tête, de mes nausées, de ma faiblesse, il fallait que je les rejoigne ! Il fallait absolument que je trouve mes enfants ! Je n’avais aucune idée de ce qu’il avait bien pu se passer mais ce devait être grave pour que Mathilda me réveille avec autant de brutalité. Et ce sang… L’odeur me donnait très fortement envie de vomir et pourtant, lorsque je m’appuyai à Mathilda pour me relever et esquissai un premier pas, le cœur battant si vite et l’angoisse montant de plus en plus, je n’eus aucun geste d’hésitation. Cette peur qui me serrait soudainement les entrailles, ce terrible sentiment de crainte me faisait oublier chacun de mes maux pour n’avoir plus que deux prénoms en tête : Lucy. Lucas. Mes enfants auxquels il était arrivé quelque chose et qui avait besoin de moi. J’aurais couru si la vision du couloir de m’avait pas arrêté net dans mon élan. Je crus être en plein cauchemar. Des traces de sangs, des impacts de balles, et une odeur abominable qui embaumait l’air… Qu’est ce que ça voulait dire ? Qu’est ce qu’il s’était passé ? QU’EST-CE QU’IL S’ETAIT PASSE BON SANG ?! J’étais totalement pétrifié et lorsque Mathilda vit que je ne la suivais pas, elle se retourna et vit mon visage horrifié. Elle prononça alors des mots qui, dans mon esprit, n’avaient aucun sens. Des mots que j’aurais préféré ne jamais entendre. Des mots qui me glaçaient le sang et dont la réalisation concrète n’aurait jamais dû m’apparaître… Nous avions été attaqué. Les Hors la loi étaient venus. Ils étaient venus ici pour tous nous tuer, ou du moins le plus possible… Je manquai de tomber, pris d’un vertige plus violent que les précédents mais Mathilda me rattrapa de justesse et me releva avec force. Comment était-ce possible ? Pourquoi ? Combien d’entres nous avaient péris et où étaient les jumeaux, où était Samuel ? Mon cœur se serra et les larmes me montèrent, ma respiration se faisant de plus en plus saccadée et difficile alors que je me retenais au mur pour ne pas définitivement tomber. J’aurais voulu me ruer à l’infirmerie, et ailleurs, les chercher, eux et tous les autres, mais je ne le pouvais pas. Je n’en avais pas la force, ni le courage. Voir les cadavres de personnes que je connaissais et avec lesquelles je vivais depuis plus d’un an m’aurait achevé et pourtant il fallait que nous y allions, il fallait que je parvienne à me tenir sur mes jambes encore quelques mètres mais pour trouver quoi au final… ? J’avais une peur panique de la réponse. Dire que je n’avais rien entendu, rien compris…

« Tu es sous sédatifs Liam, c’est normal que tu n’aies rien entendu mais ce n’est pas ça l’important. Lucy est blessée, elle te réclame ; Il faut que nous y allions. Maintenant. »

Elle passa un bras autour de ma taille et je m’appuyai sur son épaule, tentant d’adopter le même calme que celui que je sentais dans sa voix mais c’était tout simplement impossible… Impossible en sachant que l’un de mes enfants était blessé, qu’un de mes enfants avait mal en ce moment même et que je ne connaissais pas la gravité de ses blessures. Que Mathilda m’ai mit sous sédatifs sans mon accord m’apparaissait aussi insignifiant que l’état dans lequel je me trouvai à l’instant : Je devais aller à l’infirmerie le plus vite possible. Il le fallait absolument. Tentant de calmer ma respiration haletante, je marchai en ignorant tout de mes douleurs, prenant appuis sur notre médecin dont le visage stoïque ne me rassurait pourtant pas. Sans doute sentait-elle ma panique, ma terreur, mais elle ne me dit pas ce que je voulais savoir, elle ne me parla pas de Lucy en route mais des autres. Je m’en fichais des autres ! Maintenant que je savais ce qu’il était arrivé, tous mes amis et tous les gens que je connaissais auraient pu être morts que cela n’aurait pas été plus important que ma fille, ma propre fille. Pourtant, elle m’expliqua tout depuis le début, l’arrivée des Hors la loi et la terrible bataille qui s’est déroulée, que nous comptions beaucoup de blessés et quelques morts mais toujours moins que les autres puisqu’ils étaient finalement partis. Tout était fini depuis quelques heures déjà et pourtant je ne parvenais pas à réaliser réellement ce qu’il s’était produit. Dans mon esprit un énorme blocage m’empêchait de concevoir qu’ils avaient vraiment pénétré notre seul refuge et qu’ils avaient tiré sur ma fille. Sur une enfant. Cette fois je ne pu retenir mes larmes, le sentiment atroce de peur ne me lâchant pas. Je tremblais de tous mes membres, étais tétanisé à l’idée, la simple idée de voir Lucy livide, allongée sur un lit aux draps aussi blancs que sa peau et inconsciente… Non. Non, mon Dieu. Je priai le Seigneur que ce ne soit qu’un cauchemar, juste un cauchemar.

Mes jambes étaient prêtes à flancher lorsque nous arrivions à l’infirmerie, que je n’avais jamais vu aussi bondée. Partout, des gens qui semblaient effrayés, qui semblaient souffrir et produisaient un bruit assourdissant. Tant de visages que je connaissais mais qui, déformés par cette crainte tenace, m’apparaissaient tous identiques et méconnaissables. Mathilda continuait d’avancer en me tirant par la taille, sans quoi je me serais sans aucun doute effondré de nouveau face à cette vision d’horreur. J’avais envie de vomir, à deux doigts de tomber dans les pommes mais savoir Lucy blessée me maintenait les pieds sur terre. Même Samuel, à l’instant, ne m’apparaissait plus d’aucun intérêt et qu’importe où il pouvait se trouver et s’il était vivant. Je voulais juste voir Lucy, et Lucas, et savoir qu’ils étaient vivants, que Lucy allait s’en sortir, que ce n’était rien de grave. Mais lorsque je la vis, si petite, si frêle, je ne chancelai pas. Cette fois je lâchai définitivement Mathilda, immobile face à ce lit sur lequel mon enfant, blessé, reposait. Une main tremblante vint s’écraser sur ma bouche tandis que les larmes qui coulaient déjà sur mes joues redoublèrent d’intensité. Je serrai les dents pour ne pas hurler, terrassé par la peur, la souffrance et un sentiment de culpabilité exacerbé. Il me fallut quelques secondes pour pouvoir m’avancer, d’un pas maladroit et tremblant toujours autant, vers Lucy et me pencher sur elle. Un vide horrible aspirait tout l’intérieur de mon être, j’éprouvais la sensation que l’on éprouve habituellement juste avant de s’évanouir mais me retenais fermement à la réalité, aussi horrible, injuste et tyrannique soit-elle. Pourquoi elle ? Pourquoi mon enfant ?! Elle n’avait rien fait aux Hors la loi, elle n’avait rien à voir avec Armando et ses hommes, bon sang ! J’approchai ma main et lui caressai avec le plus de douceur possible, en dépit des violents soubresauts qu’elle subissait, les cheveux. Mon expression laissait très clairement voir l’anéantissement dont j’étais victime et lorsque ma voix s’éleva, sa douceur ne pu rien contre la crainte et la douleur qu’elle trahissait :

« Je suis là mon bébé. Ca va aller, je suis là maintenant… »

J’étais là, mais je ne l’avais pas été lorsque nous nous étions fait attaqués. Je ne l’avais pas été alors que Lucy me cherchait et alors qu’elle s’est fait tiré dessus. Je n’avais pas été là pour elle alors qu’elle en avait le plus besoin, alors que j’aurais dû la protéger et empêcher quiconque de lui faire du mal. J’en avais été incapable… C’est alors que je vis une petite silhouette s’avancer doucement vers le lit et que je reconnu Lucas, dont l’expression m’arracha encore d’avantage le cœur. Malgré mes larmes, malgré mes mains tremblantes et surtout malgré ma fatigue horrible je parvins à lui adresser un faible, trop faible sourire qui se voulait pourtant rassurant. Lui allait bien. Même si son choc était visible, il allait bien… Je me reculai alors et m’accroupis, ouvrant largement des bras dans lesquels il se rua. Je serrai une nouvelle fois les dents pour ne pas grogner de douleur, me contentant de refermer mes bras autour de son fragile corps d’enfant et de l’embrasser dans les cheveux. Je pleurai, en cet instant, comme si j’avais moi aussi été un enfant. Parce que j’avais honte, mal et peur. Parce que j’aimais Lucy et Lucas comme si j’avais réellement été leur père et qu’en cela tout ce qu’il pouvait leur arriver me touchait mille fois plus que n’importe quoi d’autre. Parce que lorsqu’ils avaient mal, j’avais mal moi aussi. Je me relevai alors, Lucas dans les bras avant de m’asseoir sur le bord du lit de Lucy, posant son frère sur mes genoux. Cet effort m’arracha un peu plus de force et je crus bien vomir cette fois, or je parvins à refreiner cette envie qui n’avait aucune place dans l’instant présent. De nouveau je posai une main sur la petite joue de ma fille, serrant de l’autre bras son frère contre moi, même si ce geste me faisait un mal de chien. Je murmurai difficilement, entre les larmes et la douleur :

« Est-ce que… - de nouveaux sanglots firent mourir ma voix dans le fond de ma gorge avant que je ne m’y reprenne – Est-ce c’est grave ? »

Mathilda se tenait au pied du lit, les bras croisés. Son visage ne laissait rien paraître, et j’avais été trop pétrifié pour lui poser cette terrible question lorsqu’elle m’avait annoncé la nouvelle. Je n’avais pas été capable de balbutier le moindre mot. Elle hocha doucement la tête ; Je crus mourir. Il s’agit d’une douleur atroce qui vous serre la gorge, les poumons, le cœur. Tout est compressé et vous vous sentez sur le point d’hurler tant votre rage se fait soudainement violente, tant votre désespoir est grand. Il était inconcevable pour moi que Lucy meurt et pourtant… Pourtant lorsque je la voyais dans cet état, quand je posai mes yeux sur elle la réalité me frappait. Mon visage se déforma par la peur et la souffrance, la douleur acide, nocive, incroyablement puissante.

« Mais elle s’en sortira. Je crois que le pire est passé. Maintenant elle a surtout besoin de toi. »

Elle s’en alla. Je serrai un peu plus Lucas contre moi, tentant d’assimiler tout ce qu’il nous arrivait et d’agir comme un bon père. Un bon père… Un bon père n’aurait sans doute pas laissé quiconque tirer sur son enfant. Un bon père n’aurait pas mis des heures pour venir à son chevet. Non, je n’étais pas un bon père, et malgré mon léger soulagement puisque je savais que Lucy allait s’en sortir, j’avais toujours l’impression de ne pas pouvoir tomber plus bas. Il n’y avait rien que je puisse perdre de plus précieux qu’eux, rien que l’on puisse m’arracher en me faisant autant de mal. Ce n’était même plus du mal… C’était la vie qu’on m’arrachait, car ces enfants étaient tout ce que j’aimais en ce monde, tout ce que je choyais et tout ce qui donnait de l’importance à mon existence. Ils étaient ma plus belle richesse et mes plus doux moments. Comme mes véritables enfants, ils étaient une petite partie de moi, de mon cœur et de mon âme. Ils ne quittaient jamais mon esprit. Plus que n’importe quand ils avaient désormais besoin de moi, malheureusement je ne trouvai rien à faire, rien qui ne soit avorté par cette même terreur glaçante. Alors, avec tendresse, je caressai une nouvelle fois la joue de Lucy avant de me pencher sur elle, tenant toujours fermement Lucas contre moi, et déposer un baiser sur son front. J’aurais dû cesser de pleurer et pourtant la tristesse liquide qui s’abattait sur mes joues me paraissait intarissable. Le pire était passé, un « pire » que ma fille avait dû affronter seule puisque je n’avais pas été à ses côtés. Ma toute petite fille, mon bébé, ma princesse. Pour avoir déjà connu la perte d’un enfant, je pouvais affirmer que je ne survivrais pas à la mort de Lucy. Non, je n’y survivrais pas.
Je murmurai une nouvelle fois, très proche de son visage, ma voix tremblant plus que jamais.

« Je suis désolé Lucy, pardonne-moi… Je t’aime, et maintenant je suis là. Regarde, je suis avec toi. Ne me laisse pas… »
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MessageSujet: Re: Sweet Child O'Mine. [ Lucy & Lucas ]   Sam 5 Mar - 22:12

[Je m'excuse humblement pour ce retard éhonté >.<]

~ Lucas

J'avais mal. J'avais mal. J'avais mal. Je crevais de douleur, même. Mon cœur ne cessait de se tordre et de se détordre à m'en donner la nausée, mes poumons étaient oppressés, et même dans mon épaule, je ressentais une étrange sensation à se taper la tête contre les murs. Une douleur présente et absente à la fois, quelque chose de sourd, de prenant, qui m'absorbait tout entier mais qui ne me faisait pas mal pour autant. J'aurais dû souffrir à cet endroit, mais tout allait bien, et finalement c'était encore plus terrible. Je crois que j'aurais encore préféré avoir vraiment quelque chose.

J'avais mal. Et pourtant, ce n'était pas moi qui étais blessé. Et oui j'aurais vraiment voulu avoir quelque chose ! J'aurais voulu prendre cette balle à la place de ma sœur chérie ! Ma pauvre petite Lucy que je m'étais juré de protéger était toute pâle et malade, blessée et gisante dans un lit sinistre d'hôpital. Enfin un lit tout ce qu'il y avait de plus normal en fait, mais c'était l'ambiance de l'infirmerie... C'était... glauque. Mathilda avait toujours été très gentille avec nous mais son air sévère nous effrayait - et depuis l'attaque elle n'avait jamais changé d'expression, son visage fermé et concentré impénétrable alors qu'elle s'efforçait de soigner tout le monde - et nous savions que nous n'avions pas le droit de traîner dans les pattes de Katarina lorsqu'elle était ici, puisqu'elle travaillait. La preuve, c'est que la plupart du temps, même Lena n'était pas avec elle, et il en fallait beaucoup pour qu'elles soient séparées. En plus, depuis que la nouvelle était arrivée, nous nous méfiions encore plus de cet endroit. Pourtant elle avait l'air gentil comme tout, simplement, elle était arrivée avec Aristide. Oh ! Aristide aussi était gentil ! Mais il était parti, sans qu'on sache pourquoi, et maintenant qu'il était de retour nous sentions les regards de reproche posés sur lui. Je savais qu'Alexander le détestait. J'ignorais pourquoi, mais cela suffisait à ce que nous n'osions pas approcher sa femme. Donc, l'infirmerie, du même coup.

Pourtant maintenant nous étions bien obligés d'y être. Parce que ma petite Lucy chérie était blessée, gravement blessée, parce qu'elle souffrait comme jamais je n'aurais voulu qu'elle souffre. Il fallait à tout prix qu'elle se fasse soigner, il fallait qu'on lui retire cette douleur ! Lucy était un ange, les anges n'ont pas le droit d'avoir mal, ce n'est pas juste. A moi, on ne m'avait pas dit que je ne devais pas m'inquiéter, qu'elle allait s'en sortir, parce qu'on ne voulait pas me dire qu'elle aurait pu mourir. Je n'y avais pas pensé non plus. Je me serais effondré si j'avais pensé qu'elle aurait pu mourir, même après coup. Non, moi on m'avait simplement dit qu'elle guérirait, mais c'était suffisant, amplement suffisant. Je voulais juste que ma sœur arrête de souffrir.

Qu'avait-elle fait pour mériter ça ? Elle avait voulu aller chercher Liam. Elle avait pensé, contrairement à moi qui avais fait n'importe quoi, à notre cher Liam malade et incapable de marcher, prisonnier de l'infirmerie. Elle avait voulu qu'on aille le protéger. Et c'était à cause de cela qu'elle souffrait maintenant le martyr. Je devais avouer que j'en avais voulu à Liam. Juste l'espace d'une seconde. j'avais eu l'impression que c'était de sa faute si Lucy souffrait comme ça. Et puis je m'étais souvenu qu'après tout, il n'y était pour rien. Ce n'était pas de sa faute s'il était tombé malade. Je savais qu'il se désolait chaque jour de ne plus pouvoir s'occuper de nous. Oh, Samuel était très gentil ! Mais Samuel... Ce n'était pas la même chose, voilà tout.

Samuel, ce n'était pas Liam, voilà tout. Il n'y avait pas trente-six explications.

Si bien que contrairement à quand Samuel était venu en catastrophe à l'infirmerie pour nous voir, lorsque je vis Liam, je sortis enfin de mon mutisme. Depuis que Lucy avait été couchée dans ce maudit lit, je m'étais rencogné par terre et je n'avais plus bougé, prostré. Mais quand j'entendis sa voix, je relevai soudainement la tête et éprouvai un soulagement intense.

Liam était là. Et alors que je me blottissais dans ses bras, je sentais que plus rien ne nous arriverait.

~ Lucy

Je n'avais plus tellement mal en fait. C'est-à-dire que j'avais tellement mal que du coup, je n'avais plus mal. Quand on n'a rien pour comparer la douleur, finalement, ça revient à ne pas en avoir. N'empêche qu'on pouvait quand même dire que je ne me sentais franchement pas bien. Je me sentais toute brûlante et quelque chose de lancinant partait de mon épaule pour se répandre à travers tout mon corps. Et Mathilda avait réussi à me soigner, mais au prix d'une douleur beaucoup plus intense et longue que lorsque la balle m'avait heurtée. Quand j'avais senti cette explosion de souffrance qui m'avait littéralement jetée au sol, j'avais eu l'impression de finir aux enfers, mais le plus gros de la souffrance s'était très vite atténué. Mathilda, elle, avait fouaillé en moi pendant ce qui m'avait semblé être des heures pour extraire la balle.

Finalement, j'avais sombré dans une espèce de sommeil bizarre, duquel je m'étais réveillée avec le tournis. Je crois que j'étais évanouie, en fait, mais je n'en sais rien, ça ne m'était jamais arrivé avant. Puis, je m'étais endormie par intermittences, pendant des éternités. Parfois, je revoyais l'attaque, et parfois, je revoyais les cadavres de quand mes parents et moi avions traversé New York en ruines. Et parfois, le corps de mon père. Et parfois, le corps de Lucas, de Liam, de Samuel aussi, plus rarement. Et je me réveillais en hurlant et en pleurant. J'aurais tellement voulu que mon Liam soit là pour me consoler !

Je cauchemardais encore quand il est arrivé. Lorsque j'entendis sa voix dans mon sommeil perturbé, j'ouvris les yeux de sursaut et mon cri se bloqua dans ma gorge alors que je fondais en larmes une énième fois en m'agrippant à lui. Tout agitée de soubresauts, je déversai toute ma douleur et mon traumatisme dans ses bras. Tout irait bien, maintenant. Il me protégerait désormais.

Je n'entendis pas vraiment Mathilda parler. Je n'en pouvais plus de Mathilda. Elle était gentille, elle m'avait guérie, mais la souffrance était encore trop récente dans mon esprit pour que je la remercie. Je me blottis contre Liam, parvenant maladroitement à me redresser, crochant Lucas dans un bras. Je réussis à dire à travers mes sanglots :

- Je te laisse pas ! Je te laisserai jamais ! J'ai eu trop peur de te perdre ! Je ne veux plus te lâcher !

Non, il était strictement hors de question que je quitte Liam désormais. Je crois que j'en étais revenue au point de départ, lorsqu'il nous avait trouvé errants dans New York. Mais cette fois, je ne me bercerais pas avec une fausse impression de sécurité, je ne me dirais pas au bout d'un moment que je pouvais peut-être le quitter. Plus jamais. J'en avais trop souffert la première fois.
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