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 Départ pour Elizabethtown - GROUPE N°2 { RILEY - SAMUEL - MATHILDA }

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Katarina K. Jones
In the shadow of your heart.
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Messages : 1762
Date d'inscription : 30/12/2009
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MessageSujet: Départ pour Elizabethtown - GROUPE N°2 { RILEY - SAMUEL - MATHILDA }   Sam 26 Fév - 10:35

GROUPE RP NUMERO 2 :

Ordre de postage : RILEYSAMUEL MATHILDA

Présence d'une dizaine de PNJs à prendre en compte ( ou non ^^ ). Ils partent une semaine après le premier groupe. Ce groupe transporte avec lui une partie du matériel médical ainsi que les choses les plus lourdes. Ce groupe comporte plus d'hommes que de femmes.

Le trajet jusqu'à Elizabethtown prend un peu moins d'une semaine à pieds.

Détails à prendre en compte : La température à l'extérieur de la ville est basse, et la neige couvre encore une bonne partie des lieux.

_________________
« AND HE TOOK HER IN HIS ARMS AND KISSED HER UNDER THE SUNLIT SKY,
AND HE CARED NOT THAT THEY STOOD UPON THE WALLS IN THE SIGHT OF MANY. »

— J.R.R. Tolkien.
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MessageSujet: Re: Départ pour Elizabethtown - GROUPE N°2 { RILEY - SAMUEL - MATHILDA }   Ven 4 Mar - 13:41

{ Désolée, c'est vraiment pas terrible, c'est VRAIMENT un post d'introduction. }

Voilà ! Nous partions, enfin. Enfin, nous quittions cet endroit pourri qui ne nous avait jamais apporté rien de bon. J'avais hâte que nous soyons partis. J'avais insisté pour que Cassandre soit parmi les premiers à partir. Parce que plus nous tardions à partir, plus il y avait un risque que nous soyons de nouveau attaqués par les Hors La Loi. Nous n'étions pas stupides, il était évident que ce cher Armando ne resterait pas inactif bien longtemps. Surtout après la raclée qu'il s'était pris. Dommage qu'Alexeï Kuryenko n'ait pas été fichu de lui coller une balle entre les deux yeux comme il aurait dû. Je doutais qu'il en ait de nouveau l'occasion... Enfin, peu importait. Avec un peu de chance, la prochaine fois qu'il se pointerait, il n'y aurait plus personne à tuer. J'espérais sincèrement qu'il ne nous retrouverait pas. Nous n'allions pas si loin, mais encore fallait-il savoir où nous allions. À moins d'être interceptés sur la route, il y avait peu de chances pour que nous ayons de nouveau des ennuis avec lui. Du moins je l'espérais. Je n'aspirais qu'à une vie calme et tranquille. Depuis deux ans, j'en avais vu des vertes et des pas mûres. Et le pire, c'est que j'étais particulièrement chanceux, par rapport aux autres personnes de la communauté. Personne ne s'en était jamais pris à moi directement. Sans me considérer comme particulièrement chanceux, je pouvais dire que le destin m'avait épargné. Enfin, si on oubliait les balles que je m'étais pris.

Je partais avec le second groupe, et ce n'était pas un hasard. Je ne partais pas rapidement pour rejoindre Cassandre, non. Nous avions envoyés les personnes les plus fragiles en premier, comme les enfants et Katarina. Le second groupe était destiné à transporter le matériel médical et les choses les plus encombrantes. Non, nous n'emmenions pas nos meubles. Mais malgré tout, nous avions accumulé une bonne masse d'affaires ces deux dernières années. Ceux qui étaient partis avant nous n'avaient pas emporté toutes leurs affaires. Les enfants, par exemple, avaient une tonne de jouets. Non, ce n'était pas une blague, nous emportions les jouets des enfants. Certains avaient émis quelques... hum, réserves, mais Alexander et Gabrielle et Cassandre avaient su nous convaincre : ces jouets, c'étaient les dernières choses qui préservaient un peu l'innocence des enfants. Chacun avait son jouet favori, sa peluche... Et force était de constater qu'à force, cela constituait une masse importante. Je ne savais pas à qui seraient attribués ces sac là, mais je souhaitais bon courage à cette personne ! Ensuite venait le matériel médical. Je ne pensais pas que nous avions tant de choses. Finalement, nous nous en étions bien sortis. Nous avions une masse de médicaments, plus conséquente que je ne l'aurais cru, ainsi que des instruments bizarres dont je ne préférais pas connaître la fonction. J'avais eu la chance de ne pas passer entre les mains de Mathilda et Katarina pour des choses graves, et j'en étais bien content. Ce n'était pas le cas de tout le monde. Les conditions d'hygiène n'étaient pas forcément terribles, mais en tout cas elles avaient sauvées bon nombre de personnes. Dont Liam et Aaron, qui avaient échappé à la mort de justesse.

Nous avions demandé à Mathilda de rassembler le matériel qui n'était pas fragile dans des sacs. J'étais passé lui donner un coup de main pour l'aider à préparer ce qui était fragile, comme les flacons de médicaments ou les instruments chirurgicaux. J'avais soigneusement rangés les flacons et les seringues dans une valise, les enveloppant dans des vêtements, des chiffons ou encore un peu de papier à bulle. Les médicaments étaient importants, Mathilda me disait tellement de faire attention que, paranoïaque, je les avais enveloppés plus qu'il n'était nécessaire de le faire. Mieux valait être trop prudent que pas assez... Je l'avais ensuite laissée pour passer voir Alexander, qui m'avait donné la liste des personnes qui seraient avec moi. Des hommes, en grande majorité, ainsi que Mathilda. J'étais étonnée qu'elle vienne, mais Alexander préférait qu'elle soit à Elizabethtown rapidement. Elle n'avait pourtant pas l'air enchantée, peu emballée à l'idée de devoir laisser Aaron et Liam entre les seuls mains de Diane. Rétrospectivement, cela ne me paraissait pas non plus une très bonne idée, mais le grand patron, c'était Alexander, alors nous lui obéissions, ni plus, ni moins.

Les préparatifs de notre départ étaient presque terminés, il ne restait que de minimes affaires à régler. Il fallait que nous préparions notre propre affaires, et les vivres. En ce qui me concernait, je n'avais pas grand chose, simplement quelques vêtements et affaires personnelles. Avec mes effets personnels entassés dans un vieux sac de sport, je me suis rendu au point de rendez vous, devant la porte qui donnait dans le métro. La plupart des hommes étaient déjà là, il ne manquait que deux ou trois retardataires, ainsi que Mathilda. Alexander insistait pour que nous ayons tous une arme. C'était une mesure de sécurité, disait-il. Ce n'était pas particulièrement rassurant, j'espérais qu'aucun d'entre nous n'ait un coup de folie. D'autant plus que j'étais censé être le leader de cette opération. Génial. Moi qui jusque là était perçu comme un salaud de première, voilà qu'on m'attribuait des tâches plus importantes qu'elles n'auraient dû... J'étais à la fois flatté et bien emmerdé, n'ayons pas peur des mots. Je n'avais jamais géré aucun groupe, et je me retrouvais à devoir gérer notre transport d'affaires et de médicaments. Dieu merci, c'était Alexander qui se chargerait des armes !

Tout le monde semblait fébrile. Personne ne savait vraiment où nous allions, j'étais le seul à savoir. De ce fait, c'était sur moi que pesaient les responsabilités. Je voyais déjà venir la montagne de questions... Je me sentais un peu seul. À vrai dire, tous faisaient leurs « adieux », j'étais le seul à attendre près de la porte, les bras croisés avec mes sacs sur le dos. J'attendais qu'Alexander vienne faire son debriefing avant le départ. Il vint rapidement, mais à ma plus grande surprise il ne s'adressa qu'à moi, me rappelant ce que je devais faire. C'est à dire : attention. Il avait l'air de me faire plus confiance que je ne le faisais moi même. Je comprenais enfin à quel point c'était difficile de guider les gens. Ce n'était pas un travail de routine comme je l'avais pensé à une époque. Une fois qu'il m'eut souhaité bonne chance il s'éloigna, me laissant seul avec mes nouvelles responsabilités.

Je jetai un coup d'oeil à ma montre en vitesse. Nous étions censés partir dans moins d'une demie heure. Mais tout le monde était déjà là, à faire leurs adieux. Seuls restaient dans leur coin Mathilda et Samuel. Me demandant si quelque chose clochait, je décidai d'aller vers eux, peu sûr de moi.

« Hey... Est-ce que tout va bien ? »

Bon, d'accord, avouons le, c'était une question pour la forme. J'eus un soupir, me passant une main dans les cheveux, un peu nerveusement.

« Est-ce que vous avez une arme ? Ça ne vous enchante peut-être pas, mais Alex insiste pour que tout le monde soit en mesure de se défendre. Au cas où... »

Pas la peine de leur faire un dessin, ils avaient compris où je voulais en venir. Tout le monde connaissait les risques, nous savions ce que nous risquions.

« On ne va pas tarder à y aller. Vous devriez vous couvrir un peu plus chaudement. Il s'est remis à neiger, là dehors... On devrait mettre à peu près quatre jours, selon Ethan. Mais vu la météo pourrie, il se peut qu'on mette un peu plus de temps que prévu. Surtout avec ce qu'on se trimballe... Enfin, bref. Vous êtes prêts ? »
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Mathilda Johnson

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MessageSujet: Re: Départ pour Elizabethtown - GROUPE N°2 { RILEY - SAMUEL - MATHILDA }   Lun 21 Mar - 20:10

* SPLAFH *


Je jurai intérieurement en me penchant pour ramasser une boite de médicaments que je venais de faire tomber. Décidemment, ma concentration avait connu de meilleurs jours. Mon masque de froideur gommait certes fort bien chacune de mes émotions, je les ressentais tout de même assez fort pour m’en voir très contrariée. Et en cet instant, j’avais terriblement envie de pleurer de rage. Bien sûr que je me doutais de ce choix, bien sûr que j’avais compris assez tôt qu’il nous faudrait partir afin de ne plus vivre dans cette terrible peur d’une nouvelle attaque mais bon dieu… Pourquoi me faire partir moi, si tôt ? Je ne parvenais pas à me calmer. Ce choix me paraissait irresponsable, irraisonné, en un mot stupide. Une équation très simple illustrera fort bien mes sombres pensées : Prenons une communauté, soustrayons lui Katarina. Un médecin en mois ; Bien. A ce résultat, soustrayons maintenant Mathilda. Deux médecins en moins ; Bien. Résulte de ce calcul une affirmation inébranlable : La communauté est en danger. Elle l’était, c’était certain. Un groupe de personne était déjà partis une semaine plus tôt, emportant Katarina qui faisait partie des personnes les plus fragiles en raison de sa grossesse, ce que j’approuvais parfaitement. Mais pourquoi moi ? Qu’allaient faire ceux qui restaient en cas de problème ? Et si ils étaient de nouveau attaqués ? Ce serait une véritable hécatombe. N’évoquez pas Diane, je ne voulais même pas en entendre parler. La supporter à l’infirmerie m’était déjà bien assez désagréable, même s’il me fallait demeurer de marbre. Je n’avais pas confiance en elle, même si en toute honnêteté elle n’était pas mauvais médecin. Peu après son arrivée lui avait été imposé un petit test de ma part, histoire de vérifier la véracité de ses propos quant à son ancienne profession. Après tout, il ne suffisait pas de se déclarer médecin pour l’être. Mes questions avaient d’abord été très générales, pour finalement se centrer sur des choses que seule une personne ayant réellement fait des études de médecine pourrait connaître, et force était de constater qu’elle avait bel et bien été médecin urgentiste… Inutile de vous décrire ma déception, j’aurais donné cher pour qu’elle et son cher mari s’en aillent comme ils étaient venus. Même si je tentais de ne pas prendre partie, même si je me montrais juste en apparences et indifférente à ces histoires, Alexander était de mes amis les plus chers, et savoir qu’on l’avait trahis de la sorte… Je n’en voulais pas à Gabrielle, car je savais ce qu’elle avait enduré et éprouvé, j’imaginais les difficultés qu’elle avait rencontré. Mais j’en voulais énormément à Aristide d’avoir profité de la situation, s’il cela n’avait tenu qu’à moi il serait certainement toujours dehors à l’heure qu’il était. Mais tout cela ne me concernait pas, et personne n’avait besoin de connaître mon avis là-dessus. Toujours est-il qu’en dépit de ses aptitudes, Diane ne m’apparaissait pas capable de gérer toute la communauté toute seule. Il y avait encore beaucoup de blessés, surtout qu’elle-même avait reçu une balle. En dépit de mon affection pour Alexander, et de mon respect pour lui, je lui en voulais à lui aussi. Parce qu’il risquait la vie de dizaines de personnes. Parce qu’il se reposait sur Diane, la femme d’Aristide, et qu’ils n’étaient en aucun cas dignes de confiance. Parce que j’avais l’impression que nous allions droit dans le mur. Je gardais un souvenir très net du moment où j’ai appris que je partirai bientôt, dans le second groupe. Un très net souvenir de notre conversation avec Alexander…

(…)

J’ouvris à la volée la porte du bureau d’Alexander, étant dans une colère noire. L’information n’avait fait qu’un tour dans mon cerveau : « Tu pars après demain, prépares tes affaires et le matériel médical. C’est une décision d’Alexander. » Une décision d’Alexander ? Certainement pas ! Je frémissais de rage, comment était-il possible qu’il décide de m’envoyer là-bas en abandonnant les personnes qui nécessitaient mes soins ? Comment osait-il ? Je pouvais cacher ma colère sous une épaisse couche de froideur, je le pouvais, mais n’en avais pas envie. Elle était bien trop intense, bien trop déstructrice pour que je ne revêtisse mon masque. Il était assis et semblait réfléchir lorsque j’entrai, refermant sur mon passage la porte d’un coup sec. J’étais à bout de souffle, mais cela ne m’empêcha pas de très rapidement prendre la parole :

« C’est de la folie ! Pure et simple ! Si tu m’ordonnes de partir tu risques la vie de tous ceux qui ont du mal à se remettre de l’attaque, surtout que maintenant qu’ils savent où nous sommes ils peuvent revenir n’importe quand et tu le sais très bien ! »

Cette fois-ci je dû m’arrêter pour respirer. J’avais hurlé, ce qui ne me ressemblait pas, je connaissais néanmoins suffisamment Alexander pour qu’il ne s’en offusque pas. Il se contentait de me regarder, sans dire mot. Comme il me paraissait fatigué en cet instant… Je compris en un éclair que ma colère ne l’aiderait nullement. Cette communauté était le fruit de son travail, de son acharnement, de sa générosité… Il s’était battu pour elle. Je me souvenais très bien du jour où il m’avait convaincue de l’aider, je n’y avais premièrement pas cru. Aujourd’hui tout s’effondrait et c’était aussi dur pour lui que pour nous tous, je ne pouvais décemment être injuste avec lui. Je soupirai en posant mes mains sur les hanches avant de reprendre d’une voix plus calme.

« Certaines personnes, dont Aaron, nécessitent une surveillance extrême. Katarina n’est plus là… Si je pars… N’ose pas me dire que tu as confiance en Diane, je sais très bien que c’est faux. Moi non plus je n’ai pas confiance. Mais je n’ai jamais rien lâché… Je n’ai jamais abandonné, quant bien même ce ne fût pas une partie de plaisir tous les jours de soigner les gens de la communauté ! Ne m’oblige pas à croire que tous ces efforts n’ont servit qu’à passer le relais à une petite idiote blessée qui ne connaît personne ici, ne tient à personne. S’il faut se battre, elle ne le fera pas ; Ils n’ont pensé qu’à eux en présentant l’argument du médecin utile… Alexander… Ne me demande pas d’abandonner tous ces gens qui ont vraiment besoin de moi… Ne me demande pas de faire ça… »

Ma voix mourut sur les derniers mots. Il s’agissait d’une véritable supplique, un appel que je lui lançai. Je le connaissais depuis plus de deux ans à présent et jamais je n’avais eu besoin de le supplier de quoi que ce soit, parce qu’il m’avait laissé prendre les choses en main dans mon domaine. Il m’avait laissé gérer l’infirmerie comme bon me semblait, en me faisait confiance. Et je lui avais fait confiance en retour. J’avais cru en sa communauté, cru en ses efforts, cru en cette vie qu’il nous offrait. Je l’avais épaulé et soutenu à chaque fois qu’il en avait eu besoin et à présent, j’avais besoin de lui. Besoin qu’il change d’avis. Malheureusement, lorsque sa voix s’éleva, lorsqu’il m’expliqua tous les détails de l’état de santé d’Ethan, je compris pourquoi il voulait que j’y aille aussi rapidement. Il voulait que je surveille ce pneumothorax, que je prête main forte à Katarina en cas de problème, même si apparemment il y avait d’autres médecins là bas. Je soupirai avant de baisser doucement la tête. Si certaines personnes avaient besoin de moi ici, d’autres auraient besoin de moi là bas. De même que les communautaires qui arriveraient par vague seraient certainement exténués après une semaine de route et que certains pouvaient nécessiter une aide médicale. Lorsqu’il eut fini de tout m’expliquer, je relevai les yeux vers lui. Ma colère, mon indignation, ma révolte, ne servaient à rien ; Il avait pris une décision sur laquelle il ne comptait pas revenir. Quand bien même elle me dégoûte, j’avais encore trop de respect pour Alexander pour ne pas lui obéir, au fond je sentais que lui non plus n’était pas rassuré. Mais c’était comme ça. Aussi hochai-je simplement la tête avant de sortir, sans fracas, sans colère. Mon corps semblait aussi lourd qu’un énorme bloc de béton, soudainement. J’allais partir, en laissant Aaron, en laissant Liam, en laissant tout ceux qui avaient été blessé durant l’attaque. Laissant ceux qui risquaient de l’être bientôt… J’avais l’impression d’être le capitaine d’un navire qu’il quittait avant qu’il ne sombre. J’aimais la médecine, j’aimais soigner des gens, sauver des vies, et obéir à un ordre qui irait peut-être contre cela me répugnait. Lorsque j’avais prêté serment, je m’étais engagée à sauver toutes les personnes qui pourraient l’être et toujours faire bénéficier mon savoir à ceux qui en avaient besoin. En somme, j’avais juré toujours faire ce qu’il y avait de mieux pour un patient, or l’abandonner se révélait un choix terrible. J’abandonnai…

(…)

Me dirigeant vers mon bureau, j’entassai quelques livres et regroupai des feuilles consignant les différents états de santé des personnes se trouvant actuellement à l’infirmerie. J’en fis un petit tas net et le plaçai sur le bord du bureau, bien en évidence pour Diane qui aurait à le compléter dès mon départ. Mon départ… Je jetai un coup d’œil à ma montre, constatant que dans moins de trois heures, je quitterai définitivement la communauté. Un rapide calcul m’informa que je n’avais pas dormis depuis près de 42 heures, ce que j’aurais fortement réprimandé s’il avait s’agit d’un patient. Néanmoins, je n’étais parvenue à fermer les yeux la nuit dernière, bien trop préoccupée. J’avais bouclé mes valises personnelles, dans la journée nous avions avec Riley empaqueté beaucoup de matériel médical. D’un œil sévère je l’avais observé ranger les différents flacons et outils avec soins, selon mes recommandations, avant de me rendre compte qu’il se débrouillait très bien sans moi. Riley n’était pas un mauvais garçon, contrairement à ce que beaucoup pensaient, il avait été agréable de sa part que de donner un petit coup de main. Ceci dit, nous n’emportions pas tout. J’avais pris garde à bien laisser de quoi soigner les personnes qui nécessitaient encore des soins, plus quelques petites choses pouvant aider en cas d’accident quelconque. De même que j’avais constitué de petites trousses de secours pour les prochains groupes qui partiraient, au cas où quelqu’un se blesserait ou tomberait malade, étant donné les températures très basses. Laissant Diane au soin de les distribuer au fur et à mesure des départs, je m’étais efforcée de poursuivre les rangements divers. Nous possédions des réserves en médicaments assez importantes, même si elles s’amenuisaient assez rapidement. Tout emballer me prit un certain temps, Riley traînant quelque peu sur les flacons qu’il avait emballé trois fois trop. Néanmoins, je m’étais abstenue de tout commentaire, jugé inutile. Au fur et à mesure que les armoires se vidaient, que la réserve perdait de son contenu, je me sentais incroyablement vide, comme si je rangeais des petites parties de moi dans ces sacs et ces valises. Peut-être qu’il s’agissait de cela, au final. Et puis, au bout de longues heures ( Riley m’avait quitté depuis un moment déjà ), je m’étais arrêtée pour regarder autour de moi. Je n’ai jamais été quelqu’un d’émotif, je ne pleurais pas sur mon sort. J’étais quelqu’un de fort, de solide, capable de supporter n’importe quoi sans ciller. C’était du moins ce que je pensais. Pourtant, en cet instant, cette minute d’observation durant laquelle je ne vis qu’une infirmerie quasiment vide, comme pillée, et ces gens qui avaient reçu des balles, avaient été coupés, frappés, qui m’attendaient… Je dû serrer les dents, si fort que j’en eus mal. J’avais mal, mais il fallait demeurer de marbre.

Rapidement, je retirai mon jeans et attrapai des pansements avant d’en recouvrir mes genoux meurtris. L’heure était encore bien trop matinale pour que quiconque ne me voie, et je ne supportais pas les tâches de sang qui transperçaient peu à peu mes vêtements. Je n’avais pas dormis de la nuit, et plutôt que de fixer le plafond comme une idiote, je m’étais relevée. Inconsciemment, j’étais venue ici, à l’infirmerie. Je laissai tout à Diane. C’était terminé, dans quelques heures je passerai le relais à quelqu’un d’autre. Pourtant, pour le moment, j’étais toujours la principale responsable de ces lieux. Alors, sans réfléchir, je m’étais emparé d’un seau d’eau chaude dans lequel j’avais versé du détergeant, d’un autre d’eau froide avec javel, une serpillière dans chaque et m’étais mise à genoux, récurant le sol. Une première fois au détergeant, une deuxième à l’eau de javel. Manière beaucoup plus efficace de nettoyer le sol que de simplement utiliser de l’eau de javel, qui, contrairement à la pensée populaire, ne détruisait pas tous les virus et microbes. Nos mesures d’hygiène n’étaient certes pas très évoluées, mais quand même, c’était toujours ça. Et j’ai frotté. Longtemps. Bien plus longtemps qu’il en était nécessaire. Ce fut uniquement à ce moment, vers trois heures du matin tout au plus, seule, que j’avais pleuré. J’ai pleuré comme je ne l’avais pas fait depuis longtemps parce que j’abandonnais des personnes qui m’étaient chères, que nous nous étions fait attaqués, que c’en était fini de la communauté. Je pleurais parce que même si j’avais l’air froide et insensible, je ne l’étais pas. Bien au contraire. J’essayais de me persuader de ma force mais je n’étais pas forte, il ne s’agissait que d’une carapace qui se fissurait, à l’abri des regards. Mes larmes se mêlaient aux produits que j’utilisais pour récurer le sol, inlassablement, comme un automate. Même Mathilda, le monstre de froideur, craquait parfois. Lorsque j’eus trop mal seulement, lorsque mes genoux saignèrent, lorsque mes doigts furent mangés par la javel, je m’arrêtais et me relevais, et vidais les différents seaux. Voilà, j’avais fait tout ce que je pouvais pour la communauté, pour ces gens qui étaient mes amis. Tout ce que je pouvais.

La fatigue ne m’atteignait toujours pas, j’aurais cependant été bien sotte de penser que cela continuerait indéfiniment. Si je croulais sous la fatigue durant le voyage, j’allais ralentir tout le monde… Idiote. J’aurais dû prendre quelque chose pour dormir. Ne sachant plus quoi faire, je quittai l’infirmerie et me dirigeai en cuisines afin de me servir un café. Connaissant relativement bien les lieux, je ne mis pas très longtemps pour mettre la cafetière en route et sortir une tasse, y jeter un morceau de sucre et finalement me retourner, posant les mains sur le plan de travail derrière moi. Je fus surprise de sentir le contact du papier sous mes doigts et m’emparai de ce qui semblait être une note, laissée à l’adresse de Samuel. Elle lui conseillait de s’occuper des préparatifs de son départ plutôt que venir aider en cuisines pour le petit déjeuner de ce matin, puisque nous partions bien après. Je doutais cependant que l’idée de venir ici ne l’ait effleuré. Je savais pour lui et Liam, savais que le quitter ne devait certainement pas être facile, surtout après toutes ces semaines passées dans l’espoir d’améliorations de son état. Il y en avait, en fait. Beaucoup même. Petit à petit Liam avait repris un peu de poids, même si pas assez à mon goût, et avait de nouveau pu s’occuper des jumeaux. Il allait beaucoup mieux en apparences, mais je savais, et eux aussi, que la leptospirose n’était pas une maladie facile à soigner, que le virus résistait très bien et que l’état de Liam avait été si dramatique que nous ne pouvions espérer un total rétablissement si tôt. Au moindre écart, à la moindre difficulté, il risquait de rechuter très brutalement. Il était toujours prit de fièvre, parfois. C’est là que tout commence. Néanmoins Samuel et moi avions pris soin de lui, à présent que tout deux partions, Liam devait se débrouiller tout seul. Il fallait que je le voie avant de partir, que je lui explique tout ce qu’il devait savoir en cas de complication… Bon sang… Je n’avais pas pensé à tout ça. Rapidement, je quittai les cuisines, abandonnant le café qui coulait avec une lenteur exagérée, dans l’optique de retourner à l’infirmerie récupérer quelques médicaments pour Liam. Je dû rouvrir certains sacs pour en extraire ce dont j’avais besoin, des antibiotiques en grande majorité, plus quelques compléments alimentaires, des vitamines, des antidouleur… Beaucoup de choses, puisque les maux d’une leptospirose étaient nombreux, et avaient des conséquences. De nouveau je constituai une petite trousse de secours exclusivement pour Liam, puis me dirigeai vers les autres patients présents à l’infirmerie, leur donnant plusieurs instructions quant à leur santé, avant de m’entretenir directement avec Diane, lui ré expliquant tout ce que je lui avais expliqué une bonne centaine de fois. Elle pouvait bien être agacée, je m’en fichais éperdument. Si j’apprenais la moindre erreur de sa part, elle allait goûter à une Mathilda très, très en colère.

Je devais passer pour une folle, à tourner et virer de la sorte entre les différents patients tout en leur dictait la bonne conduite à suivre pour la suite, les erreurs à ne surtout pas commettre, valorisant par-dessus tout les bienfaits du repos et d’une bonne nutrition. Ceci pouvait paraître bien vain et pourtant, il s’agissait de la base d’une santé correcte. Je dû bien mettre une heure à rassurer et conseiller chacune des personnes présentes à l’infirmerie, avant de courir au travers de la Communauté pour trouver ceux qui étaient retournés dans leurs chambres mais avait été blessés. Pour chaque cas, je savais ce qui était le mieux et insistait bien sur l’importance de mes propos afin d’être écoutée. Si je n’étais plus là et que Diane était incompétente, ils allaient devoir se débrouiller seuls. Je terminais finalement par Liam, jetant un bref coup d’œil à ma montre tout en allant jusqu’à sa chambre. J’allais devoir faire vite, nous partions dans moins d’une heure. Surtout que Liam et Samuel devaient déjà être entrain de faire leurs adieux, malheureusement je n’avais pas le temps d’attendre. Aussi frappai-je résolument à sa porte avant d’entrer, trouvant la pièce vide. Tournant les talons je me mis à sa recherche, passant du salon aux douches, de l’infirmerie aux cuisines, des chambres dans lesquelles il aurait pu se trouver, questionnant les gens que je croisais. Je tombai finalement sur Mary qui m’informa avoir vu Liam descendre, du linge plein les bras. Suivant ses dires je descendis rapidement à mon tour pour me retrouver totalement seule. Le petit sèche linge que nous possédions et qui était en marche, ajouté à la forte odeur de lessive me laissait penser que Liam était descendu laver ses vêtements et que je l’avais loupé de justesse. Soupirant, je remontai à la quatrième vitesse jusqu’à sa chambre. Ceci dit, je ne m’attendais pas à l’y trouver avec Lucas, pliant du linge. J’eus un sourire pour Lucas avant de demander à Liam si je pouvais lui parler une minute, ne tenant pas particulièrement à évoquer les possibles complications de son état devant son fils. Il accepta et m’accompagna dehors, même si le couloir était fréquenté. Son visage laissait très clairement entrevoir une profonde fatigue, peut-être même de la tristesse mais je ne posai aucune question. Tout ce qui m’intéressait était son état de santé, pas ses problèmes personnels. Néanmoins il fallait veiller à ce que les problèmes personnels n’empiètent pas sur l’état de santé ; Liam devait se reposer et prendre soin de lui. Je lui tendis le petit sac de médicaments qu’il regarda sourcils froncés.

« Si jamais tu ne te sens pas bien, n’hésite pas. Et si tu te sens trop faible pour marcher lorsque tu partiras, demande à t’arrêter, personne ne t’en voudra. Mange bien chaque jour, et veille à te reposer. Si tu vomis, si tu as de la fièvre, si tu tousses un peu trop, prends des médicaments et couvre toi bien. Pas d’efforts inutiles, tu n’es pas en état… Et si les jumeaux te fatiguent trop, laisse les à quelqu’un. J’espère que tu ne partiras pas dans trop longtemps… Lorsque tu seras arrivé, quelque soit l’heure, passe me voir, juste pour me rassurer. D’accord ? »

Il hocha doucement la tête. Même si ce n’étaient pas mes affaires, je savais qu’il ne devait pas aller très bien en raison du départ imminent de Samuel, or il ne devait pas se laisser aller. Il fallait qu’il continue de se battre contre la maladie. Je baissai un peu la voix.

« Nous partons bientôt… Tu devrais aller lui dire au revoir. »

Il m’observa une minute avant de désigner d’un bref signe de tête Lucas, qui se trouvait toujours dans la chambre. Les enfants n’étaient pas au courant. Je soupirai, avant d’hocher la tête et lui souhaiter bonne chance pour la suite, m’apprêtant à partir. Je lui avais déjà fait des dizaines de recommandations au cours de ces dernières semaines, il savait très bien ce qu’il avait à faire. Pourtant, il m’arrêta, retourna dans sa chambre et se dirigea vers la pile de linge dont il retira un simple t-shirt, avant de me le tendre.

« Il est à Sam… Je… Enfin, je le lui ai emprunté pour dormir une fois, j’ai oublié de le lui rendre. »

Il n’allait pas bien et c’était plus que clair, cependant je ne souhaitais pas m’en mêler, ce n’étaient pas mes affaires. Alors je pris simplement le vêtement et lui promis de dire au revoir à Samuel de sa part. Il hocha la tête avec tristesse avant de me souhaiter bonne chance pour la route, puis retourna à ses tâches ménagères. Je soupirai, l’observant une seconde, avant de retourner vers ma chambre. Quelque chose clochait… Je les avais vu à l’infirmerie, vu lorsque Samuel s’occupait de Liam même dans sa chambre, j’avais vu Samuel faire preuve d’une patience et d’une tendresse extrême à son égard, même lorsqu’il vomissait ses tripes, même lorsqu’il crachait du sang, même lorsqu’il avait halluciné… J’avais bien sûr été surprise d’apprendre leur relation mais ils semblaient si soudés, si unis… Je ne savais pas, mais cela ne présageait rien de bon. Que Liam ne dise même pas au revoir à Samuel alors qu’il ne le reverrait pas avant quelques semaines sans doute me semblait très étrange. Surtout que si Samuel le cherchait, il allait le trouver avec Lucas…Je ne savais pas.

Je regardai rapidement ma montre. Nous partions dans une demi heure, il était temps d’y aller. Non sans un soupir, j’attrapai mes différents sacs et me dirigeai vers le point de rendez-vous, y trouvant déjà un bon nombre de personnes partant avec moi. Je remarquai alors que le groupe n’était presque formé que d’hommes, encombrés de choses plutôt lourdes, et de moi. Alexander, si je le pouvais, je t’étranglerais bien volontiers… Je ne voulais pas partir. De nouveau je soupirai avant de m’asseoir sur une de mes valises, fixant le sol. Il fallait espérer que tout irait bien pour eux… Juste espérer. J’aperçu Alexander dans la foule, donnant certainement à Riley de derniers conseils. Nous étions un peu pareils Alexander et moi : Nous ne pouvions quitter ceux pour qui nous nous étions battu en les laissant se débrouiller, et au final la nature de notre combat était assez similaire. Nous nous étions battu pour que chacun puisse vivre dans de bonnes conditions, avec un toit, de la nourriture, un lit chaud, et une bonne santé. J’imaginais alors qu’il souffrait comme moi, et soupirai de nouveau. Je remarquai alors la présence de Samuel à quelques mètres de moi et ne pu m’empêcher de m’inquiéter. Je l’avais vu dans la semaine, il m’avait paru fatigué mais à l’instant son visage était vraiment défait. Je songeais à Liam, à son état encore grave, au fait qu’il ne lui avait peut-être pas dit au revoir. Est-ce que Samuel l’avait cherché pour finalement le trouver avec Lucas, dans l’impossibilité donc de lui dire tout ce qu’il aurait pu avoir à lui dire ? J’osai espérer que non. J’espérais qu’ils s’étaient dit au revoir la veille, ou plut tôt, même si l’attitude de Liam ne m’avait pas donné cette impression. Allons… Samuel s’inquiétait sûrement pour lui, mais le reste ne me regardait pas. S’il avait besoin de réconfort venant d’un avis médical positif sur l’état de Liam, j’allais le lui donner, mais je ne voulais pas me risquer à évoquer leur relation en public, et encore moins si Samuel ne le faisait pas en premier. S’il voulait parler j’allais l’écouter, dans le cas contraire je resterai en retrait. Avec lenteur je m’approchai de lui avant de poser une main amie sur son épaule et lui souris brièvement.

« Je suis allée voir Liam, ça ira. Je lui ai donné ce qu’il faut en cas de souci, mais il n’y en aura sûrement pas. Il va déjà beaucoup mieux, et c’est en grande partie grâce à toi. Mis appart quelques fièvres passagères, il ne présente plus aucun symptômes… Dans le pire des cas, Diane est là.»

Même si je n’avais nullement confiance en elle, et qu’il me semblait bien peu probable qu’elle sache comment s’occuper de Liam en cas de problème. Il fallait néanmoins espérer. Je repensai subitement à son t-shirt et me penchai pour le sortir du sac dans lequel je l’avais rangé, avant de le lui tendre.

« Il m’a demandé de te dire au revoir de sa part, et de te rendre ça. »

Je soupirai une nouvelle fois avant de sursauter en entendant la voix de Riley, qui me surprit. Posant mon regard habituellement froid sur lui, je me contentai d’un bref signe de tête lorsqu’il demanda si tout allait bien. Oui Riley, tout va bien dans le meilleur des mondes, ne t’en fais pas. Puis il nous demanda si nous étions armés et, face à l’expression pour le moins fermée de mon visage, précisa que cela était nécessaire. Sans doute oui, mais je n’aimais pas trop ça. Cependant, je fis preuve d’honnêteté et secouai doucement la tête en signe de négation, non, personne ne m’avait encore confié d’arme mais j’étais là depuis peu. J’eus un regard vers Antoine qui se trouvait non loin de nous et avait entendu notre conversation, puisqu’il me tendit finalement une arme que j’observai quelques instants avant de la ranger avec précaution, vérifiant le cran de sécurité. Je ne tenais pas particulièrement à me tirer une balle moi-même, à cause d’un faux mouvement. Je repris le fil de la conversation entre Samuel et Riley lorsque ce dernier nous donna quelques informations sur la température, la durée du trajet prévu, et quelques conseils quant à notre accoutrement. Personnellement, j’étais couverte, ayant déjà connaissance des conditions météorologiques. J’avais enfilé plus d’un t-shirt, passé deux pulls, un gros blouson, une écharpe, bref, j’étais parée. J’observai d’un œil sévère Samuel avant de retirer mon écharpe et lui enrouler autour du cou, ignorant le geste de recul qu’il eut.

« J’en ai une autre, ne t’en fais pas. »

Ce qui était faux, mais cela importait peu. Au pire, si j’avais vraiment trop froid, je m’enroulerai un jeans autour du cou, mais je ne supportais pas de voir les autres dans le « besoin », même s’il n’avait rien réclamé. J’ôtai le vieil élastique passé autour de mon poignet et m’attachai rapidement les cheveux avant de me tourner un peu vers Riley.

« Aussi prêts que possible. En parlant d’Ethan… Comment sont les médecins là-bas ? Est-ce qu’un drain à été correctement posé ? »

Comme si Riley allait être en mesure de m’indiquer la pose correcte ou non d’un drain... Je pouvais toujours demander en tout cas. Mon regard se perdit une seconde tandis qu’il m’expliquait ce qu’il avait vu, j’hochai plusieurs fois la tête. Le protocole semblait avoir été respecté… Impossible d’en être certaine, ceci dit. Espérer, espérer, espérer. J’en avais assez d’espérer, je voulais des réponses claires, nettes, incontestables ! Malheureusement, il semblait que je doive attendre encore, en croisant les doigts pour que Katarina ne panique pas et sache se débrouiller. J’avais cependant confiance en elle. Mon regard se perdit une seconde parmi les personnes qui nous entouraient, pour finalement se reporter sur Riley.

« C’est sur toi que repose notre sécurité, tu crois que nous risquons quelque chose ? Que ceux qui restent risquent quelque chose ? Alexander ne m’a rien dit… »

J’eus dû mal à déglutir, mes pensées étant bien trop amères. Non, il ne m’avait rien dit, absolument rien. Pourtant je n’avais pas très envie de m’épandre là-dessus en enchaînai d’une voix glaciale :

« Surtout que s’il se passe quoi que ce soit ici en mon absence et en l’absence de Katarina, Diane aura beaucoup de mal à tenir le cap. Elle est blessée et ne connaît pas assez bien les dossiers médicaux de chacun. »

Pourquoi plaider sa cause face à Riley, ce n’était pas lui qui prenait les décisions. Il n’allait pas me dire de rester, finalement, parce qu’on aurait besoin de moi ici ; Ce n’était pas en son pouvoir. Seul Alexander le pouvait et inconsciemment presque, je priai pour qu’il n’arrive et m’ordonne de retourner à l’infirmerie, de ranger mes affaires car je ne partirais que dans le tout dernier groupe, lorsque plus personne ne resterait seul ici. Pourtant, j’avais l’intime conviction qu’il ne viendrait pas. Les ordres avaient été clairs.
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MessageSujet: Re: Départ pour Elizabethtown - GROUPE N°2 { RILEY - SAMUEL - MATHILDA }   Sam 26 Mar - 17:32

Je déteste ce plafond blanc, ces murs blancs... Je déteste tout ce blanc si pur, si parfait, au milieu de l'horreur, de la désolation et de la violence. Je déteste ce que je vois quand j'ouvre les yeux et parfois, j'aimerais ne plus du tout les ouvrir. Plus jamais. J'aimerais juste le rejoindre mais... Non, je dois continuer à vivre : Pas pour moi mais pour ceux qui tiennent encore à moi. Je n'ai pas envie que mes parents reçoivent un drapeau en guise de consolation parce que leur fils aurait perdu la vie à la guerre. Je n'ai pas envie de ça. Alors, je le supporte ce plafond. Je le supporte ce blanc. Tant bien que mal mais je le supporte. Et j'évite surtout de regarder autour de moi parce que je préfère encore observer ce plafond horriblement blanc que de voir mes courageux camarades allongés, certains à l'article de la mort, d'autres déjà partis comme...

Encore ce rêve. C'était toujours le même depuis l'attaque des Hors-La-Loi. Ce rêve qui m'empêchait de profiter des quelques instants de sommeil que j'arrivais à trouver, parce que trop épuisé d'avoir lutté pour ne pas dormir. J'avais peur de dormir. Peur de fermer les yeux et de me rendre compte, ensuite, qu'il n'était plus là et ce, même quand je dormais dans ma chambre alors que lui dormait dans la sienne. C'était devenu une véritable obsession : L'attente de voir Liam ouvrir les yeux et se réveiller. Cela s'expliquait facilement : J'avais cru l'avoir perdu, ça avait été une épreuve terrible, pire que tout ce que j'avais pu vivre jusqu'alors et finalement, il s'en était sorti mais, pour combien de temps? Mathilda avait été très claire : La partie n'était pas encore gagnée et j'avais vraiment très peur que l'état de Liam ne s'aggrave à nouveau. C'était la hantise avec laquelle je vivais au quotidien. Peut-être que s'il n'y avait eu que cela, j'aurais pu mieux m'en sortir mais, malheureusement, il y avait autre chose : L'attaque des Hors-La-Loi. Ce jour-là, j'étais resté auprès de Liam à veiller sur lui (comme je le faisais la plupart du temps depuis qu'il était sorti de l'infirmerie) quand j'avais entendu du bruit dans le couloir. Finalement, j'avais ouvert et un de ces types qui s'occupait du stock d'armes à feu (ne me demandez pas son prénom, je n'en sais toujours rien aujourd'hui) m'avait expliqué que les Hors-La-Loi avaient pénétré à l'intérieur de la communauté et, sans préambule, avait mis un fusil dans mes mains avant de continuer son chemin : Rien que le fait de toucher cette arme avait éveillé des souvenirs dont je me serais bien passé. Tirer sur un homme qui risquait d'essayer de s'en prendre à nous fit remonter encore plus de souvenirs. Je m'étais pourtant juré de ne plus jamais toucher une arme, de ne plus jamais tuer... Et pourtant, je l'avais fait, une nouvelle fois. C'était pour le protéger, lui, parce que je n'aurais pas supporté qu'il lui arrive quelque chose (sa maladie me l'avait prouvé), mais mon geste ne fut pas pour autant plus facile à accepter. Au contraire. Et puis, juste après, Liam avait finalement été retrouver les jumeaux car l'un des deux avait été blessé. Il m'avait laissé là, derrière lui, avec pour seule compagnie mes idées noires et mes souvenirs ou plutôt, mon traumatisme que je croyais pourtant passé : Grossière erreur.

Dès lors, les choses se compliquèrent avec ce rêve que je fis, encore et encore, avec ces crises d'angoisse, de paranoïa extrême... Le moindre bruit me faisait sursauter, j'étais toujours sur mes gardes. Et ce fut instinctif : Je finis par m'éloigner de Liam, petit à petit. Oh, je continuais à m'occuper de lui, à lui préparer ses repas, à être à ses côtés autant que je le pouvais mais, une grande partie de moi n'était pas là, avec lui. Je n'arrivais plus à lui appartenir complètement : J'appartenais de nouveau à mon passé. Il n'était pas stupide et il se rendit rapidement compte que je n'étais plus comme avant, que quelque chose n'allait pas mais lorsqu'il me posa la question, je mis mon habituel masque capable de cacher tout le reste avant de lui affirmer que ce n'était rien et que j'allais bien. Mensonge. Il ne me reposa plus aucune question et malheureusement, mon attitude l'éloigna de plus en plus de moi en installant un mur invisible entre nous. Le pire? Je le sentais, je le savais mais... J'étais incapable de faire quoi que ce soit pour l'éviter. Je l'aimais, plus que tout, mais j'avais peur de l'entraîner avec moi alors qu'il avait besoin de douceur, de calme, de gaieté... J'avais peur de l'entraîner dans ma chute. J'avais peur de le contaminer avec mon passé et mes démons. Et c'est quand on m'annonça notre prochain départ pour une ville éloignée de la communauté, quand on m'annonça que j'allais partir en laissant Liam derrière moi puisque plusieurs groupes allaient partir à différentes intervalles et que Liam et moi ne faisions pas partis du même groupe... Oui, lorsque j'entendis cela et réalisai que nous allions être séparés pendant quelques temps, je réalisai à quel point j'avais été stupide de m'éloigner de lui. Certes, j'avais agi en voulant le protéger mais n'avais-je finalement pas fait plus de mal que de bien? Cette séparation proche risquait de renforcer cette distance qui était désormais installée entre nous, par ma faute. Je risquais de le perdre... Je le savais et je ne pouvais rien y changer... Absolument rien. Et les quelques efforts que je fis pour essayer de rattraper mon erreur ne changèrent rien : Liam était loin de moi et ne semblait pas vouloir se rapprocher à nouveau. Etait-ce la fin de notre relation? J'avais peur de connaître la réponse à cette question... Mais finalement, il ne la posa pas, et moi non plus. Nous ne parlâmes même pas de mon départ prochain alors que lui allait partir bien après. En fait, nous ne parlâmes pas puisque nous ne parlions de plus rien du tout...

Mon sac était prêt, posé sur le lit, un fusil juste à côté : Depuis l'attaque des Hors-La-Loi, malgré ce que je ressentais vis à vis des armes, j'avais préféré en garder une, juste au cas où, et je devais la garder pour le trajet jusqu'à Elizabeth Town parce qu'il n'était pas impossible que nous nous fassions attaquer sur le chemin. Un chemin qui allait me paraître bien long et difficile, parce que j'allais le parcourir sans Liam. Liam... Finalement, nous n'avions reparlé de rien... J'allais partir et... Je devais absolument lui parler, au moins lui dire que je l'aimais de tout mon coeur, au moins lui dire au revoir, au moins lui dire que j'allais attendre sa venue avec impatience. Malgré la distance, malgré les difficultés, je devais arriver à lui dire ça avant de partir sinon... Sinon j'avais l'impression que tout allait changer et que j'allais le perdre. Je sortis de ma chambre et allai jusqu'à celle de Liam, persuadé de l'y trouver : Il n'y était cependant pas. Les cuisines... Peut-être y était-il? Je fonçai jusque là-bas mais n'y trouvai personne. Alors l'infirmerie? Peut-être recevait-il quelques consignes de Mathilda avant que celle-ci ne s'en aille? Je n'eus cependant pas plus de chance là-bas et la panique commença à m'envahir. Je devais retrouver les autres dans quelques minutes et je ne pouvais pas rester, j'étais obligé de partir eux puisque c'était les ordres et j'étais un bon soldat : J'obéissais aux ordres. Mais partir sans avoir réussi à voir Liam? Partir sans avoir pu le tenir dans mes bras, l'embrasser et lui dire ce que j'avais tant besoin de lui faire savoir? Non... Ca ne devait pas arriver... Ca ne pouvait pas arriver! Les salles communes, le salon, les douches et en désespoir de cause la buanderie... Aussi vite que je le pus, je vérifiai ces endroits sans trouver aucune trace de Liam. Pourquoi avais-je attendu la dernière minute pour aller le voir? Sans doute parce que je pensais le trouver dans sa chambre et rendre nos adieux moins difficiles en attendant le dernier moment... J'avais cependant commis une erreur de plus, une erreur qui allait m'empêcher de dire au revoir à l'être que j'aimais le plus au monde. Au fond, peut-être était-ce voulu... Peut-être se cachait-il, préférant ne pas me dire au revoir ou plutôt, ne voulant pas me dire au revoir... Cette pensée existait bel et bien au fond de moi mais je mis tout en oeuvre pour ne pas y prêter attention, refusant d'accepter l'éventualité que Liam ne voulait pas me dire au revoir...

De retour dans ma chambre, je m'asseyai quelques instants sur le lit, pleurant en silence. Je voulais tant le revoir avant de partir... Mais c'était fichu... Mon coeur me faisait si mal que j'avais l'impression que quelqu'un était en train de le tailler en pièces, doucement, tout doucement. En relevant les yeux, je remarquai mon appareil photo, posé sur un table, prêt à être emmené. Cet appareil photo qui m'avait suivi pendant de nombreuses années... Cet appareil photo qui avait emprisonné tant de souvenirs... Cet appareil photo qui était responsable de la maladie de Liam.. Je me redressai, saisis l'appareil et l'envoyai s'écraser contre le mur dans geste désespéré rempli de tristesse et de colère. Aucun regret... Je n'aurais aucun regret de laisser les débris de cet appareil photo derrière moi. Tous mes regrets seraient pour Liam. Tous, sans exception. On frappa à ma porte et m'annonça qu'il fallait partir. J'essuyai mes larmes, pris mon sac et mon fusil avant de sortir et de rejoindre les retardataires qui avaient tardé. Une fois le groupe formé, je me contentai de rester dans mon coin, ne cherchant pas à me mêler aux autres. Je n'avais pas envie qu'on vienne me parler. Je n'avais, moi-même, pas envie de parler. Je ne pensais qu'à une seule chose, ou plutôt, à une seule personne : Liam. Il était là, encore tout près de moi et pourtant déjà si loin... D'un geste absent, je chargeai mon fusil, ne faisant aucun effort pour porter mon masque habituel : Je quittai mon Amour, j'avais mal à en crever et je n'avais pas le courage de faire le moindre effort pour cacher ça. Peu m'importait ce qu'on pouvait penser : Je me foutais de tout, sauf de lui. Lui... Alors que je pensais que personne n'allait tenter de venir me parler, je remarquai une silhouette qui s'approchait doucement et pendant une seconde, j'eus envie de me détourner mais lorsque je vis qu'il s'agissait de Mathilda, je me détendis et la laissait approcher : Nous avions partagé beaucoup de choses ces derniers temps et s'il y avait une personne dont je pouvais accepter la présence à mes côtés, c'était bien elle. Elle m'adressa un petit sourire tout en posant une main amicale sur mon épaule : J'aurais voulu pouvoir lui répondre par un sourire, même tout petit, même infime, mais j'étais incapable d'esquisser le moindre sourire. Alors, quand elle commença à parler de Liam, ce fut pire. Dire qu'il allait mieux grâce à moi me paraissait être un énorme mensonge... J'avais plutôt l'horrible sentiment d'avoir tout empiré, surtout ces derniers temps... Très vite, ces pensées furent balayées par d'autres que j'avais préféré ne pas écouter : Mathilda venait de me tendre un de mes T-shirt que j'avais laissé à Liam en m'annonçant qu'il lui avait demander de me dire au revoir de sa part et de me rendre le fameux T-shirt. D'une main tremblante, je saisis le T-shirt et l'observai, ayant plus mal que jamais : Liam n'avait pas voulu me voir avant que je ne m'en aille, il n'avait pas voulu que l'on se dise au revoir. Il n'avait pas voulu...

C'était fini. Tout était fini.

J'allais l'attendre à Elizabeth Town, mais j'allais l'attendre en sachant quels allaient être ses premiers mots puisqu'il ne manquait plus que ses mots pour rendre cette horrible séparation officielle. Incapable de me faire à cette idée mais pourtant bien obligé, j'entrepris de ranger le T-shirt dans mon sac déjà bien rempli lorsque j'entendis la voix de Riley, tout près de nous. Si tout allait bien? Oh oui, tout allait merveilleusement bien. C'était parfait. Ce départ signifiait sans doute un merveilleux changement pour tout le monde mais pour moi, ça ne représentait plus rien du tout. Après avoir refermé mon sac, je montrai mon fusil à Riley, répondant par ce geste à sa question. Oui, j'avais une arme. Oui, j'allais m'en servir si jamais cela était nécessaire. Non, je n'avais plus rien à perdre. J'avais déjà les mains sâles, alors, un peu plus, ou un peu moins... Riley nous fit alors un petit résumé de la situation et la façon dont ça allait se passer. Je l'écoutais mais j'étais à des kilomètres de là... J'étais déjà bien loin... Je me foutais du temps qu'il pouvait faire, je me foutais de tomber malade, je me foutais du temps qu'on allait mettre pour arriver. En fait, je me foutais de tout. Lorsque je sentis quelque chose autour de mon cou, je sursautais et eus ensuite un geste de recul lorsque je réalisai que Mathilda essayai de me mettre son écharpe autour du cou. Elle en avait une autre? Très bien, elle n'avait qu'à mettre les deux. Je n'avais pas besoin de me couvrir. Malheureusement, connaissant Mathilda, j'avais plutôt intérêt à ne pas trop protester sinon, ça allait finir en dispute (nous avions tendance à ne pas nous laisser faire, ni l'un, ni l'autre) et je n'avais pas envie de tout foutre en l'air : Que mon existence m'importe peu était une chose, mais je n'allais pas bousiller celle des autres. Je réajustai donc l'écharpe avant de prendre mon sac et de bien l'installer avec de l'accrocher sur mon dos. Riley devait s'occuper de notre sécurité mais je devais être en état de l'aider : A défaut d'être un homme qui méritait d'être aimé, j'étais un soldat, même si j'avais voulu prétendre ne plus l'être, et pour être un bon soldat, je ne devais pas prêter attention à ce que disait Mathilda. Je ne devais pas m'inquiéter parce que Diane ne connaissait pas bien les dossiers médicaux. Je ne devais pas m'inquiéter parce qu'elle n'allait pas savoir gérer l'état de Liam s'il empirait. Je ne devais pas penser à tout ça. Je devais fermer mon esprit, éteindre mon coeur, et devenir une machine.

Une simple machine sans sentiment, prête à tuer quiconque allait essayer de s'en prendre à ce groupe de communautaires. Je m'avançai doucement vers Riley.

-Tu peux compter sur moi. Où veux-tu que je me poste pendant le trajet?

Etre efficace et protéger, voilà ce qui importait. Le reste... Eh bien, le reste, n'était plus que du passé à présent.


Dernière édition par Samuel Brimstone le Dim 15 Mai - 10:16, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Départ pour Elizabethtown - GROUPE N°2 { RILEY - SAMUEL - MATHILDA }   Ven 1 Avr - 20:26

J'étais passablement inquiet à l'idée d'être partiellement responsable de la sécurité d'un certain nombre de personnes. La vérité, c'était que je n'avais jamais vraiment pris soin de qui que ce soit. Même pas de moi-même. Je ne savais pas comment j'étais censé faire. Ni même ce que j'étais censé faire. Pour moi c'était nouveau, et je n'étais pas sûr que ce soit vraiment une bonne idée de me confier la sécurité de personnes maintenant. Nous ne parlions pas faire une promenade de santé, et il était possible que nous ayons de gros ennuis en chemin. Et je ne savais pas du tout ce que je devrais faire si cela arrivait. Rien ne se passait jamais comme prévu, et moi je ne savais pas gérer l'imprévu, justement. Je n'étais qu'un petit gosse de riche, pas un brave soldat. Autrement dit je n'étais pas grand chose. Je savais à peine me servir d'une arme, et je restais persuadé que si jusque là je m'en étais sorti, c'était parce que j'avais eu de la chance. Et comme chacun le sait, la chance n'est pas éternelle, loin de là. J'avais peur de ne pas être capable de gérer une situation en cas d'urgence. J'espérais donc que mes compagnons soient plus à même de gérer, et de rester calmes en toute situation. En ce qui concernait Mathilda, je n'avais guère beaucoup d'inquiétudes. Elle était toujours calme, à tel point que c'en était parfois inquiétant. Mais j'imagine que quand on est médecin et que l'on voit des horreurs, on apprend à rester calme en toute situation. Quand à Samuel, j'avais entendu dire qu'il avait été dans l'armée et qu'il avait vu pas mal de choses légèrement... traumatisantes. En somme, tous les deux étaient nettement plus qualifiés que moi pour mener cette opération. Je connaissais le chemin, oui, mais c'était tout. Je pouvais aussi bien le leur montrer sans pour autant devoir mener cette opération... Enfin, j'avais été désigné, et je ferais de mon mieux pour que tout se passe pour le mieux. Si ce n'était pas le cas, j'en prendrais également la responsabilité. Après tout, j'aurais dû être flatté que l'on me confie de telles charges, non ? Car jusque là je n'avais été que l'emmerdeur de service. J'avais changé, ou plutôt si j'étais redevenu à la normale, et j'étais content que les gens soient en mesure de s'en rendre compte et de revoir leur jugement. Certes, ce n'était pas le cas de tout le monde, nombreuses étaient les personnes qui me regardaient toujours avec scepticisme. Et je ne pouvais pas vraiment leur en vouloir. Après tout, j'avais été infect pendant plus de deux ans. Tout ce que j'espérais, c'était qu'au moins Mathilda et Samuel me fassent confiance.

J'étais véritablement tendu, et je n'étais certainement pas le seul. Il me semblait que Mathilda était encore plus droite et froide que d'ordinaire, mais ce n'était peut-être qu'une impression. Après tout je ne devais pas en mener bien large moi non plus. Et Samuel faisait également une drôle de tête. Ainsi que ceux qui nous accompagnaient. Eh bien, le voyage promettait d'être joyeux... Ces quatre prochains jours risquaient de me paraître plus longs qu'ils ne le seraient en réalité. Surtout que cette fois ci il faudrait tout faire à pied. Avec Alexander et Ethan nous avions eu la chance de trouver une camionnette en état de marche, mais je doutais que nous ayons autant de chance cette fois ci. Et puis même si c'était le cas, nous étions nettement plus nombreux que la dernière fois. Il nous faudrait être très patients. Surtout moi, qui n'aimais généralement pas attendre, je devrais prendre mon mal en patience. Et puis, cela serait de mauvais effet si le « leader » perdait pied avant les autres.

Je regardai Mathilda d'un drôle d'air lorsqu'elle me demanda des informations quant à Ethan et les médecins présents sur place, à Elizabethtown. Je haussai les épaules, en grimaçant légèrement.

« Si tu parles du tuyau qui sort de sa poitrine et qui lui fait un mal de chien, oui il a été posé correctement... Par un chirurgien. Enfin, il me semble que ce type était interne comme Katarina, mais avec un ou deux ans d'avance. Plutôt compétent, il me semble. Et puis il va bientôt avoir des bras supplémentaires, de toute façon. »

Trois nouveaux médecins en plus d'un seul coup. Jackson pourrait se permettre de prendre un peu de vacances ! Il pourrait au moins compter sur Mathilda et Diane. Peut-être pas tout de suite sur Katarina. Cette dernière était enceinte jusqu'aux yeux, et je doutais sincèrement qu'elle puisse leur être d'un grand secours pour le moment. Et connaissant un peu mieux Ethan, je pouvais dire qu'il la forcerait à prendre du repos, un repos bien mérité après tout ce qui s'était passé dernièrement. Tout le monde aurait droit à un repos bien mérité. Après tout, nous avions tous vécu un véritable enfer ces deux dernières années, nous avions tous besoin de souffler et de nous ressourcer. Comparé à New York, Elizabethtown semblait être le paradis sur terre. Aucun problème en vue... Pour le moment. Il fallait espérer que les Hors La Loi n'iraient pas nous chercher jusque là bas. Sans quoi nous serions responsables de ce qu'il arriverait à ces gens... Mais pour le moment, soyons positifs. Il n'y avait aucune raison pour que cela se passe mal, après tout. Nous allions simplement disparaître, et personne ne viendrait nous chercher. La ville de New York serait entièrement entre les mains d'Armando et il pourrait en faire ce qu'il lui plaisait, ce ne serait plus notre problème. Nous avions eu notre dose de problèmes avec ce type... J'eus une nouvelle grimace, et je me passai une main dans les cheveux, un peu gêné, ne sachant quoi répondre aux questions de Mathilda.

« Je suppose que oui, nous risquons quelque chose... Mais d'après les échos que j'ai eu, Katarina, Cassandre et les enfants sont bien arrivés là bas. Sans encombres, ni gros problèmes. Peut-être parce qu'ils étaient les premiers et que personne n'a noté notre manège, je ne sais pas... »

Il avait été qu'il y aurait toujours quelqu'un pour faire deux fois le trajet et donner des nouvelles des autres. Et le premier groupe était bien arrivé, ce qui avait été un soulagement pour nous tous. J'avais vécu dans l'angoisse la plus totale en attendant d'avoir de leurs nouvelles. Il ne s'agissait pas simplement de Cassandre, mais de tout le monde en général. Je tenais beaucoup aux enfants et j'avais énormément d'affection pour Katarina. Je n'aurais pas supporté qu'il leur arrive quelque chose. Cela n'avait pas été le cas, Dieu merci. Mais il était possible que nous n'ayons pas cette chance. Je ne pouvais rien prévoir avec certitude. Nous verrions. Si nous étions discrets, effacés, il n'y avait aucune raison pour que cela tourne mal. Et puis, on ne peut pas dire que ce groupe était composé de petites natures... Mathilda était, il me semble, la seule femme de notre groupe, et elle n'était pas exactement une fillette sans défenses. Je ne considérais pas une femme capable de faire une opération cardiaque en urgence comme une petite nature, ou une demoiselle sans défense. Elle savait très certainement se défendre, et se servir d'une arme, comme la plupart des gens ici. Elle n'avait pas exactement le profil typique de la demoiselle en détresse.

« Si Alexander ne t'a rien dit, ce n'est pas pour entretenir le mystère, ou parce qu'il ne te fait pas confiance. C'est juste qu'il n'en sait rien... Pas plus que je ne sais quelque chose. Nous allons être exposés, donc ce serait mentir que de dire que tout ira pour le mieux. Quant à ceux qui restent... Nous pensions être en sécurité, mais vois ce qui nous est arrivé... Tant que nous sommes à New York, nous ne sommes pas en sécurité. C'est tout ce que je peux t'affirmer, Mathilda. C'est pour cette raison que nous fichons le camp d'ici. »

Je m'excusai d'un sourire, lorsqu'elle affirma que s'il y avait un quelconque problème ici, Diane aurait du mal à s'en sortir. C'était bien Mathilda, ça, toujours vouloir rester pour les autres. Le médecin parfait, en somme... Mais je ne pouvais rien lui dire, sinon que je ne décidais rien et que si Alexander la faisait partir rapidement, ce n'était pas pour rien. Mais j'ai préféré me taire, pour éviter de me faire incendier. Face à Mathilda, que je respectais profondément, je redevenais un véritable gamin. Face à Samuel également. Je ne me sentais pas à ma place en meneur de groupe. Définitivement pas... Je me tournai légèrement vers Samuel, lorsque ce dernier se rapprocha de moi. J'eus un petit sourire lorsqu'il me demanda ce que je voulais qu'il fasse. J'avais l'impression de rêver. Ce n'était pas possible que moi, je donne des « ordres » à un ancien militaire. C'était le monde à l'envers. Pour un peu j'aurais été tenté de lui demander d'inverser les rôles. Mais je me suis retenu.

« Eh bien... Je suppose que tu pourrais protéger nos arrières. Mais je ne suis pas un pro, je suis plus que prêt à te laisser faire ce que tu juges nécessaire. Tu as toute ma confiance, Samuel. »

J'eus un sourire chaleureux, tandis que je me baissai pour ramasser mes sacs et les jeter sur mes épaules. Nous avions un sacré chargement, j'espérais que cela ne nous retarde pas trop. Prenant une profonde inspiration, je jetai un dernier regard en arrière, vers ces couloirs froids et sans vie, avant de me diriger d'un pas décidé vers la sortie. Et je n'étais pas moins déterminé lorsque je mis le pied dehors. Mon premier réflexe fut de sortir ma lampe torche de ma poche et de l'allumer. Nous étions dans ce qu'il restait du métro et du réseau ferroviaire de la ville. Impossible de voir à vingt mètres, il fallait avancer précautionneusement et faire attention où l'on mettait les pieds, surtout. Sortir nous pris un peu moins de temps que je ne l'avais pensé, et bientôt nous surgissions à l'intérieur de ce qu'il restait de la prestigieuse gare de Grand Central. Cette gare autrefois si belle faisait maintenant peine à voir. Il y avait un trou béant dans l'énorme plafond où était jusque là peint les constellations les plus célèbres. Les anciens tableaux qui annonçaient les trains étaient sans vie, les lampes explosées. Il y avait des débris de verre partout, ainsi que des morceaux de plafond. Et elle était vide. C'était certainement le plus choquant. Nous avions tous connu cette gare grouillant comme une fourmilière, et là elle était complètement vide, il n'y avait que nous. Nous, et ce qu'il restait d'un vieux drapeau des États-Unis, symbole de la décadence du pays et de New York. Je pris une profonde inspiration, respirant l'air glacé. Sans un mot nous nous sommes dirigés vers la sortie la plus proche, à deux ou trois rues de la Cinquième Avenue.

Quand nous avons mis le pied dehors, la première chose qui m'a frappée, c'est le froid. Il y avait toujours beaucoup de neige malgré le début du printemps, et il pleuvait. C'était une pluie fine, qui ne ferait que nous glacer davantage. J'eus un frisson, et je me félicitai d'avoir enfilé plusieurs couches de vêtements, des gants et une écharpe. Je jetai rapidement un coup d'oeil autour de moi, et il était évident que personne n'aurait été contre faire le voyage à chaud. Quelle utopie... Je levai les yeux, et je fus presque étonnée de voir des buildings encore entiers ( ou du moins debout ) autour de nous. Si tout n'avait pas eu l'air si mort, on aurait pu croire que tout allait merveilleusement mieux... Oui, tout allait merveilleusement bien, et ce voyage ne serait qu'une promenade. Je soupirai.

« Bon. Il va nous falloir environ deux jours pour sortir complètement de la ville et ensuite deux autres jours pour arriver à destination. Hors de New York, nous ne risquons rien, théoriquement. Mais jusque là, soyez prudents, gardez les yeux ouverts. Et regardez où vous marchez, la neige a pour mauvaise habitude de cacher les défauts de la route. »

C'eût été stupide de tomber bêtement et de foutre en l'air notre matériel médical, ou n'importe quoi d'autre. Rien que le tintement de quelques flacons dans mon sac suffisait à faire monter d'un cran mon niveau de stress. Si j'avais bonne mémoire, j'étais en charge de la morphine. Et Mathilda avait été très claire : si je brisais ne serait-ce qu'un seul de ces flacons, je serai le premier à avoir besoin d'une bonne dose de morphine. Cela suffisait à me forcer à être doublement vigilant avec mon chargement. Si les autres avaient eu la même menace, aucun doute, nous arriverions à Elizabethtown avec tous nos médicaments intacts.

Comme personne ne bronchait, nous nous sommes mis en route. Un silence de mort régnait, si bien que nous n'entendions que le bruit de nos pas, étouffés par l'épaisse couche de neige. C'était presque gênant, malsain. J'avais beaucoup de mal à supporter ce genre de silence. Mais je me suis fait violence pour ne pas passer pour un gamin immature. Mais au bout de quelques heures de marche silencieuse, j'ai craqué. J'ai ralenti un peu l'allure, pour me retrouver à la hauteur de Mathilda.

« J'ai pensé que nous pourrions nous arrêter au Medical Center. Je ne sais pas si nous pourrons y trouver quoi que ce soit d'utile, mais après tout je n'y connais rien... Qu'est-ce que tu en penses ? Même s'il n'y a pas grand chose, ça vaut le coup d'essayer. Tout n'a pas pu être fouillé, et surtout, tout le monde n'a pas un chirurgien cardiaque sous la main pour donner des instructions. »
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Mathilda Johnson

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MessageSujet: Re: Départ pour Elizabethtown - GROUPE N°2 { RILEY - SAMUEL - MATHILDA }   Sam 2 Avr - 19:52

Ainsi, le voyage jusqu’à Elizabeth Town se montrait-il risqué. Je fus premièrement soulagée d’apprendre que le premier groupe contenant Katarina et la plupart des enfants était arrivé sain et sauf jusqu’à la petite ville, mais Riley avait raison, ce n’était que le premier groupe. Peut-être qu’à force de passages, les Hors la loi se rendraient compte que nous déménagions et décideraient de nous en empêcher, même si en toute honnêteté je ne voyais pas pourquoi ils auraient fait ça. Après tout, ils voulaient décimer la communauté parce que nous les gênions, non ? Alors notre départ ne devrait que les réjouir, mais leur soif de vengeance par rapport à la première attaque pouvait également constituer un motif suffisant pour nous attaquer de nouveau… Sincèrement je ne parvenais pas à réfléchir très clairement là-dessus, ne pouvant de toute manière comprendre pourquoi les hommes s’acharnaient ainsi sur les hommes, encore plus après une guerre aussi destructrice que celle que nous avions subi. Pour moi tout cela restait du domaine de la stupidité, de la méchanceté profonde et il m’était impossible que de réfléchir comme un Hors la loi puisque ma nature profonde n’était pas aussi sombre. Ce qu’il y avait à retenir était simple : Oui, nous allions peut-être croiser des personnes qui voudraient nous faire du mal et oui, nous allions devoir nous battre. Mon utilité au sein de ce groupe prenait un peu d’envergure même si elle me paraissait toujours ridicule. Les propos de Riley n’étaient pas d’un grand réconfort mais au moins, il se montrait franc : Les personnes qui restaient ici risquaient de se faire de nouveau attaquer puisque les Hors la loi connaissaient à présent le lieu exact où nous nous cachions. Bien que je sache déjà ce qu’il me confirmait, je ne pu m’empêcher d’éprouver une nouvelle pulsion de colère. S’ils étaient attaqués avec Diane pour seul médecin, nous allions vivre un véritable bain de sang. Comment réagirais-je si les prochains groupes de communautaires arrivant à Elizabeth Town se voyaient considérablement amoindris à cause d’une nouvelle attaque ? Je n’en savais absolument rien, d’un côté j’éprouverais l’envie d’étrangler Alexander, de l’autre je supposais qu’il serait le premier affecté par la mort de nos camarades, la plupart accompagnant notre quotidien depuis deux ans déjà. Je décidai néanmoins de ne pas me fixer sur les paroles de Riley lorsqu’il me parla d’Alexander, prétextant qu’il ne savait pas ce qui pouvait se passer et qu’à cause de cela il n’avait rien pu me dire. C’était sans doute vrai, mais dans le doute Alexander aurait dû me garder près des gens qui restaient et dont la plupart se remettaient à peine des conséquences de la première attaque. Préférant ne pas me laisser aller à une colère qui depuis quelques minutes s’était apaisée, je détournai le regard et observai brièvement les personnes qui nous entouraient. Certaines semblaient réellement apeurées, dans l’appréhension de ce qu’il pourrait se passer une fois dehors. Personnellement, je ne craignais pas pour moi, mais pour les autres, ce qui me permettait de garder la tête froide. De toute manière je n’étais pas quelqu’un de peureux, et s’il fallait tirer sur un homme qui nous voudrait du mal, j’allais le faire. Non pas que je sois particulièrement violente ni même impulsive mais s’il me fallait choisir entre abattre un Hors la loi ou laisser des communautaires se faire tuer, mon choix allait être vite fait.

De nouveau je portai mon regard sur Riley lorsqu’il demanda avec une pointe d’hésitation à Samuel de surveiller nos arrières. Aussi étrange que cela puisse paraître, j’avais confiance en lui. Il n’était pas aussi stupide ou égoïste que ce que beaucoup pensaient, et au fond je savais qu’il allait bien se débrouiller en cas de problème. Parce que ce n’était pas un mauvais garçon, tout simplement, et même si j’étais parfois assez sèche avec lui, j’avais quand même de l’affection pour lui. Je n’avais jamais vraiment cru à son rôle de Dom Juan invétéré, qui en ce moment se fissurait de plus en plus sans que je n’en connaisse la cause mais cela importait peu. Ce qui importait réellement en cet instant était que Riley soit à la hauteur de mes espérances et se montre bon guide tout au long de ces quatre prochains jours, même s’il semblait un peu stressé quant à la suite des événements. Finalement, nous avons tous attrapé nos différentes charges, la grande majorité étant des médicaments ou du matériel médical. Pour ma part, je transportai tout ce qui était du type compresses, pansements et désinfectant, ce qui représentait tout de même deux bons sacs, même s’ils n’étaient pas très lourds. J’observai une seconde Samuel avant de suivre Riley qui se dirigeait déjà vers la sortie, le reste de notre groupe sur ses talons. Je ne savais pas très bien par où nous passions ni même dans quelle direction nous nous dirigions, aussi restai-je un peu en arrière afin de suivre les autres. Nous nous retrouvions dans les anciennes voies de métro, l’obscurité était quasi-totale et beaucoup allumèrent les lampes torches qu’ils possédaient. Je me contentai quant à moi de rester derrière ceux qui y voyaient bien, me repérant selon leurs pas. Pensant soudainement à Samuel qui se trouvait derrière moi et ne devait pas y voir grand-chose, encore moins que moi, j’attrapai son bras et entreprit de le guider le temps que nous sortions et nous retrouvions à l’air libre, me repérant toujours selon les mouvements des personnes qui me précédaient. Au bout de quelques minutes qui commençaient à se faire très longues, l’obscurité présentant une gêne considérable, nous atteignions la gare qui était dans un état plus que lamentable. Je ne pris cependant qu’une seconde pour regarder autour de moi, lâchant le bras de Samuel et lui lançant par la même occasion un regard inquiet. Je ne savais pas ce qui lui prenait, mais je n’avais absolument jamais vu son visage aussi fermé et ce n’était pas très bon signe. Si nous voulions parvenir à Elizabeth Town sans problèmes, il fallait que chacun reste positif et tente de conserver un minimum de courage quand bien même le voyage soit long. Si nous commencions à tous rester dans notre coin et nous morfondre sur notre sort, nous n’allions jamais y arriver. Je fronçai les sourcils avant de lui demander un peu sèchement :

« Mais qu’est ce qui t’arrive ?! »

Nous sortions alors de la gare et j’eus un long frisson en sentant la pluie fine tomber sur mon cou. Malgré moi, je jetai un regard à Samuel qui avait toujours mon écharpe, envisageant un peu plus sérieusement que précédemment le jeans autour du cou. Il faisait vraiment un froid de chien et les environs étaient invariablement blancs, mis appart les quelques restes d’immeubles qui formaient de grosses tâches grises dans le décor. Je m’apprêtai à avancer encore mais Riley prit à ce moment exact la parole pour nous donner quelques informations quant au voyage. Ainsi, nous allions mettre deux jours rien que pour sortir de New York… Voilà qui n’était pas très motivant mais New York était une grande ville, ce n’était une nouvelle pour personne. Surtout que nous étions chargés comme des mules, notre progression risquait d’être encore plus longue et lente. Je nourrissais cependant l’espoir de grappiller au moins une demi journée en marchant vite, n’étant qu’avec des hommes cela me semblait faisable. Une demi journée qui me permettrait de plus vite prendre connaissance du cas d’Ethan et sans doute m’occuper de tous les autres communautaires affaiblis par le voyage. Sans parler des gens qui vivaient déjà là-bas, peut-être certain auraient-ils besoin de moi. Selon Riley, leur seul médecin n’était qu’un interne en chirurgie. Encore un, même si un peu plus avancé dans ses études que Katarina. Je supposais tout de même me montrer relativement utile, et puis soigner des personnes que je ne connaissais pas ne me gênait pas, au contraire. Plus je pouvais aider, mieux c’était. Riley nous conseilla par la suite de demeurer prudents et regarder où nous marchions, conseils qui me firent soupirer un peu malgré moi. Est-ce qu’il avait regardé les gens qui nous entouraient ? Certains paraissaient complètement perdus et effrayés, pas de doute qu’ils seraient prudents et regarderaient où ils allaient marcher. D’ailleurs, personne ne dit quoi que ce soit et tous se mirent en route d’un coup, comme un seul homme. Pour ma part je jetai un dernier regard à Samuel. Il m’ignora assez superbement et je me contentai d’avancer, restant bouche close comme tous les autres ce qui confirmait mon impression de peur chez certaines personnes. En même temps, je ne pouvais pas vraiment les blâmer, surtout en sachant que Riley venait très clairement d’annoncer qu’il se pouvait que nous ayons des problèmes tant que nous serons dans New York. Autrement dit, deux jours complets de doute et d’appréhension pour tout le monde, y compris pour moi d’une certaine façon même si je parvenais à mieux gérer ce sentiment. Bien sûr, je craignais pour ma vie, comme tout le monde, mais je craignais surtout pour celle des autres, sachant pertinemment que je ne serais pas en mesure de m’occuper de tous s’il nous arrivait quoi que ce soit.

Nous marchions depuis quelques temps déjà, sans un mot, chacun étant plongés dans ses propres pensées. Je songeai pour ma part à Aaron, à Liam, à Lucy et tous les autres blessés ou malades qui étaient toujours bien au chaud à la communauté. Même si cet endroit n’était pas le plus agréable à vivre, nous avions quand même été à l’abri longtemps grâce à Alexander, et je me demandais comment allaient faire tout ceux qui étaient si faibles pour parcourir tout ce chemin. Le froid n’aidait en rien, la neige était instable et nous faisait glisser. J’osai alors espérer que lorsque ce sera leur tour, la température serait un peu plus douce et la neige déjà fondue. Voilà que je me prenais pour Dame Nature. J’eus un soupir avant de relever les yeux vers ce ciel incroyablement clair, presque blanc, qui déchargeait toujours sur nous ces flocons fondus, rendant mes vêtements humides et collant. J’avais beau être bien habillée, je savais qu’au premier arrêt j’allais déjà me changer car je ne supportais pas cette sensation horrible, et ne désirais pas particulièrement attraper froid. Or porter des vêtements mouillés par une température se situant autour du 0 n’était pas vraiment la meilleure façon de se protéger contre le froid. J’avais déjà les pieds trempés à force de marcher dans la neige et cela me glaçait toute entière, bien que je ne sois pas particulièrement frileuse. Je préférai cependant me concentrer sur autre chose que cette sensation de froid qui s’accroissait au fur et à mesure de mes pensées, par simple aggravation psychologique. Je ne pouvais donner d’estimation quant à la durée de notre voyage, étions nous partis depuis une heure, une heure et demie ? Je ne savais vraiment pas, autour de nous les restants d’immeubles et de civilisation défilaient sans que je n’y prête particulièrement attention, étant peu nostalgique de nature. Le passé était le passé, maintenant il fallait avancer. Même si je regrettais mon bipeur, mon bloc opératoire, le service de chirurgie et tout le matériel de l’hôpital dans lequel je travaillais, je n’avais pas de sentiment particulier envers mon téléphone portable ou ma voiture. On se rendait vite compte que cela n’était pas réellement nécessaire à notre survie. Au bout d’un long moment, Riley se retrouva à ma hauteur et me demanda si je jugeais utile que de nous arrêter au Medical Center afin de récupérer ce qui pouvait encore servir. J’eus un petit sourire lorsqu’il me dit que tout le monde n’avait pas un chirurgien cardiaque sous la main et hochai doucement la tête.

« C’est possible, mais je ne sais pas trop ce qu’on pourra y trouver de plus et surtout comment le transporter, on est déjà tous suffisamment chargés je crois… »

En voyant la tête qu’il fit, j’eus un petit mouvement de tête et reprit la parole.

« Mais c’est vrai que pusqu'on est ici, on devrait en profiter pour récupérer le plus de choses possible. C’est une bonne idée, allons-y. »

Effectivement, c’était une bonne idée, même si comme je le lui avais dit je ne savais pas vraiment ce qu’on pourrait encore récupérer. A chaque fois que je m’y étais rendue avec Katarina pour approvisionner l’infirmerie, nous nous étions emparés d’un nombre considérable de boîtes de médicaments et choses en tout genre. Pas assez ceci dit pour vider tout un hôpital, mais il fallait faire attention aux dates de péremptions. Le Medical Center n’était plus en activité depuis deux années déjà et une bonne partie de ses ressources devait déjà avoir expiré. Ensuite, je supposais que les Hors la loi n’avaient pas trop de prétention sur ce lieu et n’y avaient pas vraiment touché, de même que les quelques personnes seules qui avaient pu s’approvisionner en médicaments ne devaient pas avoir mis à sac les lieux non plus. Donc, nous avions effectivement une chance d’y trouver quelque chose mais cet hôpital était vraiment immense et le fouiller risquait de nous prendre un certain temps. Je songeais tout cela tandis que nous avancions toujours, nous trouvant bientôt aux abords du Medical Center qui n’attendaient plus que nous, une dernière fois. Je ne savais pas vraiment s’il se trouvait un hôpital dans les environs d’ElizabethTown, sûrement, mais il ne serait sans doute jamais aussi grand. Même s’il avait été partiellement détruit, un bon nombre de ses ailes subsistaient toujours. Je m’arrêtai finalement, et déclarai rapidement.

« On va faire une petite pause ici, je vais en profiter pour regarder s’il y a encore des choses à récupérer dans l’hôpital. Est-ce que quelqu’un veut m’accompagner ? »

Sincèrement, je n’étais pas très rassurée à l’idée de m’y aventurer seule car je savais que ce lieu était ouvert à n’importe qui et donc, qu’il était possible d’y faire de mauvaises rencontres. Or, je ne pouvais pas et surveiller mes arrières et fouiller toutes les pièces à la recherche de choses utiles. J’observai un instant le groupe qui ne broncha pas, puis me tournai vers Riley qui eut un bref signe d’accord. Bon, c’était toujours ça, et puis nous n’avions pas besoin d’être 50 non plus, une personne me suffisait déjà. Cependant Samuel eut également un geste pour nous suivre et tous les trois nous sommes entrés dans l’ancien hôpital en faisant bien attention à où nous posions nos pieds car l’endroit était tout simplement ravagé. Il y avait du verre et des morceaux de métal partout, les principales structures de l’entrée ayant été presque totalement détruites. J’espérais qu’un peu plus loin il serait possible d’y voir un peu plus clair car pour l’instant, j’avais un peu de mal à me repérer, quand bien même j’ai passé quelques années de ma vie dans cet hôpital. J’eus un petit soupir en repensant au nombre de fois incalculable où je m’étais rendue ici, avait revêtue ma blouse et m’était dirigée en service de cardiologie, mon service. Eh oui, j’ai été chef de service ici mais tout le monde s’en fichait pas mal, et ces quelques souvenirs amers ne devaient pas empiéter sur nos recherches. Je me dirigeai finalement vers les grands escaliers toujours debout du hall d’entrée qui menaient, si mes souvenirs étaient exacts, à la pédiatrie. Comme à tout service, je supposais que celui-ci notait une réserve même si je ne m’y étais jamais rendue, puisque la cardiologie était un peu plus loin et que je n’empruntais jamais ce chemin pour m’y rendre. Aussi, sans connaître davantage les lieux que Samuel et Riley qui étaient sur mes talons, je m’avançai avec précaution et empruntai le premier couloir venu. Je savais par expérience que les réserves se trouvaient toujours au fond d’un couloir sombre que personne n’aurait envie de traverser mis appart un médecin. Je dû tirer le mauvais numéro puisque ce couloir ne mena qu’à des pièces remplies de dossiers divers, sans trace de médicament. Quand je disais que fouiller ce bâtiment serait long, c’était exactement ce à quoi je pensais. J’aurais pu me diriger directement en cardiologie, puisque j’en connaissais tous les recoins, mais je savais que nous y avions déjà pris un nombre considérable de choses avec Katarina et qu’il serait plus intéressant de regarder ailleurs. Je revins sur mes pas, contournant les deux qui me suivaient et surveillaient par la même occasion que personne ne se trouvait là, pour revenir à l’entrée de ce palier et prendre un couloir tout à fait opposé. J’ai regardé dans toutes les pièces, avant de m’arrêter dans ce qui semblaient être une remise, c'est-à-dire un endroit où l’on range les médicaments qui ne sont pas dans la réserve. La réserve de la réserve, en gros. Ce n’était pas exactement ce que je cherchais mais toujours mieux que rien, aussi suis-je rentrée en regardant tout autour de moi. On avait rangé ici tout un tas de choses, compresses stériles, seringues, savon, tables d’instrumentation et tabourets. Il y avait un peu de tout et un peu de rien mais ça ferait l’affaire. Je cherchai des yeux un gros cartons dans lequel j’aurais pu mettre tout ce qui n’était pas fragile, n’ayant plus beaucoup de place dans mon sac et en vis quelques uns empilés les uns sur les autres tout en haut d’une étagère. J’eus un geste envers Samuel, qui était un peu plus grand que Riley.

« Tu peux m’attraper ces cartons s’il te plait ? »

Il s’exécuta et me les tendis avant que je ne leur en colle un chacun dans les mains. En guise d’exemple, je m’avançai près des paniers en inox dans lequel étaient toutes les seringues et les vidai dans mon carton.

« Tout ce qui n’est pas fragile, vous pouvez le vider sans problème là-dedans. Pour le reste, on avisera. »

Je continuai en renversant les autres paniers et laissai Riley et Samuel se débrouiller, les jugeant capables de différencier quelque chose de fragile de quelque chose qui ne l’était pas. Je m’emparai par la suite des compresses, de quelques serviettes qui se trouvaient dans un coin et ressortie rapidement. Je voulais trouver la vraie réserve, le cœur… Marchant à toute allure, je semais sans même m’en rendre compte Riley et Samuel, entrant dans une pièce puis en ressortant aussi sec, tournant à l’angle d’un nouveau couloir, traversant des chambres sans m’y arrêter pour finalement trouver une pièce fermée à clef. A coup sûr il s’agissait de la réserve. Me retournant, je me rendis subitement compte de ma solitude et m’inquiétai une seconde d’avoir perdu les deux autres… Tant pis. Nous finirions bien par nous retrouver de toute façon. Tentant vainement de défoncer la porte, j’eus l’idée du siècle en me souvenant que je possédais une arme et la sortis rapidement. Je ne savais pas très bien tirer, mais sans doute assez pour viser une serrure, non ? Eh bien si, et du premier coup en plus. Je donnai un coup de pied dans la porte pour finir de la faire céder et entrai dans la caverne d’Ali baba. Puisqu’elle était fermée, personne n’avait pu entrer ici depuis la guerre et ainsi, elle contenait encore l’intégralité de ses ressources. Bien sûr, beaucoup risquait d’être périmée mais tout ce que nous pourrions récupérer serait bon à prendre. La porte se referma derrière moi tandis que j’avançai, observant la pièce en son intégralité. Elle n’était pas très grande, mais sans doute bien remplie. Malheureusement lorsque je m’approchai d’une première armoire en métal, j’eus la désagréable surprise de la trouver fermée à clef. Les suivantes l’étaient également. En fait, absolument tout dans cette pièce était cadenassé et je n’avais malheureusement aucune clef… A la guerre comme à la guerre ! Je tirai plusieurs coups de feu dans chacune des serrures et chacun des cadenas jusqu’à ce que tout me soit facile d’accès, avant de brandir mon carton et le remplir de diverses boîtes de médicaments qui étaient encore bonnes jusqu’à l’année prochaine et seraient parfaites pour les enfants de la communautée. Riley avait vraiment eu une bonne idée en proposant de venir ici. Mais d’ailleurs… Où était Riley ?
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MessageSujet: Re: Départ pour Elizabethtown - GROUPE N°2 { RILEY - SAMUEL - MATHILDA }   Dim 15 Mai - 10:01

[ J'ai pris quelques libertés concernant Riley et Mathilda parce que ça me semblait plausible mais si ça ne va pas, j'éditerai =) ]

Protéger les arrières. Bien. Pour ce qui était d'être bon juge ou non d'une situation à risques, ça, ça allait être également faisable. Ensuite, me faire confiance... Ma foi, ils pouvaient me mettre leurs vies entre les mains puisqu'il n'y avait à présent plus que cela qui m'importait : Les amener au bout du voyage sains et saufs, tous. Je me contentai d'acquiesser d'un petit hochement de la tête avant de me reculer un peu pour vérifier que j'avais bien toutes mes affaires. Oui, j'avais tout. Ou plutôt, je n'avais plus rien. Ca dépendait de quel point de vue on se plaçait en fait... Nous nous mîmes en route et très vite, nous nous retrouvâmes dans les sombres tunnels du métro. Fermant la marche, ma visibilité était plus que mauvaise mais mes yeux s'habituaient rapidement à ce genre de situation et très vite, la simple lueur que je distinguais plus loin devant et qui provenait des lampes que les communautaires avaient allumées me suffit pour y voir assez. Je sentis la main de Mathilda aggriper mon bras et j'en fus surpris : Avait-elle peur? Non. Elle n'était pas du genre à avoir peur, bien au contraire. C'était sans doute la femme la plus courageuse que j'avais jamais rencontrée. Alors quoi? Peut-être pensait-elle que j'avais besoin d'elle? Je ne bronchai pas. Elle essayait de m'aider, même si je n'en avais pas besoin et je n'allais pas l'envoyer balader. Lorsque nous arrivâmes au bout du tunnel, une horrible sensation me noua les entrailles et j'eus un bref regard en arrière vers cette grande étendue noire qui se trouvait à présent derrière nous : Il était là-bas. Déjà loin. C'était fait. Je serrai la mâchoire et fermai les yeux quelques instants en me répétant dans ma tête « Fais mourir tes sentiments. » C'était ce que j'avais de mieux à faire parce que je ne pouvais pas me permettre d'être distrait et de me morfondre. Aussi, lorsque je rouvris les yeux, j'avais fait le vide, je l'espérais pour de bon. Je vis que nous étions dans ce qu'il restait de la Grande Gare Centrale et observai les alentours avant de croiser le regard de Mathilda. Elle me regardait étrangement, comme si j'avais quelque chose qui clochait. Elle ne tarda pas à me demander ce qui m'arrivait. J'aurais pu en rire si ça n'avait pas été aussi douloureux : Ce qui m'arrivait? Comme si elle ne le savait pas... Comme si elle ignorait ce que je traversais. Cela étant dit, il est vrai qu'elle s'attendait sans doute à me voir triste, effondré, et je ne l'étais pas.

J'étais juste vide, fermé, froid : Une machine.
C'était sans doute cela qui la perturbait puisqu'elle n'avait jamais vu cette partie de moi.

Je ne répondis rien et me contentai de détourner le regard en réajustant mon fusil. Je n'étais pas là pour parler mais pour surveiller les alentours et essayer d'éviter une embuscade au groupe. Embuscade qui risquait de se produire tant que nous n'avions pas quitté New York, en tout cas selon Riley et je savais qu'il avait raison. J'allais devoir être plus attentif que jamais. Les deux prochains jours allaient être difficiles et stressants pour tout le monde. Nous quittâmes la gare et un lourd silence s'installa parmi nous. Le froid était relativement supportable (j'avais vécu des nuits bien plus glaciales dans le désert) et il avait l'avantage de me permettre de rester vif, alerte. Chaque pas était calme, précis, calculé, tout comme l'était chacun de mes regards. Il était difficile de couvrir à moi seul une telle superficie mais je fis de mon mieux. Mes yeux vagabondaient de la rue aux buildings, je cherchais un signe, le moindre petit mouvement qui pourrait donner l'alerte comme une ombre ou un reflet dans une vitre. J'eus souvent l'impression d'entendre du bruit et à plusieurs reprises me retournai, prêt à tirer mais il n'y avait rien. Il n'y jamais rien. Je savais ce qui était en train de m'arriver alors qu'il ne fallait surtout pas que cela se produise. Pas aujourd'hui. Pas maintenant. Les minutes passèrent et elles se transformèrent en heures. Et toujours rien. C'était trop calme. C'était trop facile. Je n'aimais pas ça. Je vis Riley ralentir l'allure pour se mettre à hauteur de Mathilda pour parler d'un éventuel arrêt au Medical Center. Je n'aimais pas trop cette idée mais n'étant pas le leader, je me contentai de rester silencieux. Pourquoi n'aimais-je pas cette idée? Parce que s'arrêter en pleine journée, à vue était dangereux et parce que surtout, on ne savait pas ce qu'on pouvait trouver à l'intérieur de l'hôpital. Ou plutôt, on savait qui on pouvait trouver et c'était prendre un immense risque que de s'y rendre. Cependant, il fallait bien avouer qu'un peu de matériel médical en plus ne pouvait pas faire de mal. De toute façon, la décision ne m'appartenait pas. Mathilda et Riley s'arrêtèrent finalement et je fis de même lorsque Mathilda annonça que nous allions faire une petite pause avant d'expliquer pourquoi. Lorsqu'elle demanda qui voulait l'accompager à l'intérieur, je m'avançai vers elle, sans rien dire, me contentant d'observer Riley qui voulait l'accompagner lui aussi. Nous ne serions pas trop de deux à protéger Mathilda à l'intérieur de cet immense piège qu'était l'hôpital. Après avoir jeté un dernier coup d'oeil dehors, j'entrai à la suite de Mathilda et Riley à l'intérieur du bâtiment qui était littéralement en ruines : Non seulement nous allions devoir faire attention à d'eventuels intrus mais en plus, nous allions devoir nous montrer d'une grande prudence pour ne pas marcher à un endroit trop fragilisé.

Toutes les bonnes conditions étaient donc réunies pour qu'il ne nous arrive rien...

Toujours sur mes gardes, j'observai autour de nous, fusil bien appuyé contre mon épaule, prêt à faire feu au moindre souci. J'entendais les bruits de verre cassé se briser un peu plus sous nos pieds, et même si je tentais de ne rien laisser paraître, une inquiétude ou plutôt, une paranoïa commença à s'insinuer doucement en moi, plus forte que ce que j'avais ressenti en marchant dans les rues de New York encore quelques minutes auparavant. Le moindre bruit me faisait l'impression d'être très bruyant, menaçant et pire, j'avais cette horrible sensation que nous n'étions pas seuls alors qu'à première vue, il n'y avait absolument personne. J'avais peur que mon état ne me joue vraiment de mauvais tours et entraîne de graves conséquences, mais que pouvais-je faire? Leur dire que j'étais complètement cinglé depuis quelques temps parce que je manquais trop de sommeil et que le peu de sommeil que je parvenais à avoir était rempli de cauchemars? Non Samuel. Tu avances et tu te tais. Lorsque nous prîmes un couloir, je suivis mes deux compagnons tout en continuant de regarder autour de moi d'une manière qui, j'en avais bien peur, avait quelque chose de frénétique. Je crois qu'à ce moment-là, même si un simple rat avait surgi, j'en aurais fait des miettes avec mon fusil tant j'étais à l'écoute du moindre bruit, à l'affut du moindre mouvement. Je laissai Mathilda fouiller les pièces en me contenant de monter la garde à chaque fois avec Riley. Malheureusement, la chance ne semblait pas être de notre côté puisque Mathilda ne semblait rien trouver du tout. Il était peut-être temps de quitter le lieux, non? Mais Mathilda semblait vraiment décidée et elle continua à arpenter les couloirs, Riley et moi sur ses talons, à la recherche de matériel médical. Finalement, elle s'arrêta devant une pièce et sembla, à défaut d'être complètement satisfaite de ce qu'elle avait trouvé, pas mécontente. Après avoir regardé une nouvelle fois dans le couloir je m'avançai à sa suite dans la pièce pour découvrir tout un tas de choses qui pourraient effectivement nous être utiles. Mathilda me demanda d'attraper des cartons qui se trouvaient tout en haut d'une étagère. Je glissai la lanière de mon fusil autour de mon torse afin de garder mon fusil à porter de main avant de m'exécuter et d'attraper les cartons demandés. Je les lui tendis mais en un instant, je me retrouvai avec un carton dans les mains : J'eus un regard vers Riley qui n'y avait pas échapé non plus. Bon, puisque nous étions là, autant l'aider puisque ça irait plus vite et que, du coup, nous pourrions quitter cet endroit plus rapidement.

-Tout ce qui n'est pas fragile...

Murmurai-je pour moi-même, tout bas, avant de me mettre à fouiller pour essayer de trouver des choses utiles. Je trouvai des masques et hésitai avant de les mettre dans mon carton : Après tout, en cas d'épidémie, ça pourrait peut-être servir, non? Je trouvai aussi quelques linges probablement utilisés pour les chirurgies, des kits de sutures et des gants que je glissai également dans le carton. En me baissant pour ramasser des poches à perfusion vides, j'aperçus un gros carton sous une étagère et entrepris de le sortir avant de voir ce qu'il y avait dedans. Je découvris de petits bidons contenant un liquide verdâtre et après avoir lu l'étiquette, je décidai de les emporter puisqu'il s'agissait de liquide dont on se servait pour stériliser les instruments chirurgicaux : Ca, on allait en avoir besoin. Je refermai le carton et me remettai à fouiller dans ce que Mathilda avait... Mathilda. Je me redressai et regardai atour de moi avant de me tourner vers Riley.

-Où est-ce qu'elle est passée?

Question stupide puisqu'à moins d'être télépathe, il ne pouvait pas en savoir plus que moi étant donné que Mathilda avait quitté la pièce sans même prendre la peine de nous prévenir. Je soupirai avant de reprendre mon fusil en main et alors même que nous sortions de la pièce, plusieurs coups de feu retentirent. Pendant un bref instant, mon regard croisa celui de Riley : Ils devaient probablement être similaires et laisser paraître une horrible frayeur. Nous n'eûmes pas besoin de nous parler : Un instant plus tard, nous étions en train de courir pour retrouver Mathilda et, comme nous nous en doutions, des invités dont on se serait bien passé. Tout en courant et tout en faisant attention à ce qui pouvait se passer autour de nous, je craignais le pire. J'avais peur pour Mathilda. Ce qui était certain, c'était que si je mettais la main sur ceux qui lui avaient tiré dessus, ils allaient avoir droit à un aller simple pour l'Enfer, sans possibilité de retour. Lorsque nous arrivâmes à l'entrée du couloir d'où, en tout cas selon moi, étaient venus les coups de feu, je me stoppai et commençai à m'avancer tout doucement, suivi de Riley. Si je n'étais pas aussi inquiet pour Mathilda, j'aurais pu remarquer avec quelle habilité Riley était capable de marcher sans faire le moindre bruit : Il aurait fait un bon soldat. Je lui fis signe de s'arrêter lorsque j'entendis du bruit dans une pièce qui se trouvait à peine à quelques mètres de nous. Je me retournai vers Riley et le vis arme au poing, prêt à en découdre, tout comme moi. Arrivés près de l'entrée de la pièce, je fis un bref arrêt avant d'entrer au même moment que Riley, fusil braqué vers... Mathilda qui fit tomber tout un tas de boîtes qu'elle tenait dans les mains, surprise par notre entrée pour le moins fracassante. Je la regardai un instant, n'y comprenant rien avant de poser mon regard sur la porte de l'armoire qui se tenait derrière elle : Visiblement, quelqu'un avait tiré dessus... Dans mon esprit, tout se mit en place : Elle avait utilisé son arme pour tirer sur cette armoire pour pouvoir l'ouvrir. La colère me submergea et je ne pus m'empêcher d'exploser tout en abaissant mon fusil.

-Tu es complètement malade Mathilda!

J'étais hors de moi.

-Tu te rends compte de la frousse que tu viens de nous faire?! On entend des coups de feu, alors on vient à toute vitesse pensant que tu as des ennuis mais non : Madame voulait juste ouvrir une porte!!! On n'a pas des balles à volonté je te signale! Tu aurais pu venir nous demander de l'aide au lieu de... AH!

Sur quoi, je sortis de la pièce rapidement, laissant Riley et Mathilda seuls, avant de dire des choses que je risquais de regretter. Je fulminais. J'avais eu horriblement peur pour elle... Pendant ces quelques instants entre les coups de feu et le moment où je l'avais trouvée saine et sauve... J'avais eu très peur et c'était sans doute pour cela que j'avais réagi si violemment. Sans courir, je retournai dans la pièce où nous avions commencé à remplir des cartons histoire de finir ce que nous avions commencé. Arrivé là, je me baissai pour fouiller à nouveau avant de me retourner vivement vers la porte et de regarder autour de moi : J'avais entendu un bruit. J'en étais certain. Je braquai mon fusil vers l'entrée et m'avançai doucement avant de me précipiter dans le couloir pour faire feu sur... Rien. Il n'y avait rien du tout. J'abaissai mon fusil, pétrifié par ce qui était en train de m'arriver. Ca n'avait jamais été aussi grave. Je retournai dans la pièce avant de m'assoir par terre et de m'adosser contre le mur, le regard fixé sur la porte : « Il n'y a rien. Il n'y a personne » me répétai-je, encore, et encore. Je croyais avoir vécu le pire lorsque j'avais été hospitalisé au centre pour vétérants après l'embuscade mais apparemment, je m'étais trompé.

Apparemment, le pire, j'étais en plein dedans alors que ce n'était vraiment pas le moment.
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MessageSujet: Re: Départ pour Elizabethtown - GROUPE N°2 { RILEY - SAMUEL - MATHILDA }   Mar 17 Mai - 17:24

Je n'avais jamais aimé les hôpitaux. Comme la plupart des gens, je trouvais que c'était un endroit plutôt glauque, et pas franchement rassurant. Vous me direz certainement qu'un hôpital n'est pas fait pour mettre à l'aise, mais pour sauver des vies. Ce qui était vrai. Du moins à l'époque. Parce qu'un hôpital à moitié détruit, et vide, c'est tout de même loin d'être particulièrement rassurant. D'autant plus qu'il n'était certainement plus en mesure de sauver grand monde. Ce lieu puait la mort maintenant. Au sens propre comme au figuré. Il n'était pas difficile de comprendre que bien des patients avaient été abandonnés là pendant les bombardements. Sans compter le personnel qui n'avait pas pu s'en sortir. L'hôpital avait été l'une des cibles principales des bombardements. C'était facile de faire plusieurs dizaines de victimes en lâchant une bombe dessus. Mais c'était aussi particulièrement lâche. Je n'avais jamais compris pourquoi les civils devaient être les victimes des guerres. Les dirigeants ne pouvaient-ils pas s'arranger entre eux ? Non, évidemment que non. Tous n'étaient que des poules mouillées cachées derrière le bureau, à jouer à la guerre comme des enfants de dix ans. Sauf qu'à dix ans, on ne risque pas de tuer des milliers de personnes. Rétrospectivement, cette guerre m'apparaissait comme une belle connerie. À l'époque, j'étais un peu trop... perturbé pour faire attention à la politique du moment. Cela n'avait jamais été mon truc, la politique, mais j'aurais peut-être pris mes précautions si j'avais su que je risquais de me prendre une bombe sur la tête. Au final, j'avais été l'un des rares rescapés d'un avion qui s'était pris une bombe en étant encore au sol. J'avais vraiment eu une chance de cocu – ah ah, ironie de l'expression – ce jour là.

Je pris une profonde inspiration, et j'entrai dans l'hôpital en ruines accompagné de Mathilda et Samuel. Les lieux étaient très sombres, impossible d'y voir à dix mètres. Le temps n'aidant pas à rendre l'atmosphère supportable, je fus tout de suite mal à l'aise. Non, vraiment, ce n'était pas mon truc. Mais j'ai pris sur moi et fais comme si de rien n'était, me disant que de toute façon c'était probablement la dernière fois que je mettrais les pieds dans un hôpital. Des morceaux de verre crissaient sous mes chaussures, c'était désagréable. Les murs étaient à moitié défoncés, des câbles sortaient de tous les côtés, et tout un tas de matériel était éparpillé au sol. Nous n'étions pas les premiers à venir ici de toute évidence. Mais les pillards précédents ne savaient pas quoi chercher, visiblement. Au moins Mathilda savais quoi chercher, et elle nous donnerait les indications nécessaires. Personnellement, je n'avais pas la moindre idée de ce qui pourrait être utile ou non. C'est dire, je n'aurais même pas pensé à regarder les dates de péremption sur les médicaments. Mathilda semblait savoir où elle allait. Ce n'était pas étonnant, elle avait travaillé ici. Mais j'imagine que cela n'avait plus rien à voir avec l'hôpital qu'elle avait connu par le passé. Ce devait être perturbant pour elle de revenir ici. Comme cela aurait été perturbant pour moi de retourner chez moi. Je n'osais même pas imaginer l'état dans lequel devait être mon ancien appartement. Peut-être même qu'il n'en restait strictement rien. Oh et puis je m'en fichais, je n'étais pas vraiment nostalgique de ma vie passée. Pourrie comme elle avait été, je ne regrettais strictement rien.

Nous nous sommes arrêtés dans une pièce remplie de cartons. J'ai jeté un coup d'œil autour de moi, haussant un sourcil. On aurait dit une espèce de réserve miniature. Remplie de je ne sais trop quoi. Perdu dans mes pensées, je redescendis sur terre lorsqu'on me colla brusquement un carton dans les bras. Et Mathilda nous suggéra de ranger la dedans tout ce qui n'était pas fragile. Pour ma part, je rangeai dans mon carton plusieurs bouteilles en plastiques remplies d'alcool à 90, ainsi que des boites de compresses et de pansements. Je pris aussi plusieurs instruments chirurgicaux que je jetai en vrac dans le carton. Je ne savais pas si ce serait particulièrement utile, mais comme elle et Katarina étaient chirurgiennes, elles en auraient certainement l'utilité. Et puis cela ne coutait rien, ce n'était pas si c'était réellement un poids supplémentaire. Je quittai mon carton des yeux lorsque Samuel s'adressa à moi. Je pris une inspiration pour répondre à sa question, mais je refermai rapidement la bouche, pour secouer bêtement la tête. Je ne savais absolument pas où Mathilda était passée. J'eus un claquement de langue agacé en me redressant, mon carton à la main. Il fallait vraiment qu'elle cesse de n'en faire qu'à sa tête ! Je levai les yeux au ciel en soupirant. Bon, pas de panique, elle ne devait pas être partie bien loin... J'eus un sursaut et je manquai de laisser tomber mon carton en entendant plusieurs coups de feu. Les yeux écarquillés, j'échangeai un regard avec Samuel, et en moins de deux je posai mon carton par terre, avant de prendre mon arme en main. D'un geste sec je la chargeai, avant de suivre Samuel le plus silencieusement possible. J'étais brusquement très inquiet. Nous n'avions pas besoin d'un affrontement supplémentaire. Je contrôlais ma respiration le plus possible, même si mon coeur battait à tout rompre. Je n'étais pas un soldat comme Alexander ou Samuel, et même si je savais me servir d'une arme assez bien, je n'avais pas le sang froid nécessaire pour faire face à des situations de crise. La preuve : quand j'avais sauvé la vie à Alexander, au lieu de tirer sur mon opposant, mon premier réflexe avait été de me jeter derrière Alexander pour lui éviter de prendre la balle. Ce n'était pas courageux, c'était carrément con.

Samuel et moi avons déboulé dans la pièce, armes pointées et prêtes à faire feu... sur Mathilda. Ouvrant grands les yeux, je baissai mon arme immédiatement, tout en cherchant à comprendre ce qu'il venait de se passer. C'était en fait très simple. Ne voyant pas comment ouvrir une armoire fermée à clé, Mathilda avait simplement vidé son chargeur sur le cadenas pour le faire sauter. Ce n'était pas très malin, ni très discret, mais au moins c'était efficace, à en juger par le résultat. Je soupirai, me passant une main dans les cheveux, soulagé. Bien, personne n'était là, et personne n'allait nous descendre. Enfin, normalement, si personne ne se ramenait, alerté par tout ce vacarme. Rassuré, j'allais faire demi-tour pour retourner chercher mon carton, mais Samuel explosa de colère après Mathilda, la taxant de malade et j'en passe. J'admets que je suis resté complètement stupéfait, je ne pensai même pas à m'écarter de son chemin lorsqu'il sortit en trombe de la pièce. Pendant une bonne minute je suis resté là, à échanger un regard plus qu'interloqué avec Mathilda. J'ai soupiré.

« Je vais aller le calmer. Récupère ce que tu peux et retourne avec les autres. Je me charge de lui. »

J'ai commencé à faire demi tour, puis je me suis retourné vers Mathilda d'un coup.

« … Tu as vidé ton chargeur ? »

Je ne pris pas vraiment la peine de répondre, je glissai ma main dans la poche de mon jean et en ressortis quelques balles. J'en avais toujours sur moi, et Alexander s'était arrangé pour nous donner grosso-modo le même calibre d'armes. Je tendis les balles à Mathilda et je sortis rapidement de la réserve, sur les traces de Samuel. Je pris une profonde inspiration. Pas de panique. J'avais été en mesure de gérer Alexander furieux, j'avais su gérer un Ethan plus bas que terre, je devrais pouvoir m'en sortir avec Samuel. Du moins je l'espérais. Nous n'avions pas le temps de nous taper dessus, nous devions avancer. Il fallait que nous trouvions un endroit pour passer la nuit également, et cet hôpital ne ferait pas l'affaire, c'était évident. Voilà pourquoi il fallait empêcher une crise et se remettre en route rapidement. Mais tout cela ne dépendait pas de moi, mais de Samuel. Avec précaution, je m'introduisis dans la pièce où nous avions laissé nos cartons avant de courir vers Mathilda. Cette scène avait un drôle arrière goût de déjà-vu pour moi. J'avais pratiquement trouvé Ethan le même état, dans la réserve de la Communauté. J'avais totalement improvisé ce jour là.

Je suis bêtement allé m'accroupir à côté de Samuel. J'ai eu une grimace. Il fixait la porte, comme si je ne sais quoi allait surgir brusquement. Je me suis autorisé à poser ma main sur son bras.

« Est-ce que tout va bien ? Ce n'était rien, Samuel, juste un peu de... de... D'accord, c'était particulièrement stupide. Mais pourquoi te mettre dans un état pareil ? Il n'y a rien de grave... »

Oui, bon, pas vraiment efficace. J'ai soupiré devant ma stupidité.

« Écoute, je sais que je ne suis pas le mieux placé pour jouer les confidents ou te faire la morale, mais si quelque chose te tracasse, si tu veux parler, je suis prêt à t'écouter, quand bien même je serais le dernier type à qui tu voudrais parler. Mais il faut que nous avancions, nous ne pouvons pas rester ici plus longtemps. Ce serait dangereux. »
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Mathilda Johnson

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MessageSujet: Re: Départ pour Elizabethtown - GROUPE N°2 { RILEY - SAMUEL - MATHILDA }   Mer 25 Mai - 16:12

Après un bref soupir, j’attrapai une nouvelle boite et en vérifiai la date de péremption avant de la laisser dans le casier avec une grimace. Dix-huit mai 2011, presque un an déjà ; Celle là n’était plus bonne, or administrer des médicaments périmés à un patient était très grave et pouvait causer de nombreux problèmes. Inutile de se décarcasser à ce point si c’est pour faire ce genre de sale travail par la suite. Replongeant dans mes recherches, j’eus de nouveau un soupir en remarquant que la quasi-totalité de l’armoire expirait en 2011, et décidai d’en changer en emportant mon carton avec moi. Comment allions-nous bien pouvoir porter trois cartons en plus de tout ce que nous avions déjà ? Les jours à venir promettaient d’être particulièrement longs et fatiguant, mais au moins nous aurions de quoi nous soigner à l’arrivée, surtout que je ne savais absolument pas si notre destination se trouvait à proximité d’un hôpital. C’était possible, mais ce dernier ne serait sans aucun doute jamais aussi grand que le Medical Center, alors autant en profiter. Voilà à quoi je songeais lorsque brusquement la porte de la réserve s’ouvrit, et que déboulèrent dans la pièce deux hommes comme des diables sortant de leurs boîtes. Je sursautai, lâchant tout ce que je tenais entre mes doigts. Qu’est ce que.. ? Je mis trois bonnes secondes pour comprendre qu’il ne s’agissait que de Riley et Samuel, qui, d’une manière incompréhensible, me visaient avec leurs armes. Inutile de vous dire que j’eus une peur bleue, mon cœur battant soudainement à un rythme effréné, apeuré face à l’idée de devoir bientôt s’arrêter. Je me rendis compte que j’avais retenu mon souffle uniquement au moment où ils baissèrent leurs armes et dès lors, j’inspirai profondément comme à la suite d’une interminable apnée qui me laissait à bout de souffle. Pour le moment, je ne parvenais pas à réfléchir, comprendre ce qu’il venait de se passer et finalement, je n’en eus pas le temps puisque Samuel se mit soudainement à hurler. J’étais… malade ? Il venait de débouler comme un dingue dans une réserve abandonnée en me visant avec son fusil et c’était moi la malade ? Je fus tellement surprise que j’en restais sans voix, ce qui ne me ressemblait absolument pas. En même temps, ce n’était pas tous les jours que Samuel et Riley débarquaient à l’infirmerie en brandissant leurs armes dans le but de me tuer, n’est ce pas. Et heureusement d’ailleurs. A peine eus-je ouvert la bouche pour répondre que Samuel hurla de nouveau, ne me laissant donc pas le temps d’expliquer quoi que ce soit. Une nouvelle fois, j’en restais sans voix. Sauf que cette fois-ci, en plus de l’étonnement, la stupeur et la surprise, la colère s’insinua rapidement en moi. Comment osait-il me parler sur ce ton ? Comment osait-il ne serait-ce qu’élever la voix face à moi ?! Rappelons que j’avais une bonne quinzaine d’années de plus que lui mais surtout que je n’avais rien fait de mal, et même si, je ne pouvais tolérer son attitude.

Me redressant rapidement, je m’apprêtai à répliquer lorsqu’il sortit à toute allure de la pièce dans laquelle nous nous trouvions, me laissant avec Riley. Mais… Mais… Quel con ! Cette fois-ci, je vis carrément rouge. Non seulement il me faisait une peur bleue, mais en plus il me parlait sur un ton on ne peut plus irrespectueux, et maintenant il fuyait en me laissant là ?! Je me demandais sérieusement pour qui Samuel se prenait, et même si en général je parvenais à contrôler mes sentiments, même si je maîtrisais fort bien l’art des apparences, je ne pu m’empêcher de l’insulter à haute voix. Ce n’était vraiment pas mon genre d’être vulgaire mais il venait de dépasser les bornes, et ce parce que ? J’avais tiré, oui, et désolée de ne pas avoir attendu Musclor pour ouvrir ces foutus cadenas ! Calme. On se calme, ça ne te ressemble pas Mathilda. Ceci dit, je dois bien avouer que je tolérais très mal que l’on me manque de respect, surtout en sachant que cela n’arrivait que très rarement car tout le monde savait, sentait, que je faisais partie de ces personne qu’il ne fallait surtout pas titiller sous peine d’en récolter les conséquences. Mieux vaudrait pour Samuel qu’il soit entrain de se préparer à ces conséquences, car je n’allais certainement pas laisser passer. A qui croyait-il parler ? L’épicière du coin ? Devrais-je lui rappeler que sans moi, sans moi ils ne seraient qu’une bande d’insectes grouillants à la merci de la première infection, de la première blessure ? Non, il ne s’agissait pas là d’un excès de mégalomanie mais bon sang, après tout ce que j’avais fait pour la Communauté, j’estimais mériter le respect. Surtout que Samuel semblait avoir la mémoire bien courte, sans moi son cher et tendre serait déjà aussi froid qu’une pierre tombale… J’inspirai un grand coup en ramassant ce que j’avais laissé tomber. Nous étions tous sur les nerfs mais cela ne justifiait pas une telle attitude, je n’en démordais pas, et comptais bien obtenir des excuses. Riley m’annonça à ce moment qu’il allait tenter de calmer Samuel, puis me demanda de retourner dehors avec le reste du groupe. J’hochai simplement de la tête, non sans un soupir, laissant tomber une boîte de médicaments dans mon carton. Voilà, grâce à Samuel notre visite à l’hôpital était écourtée, il pouvait être fier de lui. Sans doute serait-il le premier que j’irai voir lorsqu’un enfant viendra me voir en pleurant et que je ne pourrais lui administrer quoi que ce soit qui le soulagerait, ou que Liam rechutait brutalement sans que je ne possède de quoi le soigner. Il pourrait bien, comme il l’avait déjà fait, s’énerver contre moi à ce moment là, me coller sur le dos l’état dramatique de Liam mais ce ne serait pas de ma faute. Ca serait la sienne.

Alors que je le croyais déjà sortis, Riley me demanda alors si j’avais vidé mon chargeur. J’y jetai un rapide coup d’œil, constatant que non. Il ne me restait plus beaucoup de balles, mais si jamais quelqu’un débarquait j’en aurais toujours bien assez pour le renvoyer d’où il venait, je suppose. Sans attendre ma réponse, Riley farfouilla dans la poche de son jeans et m’en donna une petite poignée. Je le remerciai alors d’un sourire, et reportai mon attention sur le contenu de mes casiers. On pouvait dire tout ce qu’on voulait de Riley, que c’était un bon à rien, un arrogant, un mauvais garçon, personnellement j’avais de l’affection pour lui. Il ne faisait pas toujours bien, c’est sûr, mais il essayait au moins, surtout depuis quelques temps. A présent, et bien que je le sache sous pression, il parvenait à conserver la tête froide et agir avec intelligence, ce qui n’était pas le cas de tout le monde… Vraiment pas le cas de tout le monde. Je secouai doucement la tête tout en attrapant une boîte à la recherche de sa date de péremption. Et ainsi de suite. Mon carton se rempli assez vite, contenant tout un tas de choses dont rien n’était fragile, suivant donc mes propres instructions. Pour ce qui l’était, en revanche, je tâchais de trouver une petite place dans mon sac à dos, calant par exemple plusieurs flacons de morphine entre mes vêtements afin qu’ils ne se cassent pas. Au bout d’une dizaine de minutes je me relevai, balayant du regard l’ensemble de la pièce. J’avais pris les choses les plus importantes, les plus courantes, mais il en restait encore beaucoup que j’aurais bien voulu rapporter avec moi. Je savais cependant que mon carton devait déjà être lourd, en eus la confirmation en le soulevant, et fus raisonnable : Si je n’étais pas capable de le porter tout durant le trajet, il ne servait absolument à rien de le remplir davantage que cela, surtout que je prévoyais de prendre d’autres choses, ailleurs. Ainsi, je sortis de la réserve, mon carton dans les bras, et revins à la pièce dans laquelle j’avais laissé Riley et Samuel précédemment. En dépit des ordres de ce premier, je ne comptais pas sortir de l’hôpital dès à présent, il y avait encore certaines choses dont j’avais absolument besoin et que j’étais certaine de trouver rapidement en cherchant à un endroit précis. Alors plutôt que de m’y rendre directement, je pris la peine de les rejoindre, déposant mon carton à l’entrée de la pièce.

« Je dois encore récupérer du matériel chirurgical, je vais descendre. Enfin, si mes gardes du corps n’y voient pas d’objections. »

Je haussai un sourcil tout en lançant un regard glacial à Samuel. Non, je n’avais absolument pas oublié son magnifique pétage de plombs de tout à l’heure, et ne comptais pas passer dessus si rapidement. D’ailleurs, mon agacement ne fut que plus grand lorsque je les vis tout deux effectuer un mouvement pour se relever et me suivre. Même si c’était moi qui leur avais demandé de m’escorter, il n’y avait de toute évidence aucune menace ici, et donc pas besoin de me suivre à la trace dans tout l’hôpital. Je levai les yeux au ciel tout en faisant volte face, revenant sans trop de difficultés vers le grand hall d’entrée. Sentant de toute manière leurs présences dans mon dos, je ne pris pas la peine de me retourner pour cette fois vérifier que je n’avais pas semé Riley et Samuel, descendis rapidement les escaliers pour me diriger vers son opposé. Ce ne serait pas une partie de plaisir. Je pris un couloir, puis un second, ne prêtant pas attention à l’état des lieux, pour finalement emprunter un nouvel escalier. Descendant les marches avec rapidité, je me retrouvai rapidement dans un nouveau couloir beaucoup plus sombre en raison de son absence de fenêtre. Nous étions déjà sous terre, et la faible lumière provenant des quelques néons encore en état de marche ne rendait pas l’atmosphère plus chaleureuse, bien au contraire. En même temps, il n’y avait absolument aucune raison de se réjouir, car nous allions pénétrer l’endroit le plus glauque de tout l’hôpital. Arrivée devant une énième porte, la dernière avant ce que je cherchais, je me retournai pour faire face à Samuel et Riley. J’eus un petit soupir avant de sortir d’une de mes poches un petit pot de Vix VapoRub que j’avais trouvé dans la réserve quelques instants plus tôt. Je l’ouvris, glissai mon doigt dedans et m’approchai sans plus d’explications d’eux avant de leur en coller chacun une bonne dose sous les narines. Ils me lancèrent un drôle de regard tandis que je réitérai l’opération pour moi-même.

« Vous me remercierez plus tard. »

En effet, ils allaient finir part me remercier, car cette pommade était la seule que je possédais capable de couvrir l’odeur d’une morgue non réfrigérée. Je refermai rapidement de pot, le glissai dans ma poche, puis ouvris la porte et entrai sans attendre. Malgré tout, j’eus une grimace de dégoût puis un mouvement de recul, mon dos percutant le torse de Samuel ou Riley, qu’importe. Il ne s’agissait déjà pas d’un endroit particulièrement agréable avant la guerre, je ne m’y rendais que lorsque j’en avais l’obligation et c’était quasiment la même chose pour tous les médecins de l’hôpital. Une pièce froide pleine de cadavres, ça ne donnait envie à personne. Pourtant, ces souvenirs n’avaient absolument rien de comparables avec la vision d’horreur qui venait de me frapper de plein fouet. Non seulement l’odeur surpassait de loin la pommade, mais il y avait des corps, des corps à l’air libre. Allongés sur leurs tables, abandonnés lors des bombardements sans doute, et dans un état de décomposition absolument atroce. Peut-être que la pièce était restée froide un bon moment encore après la guerre, sans cela nous n’aurions eu qu’un tas d’os sous les yeux et très sincèrement, c’était ce à quoi je m’attendais. En voulant venir ici je n’avais pas pensé une seconde me retrouver face à… Ca. Même si ma vie entière avait été peuplée « d’horreurs », de sang, d’organes, de scies et j’en passe, j’eus soudainement envie de vomir car cela n’égalait en rien ce que je voyais à présent. Des restes de corps couvert de vers blancs, énormes, qui bougeaient dans tous les sens en se régalant de leur repas. Voilà ce à quoi nous faisons face, tous les trois. Voilà ce qui nous glaçait sans doute autant les uns que les autres. Inutile de vous dire que je dû énormément prendre sur moi pour inspirer profondément en dépit de la puanteur et reprendre contenance. J’avais besoin de matériel. Juste de ça, et nous partirons. Alors, en évitant soigneusement de trop m’approcher des tables, je me dirigeai vers les rangements divers et farfouillai à l’intérieur quelques instants. Mes gestes étaient rapides, frénétiques, j’avais beau être courageuse et savoir garder la tête froide, je ne pouvais pas supporter ce spectacle sans ciller. Plusieurs instruments atterrirent rapidement dans mon carton, la plupart étant extrêmement dangereux et coupants. J’allais tellement vite, et d’une manière si désordonnée, que je fis tomber tout un tas de choses au passage, ouvrai et refermai les placards, les armoires, les tiroirs, jusqu’à ouvrir celui de trop. Ouvrir celui qui n’en était pas vraiment un, et dont la différence ne m’avait, dans mon emportement, même pas frappé. Je venais d’ouvrir un frigo et, voulant chercher ce que contenait se prétendu tiroir, avait posé ma main en plein dans… Dans… Mon coeur loupa un battement. J’eus l’impression de vivre la scène au ralentis : Je repliai mon bras, le sortis de ce trou, observai ma main. Ma main étrangement rouge bordeaux, étrangement humide, étrangement gluante… Je lâchai un cri d’effroi tout en m’essuyant sur mon jeans, faisant un bond en arrière. J’eus un mouvement de recul effroyable en apercevant le cadavre qui se trouvait dans le fond de ce même frigo. Une seconde plus tard, j’étais déjà revenue vers Samuel et Riley, avais quitté la pièce, refermé la porte et embarqué mon carton à présent plein d’objets glauques et morbides. Je m’appuyai un bref instant contre afin de ne pas tomber dans les pommes tant l’odeur m’était montée à la tête. C’était absolument ignoble, mais au moins, si jamais je devais pratiquer une amputation, j’aurais de quoi le faire le plus proprement possible… J’eus un profond soupir de lassitude car même si nous avions effectivement besoin de ce que j’étais allée chercher, cela ne rendait pas l’épreuve plus facile à accepter pour autant. Nous venions tous de vivre un moment d’horreur et le pire, c’est que j’avais l’impression que ce n’était pas fini.

Et j’en eus la confirmation une seconde plus tard. Je n’eus même pas le temps de reprendre mon souffle ou prononcer un mot que la porte de rouvrit. Bêtement, je jetai un regard aux deux autres qui se trouvaient en face de moi et n’avaient, ducoup, pas pu ouvrir la porte… Cependant, lorsque je croisai leurs regards, lorsque je vis leurs visages changer radicalement d’expression et que je sentis un bras s’enrouler autour de mon cou, je su qu’il y avait quelqu’un d’autre avec nous. Et je su que cette escapade nous coûterait cher. Sans que je ne puisse effectuer le moindre geste, on me tira violement en arrière, me traînant de force dans la morgue tout en m’étranglant. J’aurais voulu hurler, mais ne le pouvais pas, et mes ongles qui s’enfonçaient désespérément dans cette peau violente ne changeait absolument rien au supplice auquel je semblais être destinée. Surtout que plus on me traînait, plus je voyais Samuel et Riley s’éloigner, plus je voyais leurs visages se décomposer… Naturellement, oui, j’étais plutôt courageuse. Mais en cet instant, j’étais aussi pétrifiée et apeurée qu’une enfant de dix ans lors d’un orage. On me lâcha finalement, me permettant de respirer de nouveau et dès lors, j’eus une crise de toux frénétique mais tentai malgré tout de reprendre mon souffle. Je ne comprenais absolument rien à la situation, tout allait si vite… Je ne comprenais rien mais lorsque je sentis le canon d’une arme se poser tout contre ma tempe, je cessai le moindre geste, arrêtant de nouveau ma respiration.

« Un geste et j’la bute ! »

J’eus un petit sursaut, me mordant la lèvre inférieure de toutes mes forces pour ne pas hurler. Jamais on ne m’avait menacé avec une arme à feu. Jamais je n’avais été si près de mourir. Jamais je n’avais vécu quoi que ce soit d’aussi violent et brutal. Pourtant je savais, je sentais, qu’il ne fallait pas que je panique. Rester calme, calme, calme, j’en étais capable en toute situation. J’en étais capable. J’en étais capable. Je fermai brièvement les yeux pour ne plus croiser les regards de Samuel et Riley et pointaient toujours leurs armes sur mon agresseur, n’osant cependant pas tirer. En même temps, il se tenait dans mon dos, collé contre moi, combien de chance qu’ils réussissent à le toucher lui et non pas moi ? Je devais me concentrer et tenter de conserver mon calme. Il fallait absolument que je conserve mon calme. Alors, après quelques secondes, j’ouvris de nouveau les yeux mais n’osai esquisser un geste de plus.

« D’accord, d’accord, on a compris. Qu’est ce que vous voulez ? »

Ma voix me parut horriblement faible en dépit de tous mes efforts pour demeurer la tête hors de l’eau. Il appuya un peu plus le canon contre ma tempe et malgré moi, j’eus un nouveau sursaut d’horreur.

« Pourquoi vous êtes là ?! Vous, vous voulez quoi ? Hein ? On aime traîner dans les morgues ? Toi bouge pas ! »

Doucement, je relevai mon regard vers Riley, puis vers Samuel. Même si je n’en trouvais pas, j’avais espéré puiser du soutien et du courage dans leurs yeux.

« Je suis médecin, j’avais besoin de matériel. C’est tout… On va s’en aller maintenant.
- Ah non j’crois pas ! »

Il m’agrippa par le bras puis me força à me relever, son arme ne me visant soudainement plus. J’eus un bref moment de soulagement avant de comprendre que s’il ne me visait plus moi, il visait en réalité Samuel et Riley, se tenant toujours bien à l’abri dans mon dos. En gros, je me retrouvais pile entre trois hommes qui se menaçaient mutuellement avec leurs armes et cela n’avait, comme vous pouvez l’imaginer, absolument rien de confortable. Est-ce que j’allais mourir, là, dans une morgue atroce ? L’ironie du sort je suppose. Est-ce que Riley et Samuel allaient mourir, là, pour avoir voulu me sauver ? J’osais espérer que non. J’osais espérer que nous allions nous en sortir, même si tout pour le moment laissait présager le contraire. L’homme qui me tenait toujours le bras me serra avec un peu plus de force, si bien que j’en grimaçai de douleur.

« On va passer un accord, ok ? OK ?! J’ai besoin d’un médecin, et toi t’as besoin de vivre, alors tu fais ce que j’te dis et tout se passera bien. OK ?! »

Il me secouait comme un prunier, m’extirpant ainsi un petit hochement de tête qui signait mon accord. J’allais m’occuper de lui, et il allait nous laisser partir. Voilà. C’est tout. C’est tout. Le calme parvint de nouveau à se faire une petite place en moi lorsque l’homme finit par me lâcher, visant cependant toujours mes amis, pour finalement me tendre son autre bras, qui lui était bandé. J’hésitai une seconde avant de poser mes doigts sur le bandage et l’ôter afin d’observer ce qu’il souhaitait tant que je soigne, et qui au final représentait notre seule chance de survie, ou du moins la mienne. Malgré la puanteur de la pièce, j’eus la très nette impression que la plaie empestait également et finalement, cela ne m’aurait absolument pas étonnée puisqu’il s’agissait d’une belle infection. Enfin belle… En admettons que l’on aime le jaune et le rouge, bien sûr. Ceci dit, me concentrer sur cette blessure me permit au moins de reprendre tout à fait contenance, car il était clair que si personne ne s’en occupait rapidement, l’homme allait finir par en mourir ; Autrement dit, il avait absolument besoin de moi et ne risquait sans doute pas de me tuer. Après quelques secondes d’observation durant lesquelles mon nouveau patient prenait toujours le soin de se cacher bien derrière moi, évitant ainsi les balles, j’hochai doucement la tête avant de me reculer volontairement quand bien même sa main m’agrippa fermement le bras : Pas besoin de cachette, personne ne tirerait.

« L’accord est simple : Je vous soigne, vous nous laissez partir. Personne, je dis bien personne, ne va tirer donc vous pouvez baisser votre arme.
- Ah ouais, et eux ils la baissent pas ?! »

J’eus un léger regard vers Samuel et Riley.

« On a un accord, ils le respecteront. Baissez ça. »

Ma voix avait retrouvé son calme froid, posé, déterminé. Généralement on m’écoutait lorsque je promulguais conseils mais force était de constater que cette fois échappait à la règle. Après quelques secondes d’hésitation, il m’agrippa beaucoup plus violemment et me colla à lui tout en glissant le canon de son arme contre mon cou. Je serrai les dents, tâchant de conserver ce calme que j’avais acquis quelques secondes auparavant et qui risquait de m’être indispensable. J’eus un léger soupir.

« Très bien, visez moi, mais lâchez moi au moins. Je ne peux rien faire comme ça. »

La réaction fut immédiate, il me rejeta tout en me visant toujours, puis me colla son bras sous le nez.

« Alors, c’est quoi ?
- Infection. Vu le stade, je présume que ça vous brûle dans le bras entier et que vous allez mourir dans moins de deux semaines si on ne vous ampute pas. Pour l’instant, on peut encore réussir à soigner ça. »

Vu le regard qu’il me jeta, il ne s’attendait sans doute pas à se pronostic brutal. En même temps, je n’avais pas l’intention de prendre des pincettes avec lui, quand bien même il soit sur le point de me tuer. De toute façon, il était condamné sans moi, et sans doute le comprenait-il fort bien à présent. J’effectuai un pas en arrière, puis deux, lorsqu’il m’ordonna en hurlant de ne plus bouger. Rapidement je lui expliquai ce dont j’avais besoin pour soigner son infection, lui désignait les trois cartons abandonnés près de la porte, et terminai par m’y diriger d’un pas rapide et sûr. Je passai entre Riley et Samuel, les ignorant, pour finalement m’agenouiller près des cartons et en sortis tout un tas de choses. En toute sincérité, je ne donnais pas cher de sa peau même après avoir reçu mes soins tant l’état de la plaie laissait à désirer, mais je pouvais au moins essayer d’arranger les choses, de toute manière je n’avais pas vraiment le choix. Je ne pouvais pas lui annoncer de but en blanc qu’il allait mourir, sans quoi il m’aurait immédiatement descendu. Finalement, je revins à lui et commençai par passer une paire de gants, ignorant l’odeur nauséabonde des corps qui se trouvaient seulement à quelques mètres de moi. Si seulement il n’y avait eu que l’odeur… La vue était sans doute bien pire mais je n’y prêtai pas attention. Doucement, j’entrepris de lui administrer un antidouleur pour qu’il ne sente rien, puis soupirai en me reculant quelque peu, attendant que l’antidouleur face effet. De toute ma vie jamais je n’avais dû m’occuper d’un patient dans une telle situation et en toute sincérité je ne savais vraiment pas comment allaient se terminer les choses. L’atmosphère semblait comme figée, l’air solide dans mes poumons et sans doute dans ceux de mes comparses également. Une seconde, je me demandais comment ils se sentaient, eux, comment ils géraient ça mais finalement, ce devait être à peu près aussi catastrophique que moi. La seule différence étant que pour le moment je parvenais à conserver un certain sang froid qui me permettait d’agir presque normalement, le plus rapidement possible afin d’en finir. J’eus un soupir en jetant un coup d’œil à ma montre, relevant par la suite mon regard vers cet homme inconnu. Il était terriblement sale, son visage boursouflé et rouge, trempé de sueur. De toute évidence avoir deux armes braquées sur lui ne le rassurait pas vraiment, mais en même temps, qui l’aurait été ? Il aurait mieux fait de demander calmement de l’aide au lieu de faire tout ce cirque. Quoi que, je l’aurais sans doute superbement envoyé sur les roses… De nouveau, je soupirai avant de regarder son bras de plus près.

« Vous vous êtes fait ça comment ?
- Une balle. »

Je haussai un sourcil.

« Je suppose qu’elle n’est pas ressortie… »

Il secoua la tête en signe de négation, ce qui ne fit qu’amplifier mon profond scepticisme. Comment étais-je censée soigner ça ? On n’attend pas des semaines avant de se faire enlever une balle, surtout si la plaie vire au jaune pus… Bon. Même si je ne voyais pas très bien comment j’allais m’y prendre, je pouvais toujours tenter de retrouver la balle mais maintenant qu’il avait bougé dans tous les sens, ce serait presque mission impossible. Surtout que certains tissus étaient déjà entrain de pourrir… Malgré tout, j’attrapai une pince et entrepris de chercher à tâtons, n’y voyant de toute manière absolument rien. Retirer la balle maintenant ne lui sauverait pas la vie, c’était quasiment certain, mais si ça pouvait lui faire croire le contraire, je comptais bien jouer le jeu. Il eut un profond soupir et reporta son regard sur Samuel et Riley par-dessus mon épaule. Sans doute cela le dégoûtait-il, et très sincèrement il n’était pas le seul. Toujours est-il qu’au bout d’un certain moment il reprit la parole, beaucoup plus calmement qu’auparavant.

« Vous êtes qui ? ‘Fin j’veux dire, vous venez d’où comme ça ?
- Harlem. »

Il hocha stupidement la tête, regardant toujours par-dessus mon épaule.

« Et pourquoi vous avez besoin d’une scie ? »

Je relevai mon regard vers son visage, réalisant qu’il observait le contenu de mon carton dans lequel j’avais jeté tout un tas de choses quelques secondes plus tôt.

« On a une fille à amputer là-bas. Une jambe. »

Après une légère grimace de dégoût il jeta un bref coup d’œil à son bras dans lequel je cherchais toujours puis détourna aussitôt le regard.

« C’est pas du joli-joli hein…
- Disons que se faire enlever la balle immédiatement évite ce genre de problème.
- Pas le temps.
- On vous a attaqué ?
- Nan, enfait j’étais du côté de ceux qui attaquent. Mais on s’est prit une méchante raclée. »

Je dû énormément prendre sur moi pour ne pas broncher. S’il parlait vraiment de ce à quoi je pensais, il risquait de se prendre une balle entre les deux yeux dans les quelques secondes à venir, et très sincèrement je n’aurais rien fait pour l’empêcher. J’affectai de prendre un air détaché et haussai doucement les sourcils.

« Règlement de compte entre bandes opposées ?
- Ouais, on peut dire ça. Le grand patron qui pète un câble et nous envoie dératiser l’coin, moi j’veux bien, mais c’pas mon boulot d’habitude. Alors j’me fais trouer le cul pour rien, surtout qu’on a même pas réussi notre coup. ‘Fin vous voyez c’que j’veux dire.
- Non, pas vraiment. »

J’eus l’imitation exacte d’un petit sourire forcé tout en relevant les yeux vers lui, puis me penchai de nouveau sur la plaie. Je ne trouvais pas cette foutue balle, et au fond n’était pas tout à fait certaine de vouloir la trouver. L’espace d’une seconde, j’eus envie de me tourner vers Samuel et Riley, me demandant s’ils avaient compris que cet homme n’était autre qu’un Hors la loi, mais m’abstins : J’étais toujours au milieu d’eux, je ne tenais pas particulièrement à me faire tuer parce que d’un coup ils auraient compris que nous nous trouvions face à un de ceux qui ont voulu nous exterminer quelques semaines plus tôt.

« A Harlem vous êtes pénards au moins. Vous vivez où ?
- Un petit appartement encore en état… »

Son regard devint soudainement beaucoup plus soupçonneux, se reportant sur Samuel et Riley ; Est-ce qu’il sentait le mensonge ?

« Et c’est lequel de vous deux qui la baise ? »

J’eus un petit rire pour combler le silence en constatant que ni l’un ni l’autre ne répondait et lâchai finalement d’une voix faussement malicieuse :

« Les deux. »

Un bon rire gras répondit à mes paroles tandis que mon visage se refermait déjà. A présent qu’il semblait avoir compris qu’on ne le tuerait pas s’il n’avait pas de geste violent envers moi, il paraissait beaucoup plus détendu, serein. En confiance. Je sentis soudainement quelque chose de dur frôler la pince et l’attrapai, avant de le retirer. Sans plus de manières je laissai tomber la balle par terre et eus un bref soupir.

« Quelle merde ! Enfoiré d’Alexander ! »

Un vent d’air glacé sembla parcourir la pièce, j’en frissonnai, relevant doucement mon regard vers lui. Il n’y avait plus aucun doute sur son identité, ni la manière dont il s’était fait tiré dessus. Cette balle était l’une des nôtres, et ce type avait peut-être tué certains de nos amis. Il interpréta mal mon regard.

« Ouais, c’compliqué. C’est le chef de la bande qu’on a attaqué parce qu’ils nous tapaient sur le système, mais ils nous ont foutu dehors vit’ fait et notre grand chef à nous est furax maint’nant. Quoi que, j’ai une bonne info pour lui, ça va le calmer direct… Faut juste que j’sois encore vivant d’ici là. »

Ma voix ne devait pas trembler. Elle ne devait pas trembler. Pas trembler.

« Une info ?
- Ouais, ouais, ouais… Un bon truc, en plus. J’crois qu’ils se cassent, j’ai vu un groupe de gens de là bas partir vers le nord, ducoup ça nous facilite vachement la prochaine attaque. »

Je dû prendre une profonde inspiration pour ne pas lui arracher les yeux.

« Si y’en a qui partent, ils seront moins nombreux pour se défendre et on les aura tous. M’enfin bref, vous vous en foutez vous, vous êtes pas dans ces histoires. »

Après quelques secondes de silence, je me reculai d’un pas tout en tendant mon doigt droit devant ses yeux. « Suivez mon doigt du regard. » Concentre toi sur autre chose et laisse moi reculer pour qu’ils t’abattent avant que tu n’ailles répéter quoi que ce soit, concentre toi. Ses yeux suivirent mon doigt tandis que je le bougeai de droite à gauche, faisant mine de rechercher quelque chose dans la réaction que cet exercice aurait pu provoquer, puis reculai d’un nouveau pas. Plus qu’un et je ne serais plus du tout devant lui. Plus qu’un et je ne serais plus en danger. Plus qu’un, que j’effectuai avec lenteur. Et les coups de feu fusèrent immédiatement. Le type s’écroula lamentablement au sol sans avoir eu le temps de comprendre ce qu’il lui arrivait, de mon côté je laissai échapper un profond soupir d’épuisement. Oui, j’étais épuisée tant mon corps subissait une pression incroyable depuis quelques minutes. J’avais l’impression de n’être plus qu’une vieille serpillière que l’on aurait tordu dans tous les sens tant mon corps tout entier me faisait souffrir, mais cela n’avait aucune importance en comparaison de la frayeur que j’avais eu, sans parler de la colère et l’indignation. Au bout de quelques instants je me repris néanmoins et sans un mot, enjambai ce nouveau corps pour récupérer le matériel que j’avais sortis du carton. Je l’y reposai en ignorant toujours Samuel et Riley, attrapai le mien et me retournai vers eux. Ma voix fut glaciale.

« Vous l’avez entendu comme moi, il pourrait il y avoir une nouvelle attaque. Je rentre à la Communauté pour les prévenir et me rendre utile au cas où il y aurait de nouveaux blessés. »

Mon regard dévia légèrement de Riley vers Samuel, et très soudainement toute la colère que je ressentais depuis le moment où il m’avait traité de malade ressurgit, si bien que je ne pu me retenir d’exploser. Je ne savais pas vraiment pourquoi, mais en cet instant je sentais qu’il me serait impossible de couvrir les apparences par mon masque habituel.

« Quant à toi, espèce de… ! »

Je lâchai le carton et m’avançai vers lui, pointant un index menaçant sous son nez.

« Ne me parle plus jamais comme tu l’as fait tout à l’heure, c’est clair ?! JAMAIS ! Tu n’es qu’un sale con ingrat ! Sans moi Liam serait déjà mort depuis longtemps, alors n’ose plus jamais dire que je suis malade parce que je te jure que la prochaine fois que tu taperas à ma porte, tu pourras aller te faire voir, et Liam avec ! S’il y avait eu des médicaments susceptibles de le soigner dans ces foutus casiers tu n’en aurais absolument rien eu à foutre que je les défonce avec une arme à feu ou qu’on ai pas de balles à volonté, hein ?! Mais de toute façon tu t’en fous déjà, le seul truc qui cloche avec toi c’est qu’il n’a même pas voulu te voir avant ton départ et tu nous le fais payer à nous. Sauf que tes histoires de cul ne te donnent pas le droit de m’agresser sans raison, connard ! »

Me reculant brutalement, je repris mon carton d’un geste brusque.

« J’emmerde les ordres d’Alexander, c’est clair ? Alors toi tu la ferme, et toi tu vas te faire foutre ! »

Je désignai premièrement Riley, puis Samuel, et assez soudainement trois mots s’imposèrent dans mon esprit :

Stress.
Post.
Traumatique.
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MessageSujet: Re: Départ pour Elizabethtown - GROUPE N°2 { RILEY - SAMUEL - MATHILDA }   Jeu 2 Juin - 22:52

[Il est tard donc il est possible qu'il y ait des fautes mais j'éditerai demain s'il y en a ^^"]

Je leur aurais peut-être rendu service si je les avais laissé là, pendant qu'il en était encore temps. Je leur aurais peut-être évité d'autres problèmes si j'avais pris la fuite et si j'avais décidé de poursuivre mon chemin tout seul. J'aurais dû le faire... Pour leur propre bien... Seulement voilà, j'étais un soldat et quand on est un soldat, peu importe l'état dans lequel on peut se trouver. Peu importe les doutes, les difficultés, les souffrances : On n'abandonne pas les siens et Mathilda et Riley faisaient partie des miens... Ils faisaient partie des gens que je voulais protéger et que je voulais amener sains et saufs. Je n'étais plus vraiment moi-même, j'étais presque une épave mais si je pouvais au moins rendre service et leur éviter de se faire tuer... Oui, si ça au moins je pouvais le faire... Mais il est vrai qu'en cet instant, je n'arrivais même plus à penser à tout cela. Non, j'étais bien loin, pétrifié par un ennemi invisible, pétrifié par ma paranoïa, pétrifié par ce que j'étais devenu ou plutôt redevenu... Aussi, quand Riley vint s'installer par terre à côté de moi, je ne bronchai pas, me contentant de fixer encore et encore cette porte d'où pourtant ne venait aucune menace. Lorsqu'il posa sa main sur mon bras, je sentis le contact mais n'y prêtai pas attention, incapable de détacher mon regard de la porte. Quant aux mots de Riley, je les entendis sans même prendre la peine d'y répondre. Lui parler de ce qui me tracassait ? C'était absolument hors de question car cela risquait de poser des problèmes : Il n'avait pas besoin de savoir ce qui me passait par la tête et puis de toute façon, pour être tout à fait honnête, je n'étais pas certain de réussir à mettre des mots sur ce que je traversais, sur ce que je ressentais... J'avais mis beaucoup de temps à réussir à parler au centre de vétérans alors... Je ne risquais pas de tout balancer à Riley, comme ça, d'un seul coup. Je n'y étais tout simplement pas prêt. Je parvins malgré tout à enfin détourner mon regard de la porte pour le poser sur Riley. Ce qu'il vit sur mon visage ne le rassura sans doute pas vu le regard qu'il me jeta. Il avait cependant raison sur un point : Nous ne devions pas rester ici car c'était trop dangereux. Ca, j'étais prêt à l'admettre. De toute façon, j'avais pensé qu'entrer dans cet hôpital avait été une mauvaise idée alors je n'allais certainement pas m'opposer à en sortir.

C'est à ce moment-là que Mathilda nous rejoignit. Je tournai mon regard vers elle, sans dire un mot et me rendis compte qu'elle avait l'air passablement énervée : Il fallait bien avouer que j'avais été très loin avec elle. J'avais été odieux et agressif à l'image de la façon dont je l'avais traitée quand j'avais découvert le véritable état de Liam. Liam... Non, je ne devais surtout pas penser à lui maintenant. Je devais garder mes sentiments morts, inexistants si je voulais pouvoir réussir à continuer... J'étais déjà mal au point et si mes sentiments refaisaient surface, je risquais de ne pas le supporter et de... De tout abandonner. Je me redressai donc et repris mon fusil en main : Oui, nous étions ses gardes du corps et oui, nous allions la suivre et ce, peu importe l'endroit où elle comptait se rendre. Ca, ce n'était absolument pas négociable, et j'avais beau être complètement à côté de mes pompes, ça, j'avais bien l'intention de m'y tenir. J'aurais préféré que nous quittions tout de suite les lieux mais elle était décidée à poursuivre les investigations et étant donné la crise que j'avais piqué quelques minutes auparavant, il était absolument hors de question que je conteste sa décision de continuer les recherches. Alors, nous nous mîmes en route et je repris mon rôle et observai les alentours avec attention. En fait, avec trop d'attention, comme quelques instants auparavant : J'étais toujours autant sensible au moindre bruit, au moindre petit mouvement, à la moindre ombre me paraissant suspecte. En fait, c'était probablement mon comportement qui devait paraître suspect mais mes deux compagnons d'infortune étaient sans doute trop occupés par leurs propres affaires pour se rendre compte de la façon dont je me comportais. C'était en tout cas ce qu'au fond de moi j'espérais car je n'avais pas envie qu'on me demande une nouvelle fois ce que j'avais. Oh et puis si, demandez moi et je me ferai un plaisir de vous répondre que cet endroit est un véritable coupe gorge et que si je suis autant stressé c'est parce que je ne le sens pas du tout. Mais alors, pas du tout...

Nous nous retrouvâmes une nouvelle fois dans le grand hall avant de poursuivre notre route et de descendre des escaliers qui ne me plaisaient absolument pas. J'avais l'impression que nous nous enfoncions dans un piège dont nous ne pourrions pas sortir si jamais nous venions à être agressés. Quand on est militaire et qu'on est sur le terrain, on sait qu'il faut avoir une longueur d'avance sur l'adversaire et surtout être en position de force si on veut pouvoir s'en sortir vivant et croyez-moi : S'enfoncer dans les méandres d'un hôpital abandonné où il n'y aurait qu'une seule issue était loin de nous donner l'avantage, bien au contraire. On aurait tout aussi bien pu être en contre bas avec des tireurs embusqués au-dessus de nous dans tous les coins que ça n'aurait pas été plus dangereux que ce que nous étions en train de faire. Mais j'étais trop docile pour protester alors, je suivis, sans un mot, prêt à réagir au moindre problème tout en étant parfaitement conscient que nous augmentions les risques en nous éloignant ainsi du hall et donc de la sortie. Laissez-moi vous dire que le couloir dans lequel nous arrivâmes ne fit que renforcer ce mauvais pressentiment et cette impression d'être pris au piège : Sombre, pas une fenêtre... Nous étions sous terre, littéralement faits comme des rats. Ma vigilance et donc ma paranoïa n'en fut malheureusement que plus grande... Tout en restant sur mes gardes, je poursuivis ma route en suivant les deux autres et surtout en essayant de bien me repérer, juste au cas où... Alors que j'observais autour de nous, je vis Mathilda s'arrêter et fis donc de même, tout comme Riley. Nous étions devant une porte et, allez savoir pourquoi, je savais que je n'allais pas aimer ce qui se trouvait derrière. Comment je le savais ? La tête que faisait Mathilda était un élément assez révélateur en fait. Elle soupira avant de sortir quelque chose de sa poche : Un pot de Vix VapoRub. Merci mais, je ne suis pas malade... Alors... Seulement, Mathilda n'était pas du genre à laisser le choix et avant même que nous ayons eu le temps de dire quoi que ce soit, elle nous avait collé ses doigts pleins de Vix sous le nez pour nous le faire renifler et pour en mettre un petit tas sur notre peau juste en dessous du nez. Elle fit de même pour elle avant de nous annoncer que nous allions la remercier pour ça. C'est alors que mon regard se reporta une nouvelle fois sur la porte et je compris : J'étais passé par ce genre de petit stratagème même si à l'époque nous n'avions pas utilisé de Vix pour cacher l'odeur. Je soupirai avant de lever les yeux au ciel : Elle allait nous faire entrer dans la morgue.

La morgue.

Sincèrement, mais qu'est-ce qui pouvait bien lui passer par la tête ? Elle était médecin, elle devait bien se rendre compte de l'état dans lequel nous allions trouver les corps qui se trouvaient sans doute encore à l'intérieur... Sans parler du fait qu'une fois à l'intérieur, nous allions vraiment être pris au piège en cas d'attaque. Non, là, franchement, on ne pouvait pas faire pire... Mais elle était le médecin, et si elle avait décidé d'y aller, c'était sans doute parce qu'elle cherchait des choses utiles pour la suite. Oh bon sang... Je n'arrivais pas à croire que nous allions faire ça et pourtant... Un instant plus tard elle avait ouvert la porte et sans même être entré dans la pièce, l'odeur m'agressa les narines jusqu'à brûler ma gorge. Et encore, il y avait le Vix pour atténuer l'effet... Mon fusil toujours contre l'épaule, j'observais l'intérieur de la pièce pour m'assurer qu'il n'y avait rien mais la visibilité n'était pas terrible même si, malheureusement, on en voyait suffisamment pour avoir du mal à supporter la vue. Les corps étaient dans un état de décomposition bien avancée et le spectacle était difficile à regarder. J'en avais vu des choses, des cadavres, des gens en morceaux mais ça... Je dois bien avouer que j'en avais la chair de poule. Et le pire ? Finalement ce n'était pas tant l'odeur ou l'état de ces corps... Non, le pire, c'était qu'ils avaient tous été abandonnés là... Pas de sépulture, pas de cérémonie, rien... J'étais croyant, pas pratiquant, mais je croyais en quelque chose après la mort. Est-ce que je croyais en Dieu ? Je n'en étais pas sûr... J'avais vu et fait tellement de choses condamnables par la Bible et par l'Eglise... Mais oui, la vie après la mort, j'aimais y croire. J'aimais croire au repos de l'âme, à la vie éternelle dans un endroit baigné de lumière où toutes les douleurs auraient disparues, où on pouvait enfin être en paix. Mais ces âmes... Les âmes de ces gens que l'on avait abandonnés là... Pouvaient-elles seulement trouver ce repos, cette paix ? Alors que leurs corps étaient souillés de cette façon ? Abandonnés de cette façon ? Non... Je n'arrivais pas à croire qu'elles aient trouvé le repos et, allez savoir pourquoi, c'est cela qui me toucha le plus. Et pendant que Mathilda se dépêchait de ramasser tout ce dont elle avait besoin, c'était à cela que je pensais. A ces corps ainsi qu'à tous les autres qui devaient probablement traîner dans d'autres endroits de New York et un peu partout sur la planète. Tout ces corps dont personne ne s'était occupé... Toutes ces âmes... Qu'étaient-elles devenues ? Est-ce qu'elles erraient, d'un endroit à un autre trop blessées pour pouvoir trouver leur chemin ? Quelle idée de penser à ce genre de trucs à un moment pareil, alors que le danger rôde, alors que le danger guette. Oui, si je n'avais pas pensé à ça, si j'avais été attentif bien avant que Mathilda ne pousse un cri d'effroi parce qu'elle avait apparemment touché quelque chose de répugnant... Oui, si j'avais été attentif avant ce moment-là, j'aurais vu cette ombre bouger. Si j'avais tendu l'oreille, j'aurais entendu cette faible respiration. Si j'avais fait attention, je me serais rendu compte que nous n'étions pas seuls. Au moment où il fallait que je sois prudent, au moment où je devais être paranoïaque, j'étais trop perdu dans mes questionnements spirituels pour l'être.

Ironique, n'est-ce-pas ?

Bientôt, nous fûmes dehors et je n'en étais pas mécontent. Je cessai de me poser des questions sans réponses et me remis à observer les alentours pendant que Mathilda s'appuyait un instant contre le mur. Puis, tout se passa très vite : La porte s'ouvrit dans un fracas, je fis volte face et sentis une colère calme et froide se glisser en moi au moment où je braquais mon fusil sur un type qui tenait à présent Mathilda en otage. Riley était dans la même position que moi, prêt à tirer. Il fallait vite analyser la situation : Le type semblait assez nerveux ce qui était très mauvais. En général, ce genre de type avait la gâchette facile et le coup risquait de partir sans même qu'il ne l'ait réellement voulu. Premier gros problème donc. Le type en question ou plutôt devrais-je l'ennemi puisque c'était ce qu'il était, un ennemi à abattre, entraîna Mathilda avec lui à l'intérieur de la morgue et nous ne les quittâmes pas des yeux sans cesser de le viser. Il était à présent plus loin de nous et il pouvait à tout instant refermer la porte : Deuxième gros problème. Ses menaces étaient typiques et je n'avais pas l'intention de bouger, du moins pas tout de suite, pas tant que je n'aurais pas terminé d'analyser la situation pour trouver le meilleur moyen de le descendre sans prendre trop de risques envers Mathilda. Je dis « trop de risques » car malheureusement, le risque zéro n'existait pas. La situation pouvait tourner au drame, il suffisait d'un instant pour ça. Je l'avais déjà appris à mes dépens. Je fixai l'ennemi, l'observai avec intensité mes yeux allant et venant sur son bras, sa main, ses jambes, son torse, son visage... Il était malin : Il s'était bien planqué derrière Mathilda. Il fallait être lucide : En cet instant là, en cet instant précis, je n'avais absolument aucun moyen de lui tirer dessus dans toucher Mathilda. J'allais donc devoir attendre le bon moment, le moindre mouvement de sa part qui allait me permettre de trouver une brèche et de tirer : Une seule balle suffirait. Je fus surprise d'entendre Mathilda prendre la parole : Elle avait une arme braquée sur sa tempe et trouvait malgré tout le courage de demander à l'ennemi ce qu'il voulait. Cette femme était incroyable... Cependant, notre ennemi ne semblait pas décidé à parlementer, au contraire. Il appuya un peu plus son arme contre la tempe de Mathilda et mon arme à moi avança de quelque centimètres : S'il allait trop loin, j'allais devoir essayer de le tuer plus rapidement que prévu, au risque de blesser grièvement Mathilda, voir pire...

Il était très énervé et ça n'était pas bon du tout. Un type trop nerveux était dangereux, j'en étais la preuve vivante. Il dut sentir un mouvement de ma part ou peut-être aussi de Riley mais en tout cas, il nous ordonna une nouvelle fois de ne pas bouger. Nous étions bloqués. Mathilda essaya encore une fois de le calmer, de discuter mais il n'était vraiment pas décidé et j'avais peur qu'elle ne le rende encore plus nerveux avec ses tentatives vouées à l'échec. J'eus un bref mouvement négatif de la tête pour essayer de lui intimer de se taire mais elle n'y prêta pas attention. J'avais cependant tort d'avoir peur puisqu'a priori, l'ennemi sembla intéressé par ce que venait de dire Mathilda. Il l'attrapa violemment par le bras et la força à se relever en cessant de la viser : Du coup, il nous visa Riley et moi. Bien. Beaucoup mieux. Il ne manquait plus que le bon axe et j'allais pouvais l'abattre. Peut-être que Riley avait déjà plus de chances de ce côté là mais étant donné qu'il ne tira pas, il était sans doute dans la même impasse que moi. Finalement, le type annonça qu'il était prêt à négocier : Il avait besoin d'un médecin alors il suffisait que Mathilda lui obéisse pour que tout se passe bien. Mensonges. A la moindre occasion, quand elle aurait terminé de l'aider, il allait tout faire pour la descendre et nous avec. Cependant, si cela pouvait nous permettre de gagner du temps et surtout de trouver le bon moment pour en terminer avec lui, il fallait tenter le coup. C'était mettre Mathilda en danger mais finalement, nous n'avions pas vraiment le choix. Mathilda accepta et commença à observer la plaie. Pendant une fraction de seconde j'observai Riley et en croisant son regard, je compris qu'il était vraiment dans la même situation que moi : Aucune possibilité de lui tirer dessus pour le moment. Bien. Nous allions donc attendre, guetter... Guetter pendant que Mathilda allait le soigner. Guetter pendant que Mathilda allait lui dire que personne n'allait tirer et que nous allions baisser nos armes. Attendez... Quoi ? Ah non, ça... Non... Elle nous regarda droit dans les yeux avec ce visage résolu qu'on lui connaissait si bien et j'eus un bref mouvement de tête, de refus bien sûr : Non, je n'allais pas baisser mon arme et heureusement, Riley n'était pas plus décidé que moi. On pouvait négocier ce qu'elle voulait, sauf ça. L'ennemi n'aima pas notre attitude et empoigna une nouvelle fois Mathilda avec force : Il était décidément très doué pour se servir d'un bouclier humain. C'était lâche, et je détestais les lâches... Mais, contrairement à lui, Mathilda n'était pas une lâche et si la situation n'avait pas été si dramatique et dangereuse, j'aurais eu un sourire après ses dernières paroles : Il n'y avait qu'elle qui avait assez de courage pour oser balancer à un type qu'il pouvait continuer à la viser mais qu'il devait la lâcher pour qu'elle puisse s'occuper de son arme.

Si, en cet instant, j'avais été capable de penser à ce genre de choses, j'aurais probablement pensé que si j'avais aimé les femmes, j'aurais aimé une femme comme Mathilda. Mais mes pensées n'étaient pas tournées vers ce genre de réflexions : Elles me viendraient bien plus tard. Beaucoup plus tard.

Elle fut claire, directe, froide, comme à son habitude. Elle n'avait pas de bonnes nouvelles pour l'ennemi mais c'était bien le cadet de mes soucis : Je cherchais toujours la faille pour pouvoir en finir une bonne fois pour toutes. Elle se recula, s'en suivit de nouveaux hurlements avant qu'elle ne nous contourne pour aller chercher du matériel. Il la visa toujours, elle... Les choses auraient été tellement plus simples s'il avait, à ce moment-là, dirigé son arme sur l'un d'entre nous. Mais non... Cet enfoiré visait toujours Mathilda et c'était sur elle que le coup risquait de partir si nous tentions quoi que ce soit. Elle finit par revenir vers lui et commença à s'occuper de son bras tout en taillant un petit brin de causette qui allait très vite nous apprendre plus sur lui. Alors comme ça, il s'était pris une balle qui était toujours à l'intérieur de son bras. Les plaies par balles étaient particulièrement douloureuses et je le savais pour être déjà passé par là. Il devint soudainement plus curieux et commença à poser des questions auxquelles Mathilda s'empressa de répondre avec toujours autant de calme et de froideur. Elle mentait... Bien sûr qu'elle mentait : Il était hors de question de lui dire la vérité sur notre identité car nous ne savions pas à qui nous avions à faire. Et bientôt, nous ne tardâmes pas à le savoir. Ma mâchoire se crispa lorsqu'il entra dans les détails sur la façon dont il s'était pris cette balle et ma poigne se resserra autour de mon fusil : C'était un Hors La Loi. Un de ceux qui avaient participé à l'attaque. Un de ceux qui avait tiré sur des hommes, des femmes, des enfants... Un de ceux qui était venu « dératiser » ?... Quel enfoiré... Quel putain d'enfoiré... Peu importait ses questions et les réponses de Mathilda. Qu'elle se dépêche... Qu'elle fasse vite... Qu'elle trouve un moyen de se pousser pour que nous puissions en finir.

« Et c’est lequel de vous deux qui la baise ? »

Quoi ? Qu'est-ce qu'il venait de dire ?... Mathilda eut un léger rire avant de répondre « Les deux » ce qui ne me choqua parce que je savais qu'elle essayait de sauver notre peau en poussant le mensonge aussi loin que possible. Il était vraiment pourri jusqu'à la moelle... Mathilda était toujours en train de trifouiller à l'intérieur de la plaie quand soudain, elle eut un geste vif et retira ce qu'il semblait être la balle ou en tout cas, ce qu'il devait en rester. Il devait y avoir encore quelques fragments à l'intérieur de son bras mais ça, il n'avait pas besoin de le savoir. Je pris une profonde inspiration pour essayer de me calmer quand il insulta Alexander avant de s'expliquer, devant un regard probablement étrange de Mathilda. La suite fut intéressante : Alors comme ça, il avait une information pour Armando ? Une information qui allait le calmer ? Voyez-vous ça... Effectivement, il fallait encore qu'il soit vivant d'ici là mais c'était malheureusement exclu : Les minutes lui étaient comptées. Mathilda poussa le peu de chance que nous avions jusqu'au bout en lui demandant quelle information il possédait et il ne se fit pas prier : Il annonça qu'il était au courant de notre départ et que le voyage allait rendre plus facile leur prochaine attaque. Des larmes de rage me montèrent aux yeux et je dus faire un effort monstrueux pour me contenir. Puis, le moment arriva. Le moment que nous attendions. Le moment où Mathilda allait nous offrir cette fameuse brèche pour pouvoir en éliminer l'ennemi. Un simple geste de recul, un index qui se lève comme fait n'importe quel médecin pour s'assurer que les fonctions cérébrales sont toujours en bon état. Un nouveau pas en arrière avec le doigt toujours tendu. Puis un dernier et ce ne fut pas une balle, mais plusieurs que je tirai sur lui exactement au même moment que Riley. Jamais, de toute ma vie, je n'avais ressenti autant de haine. J'avais tué... J'avais tué pendant la guerre, j'avais tué des Hors La Loi pour protéger la personne que j'aimais le plus au monde mais je n'avais jamais exécuté quelqu'un de sang froid de cette façon, avec acharnement. Il était mort et j'en étais particulièrement heureux. Oui, pour la première fois, j'éprouvais un véritable plaisir à avoir provoqué la mort de quelqu'un. Ce n'était cependant que la partie visible de l'iceberg : Le contre coup n'allait pas tarder à arriver, je ne m'en rendais juste pas compte. J'abaissai finalement mon fusil tandis que Mathilda enjambait le corps, ou en tout cas ce qu'il en restait, pour récupérer son matériel avant de se retourner vers eux. Sa voix fut glaciale, plus que ce à quoi je m'attendais. Elle voulait rentrer à la Communauté pour prévenir les autres d'une éventuelle attaque mais les ordres d'Alexander avaient pourtant été clairs : Nous devions continuer. Je n'eus cependant pas le temps de lui dire quoi que ce soit qu'elle se transforma en véritable furie et pointa son index son mon nez en explosant par rapport au comportement que j'avais eu un peu plus tôt.

Oui, elle explosa littéralement de colère.

Ses mots furent pires que des lames de couteau : Tranchants, blessants, douloureux. Elle parla de Liam, chose à ne pas faire étant donné l'état dans lequel je me trouvais car cela fit brusquement tout remonter à la surface. Sa maladie, la mort qu'il avait frôlée, mon éloignement, le fait que nous n'avions pas pu nous dire au revoir... Non, en fait, c'était pire : Il n'avait pas du tout voulu me voir. Je le savais, plus ou moins mais là... Le dire de cette façon, en cet instant, alors que j'étais au bord du gouffre sans même le savoir, c'était trop. Beaucoup trop. Plus que ce que j'étais finalement capable de supporter. J'étais au bout. C'était terminé. J'avais tué pour plusieurs raisons et là, j'avais exécuté cet homme en y prenant du plaisir et quand bien même on pouvait juger qu'il méritait de mourir, ça ne justifiait ce que j'avais pu ressentir. J'étais un tueur. Je ne valais finalement pas mieux que lui, Mathilda avait raison. J'étais égoïste. Il était clair que si elle avait dû défoncer l'armoire pour aider Liam, j'aurais moi même utilisé mes propres munitions pour y arriver si cela avait été possible. Alors oui, j'étais un connard ingrat et égoïste. Un connard qui n'avait réussi qu'à éloigner l'homme qu'il aimait le plus au monde. Un connard qui avait été incapable de protéger Mathilda et Riley au moment où ils en avaient eu le plus besoin. Juste un connard. Alors que me restait-il ? Rien. Plus rien. Le geste fut fluide, rapide, mécanique, instinctif. Je retournai le fusil contre moi et le collai contre mon menton. Tout alla très vite : Le coup partit mais aucune balle ne me traversa, une main ayant poussé le fusil au dernier moment. En tournant mon regard, je me rendis compte qu'il s'agissait de Riley qui me regardait avec un air pétrifié : Putain... Même mon propre suicide, j'étais incapable de le faire correctement... Je restai un moment sans bouger, sans rien dire, puis je lâchai mon fusil et me reculai contre le mur en observant Riley et Mathilda qui me fixaient toujours avec des yeux ronds. Ma voix fut basse et me parût encore plus éteinte qu'auparavant.

-Tu devrais le prendre Riley.

Dis-je en désignant d'un bref geste de la tête le fusil qui se trouvait par terre.

-Je...

Voudrais que tu m'achèves.

-Je vais chercher les cartons...

Sur quoi je me décollai du mur et m'avançai dans le couloir, sans ajouter un mot de plus. J'aurais préféré ne rien ressentir. J'aurais préféré rester une machine. J'aurais préféré que mon cœur reste mort, mais il était bel et bien vivant, et il battait, encore et toujours pour Liam. Il battait et chaque battement me faisait horriblement mal. Serrant la mâchoire, mordant ma lèvre, je pleurai en silence alors que je remontais vers le hall d'entrée avant de retourner jusqu'à cette fameuse pièce où nous avions laisser les cartons, ne cherchant même pas à savoir si Mathilda et Riley me suivaient ou non. Tout ce que je voulais, c'était récupérer les cartons pour lesquels nous avions pris tant de risques et sortir de cet endroit maudit. Tout ce que je voulais, c'était retourner dehors et rester seul. Tout ce que je voulais, c'était continuer notre chemin et arriver à destination pour pouvoir... Je n'en avais pas la moindre idée. Je ne savais pas ce que j'allais faire, si j'allais seulement faire quelque chose. Alors que mes mains se refermaient autour des cartons pour les empiler, j'étais dans le flou le plus total : Me restait-il seulement quelque chose à faire une fois là-bas? Ce n'était pas pour rien que j'avais abandonné, que j'avais eu ce geste... Pour la première fois de ma vie, j'avais réellement abandonné... Même à la mort de Jason j'avais continué à vivre, pour lui. Mais là... C'était différent. Tout était différent. Je n'étais plus le même homme.

J'étais blessé.
J'étais écorché.
J'étais brisé.
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