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 Départ pour Elizabethtown - GROUPE N°4 { ARISTIDE - DIANE }

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Katarina K. Jones
In the shadow of your heart.
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MessageSujet: Départ pour Elizabethtown - GROUPE N°4 { ARISTIDE - DIANE }   Sam 26 Fév - 10:42

GROUPE RP NUMERO 4 :

Ordre de postage : ARISTIDE DIANE

Présence d'une dizaine de PNJs à prendre en compte ( ou non ^^ ). Ils partent une semaine après le troisième groupe. Groupe le moins important, transportant peu de choses pour aller plus rapidement.

Le trajet jusqu'à Elizabethtown prend un peu moins d'une semaine à pieds.

Détails à prendre en compte : La température à l'extérieur de la ville est basse, et la neige couvre encore une bonne partie des lieux.

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« AND HE TOOK HER IN HIS ARMS AND KISSED HER UNDER THE SUNLIT SKY,
AND HE CARED NOT THAT THEY STOOD UPON THE WALLS IN THE SIGHT OF MANY. »

— J.R.R. Tolkien.
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Aristide Tetropoulos
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MessageSujet: Re: Départ pour Elizabethtown - GROUPE N°4 { ARISTIDE - DIANE }   Jeu 3 Mar - 12:21

« Je ne dormais plus. Je ne dormais plus, plus, plus. Avec l’insomnie plus rien n’est réel, tout devient lointain. Tout est une copie, d’une copie, d’une copie. »

Fight Club – Chuck Palahniuk

Assis sur le lit, je regarde Diane s’affairer à ranger nos affaires, les plier avec soin comme si cela allait changer quelque chose. Je suis à deux doigts de m’endormir, elle bouge si vite que mes yeux se fatiguent à la regarder. Soudain elle me pousse, et récupère notre couverture avant de la plier elle aussi et la fourrer dans un grand sac. Je me rassois. Je la regarde. Quelle foutue connerie. Rien qu’une putain de connerie.

L’attaque que nous avions subis aggravait très sérieusement mon cas : Je ne parvenais plus à fermer l’œil des nuits entières. Il m’était possible de glaner quelques heures de sommeil uniquement lorsque mon corps criait à l’épuisement et se mettait en veille, de lui-même, n’importe où et n’importe quand. A table, sous la douche, pendant que je gardais les enfants : Il suffisait d’une seconde pour que je ne sombre, et ne me réveille quelques minutes plus tard, une ou deux heures après avec un peu de chance. Comment aurais-je pu fermer l’œil maintenant que je sentais cette menace constante peser sur nous ? J’avais vu des hommes, des hommes qui avaient peut-être touché ma sœur, des hommes qui avaient tué certains d’entres nous. Personnellement, je n’en avais tué aucun. Avec cette femme qui torturait Lyzee lorsque je l’avais trouvé, j’estimais avoir assez de sang sur les mains, et n’aurait pas supporter en porter davantage. Alors j’avais couru, j’avais cherché Diane, et inconsciemment j’avais cherché Gabrielle aussi. Mais nous nous en fichons. Après ça j’avais passé mon temps à m’occuper de ma sœur qui, pour mon plus grand désespoir, avait été blessée. Encore. Je n’en pouvais plus. J’étais constamment sur les nerfs, constamment tendu et sur la défensive. Ou alors à demi endormis, prêt à m’écrouler comme la loque que j’étais. Les conditions de vie dans la communauté ne m’avaient jamais parues aussi difficiles qu’après cette attaque, même ici nous n’étions plus en sécurité. Même ici il fallait rester sur ses gardes et regarder par-dessus son épaule, au cas où. Nous sortions peu de notre chambre avec Diane, d’une part car elle devait se reposer (je l’exigeais en tout cas), d’autre part parce que je devenais de moins en moins sociable. Simplement m’asseoir dans la salle à manger et les regarder, tous, avec leurs visages niais, entendre leurs conversations stupides, me donnait la nausée. La plupart du temps j’accompagnais Diane car désormais il m’était impossible de la laisser seule, sans rien manger pourtant, à moins qu’elle ne m’y oblige d’un regard. Si vous connaissiez ce regard plein d’autorité, vous pourriez comprendre pourquoi je lui obéissais si facilement. Je n’éprouvais en même temps pas vraiment l’envie de l’énerver ou lui créer de nouveaux soucis. Tout ce que je voulais, c’était que tout s’arrange, qu’elle aille mieux rapidement. Que quelqu’un m’arrache le cœur.

Pourtant ce départ ressemblait à mes yeux à une grosse blague. N’étant plus au fait des nouvelles dans la communauté j’avais été avertis par ma sœur, haussant pour seule réponse les sourcils d’un air blasé. Je supposais qu’il ne s’agissait que d’une lubie d’Ethan, l’homme sans doute le plus fou et le plus paranoïaque de cette communauté, et pourtant je n’avais pu nier l’évidence en voyant un premier groupe de personnes s’en aller, emportant leurs affaires et leurs gentilles petites familles. Ainsi, nous déménagions. Pour tout vous dire, j’espérais qu’Alexander allait venir me voir bientôt, m’attraper par le bras et me cracher au visage qu’il ne voulait pas que je fasse partie du voyage, que j’allais crever en solo ici et que c’était bien fait pour moi. Je l’aurais sans nul doute embrasser de bonheur. Car non, je ne voulais pas partir. Et oui, je m’en contre foutais de leur connerie de déménagement. Comment allions-nous faire pour transporter tout ce que nous possédions à des kilomètres de là, et qu’est ce qui nous attendrait une fois que nous y serions ? Je n’aimais pas l’idée de partir à l’aveugle, avec pour seuls guides Alexander et Riley, personnes en lesquelles ma confiance n’était pas vraiment inébranlable. Il y eut une première vague de départ, puis une deuxième, laissant à chaque fois la communauté un peu plus vide, à mon grand malheur. Les couloirs de moins en moins fréquentés, les salles communes peu à peu désertées, tout ça aurait sans doute m’emplir de joie et pourtant je ne parvenais pas à sourire de quoi que ce soit. Elle était encore là, et mes chances de la croiser augmentaient de plus en plus. Kaylhen, en revanche, était partie, emportant Lyzee avec elle. A cette pensée quelque chose pinçait mes entrailles sans que je ne puisse réellement mettre de nom dessus. Peut-être un peu de peur, ou de manque. On m’avait dit que le trajet prenait un peu moins d’une semaine. Une semaine… Il pouvait leur arriver tellement de choses en une semaine. Je ne parvenais pas à envisager quoi que ce soit de négatif pourtant. A l’heure qu’il était elles devaient être arrivées à bon port, sans embûches, sans problèmes. Arrivées. Point.

J’eus un soupir lorsque Diane vida un tiroir de plus de notre commode pour en ranger le contenu dans un nouveau sac. Aujourd’hui, c’était à nous de partir. Sans que je n’aie à lui dire quoi que ce soit j’étais persuadé qu’elle avait compris que je préférais rester là, quitte à crever de faim tout seul. Pourtant, jusque là, elle n’avait formulé aucun reproche. J’aurais voulu lui annoncer « Diane, vas-t-en, je reste. Je m’en fou de tout ça. Sois heureuse ! » Mais ce n’était pas possible. Alors je me taisais. Je demeurais immobile et muet des journées entières, perdu dans mes sombres pensées, priant pour une misérable heure de sommeil qui atténuerait mes supplices. J’avais même hésité à aller voir Mathilda pour qu’elle me donne quelque chose mais sans nul doute en aurait-elle touché un mot à Diane, or je ne le voulais pas. Et puis, pourquoi me donner des médicaments à moi, simplement parce que je ne parvenais pas à trouver le sommeil, tandis que des dizaines de personnes blessées en avaient besoin ? Il y avait de véritables nécessiteux et ça, Mathilda n’aurait certainement pas manqué de me le rappeler. Je portai une main à ma bouche, baillant. Mon épuisement semblant sans bornes, comment aurais-je pu faire le voyage ? Une semaine, à pieds, dans le froid… Car malgré notre vie souterraine, c’était l’hiver là-haut, et croyez-moi, l’hiver à New York ce n’est pas une partie de plaisir. Bien sûr, Central Park était lumineux, revêtit de ce manteau de neige, bien sûr, aller faire les magasins sur la cinquième, s’engouffrer dans les boutiques en laissant le vent glacial derrière nous et faire nos quelques achats de Noël, c’était le bonheur, autrefois. Maintenant les flocons tombaient sur une ville désertée, détruite, et ce froid déchirant ne soulignerait que l’absence de vie régnant sur ces rues. Je ne savais pas, vraiment… Que faire ? Au fond je crois que je n’avais pas réellement le choix : Je ne pouvais les suivre. Je ne pouvais accompagner ma sœur quand bien même elle aurait besoin de moi, cela me semblait impossible. D’une part je n’en avais pas la force, de l’autre l’envie me désertait également. Partir, très bien, mais sans moi. Et à quoi bon ? Là-bas rien ne changerait pour moi. Gabrielle serait toujours mariée à Alexander, tous me regarderaient toujours de cette manière détestable, de haut, comme si je n’étais qu’un moins que rien. Je l’étais sans doute, au final. Diane et moi étions condamnés à jouer le jeu d’un pseudo mariage, cela finirait forcément par nous peser tous deux. Le mensonge ne faisait pas partie de nos valeurs, nous avions été élevés dans un milieu franc et correct. Nos grands parents étaient des gens bien, et malgré tout j’avais la conviction d’avoir été un jeune homme bien élevé. Le père de Diane et ma mère étaient également des personnes de valeurs, ils avaient des convictions profondes. Nous ne venions décidemment pas d’un milieu de malfrats. Nous n’avions pas ça dans le sang.

Soudainement, je remarquai que notre chambre était totalement vide de tout objet personnel. Il ne restait que les meubles, et voilà tout. Nos quatre murs m’apparaissaient tout à coup beaucoup plus rapprochés, comme si la pièce avait diminué de volume. Stupide. Je manquais de sommeil. Diane observa une dernière fois la pièce avant d’ouvrir la porte et commencer à sortir nos quelques sacs, qui au final n’étaient pas si nombreux que ça. En arrivant elle n’avait pas d’affaires, et les miennes se résumaient à quelques chemises, quelques t-shirt, des jeans et des sous-vêtements. Un ou deux pulls, et voilà. Nous ne possédions aucun objet de valeur, si ce n’est la bague de notre mère que Diane portait à son doigt. Dans le couloir je vis quelqu’un passer à toute vitesse, sans le reconnaître. Sans doute une personne qui préparait déjà son départ. Nous étions l’avant dernier groupe à partir, tout le monde avait donc eu le temps de se faire à l’idée que nous partions, enfin. Nous y étions. Mais je ne voulais pas être du voyage. Je jetai un coup d’œil à la pendule accrochée au mur, devant me concentrer une bonne dizaine de secondes afin de dissocier les différentes aiguilles qui se mélangeaient sous mes yeux. Bon sang, je manquais vraiment de sommeil. Finalement, je lu l’heure et me rendis compte que nous étions déjà en retard. Il faut dire que je n’avais pas vraiment aidé ma sœur et que tout ranger lui avait pris beaucoup de temps. Les autres devaient déjà se situer à l’entrée, notre point de ralliement, paré au grand voyage. Certains devaient regarder leurs montres avec impatience, sous-entendant à voix basse qu’ils n’avaient qu’à partir sans nous, que cela n’avait aucune importance. Ils auraient eu raison. Je soupirai avant de me lever et prendre ma sœur par la taille. Je l’amenai à moi avec douceur avant de poser mes lèvres sur son front, et, calmement, lui faire mes adieux.

« Tu es en retard. »

Cette phrase, cette toute petite phrase résumait tout. Malgré son aspect anodin, elle révélait l’évidence : Je ne venais pas. Je la laissai s'en aller sans moi. Moi je n’étais pas en retard, puisque je ne partais pas. Je la vis froncer les sourcils et avant qu’elle n’ait pu dire quoi que ce soit posai un doigt sur ses lèvres.

« Tais-toi. Tu sais aussi bien que moi que ça ne servirait à rien que je vienne. Et puis sincèrement… Je n’ai plus la force de les affronter, tous, par ma simple présence. Prends soin de toi… Promets moi de faire attention. »

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MessageSujet: Re: Départ pour Elizabethtown - GROUPE N°4 { ARISTIDE - DIANE }   Mar 8 Mar - 3:33

Nos valises étaient trop petites, ce qui n’avait rien d’étonnant. Ce n’était même pas parce que nous avions beaucoup de choses à emmener : quelques vêtements, du savon, du matériel médical qu’on n’osait confier qu’à Mathilda et aux autres qualifiés. Les valises étaient petites, ce n’en était pas vraiment d’ailleurs. J’avais hérité d’un sac à dos déchiré de l’intérieur et Aristide d’un sac de voyage rose et vert qui avait dû être produit dans les années 1980. J’essayais d’entasser le tout pour que ça tienne, mais plus je poussais et plus mon épaule me faisait souffrir. Je retenais une violente envie de fondre en pleur, principalement parce que je voyais les antalgiques sur le dessus du matériel et que je savais que je ne devais pas en prendre. Enfin, je m’imposais de ne pas en prendre, même si notre charmante médecin me recommandait de me rendre intoxiquée à la morphine. Je refusais, parce que je ne voulais pas développer une accoutumance et que je pouvais m’en passer… la plupart du temps.

Je ne voulais d’ailleurs pas que mon frère se rende compte du mal, lui qui n’était déjà pas dans la meilleure forme. Depuis l’attaque, depuis que j’étais blessée, on aurait dit qu’il dépérissait sur place ce qui me laissait dans l’impression constante que j’allais revenir et le trouver en train de pleurer. J’avais peur de le laisser seul, peur de ce qu’il allait devenir s’il ne dormait plus. Parce que je ne me faisais pas d’illusions, je le connaissais trop bien. Je savais quand il feignait, je savais aussi que quand la douleur me réveillait en pleine nuit, il n’était pas toujours dans le lit. Ça m’inquiétait, parce qu’une trop grande fatigue pouvait avoir des effets catastrophiques sur sa santé. Ça m’inquiétait… parce que c’était mon petit frère qui se laissait mourir et que je ne pouvais rien y faire.

Quand finalement le tout se referma, je sentis les mains d’Aristide glisser sur ma taille et je m’accrochai à lui encore plus fort, lui cachant la grimace de douleur que cela m’arracha. J’écoutais à peine ce qu’il me disait d’ailleurs, repassant la chambre au complet de mes yeux pour vérifier qu’on n’oubliait rien. Comme s’il y avait quelque chose à oublier, dans notre maigre butin. Je fis jouer la bague à mon doigt, désespérant au fur et à mesure qu’il m’expliquait ses intentions.

Puisqu’il ne me laissait pas le choix, je sortis la seringue que j’avais cachée sous ma chemise au cas où il me ferait une sortie comme celle-là. Je le connaissais trop pour ne pas m’en douter. Il y avait toujours un protecteur sur le bout, mais ça s’enlevait très facilement.

- Je te laisse le choix, mon amour, soit tu me suis gentiment, soit je te drogue, et je te garantis que c’est efficace, et tu me suis de force.

Je ramassai les valises de mon autre main et les mis dans le corridor en faisant signe à Matthew de patienter quelques minutes encore, nous arrivions. Il retourna vers la sortie, non sans m’avoir jeté un regard noir.


- Alors, tu te décides ? Si dans 10 secondes je n’ai pas de réponse, je te l’enfonce, je t’avertis. 10…9…..8…..7…..
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Aristide Tetropoulos
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MessageSujet: Re: Départ pour Elizabethtown - GROUPE N°4 { ARISTIDE - DIANE }   Jeu 10 Mar - 17:23

Voilà, les choses étaient dites, posément, calmement. Pas besoin de crise ni de pleurs, je n’y aurais de toute manière pas survécu dans mon état actuel. Mieux valait-il que les adieux soient raisonnés que passionnés, pour une fois ma sœur allait aimer ma manière de procéder. Ou pas… Je dû faire une drôle de tête lorsqu’elle sortit une seringue de son chemisier, me demandant l’espace d’une seconde si mes yeux fatigués ne me jouaient pas des tours. La première question qui se formula dans ma tête fut : Pourquoi diable ma sœur cache des seringues dans ses fringues ? L’hypothèse de la drogue m’effleura assez lointainement, sans que je n’y crois trop, connaissant suffisamment ma sœur pour savoir qu’elle n’était pas de ceux qui y cèdent si facilement. Alors quoi ? Petite prise de sang improvisée ? Elle voulait qu’on joue au docteur – comme lorsque nous étions petits, pas la version plus perverse de cette phrase – une dernière fois ? Je pâlis instantanément lorsqu’elle m’annonça que si je ne la suivais pas, elle me droguerait. La feinte du « mon amour » me semblait bien plus sadique qu’elle n’y songeait, certainement. Diane n’allait quand même pas faire ça, Diane ne pouvait pas faire ça. J’eus quelques secondes pour y réfléchir, pétrifié, tandis qu’elle sortait une de nos valises en faisant signe à quelqu’un de nous attendre. Mes yeux ne pouvaient se détacher de ma sœur que j’observai avec un regard de poisson rouge, le genre à dire « T’es pas sérieuse, tu vas quand même pas faire ça ? » Puis le décompte commença. Dans ma tête les chiffres raisonnaient avec une force toute particulière, je ne parvenais pas à comprendre, envisager réellement que dans moins de dix secondes ma sœur allait me droguer pour que je la suive Dieu sait où. Jusqu’à 4, je ne bougeais pas d’un centimètre. Enfin, je trouvai la force de demander d’une voix un peu candide, un peu naïve :

« Tu droguerais ton propre frère ? »

Rien que son regard suffisait à constituer une réponse bien suffisante. Je soupirai bruyamment avant de regarder l’aiguille d’un œil blasé, contrarié. Bon sang… Et merde tiens ! J’avais à peu près tout prévu, sauf ça. Les larmes, les injures, les cris et les coups, j’aurais pu m’en débrouiller. Les seringues et substances étranges m’étaient bien moins familières, et en toute sincérité, représentaient une menace bien plus grande à mes yeux. Allons bon… Il devait bien y avoir une solution. Forcément, quelque part. Pour l’instant il m’apparaissait clair qu’échapper à l’aiguille serait impossible, mais peut-être que durant le trajet… Peut-être que je parviendrais à leur fausser compagnie et m’éclipser en vitesse. Après tout, il me serait facile que de les laisser en plan et retourner discrètement à la communauté. Enfin, il fallait surtout que je parvienne à détourner l’attention de Diane, qui, j’en étais à peu près certain, allait me surveiller comme un gamin de 5 ans. J’haussai un sourcil.

« Sinon, ça va toi ? Prête à partir ? »

Cette fois, je vis très clairement l’aiguille s’approcher de moi et m’éloignai le plus rapidement possible, tentant d’échapper à Diane qui se mit à ma poursuite. Je sautai sur le lit, elle à mes trousses, avant de redescendre et glisser sur un sac. Putain de sac ! Manquant de tomber, je me raccrochai à la porte avant de débouler comme un diable dans le couloir, sous le regard apeuré des gens qui nous attendaient toujours pour partir. Je me redressai alors comme je pu, attrapant Diane par la taille et souriant de toutes mes dents avant de déclarer :

« Belle journée, vous trouvez pas ? »

Si j’avais été un peu moins fatigué, j’aurais pu trouver une parade moins grotesque mais là, j’étais un peu en rade d’inspiration. Après le couple le plus improbable de la communauté, nous étions également le plus dingue aux yeux de dizaines de personnes. Félicitations ! Je toussotai de gêne avant de murmurer entre mes dents, ramassant un sac :

« On y va, mais tu me payeras le coup de la seringue. »

Sur quoi je soupirai de nouveau, passant le sac sur mon épaule. J’en pris encore deux sur mes épaules et m’avançai d’un pas peu assuré, ma sœur me poussant dans le dos, vers le point de rendez-vous de tous ceux qui s’apprêtaient à partir. Je remarquai, en dépit de mon état second, que nous étions bien moins nombreux que les précédents et que nous avions peu de choses à porter. Des sacs pour la plupart, ainsi que quelques cartons dont je ne connaissais pas le contenu. Balayant le groupe de personne des yeux, je vis Isaac qui tenait une lampe. Je sais que ce n’est pas très mature, pas très fin, mais on excusera le pauvre type délaissé de tous qui n’a pas dormis depuis une semaine s’il explose de rire en voyant un vieux tenir une lampe dans un couloir sombre. Qu’est ce que ce con foutait avec une lampe… Je sentis Diane me pincer tandis que tous les regards se posaient sur moi, au point où j’en étais je ne craignais cependant plus trop pour ma « réputation. » En plus elle était affreuse sa lampe. Isaac eut un geste un peu gêné en voyant que je le regardais, me mordant l’intérieur des joues afin de stopper ce fou rire plein de désespoir. Je voulais pas partir, je voulais pas y aller, moi, avec eux, pendant une semaine. Je m’en foutais de leurs conneries putain… Au bout de quelques instants, Matthew prit la parole pour nous expliquer que nous allions y aller et que nous avions déjà du retard. Allez savoir pourquoi, je ne pu m’empêcher de rire de nouveau. D’un petit rire nerveux même pas étouffé. Rien à foutre. Il soupira en me jetant un regard noir avant de reprendre. Nous allions passer, comme les autres, par les anciennes bouches de métros pour remonter à la surface. Il nous prévint que la température extérieure n’était pas bien élevée et nous conseilla de nous habiller. Je jetai un coup d’œil à mon pull, me disant que peut-être, j’aurais dû mettre un manteau. Peut-être. Puis il nous annonça que les hommes seraient armés, puisque nous étions plus nombreux et plus « forts ». La blague ! Je tenais à peine debout et la course poursuite dans la chambre m’avait laissé entre tout essoufflé. Aussi lorsqu’il arriva à ma hauteur, et comme aux autres me tendit une arme, j’eus un petit geste de la main.

« Pas pour moi, merci. Je risquerais fort bien de m’en tirer une dans le pied, adroit comme je suis.
- Alexander a donné des directives qu’on doit tous suivre. »

Je l’examinai un instant d’un air amusé. Oh, si le grand chef a parlé, j’allais faire ce qu’il prescrivait. Je collai l’arme dans ma poche avant de me retourner vers ma sœur qui me fusillait du regard, un grand sourire aux lèvres. Un instant je pensais de nouveau à la lampe d’Isaac et me remit à rire stupidement, mes nerfs ayant de toute façon complètement lâchés. Tous reprirent leurs sacs et leurs cartons – leurs lampes en cas d’extrême urgence – et nous nous dirigeâmes d’un pas plutôt assuré vers les sorties. Le trajet vers l’extérieur me laissa le temps de m’éloigner le plus possible de Diane, l’air de rien, préparant déjà ma fugue. Je ressemblais à un gamin, en avait conscience, mais qu’importe ? Qu’est ce que j’en avais à faire de leurs regards courroucés, de leur voyage à deux balles, de toute cette comédie ? J’en arrivais au point où je me laissais lentement, mais sûrement, mourir, alors un peu plus ou un peu moins, cela n’avait absolument aucune importance à mes yeux. Finalement, nous retrouvions dehors et comme prévu, il faisait un froid de chien. La neige recouvrait encore les environs, d’une blancheur éclatante, dérangeante. L’air glacial pénétra sans aucune difficulté mon pauvre pull et je jurai en grec, m’enfonçant dans ce sol terriblement instable. Devant moi, je vis Kate, une jeune femme que je côtoyais autrefois en toute amitié tomber, glissant avant de se ramasser copieusement la tronche par terre. Je levai les yeux au ciel puis l’attrapai par le bras pour la relever. Lorsqu’elle vit qu’il s’agissait de moi, le paria, le détestable, le mort vivant, qui l’empoignait, elle eut un geste gêné avant de me remercier à toute vitesse et accélérer le pas. Je l’observai une seconde d’un œil vide, marchant plus doucement que les autres, puis m’arrêtai.

« Hey ! Arrêtez ! »

Criai-je, d’une voix volontairement paniquée. Le reste du groupe, qui m’avait déjà devancé de quelques dizaines de mètres, s’arrêta avant de se retourner vers moi, la plupart des visages craignant ce que j’allais annoncer. Du genre « couchez vous, on est attaqués ! Vite, vite, vite, tous aux abris ! » Matthew et Stefan me lancèrent un regard assassin avant que je ne déclare d’une voix joyeuse :

« C’est joli, hein ! »

Signé Aristide Tetropoulos, complètement dingue, et assurément chiant. Mes amis, si jamais je me retrouve coincé avec vous sans possibilité de m’échapper, je vous jure que vous allez en chier. De même que je puis vous assurer sans nul doute que nous allons mettre bien plus qu’une petite semaine pour arriver là-bas. Parole de boulet.

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MessageSujet: Re: Départ pour Elizabethtown - GROUPE N°4 { ARISTIDE - DIANE }   Lun 21 Mar - 19:41

Je voyais bien qu’il ne me croyait pas tout à fait, mais c’était tant pis pour lui. Je n’hésiterais pas à faire comme il se devait pour le ramener avec moi, que ça me vaille sa haine pour les dix prochaines années ou non. Même si je savais que je m’en voudrais lourdement si son affection m’était retirée, je savais que j’aurais encore plus mal en le laissant derrière moi définitivement. Je ne lui laissais d’ailleurs pas le choix. Il me remercierait, plus tard. Je n’étais pas assez malavisée pour le laisser seul. Des plans pour qu’il fuit, qu’il aille fanfaronner devant les mafieux ou qu’il tente de se jeter en bas d’un pont. Je continuais le décompte, lui laissant l’ultime décision, mais le résultat serait le même. Mon regard ne quittait pas le sien. Peut-être ma tristesse ferait-elle la différence. 6…5….5. Enfin sa voix. Une remarque stupide, un ton que j’aurais jugé candide. Je lui adressai un petit sourire forcé.

- Tu veux peut-être parier sur le contraire ?

Le décompte, plus lent, se fait dans ma tête. Je sais qu’il va céder, mais par simple précaution, j’élimine l’air qu’il y a dans la seringue. Comme ça, pas moyen de fuir, j’allais la planter directement et on verrait bien s’il ferait le malin après. Je n’avais même pas tiqué au mot ‘’frère’’ alors que je savais très bien que si Matthew ou un autre s’approchait de la porte, nous serions démasqués. Pour le coup, ils pouvaient bien s’imaginer ce qu’ils voulaient, tous les moyens étaient bons pour que mon frangin me suive. Lui plus que les autres aurait dû comprendre que je ne pouvais pas continuer sans lui. Ne se souvenait-il pas du manque ? Et pire que tout, me retrouver dans cet asile de déments, seule avec Alexeï, à tourner en rond, sans savoir si Aristide était toujours vivant. Heureusement pour moi, son bon sens l’emporta finalement. (DANS TES DENTS HAHAHA!)

Évidemment, il avait toujours ses superbes remarques qui réussissaient toujours à m’exaspérer/me mettre en rogne/ me désespérer/m’irriter. Rayez la mention inutile. Normalement, j’aurais probablement ri de son ton complètement détaché alors que je le menaçais toujours d’une drogue, mais mes priorités avaient quelque peu évoluées ces derniers temps. Pour faire bonne figure, je rapprochai encore l’aiguille mais, agile comme un chat, il s’enfuit et se planta directement dans nos valises. Un très jeune chat, disons. Un rire clair, moqueur et complètement forcé m’échappa. J’eus à peine le temps de me recomposer un visage et de ranger mon arme de façon efficace dans le côté de mon soutien-gorge, seul endroit où il n’irait pas fourrer ses mains sans avoir ma permission écrite en dix exemplaires, qu’il me tirait déjà contre lui dans une étreinte féroce. Je me félicitai de mes réflexes de médecin pour avoir remis la sureté sur l’aiguillon, parce que c’était moi qui me droguait à coup sur vu le choc. Je souris à nos compagnons de voyage et m’avançai, certain qu’Ari pourrait prendre les valises seul, puisque le joli mari que j’avais ne laisserait jamais sa femme blessée porter de si gros poids.

- Je n’essaierais pas, si j’étais toi. Qui sait ce que je cache d’autre, hé ? C’est pour ton bien, de toute façon.

Le pire, c’est que même en ayant accepté, il allait continuer à me rendre la vie difficile. C’était bien mal me connaître que de penser que ça finirait par fonctionner. Pour chaque coup foireux qu’il me ferait, je lui en ferais deux. On verrait bien lequel d’entre nous en aurait plein les bras en premier. Qui avait parlé de maturité de toute façon ? Mon frère avait manqué ce bout-là, trop occupé à rire d’un pauvre gars avec une simple lampe. En roulant des yeux, je le pinçai, me disant avec sagesse que brandir une seringue ne m’attirerait pas de sympathie devant les autres qui se foutaient bien de nous, déjà. Je faillis d’ailleurs pleurer lorsqu’on donna une arme de force à Aristide. Voilà, déterminé comme il l’était, il était bien foutu de se tirer lui-même pour pouvoir rester en arrière. Je soupirai profondément. J’aurais mieux fait de le droguer sans lui demander son avis, finalement.

Enfin, on se mit en marche. C’était long et ardu, parce que la neige se détachait en gros flocons un peu partout autour de nous. J’avais froid, mais marcher me réchaufferait suffisamment. Ne transportant que le matériel médical peu important qu’on m’avait confié, j’avais tout le loisir d’observer mon frère du coin de l’œil, veillant à ne pas trop m’éloigner. Dans pareille température, il aurait été détestable de se mettre à sa suite. Comme si les autres auraient voulu nous suivre, de toute façon. Je jurai en serrant les dents. Avec mon épaule qui m’élançait, je n’avais pas besoin de m’occuper d’un gamin, même si j’aimais beaucoup cet enfant. Quand au bout d’un moment silencieux il s’exclama enfin quelque chose comme ‘’ C’est joli’’, je me décidai à intervenir. Attendant que les autres repartent, je m’approchai de lui et lui murmurai à l’oreille :

- Si tu trouves ça si joli que tu le dis, je peux m’arranger pour que tu le voies de près… de très près…capish ?

Puisqu’il ne réagit pas instantanément, mon pied se fraya une place devant le sien qui avançait et il s’étala de tout son long devant moi.

- Oh, pardon, je ne t’avais pas vu !
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Aristide Tetropoulos
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MessageSujet: Re: Départ pour Elizabethtown - GROUPE N°4 { ARISTIDE - DIANE }   Sam 26 Mar - 21:12

Rien que pour la tête qu’ils firent ; passer pour un gros débile valait bien la peine. Le regard de Matthew devint encore plus sombre tandis qu’il se retournait pour reprendre la route, le reste du groupe sur ses traces. Comme c’était mignon ; On aurait dit la maman canard et ses canetons qui traversent une route. J’eus un sourire radieux lorsque je les vis, tous, cet amas de corps frissonnants de froid, se remettre en route non sans un soupir, exaspérés déjà de mes frasques. La suite promettait ! Il n’empêche que mon sourire s’effaça un peu lorsque je vis Diane se rapprocher de moi, puis attendre que les autres n’avancent. Ca, ça puait assez méchamment, pour être honnête. J’aurais dû prendre mes jambes à mon cou, courir vers les autres pour me mettre à l’abri en espérant que Diane n’oserait pas me battre devant tout le monde mais malheureusement, je l’observai comme un aliéné une seconde de trop, qui s’envola avec ma dernière chance de fuir. Elle s’approcha encore un peu avant de me murmurer à l’oreille des mots que j’eus beaucoup de mal à saisir : Me faire voir quoi de plus près ? La neige ? Ouais mais non, merci. La connaissant, il y avait forcément une forme de représailles derrière cette proposition pour le moins déconcertante. J’haussai stupidement les épaules avant de me remettre en marche, décidé à m’en aller avant de lui laisser la possibilité de me faire quoi que ce soit mais malheureusement, ma fuite ne fit que lui faciliter les choses. Je sentis très nettement son pied glisser vers le mien pour finalement entraver sa marche, provoquant une chute monstrueuse dans cette putain de neige qui tout à coup me paraissait beaucoup moins belle. En tombant je lâchai un genre de « argh » étouffé tandis que tous mes sacs pesaient sur mon corps, l’enfonçant encore d’avantage dans la neige. Super. Vraiment super. Les flocons devinrent très vite liquides au contact de ma peau et je fus trempé, bien que je me relevai vivement dix secondes à peine après être tombé. Mes vêtements humides collaient à ma peau, je frissonnai de froid et claquai des dents. Non seulement je venais de ramasser monumentalement devant tout le monde mais en plus, j’allais crever de froid toute la journée. Subitement je regrettai de ne porter qu’un foutu pull qui absorbait un peu trop bien à mon goût l’eau.

« Saleté… »

Grognai-je à son égard, entre deux claquements de dents, avant de me remettre en marche, courbé en deux afin de limiter l’assaut glacial du vent. Cette posture ralentissait cependant ma marche, si bien que ma sœur me devança de nouveau assez rapidement, me laissant fermer la marche d’une manière assez stupide. Et si je m’en allais maintenant ? Et si je rebroussais discretement chemin, sans que personne ne s’en rende compte ? Utopie pure et dure, connaissant Diane, elle devait sûrement me surveiller du coin de l’œil. Parfois je ne savais plus vraiment si elle était ma mère ou ma sœur, force était de constater que depuis la mort de cette première, la deuxième avait prit le relais. Quoi que… Diane et notre mère avaient toujours été assez proches lorsqu’il s’agissait de me faire la morale, elles tombaient toujours d’accord. Mais après tout, Diane était plus clémente que notre mère, qui n’aurait sans doute pas hésité à me tenir par la main tout le long du voyage. Au moins une humiliation que ma très chère sœur m’épargnait. Lorsqu’elle eut pris assez d’avance, je m’accroupis et constituai entre mes mains une boule de neige assez grosse pour en faire pâlir n’importe quel caïd de récré en plein mois de décembre. Elle allait me le payer, et elle allait avoir aussi froid que moi. Bien sûr, c’était méchant, sadique, injuste, égoïste, stupide, mais voilà, il fallait que je parte. Il fallait qu’elle me lâche et me laisse m’en aller, pour son bien et le mien. Et puis j’avais encore son pied qui traîne en travers de la gorge. Façon de parler bien sûr. Donc, oui, j’avais de nouveau dix ans et je formai de belles boules de neige bien dodues qui atterriraient tout droit sur ma chère et tendre sœur, épouse, ennemie de fortune, amour de toujours. Je tirai la langue en visant pour la première qui s’écrasa sur elle. En plein dans le mille ! Malheureusement, le regard qu’elle me lança tandis qu’elle se retournait me déstabilisa quelque peu, si bien que je ne pris plus le temps de viser pour les autres et les lançai à l’improviste, terroriste de la boule de neige improvisé que j’étais. Les premières touchèrent avec succès ma sœur, malheureusement il y eut celle de trop. Celle qui rata sa cible. Celle qui atterrit droit sur Matthew. Aïe… Je me préparai psychologiquement à me prendre un poing dans la figure lorsque ce dernier se retourna, me lançant un regard à peine plus chaud que la température extérieure. Attention Ari, tu vas te manger la méga raclée que tu mérites. Le groupe s’arrêta d’un même geste, observant Matthew, appréhendant comme moi une réaction violente qui ne tarderait pas. Elle ne tarda pas.

« C’est quoi ton putain de problème Tetropoulos ?! »

Euh… Assez long à expliquer. Je reculai tandis que lui s’avançait vers moi, un air particulièrement agressif sur le visage. Je savais que ce n’était pas le genre de type à se laisser marcher sur les pieds, et qu’il était à 100% du côté d’Alexander, petit détail qui rendait ma situation très critique. Finalement il s’arrêta à la hauteur de Diane et aussitôt, je me crispai : Il pouvait me frapper moi s’il en avait envie, je ne méritais que ça et faisais tout pour, mais qu’il ne touche pas à ma sœur. Qu’il ne pose même pas un doigt sur elle. Cependant, il se contenta de la regarder droit dans les yeux et déclarer :

« Surveille le parce que je ne risque pas de le supporter très longtemps. Et toi il se tourna vers moi tu ferais mieux de calmer tes pulsions si tu veux arriver en un seul morceau à Elizabeth Town. C’est clair ? »

Je ne répondis pas et le laissai repartir, entraînant avec lui les autres qui reprirent leur marche tête baissée, lutant visiblement contre le froid. Après une seconde d’hésitation j’avançai à mon tour et eus un geste envers ma sœur pour l’empêcher de prendre la parole. C’est bon, j’avais compris, j’allais être sage et la boucler comme tout le monde semblait le souhaiter. Peut-être que la discrétion serait un moyen plus efficace pour fuir que ralentir tout le groupe. Ou peut-être que je pouvais les ralentir avec plus de discrétion. Je ne savais pas trop, toujours est-il que je me remis à marcher, silencieux, sans m’arrêter jusqu’à ce qu’on annonce une première pause. Nous n’étions pas nombreux mais il y avait beaucoup de femmes dans ce groupe, et ça devait bien faire trois heures que nous marchions sans un mot. Sous les directives de Matthew nous nous éloignâmes un peu de la route principale, chacun profitant de ces quelques minutes de répit comme bon lui semblait. Certains s’asseyaient dans la neige, d’autres en profitaient pour boire, Isaac posa sa lampe. Quant à moi, je me tenais à l’écart du groupe, observant les alentours. La blancheur du paysage m’émoustillait, même si je me contentai d’en profiter en silence cette fois. Diane m’agaçait. Elle n’avait pas le droit de choisir pour moi ce qui était bien ou non, je n’avais plus dix ans bon sang. J’étais un grand garçon maintenant, si je voulais aller crever dans un coin, très bien ! D’ailleurs, lorsque je sentis sa présence dans mon dos, je ne me privai pas.

« Quand on était gamins je t’écoutais, parce que tu étais l’aînée et que je n’étais qu’un gosse qui avait une confiance aveugle en sa sœur. Maintenant j’ai 25 ans, 25 ans tu comprends ? J’en ai assez que tu prennes toujours les décisions à ma place. »

Je me retournai subitement et vis… Matthew. Matthew… Mon cerveau fatigué eut un énorme bug, mes yeux cherchèrent rapidement Diane, qui se trouvait beaucoup plus loin. Trop loin… C’était pas Diane dans mon dos, c’était Matthew. Et je venais de lui avouer en des termes plus qu’explicites la véritable nature de notre relation, entre Diane et moi. Je déglutis bruyamment tandis qu’il me dévisageait, avant de se retourner vers ma sœur et l’observer silencieusement. Je venais de nous mettre dans une putain de merde… Oh putain… Lorsqu’il se tourna de nouveau vers moi, la réaction fut immédiate : Et un poing dans la tronche, un ! Me crispant, prenant mon nez duquel je sentais un épais liquide couler, je trouvai cependant la force de relever une main vers lui pour lui dire d’arrêter. Malheureusement, il venait de comprendre quelque chose qui changeait absolument tout. Si j’avais pu rester à la communauté, c’était parce que j’étais le mari de Diane et qu’elle était médecin. Or, ils avaient besoin d’un médecin. Mais si on découvrait que j’avais mentis… Et vu qu’on venait de le découvrir, ou plutôt que je venais de l’avouer… Je tombai dans la neige alors qu’il me rouait de coups, s’arrêtant finalement lorsque quelqu’un s’interposa entre nous. En relevant la tête, je vis Isaac et regrettai l’espace d’une seconde de mettre foutu de sa gueule et de sa lampe. Pourtant j’avais des problèmes bien plus graves. Matthew s’essuya dans son t-shirt avant de renifler bruyamment et s’éloigner. Je n’eus cependant pas le temps d’espérer qu’il garde ce que je venais d’accidentellement lui confier pour lui.

« Ils ont mentis à Alexander. C’est sa sœur, pas sa femme. On laisse Aristide là. »

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MessageSujet: Re: Départ pour Elizabethtown - GROUPE N°4 { ARISTIDE - DIANE }   Lun 4 Avr - 14:37

- Je t’aime aussi.


L’adulte en moi était très déçue d’avoir recours à des méthodes aussi radicales pour le calmer et le contrôler, mais après tout il ne me laissait pas vraiment le choix. Le médecin, quant à lui, me criait que mon frère allait être malade, ce qui n’était pas totalement recommandé pour le voyage qu’on entreprenait. Franchement, ses vêtements seraient humides un long moment, jusqu’à ce qu’ils rencontrent un feu – si jamais on en faisait un. Je me sentis un peu coupable pour ça, mais je pouvais toujours le soigner en cas de besoin urgent. Quant à l’enfant… L’enfant avait un fou rire pressant qu’il essayait de dissimuler. Je savais que c’était mal de rire en un moment pareil, mais la tête qu’il faisait, la neige collée à ses cils, ses vêtements tous mouillés… Il était vraiment très drôle à voir. Son air penaud, surpris également, déclencha un spasme et je ne pu retenir mon rire plus longtemps. Pour ne pas l’offusquer davantage, je partis rejoindre Isaac qui me lança un petit sourire bienveillant. Je pense que, même s’ils n’appréciaient pas mon frère, les gens soutenaient au moins la fragile femme qui se donnait tant de peine à aider Mathilda. Ou bien il avait seulement vu la plonge que je venais de faire prendre à mon supposé mari, qui sait.

Nous marchâmes quelques minutes dans le silence le plus complet, lorsqu’on entendit très distinctement un ploc. Le bruit de la neige qui s’écrase contre un dos, le mien en l’occurrence. Je grognai, sachant très bien que c’était Aristide qui prenait sa revanche, mais continuai à marcher d’un pas rapide, faisant comme si de rien était. Il continua à en envoyer, la plupart s’agrippant à mon chandail pour le laisser froid et humide, quelques-unes passant au-dessus de moi. La seule qu’il n’aurait pas dû tirer s’écrasa sur Matthew. Là encore, un petit rire m’échappa, même si un soupir suivit juste après. Il ne pouvait pas dire que je n’avais pas essayé de le contrôler. D’ailleurs, c’est à moi qu’il confia la responsabilité de calmer Ari et son regard disait clairement que si je ne le faisais pas, il allait arriver malheur à mon mari. Comme si ce n’était pas un adulte deux fois plus large que moi.

Au moins, Isaac était gentil, lui. Pas aussi bébé que mon cher petit frère. Il me prêta sa veste, me disant qu’il me la réclamerait s’il avait vraiment trop froid. Un vrai gentleman, c’était si rare. Je lançai un regard entendu à mon frère, me retenant de peine de lui faire une grimace sur le coup. Lui et moi, on a commencé à parler lentement, doucement, de choses joyeuses – autrement dit de notre enfance. Ari prenait place dans mes souvenirs, mais sous la forme du fils du voisin, pas de mon frère. Isaac me parla de ses parents, de sa famille. Tout ce qu’il y avait de plus amical, jusqu’à ce qu’on entende des bruits de luttes et qu’Isaac coure pour séparer mon frère et Matthew. Un cri m’échappa. Il était allé trop loin, cette fois. Mes poings se crispèrent.

« Ils ont mentis à Alexander. C’est sa sœur, pas sa femme. On laisse Aristide là. »

Cette fois, c’en était fichu. Je criais pour de bon, sanglotant et totalement désespérée. On ne pouvait pas laisser mon frère ici ! Il avait tant de mal à survivre sans moi… Ah, il avait bien réussi n’est-ce-pas ? Il devait être fier de lui, maintenant. Je me précipitai vers lui, mais Matthew me serra solidement dans ses bras.

« Tu peux venir. Ce n’est pas ta faute et on a besoin de toi, de toute façon tu es une femme et tu es encore faible. Mais on le laisse ici.»


Il me fit pivoter et, dans un état de stupeur, je parcourus quelques mètres avec son bras dans mon dos pour me guider. Je stoppai net soudainement, me retournant vers mon frère qui baignait dans son sang. On ne pouvait pas le laisser ici ! Il allait mourir, mourir… Je sortis l’aiguille qui était toujours dans la poche de mon chandail.

- Ok, je vous explique. Personne ici, sauf moi, ne sait ce qu’il y a dans cette seringue. Est-ce que ça vous droguerait ? Vous tuerait ? Est-ce que ça vous ferait souffrir mille morts ? Vous ne savez pas. Et je vous jure que vous le découvrirez si on n’emmène pas Aristide avec nous.
- Elle est folle. Laissons la ici avec son frère, si c’est ce qu’elle veut.
- Je sais où vous allez. Je peux aussi suivre vos traces dans la neige et vous n’aurez plus jamais le sommeil tranquille. Je vous jure que si Ari crève à cause de vous, vous n’aurez jamais la paix. Je vous tuerai tous comme vous l’aurez tué.

Ils se regardèrent, interloqués, Matthew pointa son arme sur moi, se demandant si ce ne serait pas plus efficace d’en finir maintenant, mais visiblement l’idée de tirer sur une femme, aussi affaiblie et meurtrie que moi, le répugnait. Il finit par laisser tomber et déclara qu’on camperait ici et qu’on prendrait une décision le lendemain. Il me recommanda de ne pas approcher de lui cependant, parce qu’il avait des envies très violentes en ce moment, et je me contentai de courir vers mon frère pour panser ses blessures. Je sentis Isaac à quelques pas, qui me regardait, et je lui lançai :

- Ça ne change rien qu’il soit mon frère. Je l’aime et j’ai besoin de lui. Et vous êtes des monstres si vous ne comprenez pas ça.

Je montai la garde près de mon frère toute la soirée. Et encore, il ne s’était écoulé qu’une seule journée depuis le début de notre périple.
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Aristide Tetropoulos
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MessageSujet: Re: Départ pour Elizabethtown - GROUPE N°4 { ARISTIDE - DIANE }   Ven 8 Avr - 19:43

Aïe. C’est étrange comme l’on peut désirer quelque chose, et le trouver insignifiant une fois qu’on l’obtient. Soudainement, je me rendis compte que je n’avais pas spécialement envie de crever là, que je voulais rester avec Diane, que tout aurait pu s’arranger… Si seulement je n’avais pas fait chier mon monde. Mon nez pissait le sang, formule peu gracieuse je vous l’accorde mais particulièrement représentative de la réalité. Et j’avais mal, physiquement pour changer. Là, allongé dans la neige qui perdait par ma faute de sa blancheur, allongé sur ce lit glacial, je crevais de douleur parce que je sentais que cet enfoiré m’avait cassé une ou deux petites choses et que j’allais en souffrir encore un bon moment. C’est assez étrange mais, j’ai quand même une faculté à me faire tabasser assez impressionnante. Dire qu’avant on m’aimait bien… J’entendis très lointainement Matthew proposer à ma sœur de les suivre, espérant malgré tout au fond de moi qu’elle ne m’abandonnerait pas. Après tout ce que je venais de lui faire subir, c’était exagéré comme souhait mais voilà, j’étais un gamin, un idiot, un con. Les cons ne se rendent pas compte de leur connerie jusqu’à ce qu’on leur foute le nez dedans. Mon nez, en l’occurrence, était bien bien dedans. J’eus un sursaut lorsque j’entendis Diane menacer Matthew. Enfin, menacer à peu près tout le groupe en fait. Non mais…Elle était complètement dingue. Ma sœur venait de péter une durite ! Attendez, je vous explique la situation. Depuis environ 25 ans, je n’ai absolument jamais vu ma sœur commettre d’actes stupides ou irraisonnés. La fille parfaite de notre famille, c’était elle. Celle qui ramenait de bonnes notes, fréquentait des personnes correctes, n’a pas fait de crise d’adolescence, Diane incarnait notre Hermione Granger à nous, vous voyez. Mais là, elle craquait totalement, et franchement, j’étais fier d’elle. Parce que malgré tout, elle ne s’était jamais laissée marcher sur les pieds, et qu’elle avait un sacré caractère. Il n’empêche qu’elle devenait complètement folle et Matthew ne fit qu’approuver mes pensées. Pourtant, Diane répliqua aussi sec qu’elle ne les lâcherait jamais si je mourrais et bon sang… Non… Non, je ne voulais pas ça. Je ne voulais pas qu’on la traite comme une cinglée à cause de moi, ne lui avais-je pas fait suffisamment de mal comme ça ? A croire que non. Je relevai péniblement la tête vers l’amassement de personnes qui se regardaient d’un air mis choqué mis apeuré, du genre « Tu crois qu’elle en est capable ? » Oh que oui mes amis, vous ne la connaissez pas. Cette fille est dingue.

Et Matthew aussi. Je tentai illico de me relever lorsque je le vis pointer son arme sur ma sœur, éprouvant une soudaine colère si forte qu’elle anesthésia momentanément mes douleurs multiples. Le fils de… J’allais le tuer. J’allais le tuer ! Comment osait-il ne serait-ce que sortir ce truc devant ma sœur ? Comment osait-il le braquer sur elle, avec cet air hésitant comme s’il pesait le pour et le contre ?! Pourtant, je fus stoppé dans mon sursaut de colère lorsque je sentis quelqu’un m’attraper par le col et me rejeter fermement dans la neige, relevant les yeux sur un Stefan dont le visage me paraissait étrangement incitatif tout à coup… Un genre de « Frappe moi, j’aime ça » sur la tronche. Lui aussi j’allais le tuer. Non, je n’étais d’ordinaire pas violent mais comment vouliez-vous que je réagisse face à un type qui menaçait de tuer ma sœur et un autre qui m’empêchait d’aller la protéger ? Il y avait franchement de quoi avoir des envies de meurtre. Heureusement, Matthew finit par ranger son arme et déclarer qu’on camperait ici pour ce soir, avant de décider demain de mon sort. Je m’en foutais… Ils pouvaient faire ce qu’ils voulaient de moi, je m’en foutais… Diane accouru alors vers moi et commença à regarder mes blessures, plus particulièrement mon nez qui malgré ma douleur, n’était apparemment pas cassé. Alors, je remarquai qu’Isaac se rapprochait doucement de nous, sa lampe en main, avant que Diane ne le repousse avec quelques phrases qui me firent monter les larmes aux yeux. J’avais besoin d’elle tout comme elle avait besoin de moi, même si je ne comprenais plus vraiment pourquoi. A cause de moi, sa vie était un véritable enfer et j’en avais bien conscience, malheureusement je ne m’en rendais réellement compte que maintenant. J’aurais pu essayer de rendre son existence un peu plus heureuse, de lui faire oublier son traumatisme, d’être le frère aimant et doux qu’elle avait toujours connu mais au lieu de ça, je m’étais morfondu dans ma propre douleur en oubliant tout le reste. J’avais été égoïste, une nouvelle fois. Il était cependant bien trop tard pour changer quoi que ce soit à la situation car malgré tout, j’étais à peu près certain que Matthew ne voudrait pas m’emmener. Il ne fallait pas rêver non plus.

Finalement, je parvins à me relever et me diriger vers l’abri que les autres avaient choisi pour passer la nuit, m’éloignant le plus possible de ces gens dont les faibles murmures ne parlaient que de nous, je le savais. Je m’allongeai à même le sol, posant ma tête sur la cuisse de Diane qui s’était assise en tailleur près de moi et commença à désinfecter mes narines, avant d’y coller du coton. J’eus un soupir sans pour autant me reculer ou ne bouger d’un centimètre, parfait patient décidé à se faire le plus petit possible dès à présent. Elle tâta également mes côtes, peut-être qu’une ou deux étaient fêlées mais rien de casser en tout cas. C’était toujours ça. Et puis finalement, je trouvai assez de courage en moi pour me relever et déplier deux sacs de couchage, le premier que j’enroulai autour de Diane avant de m’emmitoufler dans le deuxième sans un mot. D’un geste je l’invitai à venir s’allonger dans mes bras, là où elle aurait certainement un peu plus chaud, avant de m’endormir d’un sommeil de plomb, ce qui ne m’était pas arrivé depuis quelques semaines déjà… Lorsque j’ouvris les yeux, la lumière matinale était encore si claire qu’il ne devait pas être beaucoup plus de sept heures du matin, en jetant un coup d’œil autour de moi je remarquai que tous dormaient, sauf le type qui se tenait dehors, devant la porte, et qui semblait faire le gai. Bon… Je m’extirpai comme je le pu du sac de couchage, tentant de faire le moins de bruit possible afin de ne pas réveiller Diane et me dirigeai vers la sortie afin de prendre l’air. J’eus la mauvaise surprise de tomber sur Matthew, dont c’était apparemment le tour de garde. Il me regarda des pieds à la tête avant de renifler et se frotter les mains pour les réchauffer tandis qu’un silence étrange prenait place. Pour ma part je ne bronchai pas, sachant que ce n’était pas pour moi le moment de faire le mariol. Finalement, il eut une petite hésitation avant de déclarer :

« Ce n’est pas à moi de décider de ceux qui doivent rester ou non. Ce choix appartient à Alexander.
- Ouais mais de toute évidence, il n’est pas là…
- Alors on verra quand il sera là. Tiens toi tranquille en attendant. »

Je soupirai avant de me gratter nerveusement la tête.

« Ce n’est pas un conseil, mais un ordre. Je veux plus entendre parler de toi pour les trois prochains jours, compris ? »

J’acquiesçai vivement avant de re-rentrer et m’aperçu que quelques personnes s’étaient levées entre temps, préparant déjà le petit déjeuner. Un peu parce qu’il fallait bien faire comme tout le monde, mais aussi parce que je crevais de faim, j’allais m’asseoir près de ceux qui commençaient à manger et me servit une tasse de café que l’on avait conservé dans un thermos. Il était encore chaud, ce qui n’était pas du luxe vu la température… Finalement, tout le monde mangea un bout avant de ranger tout ce qui avait été déballé pour la nuit et nous reprîmes la route quelques minutes plus tard. Cette fois, je restais constamment près de Diane et m’évertuais à ne pas commettre de gaffe, ne parlant même pas de peur de déranger. J’avais encore froid, n’était pas beaucoup plus couvert que la veille si ce n’est que mon pull était un peu plus chaud. Par contre, mes doigts semblaient complètement gelés et menaçaient de tomber bientôt. Nous marchâmes au moins deux bonnes heures, dans le silence le plus complet pour ma part, lorsque nous entendîmes un premier coup de feu. La réaction fut nette et immédiate, tout le groupe s’arrêta, comme pétrifié. Une personne tomba dans la neige, son corps semblant aussi lourd qu’un poids mort et alors seulement, chacun se mit à courir tandis que d’autres tirs retentissaient. Nous étions attaqués. J’attrapai sans réfléchir Diane par la main et me mis à courir le plus vite que je pu, abandonnant tout et tout le monde, cherchant juste un abri tandis que dernière nous retentissaient cris, coups de feu et pleurs. Je m’engouffrai dans le premier immeuble encore en état que je croisai, entraînant ma sœur avec moi, avant de me précipiter sous l’escalier du hall d’entrée, là où j’estimais sur le coup que nous serions le plus en sécurité. Je fus surpris de voir trois ou quatre personnes avec nous, donc Isaac, mais n’osai dire quoi que ce soit tant j’étais choqué. Quelqu’un, sans doute les Hors la loi, était entrain de nous attaquer. Nous n’étions absolument pas en sécurité et des personnes de notre groupe avaient sûrement été touchées. Au moins une. Mon souffle était court et mon cœur battait à tout rompre tandis que je serrai Diane de toutes mes forces contre moi, appréhendant les bruits extérieurs. C’est alors que la porte de notre immeuble s’ouvrit, et que l’on entendit des bruits de pas dans le hall. J’arrêtai de respirer.

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MessageSujet: Re: Départ pour Elizabethtown - GROUPE N°4 { ARISTIDE - DIANE }   Dim 17 Avr - 22:58

Je n’entendais rien, rien que le souffle de mon jeune frère. Il était plutôt calme, compte tenu de la situation. Je me forçai à sourire en l’aidant à se relever, essayant d’oublier le sang qui coulait toujours sur son visage. Dieu merci, ce n’était pas cassé. Rien d’irréparable, rien que je ne pouvais pas traiter sur le moment. Pas comme une balle qui pénétrerait dans son thorax… En mon for intérieur, je savais très bien que ce que j’avais fait était d’une débilité sans nom. Mais comme je l’avais fait remarquer à Isaac, ce n’était pas un choix. Plus une réaction naturelle de protection. Je pensai aux ourses qui faisaient tout pour protéger leurs rejetons. À ce détail près que j’étais beaucoup moins dangereuse qu’un grizzli, il fallait l’avouer. Une larme coula sur ma joue alors que je regardais la lignée rouge laissée par Aristide, de l’endroit où il était tombé jusqu’au campement de fortune que nous possédions. Voulant le dissimuler, j’eus une quinte de toux aussi longue que crédible, qui me permet d’expulser le sanglot qui menaçait de sortir à tout moment. J’essuyai mon visage en même temps. Je grelottais, mais moins qu’Ari. À ce moment, je regrettai profondément de l’avoir jeté dans la neige. Il devait avoir si froid, mouillé comme il l’était. Je marmonnai des excuses qu’il n’entendit pas, ou fit semblant de ne pas entendre.

Son état n’était pas désastreux, grâce au ciel. Son nez n’était pas cassé, pas déplacé, rien. Juste un saignement bien normal qui, dès qu’il fut arrêté, laissa place au visage normal de mon frère. Je ne garantissais pas qu’il n’ait pas de cernes violets ou d’hématomes, mais si le contact de son nez avec autre chose serait douloureux pour quelques jours, il n’aurait rien de plus de ce côté-là. Je mis un peu de glace pour le soulager avant de m’attaquer au reste de son corps. Une coupure fendait sa joue, mais il n’avait même pas l’air de le savoir. Encore qu’avec tout ce sang, je n’étais pas certaine non plus. De toute façon, je n’y pouvais rien – et puis, ce n’était pas très profond. En tâtant ses côtes, je mordis l’intérieur de mes joues. Fêlures certainement, peut-être même une cassure. Comme si j’y pouvais quelque chose. De la glace, un bandage, des larmes et de la sueur. Je grondai et boudai plus ou moins jusqu’à ce qu’on se couche. Ce ne fut pas long, et je lui fus reconnaissante de m’attirer contre lui. Le temps passa lentement, goutte à goutte, mais il finit par s’apaiser totalement et c’est avec soulagement que je vis sa poitrine se soulever au rythme de son sommeil. Je me relevai immédiatement, ne pouvait pas rester en place. Matthew prenait le premier tour, le dernier aussi. J’hésitais à me lever.

<< Tu peux rester, mais ne t’approche pas trop. >>

J’obéis sans piper mot, l’observant le regard éteint. J’imagine que tout cela a fini par le lasser.

<< Pourquoi, Diane ? Tu pouvais venir, continuer à vivre. Pourquoi ?
- Parce que je l’aime. >>

Il se retourne et me dévisagea comme si j’étais folle. Je l’étais, sans doute. Aristide aurait pu leur dire, qu’il n’y avait rien d’habituel chez moi en ce moment. Menacer des gens, tuer des gens. Ce n’était pas moi. Allons donc, je ne m’étais même pas opposée à des punitions injustifiées, ou à des notes que je n’aurais pas dû récolter. Je ne parlais pas. Et j’avais dit que je planterais des aiguilles dans la chair de quiconque penserait faire du mal à mon frère. Je savais, moi, que j’étais folle. À quelque part entre ma capture et la dernière torture, j’avais dit adieu à ce que j’étais. Je m’étais laissée mourir pour essayer de mieux survivre. C’était malheureux, évidemment, mais ce n’était pas un choix que j’avais eu. J’étais prête à parier que je parlais dans mon sommeil, même si Aristide ne m’aurait jamais demandé ce à quoi je rêvais. Trop horrible. Trop fou. Même sa présence ne m’apaisait plus autant qu’à son retour.

- Laisse-moi une chance, Matthew. Tu aurais fait pareil, tu le sais.
- Alexander ne laisse pas de chance, tu le verras bien assez tôt.

J’acquiesçai et retournai dormir, serrée contre mon protégé. Pour une rare fois, je ne rêvai pas d’Armando me tuant, mais d’un Matthew me prenant la main pour me relever.
Mon réveil fut paisible.

Surtout que nous pûmes tous repartir. Je me disais que, même si Alexander ne laissait pas de chance, il nous restait quatre jours pour trouver un plan. Je ne quittai plus mon petit frère, mais je me doutais qu’il ne voulait pas trop s’éloigner non plus. Enfin, jusqu’au coup de feu, où j’ai arrêté de respirer. Le corps, le sang, le bruit. Je ne pus plus bouger. À se demander comment Aristide réussit à me tirer. Toujours est-il que j’étais sous des escaliers, avec d’autres membres de l’expédition. Je me calai contre mon cadet, maitrisant mal mes pleurs.

Et c’est là qu’il rentra. Ce n’était pas Matthew, pas la femme qui me souriait parfois. C’était un Hors-la-loi, deux même. Je reconnus seulement l’un d’eux, mais ce fut suffisant. Je n’ai jamais prié si fort pour ne pas me faire voir, parce que franchement, il n’était pas doux le gars. Je me demandais même si je serais capable de voir un homme de la même façon après tout ce qu’il avait fait… lui et les autres. Je ne voulais pas être trouvée, mais mon corps réagit quand même en laissant échapper une plainte aigue. Aristide plaqua sa main contre ma bouche et je fermai les yeux en le laissant me tenir fort, même si je savais que j’avais un fusil juste au dessus de moi.

<< T’as entendu ? >>

Non, non il a pas entendu.

Et après trois minutes interminables, ils partirent. Je pleurais tout mon soûl, mais ils étaient partis. Quand nous fûmes certains de pouvoir sortir, nous le fîmes, mais je n’osai pas m’aventurer dehors. On ne savait jamais, je préférais qu’ils fouillent partout. Je pouvais aussi vivre ici.

Pas de problèmes.
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Aristide Tetropoulos
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MessageSujet: Re: Départ pour Elizabethtown - GROUPE N°4 { ARISTIDE - DIANE }   Mer 20 Avr - 16:28

Surtout retenir son souffle, ne pas céder à la terreur, ne pas oublier que le moindre bruit pourrait nous être fatal. Rien qu’une respiration pouvait nous vendre, et ce même si notre cachette n’était pas mauvaise. Cependant je ne pouvais réfléchir à cela, ne pouvait tout bonnement pas réfléchir : Mon cerveau ne semblait plus en état de marche, un genre de bug, de virus immonde qui bloquerait toutes les fonctionnalités de mon corps pour ne laisser qu’un corps de glace, figé d’angoisse. Un corps figé qui ne réagit que lorsque Diane laissa échapper un petit cri qui, immanquablement, venait de signaler notre présence. Sans attendre je plaquai ma main contre sa bouche de peur qu’elle ne se laisse de nouveau aller à la peur, l’encourageant du regard à se taire, par tous les moyens, juste se taire. Je sentais ses larmes couler sur mes doigts mais n’y prêtai pas attention, mon instinct de survie prenant le dessus sur tout le reste, y compris ma haine de la voir pleurer. Si elle continuait, jamais je n’aurais l’occasion de la réconforter… Je sentais également Aaron trembler à mes côtés, mais n’osai lui jeter un coup d’œil de peur de faire du bruit. Et c’est alors que mon sang termina de se glacer dans mes veines. « T’as entendu ? » Faites que non. Un rat, voilà, ce n’était qu’un rat qui avait couiner, ou une porte à cause du vent, là-haut, mais certainement pas cinq communautaires sous un escalier. Probabilité zéro pour que ce soit ça. Aucun d’entre nous ne broncha, tapis dans l’ombre comme nous l’étions, je crois que je n’avais jamais frôlé la mort de si près. Pas même lorsque une galerie s’était effondrée sur moi. Pas même lorsque Alexander m’avait foutu dehors. Pas même lorsque j’avais cessé de manger et de dormir… Tout cela était si différent, plus que des souvenirs qui perdaient de leur valeur mais ces gens, ces Hors la loi, avaient tout de réel. Le présent. Le présent bien trop dangereux. Les secondes qui suivirent me parurent interminables, nous étions tous en apnée, et visiblement les Hors la loi aussi. Ils tendaient l’oreille, même sans les voir j’en avais la certitude la plus solide. Ils nous traquaient. Pourtant, ils finirent par partir. Aussi surprenant soit-il, oui, ils partirent. Il se passa encore quelques instants durant lesquels personne n’osa bouger avant qu’enfin, nous nous relâchions tous. Diane fondit en larmes dans mes bras, j’étais cependant tellement choqué qu’il m’était impossible de la consoler. Ces personnes, si ça se trouve, elle les connaissait… Elle les avait déjà vu, ou pire…

Isaac me sortit de mes pensées en me tirant par la manche tandis qu’il se relevait. Ce geste fut comme un électrochoc pour moi, je me relevai rapidement, entraînant ma sœur dans mon mouvement. Il ne fallait pas rester là, ils pouvaient revenir à n’importe quel moment. Il fallait retrouver les autres, et partir. Partir, vite ! Nous échangeâmes quelques paroles afin de savoir si tout allait bien et finalement, Isaac fut celui qui sortit le premier de l’immeuble, non sans faire très attention à se protéger derrière la porte. Je lâchai la main de Diane pour m’aventurer à ses côtés et observer l’extérieur, faisant déjà un pas pour sortir lorsque je fus stoppé net dans mon élan : Il y avait des cadavres. Des cadavres, pas un. Et ces cadavres, c’étaient des gens que nous connaissions, qui partaient avec nous, des personnes de notre côté… Rapidement, je me retournai vers ma sœur, essayant de ne rien laisser passer en terme d’angoisse et d’appréhension dans ma voix :

« Restez là tous les trois, Isaac et moi allons chercher les autres. Ne bougez surtout pas. »

Je pris une profonde inspiration avant de sortir totalement et refermer la porte derrière moi. Se pouvait-il que les Hors la loi soient encore là ? Ce n’était pas impossible… Mais nous ne pouvions pas nous cacher des heures durant en espérant qu’ils partiraient, il fallait que nous nous regroupions tant que c’était encore possible, avant que tout le monde ne parte trop loin de son côté. Sans un mot nous nous approchâmes avec Isaac des corps dont le sang salissait à présent la neige, tentant malgré notre dégoût de reconnaître les visages. C’était cependant impossible, nous étions tous les deux beaucoup trop sous le choc. Je songeai soudainement que si les Hors la loi avaient encore été là, ils nous auraient déjà tiré dessus avec Isaac, aussi me risquai-je à hurler :

« Matthew ! Stefan ! On est là ! »

Malheureusement, aucune réponse ne vint satisfaire mon appel. Lorsque les premiers tirs avaient retentis, nous nous étions tous séparés pour nous réfugier et réchapper à l’attaque, les autres pouvaient donc être déjà loin à présent… Et s’il ne restait plus que nous ? Si tous les autres avaient décidé de poursuivre la route en nous abandonnant ? Je n’étais pas certain de pouvoir retrouver la communauté, je ne savais même pas où nous nous trouvions ! Impossible de reconnaître New York dans cet état, sans préciser que je ne connaissais pas la ville entière même debout. Mon regard se posa sur ces corps que je reconnu enfin : Kate, Joe et Melissa. Trois personnes que je connaissais… Avec lesquelles j’avais vécu près de deux ans, et aujourd’hui étaient mortes, là, sous mes yeux… Tout ça pour avoir voulu rejoindre leur patelin minable Dieu sait où, ordre de suivre bien sûr. Ah, il était beau Alexander, il était fort le grand leader ! Il nous envoyait dans une contrée à des kilomètres de là pour nous protéger et devinez quoi, nous allions tous y laisser notre peau ! Des conneries ! Des conneries ! Je le savais putain, je le savais qu’on aurait jamais dû partir, c’était de la folie, et tellement stupide… Voilà le résultat… Trois personnes de plus, trois cadavres de plus. Toujours ces mêmes images que jamais plus nous n’aurions dû voir, pour rien… Des promesses merdiques, comme d’habitude. Oui, j’étais amer. Amer et triste. Je comprenais encore moins qu’avant notre départ, l’acceptant toujours aussi difficilement. Pourquoi ? Pourquoi bon sang… En quoi était-il utile aux Hors la loi de nous….

« Aristide ? »

La voix d’Isaac me sortit totalement de mes sombres pensées, mon regard étant toujours posé sur ces trois corps que je dévisageai sans trop savoir ce que j’y cherchais. Peut-être une dernière lueur de vie, un souffle léger, quelque chose, n’importe quoi… Je me tournai alors vers lui, remarquant sourcils froncés qu’il avait les deux mains levées au dessus de la tête et semblait totalement paniqué. Qu’est ce que… ?! Suivant son regard, je me retournai pour me trouver face à deux types armés qui pointaient tout leurs armes sur nous deux. Le sourire sadique qui trônait sur leurs visages m’incita à lever les mains à mon tour, sentant mon cœur battre à tout rompre dans ma poitrine. J’allais mourir. J’allais mourir. Seule cette phrase résonnait encore dans ma tête, promesse lugubre mais pourtant bien réelle : J’allais mourir. Là, dans la neige, on allait me descendre comme on avait descendu les trois premiers. Sans plus de cérémonie, sans plus de raison, pour le plaisir peut-être, simplement histoire de se divertir. Ils nous observaient avec ce même sourire, avant qu’un autre, plus loin, ne les interpelle.

« Hé ! Regardez ce que j’ai trouvé ! »

Mon regard se risqua à aller jusqu’à lui mais je savais déjà ce que j’allais voir. Je savais déjà qu’il les avait trouvé. Je savais déjà que notre planque n’avait pas tenu, qu’ils avaient entendu Diane crier, qu’ils allaient revenir. Je savais que je n’aurais jamais dû la laisser seule là-bas. Pourtant, cela ne m’empêcha pas d’avoir un geste brusque lorsque je vis cet autre homme attraper Diane, Suzy et une femme plus âgée à tour de rôle et les sortir brutalement de l’immeuble dans lequel nous nous étions cachés. Non ! Pas Diane ! Pas elle ! J’allais me précipiter vers elle, la récupérer, la protéger, lorsque je sentis Isaac attraper mon bras et me ramener vers lui. J’eus beau me débattre, l’arme qu’on me pointa sur le torse après un long éclat de rire m’incita à ne plus bouger. Au fond je priai pour qu’ils ne la reconnaissent pas, car dès lors elle serait la première sur leur liste, j’en étais persuadé. Il ne fallait surtout pas qu’ils reconnaissent Diane… Surtout pas… Le troisième gars ramena Diane et les deux autres vers nous tandis que ses comparses semblaient se réjouir de plus en plus de leur butin. Cinq innocents à assassiner, rien que pour eux, c’était presque Noël. Lorsque Diane fut assez proche de moi, je l’attrapai sans attendre par le bras et la ramenai à moi, derrière moi, essayant de la protéger le plus possible même si, en toute honnêteté, je savais que nous allions y passer tous les deux. Tous les cinq. Celui qui me pointait déjà son arme dessus s’avança vers moi avec un rictus mauvais, à quelques centimètres seulement de mon visage, tellement que je m’en retins de respirer, plus pour ne pas respirer le même air que lui que par peur. Son regard se posa quelques instants sur Diane, puis sur moi, avant qu’il ne déclare d’une voix faussement mielleuse : « Comme c’est touchant. » Je serrai les dents. Impossible de tenter quoi que ce soit pour nous sortir de là, même si nous étions nous aussi armés : A peine aurait l’un de nous sorti son arme qu’ils auraient déjà tiré dix fois. La fatalité me frappait de plein fouet mais sur le coup, j’en arrivais presque à ne plus craindre pour ma vie : J’avais peur pour ma sœur. Seulement pour elle. Moi, je méritais de mourir. Je méritais qu’on me descende comme ça sans ménagement, je n’étais qu’un salopard. Mais elle, elle ne méritais pas ce sort là. L’homme se rapprocha encore davantage de mon visage.

« Tu m’en veux si je la baise, ta salope ? »

Ce fut plus fort que moi : Je lui collai un coup de tête sans réfléchir, sachant pertinemment que ce geste signait définitivement mon arrêt de mort.

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MessageSujet: Re: Départ pour Elizabethtown - GROUPE N°4 { ARISTIDE - DIANE }   Jeu 21 Avr - 23:59

J'ai pris quelques libertés par rapport à Aristide... si ça ne convient pas, dis moi le.

Suzy s’approcha de moi. Je savais qu’elle ne m’aimait pas forcément, mais il fallait dire qu’en des moments comme ceux-là, ce n’était pas le temps de se prendre la tête sur de tout petits détails. Je pris sa main dans la mienne et la serrai le plus possible, au risque de lui briser quelques phalanges. Elle remarqua mes larmes et ses lèvres bougèrent silencieusement. Oh, elle avait peur aussi évidemment, mais je devinais dans ses propos informulés ce qu’elle essayait de me dire. Tu les connais. Oui, oui je les connaissais. Ça rendait la situation tellement affreuse ! Savoir que j’avais sauvé la vie à un des bâtards qui allait prendre la mienne. Je soupirai doucement et ramenai Suzy sous les escaliers, près de l’autre femme. Je ne savais même pas son nom, réalisais-je. Janet ? Jenah ? Quelque chose comme ça. Je n’eus d’ailleurs pas le temps d’y réfléchir qu’on empoigna violemment mon bras et qu’on me tira par en arrière. Je poussai le cri le plus strident de ma vie, vite rejointe par les deux femmes qui subissaient le même sort que moi. J’en vins même à me demander pourquoi je n’avais pas laisser Matthew me loger une balle dans la tête, le soir précédent. Plus vite, pas du tout douloureux. Avec ces salopards, on ne pouvait pas compter s’en sortir en trois secondes.

Heureusement pour moi, j’avais suffisamment changé depuis mon départ de leurs appartements pour qu’ils ne me reconnaissent pas. Les cheveux que j’avais coupés, qui cachaient d’ailleurs pour l’instant la bonne moitié de mon visage, le peu de graisse que je retrouvais me protègeraient peut-être assez pour ne pas qu’ils trouvent très amusant de me ramener vite fait au grand chef. Certes, une étude plus approfondie et il deviendrait évident que j’étais Diane, la docteure, mais pour l’instant je m’accrochais à ce mince espoir. Et puis il fallait dire qu’ils passaient tellement de filles chaque jour qu’ils ne faisaient pas trop attention. Je devais peut-être mon salut à des filles qui s’étaient fait violer. C’était terrible à dire.

La lumière du jour me fit mal aux yeux, mais je vis tout de même Aristide courant vers moi. Je fis non de la tête, espérant qu’il ne ferait rien de trop téméraire. Première règle : ne jamais oublier que l’ennemi est armé. Les larmes coulaient toujours. Au moins, je pouvais me coller au dos de mon frère et fermer les yeux pour ne pas voir tous ces…ces…ces méchants ! Qui pointaient leurs armes sur nous, sur Ari plus précisément. Parce qu’il essayait seulement de me protéger. J’aurais voulu lui gueuler de laisser faire, que c’était ce qu’il ne fallait pas montrer, présentement, l’amour. Ces gars-là étaient tellement insensibles qu’ils se nourrissaient de la plus petite particule d’affection qu’ils trouvaient. Pour ça, on souffrirait.

Et je priai. Je priai pour qu’il ait la force de ne pas réagir à l’insulte, mon cher frère. C’était évidemment au deçà de ses forces, je m’en doutais, mais j’aurais bien voulu qu’il puisse essayer. Se rendait-il compte au moins que ça n’aggravait la situation ? Je n’étais pas certaine. Le type qu’il avait frappé se releva et le visa, tira avant qu’on ait pu faire quoi que ce soit. Je vis la balle se loger distinctement dans le mollet de mon frère. Eh bien… moi dans l’épaule, lui dans la jambe. Dites donc, on allait pouvoir se partir une vraie collection si ça continuait ! J’oubliai vite mon ironie lorsque je vis l’arme trouver la direction de son cœur. Je criai très fort.

- Attend !

Le type se retourna vers le premier des gars, celui qui m’avait traînée dehors.

- S’il l’aime tant que ça sa salope, on va lui faire le plaisir de la regarder crever comme il faut.

Un rire gras répondit à cela. Ils étaient assez nombreux pour contrôler tout le monde, il y avait au moins trois canons pointés sur Ari, et le type qui avait parlé m’attrapa par le poignet et me fit voler contre lui. Je jetai un coup d’œil à mon frère, toujours étendu.

- Je t’en prie… ne fais rien !
- Que c’est touchant! Répéta-t-il. J’espère que tu sais que ça ne servira à rien, ma mignonne ?

Sans plus de cérémonie, il me retourna pour que je fasse face à mon frère, qu’il devait supposer être mon mari, vu les circonstances. Je l’entendis sortir quelque chose de sa poche, mais je le sentis avant de le voir. Un couteau. Une lame bien affutée qui perça la peau sous mon cou, traçant une ligne distincte qui descendait vers ma poitrine. J’essayai de ne pas crier, mais je ne pus m’en empêcher. En revanche, je ne me débattis pas. Les longs mois chez eux m’avaient au moins appris ça : on avait mille fois plus mal si on gigotait. Au moins, je ne serais pas coupée dans tous les sens. J’étais bien trop faible pour me défendre ou me libérer, de toute façon. Je fermai les yeux sur mon cadet qui ne m’écoutait pas, mais j’entendis le coup de pied qu’il se prit.

- S’il te plait Ari, s’il te plait…

Je résistais à l’envie d’appeler Stefan et Matthew, et tous les autres. Après tout, ils étaient notre seule chance. Je savais bien que si les deux femmes bougeaient trop, elles se ramasseraient dans ma position. Non pas qu’elles auraient pu y échapper… mais Ari, ils ne se fouleraient pas. Ils le tueraient, c’était tout. Et mort, il ne pourrait plus nous aider. Non, le groupe qui s’était échappé était la seule chance. Mais je ne voulais pas les nommer, pour ne pas qu’ils les cherchent. D’ailleurs, pour ce que j’en savais, ils étaient peut-être déjà morts, les pauvres. Je regrettais mes dures paroles d’hier… pour ce que je pouvais penser. J’essayais surtout de penser à autre chose que les mains qui glissaient sur mon corps.

Sur mes bras, pour me retenir.

Sur mes hanches, tâtant le menu.

Sur mes fesses, se jouant de notre patience.

L’intérieur des cuisses, m’arrachant un cri.

Tu n’es pas là, Diane, tu n’es pas là je te le jure. Ça ne fera pas mal, je te le dis, je te le promets. Tu es à la plage avec ton frère, tu as sept ans et c’est un mauvais rêve.

Oui mais j’avais une belle imagination pour une enfant de moins d’une décennie.

Il glissa la lame entre mes lèvres, appuyant sur les commissures doucement. Si j’avais le malheur de crier, j’en serais quitte pour avoir de belles plaies. D’ailleurs, j’avais soigné quelques filles – les meilleurs coups au lit – qui avait cette blessure. Je savais donc ce que ça faisait… et je n,avais pas envie que ça m’arrive, ça. Je serrai les dents sur le couteau, et il sourit.

- Tu connais le truc, hein, salope ?

Je fixais stupidement mon frère, mais si je n’aurais pas dû. Les mains glissaient sous ma chemise, se promenant sur mon ventre, sans trop remonter sur ma poitrine. Il se pencha et me retourna, léchant sans grâce le sang qui coulait toujours de mon cou. Je déglutis. Sans prévenir, il arracha les boutons de ma chemise et je fermai les yeux. J’aurais tellement voulu être digne, ne pas lui offrir ça. Mais je ne pouvais pas. Ses mains firent descendre le tout sur mes épaules, et j’essayais d’occulter les pleurs de Suzy et Jenah. Sans succès. Je sentis les doigts glisser contre la ceinture de mon jeans, mais ne pu en supporter d’avantage.

Aristide. Matthew. Stefan. Par pitié ! Pas encore, plus cette fois.

C’est là que je perdis le fil de ce qui devait suivre.
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Aristide Tetropoulos
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MessageSujet: Re: Départ pour Elizabethtown - GROUPE N°4 { ARISTIDE - DIANE }   Mar 3 Mai - 11:29

La situation tournait de plus en plus mal, à présent nous savions tous avec certitude que nous allions perdre la vie dans les minutes à venir. Moi le premier, sans doute. Je ne pouvais néanmoins permettre que l’on insulte ma sœur de cette manière devant moi, et bien que la chose la plus intelligente à faire aurait été de me taire et encaisser, je n’avais pas assez de sang froid pour ça. Alors, quitte à y laisser la vie, je voulais défendre l’honneur déjà bien amoché de ma sœur jusqu’au bout, encore plus en pensant que ces hommes l’avaient peut-être déjà… Non. Ces porcs ne pouvaient avoir posé leurs sales pattes sur une chose aussi pure que Diane, c’était totalement impossible. J’aurais voulu profiter du coup que je lui avais asséné pour en rajouter tant qu’il encaissait, continuer à le battre jusqu’à ce qu’il ne tombe mort à terre rien que pour avoir osé insulter ma sœur devant moi mais malheureusement, je ne fus pas plus rapide que ça balle. Pas dutout même. A peine sentais-je le morceau de métal s’enfoncer en moi que je lâchai un profond cri de douleur, sentant très distinctement la trajectoire brûlante de la balle. Je ne m’étais jamais fait tiré dessus, et bon sang, ça faisait un mal de chien. Ma jambe flancha soudainement et je m’effondrai dans la neige faute de pouvoir encore me tenir debout, voyant tout de même l’arme se rapprocher une nouvelle fois de moi pour venir se poser vers mon cœur. Le canon me brûla mais je serrai les dents, simplement pour ne pas lui donner la satisfaction de me voir souffrir même si en toute honnêteté, j’avais mal à en crever. Ce mal n’était ceci dit que physique, je pouvais le supporter, je pouvais me montrer assez fort pour serrer les dents et réprimer mes râles de douleur mais, la douleur mentale, je savais que je ne pourrais pas me battre contre. Je savais que je ne pouvais pas les voir toucher ma sœur sous mes yeux sans en crever. Mon cœur s’arrêta sous le choc lorsqu’un des deux porcs qui me faisaient face proposa de me laisser regarder Diane… « crever comme il faut »… Ces mots résonnèrent dans mon crâne avec tant de force, tant d’intensité que l’espace de quelques secondes je m’immobilisai totalement, incapable de penser, de bouger, incapable de respirer même. Ils allaient s’en prendre à Diane. Ils allaient le faire et ce, à cause de moi. A cause du geste que j’avais eu en voulant la protéger, en voulant essuyer l’injure. Ils éclatèrent de rire, ce qui ne fit qu’accentuer ma détresse intérieure, mon absence de réaction, comme si tout mourrait à l’intérieur de telle sorte que je n’en devienne qu’un genre de légume. L’horreur anesthésiait absolument toutes mes facultés de compréhension.

Aussi mis-je un certain temps à comprendre ce que me demandait Diane tandis qu’on la retournait brutalement pour qu’elle me fasse face. Comme si j’assistais à la scène sans la vivre, qu’il ne s’agissait que d’un cauchemar qui allait bientôt prendre fin. Aussi stupide soit cette réaction, oui, je priai pour que ce ne soit effectivement qu’un mauvais rêve, même si la douleur que je ressentais se faisait bien trop profonde pour n’être que fiction. Pensant que je ne pourrais déjà plus en supporter davantage, je vis l’homme qui tenait fermement Diane sortir un couteau puis le glisser contre la peau de son cou, laissant derrière la lame une sombre traînée rougeâtre. La vue de son sang, la vue de cette torture fut pour moi comme un électrochoc qui me ramena soudainement à la vie et aussitôt, je tentai de me relever pour protéger ma sœur. Je tentai, mais le coup de pied que je me pris dans les côtes me força très clairement à rester à terre. Le fait que quelques unes d’entres elles soient déjà fêlées ne fit qu’accentuer la souffrance et cette fois, je ne pu retenir le souffle de douleur qui me transperça. Je sentis les larmes couler sur mes joues tandis que je toussai à la mort, mon souffle coupé par le coup que je venais de me prendre, l’horreur me serrant la gorge si fort que de toute manière, je ne pouvais plus respirer. J’avais envie de mourir. Mourir pour ne plus voir ce qu’ils faisaient à Diane, mourir pour ne plus avoir aussi mal, mourir pour fuir, tout simplement, cette scène d’épouvante. Même dans mes pires cauchemars, je n’aurais jamais pu imaginer rien d’aussi terrible. Même durant les longues heures que j’avais passé à essayer d’accepter le sort de ma sœur durant mon absence, je n’avais rien envisagé d’aussi traumatisant. Mon cœur battait si fort dans ma poitrine que je pouvais espérer qu’il s’arrête bientôt, qu’il lâche et m’épargne ce qui allait suivre. Comme j’étais lâche… Je préférais fuir ce qui allait arriver à Diane plutôt que de le supporter avec elle, mais le supplice, son supplice, m’était beaucoup trop dur à regarder. C’était la pire torture que l’on puisse m’infliger, et ils l’avaient compris en un éclair, une seconde, comme s’ils avaient été formé à détecter chez les autres les points douloureux et poser le doigt dessus, appuyant jusqu’à la mort. Comme si répandre les pleurs et la souffrance sur leur passage faisait partie de leurs attributs naturels. Mais les hommes comme moi, les hommes normaux, ne pouvaient supporter leur barbarie.

Je le vis quand même glisser son couteau entre les lèvres de Diane. Je l’entendis quand même la traiter de salope une nouvelle fois. Je sentais quand même ses mains parcourir le corps de ma sœur comme s’il avait parcouru le mien. Les larmes coulaient toujours sur mes joues mais je ne pouvais les retenir, je ne pouvais pas épargner ça à Diane parce que je n’étais pas assez fort pour stopper l’hémorragie. Pas assez fort pour lui apporter le moindre réconfort ou la moindre aide. Pas assez fort pour la protéger contre eux. Cette impuissance était pire que tout je crois, et elle devint encore plus difficile à accepter lorsqu’il retourna finalement Diane et arracha les boutons de sa chemise. Ce fut plus fort que moi : Je fermai les yeux. Je ne pouvais pas la voir entrain de se faire…Entrain de… Non, je ne pouvais pas. Je ne pouvais même pas le formuler dans mon esprit tant ce mot m’arrachait les tripes. Alors j’ai fermé les yeux, tenté de m’imperméabiliser aux pleurs que j’entendais dans mon dos, aux rires de ceux qui observaient la scène avec plaisir. Je serrai les dents de toutes mes forces mais ça n’y changeait rien : Je ne pouvais pas m’enfuir. Impossible de s’échapper de ce moment, cette minute, ce jour ignoble. Impossible de faire face… Et lorsque j’entendis un premier coup de feu, je cru que c’était pour moi. Je cru que j’étais mort, enfin, qu’ils avaient finalement fait preuve de bonté et m’avaient achevé. Mais il y en eu d’autres, et des cris, encore. Lorsque j’ouvris les yeux, je vis Matthew entrain de rhabiller ma sœur, Stefan qui ramassait les femmes en pleurs derrière moi, tout le reste du groupe et les corps étendus au sol des Hors la loi. Il me fallu un certain temps pour comprendre que c’était fini. Qu’ils les avaient tué, tous. C’était fini. Quelqu’un passa un bras autour de ma taille et me força à me relever mais je ne lui jetai même pas un regard ; J’observai ma sœur, toujours en vie, son chemisier rabattu sur sa poitrine. Tout allait trop vite autour de moi et je n’y comprenais rien alors, quand on m’obligea finalement à marcher tout en me soutenant, je me laissai faire, incapable d’opposer la moindre résistance. Dans mon cerveau tout était bloqué sur cet homme qui touchait encore ma sœur, je n’avais que ça en tête. On entra dans un immeuble, monta deux étages et pénétra dans un appartement vide. Là, l’homme qui m’avait soutenu et qui était enfait Isaac me posa sur une chaise et tout le reste du groupe entra. Mais moi, j’étais encore en bas, dans la neige, entrain de supplier mon cœur de s’arrêter pour ne plus avoir à subir tout ça. Il y eut quelques instants de brouhaha avant que Matthew n’impose le silence et prenne la parole.

« Ils ne reviendront pas, ce n’était qu’un groupe isolé qui est tombé sur nous par hasard, les Hors la loi ne nous cherchaient sans doute pas spécialement. On va s’occuper des blessés, manger, et rester ici jusqu’à demain. Reposez vous. »

Quelqu’un lui demanda dans un cri où étaient les autres. Pour ma part j’étais bien trop sonné pour ne serait-ce que remarqué que nous n’étions plus qu’une dizaine. Matthew jeta un regard à Stefan, soupira et déclara doucement :

« S’ils ne sont pas là, c’est qu’ils ne reviendront sans doute jamais. On s’est tous éparpillé lorsque les premiers coups de feu ont éclaté, s’ils sont partis trop loin… On ne peut rien faire pour eux si ce n’est poster quelqu’un en bas à guetter le moindre revenant. Mais, il y a peut de chance. Désolé. »

Des pleurs éclatèrent tandis que Matthew se dirigeait déjà vers Diane, lui disant quelque chose que je n’entendis pas. J’étais toujours pétrifié, je ne réagissais pas. Isaac m’attrapa de nouveau et me demanda d’ôter mon jeans pour regarder la plaie, ce que je fis sans broncher malgré mes frissons tandis que je me déshabillai : Il faisait un froid de chien même dans cet appartement plein à craquer de gens. Il eut une petite grimace avant de retirer son écharpe et l’enrouler serrée un peu au dessus de la plaie que je n’osai pas regarder, sachant pertinemment qu’elle ne devait pas être très belle. Finalement, Diane s’approcha et Isaac se tourna légèrement vers elle.

« Je crois que ce n’est qu’une égratignure mais, je ne suis pas médecin… J’ai essayé de faire un garrot. Tiens, regarde. »

Il se poussa pour lui laisser la place mais moi, je n’étais toujours pas là. Je regardai une seconde ma sœur d’un œil vide, sans lui demander comment elle se sentait, sans essayer de la rassurer, incapable de la moindre parole ou du moindre geste. J’étais clairement traumatisé

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MessageSujet: Re: Départ pour Elizabethtown - GROUPE N°4 { ARISTIDE - DIANE }   Mar 10 Mai - 23:04

Le temps s’étira anormalement. On aurait dit que tout avait été coupé, qu’il n’y avait plus rien qui se passait. C’était, pour le reste, totalement absurde à mes yeux. Sa main était toujours contre mon ventre, mais plus rien ne bougeait. Mon ventre se gonflait doucement au rythme de ma respiration, qui était étrangement lente cela dit. Il me semblait que j’aurais dû haleter, ou peut-être que je le faisais et que j’étais trop apeurée pour m’en rendre compte. Juste, mes larmes coulaient plus vite que mon ventre oscillait. C’était peut-être ça aussi qui faussait mes impressions. Je pleurais peut-être trop vite. Il allait falloir que je vérifie.


Soudain, la main n’est plus là. J’entendis des coups de feu encore une fois et je n’ouvris pas les yeux. Je refusais de voir qui s’était fait tué, surtout qu’il y avait de grandes chances pour que ce soit mon petit frère. Après tout, les deux autres femmes, elles allaient servir. Ils avaient tellement de besoins bestiaux à assouvir. Enfin, je me décidai à bouger lorsque je sentis le sang se répandre près de moi. C’était impossible qu’Aristide se soit trouvé si près de moi. Cela veut dire… cela veut dire que quelqu’un d’autre a bougé ! Mes yeux s’ouvrirent instantanément et je vis un Matthew, certes sur le qui-vive, hésiter fortement à me toucher. Il semblait réfléchir et, lorsqu’il croisa mon regard, se décida enfin à me redonner ma chemise et à m’aider à revenir. Il ne me regarda plus directement, par contre, après ce moment-là.

-Ça va aller ?

J’hochai la tête mais ne répondis pas. Ce n’était pas une question qui appelait une réponse. Il devait le savoir lui aussi, mais c’était probablement un réflexe que tout le monde avait. Il fallait demander malgré tout. Enfin, voir son frère se faire tirer dessus, retrouver de si bon copains et se faire presque violer, tout ça en plus ou moins 10 minutes, c’était évident que ça ne rendait pas très joyeux. Personne ne parlait vraiment. Mon regard se posa sur mon cadet et je souris mièvrement en me rendant compte qu’il allait bien. Certes, il allait probablement boiter un peu, mais rien d’irrécupérable. Nous étions vivants tous les deux. C’était presque un miracle. Je fus très reconnaissante à Matthew er Isaac, soudainement. Encore plus lorsqu’il dit que nous allions nous arrêter ici pour aujourd’hui. Certes, on aurait pu profiter d’encore un petit moment de clarté, mais dans les circonstances, nous n’étions pas forcément heureux de continuer et de ne pas avoir d’abris sur pour la nuit. Même en sachant qu’il n’y en avait pas d’autres. Mais en sachant que c’était un cas isolé. La peur appelait la peur. La plupart des gens ici, même s’ils vivaient terrés, ne connaissaient pas la réelle terreur. Je les comprenais, cela dit. Moi aussi j’avais été comme eux. Un ange d’innocence qui voit son monde s’écrouler. La souffrance se lisait dans les iris, et c’était terrible. Il n’y avait pas de désespoir plus profond, parce qu’on ne savait pas encore comment on pouvait s’en remette. Même moi… je guérissais à peine que j’étais de nouveau meurtrie. J’étouffai le sanglot qui me venait derrière une quinte de toux et me retournai vers Matthew.


- Je ne te cacherai pas que cela change notre situation. Essaie de soigner ceux qui le peuvent. Je…vais peut-être vous aider avec Alexander. Mais je ne promets rien. Ne lui dis rien, à lui.

Je ne souris même pas. Ça ne me soulageait pas. Il allait, peut-être, essayer de nous aider parce qu’Ari s’était quasiment fait vidé de son sang pour protéger deux femmes et que j’étais en train de devenir une machine à viol. Charmant. Et puis, Alexander n’avait rien vu. Qu’est-ce que ça lui ferait, à lui ? Je me tournai vers Aristide et Isaac. Ce dernier avait raison, la plaie n’était pas des plus belles, mais cela aurait pu être pire. En tâtonnant doucement, je me rendis compte que la balle n’avait pas touché l’os, ce qui me rassura grandement. Ressouder des os n’était pas dans la mesure du possible, pour l’instant. En soupirant, je ressortis la seringue de mes poches. Il n’y avait pas beaucoup de calmant, mais ce serait nécessaire pour recoudre mon frère. Le garrot étant déjà en place, je n’eus qu’à trouver une veine pour injecter le calmant. J’attendis les minutes réglementaires et recousus d’une main habile la plaie après l’avoir désinfectée du mieux que je le pouvais.

Je fis rapidement le tour de la salle, mais personne n’était sérieusement blessé. Quelques pansements, des petits nettoyages et le tour était joué. Je revins vers mon frère et me couchai à ses côtés, totalement effacée dans ses bras.


- J’ai eu si peur Ari…
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Aristide Tetropoulos
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MessageSujet: Re: Départ pour Elizabethtown - GROUPE N°4 { ARISTIDE - DIANE }   Mer 18 Mai - 18:05

D’un œil complètement vide j’observai les doigts de Diane qui se posaient tout autour de ma plaie, cherchant sans doute quelque chose bien que je ne sache pas quoi. Je m’en fichais, je crois. Elle pouvait bien chercher ce qu’elle voulait, me palper entièrement si ça lui faisait plaisir, je m’en foutais complètement. De toute façon je n’étais pas là, avec elle, mon corps était bien présent mais mon esprit avait pris le large. A la manière d’une machine dont il manquerait un rouage, dénuée de vie, d’intérêt, de sens. Le monde autour de moi se déchirait, hurlait et pleurait mais tout cela m’était tout autant égal. De même que lorsque ma sœur sortit de sa poche une seringue, je ne bronchai pas, ne réalisant même pas l’utilité future de ce geste. Je voyais les images mais elles n’avaient plus aucun sens, alors, jusqu’au moment où elle planta finalement l’aiguille dans ma peau, je ne compris pas ce qui allait m’arriver. Puis, non sans une légère grimace, je la laissai me recoudre en demeurant totalement immobile et silencieux. Les autres commençaient à organiser la nuit, préparer le repas et sortir les sacs de couchages, ou du moins ceux qui ne présentaient que des blessures superficielles. Il y avait également ceux qui attendaient avec impatience que ma sœur ne vienne, ne serait-ce que pour avoir un cachet d’aspirine tant la journée avait été longue et éprouvante. C’est drôle comme, en un éclair, on passe du statut d’indésirable à indispensable. Toujours est-il qu’au bout de quelques instants durant lesquels j’étais toujours aussi absent, Diane se releva puis fit le tour de l’appartement pour s’occuper des autres, même si la grande majorité ne le méritait pas. Rien que pour avoir voulu me foutre dehors, tout ce que ces types méritaient était qu’elle les laisse bien gentiment crever, mais Diane étant Diane, cette possibilité n’était malheureusement pas envisageable. Je soupirai avant de me glisser dans le canapé du salon en boitant, ma jambe me faisant souffrir. Pourtant, je n’y prêtais pas attention. Je ne prêtais attention à rien, de toute façon.

Après un long soupir, mes paupières se fermèrent, détruisant le monde qui m’entourait, les gens, l’appartement, les meubles, pour ne laisser que le noir complet de l’intérieur de mon crâne. Mais, à peine eus-je le temps de respirer une nouvelle fois, que déjà le noir s’estompait pour recréer des images que je ne voulais pas voir, des sensations, des souvenirs aussi frais que la neige au dehors et qui allaient certainement me hanter à tout jamais. Il l’insulte. Il l’attrape. Il la touche. Je ne pouvais le supporter une deuxième fois, rouvrant les yeux si rapidement que la lumière m’éblouit et me fit mal. C’est à ce moment qu’une fine silhouette s’approcha de moi, se couchant à mes côtés sur le canapé que j’avais investi. Diane se fit une place dans mes bras sans que je ne bouge volontairement d’un millimètre et se blottit contre moi, ne provoquant pas davantage de réaction de ma part. C’est terrible à dire mais ma sœur ne m’intéressait pas plus que le reste du monde en cet instant, car en réalité je ne sentais même pas réellement sa présence. J’étais absent, loin, très loin de cet endroit et tout ce qui s’y passait glissait sur moi comme sur les plumes d’un canard. Ce ne fut que lorsque j’entendis sa voix, que lorsqu’elle prononça mon prénom, que lorsque je compris le sens de ses mots, que je repris vraiment conscience de la réalité et me glaçai. Ce qu’elle venait de me dire m’arrachait certes aux cauchemars qui dansaient dans ma tête, mais ce ne fut que pour me renvoyer vers un sentiment bien étrange dans le cas présent, un sentiment beaucoup trop vif et fort en comparaison de mon état léthargique, un sentiment de colère profond. Je me redressai dans la seconde, reprenant l’écrin de mes bras dans lequel elle s’était réfugiée et soufflai d’une voix glaciale :

« Va-t-en. »

Il y eut quelques secondes de silence avant que je ne croise son regard, le mien étant particulièrement dur. Vu qu’elle ne bougeait pas, je me répétai, beaucoup plus fort cette fois-ci.

« T’es sourde ou quoi ?! DEGAGE. »

Mais bien avant qu’elle n’ait le temps d’effectuer le moindre mouvement, je l’avais moi-même déjà poussé du canapé et me relevai d’un bond en dépit de la douleur cuisante qui brûla immédiatement mon mollet. Elle tomba par terre, se fit peut-être mal, mais je m’en foutais. J’étais bien trop furieux pour me préoccuper de ça, pour ne serait-ce que m’inquiéter de son état. Pourtant, cela ne me ressemblait absolument pas. Jamais je ne m’étais mis en colère contre elle, jamais je n’avais haussé le ton, jamais je n’avais été impoli. Parce que je l’avais toujours énormément respecté, et aimé. Je l’aimais toujours, mais j’étais bien trop choqué, détruit à l’intérieur, pour prendre le temps de réfléchir calmement à tout ce qui venait de nous arriver et tenter de la réconforter comme j’aurais dû le faire. L’observant de toute ma hauteur, je fronçai les sourcils avant d’exploser littéralement, hurlant en grec.

« T’as eu peur ? T’as eu peur ?! Et moi, tu crois que j’ai ressentis quoi, tu crois que je ressens quoi ?! Mais tout ça, c’est de ta faute ! C’est toi qui m’a obligé à venir, c’est toi qui m’a forcé comme si j’étais un gamin ! Je suis plus un gamin, je suis plus ton Ari, je suis plus ton putain de petit frère que tu traites comme un attardé ! Si tu avais juste pris le temps de m’écouter, rien de tout cela ne se serait produit, mais non ! Non ! Forçons le, le petit con d’Aristide, ne lui laissons pas le choix, de toute façon on s’en fout de ce qu’il peut penser et ce, même s’il a raison ! J’avais raison ! Et tu sais quoi ? Tu sais quoi Diane, c’est pas la première fois que j’ai raison et que toi t’as tort, sauf qu’on t’a tellement habitué à être la fille la plus intelligente de la famille, celle qui n’a jamais fait aucune erreur, celle qui a eu un super diplôme, celle qui n’a jamais déçu, que ça t’écorcherait trop la bouche d’admettre que j’ai eu plus de jugement que toi ! »

Je dû m’arrêter pour reprendre mon souffle sous les regards plus qu’effrayés des autres qui s’étaient déjà éloignés de nous. Cependant, je repris bien vite, toujours dans la langue qui me venait le plus naturellement mais surtout, qui représentait toujours cette complicité à présent en danger entre ma sœur et moi.

« Je m’en foutais de leur voyage de merde, combien de fois je t’ai dis que je voulais pas venir, hein, combien ? Combien de fois tu m’as répondu que j’avais pas le choix ? Et pourquoi ? Parce que TU l’avais décidé pour moi, comme toujours ! Bravo ! Bravo Diane, c’était tellement intelligent ! Qu’est ce que je ferais sans toi et ton QI, putain ?! J’t’avais dis de pas faire confiance à Alexander, ni à tous ces cons, mais ce que j’en pense tu t’en fous complètement de toute façon, y’a que ton avis qui compte. Tes choix. Tes envies. T’as eu peur hein ? Eh bah imagine juste une seconde ce que moi j’ai pu ressentir, et tu comprendras que c’est pas le moment de venir traîner dans mes pattes. »

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MessageSujet: Re: Départ pour Elizabethtown - GROUPE N°4 { ARISTIDE - DIANE }   Sam 21 Mai - 23:16

Je ne bougeais plus du tout, me contentant de l’écouter respirer en me collant à lui. Peu importe la façon dont j’agissais avec mon frère – et je savais que parfois, j’agissais vraiment mal – c’était par amour que je le faisais. Lorsque je le voyais blessé ainsi, j’avais mal comme jamais. Il aurait pu mourir, si ces hommes là dehors n’avaient pas voulu le faire souffrir d’avantage. En un sens, j’étais contente que les Hors-la-loi soient si cruels. Ils auraient pu embarquer les femmes et tuer Aristide. Mais non. Il fallait qu’il souffre plus que ça. Et grâce à ça, les autres étaient arrivés à temps. J’avais toujours le véritable homme de ma vie. J’étais tout à fait paisible, d’ailleurs, quand il a parlé. C’était tout de suite après moi, mais j’avais l’impression de dormir. Je n’ai pas réagi.

Par contre, quand il me hurla dessus et que je déboulai directement sur le sol, là, j’ai repris mes esprits. J’étais tellement choquée que je n’avais pas le choix. La première chose dont je me suis rendue compte, c’était que ça m’avait vraiment fait mal dans le dos. J’étais mal tombée, sur quelque chose qui ressemblait à du béton. Mais la douleur fut vite effacée par la surprise. Jamais il n’avait été méchant avec moi. En tous cas, les rares fois où il avait lancé quelque chose de blessant, il s’était vite excusé en voyant les larmes me monter aux yeux. Mais là, il m’avait blessée. Intentionnellement. Il avait l’air de s’en foutre royalement, que je sois étalée par terre. Il hurlait et je ne comprenais pas.

- Ari…

Mais il continuait à dire des horreurs. Depuis combien de temps est-ce qu’il retenait tout ça ? J’aurais bien voulu croire que c’était de la faute de la morphine, mais ça ne se pouvait pas. Le médicament rendait les gens très calmes, il ne les forçait pas à balancer toutes sortes de choses. J’avais envie de vomir tant il était en colère contre moi. Le pire, ce n’était pas ce qu’il disait, c’était de la façon qu’il le disait. Dans notre langue, qui ne servait qu’à notre plaisir. Des conversations qui nous ramenaient en enfance. Et là, il s’en servait pour me détruire. J’en avais la bile aux lèvres.

- Je sais que tu es intelligent ! Je n’ai jamais dit le contraire, je…

Il me coupait de nouveau, pour continuer son monologue. M’avait-il seulement écoutée ? Oh, mon petit frère, mon très cher petit frère. C’était vrai ce qu’il disait, je n’envisageais jamais vraiment de me tromper, mais en même temps j’avais rarement tord. Les gens me faisaient confiance, c’était ainsi. Peut-être que c’était frustrant d’être continuellement le deuxième. Le puîné, celui qui a perdu sa mère, celui que le père déteste. Le moins aimé dans une famille déjà comblée. Le moins vanté dans une famille où la fille avait tout : les notes, la beauté, la gentillesse. Non, je n’y avais jamais pensé. Il n’avait jamais laissé entendre que ça le dérangeait. Chaque été, tout reprenait de plus belle. On s’aimait de façon inconditionnelle. Qu’est-ce que j’avais manqué ?

- C’est toi qui m’as ramenée ici ! Toi et toi seul ! Tu disais qu’on serait en sécurité ! Tu voulais qu’on revienne, autant que moi. Tu te plais ici…Tu as Kay et Lyzee. Et tu sais aussi bien que moi qu’on ne pouvait pas rester à New York avec les hommes qui y trainent ! Nous n’aurions pas survécu deux jours, Ari. Ici…on a une chance. Je sais que tu détestes Alexander. Mais Ari…

Je pris une grande inspiration. Je ne voulais pas le blesser, mais c’était certain que ce que j’allais dire le ferait. Je ne pouvais pas m’en empêcher. Je ne tolérais pas qu’il m’attaque comme ça. Les larmes aux yeux, je lui balançai l’affreuse vérité.

- Ce que tu détestes, c’est le regard des autres. Gabrielle ne sera jamais à toi petit frère ! Oublie-la ! Tu n’as pas eu peur pour ta vie, tu as eu peur de ne jamais la revoir. Tu es un putain d’égoïste Aristide Tetropoulos ! Tu penses à ton cul mais tu ne te soucies pas des autres. J’ai besoin de toi. Et ne me dis pas que je ne comprends pas ta peur, j’ai vécu une maudite année à me faire martyrisée pendant que tu baisais la femme du chef ! C’est de ta faute, pas de la mienne.

Malgré tout, alors que j’étais toujours par terre, le côté médecin repris le dessus pour un moment.

- Couche toi…tu vas ouvrir ta plaie si tu continues comme ça.
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Aristide Tetropoulos
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MessageSujet: Re: Départ pour Elizabethtown - GROUPE N°4 { ARISTIDE - DIANE }   Lun 23 Mai - 4:08

L’usure, la fatigue et le choc psychologique participaient grandement à mon pétage de plomb soudain. Je n’étais pas habitué à m’énerver pour un rien et hurler à la première occasion, et pourtant il m’avait été impossible que de me contrôler. Peut-être parce que je n’étais pas non plus habitué à voir des mecs prêts à violer ma sœur… Toujours est-il que j’étais carrément furieux, et que mon coup de sang n’allait sans doute pas s’apaiser de si tôt. Je ne savais même pas où est ce que j’étais allé cherché tout ça, tous ces reproches que je ne pensais pour la plupart pas. Je n’avais cependant absolument pas l’intention de m’excuser, considérant que Diane méritait bien la majorité de mes paroles. C’était elle qui avait choisi pour moi. Elle qui m’avait forcé. Elle qui nous avait entraîné dans cette tragédie. Si nous étions restés à la Communauté, nous ne nous serions jamais retrouvé là lorsque les Hors la loi auraient débarqués, et nous n’aurions jamais failli en mourir. Logique implacable. Elle qui était si brillante, si flegmatique, si douée ne verrait sans doute aucune objection à mon raisonnement plus que construit, pour une fois ! Pour une fois qu’elle avait tort, tort, tort ! J’avais envie de lui hurler ce mot une bonne cinquantaine de fois dans les oreilles, par simple esprit de vengeance, juste pour lui montrer ce que ça faisait. Mais pourquoi ? Vengeance sur quelle injustice ? Le pire dans tout ça était que dans mon état normal, je n’aurais jamais pu penser et encore moins dire la moitié de ce que je venais de lui vomir au visage. Celui que j’étais avant ce soir n’avait jamais considéré sa sœur comme un problème ou une rivale, il n’avait jamais envisagé de lui en vouloir pour son niveau d’études ou pour sa beauté. Au contraire, j’en étais fier de ma Diane. J’étais fier de pouvoir dire qu’elle était sortie première de sa promotion, fier de la présenter à mes amis qui bavaient allègrement, fier de me pointer partout à ses côtés et l’entendre dire « C’est mon frère ». Peut-il y avoir une ombre de jalousie dans la fierté ? Non, je ne le pensais pas. Par contre, il y avait une simple envie de faire du mal dans mes propos, qu’ils soient pensés ou non. La souffrance que l’on venait de m’infliger, je pensais la devoir à Diane, et pour cela je voulais qu’elle ait mal également. La loi du talion dans une version encore plus cruelle et injuste.

Mensonge ! JE n’avais PAS voulu revenir, et JE ne l’avais PAS convaincu de le faire ! C’était elle ! Elle qui avait eu l’idée du faux mariage, elle qui avait mis un plan au point, elle qui m’avait supplié de la suivre. Diane avait la mémoire courte, ou bien préférait-elle m’attribuer ses propres erreurs, ses propres faiblesses en imaginant sans doute que je ne me souviendrais pas ou ne ferais pas la différence. Elle me prenait, en somme, sacrément pour un con. Même si je lui avais parlé de la Communauté, même si je lui avais conseillé de les rejoindre, c’était pas moi qui l’avait prise par la main pour y retourner ! Ensuite, je m’en foutais de Kaylhen, et le simple fait… Bon sang, le simple fait qu’elle ose m’en parler devant tout le monde me mettait encore davantage en colère. Le pire, c’est que Diane savait très bien ce qu’il s’était passé avec Kay et qu’elle savait tout aussi bien que depuis notre relation n’avait plus aucune valeur, ce qui au fond devait bien l’arranger. Combien de fois avait-elle été jalouse de mes copines ? Ca devait lui faire trop mal que moi j’ai une vie amoureuse et qu’elle, elle ne soit bonne qu’à apprendre des pages et des pages de conneries dans un foutu bouquin. Je fulminai. Le reste de ses arguments ne me parut pas plus convainquant que le reste, parce qu’elle arrangeait toujours les choses à sa sauce. Nous n’aurions pas pu vivre à New York ? A moins d’une erreur de ma part, je ne lui avais jamais demandé de rester avec moi. Au contraire, je voulais une vie meilleure pour elle, qu’elle s’en aille de ce merdier et retrouve une existence normale. Il n’y avait que moi qui serais resté. Moi, et moi seul. Je lui avais rien demandé bordel, et Alexander avait rien à foutre là-dedans. J’eus un rire nerveux en détournant les yeux, écoeuré. De toute façon, j’aurais toujours tort. Diane savait trop bien remanier les faits pour les tourner à son avantage, pourquoi s’était-elle tournée vers la médecine ? Elle aurait dû faire du droit, question bourrage de crâne en sa faveur c’était décidemment la meilleure.

Garce, garce, garce. Ce mot dansait devant mes yeux tandis que je reportai mon regard sur Diane. Salope même. Comment osait-elle…Comment osait-elle… J’avais envie de lui dire d’aller se faire foutre, peut-être parce que j’étais bien plus blessé que précédemment. Cette fois, je devais bien admettre qu’elle avait raison, mais cela ne faisait qu’accentuer la dureté de ses propos. Oui, j’étais un égoïste, oui j’aimais encore Gabrielle, oui j’avais passé un an pénard pendant qu’elle vivait des horreurs. Je le savais, et j’en souffrais suffisamment sans qu’elle n’en rajoute une couche. Qu’est ce qu’elle croyait ? Que je parvenais à vivre avec, à dormir la nuit, à me dire que ce n’était pas de ma faute, que je n’y pouvais rien, et passer à autre chose ? Espèce de salope, Diane. Elle savait très bien qu’elle me détruisait mais elle s’en foutait, de toute évidence. Comment pouvait-elle me reparler de tout ça en me le crachant au visage, comment osait-elle remettre tout ça sur le tapis… ? Je tombai encore plus bas. Ca, c’était vraiment trop dur à avaler, trop dur à encaisser… C’était injuste. Elle n’avait pas le droit de me reprocher l’année passée à l’abri sans elle, comment aurais-je pu deviner qu’elle était chez Armando, torturée et violée ? Comment j’étais censé le savoir ? Ce qu’elle ne savait pas par contre, c’est que cette année n’avait pas été joyeuse pour moi non plus, que j’avais mis des mois avant de reprendre vie tant elle me manquait et tant je ne parvenais pas à accepter sa disparition. J’avais souffert aussi. Moins, mais j’avais souffert quand même. Alors qu’elle aille se faire foutre avec ses reproches, qu’elle aille les vomir à la gueule de quelqu’un d’autre. Quelque chose venait de se briser entre nous, et je n’avais pas l’intention de faire quoi que ce soit pour le réparer.

« Laisse moi tranquille. »

Prononçai-je d’une faible voix. Je m’en foutais d’ouvrir la plaie, et je ne voulais pas qu’elle s’en occupe. Je ne voulais plus qu’elle s’occupe de quoi que ce soit ayant attrait avec moi, d’une manière plus générale. Il se passa quelques secondes durant lesquelles je l’observai sans dire mot, hésitant à répondre ou non. Ca ne servait à rien. Ce qu’elle venait de me dire, elle le pensait et j’en étais certain, or je ne voulais pas débattre de ça. Je n’en avais pas le courage, ni la force, tout ce que j’avais affronté aujourd’hui me paraissait déjà bien suffisant. Alors, après ces quelques secondes, je me rhabillai entièrement et sortis sans un regard vers Diane de l’appartement, descendant jusqu’au hall où je trouvai Matthew qui montait la garde. Il m’observa quelques instants avant de sortir un paquet de cigarettes de sa poche et me le tendre. Une seconde, j’envisageai de refuser avant de finalement le prendre, tirer une cigarette, et l’allumer. Je m’étouffai au passage, n’ayant pas l’habitude du tabac, avant d’inspirer de nouveau et m’asseoir sur une marche à côté de Matthew. Je ne fumais pas, et si Gabrielle me voyait elle me tuerait. Gabrielle… J’aurais voulu qu’elle soit là. Qu’elle me prenne dans ses bras et me console, qu’elle me murmure des mots doux, des mots de réconfort. J’aurais donné n’importe quoi contre sa présence mais j’étais seul. Même Diane, même ma sœur me crachait au visage. Je tirai une nouvelle bouffée sur la cigarette, tentant vainement de me détendre mais je n’y parvenais pas. C’était la pire journée de ma vie. La nuit tombait déjà, je me demandais si Matthew y voyait grand-chose, mais finalement j’aperçu d’autres types qui eux étaient dehors et devaient avoir une meilleure vue. Bon. Je n’étais pas utile ici, et ils me détestaient tous, mais au moins n’avais-je plus à supporter Diane et ses mots assassins. J’écrasai la cigarette et jetai le mégot. La pire journée de ma vie. J’ai passé la nuit là, assis aux côtés de Matthew sur les marches de l’escalier, appréhendant un signal qui signifierait qu’ils nous avaient retrouvé, mais rien ne se passa. Ils changèrent les tour de garde, certains montèrent se coucher, d’autres descendirent, et nous restions là, tout les deux, sans prononcer un mot. Le froid engourdis rapidement tout mon corps et vers trois ou quatre heures du matin, je m’endormis difficilement.

« Tiens Tetropoulos. »

A peine eus-je ouvert les yeux que l’on me colla un gobelet en plastique rempli de café dans les mains. Malgré le sommeil qui embrumait encore mon esprit je parvins à remercier Matthew, et bu quelques gorgées pour me réchauffer. Le soleil se levait à peine, le ciel était d’un gris menaçant. Il neigeait encore. J’eus un soupir avant de terminer mon café et remonter vers notre cachette, là où tous se levaient déjà et remballaient leurs affaires. Je n’eus pas un seul regard vers Diane. Malgré tout l’amour que je pouvais lui porter, je lui en voulais encore bien trop pour la veille. Alors, j’ai ignoré la douleur de mon mollet, rangé mes affaires comme les autres, et je suis redescendu avec mes sacs jusqu’au hall d’entrée. Au bout d’une demi heure tout au plus, nous nous sommes remis en route. Je boitai, mais cela ne m’empêcha pas d’avancer plus vite que le jour précédent pour ne pas être à proximité de Diane. Je n’avais pas envie de lui parler, ni de la voir. Je voulais juste qu’on en finisse, qu’on avance et qu’on quitte ce trou à rats. Avec ou sans elle à mes côtés.

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MessageSujet: Re: Départ pour Elizabethtown - GROUPE N°4 { ARISTIDE - DIANE }   Sam 28 Mai - 16:48

Sous le choc. Ma colère n’en était pas vraiment une. Oui, je lui en voulais pour tout ce que j’avais énoncé. Mais en même temps, le hasard avait bien fait les choses. Si Aristide n’avait pas couché avec Gabrielle, il n’aurait pas été expulsé. Il ne se serait pas promené dans Central Park et nous ne nous serions jamais retrouvés. En un sens, c’était grâce à ça que nous étions ensemble. Et puis, c’était vain de lui reprocher ça. Ce qui était fait était fait, on ne pouvait pas changer le passé. On avait d’ailleurs déjà eu cette conversation, je le savais. On ne pouvait pas y revenir sans cesse. C’était même injuste de ma part de relancer ça. Je savais bien que je ne pourrais pas me servir de ça chaque fois que je ferais une erreur, juste pour lui montrer que la sienne était pire. Je n’avais juste pas pu m’en empêcher. C’était sorti, comme ça. Je savais que ce n’était pas moi qui me trompais, présentement. C’était lui. Il fallait qu’on parle. On n’était plus en sécurité à New York. Je ne savais pas pour lui, mais personnellement, j’avais envie de tout sauf de me retrouver face à un Armando de bonne humeur. Mais ça, Ari ne le comprenait pas. D’accord, il avait vécu l’attaque. D’accord, il m’avait vue. Mais on aurait dit qu’il ne savait pas à quel point je pouvais avoir peur. Ça, ça me frustrait.

Le plus difficile, ce fut de le voir partir, me planter là comme si j’étais une belle idiote. Tout le monde nous regardait, personne ne comprenait vraiment. Évidemment, le Grec, c’était difficile à capter pour les non-initiés. Néanmoins, vu qu’on criait tous les deux, que Ari m’avait plantée là et que moi j’étais à deux doigts de la crise d’hystérie, il fallait pas un diplôme universitaire pour savoir qu’on n’était pas en train de se parler d’amour. Et même si je lui en voulais, je ne pu résister et me mit à lui courir après quand il partit. La seule chose qui me retint, ce fut les bras d’un homme – je ne savais pas lequel- qui m’emprisonnèrent lourdement. Bien trop faible pour me libérer, je ne contentai de me débattre et de crier après mon frère jusqu’à être trop épuisée pour même bouger. Le sommeil vint me chercher tard, bien longtemps après que j’aie fini de pleurer tout mon soul.

Le matin ne m’apporta rien de bon. Aristide n’était pas là, il n’était probablement pas rentré de la nuit. Avait-il seulement dormi ? Pire encore, est-ce qu’il était parti pour toujours, convaincu qu’il avait raison ? J’avais peur de ce qu’il avait pu faire. Matthew montait la garde, et Matthew n’aimait pas Ari. Il l’aurait laissé partir avec un sourire aux lèvres. Il l’aurait même flingué, s’il le lui avait demandé, j’en étais certaine. Suzy me remarqua et me sourit gentiment, mais j’en avais assez de ces hypocrites. Je leur sauvais la vie, j’étais la meilleure personne au monde. Je sauvais la vie de mon frère, j’étais bonne à être lapidée. À la place de répondre, je descendis et trouvai les hommes tous prêts. Aristide ne me regarda pas. Quand j’essayai d’aller vers lui, il s’éloigna. Mon cœur eut un sursaut et je me retins de grandes peines pour ne pas pleurer. Une femme dont je ne connaissais pas le nom s’en aperçu et vint vers moi, mais j’écoutai à peine ce qu’elle me disait. Je voulais mon petit frère. On ne s’était jamais déchirés comme ça. J’avais peur qu’on soit allés trop loin.

La route fut longue loin de mon petit frère. Environ à la moitié de la journée, Matthew s’avança vers moi.

- Hier, il s’est passé quoi ?
- Ari pense avoir raison et moi aussi. Je ne pense pas qu’on tombe d’accord.


C’était plutôt vague comme explications, mais il l’accepta en hochant la tête et resta près de moi pendant un moment en silence. Je lui en fus reconnaissante. Il ne dirigeait pas le groupe vers Elyzabethtown pour le moment, lui non plus ne devait pas avoir beaucoup dormi. Il finit quand même par me dépasser, mais sa présence qui me faisait si peur au début m’avait rassurée. Il me donna même le courage d’aller vers mon frère.

- Je t’aime Aristide. Je pense que tu as tord, mais je t’aime quand même. Je ne veux pas qu’on se prenne la tête pour ça. On pourrait ne plus en parler et oublier ce qui s’est passé…s’il te plait.
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Aristide Tetropoulos
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MessageSujet: Re: Départ pour Elizabethtown - GROUPE N°4 { ARISTIDE - DIANE }   Sam 28 Mai - 18:20

Plus j’avançais et plus j’avais mal. Cependant, il m’aurait été impossible que de dire si la douleur était physique ou mentale. Les mots de Diane ne cessaient de se repasser dans ma tête, en boucle, comme une chanson atroce que l’on me forcerait à écouter jusqu’à ce que je désire le crever les tympans tant ce serait insupportable. C’était tellement facile de me reprocher d’avoir eu une liaison avec Gabrielle, tellement facile de m’accabler en me disant que je n’avais pas connu sa souffrance durant sa séquéstration, tellement facile de me coller sur le dos la haine des gens, mais elle ne se rendait pas compte qu’en faisant cela elle agissait exactement comme eux. Elle avait les mêmes réactions, les mêmes mots que toutes ces personnes qui me crachaient sans cesse dessus et me faisait vivre l’enfer juste parce que j’avais eu le malheur de tomber amoureux. Même ma sœur ne comprenait pas ça, mais comment l’aurait-elle pu ? Ce n’était qu’un cœur de glace tout juste bon à aimer ses bouquins et son foutu diplôme, elle n’avait jamais connu d’homme. Elle ne pouvait pas savoir ce que ça faisait, mais de là à me le reprocher… Si je ne pouvais même pas compter sur le soutien de ma sœur, sur qui devrais-je compter à présent ? Je préférais ne même pas y penser, resserrant le col de mon pull autour de mon cou alors que je frissonnai. Il faisait toujours aussi froid, et la neige ne semblait pas vouloir s’arrêter de tomber, me gelant totalement. J’aurais donné à peu près n’importe quoi pour rentrer au chaud à la Communauté, quitte à subir Alexander et ses foudres parce que j’aurais quitté le groupe. Quoi que, ça l’aurait sans doute bien arrangé que je ne sois pas à ElizabethTown, mais que je pourrisse ici, à New York. De cette manière il n’aurait pas eu à me supporter une fois leurs nouvelles vies construites. Diane n’avait qu’à penser de la même manière, puisque j’étais si con que ça. Elle n’avait qu’à se dire qu’elle vivrait bien mieux sans moi et qu’après tout, je ne comprenais rien alors autant se débarrasser une bonne fois pour toutes de l’idiot de petit frère. Voilà ce qu’elle avait à faire, la parfaite petite Diane. Petite salope de Diane. Non, je ne décolérais toujours pas, même si pour le moment je parvenais à serrer les dents et me retenir de lui sauter de nouveau à la gorge. A quoi bon ? Si elle me méprisait tant pour toutes mes erreurs, ce ne serait pas une nouvelle dispute qui y changerait quoi que ce soit.

Nous marchions depuis des heures au moins, j’avais envie de m’arrêter. Mon mollet me faisait de plus en plus souffrir et celle fois, c’était clairement physique. Cependant je ne comptais pas freiner le groupe ou faire ma mauvaise tête en m’arrêtant seul, non. S’effacer, faire comme tout le monde, je ne voulais pas que quiconque ait encore quoi que ce soit à me reprocher parce que le premier qui prononcerait un mot contre moi, il se prendrait mon poing dans la figure. J’étais tellement sur les nerfs que je ne me serais sans doute pas retenu. J’évitais toujours Diane avec soin lorsque soudain je sentis une présence à mes côtés, la sienne j’en étais certain. Je soupirai avant de tenter d’accélérer le pas seulement j’étais déjà tellement fatigué que j’en fus bien incapable et dû supporter ses mots, encore. Elle m’aimait. Bah voyons ! C’était tellement simple comme approche, tellement basique. Elle croyait sans doute que j’allais tomber dans ses bras en pleurant pour ça, mais elle se mettait le doigt dans l’œil. Je n’avais plus dix ans, il ne suffisait pas de me caresser les cheveux pour que j’arrête de pleurer et oublie en trente secondes ce qu’on avait bien pu me faire. Ses mots étaient profondément gravés dans ma mémoire, et ils n’allaient pas s’en déloger de si tôt. Surtout que la suite ne me fit qu’enrager un peu plus. Nous tournions en rond. C’était toujours moi qui avais tord, et toujours elle qui avait raison, comme par hasard. Con jusqu’au bout hein ? Elle n’avait décidemment absolument aucune estime pour moi ou ce que je pouvais bien ressentir, le simple fait qu’elle ne veuille pas qu’on continue à en parler le prouvait. Alors comme ça, elle pouvait m’enfoncer six pieds sous terre et ensuite on n’en parlerait plus parce qu’après tout, ce n’était pas bien grave, hein ? Que je puisse avoir mal, on s’en foutait totalement, tout ce qu’elle voulait c’était son gentil petit frère sur lequel elle pourrait se reposer. Je soupirai de nouveau avant de lui jeter un regard froid. Elle pouvait compter là-dessus, je n’allais pas oublier. Pas cette fois. Si elle n’avait pas compris que Gabrielle m’était chère et que ce sujet était très sensible, elle allait forcément finir par l’entrer dans sa petite tête. Il ne suffisait pas de se pointer la bouche en cœur après m’avoir incendié pour que je passe l’éponge, et ce même si je l’aimais de tout mon cœur, bien plus que Gabrielle même. Ce n’était pas la question. Le vrai problème était qu’elle me prenait pour un con, c’est tout.

« Moi aussi j’t’aime. C’est bon, t’es contente ? Tu peux me foutre la paix maintenant ? »

J’eus un nouveau soupir en voyant l’éclair de souffrance qui passa dans ses yeux et détournai les miens. Je n’aimais pas lui faire du mal, quand bien même je lui en veuille énormément. En même temps, je savais que ma réaction était excessive, mais tout ce qui s’était passé hier était encore bien présent dans mon esprit et j’avais du mal à m’en défaire. J’avais du mal à relâcher toute la pression accumulée tandis que je pensais que ma sœur allait se faire tuer et violer, à m’évader de ce souvenir difficile à supporter et qui me rendait absolument exécrable. Mais Diane était ma sœur, et je l’aimais plus que de raison. Je n’avais jamais été aussi dur avec elle, et au fond tout cela ne mènerait à rien.

« Tu m’as blessé. Arrête de croire que j’ai toujours faux sur toute la ligne s’il te plait, tu me traites vraiment comme un moins que rien des fois… Et on dirait que t’arrives même pas à comprendre que moi aussi je peux souffrir. Je t’en veux pour ça, et ça ne va pas passer de si tôt. Désolé Diane, mais pour le moment il vaut mieux que tu me laisses tranquille. »

Je soupirai.

« Et puis franchement, t’es de quel côté ? Si tu penses vraiment que je suis qu’un con, pourquoi tu fais pas comme tout le monde, pourquoi tu m’ignores pas tout simplement ? Parce que je suis ton frère ? S’il te plait, on a passé l’âge. Que je sois ton frère signifie pas forcément que tu dois m’aimer et réciproquement. Réfléchis-y une seconde et tu verras que t’as pas besoin de moi, voire même que tu t’en sortirais bien mieux sans moi parce que dès que les gens verront que tu m’as lâché, ils t’adopterons parmi eux. Tu vas voir, c’est super cool la vie en communauté quand on t’accepte. Voilà, tu sais ce qu’il te reste à faire maintenant. »

Sur quoi je lui adressai un clin d’œil et m’éloignai.

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MessageSujet: Re: Départ pour Elizabethtown - GROUPE N°4 { ARISTIDE - DIANE }   Dim 12 Juin - 16:29

En cette ultime danse où se joue le hasard
Quand je serai certain de te perdre à jamais
Te laisserai aller, regrettant ton départ
Souhaitant que devant toi s'enfuient les vents mauvais.


C’était la vérité. Je n’avais fait que lui dire la pure, la plus intacte des vérités. Nous ne tomberions jamais d’accord sur ce sujet, j’en étais à peu près certaine : il aimait Gabrielle et je trouvais qu’elle avait gâché la vie de mon frère. Je n’allais pas pouvoir apprécier une femme qui aurait pu faire en sorte que mon cadet soit pris par les Hors-la-loi. En revanche, Aristide, je l’aimais inconditionnellement. Malgré les horreurs que nous nous étions balancés, malgré la colère froide qui semblait toujours le torturer, malgré que je ressente le besoin imminent de le remettre à sa place, je l’aimais et ça ne pourrait jamais changer. C’était inscrit au plus profond de moi-même, je l’aimais à la manière d’une mère, d’une sœur, d’une amie. Je connaissais presque tout de lui et inversement, pas de secrets jamais. Ce qui faisait qu’il était bien plus facile de démolir l’autre, puisque les faiblesses en étaient imprimées à l’encre rouge dans nos esprits. Je pensais chaque parole que je lui avais dites, oui, j’étais jalouse de la vie facile qu’il avait eu, oui, je lui en voulais de se sentir mal alors qu’il n’avait quasiment rien eu, mais il en restait que j’aurais fait n’importe quoi pour lui. Je n’étais pas prête à dire adieu à notre relation, je ne le serais probablement jamais. Que nous nous soyons retrouvés indiquait bien entendu que notre destin était de toujours être liés, toujours être ensemble envers et contre tous. Tout irait mieux lorsque nous aurions oublié la soirée précédente. Voilà pourquoi il ne fallait jamais en reparler.



Mon petit frère ne l’entendait pas ainsi ; ses paroles me blessèrent encore plus. Je savais que je n’avais pas la science infuse, je savais que je me trompais parfois, mais sur ce cas précis j’étais certaine d’avoir raison. J’avais plus d’expérience que lui avec la vie, je savais que cet amour à sens unique – car il ne pouvait en être autrement, elle était mariée – n’aboutirait jamais à rien. Je savais que la solitude l’aurait tué s’il était resté tout seul à New York et, peu importe ce qu’il en disait, je savais que c’était le bon choix. Le temps effacerait ses tourments et il viendrait un jour où tout serait comme avant. Je voulais lui crier que je ne l’aimais pas seulement parce que nous partagions notre sang ; il le savait, il le savait forcément. Il n’avait pas pu passer à côté de quelque chose d’aussi énorme, d’aussi tangible. Mon père ne l’appréciait pas, il me suppliait de passer chaque été avec lui, mais je ne manquais jamais de retrouver mon frère. Je lui parlais de tout, lui montrais des photos de ma vie, lui parlais du jour où il viendrait chez moi…Je l’avais aimé autant que possible, pleurant mes départs, me réjouissant de mes rares visites à son pays. Aristide était au centre de ma vie, qu’il fut adopté, qu’il fut mon cousin ou mon jumeau n’y aurait rien changé. Il était l’être que j’aimais le plus au monde et s’il ne l’avait toujours pas compris, je n’y pourrais jamais rien. J’ouvris la bouche pour répondre, mais rien ne sortit et je ne pu que le regarder s’éloigner, impuissante.


En cette ultime danse où se joue le hasard
Quand il me faudra dire à ta vie adieu
Je voudrais que pour toi elle ait tous les égards
Que tu saches un jour t'envoler vers les cieux.

Il y eut une nuit ; il y eut un matin. Le silence m’entourait, le choc me tenait. Je fonctionnais comme une automate, respectant le choix de mon frère que je ne l’approche pas, ne parlant plus à personne. Il était le plus beau cadeau de ma vie, le seul pour qui j’aurais fait n’importe quoi et je l’avais perdu. Mon cœur semblait sur le point d’exploser, mais je le retenais. S’il brisait, ça allait faire si mal. Ça faisait déjà mal. Je me tenais près d’Isaac, ne le regardant pas pour autant, je me demandais même s’il était vraiment là. Me parlait-il ? Aucune idée. Si Aristide trouvait que je devais me taire, alors je me tairais. Ma seule inquiétude résidait dans le fait que la blessure à sa jambe pouvait s’infecter, mais je n’y pourrais rien. Nous n’avions pas le matériel ici pour le soigner. La nuit, je pleurais contre le sol qui me tenait lieu de matelas. Je m’éveillais comme un zombie et marchait encore, cuisant sous le soleil, indifférente aux brûlures sur ma peau. Si Aristide voulait que je ne sois plus, je ne serais plus. Je l’aimais assez pour lui offrir cela à la toute fin, le respectais assez pour comprendre qu’il n’était plus un gamin et que s’il ne voulait plus de sa grande sœur, alors sa grande sœur devait s’éclipser. Il y eut une nuit ; il y eut un matin. Elizabethtown se dessina à l’horizon et je ne parvins pas à m’en réjouir comme les autres. J’étais inquiète pour mon frère, inquiète de ce qu’Alexander ou Ethan allait pouvoir lui faire. Ils ne l’aimaient pas, il avait menti. Ma garantie relative était la colère qui nous séparait, mon métier, mon statut de femme. Aristide n’en avait aucune. Mon regard ne le quitta pas de la matinée, mais quand nous entrâmes dans la ville et que Matthew le prit à part pour l’emmener voir les chefs, je m’autorisai enfin à pleurer. En une semaine, une vie d’amour avait éclaté. Ça faisait mal.


En cette ultime danse où se joue le hasard
Nous verrons nos esprits l'un à l'autre avoués
Nous nous séparerons, endeuillés et hagards
Quand le nœud qui nous lie se sera dénoué.


End.
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