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 Départ pour Elizabethtown - GROUPE N°5 { ALEXANDER - GABRIELLE - AARON - LIAM }

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Katarina K. Jones
In the shadow of your heart.
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MessageSujet: Départ pour Elizabethtown - GROUPE N°5 { ALEXANDER - GABRIELLE - AARON - LIAM }   Sam 26 Fév - 10:52

GROUPE RP NUMERO 5 :

Ordre de postage : ALEXANDER GABRIELLE - AARON LIAM

Présence d'une vingtaine de PNJs à prendre en compte ( ou non ^^ ). Ce sont les derniers à partir, avec ce qu'il reste. Plus personne ne reste à la communauté après leur départ. Groupe mieux armé que les autres car plus important.

Le trajet jusqu'à Elizabethtown prend un peu moins d'une semaine à pieds.

Détails à prendre en compte : La température à l'extérieur de la ville est basse, et la neige couvre encore une bonne partie des lieux. Ce groupe transporte les derniers blessés.

_________________
« AND HE TOOK HER IN HIS ARMS AND KISSED HER UNDER THE SUNLIT SKY,
AND HE CARED NOT THAT THEY STOOD UPON THE WALLS IN THE SIGHT OF MANY. »

— J.R.R. Tolkien.
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MessageSujet: Re: Départ pour Elizabethtown - GROUPE N°5 { ALEXANDER - GABRIELLE - AARON - LIAM }   Mar 15 Mar - 21:27

Et bien voilà, il était temps de partir, temps de quitter ce lieu qui avait été notre refuge, mon premier rêve de grandeur après ce cataclysme. Je ne le quittais pas sans un pincement au cœur. Cela avait été les prémices d'une idée folle, mais qui avait vu le jour, grâce à une poignée de personnes qui avaient cru en moi et s'étaient donnés les moyens de me suivre. Aaron avait fait beaucoup grâce à ses talents d'architecte. J'y avais fais de merveilleuses rencontres, m'étais lié avec des personnes formidables qui seraient des amis jusqu'à la fin... Voire des membres de ma famille. Katarina, Ethan, l'adorable Lena, Riley, Cassandre, Isaac, Aaron, Mathilda, Lili, Liam... J'avais vécu beaucoup de choses avec eux, bonnes, comme mauvaises.

Et dieu savait que des tuiles, nous en avions eu... L'effondrement des galeries, l'attaques des hors la loi... Et j'avais failli perdre ma femme. Je ne l'avais d'ailleurs pas encore tout à fait retrouvée. La trahison était quelque chose que j'acceptais mal... Surtout qu'elle était amoureuse de cet autre homme, homme qui était revenu avec sa femme. Je ne voulais plus entendre d'Aristide. Je ne lui accordais pas un regard, il ne m'était rien. Et pourtant, il était parti à Elizabethtown. Nous étions les derniers à partir.

Tout ne s'était pas passé exactement comme prévu. Si nous avions trouvé un nouveau refuge à Elizabethtown, nous y avions laissé un ami. Ethan avait joué au con en nous cachant la gravité de ses blessures, en partant à l'aventure avec nous, aggravant ainsi ses côtes fêlées conduisant à un pneumothorax qui aurait été fatal si nous n'avions pas trouvé un médecin qui l'avait sauvé. Mais il avait du rester là bas, le temps de guérir. Chose qu'il n'avait pas apprécié, pas plus que Katarina quand nous étions rentrés sans lui. Difficile de lui expliquer sans l'alarmer, elle était médecin, mais surtout, c'était son mari. Et elle n'était pas avec lui.

Mais désormais, elle était prêt de lui, à Elizabethtown. Tous étaient partis en petit groupe, les uns après les autres. J'étais le dernier. A moi d'abandonner définitivement les souterrains. D'emmener les derniers réfugiés avec moi. Il restait Gabrielle, Emma, Aaron qui était à peu près remis de ses blessures, Liam et une quinzaine de personnes. Pourtant, je faisais le tour de ce qui avait été notre foyer, avec ses bons et ses mauvais souvenirs, non sans une pointe de mélancolie. Pourtant, il était temps de partir et je rejoignis les autres. Nous étions armés, comme les autres groupes. Mais davantage encore. J'avais leur sécurité entre les mains. Ce n'était pas une tâche qui me faisait peur, même si j'aurais préféré qu'Emma et Gabrielle ne soient pas là, je n'aimais pas avoir d'attache. Et en même temps, je ne faisais confiance à personne pour assurer leur sécurité. Drôle d'ironie non?

Je m'approchais de Gabrielle, passant une main dans son dos, avant de déclarer :

- "Plus rien ne nous retient, j'ai fais le tour, nous n'avons rien oublier. Il est temps d'y aller."

En route pour un long voyage à pieds. Il aurait été commode de trouver un bus cette fois, cela nous aurait fait économiser du temps et de l'énergie...
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Gabrielle McCord
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MessageSujet: Re: Départ pour Elizabethtown - GROUPE N°5 { ALEXANDER - GABRIELLE - AARON - LIAM }   Sam 26 Mar - 17:35

Le début d'une nouvelle vie dans laquelle nous allions peut-être pouvoir faire disparaître le passé. Voilà ce que représentait ce départ pour Elizabeth Town pour moi. J'avais tant besoin de recommencer à zéro car tout avait été tellement compliqué ces derniers temps... J'avais tout fait pour n'appartenir qu'à Alexander mais mon coeur était définitivement coupé en deux et j'en souffrais. Je méritais cependant cette souffrance, contrairement aux deux hommes que je faisais souffrir et qui, eux, ne méritaient pas cela. Bref, le retour d'Aristide avait tout compliqué même si je préférais le savoir près de moi, sain et sauf, plutôt que d'imaginer le pire en me demandant chaque jour s'il était encore vivant. J'avais cependant continué à m'inquiéter pour lui car plus le temps passait, et plus je le voyais au plus mal. J'avais finalement décidé de lui parler, en sachant au fond de moi que ce n'était pas ma place et que je risquais de faire plus de dégâts encore. J'avais cependant cédé à cette envie profonde et sincère de lui venir en aide et finalement... Cette entrevue avait été difficile, intense et ce qu'il s'était passé entre ces quatre murs allait y rester, il ne pouvait en être autrement. Depuis, j'étais perdue, je l'étais réellement. Je n'avais pas de doutes soudains quant à mon choix, non, puisque je n'avais pas changé mais... C'était compliqué. Il m'arrivait, parfois, d'avoir envie de ne plus rien ressentir du tout et même, de quitter Alexander et de m'éloigner d'eux deux pour ne plus être dans cette situation difficile. Mais j'étais faible, et j'aimais trop mon mari pour être capable de faire une chose pareille. La seule chose positive était que, finalement, depuis mon entrevue avec Aristide, je n'avais plus touché à une cigarette : Au moins, je ne me détruisais plus la santé. Il faut avouer que la réaction d'Aristide avait été tellement violente qu'il m'aurait vraiment été impossible de continuer.

Nous en étions là. Prêts à partir, les derniers de la communauté. Ils étaient presque tous partis avant nous et nous n'étions plus qu'une vingtaine de personnes dont Aaron, qui continuait de garder ses distances avec moi et sincèrement, je ne faisais aucun effort pour me rapprocher, ne voulant le forcer à rien du tout. Par contre, parmi ces personnes, il y avait une autre personne de laquelle je m'étais rapprochée : Liam. Il avait été gravement malade et j'avais été très inquiète pour lui et finalement, il avait commencé à aller un peu mieux et là, j'avais eu le plaisir de discuter un peu avec lui. Nous avions parlé de tout, absolument de tout. A lui, je pouvais tout dire parce qu'il avait cette capacité à rester neutre, objectif, à ne pas me juger. Oui, il était très fort. Et de son côté, il pouvait tout me dire parce que j'étais comme lui : Je ne portais jamais aucun jugement. C'est là que j'avais eu la surprise d'apprendre qu'il était en couple avec Samuel. Je ne connaissais pas beaucoup notre cuisinier mais le peu que je savais de lui m'avait laisser penser que c'était quelqu'un de bien et Liam me confirma cette pensée. Cependant, il n'avait pas l'air complètement heureux de cette relation : Je voyais dans les yeux de Liam une tristesse infinie qui me faisait très mal et je ne savais pas d'où elle venait. Je savais qu'il n'était pas décidé à me parler de ce qui le rendait si triste même si j'avais ma petite idée : Samuel était parti pour Elizabeth Town bien avant Liam et la séparation étant sans aucun doute difficile. Il devait s'inquiéter pour lui et Samuel devait lui manquer. Je ne comprenais que trop bien ce qu'il pouvait ressentir. Cela ne faisait que quelques jours qu'Aristide avait quitté la communauté et j'étais horriblement inquiète pour lui et je n'osais même pas imaginé à l'état dans lequel j'aurais été si Alexander était parti avant moi en me laissant derrière lui. En tout cas, je pouvais comprendre ce que Liam ressentait même s'il ne m'en parlait pas. En plus, j'avais l'impression que son état physique s'aggravait : C'était peut-être un simple effet de mon imagination mais j'avais l'impression qu'il avait maigri, qu'il semblait plus fatigué que jamais... Mais je n'étais pas médecin alors... En dehors de m'inquiéter et d'essayer de le soutenir, je ne pouvais pas faire grand chose.

Emma allait faire la route avec nous (je n'aurais pas laissé ma fille avec quelqu'un d'autre pour faire ce long trajet) et, bien sûr, Alexander. Je savais ce que ce départ représentait pour lui : Quitter la communauté était certes une bonne chose puisque c'était le signe d'un nouveau départ, mais il s'était tant battu pour cette communauté, il avant tant fait pour nous tous, pour que ça fonctionne. Malheureusement, l'attaque des Hors-La-Loi nous avait tous ébranlé, et lui plus particulièrement. Cependant, même si nous voulions partir pour laisser tous les mauvais souvenirs derrière nous), nous avions aussi vécu des moments merveilleux ici. La naissance d'Emma par exemple... C'était là que mon petit ange avait vu le jour... C'était ici qu'elle avait fait ses premiers pas, prononcé ses premiers mots... C'était ici que j'avais fait la connaissance de Katarina qui était par la suite devenue comme une soeur pour moi, même si à présent notre relation en tenait plus qu'à un fil... C'était ici que j'avais rencontré Aristide, un souvenir qui me faisait certes souffrir mais qui me rendait aussi heureuse. Même si la situation était difficile, même si parfois je voulais tout oublier, je ne regrettais pas de l'avoir rencontré. Et puis, c'était ici que j'avais recommencé à vivre auprès de mon époux, que j'avais enfin pu me rapprocher de lui... De bons et de mauvais souvenirs. Alors oui, j'avais envie de partir mais une petite partie de moi avait beaucoup de mal à se faire à l'idée que c'était la dernière que je marchais sur ce sol, que je regardais ces murs... J'avais un jour quitté cette communauté, j'avais un jour fait ce choix et ça avait été difficile. Ca l'était encore aujourd'hui même si les circonstances étaient bien différentes. Et puis au fond, j'avais peur : Peur de la suite. Peur de l'inconnu. Mais je n'étais pas seule et lorsqu'Alexander glissa doucement sa main dans mon dos, il me rappela à quel point j'étais entourée. Je déposai un baiser sur le front d'Emma que je tenais pour l'instant dans mes bras avant de relever mon regard mon époux. J'étais émue... Véritablement émue de quitter cet endroit mais il avait raison : Plus rien ne nous retenait. Il était temps de partir et de se tourner vers l'avenir. Mais avant ça...

-Tout ça n'aurait pas été possible sans toi. Tu as été exemplaire. Tu as sauvé tant de personnes... C'est juste un nouveau départ.

Et pas un échec, mais ça, je n'avais pas besoin de le lui dire à voix haute pour lui faire comprendre. Je déposai un bref baiser sur ses lèvres avant de me reculer et de regarder autour de moi, cherchant Liam. Je finis par le voir non loin de nous, fébrile, l'air plus fatigué que jamais. Je fronçai les sourcils : J'avais peur qu'il ne supporte pas le voyage. Je me retournai doucement vers Alexander, plus inquiète que jamais.

-J'ai peur pour Liam... Si jamais il retombe malade pendant le voyage...

Oui, s'il retombait malade, comment allions-nous faire? Comment l'éviter? Comment réussir à le protéger? J'aurais tant voulu avoir la solution... Mais en parler à Alexander était une bonne idée parce que lui, justement, allait peut-être l'avoir la bonne idée, l'idée indispensable, l'idée dont nous avions impérativement besoin en cet instant.

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Liam Marsden
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MessageSujet: Re: Départ pour Elizabethtown - GROUPE N°5 { ALEXANDER - GABRIELLE - AARON - LIAM }   Sam 2 Avr - 14:42

Bois ta haine, bois ce poison qui noie peu à peu les méandres de ta mémoire. L’oubli délicieux t’embaume tout entier, si bien que tu ne sauras bientôt plus si tout cela fut un jour réalité ou fantasme. Dans la pénombre de ta nuit constante, personne ne répondra à tes appels au secours, nul n’échos à ta haine ne retentira. Le châtiment approche, inexorable. Il t’attend, mais tu as déjà oublié pourquoi il te faut être puni.

Une semaine après l’attaque des Hors la loi.
Nous nous étions fait attaqués depuis bientôt une semaine, une semaine particulièrement difficile pour moi. Lucy avait été blessée, gravement traumatisée, sans parler de Lucas qui ne supportait quasiment plus mon absence. C’avait été la goutte de trop, le faux pas qui réduisait presque à néant chacun de mes efforts. Mes enfants ne supportaient presque plus être séparés de moi, et en toute sincérité il en était de même pour moi. La décision de les reprendre avec moi fut rapide, implacable, indiscutable. Quand bien même mon état ne s’améliorait que très peu, je devais trouver en moi la force de m’occuper et de chérir ces enfants qui représentaient à peu près tout ce que j’aimais en ce monde. J’ai pris sur moi, comme je l’ai pu, afin de reconstituer une vie de famille normale en dépit des nombreuses difficultés. Lucy est restée à l’infirmerie quelques temps sur ordre de Mathilda qui n’appréciait déjà que très peu le fait que je récupère les jumeaux en dépit de ma fragile santé. Peut-être pensait-elle qu’avec un seul, je m’en sortirais premièrement mieux. Les débuts furent assez difficiles, moi qui parvenais si peu à parler, manger seul, marcher, comment aurais-je pu m’occuper d’un enfant de dix ans convenablement ? J’ai trouvé la force. Il le fallait bien, de toute manière. Je suis redevenu le père aimant, doux, à l’écoute que j’avais toujours été pour eux bien avant ma maladie afin de leur faire comprendre, ressentir, qu’ils étaient de nouveau en sécurité. Que j’étais là et que plus personne ne leur ferait jamais de mal, que j’allais les protéger en dépit de ma faiblesse. Heureusement pour moi, Lucas fit preuve de plus de douceur et de calme durant cette période. Lorsque j’étais trop fatigué, lorsqu’il fallait absolument que je me couche ou que je m’assieds, Lucas montait avec moi sur le lit et tout les deux, ensembles, nous dormions un peu. Je le tenais aussi fermement que possible contre moi, bien au chaud sous les couvertures, espérant que bientôt tout s’arrangerait. Puis nous allions voir Lucy, plusieurs fois par jour. Parfois il nous arrivait d’y rester des après midi entiers durant lesquels je laissais les enfants jouer, rire, au fur et à mesure que l’état de Lucy s’améliorait. Voir de nouveau leurs sourires enfantins, leurs visages ronds s’éclaircir, ce bonheur pur qui m’était offert représentait le meilleur des remèdes à mon mal. Pourtant, je ne parvenais à être totalement heureux. Même si mes enfants allaient mieux, même si je les aimais par-dessus tout, il restait une personne à laquelle je tenais tout autant qui elle, malheureusement, ne semblait pas dans son état normal. Samuel.

Deux semaines après l’attaque des Hors la loi.

Je couchais les enfants, embrassant avec tendresse leurs fronts, caressant doucement leurs cheveux, remontant leurs couvertures afin qu’ils n’aient pas froid et m’assis sur mon propre lit, éteignant la lumière. Comme tous les soirs depuis le début de notre relation avec Samuel, je commençais par coucher les jumeaux et attendais qu’ils s’endorment pour aller ensuite le voir. A présent que je pouvais me tenir debout sans grande difficulté et marcher, je pouvais de nouveau opérer ce petit rituel. Mais pour trouver quoi, au final ? Je préférais ne pas y penser, reléguer ces pensées au second plan et avancer sans me soucier de la suite. Au bout de quelques minutes seulement, j’entendis les souffles apaisés, lents et profonds de mes enfants. Aussi me levai-je tout doucement, avant de quitter sur la pointe des pieds la pièce. Rapidement, je parcouru les longs couloirs qui séparaient ma chambre de celle de Samuel, mon cœur battant de plus en plus fort au fur et à mesure de mes pas. Pourtant, cela n’était pas dû à l’excitation de le retrouver, mais la peur. La peur, oui, de voir ce Samuel que je ne connaissais pas, celui qui depuis quelques temps déjà n’était plus qu’un étranger pour moi. Un étranger qui me mentait sans remord. Lorsque l’on aime quelqu’un comme je l’aimais, lorsque l’on passe autant de temps auprès de cette personne, on finit par la connaître par cœur. Ca paraît stupide, banal, et pourtant cette affirmation faisait toute la différence. Si je ne connaissais que peu d’éléments de sa vie passée, si je ne savais pas grand-chose de son enfance, de ses précédents amours, de son ancien mode de vie, je pouvais néanmoins décrypter chacune de ses réactions. Je commençais à le comprendre, et pourtant je ne comprenais qu’il me mente. Je ne comprenais pas sa manière de cacher ses sentiments, parfois, qui me paraissait grossière et insultante. Pensait-il vraiment que je ne pouvais distinguer le vrai du faux avec lui ? Pensait-il vraiment que je le croyais lorsqu’il m’affirmait aller bien alors qu’il semblait fatigué, soucieux, ailleurs ? C’était vexant…Terriblement vexant. Et pourtant la réalité était là, implacable : Lorsque je lui avait demandé si tout allait bien, si quelque chose le préoccupait, il m’avait répondu sans gêne aucune qu’il n’y avait absolument aucun problème. Prends moi pour un idiot Samuel, j’adore quand tu fais ça. Sincèrement, je ne le reconnaissais plus, aussi pouvez vous vous demander pourquoi je m’obstinais à aller le voir chaque soir, pourquoi je préférais l’avoir lui plutôt que Mathilda pour prendre soin de moi. La réponse est très simple, et pourtant, elle deviendra rapidement un véritable casse tête. Je l’aimais. J’étais dingue de lui, complètement fou amoureux et il m’était impossible que de l’abandonner. Même s’il ne voulait pas m’en parler, même si cela me blessait, j’espérais toujours qu’il ne se confie. Chaque jour je me disais « Aujourd’hui, c’est la bonne. Va le voir, sois agréable, doux, ne te plains pas. Il finira par s’ouvrir à toi, il finira par te faire confiance. » Peut-être que ce soir serait la bonne. Je frappai doucement à sa porte avant d’entrer, le trouvant assis sur son lit. A peine eut il un sourire à mon égard tandis que je m’approchai, voyant de plus en plus clairement son visage aux traits tirés, aux cernes profondes, le souci l’habitant. Pourtant, je ne posai aucune question. J’avais décidé de ne pas brusquer les choses, aussi me contentai-je de poser brièvement mes lèvres sur les siennes et m’asseoir à ses côtés. Trop brièvement… Ils étaient loin, les baisers plein de tendresse, d’amour, de passion et en même temps de douceur… Loin les étreintes, les mots d’amour, les sourires plein de gaieté, de joie à l’idée du moment privilégier que nous nous apprêtions à partager. Aussi loin que l’ancien Samuel que j’aimais sans limite et qui, à présent, ne représentait plus grand-chose d’autre qu’un fantôme, un souvenir. Je soupirai, me pensant une main dans les cheveux. J’étais gêné, ce qui auparavant ne m’arrivait que rarement avec lui. Et même si, il trouvait toujours le moyen de me rassurer. Malheureusement, c’était aussi très loin ça. Il me demanda rapidement comment j’allais avant de me prendre dans ses bras. Là se termina toute forme de discussion entre nous. En lui retournant la question je me pris un violent « Ca va très bien » au visage, semblable à une gifle, un coup terrible. Ce n’était pas pour aujourd’hui non plus. Alors je me suis tu, j’ai tenté de profiter de ses bras sans y trouver quoi que ce soit d’agréable, mon regard faisant des allers-retours incessants entre le sol et la pendule accrochée au mur, juste en face de moi. C’était terrible, je comptai les minutes jusqu’au moment où je pourrais enfin m’en aller et laisser derrière moi ce spectre froid et distant de l’homme que j’aimais auparavant. Le silence était pesant, son étreinte était pesante, je voulais m’en aller. En continuant à être là, en m’imposant malgré sa distance, j’étais motivé par mon amour. Mon amour passé. Celui qui avec Samuel mourrait doucement. Ce n’était qu’une habitude, venir le voir comme ça, juste une habitude. Mais plus un moment d’amour et de partage.

Je quittai ma chambre pour me diriger vers le salon, un livre en main. Pas que je sois mordu de littérature, mais il s’agissait d’un moyen comme un autre afin d’éloigner mes pensées de ma vie amoureuse qui peu à peu s’effilochait. Il fallait que j’apporte un peu de lumière à mes sombres idées, aussi me suis-je assis confortablement avant de commencer ma lecture. En chemin, j’avais croisé quelques personnes qui m’avaient fait part de leur joie quant à mon rétablissement progressif, ce qui déjà apaisait mon cœur. J’avais cru être seul, cru que personne ne pensait à moi et pourtant c’était faux : Bien plus de personnes que je ne l’aurais pensé s’étaient inquiétées pour moi. Heureusement, j’allais bien mieux en comparaison de mon séjour à l’infirmerie. Je mangeais à peu près normalement, même s’il me fallait toujours suivre le régime de Mathilda, et ne prenait plus d’antibiotiques. A mon arrivée dans le salon, il n’y avait personne, ce qui n’était pas étrange. L’annonce du départ avait emportée avec elle un groupe important de personnes, vidant un peu la communauté. Bien sûr, il restait encore beaucoup de gens et pourtant, j’avais une impression de vide étrange. Peut-être n’était-ce pas dû qu’au départ de quelques personnes. Finalement je continuais à lire, sans pour autant comprendre quoi que ce soit aux mots qui défilaient sous mes yeux, mes pensées étant bien éloignées du livre. Je songeais à Katarina, à Ethan… Ethan qui était malade, là bas. Je ne connaissais pas les détails de cette histoire, et m’en faisait que d’avantage un sang d’encre. Même si nous nous étions énormément éloignés, même s’il m’avait repoussé, même s’il ne faisait plus attention à moi depuis l’enlèvement de sa femme, j’étais toujours autant attaché à lui. Il avait été comme un frère pour moi et je ne pouvais l’oublier, même si lui semblait avoir très bien rayé cette période de sa mémoire. Au début j’avais cru qu’à cause de l’enlèvement de Katarina, il avait bien mieux à faire que venir vers moi, et ne m’en étais pas vu blessé. Il ne vint pourtant pas d’avantage après… Avec le temps, au contraire, nous devenions des étrangers l’un pour l’autre. Puis j’étais tombé malade et toute ma vie sociale s’en était vue chamboulée, mis appart Mathilda et Samuel je n’avais longtemps vu personne. Et finalement, il était partis, puis resté là où nous devions tous déménager. J’avais peur, peur que sa maladie soit grave, peur qu’il ne veuille plus jamais me reparler, peur de l’avoir définitivement perdu mais je n’avais aucun moyen de le retrouver. Mon départ n’était pas prévu, ou en tout cas personne ne m’en avait parlé pour le moment. Une personne entra, ce qui me sortit de mes pensées même si je n’y prêtai d’abord pas attention. Cette pièce était commune et par là, chacun pouvait y venir quand bon lui semblait. Pourtant, lorsque je reconnu Gabrielle, que je n’avais pas vu depuis un millénaire au moins, un sourire radieux étira mes traits et je me levai d’un bond, ignorant le bref tournis qui en résulta, et m’approchai d’elle pour la prendre dans mes bras. Nous n’étions pourtant pas très proches, mais je l’avais soutenu durant une période compliquée de sa vie et étais très heureux de la revoir, surtout après m’être fait tant de souci pour elle tandis qu’elle quittait la communauté. Contrairement à beaucoup de gens, je n’avais pas pris parti dans cette histoire qui ne me regardait pas, et dont je ne connaissais rien mis appart les apparences. Cependant, j’étais profondément convaincu du fait que Gabrielle était quelqu’un de bien, d’agréable, de généreux, et cela me poussait à ne pas la rejeter. Je l’invitai rapidement à s’asseoir à mes côtés, sentant mes jambes sur le point de lâcher, avant de prendre des nouvelles d’elle, essayant d’être le moins lourd ou indiscret possible. Pourtant, elle me parla avec une étonnante franchise, me racontant beaucoup de choses que j’ignorais jusqu’alors. Ce qu’il s’était réellement passé avec Aristide, son retour récent avec une prétendue femme qui se révélait être Diane, un nouveau médecin que j’avais aperçu à l’infirmerie, les véritables raisons de son départ, la situation avec Alexander… C’était très étrange que d’entendre tout cela de sa bouche, je me contentai d’hocher de temps à autres la tête en signe d’encouragement. Nous avons dû parler deux bonnes heures, à mon tour je me confiai à elle, lui expliquant tout de mon homosexualité, de ma relation avec Samuel, même si je m’arrêtais aux moments joyeux, ceux où il était encore « normal ». J’évitais également de lui confier ma peur pour Ethan, sachant qu’ils ne s’entendaient plus depuis l’effondrement des galeries, pour des raisons que je pouvais comprendre sans pour autant les adopter. De même que je ne m’attardais pas sur ma maladie, préférant ne pas l’inquiéter plus qu’elle ne semblait l’avoir déjà été. Finalement, nous nous sommes quittés après une très, très longue discussion qui me fit du bien. Parler de Samuel à quelqu’un d’extérieur, lui raconter comme il était doux, comme il prenait soin de moi, même si tout cela n’était plus que souvenir, m’avait fait du bien. Quant à ce qu’elle m’avait confié par rapport à Aristide, je ne comptais pas le répéter ni même en tirer quelconque jugement. Si je ne jugeais ni Ethan, ni Aristide, ni Riley, ni Diane, ni Alexander, ni personne dans cette communauté, je n’allais pas le faire pour Gabrielle.

Presque trois semaines après l’attaque des Hors la loi.
Aux côtés de Lucy et Lucas, je me dirigeai d’un pas tranquille vers la salle à manger afin de prendre notre dîner. Peu à peu, les choses semblaient se calmer, les esprits s’apaiser, heureux de partir enfin de ce trou sombre et lugubre. Personnellement, j’appréhendais surtout le voyage qui risquait de me demander énormément de force et malheureusement, je n’étais pas au mieux de ma forme. Je nourrissais l’espoir de partir dans les derniers, accompagné des jumeaux et de Samuel, afin de bénéficier de quelques semaines de plus pour me rétablir mais malheureusement, Alexander décidait des groupes qui partaient. Pour l’instant il n’y en avait eut qu’un, mais le prochain ne tarderait sans doute pas. J’autorisai les jumeaux à s’asseoir auprès d’autres enfants tandis que je rejoignais pour ma part la table de Gabrielle, Matthew, Mathilda et quelques autres personnes qui me saluèrent pour la plupart d’un petit sourire. Mathilda en profita pour me demander si j’avais faim, question fatidique : Non, bien sûr que non, mais j’étais bien obligé de manger n’est ce pas ? Je savais très bien que Samuel préparait lui-même mes repas, et qu’ainsi il se rendait forcément compte de ma venue ou non aux déjeuners. Ils contrôlaient, lui et Mathilda, presque chaque détail de ma guérison si bien que j’avais parfois l’impression qu’ils s’inquiétaient beaucoup plus que moi. Samuel un peu moins depuis quelques temps, ceci dit… Je chassai rapidement ces pensées de mon esprit pour finalement les retrouver à une vitesse fulgurante : Je me levai et me dirigeai directement en cuisines afin de récupérer ce qu’on m’avait préparé et trouvait un Samuel qui m’adressa à peine un regard. D’accord, ils étaient en plein service, d’accord, nous étions entourés de beaucoup de personnes. D’accord, mais il se montrait presque plus distant qu’un simple ami. Sincèrement, je ne comprenais plus rien à la situation, ne savait plus que faire ou non. Plusieurs soirs déjà je ne m’étais pas rendu dans sa chambre, peu désireux d’affronter ce visage pensif et ces gestes dénués d’affection. Est-ce qu’il songeait à me quitter ? Je n’en savais strictement rien, c’eut été possible, mais dans ce cas pourquoi ne pas me le dire ? Pourquoi ne pas en finir rapidement ? J’étais complètement perdu et à mon tour m’éloignait de plus en plus, préférant éviter ces moments de gêne lorsque j’étais en sa présence. Il ne voulait pas me parler, ne voulait sans doute plus me voir, me mentait, pourquoi me serais-je obstiné ? Parce que je l’aimais ? En toute sincérité, non… Non, je ne l’aimais pas. Ce Samuel là, je ne l’aimais pas, il me faisait beaucoup trop de mal pour cela. Malheureusement, je ne savais plus où était l’homme que j’aimais, s’il existait encore et s’il était vraiment utile que de rester auprès de cette pale copie encore plus longtemps… Mais je ne pouvais me résoudre à prendre une quelconque décision ni forcer en quoi que ce soit le destin ; Le temps nous apportera les réponses. Sans un mot donc, je pris mon assiette et retournai m’asseoir, ayant de plus en plus de mal à supporter l’odeur de la nourriture qui me donnait la nausée. Une nausée qui ne fit qu’empirer lorsque j’entendis Matthew annoncer qu’Alexander envoyait le second groupe de communautaire dès le lendemain. Ce groupe contenait Samuel.

Un poids énorme tomba sur mon estomac, si fort, si rapidement, que j’eus énormément de mal à maîtriser les apparences : Il ne fallait pas que quiconque se rende compte de mon attachement véritable à Samuel mais en même temps, comment aurais-je pu cacher ma panique soudaine ? Il partait demain. J’écoutai avec une attention extrême les noms qui suivaient celui de Samuel. Mathilda, Riley, Antoine… Bon sang… Dis mon nom… Dis-le !... Aller… « Et c’est tout, je crois. » Ces mots anéantirent définitivement mes quelques facultés pour cacher mes sentiments envers Sam. Je n’étais pas dans le même groupe que lui, il partait avant moi, j’allais être seul… Terriblement seul… Mathilda partait avec lui mais alors, qui veillerait sur moi ? Qui prendrait la peine de préparer mon repas, de vérifier ma température, de me questionner sur mon sommeil ? Qui ? Plus personne, il n’y aurait plus personne ici pour moi. Ethan n’était pas là. Samuel partait. Mathilda également. J’appréciais tout le monde et entretenait de bons rapports avec les gens mais pas de là à ce qu’on prenne soin de moi de cette manière… Ni meilleur ami, ni petit ami, ni médecin, il ne me resterait plus personne. Je lâchai subitement ma fourchette, sentant que de toute manière il me serait impossible d’avaler quoi que ce soit, et questionnait Matthew quant à l’annonce officielle de cette nouvelle. Il me répondit très vaguement qu’il devait se charger de prévenir tous ceux que Riley n’aurait pas déjà prévenus. Ainsi, Samuel pouvait l’apprendre d’une minute à l’autre. Au fond, qu’est ce que ça aurait dû me faire qu’il parte ? Pourquoi aurais-je dû en souffrir ? Après tout il ne se ressemblait plus, il n’était plus celui que j’aimais, mais j’avais soudainement l’impression que notre relation courrait à la catastrophe. Que cette distance physique ne ferait que renforcer celle qui était déjà bien présente entre nous alors que nous nous voyions chaque jour. Je le perdais peu à peu tandis que je l’embrassais encore, le tenait dans mes bras encore, lui disais que je l’aimais encore… Et quand tout cela ne sera plus possible ? Et quand il sera arrivé, et qu’il y aura tant de choses à faire là-bas, qu’il ne pensera plus à moi ? Que se passera-t-il à ce moment là ? Je sentis les larmes me monter aux yeux et dû quitter la salle à manger rapidement, laissant les jumeaux sous la surveillance de Lilly qui mangeait à la table des enfants. Elle me les ramènerait bien plus tard, mais pour l’instant j’avais besoin de solitude. Besoin d’extérioriser ma peine, ma peur, ma douleur, de l’hurler, la laisser déchirer mes cordes vocales comme elle déchirait mon cœur. Claquant la porte derrière moi, je regagnai ma chambre le cœur battant à tout rompre, les larmes coulant déjà sur mes joues. Et je m’effondrai, stupidement. Comme un imbécile, un gamin, mais certainement pas un homme de plus de trente ans normalement solide et fort. Je n’étais pas fort, bien au contraire, et je me rendais subitement compte que Samuel m’était véritablement indispensable, comme une drogue, un besoin. S’il partait, qu’allais-je faire ? Qu’allais-je devenir ? Je n’en avais aucune idée mais au fond de moi une certitude avait prit place, une seule qui réduisait le futur à un sombre cauchemar impossible à éviter : Quelque chose de terrible allait se passer.

Je pleurais encore lorsque Lilly frappa faiblement à ma porte, les jumeaux se faufilant entre ses jambes pour rentrer dans notre chambre. Ils affichèrent une mine surprise en me voyant ainsi, par terre, tordu de douleur. Lucy s’approcha doucement de moi avant de passer ses petits bras autour de moi mais je m’en fichais : Oui, je m’en fichais. Je ne voulais pas voir les jumeaux, je voulais que Samuel reste. Ca peut paraître terrible mais voilà, il partait le lendemain et il fallait absolument que je le voie avant, que je lui dise au revoir, parce que sinon… Non, il n’y avait pas de « sinon ». Ce devait être comme cela, ce devait se passer de cette façon. Il fallait néanmoins que je puise suffisamment de force en moi pour me relever et me diriger vers sa chambre, vers ce lieu qui ne représentait plus grand-chose à mes yeux si ce n’est le souvenir du bonheur ; Seulement un souvenir. J’espérais pourtant que ce soir, tout allait changer, qu’en sachant qu’il me quitterait, il redeviendrait celui que j’aimais tant… Je demandai rapidement à Lilly de garder les enfants, les laissant seuls sans même attendre sa réponse qui de toute façon ne m’importait pas : Si elle ne voulait pas les garder, tant pis, qu’elle les confie à quelqu’un d’autre, mais moi je ne pouvais pas. Ne pouvais pas passer la soirée avec eux en sachant que tout près, Samuel m’attendrait peut-être et que je risquais de ne plus le revoir avant de longs jours. Avant de frapper à sa porte je pris soin d’essuyer mes larmes, ravaler ma peine flagrante et m’efforçai de songer au bonheur qui allait éclairer son visage en me voyant. Oui… Il allait être heureux que je sois là, un dernier soir, il allait enfin me parler, il allait… Il n’allait rien faire du tout en me voyant, si ce n’est m’adresser cet éternel sourire absent. M’embrasser du bout des lèvres et me demander d’une voix détachée, désintéressée, si j’allais bien, si j’avais bien mangé. Comment osait-il… Comment osait-il me demander de telles stupidités alors qu’il me quittait dès le lendemain ? Nous avions des choses plus importantes à nous dire, il avait des choses plus importantes à me dire… Mais apparemment, qu’il parte ne changeait absolument rien puisqu’il resta silencieux un long moment, comme à des kilomètres d’ici. Je serrai les dents afin de ne pas lui sauter au visage et l’écharper, toute ma colère formant une énorme boule dans ma gorge qui me serrait, me serrait jusqu’à m’empêcher de respirer. Pourtant, je n’étais pas colérique mais là… Le voir là… Avec son air déconnecté… Le voir comme si de rien n’était, comme si la vie continuait, comme si… Comme si… Je respirai profondément et attendis. Peut-être cherchait-il ses mots. Peut-être ne savait-il pas comment me présenter la chose, bien que je ne connaisse rien de la nature de cette foutue chose qui nous séparait déjà tant. Que pouvait-il me cacher de si grave pour ne pas oser m’en parler ? S’il désirait me quitter, pourquoi ne pas profiter de son départ prochain en me l’annonçant dès maintenant de manière à ne pas avoir à me supporter après ? Je ne savais pas, mais j’attendis. Il nous restait une petite chance, s’il ne voulait pas déjà me quitter, une petite chance de nous retrouver avant qu’il ne s’en aille physiquement. Il suffisait qu’il me fasse confiance, qu’il s’ouvre à moi, qu’il me parle bon sang ! Etait-ce tant demander ? Il n’avait que quelques mots à prononcer et j’oublierais, j’oublierais le fait qu’il m’ai mentis, qu’il ne m’ai pas jugé digne de confiance, qu’il m’ai autant mis à l’écart… Je lui aurais tout pardonné contre une maigre confession. Même une esquisse de confession. Un début de confiance, de discussion, de retour en arrière, au temps où nous étions si complices… Mon désespoir grandissait au fur et à mesure des minutes, je tentais vainement de me convaincre que d’un instant à l’autre Samuel laisserait tomber le masque. J’ai attendu même bien après l’heure à laquelle je retournais habituellement dans ma chambre, mais il m’était impossible que de prolonger cette entrevue désastreuse jusqu’au petit matin, tout ça parce que j’attendais… Aussi me suis-je finalement levé, sans un mot, avant de me pencher vers lui et lui souhaiter une bonne nuit en l’embrassant sur le front. Je n’avais pas évoqué son départ, et lui non plus, pourtant jusqu’au moment où mes doigts touchèrent la poignée de la porte, j’attendis, qu’il me saute dessus et me dise ce que j’avais tant besoin d’entendre, que j’allais lui manquer, qu’il m’attendrait, que je représentais toujours autant qu’auparavant… Que son trouble n’était que passager et qu’il m’en parlerait, dès mon arrivée là-bas, à ses côtés. Mon espoir mourut cependant bien vite, tandis que déjà, j’étais dans le couloir. Malgré moi je restai planté là quelques secondes, appréhendant des bruits de pas précipités, la porte qui s’ouvrirait et lui qui me serrerait une dernière fois avec force contre lui. Mais rien de tout cela ne se produisit… Rien ne se passa…Rien…

Une semaine après le départ du deuxième groupe pour Elizabeth Town.

J’avais cru que les choses ne pouvaient pas être pires qu’elles ne l’étaient déjà, et je m’étais copieusement trompé. Sur absolument toute la ligne. Depuis quelques jours je n’allais pas bien, inutile de vous faire un dessin je suppose que vous savez très bien pourquoi. Mathilda et Samuel étaient partis, ce dernier m’ayant laissé sans même un mot… Je tentais pourtant de tenir le cap, manger régulièrement et me coucher assez tôt afin de récupérer des forces mais cela ne changeait rien à mon épuisement intérieur. Il me manquait… Même s’il avait changé, même s’il n’était plus vraiment celui que j’avais aimé avec passion, cette copie de lui me manquait. Sa présence, son sourire, son parfum, ces petits détails qui faisaient de lui mon tout, mon cœur, avaient à présent bel et bien disparus : Même lorsque je m’étais rendu dans sa chambre après son départ, espérant y retrouver un tout petit souvenir de lui, je m’étais retrouvé terriblement seul et perdu. La seule preuve matérielle de son passage dans cette chambre m’avait achevé ; Il avait cassé son appareil photo. Il avait réduit en pièce ce pour quoi j’avais manqué de perdre la vie. Il l’avait détruit, et il m’avait détruit par la même occasion. Je ne comprenais pas pourquoi il avait fait ça, pourquoi ce geste horrible, qui représentait pour moi une horrible trahison ? Une trahison, oui, parce que j’étais sorti de la communauté pour cet appareil, pour que Samuel puisse revivre sa passion, et que j’avais failli en mourir. Je n’avais pas fait tout ça pour que quelques semaines après Samuel détruise son appareil. L’incompréhension, la peine, la colère se mélangeaient en moi pour former un cocktail au très mauvais goût qui ne quittait jamais ma bouche. Si encore il n’y avait eu que Samuel, j’aurais peut-être pu tenir le coup jusqu’à mon départ, j’aurais pu attendre, mais aujourd’hui c’étaient les jumeaux qui partaient… Mes enfants. Sans moi. Lorsqu’on m’avait annoncé la nouvelle, j’avais d’abord cru à une mauvaise plaisanterie, une erreur mais le fait était là : Les blessés et les malades partiraient en dernier, or ils ne pouvaient pas s’encombrer en plus d’enfants. Autrement dit, j’allais moi rester ici jusqu’à ce qu’il n’y ai plus personne alors que Samuel et les jumeaux seraient partis depuis déjà bien longtemps. J’allais attendre des semaines de les revoir, j’allais être encore plus seul, on m’arrachait tout ce que j’aimais au monde et tout ce qui me motivait pour prendre soin de moi. Je n’avais malheureusement pas le choix et préparai les sacs de Lucy et Lucas avec application, veillant à ce qu’il ne leur manque absolument rien, que tout leur linge soit propre et surtout qu’ils soient chaudement couverts. Alors que d’habitude je leur laissais le choix de leurs tenues, aujourd’hui je choisis pour eux et les enroulai sous des couches de vêtements impressionnantes de peur qu’ils n’attrapent froid. Deux t-shirt, un gros pull en laine, un collant sous le jeans pour Lucy, de grosses chaussettes pour Lucas, manteau, écharpe, bonnet, gants ; Ils n’échappèrent à rien. Comme ils m’apparaissaient fragiles… Comme j’aurais voulu être là pour prendre soin d’eux, comme tout bon père aurait dû le faire. Comme je regrettais d’être tombé malade… Je soupirai en faisant l’inventaire de leurs sacs à dos, y ayant glissé des vêtements de rechange, quelques paquets de mouchoirs et de petits parapluies pour qu’ils ne soient pas trempés en cas de pluie. Pour la nourriture et l’eau, je savais que les adultes s’en occuperaient. Le reste de leurs affaires se trouvaient dans des sacs plus importants que quelqu’un porterait pour eux, puisqu’ils étaient déjà bien chargés. Je pris ces sacs, les glissai sur mes épaules et pris Lucy et Lucas par la main, nous dirigeant vers leur groupe pour le départ. Même si je fus légèrement rassuré en voyant qui partait avec eux, je savais que j’allais me faire un sang d’encre tant que je ne serais pas à leurs côtés. Je m’accroupis face à eux et leur donnai quelques conseils, embrassai leurs petites joues en leur souhaitant de faire un bon voyage. Il ne fallait surtout pas que je laisse apparaître ma peur devant eux, les sachant déjà suffisamment perturbés sans vouloir y rajouter ma propre douleur. Alors, doucement je refermai mes bras autour d’eux et leur murmurai que je les aimais de tout mon cœur, que je serai bientôt avec eux, que tout irait bien et qu’il ne fallait pas qu’ils aient peur. Et puis l’heure de partir arriva, tout le monde se chargea de sacs, quelque soit leurs propriétaires, et se dirigèrent vers la sortie de la communauté. Je dû faire un effort considérable pour accrocher un sourire réconfortant à mes lèvres, faisant au revoir de la main à mes enfants qui me regardaient avec appréhension, craignant certainement autant que moi cette séparation horrible. Nous n’avions jamais été séparés aussi longtemps depuis que je les avais adopté, même pas durant mon passage à l’infirmerie. Vivre tout seul allait être très difficile, n’ayant pas tenté la chose depuis près de deux ans, depuis que les jumeaux étaient entrés dans ma vie. Ils avaient beau ne pas être mes « vrais » enfants, je ressentais pourtant la douleur de leur départ comme un vrai père, comme si je les avais élevé toute ma vie, comme si je n’aspirais qu’à ça… De toute mon existence, garder les jumeaux à mes côtés avait peut-être été l’une des meilleures choses que j’ai faites alors oui, j’avais mal. Bien plus mal que lors du départ de Samuel. Bien plus mal que lorsque j’avais cru mourir. Bien plus mal que je pensais à Natacha même… J’avais déjà perdu un enfant, je connaissais déjà cette douleur et elle était d’autant plus cuisante aujourd’hui que ces enfants avaient partagé ma vie deux années durant.

Tel un zombie, je regagnai ma chambre et la trouvait incroyablement vide, dépouillée. Cette vision me fit si mal que je ne pu y demeurer et ressorti aussi sec, me dirigeant vers une salle commune, là où je pourrais trouver du monde et des présences réconfortantes. Je croisai Gabrielle qui s’apprêtait à descendre laver du linge à la buanderie et l’accompagnai, sans vraiment réfléchir, me raccrochant à la première branche venue. Elle comprit rien qu’à ma tête que je n’allais vraiment pas bien mais ne me posa aucune question, tentant de m’entraîner dans une conversation qui n’avait absolument rien à voir ni avec Samuel, ni avec les jumeaux, et réussi l’espace de quelques minutes à m’éloigner quelque peu de mes sombres pensées. Arrivés à la buanderie, je me hissai sur le sèche linge et m’y assis en silence, ne répondant à Gabrielle que par hochements de têtes ou brefs « oui », « non », « tu crois ? » sans vie. De nouveau, mes pensées se dirigeaient vers les jumeaux qui s’éloignaient peu à peu de moi, de Samuel qui m’avait délaissé il y a déjà bien longtemps et ce fut plus fort que moi : Je fondis en larmes. J’avais essayé d’être fort et ne pas me laisser aller mais je me sentais incroyablement seul et perdu sans les êtres auxquels je tenais plus que tout, qui constituaient ma famille, mon futur, tout ce en quoi je croyais. Gabrielle s’approcha avec douceur de moi avant de m’enlacer, occasion pour moi de me raccrocher à quelque chose de solide tandis que je me perdais dans les vagues de douleur qui peu à peu m’entraînaient vers le fond. Elle eut des mots de réconfort, de sûreté qui m’apaisaient un peu, me permirent au bout de quelques instants d’essuyer mes larmes et me reprendre. J’allais tenir le coup, il le fallait, mais ce chemin allait me paraître atrocement long jusqu’à retrouver les jumeaux. Surtout que je savais que je n’allais pas retrouver Samuel, qu’il avait comme disparu, changé, que c’était fini et perdu d’avance. Je le savais, notre relation touchait à sa fin, car il était clair que je serais incapable de supporter davantage ses mensonges et ses cachotteries. De même que je ne pourrais pas supporter sa distance, son manque d’intérêt, de tendresse. Je n’allais plus le supporter, lui. En somme, j’allais me battre pour quelqu’un qui m’avait déjà abandonné et qui à l’heure qu’il était ne pensait certainement déjà plus à moi. J’allais me battre pour rien. Comment trouver la force d’accomplir cela ? Comment trouver le courage face à la fatalité ? Je n’étais pas assez fort pour ça.

Deux semaines après le départ du deuxième groupe pour Elizabeth Town.
Fébrilement, je m’approchai de la glace et m’observai une seconde, une grimace de dégoût barrant automatiquement mon visage. J’avais encore perdu du poids, c’était évident, mais n’osai monter sur la balance pour vérifier. Mathilda allait me tuer… Malheureusement, je ne parvenais pas à me préparer quoi que ce soit seul, l’odeur de la nourriture me serrant toujours autant la gorge. Quant aux cuisiniers qui restaient, ils ignoraient tout de mon « régime » et ne préparaient donc pas grand-chose que je puisse manger. Et en toute honnêteté, cela m’arrangeait bien car manger ne faisait plus vraiment partie de mes principaux soucis. Voilà une semaine que j’étais totalement seul et cette solitude ne m’était en rien apaisante, bien au contraire. Sans la présence de Lucy et Lucas je ne parvenais pas à trouver le sommeil, me retournais des heures durant dans mon lit en quête de quelques minutes de répit que je trouvais rarement. M’occuper de mes enfants m’aurait fait du bien, j’aurais été obligé de conserver un maximum de responsabilité mais voilà, la seule personne dont j’avais à m’occuper c’était moi, et je n’étais pas très doué. Prenant mon courage à deux mains je montai finalement sur la balance et grimaçai de nouveau. J’avais perdu plus de trois kilos en une semaine… Mauvais signe. Je m’habillai rapidement et n’allai pourtant pas déjeuner, préférant déambuler dans la communauté avec ma seule peine comme compagne. Un nouveau groupe était parti la veille, je n’espérais cependant plus partir aussi tôt puisque je savais très bien que je serai des derniers à partir. Mon seul espoir était pourtant tout aussi improbable… J’espérais depuis quelques jours que Samuel reviendrait pour moi… Je sais, il s’agissait là d’un souhait bien stupide et pourtant j’avais besoin de lui plus que de n’importe quoi d’autre, et j’aurais aimé que lui non plus ne supporte plus cette séparation… Qu’il décide de revenir pour ne repartir qu’avec moi… A chaque fois qu’un groupe arrivait à Elizabeth Town, une personne connaissant la route revenait pour annoncer que tout allait bien. Il aurait pu partir avec elle. Il aurait pu la suivre et me revenir. Mais il ne le fit pas et au fond, c’était sans doute plus sage. Je ne désirais pas qu’il parcourre le chemin deux fois juste pour moi car il aurait été doublement épuisé, qu’il ne méritait pas ça et surtout pas pour moi. Alors je faisais taire cet espoir. Je l’écrasais dans un coin de mon crâne et m’efforçais de penser à autre chose, de m’occuper l’esprit comme je le pouvais mais malheureusement le temps me semblait incroyablement long. Je ne dormais presque plus la nuit, ne trouvait aucune occupation la journée. Les journées s’étiraient à l’infini sans que je ne me rende d’une quelconque utilité, aussi restais-je constamment seul. Quelques fois, on m’invitait à aller déjeuner à la même table, à discuter quelques minutes au salon mais à chaque fois je déclinais les invitations et me réfugiais dans ma chambre, là où personne n’osait encore venir m’importuner. J’avais l’impression de devenir dingue, à tourner en rond de la sorte. J’essayais de m’évader un peu en jouant du piano mais malheureusement, je ne parvenais pas à tenir en place plus de cinq minutes. Je ne parvenais pas à trouver un morceau suffisamment captivant pour me faire oublier tout le reste, pas plus que je ne parvenais à composer quoi que ce soit. Cette passion avait reprit vie avec Samuel, mais sans lui, elle se mourrait de nouveau. Alors j’attendais, un peu stupidement. J’attendais que le temps passe, que les semaines défilent, jusqu’à ce qu’enfin ce soit mon tour de rejoindre ma famille, et tous nos amis déjà loin. Si tout se passait bien, ce serait dans deux semaines… Deux semaines… Cela faisait exactement deux semaines que Samuel était partis et pourtant il me semblait que son départ datait d’une éternité au moins. Je n’allais jamais réussir à tenir, jamais…

Après plus de deux semaines après le départ du deuxième groupe pour Elizabeth Town.

Faisait-il jour ? Faisait-il nuit ? Les seules choses nous informant encore de cela dans la communauté étaient les pendules accrochées un peu partout, que je ne regardais plus. Je n’avais absolument plus aucune notion de l’heure, n’y prêtant de toute façon pas attention. Maintenant, ce qui constituait un repère pour moi était la fréquentation des salles communes, des couloirs, s’il y avait beaucoup de gens on pouvait penser que c’était le jour, sinon c’était la nuit. Voilà tout. Et personnellement, je ne sortais plus de ma chambre que la nuit, évitant soigneusement le contact des autres qui représentait pour moi une grande menace. Parce que maintenant j’avais un secret, un secret que personne ne devait découvrir sans quoi on essayerait forcément de me le retirer, or il représentait ma dernière source de bonheur, même si fictif. Aussi ne sortis-je qu’aux alentours de 3 heures du matin, vérifiant d’un regard que personne ne se trouvait là. Les lumières étaient toutes éteintes et, ne voulait réveiller personne, j’évoluai dans cette pénombre en conservant une main contre le mur afin de ne pas me perdre. Même dans le noir, je pouvais retrouver le chemin de la cuisine sans grande difficulté, parce que ce que j’allais y trouver était comme un trésor pour moi. Un trésor précieux, inestimable même, pour lequel j’aurais donné cher. Une fois arrivé en cuisines seulement je cherchai l’interrupteur et allumai, geste qui me força à fermer les yeux quelques instants tant la lumière soudaine me fit mal. Puis, je me dirigeai rapidement vers un petit placard près de l’évier et l’ouvris, en retirant une des bouteilles d’alcool qui étaient stockées là. Whisky, Vodka, Rhum, et même quelques canettes de bière. Je supposais qu’on les gardait en vue de les utiliser pour faire la cuisine, ou lors des grandes occasions, mais m’en fichais pas mal. Je regardai l’étiquette de cette que j’avais empoigné, au hasard, un sourire malsain effleurant mon visage lorsque j’y lu « Scotch ». Je n’avais pas de glaçons mais cela ne faisait rien, n’ayant de toute manière pas l’intention de le diluer d’une quelconque façon que ce soit. Alors je me saisis d’un verre, en remplis le fond de ce liquide brun et m’asseyais à une table de la salle à manger avant d’avaler d’un trait le verre dont le contenu me brûla la gorge. Et je recommençai. Autant de fois qu’il ne le fallu jusqu’à être complètement saoul et enfin ne plus penser à rien. Samuel ? Je ne connaissais pas. Lucy, Lucas ? Rien qu’un vague souvenir. Là… Tout allait bien maintenant. Mon cœur ne me faisait plus souffrir, mes yeux n’étaient plus constamment humides. Je parvenais même à sourire. Oui, tout allait bien, merveilleusement bien même… Plus rien n’allait m’arriver, et je ne souffrirais plus de rien, parce que l’alcool me protégeait. Il anesthésiait tout, y compris la douleur. Il noyait mon cerveau de sorte à ce que je ne me rappelle plus de rien. Et c’était le pied, tout simplement. Je le sentais courir dans mes veines et emporter avec lui les restes de ma dignité mais cela ne m’importait pas, tout ce qui m’importait était oublier, oublier Samuel plus précisément. Et j’y arrivais superbement bien. En ces instants Samuel n’était plus rien pour moi, dans mon cœur son nom avait définitivement disparu et ainsi, il ne me faisait plus de mal. Il pouvait me mentir, je m’en foutais. M’abandonner, je m’en foutais. Ne pas m’attendre, me tromper, me larguer, je m’en contre foutais. Je me foutais de lui, plus simplement. De lui, de sa gueule d’ange, de ses gestes stupides, de son parfum à la con. Je m’en foutais tellement que même si j’avais été en face de lui, je ne l’aurais sans doute même pas reconnu parce que dans mon esprit les choses devenaient peu à peu floues, permettant cet oublis délicieux. Il pouvait bien crever à Elizabeth Town que je n’en aurais rien eu à foutre, mais après tout, lui aussi, il en avait rien eu à foutre lorsqu’il m’avait laissé crever là. Alors pourquoi moi j’aurais dû m’en faire ?

J’étais retombé dans l’alcoolisme quelques jours plus tôt, ne supportant plus les pensées horribles qui assiégeaient mon esprit. Fatigué de tourner en rond dans mon lit suite à une insomnie, je m’étais rendu dans la cuisine en repensant au nombre de fois où nous nous étions embrassés là, à l’abris des regards le soir alors qu’il rangeait, au nombre de fois où il m’avait dit qu’il m’aimait… J’avais repensé à notre premier baiser, même s’il avait été catastrophique, c’était néanmoins ce premier pas raté qui m’avait réellement fait prendre conscience de mon amour pour Samuel. J’avais eu le coup de foudre moi aussi mais contrairement à lui, je ne m’en étais pas rendu compte, je ne l’avais pas accepté et l’avais totalement occulté. Ces souvenirs remontaient à si loin qu’ils en devenaient atrocement douloureux, surtout en sachant que plus jamais d’autres ne viendront les accompagner, qu’il n’y aura plus jamais de moment de douceur entre Samuel et moi parce qu’il m’avait quitté. Même s’il ne l’avait pas dit, tout dans son attitude, puis son départ, avait signé notre rupture. Ce soir là, j’avais volontairement cherché une goutte d’alcool parce que je savais, je sentais, que je ne pouvais plus tenir. J’avais mal… Davantage même que lorsque Natacha avait perdu la vie parce que nous avions été séparé alors qu’une vie fantastique se profilait, mais il n’avait pas s’agit d’un choix. La fatalité nous avait certes frappés mais pas parce que l’un de nous se désintéressait de l’autre, non… Cette fois Samuel m’avait volontairement abandonné, il ne m’aimait sans doute plus alors que moi j’étais fou amoureux de lui, que je pensais qu’il était l’homme de ma vie, que nous allions vivre ensemble des années durant et que notre futur serait merveilleux. J’avais imaginé toute une vie à ses côtés, une vie qui resterait à jamais du domaine du fantasme, du rêve, de l’utopie pure et dure. Alors je m’étais servi un verre de Whisky, comme un automate, le pantin sans vie que j’étais devenu sans Samuel. Je l’avais observé de longues minutes, me disant que j’allais réduire à néant deux années de sobriété, que j’avais fait d’énormes efforts, que j’allais tout gâcher… Mais je ne pouvais pas tenir bon plus longtemps. Je ne pouvais pas affronter la réalité davantage car elle était trop sordide et sombre. Je n’avais plus de futur. Je n’avais plus de cœur. Je n’avais plus d’âme. Samuel m’avait arraché ces trois choses lors de son départ, je ne pouvais plus vivre sans lui. Alors j’ai replongé. J’ai bu, ce premier verre, puis d’autres. J’ai bu pour les mêmes raisons que la première fois : J’avais perdu l’être que j’aimais le plus au monde, celui qui donnait tout son sens à mon existence et rien ne pourrait jamais le ramener à moi. Je l’avais perdu. A quoi bon tenter de prendre soin de moi, de rester sur la bonne voie, s’il ne voulait plus de moi ? A quoi bon vivre sans lui ? Je voulais le bannir définitivement de ma mémoire, l’oublier comme j’avais pu oublier Natacha en buvant. J’y parvenais, alors… Pourquoi aurais-je cherché à l’éviter ?

Lorsque j’étais saoul, le monde me semblait de nouveau vivable, puisque ni l’absence des jumeaux, ni celle de Samuel n’y étaient réelles. Je vivais, tant bien que mal, suivant mon propre rythme, c'est-à-dire celui de mes cuites et de mes périodes de cuvage. Je buvais toutes les nuits et dormais tous les jours, de ce sommeil de plomb propre à un taux d’alcoolémie élevé. Je sombrais sans cauchemars, sans souvenirs désagréables, et me sentais incroyablement bien tandis que je me glissais sous les draps, encore tout habillé. Je ne prenais même plus la peine d’aller manger. Je buvais, cela me suffisait amplement. Ainsi, ma perte de poids ne m’intéressait elle plus, je ne daignais avaler quelque chose que lorsque je me sentais au bord de l’évanouissement ou que je tremblais de manière anormale. Au fil des jours, je recommençais à tousser et vomir fréquemment, quand bien même mon estomac soit vide, ou presque. N’importe qui aurait pu être alerté mais pas moi. J’étais sobre tellement peu souvent que je ne me rendais même pas compte que peu à peu, la maladie reprenait ses droits sur moi en profitant de ma faiblesse. De toute façon, je ne savais même plus ce que j’avais pu faire des médicaments que m’avait donné Mathilda, et s’ils auraient eu un quelconque effet. Je m’en foutais. Je me foutais d’à peu près tout, en fait, mis appart mes petites réserves d’alcool qui diminuaient dangereusement en raison des doses que je m’enfilais chaque soir. J’étais persuadé de la présence d’autres bouteilles dans la réserve, mais n’en possédais pas les clefs. Tant que celles de la cuisine étaient pleines, ceci ne me préoccupa pas trop mais bientôt, je fus obligé de chercher ailleurs. Un jour seulement, je fus totalement sobre, dans l’impossibilité de boire ou de dormir puisque j’étais en manque, réellement, et que ma seule préoccupation n’était autre que de trouver une bouteille, n’importe quoi tant que ce serait alcoolisé. J’étais alcoolique. L’alcool était une drogue, et comme tout drogué j’aurais été prêt à faire n’importe quoi pour un seul verre, mes tremblements s’intensifiant au fil des heures. Alors j’ai attendu l’heure du repas en vérifiant qu’Alexander irait manger, et je me suis faufilé dans son bureau en douce. Là, j’ai pris toutes les clefs que j’ai pu trouver et avais couru jusqu’à la réserve en les essayant toutes. Je tremblais tellement qu’il me fallu un temps considérable pour parvenir à les glisser dans la serrure mais j’y parvins finalement, trouvant LA clef, celle de mon salut et de mon repos. Je suis entré précipitamment et avais tout fouillé, me foutant pas mal de la nourriture qui m’indifférait depuis quelques temps déjà. Et j’ai trouvé. Enfin, j’ai trouvé ma drogue, mon besoin, mon énergie. Dans un coin étaient rangées quelques bouteilles poussiéreuses, je les pris toutes avant de ressortir, fermant derrière moi, et courir de nouveau jusqu’au bureau d’Alexander afin d’y remettre les clefs. Avant, je n’aurais jamais pu voler ma communauté de cette manière. Jamais pu pénétrer en douce dans le bureau d’Alexander. Mais avant, j’étais sobre. J’étais dans mon était normal. A présent l’alcool seul dirigeait mes mouvements, mes pensées, mes envies, et je ne pouvais rien contre ce dictateur féroce.

Trois semaines après le départ du deuxième groupe pour Elizabeth Town
.
Je me suis vaguement rendu compte que la communauté se vidait, sans réellement comprendre pourquoi. Je ne comptais plus les jours jusqu’à mon propre départ et lorsqu’il vint finalement, je me retrouvais comme un con à devoir faire mes valises sans même me souvenir de la raison de ce départ. Pourtant, au fond de moi, j’avais le souvenir que ce fut un truc important mais malheureusement maintenant, je me foutais trop du monde extérieur pour lui trouver quoi que ce soit d’important. Tout ce qui m’importait, c’était mon alcool, le reste n’avait aucune importance. N’étant pas totalement sobre lorsque je dû emballer mes affaires, j’en oubliai une bonne partie. Pourtant, je n’oubliai pas mes bouteilles que j’emballai avec précaution dans des vêtements afin qu’elles ne se cassent pas dans mon sac. J’en pris deux pour la route, et laissai les autres dans une valise contenant le reste ou presque de mes affaires après en avoir bu de longues gorgées histoire de me donner du courage pour la route. D’un pas traînant je me dirigeai par la suite vers le petit groupe qui s’apprêtait à partir, laissant derrière moi une bonne tonne de choses sans m’en préoccuper. Après tout, à quoi allaient me servir des vêtements propres, des dessins de Lucy, mon synthé ? J’avais les bouteilles, c’est tout ce qui comptait. Arrivé près des autres, je posai avec précaution ma seule valise, celle qui contenait tout mon trésor, et me laissai glisser contre le mur pour finalement finir par terre. Mes jambes flanchaient déjà… J’allais devoir me traîner jusqu’à je-sais-plus-où même si je m’en foutais, et j’allais devoir le faire vite parce que les autres risquaient de se rendre compte de quelque chose. Cependant, je savais que mon était ne laissait pas immédiatement comprendre ma rechute puisque d’une part, les seules personnes étant au courant de mon passé étaient déjà parties, ensuite on penserait forcément que j’étais malade et qu’ainsi, ma mine de déterré était normale. En passant devant un miroir avant de partir, j’avais moi-même aboutis à cette conclusion et pourtant mon cerveau était déjà très embué : J’étais de nouveau très malade. Et encore, je crois que je n’avais pas été aussi maigre même pendant mon séjour à l’infirmerie puisque Mathilda me forçait toujours à me nourrir, même si faiblement. Maintenant je flottais carrément dans mes vêtements et mes joues étaient creuses. Mais tout le monde s’en foutait, moi le premier. Je posai la tête contre le mur derrière moi et fermai quelques instants les yeux avant que quelqu’un ne m’interpelle. Rouvrant les yeux, je posai mon regard sur un type dont le nom m’échappait à l’instant et qui tenait mon synthétiseur.

« Je suis passé devant ta chambre et j’ai vu que t’avais oublié ça. Tiens. »

Il me le tendit, je l’observai quelques secondes. Qu’est ce qu’il me voulait lui ? Qu’est ce que ça pouvait lui foutre que j’ai oublié des trucs ? Pourquoi les gens ne s’occupaient-ils jamais de leurs putains de culs ?

« Va te faire foutre. »

Murmurai-je, le regardant droit dans les yeux. Adieu le Liam gentil, conciliant et doux. Adieu le Liam toujours prêt à donner un coup de main et compréhensif. Bonjour au Liam alcoolique, mauvais, et vulgaire. Bonjour à toi, mon ami.
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MessageSujet: Re: Départ pour Elizabethtown - GROUPE N°5 { ALEXANDER - GABRIELLE - AARON - LIAM }   Mar 5 Avr - 15:42

[Ancien Joueur]

    Je pense que pour tout acte dans la vie, il y a son contraire. Cela permet de garder un équilibre concret qui vous permet de rester stable : psychologiquement et physiquement. Appelez ça le karma, ou la destinée si vous voulez, peu m'importe. Les pertes que l'on subit, les sacrifices qui nous sommes tous obligés d'accomplir, doivent et sont toujours équilibrés par des évènements plus heureux, plus joyeux, plus drôles même, certaines fois... Pour une fois dans ma vie, je pars positivement. Je laisse derrière moi un peu de mon passé, n'en garde qu'une semelle, pour me rappeler que dans la vie rien est acquis et qu'il est important d'apprendre de son passé. Les souvenirs que j'emporte et ceux que je laisse derrière moi, sont bons comme mauvais. Nous avons beaucoup partagé ici, dans cette communauté mais je pars sans regret.
    Bien sûr, la nostalgie fait aussi parti des sentiments que l'on ressent lorsque l'on quitte ou laisse une part de notre existence, mais cet abandon nous permettra à tous de revivre d'autres expériences, d'aboutir à d'autres projets, de tout
    simplement se projeter une nouvelle fois dans l'avenir...
    C'est bien ça, aujourd'hui nous quittons notre petite communauté. Nous avions tous mis du cœur à la construire, particulièrement Alexander qui avait mis plus que du sien... Mais elle nous avait tous appris quelque choses, nous avons
    tous progressé en vivant ici. Certains ont même vécu des moments inédits, des naissances, des rencontres même. Mais nous ne nous perdons pas nous-même. Nous quittons cette communauté avec les mêmes liens. Même si certains ne le montrent pas trop (moi le premier), nous sommes attachés les uns au autres, et c'est ce qui fait notre force. Ce pourquoi nous pouvons partir, sans regret et sans reproche envers nous même, mais surtout, sans crainte de détruire ce pourquoi nous avons tant travaillé.
    J'ai beau être touché par ce départ, je ne pense pas être celui pour qui cela est le plus dur. Mon existence entière m'a forgé dans le but de toujours m'adapter. Bien que je ne sois pas un peu triste de partir, je vois bien que d'autres que moi
    sont plus touchés. Alexander le premier. Lui avait mis tous (ou presque) son être dans cette communauté, je pouvais comprendre que tout quitter après tous ce que nous avons vécu, pouvait être douloureux. Mais je sais aussi que c'est un homme fort et fier, et qu'en aucun cas, il ne le montrera. Je le vois sortir en dernier de ce qui fut pendant un certain temps notre "Chez nous". Il nous rejoignis, signe que nous allions partir.
    Je m'étais relativement bien remis de mes blessures... Bon , je n'avais peut-être pas encore retrouvé toute ma vitalité, mais disons que je pouvais largement supporter le voyage. Le supporter en tout cas c'est sûr. Mes jambes n'avaient pas trop étaient touchés, ce qui était une chance puisque nous n'avions accès qu'à la marche pour nous rendre jusqu'à ElizabethTown.
    Chose peut pratique, je devais l'avouer. Mais de toute façon, nous ne pouvions rien y faire. Je m'avançais vers Alexander, qui discutait avec sa femme. Je gardais beaucoup de distance envers elle, enfin... Maintenant,
    on peut dire qu'on s'éloignait mutuellement.

    - Nous sommes prêts à partir ? Le trajet risque d'être long, mieux vaut ne pas s'attarder.

    Je compris rien qu'en voyant le visage de mon ami que lui aussi avait fait le deuil de cet endroit.
    Les regards qu'il échangeait avec sa femme m'indiquèrent que j'étais intervenu dans une conversation entre eux deux.
    Je m'écartais donc, les laissant reprendre là où ils en était.

    Un dernier regard sur cette page de notre vie. Une page lourde et chargée de plusieurs inscriptions. Les lots de bon mais aussi de mauvais moments la remplissait. J'apréhendais plus notre arrivée que je ne regrettais notre départ. Le nouveau est exitant mais il faut aussi extrêmement peur. Je pense néanmoins être prêt. Rectification, je pense que nous sommes prêt pour un nouveau départ, prêt pour une nouvelle aventure. Espérons qu'elle soit aussi bien que la précédente...

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MessageSujet: Re: Départ pour Elizabethtown - GROUPE N°5 { ALEXANDER - GABRIELLE - AARON - LIAM }   Sam 9 Juil - 13:21

Je souris doucement à Gabrielle... Pas un échec, un nouveau départ... j'aurais aimé le voir ainsi, mais non, désolé. J'avais bel et bien échoué à les protéger. C'était un nouveau départ, soit, mais suite à une expérience qui se terminait mal. J'aurais du être plus prudent. j'avais sauvé la vie à bien des gens, c'est vrai, mais combien avaient perdu la vie? Combien avaient-été blessés? Combien qui pleuraient la perte d'un être cher? Aaron avait failli mourir. Jamais je ne me le serais pardonné. Et même encore maintenant, que je regardais sa grande carcasse martyrisée, je culpabilisais. j'avais sauvé des vies oui, j'avais accueillis les survivants un par un. Introduisant probablement des personnes mal intentionnées parmi nous. J'aurais du être plus rigoureux. j'aurais du apprendre aux hommes à se défendre, à se servir d'un flingue. Faire surveiller l'entrée plus étroitement. Je n'avais pas été assez militaire encore. On me reprochait de l'être trop. La preuve en était faite que ce n'était jamais trop.

Gabrielle me parla alors de Liam et je fronçais les sourcils. Aaron s'était approché et me glissait quelques mots. Oui, nous avions deux malades avec nous. Enfin, Aaron, c'était surtout de la faiblesse suite à ses blessures. Liam, c'était encore différent et je ne savais pas exactement ce qu'il avait. Je m'étais accroché avec Mathilda à son sujet d'ailleurs. Elle trouvait intolérable de ne pas faire partie de ce groupe pour les blessés. Mais on avait besoin d'elle également là bas. Ça irait. Ça devait aller.

- "On y va Aaron... Si jamais tu te sens trop faible, n'hésite pas à le dire d'accord? Qu'importe si je trajet est long. Le principal étant que nous arrivions TOUS."

Et cela valait pour Liam également. Liam qui avait vraiment une tête à faire peur. Mais c'était surtout son comportement qui m'inquiétait, bien différent de celui que j'avais connu. Il était revêche, désagréable, refusait tout contact. Le voyage allait vraiment être plaisant s'il ne cessait de rechigner. Évidemment, le TOUS, je l'avais lancé assez fort pour qu'il l'entende alors qu'il remballait méchamment quelqu'un qui ne voulait que l'aider un peu. Qu'il ne s'amuse cependant pas à cela avec moi. J'avais beaucoup de patience, mais je ne supporterais pas sa mauvaise humeur constante pour une semaine, dans le froid et la neige. Arriverait-il seulement à tenir le rythme? Arriverait-il... vivant? Si jamais il mourrait, Mathilda me tuerait. Et sa mort pèserait de nouveau sur ma conscience, comme tant d'autre. Parce que ma décision n'aurait pas été la bonne. C'était parfois si difficile de faire des choix. D'avoir l'air sûr de moi quand je ne l'étais pas. Ils comptaient sur moi. Tous. Que dieu fasse que leur confiance soit méritée. Je soufflais alors à Gabrielle :

- "Il est encore malade je crois. Mais nous n'avons pas le choix. On ne peut pas rester ici indéfiniment, nous avons déjà repoussé notre départ au maximum... C'est son comportement qui m'inquiète... S'il ne meurt pas de sa maladie, prions pour que personne ne l'assassine au vu de sa mauvaise humeur."

Un trait d'humour noir, d'accord, mais qui reflétait bien la situation pourtant. Je l'embrassais, avant de terminer :

- "Essaie de te rapprocher de lui... Peut-être que toi, il n'osera pas t'envoyer promener. Si quelque chose ne va pas, préviens moi."

Je ne pouvais pas faire mieux. L'heure du départ avait sonné. Nous nous mîmes en marche. En silence. Le cœur meurtri d'abandonner cet endroit pour certains, soulagés pour d'autres. Notre avenir nous attendait, promesse de jours meilleurs, de sérénité.

Pourvu que cela ne soit pas un leurre.

[RP que l'on peut considérer comme terminé, il ne s'est rien passé de notable pendant le trajet et mieux vaut nous concentrer sur E.T. Wink )
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MessageSujet: Re: Départ pour Elizabethtown - GROUPE N°5 { ALEXANDER - GABRIELLE - AARON - LIAM }   

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Départ pour Elizabethtown - GROUPE N°5 { ALEXANDER - GABRIELLE - AARON - LIAM }
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