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 We are bad kids. [Adonis T.]

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Aristide Tetropoulos
Εἶς ἀνὴρ οὐδεὶς ἀνὴρ
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MessageSujet: We are bad kids. [Adonis T.]   Mer 29 Juin - 17:46

Journée de merde. Je venais tout simplement de passer une journée de merde. Nous n’étions plus qu’à quelques jours de la fin du repos forcé de mon bras droit et de ce fait, j’avais pu retirer l’écharpe, quand bien même je ne me serve que très peu de mon bras. J’évitais surtout de porter des choses lourdes ou effectuer des mouvements répétitifs comme pour frotter les murs. Ainsi, je me retrouvais encore et toujours coincé dans la réserve de la bibliothèque, triant et répertoriant chacun des livres afin de savoir avec exactitude ce que nous possédions et faciliter le travail de rangement qui viendrait plus tard. Ce n’était pas particulièrement fatiguant, juste très chiant. Je passais mes journées dans le noir, à dépoussiérer de vieux bouquins pour en noter les noms sur une feuille et les regrouper dans des cartons d’abord selon le genre, ou la période, ou le thème. Je ne savais pas très bien comment m’y prendre en fait. Pour certains bouquins, il suffisait de voir s’il s’agissait de théâtre, de roman ou autre et les balancer dans le carton « théâtre », « roman » ou autre, mais que devais-je faire des revues scientifiques, ou historiques, ou de mode, ou alors des atlas, des bouquins d’histoire, ou de sociologie ? Un peu au hasard je l’avoue, j’ai finis par regrouper uniquement selon le genre, présumant que nous nous y retrouverions forcément lorsque nous rangerions tout ça en haut. Il suffisait de prévoir un espace « revues » ou autre et d’y classer à cet endroit les différents thèmes traités, et etc. Je devais également effectuer un tri dans tout ce qui ne possédait plus le moindre intérêt de nos jours, comme les journaux remontant aux années 80, par exemple. Non pas que je les jetais, car après tout ils pouvaient bien intéresser quelqu’un, mais je les laissais simplement dans un coin, dans la réserve quoi. Inutile de préciser qu’à ce rythme là, je passerai sans doute ma vie dans cette foutue cave. Elle était grande, et il y avait un nombre considérable de chose à répertorier ainsi qu’à classer, sans parler de l’absence de lumière qui ne facilitait pas les choses. Je passais mon temps à jongler entre la lampe torche, les bouquins, le stylo et la feuille, me battant de temps en temps avec des nids d’araignées installées ici et là. Il m’est également arrivé de jeter à contre cœur quelques livres mangés par la moisissure, l’air ambiant étant particulièrement humide. Toujours est-il que passer des heures sous terre à faire ce genre de choses tout en sachant que Kay et Sam devaient se fendre la poire en s’occupant des murs là-haut ne m’amusait pas particulièrement, voire même me faisait vraiment chier. J’avais l’impression d’être une endive à la fin.

Lorsque je remontai ce soir là, il faisait déjà nuit depuis un bon moment. Kay était venue me chercher en fin de journée pour me dire que tout le monde partait mais, voulant terminer de trier une bibliothèque avant de partir, je suis resté plus longtemps. Beaucoup plus longtemps de toute évidence. Presque aucune maison n’était plus éclairée, laissant envisager les doux rêves dans lesquels leurs habitants devaient être plongés. Tout le monde dormait pendant que moi je croupissais dans une cave… J’eus un soupir avant de m’étirer, puis passai une main dans mes cheveux pour en retirer les éventuelles toiles d’araignées qui auraient pu s’y loger oui parce que, je me faisais également bouffer par les araignées à longueur de journées. Autrement dit ma vie était un peu merdique en ce moment. Avant de rentrer à la maison je remontai les marches de la bibliothèque et allai y chercher mon pull que j’avais abandonné le matin en entrant, avant de finalement reprendre le chemin de mon petit chez-moi (enfin presque) les mains dans les poches, marchant à une allure décontractée. La température de l’air me rappelait celle de la réserve mais au moins, il était à présent doux, frais, et ne possédait pas cette odeur horrible de moisi et d’humidité, ce qui me fit beaucoup de bien. Arrivé sur le porche de ma maison, je posai doucement ma main sur la poignée avant d’ouvrir la porte d’entrée et me glisser à l’intérieur sur la pointe des pieds, peu désireux de réveiller qui que ce soit. Néanmoins, je su qu’au moins un habitant de la maison m’avait entendu lorsque j’entendis un genre de poids tomber par terre, suivis par des aboiements. J’allumai la lumière, me retrouvant face à Patrick qui me fonçait dessus en hurlant avant de se rendre compte qu’il ne s’agissait que de moi et de freiner des quatre pattes pour ne pas s’exploser la tronche dans mes jambes. Loupé. J’eus mal. Le repoussant du pied, agacé, je posai un doigt sur mes lèvres pour lui faire comprendre de se taire : Vain, certes, mais j’avais souvent tendance à oublier qu’il ne comprenait pas ce genre de codes purement humains. Finalement, il me suivit tandis que je me dirigeai vers la cuisine en bougeant la queue, ayant visiblement reconnu son maître. Alors… M’avait-on laissé à manger ? J’eus un regard vers l’horloge accrochée au mur avant d’ouvrir le frigidaire, y cherchant une quelconque assiette que l’on aurait pu laisser à mon intention. Il était déjà plus de 23 heures, j’étais passablement fatigué et n’avais pas envie de devoir me préparer quoi que ce soit mais finalement, mon regard rencontra une assiette recouverte de film plastique ainsi que d’un petit mot. « Pour Riri. » Je reconnu aussitôt l’écriture de ma sœur.

Avec un sourire je récupérai l’assiette, la réchauffai puis mangeai doucement, Patrick couché à mes pieds, ou plutôt sur mes pieds. La maison était grande, pas forcément beaucoup meublée si bien que le moindre bruit semblait une vraie cacophonie et finalement, je fus rapidement mal à l’aise. Admettons le, j’avais un peu la trouille. Terminant rapidement mon repas je laissai le tout dans l’évier, me promettant de faire la vaisselle le lendemain, puis filai sous la douche. Plus les jours passaient et plus il faisait bon, le printemps prenant peu à peu ses droits sur l’hiver et finalement, je dormais de nouveau en simple sous-vêtements, ayant abandonné mes t-shirt trop grands et mes bas de pyjama ridicules pour cela. Aussi ce fut en boxer que je sortis de la salle de bain, un verre d’eau à la main, m’apprêtant à aller me coucher directement lorsque je vis une faible lueur sous la porte de la chambre de ma sœur. En général nous ne nous voyions pas beaucoup durant la journée, seulement aux heures des repas et malheureusement, je n’étais pas passé à la maison pour déjeuner ce jour là. Aussi, je n’avais croisé Adonis que le matin au petit déjeuner et avais envie de discuter avec elle dès à présent, puisqu’elle ne dormait pas. A vrai dire, j’avais beau adorer la bibliothèque, je dois bien avouer que le fait de ne plus pouvoir être avec ma sœur quasiment à longueur de journée me manquait tout de même. L’emmerder à longueur de journée me manquait… Alors, je m’approchai doucement de sa porte avant de lever le poing pour frapper, me rappelant soudainement que je tenais toujours mon verre d’eau dans l’autre. A la base, c’était uniquement au cas où j’aurais soif dans la nuit, m’évitant ainsi de me relever mais là… Je dois bien avouer que quelques pensées plus facétieuses me traversaient l’esprit. J’ouvris donc la porte d’un coup, m’avançant d’un pas à peine avant de jeter un regard à la pièce. Je trouvai Adonis allongée sur son lit, en sous vêtements elle aussi, un livre à la main. Avant qu’elle n’ait pu dire quoi que ce soit, je lui balançai mon verre d’eau dessus, me moquant sur le coup de mouiller son lit ou son livre. Elle eut un violent sursaut avant de relever les yeux vers moi, moi qui posai au même moment mes mains sur mes hanches avant de lâcher un long soupir de satisfaction.

« Putain, qu’est ce que ça fait du bien ! »

Je marquai une courte pose, un grand sourire étirant mes lèvres.

« J’avais vraiment envie de te faire chier ce soir. »

Sur quoi je me cassai en courant, sachant pertinemment que si je demeurais dans cette pièce une seconde de plus, Adonis allait m’arracher les yeux.

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MessageSujet: Re: We are bad kids. [Adonis T.]   Mar 12 Juil - 0:17

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Aller bien ou aller mal, une question à laquelle on arrive généralement à répondre avec facilité aux personnes qui nous la posent. On n’a pas besoin de réfléchir longtemps avant de décider si oui ou non, à l’instant précis, on va bien. Et très souvent, la réponse est positive. Ca ne signifie pas qu’elle est sincère, mais au moins, elle est positive. Une réponse qui franchit nos lèvres par pur réflexe sans qu’on ait même le temps de se poser la question à soi-même. Et celle qui vient ensuite ne se fait jamais vraiment tarder. « Vais-je bien ? Réellement ? Suis-je heureuse ? Qu’est-ce qui me rend heureuse ? », et on en vient ainsi à réaliser qu’on ne se porte pas forcément aussi bien qu’on le pense. A ce moment, on ouvre les yeux. Et on regarde autour de soi. Et on comprend que tout va mal. Il y a bien sûr des exceptions, comme ces personnes que l’on voit chaque jour et qui nous arrachent systématiquement un sourire, ces quelques situations touchantes qui nous font rêver une seconde, ces éclats de rire que l’on n’échangerait pour rien au monde, mais si on ouvre réellement les yeux, si on regarde plus loin que ce simple voile de quotidien, on découvre l’illusion. Celle qui est là depuis bien plus longtemps qu’on se l’imagine, depuis le début de notre vie, et de celle d’avant, l’illusion qui nous enveloppe sans que l’on puisse réellement s’en rendre compte. Celle qui veut nous faire croire que tout va bien, alors que tout va mal. Celle qui nous pousse à agir d’une certaine façon alors que notre cœur nous hurle le contraire. Celle qui nous fait penser que nos rêves peuvent être réalité, et que la réalité est belle. Lorsqu’on se demande réellement si l’on va bien, on voit que tout va mal. On remarque que ce sourire n’est qu’un masque, que ce rire sonne faux, que cette phrase est un mensonge. Ces yeux qui brillent ne sont que le reflet que la douleur qui brûle à l’intérieur. Et pourtant, ils se veulent montrer la joie. Et ils réussissent. Car nous ne voyons que ce que nous voulons voir, ne croyons que ce que l’on veut bien croire. La vérité vraie n’est pas belle à savoir, c’est pourquoi nous nous contentons d’être bernés par l’illusion. Ce n’est pas le bonheur parfait, car elle n’empêche en rien la souffrance, mais elle en cache une majeure partie. Nous n’avons pas idée du mal extérieur. Nous sommes seulement conscients de la notre. Et nous avons déjà tous tellement eu mal que ça semble nous suffire, et on préfère continuer à se dire que tout va bien, maintenant. Parce que parfois, on ouvre les yeux, et tout ça nous heurte de plein fouet. Alors on referme les yeux, et on avance encore, malgré tout. Parce qu’il faut bien le faire. Il faut bien vivre.

C’était à ça qu’Adonis songeait, allongée à l’arrière de la maison, observant les étoiles qui apparaissaient peu à peu dans le ciel d’Elizabethtown. Elle aimait bien faire ça en fin de journée, s’allonger dans l’herbe fraiche et laisser libre cours à ses pensées, être seule pendant une heure ou deux, au calme, dans le silence de début de soirée. Les yeux plongés dans l’infiniment grand, ce soir-là, elle s’interrogeait sur elle-même. Cherchait à savoir si oui ou non, ce qu’elle ressentait en ce moment pouvait se rapprocher d’une façon ou d’une autre du bonheur. Cela faisait quelques semaines, quelques mois que « tout allait bien ». Oui mais voilà, cette phrase restait effroyablement globale. Tout allait bien parce que la Communauté avait semblé avoir retrouvé le calme et la tranquillité qui lui avait tant manqué, tout allait bien parce que l’époque « souterraine » était loin et que tout le monde vivait dans des maisons, parce que les gens paraissaient sourire beaucoup plus, parce qu’ils souriaient parce que c’était ce qu’ils étaient tous supposés faire. Et tout allait mal parce qu’ils souffraient toujours, au fond d’eau, là, la douleur était toujours présente. Si on se concentrait un peu, si on observait bien, on pouvait lire ce mal-être caché au fond de leurs yeux, caché dans l’ombre de leurs sourires. Adonis n’échappait pas à la règle. Bien sûr, la plupart de ses sourires étaient sincères, mais bien souvent, elle avait envie d’ajouter à ses paroles « Mais ça fait mal. Toujours. ». Mais Adonis se tairait. Toujours. Car elle était consciente qu’elle n’était ni la première ni la dernière à être victime de cet ouragan de sentiments, cette tempête qui mélangeait tout et qui mettait un bazar sans nom dans son cœur, dans sa tête. C’était le cas la totalité des habitants d’Elizabethtown. Chaque jour, cette réalité la heurtait de plein fouet. Et elle ne voulait pas passer pour celle qui se plaignait. Les autres avaient appris à vivre avec, et elle aussi. Peut-être que l’illusion les enrobait un peu trop, mais ça faisait du bien de croire en quelque chose de beau. Et tous avaient envie de croire en cet avenir.

Alors peut-être qu’Adonis allait bien. Peut-être que même si tout allait mal, elle pouvait trouver le moyen de s’accrocher à ces étoiles, de s’accrocher à l’espoir qui l’avait retrouvée, de s’accrocher. Toujours.

La jeune femme avait fini par remonter dans sa chambre. Elle s’était déshabillée dans le but de vêtir une chemise de nuit, mais s’était finalement décidée à rester en sous-vêtements. Beaucoup plus confortable. Elle ne craignait une irruption inopinée dans sa chambre à cette heure-ci de la soirée, et même si ça devait arriver, on frapperait à sa porte et elle aurait toujours le temps d’attraper sa robe de chambre, posée au pied de son lit. Le livre qu’elle lisait était « Never let mego », de Kazuo Ishiguro. Elle l’avait trouvé au fond de l’armoire en arrivant là, et l’avait mis de côté pendant un long moment avant de finalement l’ouvrir, poussée par un besoin d’évasion. Et elle ne l’avait pas regretté ; même si elle n’en était pas encore à la moitié du roman, elle aimait beaucoup. Une histoire dure et touchante, comme elle les aimait. Mais ce moment de calme bien appréciable fut troublé par une tornade qui débarqua dans la pièce sans même prendre la peine de frapper. Immédiatement, Adonis étira son bras vers l’extrémité de la couette pour s’en recouvrir, mais elle n’eut même pas le temps de saisir l’étoffe de ses doigts car une cascade d’eau froide s’abattit sur elle. La jeune femme s’immobilisa aussitôt, et releva les yeux vers son agresseur d’un air menaçant. D’un air réellement menaçant. Vous êtes-vous déjà retrouvé devant une Adonis possédant des envies de meurtre ? Non, vous n’en avez pas envie, croyez-moi. Et ce visage… que d’arrogance, que d’arrogance. Histoire de l’énerver encore plus, vous savez. Mais ça n’allait pas se passer comme ça. Oh non. Il allait comprendre son erreur, le petit Aristide. Celui ne tarda d’ailleurs pas à prendre la fuite. Ok, elle lui laissait quelques secondes d’avance. Mais elle était rapide, et plus maligne, et peut-être même plus sadique. La vengeance allait être terrible. Sans même prendre la peine de s’habiller, Adonis sauta de son lit et se précipita à la suite de son petit frère. Elle n’hurla pas son nom, de peur d’éveiller le reste de la maison, mais parvint à le rattraper en un temps record. Dans la cuisine. Lui, adossé au plan de travail, et elle, s’approchant dangereusement armée d’une grosse cuillère de confiture. « Tu veux jouer à ça, petit Ari ? Tu as sans doute oublié que je suis celle qui gagne toujours à ce jeu ? Je vais te rafraichir la mémoire, t’en fais pas… » Petit rire machiavélique. Et paf, la cuillère se transforme en catapulte. En pleine face. Bingo ! « Haha, je n’ai pas perdu mes reflexes – contrairement à toi – je me trouve assez forte. » Mais ce n’était que le début. L’entrée en jeu. « REVIENS ICI ! » s’exclama la jeune grecque en se lançant de nouveau à la poursuite de son petit frère. « Aristide Tetropoulos ! » Elle criait à voix basse, un murmure exclamé pour que l’homme sache qu’il était poursuivi par sa sœur désirant vengeance.

Adonis savait que cette nuit-là serait leur nuit. Un retour en arrière, une plongée dans l’enfance lointaine, la nostalgie de cette époque merveilleuse. Les course poursuites nocturnes en sous-vêtements, les batailles d’eau, de nourriture ou de tout ce qui pouvait se trouver sur leur chemin, un de leurs jeux favoris. Lorsqu’elle se demandait un peu plus tôt si elle allait bien, elle avait hésité. En cet instant, elle répondait oui sans réfléchir une seconde de plus. Oui, oui, oui, mille fois oui. Son rire était sincère, et la lueur de ses yeux n’était plus le reflet de sa peine. Mais de son bonheur. Ses souvenirs d’enfance qui refaisaient surface de façon inattendue. Elle aimait ça. L’imprévu. L’imprévu qui lui remontait le moral. Demain, elle hésiterait de nouveau, et le jour suivant également. Les questions ne s’envoleraient pas, le doute serait toujours là. Mais ce soir, on se contentait de poursuivre Aristide pour lui faire manger l’herbe du jardin. Et Adonis irait bien.
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Aristide Tetropoulos
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MessageSujet: Re: We are bad kids. [Adonis T.]   Mer 20 Juil - 19:56

[HJ : ]


En toute honnêteté, Dodo et moi avions toujours été des sales gosses. Pas du genre à traîner dans les rues le soir ou s’enfiler des substances illicites, certes, mais quand même des sales gosses. En même temps, je crois que c’est justement ce qui donna à notre enfance ce caractère magique, inoubliable : Des tonnes de souvenirs entassés dans nos crânes. Des conneries pour la plupart, mais jamais rien de très graves car malgré tout, nous avions toujours conservé la notion du danger. Disons simplement que nous tapions sur les nerfs de notre grand-mère assez fréquemment, bien qu’elle n’ait jamais réellement pris la peine de nous punir à la mesure de nos bêtises. Les circonstances de notre éducation jouaient pour nous en même temps, deux enfants avec si peu de différence d’âge élevés à des kilomètres l’un de l’autre, et qui se retrouvent seulement quelques fois par ans, qui aurait envie de les punir parce qu’ils mangent toutes les glaces à la lavande en cachette ou volent les figues sur l’arbre du voisin ? Dans ces cas là nous nous réfugions dans les jambes de notre grand-père qui était une véritable pâte, et après quelques cris nous nous en sortions indemnes. Il y eut bien quelques fessées, de temps à autres, lorsque nous dépassions vraiment les bornes ou que nous causions beaucoup de soucis aux adultes. Une fois, alors que nous ne devions pas être âgés de plus de 12 ans, Dodo et moi étions sortis à la tombée de la nuit pour nous baigner, notre maison possédant un accès direct et rapide jusqu’à la mer. Quelle frayeur pour nos grands parents qui nous avaient cherché partout, craignant que nous nous soyons noyés ! Cette fois là, oui, nous avions essuyé une bonne gifle avant de nous voir envoyés au lit sans quémander notre reste mais sincèrement, cette soirée fait aujourd’hui encore partie des meilleures à mon sens. Une enfance à caractère fabuleux, oui… La Grèce, la mer, les champs de fleurs et le bruit des insectes… Lorsque l’on a huit ou dix ans, on ne demande pas grand-chose de plus qu’à aller gambader dans l’immensité de cette nature extraordinaire. Il me semble que c’est aussi ce qui nous permit, indirectement, de survivre tout les deux à la guerre : Nous étions des débrouillards, nous avions appris à vivre de choses simples et faire avec les moyens du bord. Adonis peut-être un peu moins que moi puisqu’elle fut élevée majoritairement aux Etats-Unis mais l’éducation de nos grands parents compensa sans doute largement le reste. Comment expliquer sans cela que nous soyons si proches, unis comme les deux doigts de la main ? C’était fusionnel, voilà tout.

On dit parfois que le temps vient à bout de tout ; Il me semble que cette affirmation est fausse. Le temps n’avait pas effacé notre joie de vivre enfantine, parfois puérile même mais si douce, si agréable. Un peu de légèreté ne pouvait qu’adoucir notre existence après tout, et bien malgré le fait que nous soyons à présent de vingt-six et vingt-neuf ans, nous aimions toujours à nous chamailler comme des gamins. Quel mal a cela ? Quel mal y avait-il à débouler dans la chambre de ma sœur et lui balancer un verre d’eau glacé à la figure ? Bon d’accord, de but en blanc ceci pouvait paraître désinvolte et impoli mais je savais qu’elle se vengerait bien assez. J’en eus d’ailleurs la confirmation dès qu’elle releva les yeux vers moi, une violente lueur de colère dansant devant ses yeux ce qui, bien loin de m’effrayer, m’amusait au plus haut point. Ne jamais énerver Adonis, il s’agissait d’un conseil que je promulguerais au premier venu si besoin est mais moi, moi j’avais le droit. J’avais tous les droits ! Ou pas. Mieux vaudrait-il courir, en fait. Courir, c’est justement ce que je fis une seconde à peine après l’avoir somptueusement énervée, me dirigeant à la hâte vers les escaliers que je dévalai en moins de trois secondes, manquant de me manger magnifiquement la gueule sur les dernières marches. Dans la foulée, je posai rapidement mon verre sur le premier buffet venu et cavalai encore sur quelques mètres pour passer du salon à la salle à manger, puis de la salle à manger à la cuisine, prenant soin de refermer les portes derrière moi. Ca ne changerait pas grand-chose à la situation mais au moins, je disposerai de quelques secondes d’avance pour souffler. M’appuyant doucement contre le plan de travail, je croisai les bras contre ma poitrine, un sourire malicieux aux lèvres tandis que mon regard fixait la porte. D’une seconde à l’autre, cette même porte allait s’ouvrir sur ma sœur qui me sauterait dessus afin d’assouvir ses pulsions meurtrières et rien qu’à cette pensée, un sublime éclat de rire tentait de remonter doucement le long de ma gorge pour venir exploser dans la salle. Viens, Dodo, viens. J’ai même pas peur ! Pourtant, je dois bien avouer que mon sourire perdit de sa force lorsque je vis ma sœur entrer dans la cuisine, armée d’une cuillère à confiture. Non, pas la confiote… Ca colle ! J’avais été gentil avec l’eau, d’accord ça mouille, mais au moins ça ne colle pas ! Je détestais les trucs qui collent, bon sang.

« Et moi je te rappelle que tu gagnes toujours parce que… -BAM, la confiture en pleine tronche. Moue dégoûtée tout en m’essuyant. -… je te laisse toujours gagner. »

Non, vraiment, la confiture en pleine face c’était purement dégoûtant. Surtout que nous n’en avions pas à foison, de la confiture, hein ! Je ne bronchai cependant pas, me contentant d’essuyer d’un revers la trace collante qui salissait ma joue tout en lui jetant un regard noir. Oh, elle pouvait bien se sentir triomphante pour le moment, mais comme dirait le vieil adage : Rira bien qui rira le dernier. Et je comptais bien prendre ma revanche. Sentant que Dodo réitérerait peut-être le coup de la catapulte gluante dans les secondes à venir, je préférai m’enfuir de nouveau, ignorant son appel virulent. Comme si j’allais attendre sagement qu’elle m’en foute plein la tronche ! Je me mis à courir en direction de l’entrée, devant pour ce faire traverser toute la maison avec ma sœur sur les talons. Sans m’arrêter de courir, je pris la peine de me retourner pour l’observer une seconde, ne m’empêchant cette fois pas de rire. Dix ans, nous avions dix ans. Mais bon sang, ce que c’était bon ! Je ris encore plus fort lorsqu’elle prononça mon nom dans un murmure visiblement contenu, ne voulant sans doute pas réveiller toute la maison avec nos stupidités. Personnellement je m’en foutais, même s’il est vrai que je n’aurais pas voulu tirer Lyzee de ses rêves. Pas Lyzee, mais les autres… Bon d’accord, pas Kay non plus, parce qu’elle m’en aurait fait baver également et autant je pouvais me débrouiller de ma sœur, autant il me serait plus difficile de m’en sortir avec les deux sur le dos. Surtout qu’elles étaient aussi facétieuses l’une que l’autre, de quoi me prendre la raclée du siècle. En tout cas, je finis par atteindre la porte d’entrée que j’ouvris à la dérobée, déboulant sur le porche pieds nus, mais qu’importe. Pieds nus et légèrement à poil aussi, remarquez. Sautant par-dessus les marches du perron, je manquai une nouvelle fois de tomber arrivé dans l’herbe mais continuai à courir en direction du jardin. Il faisait nuit noire, seules quelques fenêtres éclairées projetaient encore de faibles rayons lumineux au travers des rideaux. Je me retournai alors une nouvelle fois, trottinant à peine tandis que Dodo me poursuivait toujours, et finalement me mis à simplement marcher à reculons, conservant cependant une distance respectable entre ma sœur et moi. La lune jetait sur son corps quelques éclats argentés qui sublimaient ses courbes fines, délicates. Ma sœur avait toujours été à mes yeux d’une rare beauté, j’aimais absolument tout chez elle sans parvenir à lui trouver le moindre défaut : J’aimais ses cheveux légèrement ondulés, ses yeux d’un noisette tirant sur le vert, son sourire éclatant… Oui, j’avais la fierté d’affirmer sans la moindre hésitation que ma sœur était très belle, sans pour autant être le moins attiré du monde par elle. Déconnez pas, c’est ma sœur quand même. Il n’empêche que la voir, comme ça, marcher en sous vêtements dans l’herbe afin de me choper et m’étriper me donnait le sourire jusqu’aux oreilles.

« La confiture ne te réussit pas tu sais… T’as pas un peu grossi ? »

Mensonge, mais j’aimais bien la titiller. Non, elle n’avait pas grossit, son corps restait aussi pur, aussi doux qu’avant. Je m’arrêtai alors, face à elle, nous dévisageant mutuellement, le souffle court. Eh bien, qu’allait-il se passer maintenant ? Lequel des deux abdiquerait en premier ? Certainement pas moi… Eclatant soudainement de rire, je fonçai sur elle avant de l’attraper par les hanches et la hisser sur mon épaule en dépit de ses débattements. Qu’importe qu’elle se débatte, trépigne ou m’injure de toutes ses forces, je restais le plus fort de nous deux. Alors, j’eus une réaction stupide, me mettant soudainement à tourner sur moi-même avec Dodo sur mon épaule, les lumières des voisinages dansants de plus en plus vite sous mes yeux tandis que mes éclats de rires fusaient toujours. Et puis, c’était prévisible, je finis par perdre l’équilibre et me ramasser assez méchamment dans l’herbe, ma sœur me tombant par un heureux hasard dessus. Même si une envie tenace de l’emmerder jusqu’au bout me tenaillait, je ne voulais tout de même pas lui faire mal et, si jamais elle était tombée la tête en avant, oui, elle aurait pu vraiment avoir mal. Mais non. Elle s’était juste lamentablement scratchée sur mon torse alors que moi j’étais tombé de tout mon long dans l’herbe mouillé. Malgré moi je ris encore avant de lancer, entre deux éclats de rire :

« Tu vois ! Je t’avais dit que t’avais grossi ! »

En toute honnêteté, Dodo et moi avions toujours été des sales gosses. Aux yeux des gens cette attitude devait paraître ridicule, puérile et purement inappropriée pour des gens atteignant la trentaine mais cela n’avait aucune importance. Nous avions vécu le pire. Nous avions vécu la troisième guerre mondiale, l’éloignement, la solitude avant de nous retrouver enfin. Quant à moi, j’avais subi la perte de l’amour de ma vie, puis l’humiliation, la haine des autres. J’avais subi un bon millier de souffrances dont je me serais bien passé, un bon millier de douleurs qui habitaient toujours mon cœur. Mais vous savez quoi ? Ce cœur, malgré tout, il n’était pas mort. Il vivait, il battait et il riait en présence de ma sœur. Ce cœur de gamin ne mourra jamais. Pas tant qu’Adonis sera là.

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