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 Si tôt...[TERMINE]

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MessageSujet: Si tôt...[TERMINE]   Mer 20 Juil - 9:32

J’avais hurlé, en russe, en anglais, je ne savais même plus moi-même. La souffrance parcourait mes veines, ma chair comme un millier d’aiguille. Il m’avait trompé. Pourquoi devais je en souffrir autant ? Parce que l’idiote que j’étais ne pouvait pas s’empêcher d’aimer ce moins que rien. On avait tellement de mal a recoller les morceaux, j’avais tant de doute, de sentiment contraire et lui…Il manipulait encore et abusait d’une pauvre fille. Pourquoi devais je l’aimer autant ? Pourquoi lui ? Le visage de Shannon dansa un instant devant mes yeux. J’aurais tant voulu l’aimer lui et non adorer ce visage aux yeux bleus trop perçants, trop parfaits. Il me déchirait, il ne savait faire que ça dans son égoïsme. Trahison sur trahison, poignard qu’il enfonçait dans mes chairs avec désinvolture.

Alors oui, je hurlais, je pleurais aussi. Souhaitant ne jamais l’avoir connu, me maudissant de l’avoir sauvé, de l’avoir aidé, soigné, aimé. Je voulais le sortir de ma vie et même si je lui mentais pour le bébé, je m’en fichais, je ne le ferais jamais souffrir, jamais. Il ne m’aimait pas, ne l’avait jamais fait. C’était juste illusionné de pouvoir le faire ! Fantôme de sa femme, gentille fifille c’était ça que j’étais pour lui, rien de plus ! Je levais la main pour le gifler. La troisième fois en l’espace de quinze minutes mais mon geste s’arrêta tout net…

Je venais de perdre les eaux.

Impossible ! Je ne devais accoucher que dans 2 mois environ ! Il était trop tôt ! Beaucoup trop tôt ! Je pâlis terriblement avant de crisper les mains sur mon ventre. Je ne pouvais pas accoucher maintenant ! Pas maintenant ! Je pinçais les lèvres, sentant la panique m’envahir tout en baissant un regard incrédule a mes pieds. Pieds qui nageaient dans une flaque, trempant mes ballerines, s’étalant sur le vieux parquet. Incrédule, je n’arrivais pas a détacher mes yeux de cette mare. Non…je n’allais pas perdre mon bébé ! et pourtant, c’était exactement ce que je pensais, il arriverait même a me faire perdre mon enfant…Je me mis a trembler de partout alors qu’une soudaine pression se faisait sentir sur mon bas ventre.

« Va chercher Jack, Kat, je sais pas quelqu’un ! »

J’aurais voulu hurler, lui crier dessus qu’il se bouge au lieu de rester aussi immobile qu’une statue de sel. J’aurais voulu le secouer comme un prunier mais non, je restais immobile, agitée de tremblements, une peur atroce a la gorge, nouant mes entrailles, mains crispées sur mon ventre comme pour empêcher l’enfant de sortir. C’était si tôt ! Ca n’allait pas ! Pas du tout ! On avait pas d’hôpital, pas couveuse RIEN ! J’allais perdre mon bébé…Il ne survivrait pas. C’était impossible ! C’était si tôt !

« ALEXEI BOUGE ! »


Finalement, je réussis a hurler, me rendant compte que je pleurais, que je commençais a paniquer sévèrement…C’était trop tôt ! Et cette pensée ne cessait de me heurter, me harceler ! Il ne survivrait pas !

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MessageSujet: Re: Si tôt...[TERMINE]   Mer 20 Juil - 14:27

Franchement, être face à une Inessa en colère était une situation que je ne souhaitais à personne. Elle m'avait joué la comédie des années, se faisant passer pour la jeune femme pâle, effacée, timide, mais elle était bien plus sauvage qu'elle n'avait voulu me le faire croire. Et cela, je ne m'y étais toujours pas fait, ayant une fâcheuse tendance à l'oublier un peu trop souvent. En même temps, aurais-je pu deviner que Meredith terminerait en larmes sur son épaule ?

Celle-là, je la retenais, vraiment. La pauvre fille effarouchée n'avait rien trouvé de mieux que d'aller panser son cœur brisé grâce à celle que j'avais trompée ? Espèce d'idiote ! Elle n'avait pas intérêt à croiser mon regard de nouveau ou elle comprendrait de quoi j'étais vraiment capable. Je n'avais fait que m'amuser avec elle, en aucun cas je n'avais voulu volontairement la briser - je m'en foutais éperdument, et cela faisait longtemps, deux ans et demi déjà, que je ne jouais plus à ça. Elle était là, naïve, prête à l'emploi, je n'avais plus Inessa. Qu'avait-elle cru ? Comment avait-elle pu croire à quoi que ce soit, d'ailleurs ?

Autant dire que quand Inessa s'était ramenée devant moi, les yeux plein de flammes, et m'avait asséné une gifle avant même de prendre la parole, je l'avais regardé avec un bel air de poisson rouge. Et puis elle avait commencé à hurler. Dans toutes les langues qu'elle connaissait - et étant une ancienne interprète, ce n'était pas peu dire. Je m'étais fait traiter de tous les noms en anglais, en russe, en français et certainement dans d'autres langues auxquelles je n'avais pas prêté attention. Diane était passée et avait lâché quelque chose en grec, certainement d'autres insultes de son cru. Je lui avais sorti je ne sais plus quelle réplique assassine en ricanant, et c'était là que je m'étais pris la deuxième gifle, mademoiselle Morisson visiblement peu désireuse de perdre mon attention. Diane était partie en riant d'un pas aérien, visiblement ravie du savon que moi, son bourreau de cinquante ans, me prenais par une jeune femme enceinte de vingt ans de moins que moi. Je l'aurais bien rattrapée mais je savais que cela ne ferait qu'augmenter la fureur d'Inessa. Aussi avais-je serré les lèvres et continué à l'écouter.

Quand est-ce qu'elle avait levé la main pour la troisième fois ? Je crois que c'était quand elle avait aperçu l'ombre d'un sourire cynique flottant sur mes lèvres. J'adorais la voir comme ça, ma sauvage Inessa, j'adorais la jalousie foudroyante dont elle faisait preuve, j'adorais sa réaction, je devais bien le dire, quand bien même cela paraissait salaud. Cependant, je n'avais pas compris pourquoi elle s'était figée.

- Ça y est, tu es lassée après...

Je jetai un œil à la pendule de la cuisine.

- Douze minutes d'engueulade ? Ce sont peut-être les hormones qui te rendent si virulentes...

Le dernier mot s'éteignit dans un murmure étouffé alors que je suivais son regard dirigé sur ses pieds.

Oh seigneur.

Là, j'étais totalement figé, déboussolé, décroché de la réalité. Elle avait perdu les eaux. Elle allait accoucher. Impossible ! Ce devait être dans plus d'un mois ! Elle ne pouvait pas accoucher maintenant ! Jamais son bébé n'y survivrait - et au fond de moi, une petite voix mesquine me disait que c'était tant mieux, tant mieux, tant mieux. Je ne l'entendis même pas me dire d'appeler Katarina. Franchement, là, j'avais le cerveau planté. Ce ne fut que lorsqu'elle se mit à hurler que je réagis en sursautant.

- Je vais chercher...

Je ne pouvais pas aller chercher Katarina, pas avec le traumatisme qu'elle avait eu il y a si peu de temps.

- Jackson.

Il l'avait accouchée et tout s'était très bien passé. J'étais certain de pouvoir lui faire confiance, au moins. Histoire d'en rajouter une couche, je prononçai la phrase la plus stupide qui puisse être dans une telle situation :

- Et ne bouge pas, surtout !

Genre, elle accouchait et elle allait partir cueillir des champignons. Je me rendis compte de la stupidité de ma phrase alors que je courais comme un dératé vers l'infirmerie, où je savais trouver quelqu'un, n'importe qui ! J'entrai et lançai à la ronde, sans même regarder qui il y avait :

- Inessa est en train d'accoucher ! Avec un mois d'avance !
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Katarina K. Jones
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MessageSujet: Re: Si tôt...[TERMINE]   Jeu 21 Juil - 11:52

Je voulais juste passer une heure à l'infirmerie. Une toute petite heure pour me changer les idées, pour sortir un peu de chez nous. Ethan n'avait pas dit non, conscient que cela me pesait de rester enfermée chez nous. Il fallait que je sois prudente, oui, mais j'avais besoin de cesser de tourner en rond chez nous. Cela me ferait du bien. Exercer mon métier me faisait du bien. Ethan en avait conscience, il savait très bien que j'adorais mon métier et que cela me manquait d'exercer la médecine. Depuis que j'étais maman, j'avais l'impression d'être complètement mise de côté. Être mère ne m'empêchait pas d'être un bon médecin, un bon chirurgien. Lorsque nous nous étions consultés pour savoir qui ferait quoi à l'infirmerie, il avait été établi que je serais la pédiatre. Mais personne ne venait jamais me voir pour que je m'occupe de leur enfant. À croire que tout le monde me prenait pour une incapable. C'était frustrant, terriblement frustrant. J'avais l'impression d'être totalement inutile. Cela me rendait folle. Même quand j'étais de garde à l'infirmerie, les gens hésitaient quand ils me voyaient. Je le voyais bien, même si je ne prenais sur moi et ne disait rien. Pourtant cela me touchait. J'aurais pu être fleuriste que les gens ne m'auraient pas plus fait confiance. Pourtant je n'étais pas fleuriste, loin de là. C'est joli les fleurs, mais ce n'était pas mon métier. Mon métier c'était d'aider les gens, de les soigner, de les sauver. Peut-être que je n'avais pas eu l'occasion de le faire avec ce qu'il m'était arrivé, mais néanmoins j'en étais capable. J'avais déjà sauvé des vies, je pouvais recommencer. Être mère ne faisait pas de moi une incapable. Être une victime non plus. Au contraire, cela me rendait encore plus douce et sensible à la douleur des autres. Mais ce n'était pas facile d'expliquer cela aux gens. Surtout quand ils ne veulent même pas vous parler. Je n'étais pourtant pas un monstre, je ne mordais et ne griffais pas.

J'étais avec Jackson. Il n'était pas forcément heureux de me voir là avec lui. Pas parce qu'il ne le voulait pas, mais parce qu'il s'inquiétait pour moi et craignait que je ne sois pas d'attaque. Mais il se trompait. J'avais de l'énergie et de la volonté à revendre. J'étais une battante. J'avais décidé de me reprendre en main et de me pousser en avant. J'étais têtue quand je le voulais. Très têtue. Et puis il ne s'agissait que d'une heure... Il n'y aurait certainement pas de catastrophe durant la toute petite heure que je passais à l'infirmerie... J'avais laissé les enfants avec Ethan. Lena ET Sasha. Il était temps qu'il se laisse apprivoiser par son père. Ce n'était pas qu'il l'aimait pas, loin de là, mais quand il était avec lui il finissait par me réclamer. Ce qui, jusque là, ne m'avait pas dérangée plus que cela. Mais Sasha ne pouvait pas rester sauvage toute sa vie. Il était bien différent de sa grande sœur. Lena était l'enfant la moins sauvage que je connaissais. Elle n'était même pas timide, au grand dam d'Ethan qui aurait aimé la voir un peu moins... Ouverte ? Elle n'avait qu'un an et pourtant elle aimait absolument tout le monde, même si elle avait ses préférences. Son préféré restait son père, bien évidemment. Elle lui faisait faire absolument n'importe quoi. Quand elle se mettrait à parler, elle le ferait tourner en bourrique. Rien qu'un sourire et une petite bouille triste et hop ! Ethan craquait et cédait à ses caprices. Heureusement, ce n'était pas – encore – de gros caprices.

J'étais toujours rousse. Finalement, ce n'était pas si mal, et même si j'avais l'intention de redevenir brune très vite, je ne me pressais pas plus que cela. Je trouvais même que ce n'était pas si mal, les cheveux lissés. Cela me changeait... Et puis je faisais bien ce que je voulais avec mes cheveux. Jackson avait été surpris, mais avait finalement dit que cela m'allait plutôt bien et faisait ressortir mes yeux. Ce n'était toute façon qu'une couleur de cheveux. Absolument pas important et...

Je sursautai vivement lorsque quelqu'un déboula dans l'infirmerie, visiblement paniqué. Je tournai la tête et fus étonnée de voir mon père. Je haussai un sourcil, surprise. Allons bon, qu'est-ce qui n'allait pas encore ? J'allai lui demander ce qu'il voulait avec un air absolument navré lorsqu'il hurla une chose à laquelle je ne m'attendais pas du tout. J'écarquillai les yeux, étonnée au possible. Inessa était en train d'accoucher ? Avec un moi d'avance ? Oh. Cela expliquait un peu pourquoi il était dans un tel état de panique. J'échangeai un regard avec Jackson. Que faisions nous ? Oui, il était capable d'accoucher quelqu'un, il m'avait accouchée et m'avait probablement sauvé la vie. Mais un accouchement prématuré et dans la panique... Je blêmis, réalisant soudain que j'étais certainement la mieux placée pour le faire. Oui, certes, mais je n'avais peut-être pas très envie de mettre au monde mon frère ou ma sœur... J'avais encore moins envie de mettre la tête entre les cuisses de ma belle-mère. Mais je devais mettre cela de côté. Devenir le médecin, le chirurgien, la... sage femme ? La sage femme. Ce n'était pas la faute d'Inessa, ce n'était pas la faute de l'enfant... Il partait déjà assez mal dans la vie, alors si en plus de cela il était prématuré et qu'il n'y avait personne pour l'aider... Je bondis sur mes pieds, manquant de renverser la chaise sur laquelle j'étais assise.

« Je viens. Je vais le faire. Je vais l'accoucher. »

Je sentais les regards de mon père et de Jackson se poser sur moi. Je soupirai, levant les yeux au ciel. Seigneur, j'étais chirurgienne, j'en étais parfaitement CAPABLE !

« Écoutez moi bien, parce que je ne vais le dire qu'une fois. Je suis médecin, je suis parfaitement CAPABLE de faire ça ! Jackson, je te rappelle qui était en pédiatrie et en néo-natalité ? Moi ! Je n'ai peut-être pas terminé mon internat, mais je suis parfaitement capable d'accoucher une femme ! »

Bon, voilà, c'était dit. Soupirant, j'attrapai un plateau métallique et mis dessus tout ce dont j'aurais besoin. De quoi faire la péridurale (étonnant que nous ayons de quoi en faire une, j'avais été bête de la refuser au moment venu), de quoi désinfecter, des compresses, des clamps, des pinces à cordon, une paire de ciseaux, des drains, une poche de glucose (je pensai à regarder la date de péremption en quatrième vitesse)... Je pris aussi quelques serviettes, que je jetai dans les bras de mon père. Puis je me tournai vers Jackson, qui me regardait faire avec des yeux ronds.

« Rejoins moi avec le reste, j'ai peut-être oublié quelque chose... C'est un prématuré, je vais avoir besoin de ton aide... »

Pour être franche, je ne savais pas à combien de semaines en était Inessa, jusque là je m'en étais moquée. Je n'aurais peut-être pas dû. Je me précipitai hors de l'infirmerie, sur les talons de mon père. Je pris une profonde inspiration. Ce n'était pas le premier accouchement que je ferais, mais j'étais nerveuse. Un prématuré, dans de telles conditions... Je ne voulais pas être pessimiste, mais l'enfant avait peu de chance de s'en sortir vivant ou sans séquelles... J'entrai dans la maison, et je n'eus qu'à suivre les gémissements et les cris pour trouver Inessa. Dans la cuisine. La cuisine. Je ne pus m'empêcher de faire une remarque bien sentie.

« Oh mais c'est pas vrai ! Vous devenez tous débiles quand votre femme accouche ou quoi ? Papa, tu ne pouvais pas l'aider à aller s'allonger correctement ? Seigneur ! »

Pestant contre sa bêtise, je posai le plateau sur la cuisine, avant de m'avancer vers Inessa. Oui, désolée, ce n'était que moi. Mais si elle voulait avoir une chance de sauver son bébé, autant que ce soit moi ! Prenant un air doux et rassurant, je posai une main sur dans son dos et l'autre sur son ventre, prête à la retenir au cas où elle basculerait en avant ou en arrière.

« Tu viens de perdre les eaux, c'est ça ? Est-ce que tu as déjà des contractions ? Si oui, à quelle fréquence ? Rapprochées ou non ? »

Je pris une profonde inspiration en même temps qu'elle. Tout irait bien. Ou pas...

« Ça va aller, je vais t'aider. On va t'allonger, ce sera moins douloureux. J'ai de quoi soulager la douleur. Ça va aller. »

_________________
« AND HE TOOK HER IN HIS ARMS AND KISSED HER UNDER THE SUNLIT SKY,
AND HE CARED NOT THAT THEY STOOD UPON THE WALLS IN THE SIGHT OF MANY. »

— J.R.R. Tolkien.
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MessageSujet: Re: Si tôt...[TERMINE]   Jeu 28 Juil - 19:50

J'étais à l'infirmerie avec Katarina. Katarina que je surveillais du coin de l'œil. Je m'inquiétais pour elle. Elle tenait absolument à travailler et je trouvais cela un peu trop tôt. Elle avait vécu un véritable drame, un traumatisme et je ne savais définir si elle l'avait surmonté ou si elle faisait semblant, au risque de s'effondrer plus tard. Je la savais fragile, mais elle semblait débordante de vie, paradoxalement. Quand je la regardais, je revoyais son corps ensanglanté et sans vie que je m'acharnais à ramener parmi nous. J'avais bien cru la perdre. Je m'étais acharné sur elle, elle ne pouvait pas mourir, pas en sauvant ses enfants. J'avais mis son fils au monde et cela n'avait pas été de tout repos... j'avais l'impression que Katarina trainait une poisse absolument phénoménale. De toutes les maisons d'E.T., c'était chez elle qu'on s'était introduit, c'était son enfant qu'on avait voulu voler. Elle avait descendu cet enfoiré, avait été blessée et son cœur avait cessé de battre quelques instants alors que je m'occupais d'elle. Ethan avait été complètement prostré pendant ce temps là. J'avais l'impression que ses nerfs étaient un peu fragiles... Ou mis à trop rudes épreuves trop souvent.

Nous avions fini par définir un peu nos spécialités. Naturellement, Katarina s'occupait des enfants. Du moins, quand les mères de famille osaient les lui confier. Les habitants d'Elizabethtown ne la connaissaient pas comme ils me connaissaient. Et les New-Yorkais devaient la penser trop fragile, voire instable, pour bien faire son métier. C'était sans doute une erreur, je savais qu'elle était douée, douce et consciencieuse. Mais allez savoir ce qu'un traumatisme de cette importance peut changer. Au moins, elle n'était pas prostrée chez elle, à garder jalousement ses enfants, tombant dans la paranoïa la plus totale. Ethan s'occupait des enfants. Ses sentiments à mon égard semblaient s'être améliorés. Ce n'était pas comme si j'avais mis son fils au monde et sauvé sa femme, en même temps.

Quoiqu'il en soit, il régnait un drôle de climat désormais. Entre l'assassinat de cette femme, la tentative d'enlèvement de l'enfant... Quelque chose ne tournait pas rond et ce peu de temps après l'arrivée des New-Yorkais. De là à dire que cela provenait d'eux, il n'y avait qu'un pas. Que ce soit l'un d'entre eux, ou des gens qui les avaient suivi, peu importait. On avait de gros ennuis et il faudrait bien qu'on en parle avant qu'un nouveau drame arrive... Et si Lizzie se faisait assassiner, hein? Comment pourrais-je seulement vivre avec ça? Au moins Evan et moi avions nous un point commun : la protection de la jeune fille.

Je jetai un coup d'œil à Katarina. Elle me tournait le dos et je ne voyais que ses cheveux roux. Je ne sais pas ce qui lui était passé par la tête. Elle avait coloré et coupé ses longs cheveux bruns, comme si cela pouvait conjurer ce qu'il s'était passé, un genre de geste symbolique totalement inutile. Ça ne lui allait pas si mal, une fois le choc passé. Ça accentuait sa pâleur en revanche. Et mettait en valeur son regard...

La porte s'ouvrit brutalement à la volée et je sursautais, surpris par cette brutalité. Je tournais la tête pour voir débouler le père de Katarina qui nous annonça que sa compagne était en train d'accoucher. OK, donc sa compagne, ce n'était pas la mère de Katarina. D'ailleurs, elle devait avoir le même âge que mon amie, alors... Chose qu'avait eu du mal à accepter la jeune russe, en plus du fait que cette femme ressemblait à sa défunte mère. Bref, c'était la joie dans la famille. Surtout que les rapports entre père et fille étaient un peu tendus. Donc, elle accouchait et en avance. Katarina devint transparente. Bon, j'allais y aller, j'avais l'impression que je m'étais planté de vocation en fait. J'allais me reconvertir en sage femme.

Katarina se leva brutalement et annonça qu'elle allait s'en occuper. Je lui jetai un drôle de regard. Elle allait accoucher sa belle mère? Et là, elle décida de mettre les points sur les i et je me contentais de sourire devant son accès d'autorité.

- "Je n'ai rien dit..."

Bon, je n'en avais pas pensé moins, j'avouais volontiers. Surtout parce que c'était de sa famille en fait, mais si elle se sentait capable... J'allais la seconder. Je ne la laisserais pas seule, pour accoucher un prématuré. Katarina partit avec son père et je fis le tour de l'infirmerie pour récupérer ce dont nous avions besoin pour des bébés préma. Je finis par rejoindre Katarina, arrivant près de d'elle et d'Inessa. J'aidais la jeune femme à quitter la cuisine. Pourquoi est-ce que mes hommes quittaient toujours leur femme en catastrophe en les laissant des des endroits ou des situations pas possibles? Peut-être était-ce parce que j'étais médecin que je ne paniquais pas facilement. Ou parce que cela ne me touchait pas personnellement. Katarina avait prit les choses en main. Elle était la plus jeune, et pourtant, j'acceptais volontiers d'être son assistant pour cette fois.
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MessageSujet: Re: Si tôt...[TERMINE]   Jeu 4 Aoû - 12:05

Je pleurais a moitié. Sachant qu’il était trop tôt. Bien trop. Me tenant le ventre a deux mains, espérant retenir la naissance. Je ne ressemblais a rien au milieu de cette cuisine, gémissante dans toutes les langues que je connaissais, priant sans doute sans même que je ne m’en rende compte alors qu’Alexeï c’était enfin décidé a bouger a aller chercher de l’aide. Je paniquais, je le sentais, comme une main froide sur mon cœur, le broyant doucement mais irrémédiablement. Mon bébé allait mourir. Mon bébé ne pourrait pas survivre. C’était impossible. J’allais mourir avec lui. On s’agita soudainement autour de moi, mais je ne m’en rendis pas tout de suite compte, accrochant sans le voir une masse de cheveux roux, image brouillée par mes larmes. J’entendais des voix mais je ne les comprenait pas vraiment. Mon bébé allait mourir et un flot de paroles mêlant espagnol et anglais se déversait de mes lèvres, prière et panique. Mon souffle était rauque, hiératique et mon ventre me faisait si mal. De plus en plus mal. Katarina me força a la regarder et j’eu du mal a comprendre ses paroles…

« Je…je ne sais pas…Je… »

Je crispais soudainement les traits, me mordant la lèvres jusqu’au sang devant la barre de douleur atroce qui me serrait le bas ventre. Mon bébé mourrait n’est ce pas ? Puis la douleur reflua. J’étais incapable de compter les minutes entre chaque, elles semblaient se mêler les unes au autres, rapprochant mon enfant de la mort inévitable. Katarina m’assurait que tout allait bien se passer, mais elle mentait n’est ce pas ? Elle mentait. De toute façon, elle se fichait de mon bébé hein ? Comme Alexeï, il s’en fichait aussi. Et j’avais si mal.

On m’empoigna le bras, doucement et je levais un regard hagard sur Jackson. Il était calme.

« Il va mourir hein ? »


Balbutiais je sans trop savoir ce que je disais. Je ne sais pas ce que j’attendais comme réponse, vraiment pas. Un oui ? un Non ? Un silence ? Oui, je préférais un silence…Ou un mensonge. C’était bien un mensonge non ? il me conduisit jusqu'à une chambre et me fis allonger non sans m’avoir au préalable déshabiller sommairement. Je gémis a une autre contraction, fermant si fort les yeux que je cru ne pas pouvoir les rouvrir un jour.

« C’est de ta faute… »

Gémis je alors que j’aurais voulu hurler a la face d’Alexeï. Ne fait pas semblant d’être inquiet, sale connard ! Mon bébé allait mourir et se serait sa faute, impardonnable.

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MessageSujet: Re: Si tôt...[TERMINE]   Lun 8 Aoû - 2:32

Je n'avais absolument pas fait attention à qui était là. Je n'avais même pas remarqué s'il y avait quelqu'un, en fait. Normalement, il y avait toujours quelqu'un qui était de garde, donc je ne risquais pas de parler dans le vide, mais je ne savais absolument pas sur qui je tomberais. J'avais pensé à Jackson parce que j'avais beau savoir que c'était Katarina la responsable en pédiatrie parmi les quatre médecins de la Communauté et de la petite ville, je ne pouvais pas imaginer ma fille accoucher ma femme ! Ce n'était pas... normal. Je ne faisais pas confiance à Diane et j'aurais certainement pensé d'abord à Mathilda si Jackson n'avait pas accouché Katarina. Cependant, je ne pus m'empêcher d'être coupé dans mon élan et ma panique alors qu'une voix féminine et décidée, que je connaissais par cœur, s'élevait dans l'infirmerie. Je me tournai vers Katarina, ouvris la bouche la bouche pour lui dire... Je ne sais plus. J'ai tout oublié à partir du moment où j'ai vu ma fille. Plus précisément, en fait, les cheveux de ma fille. Plus précisément encore, leur couleur. Rousse. Poil de carotte. Orange. Rousse, quoi. Je restai bouche bée comme un crétin et finis par réagir alors qu'elle dévidait tout un discours pour nous prouver qu'elle était capable de le faire. Mais ça, à ce moment, je m'en fichais. Mon cerveau s'était déconnecté de cet accouchement bien trop précoce, bien trop dangereux, préférant s'arrêter sur des futilités. Aussi la seule chose que je trouvai à lui répondre, au lieu de lui demander si elle était certaine de vouloir accoucher Inessa, si elle ne préférait pas laisser Jackson s'en charger, même si elle s'en sentait capable - c'était plutôt par rapport à sa relation avec Inessa que ses capacités que j'aurais douté - la seule et unique chose que je parvins à lui répondre fut :

- Tu es rousse, Katarina ?

OK, c'était juste une question totalement débile. Déjà parce que la réponse était évidente. Oui, elle était rousse, et même si c'était choquant, surprenant, pas besoin de le demander ni d'être Einstein pour le voir. Ensuite, demander un truc pareil alors que votre femme est en train d'accoucher prématurément dans une cuisine dans un monde où il n'y a plus aucun ou très peu de matériel médical est juste la question le plus stupide et inutile que l'on pouvait imaginer. On fait ce qu'on peut pour déstresser, quoi.

Néanmoins, je ne sais comment, je parvins à la suivre en dehors de l'église pour la rejoindre chez nous. Je grimaçai à sa remarque acide. Non mais franchement, elle me prenait pour qui ? Je n'étais pas sage-femme, moi ! Je n'en savais rien de ce qu'il fallait faire ! Quoique l'allonger semblait logique. Après tout, elle n'allait pas accoucher debout. Enfin, là comme ça, je ne voyais pas comment c'était possible. Bon, OK, j'aurais dû l'allonger. Mais en même temps, aller chercher un médecin était tout aussi urgent, non ?

Je les suivis, me mordant la lèvre, me tordant les mains, tout signes de nervosité qui m'excédaient au possible d'habitude mais que je ne pouvais empêcher aujourd'hui. Je les suivis, sans trop réellement savoir pourquoi, sans doute parce qu'on fait toujours tout un foin pour que le mari soit avec sa femme - mais n'était-ce pas plutôt pour que le père voie son enfant naître ? Alors du coup, pourquoi étais-je là finalement ? Si je m'étais vraiment écouté, je les aurais déjà laissées seules, mais je m'angoissais trop, si ce n'était pour le bébé, pour Inessa. Je refusais de l'abandonner dans un moment pareil.

Sa question paniquée fit remonter toute mon anxiété à la surface. Pas pour le bébé, ça non - la progéniture d'Armando, le fruit de ce qui avait pu se passer entre ma femme et mon ancien meilleur ami, ça, je n'en avais strictement rien à battre. Mais je savais bien qu'une femme accouchant prématurément pouvait être autant en danger que l'enfant, sans compter du fait que nous n'avions aucun équipement médical, du moins si peu par rapport à ce que cela aurait été dans un vrai hôpital ! Je serrais sa main, ou plutôt elle broyait la mienne, et je regardais, terrifié, son beau visage déformé par la douleur et les larmes.

Et puis elle dit la phrase qu'elle n'aurait jamais dû dire.

- De ma faute ? De ma faute ? Tu te fous de moi, Inessa ? Tu sais de qui c'est la faute, avant tout ? Du connard qui t'a foutue enceinte ! Espèce de pauvre idiote ! Si tu n'avais pas couché avec Armando, juste pour te venger de moi, pour te faire croire que tu ne voulais plus de moi, rien de tout cela ne serait arrivé ! C'est lui qui t'a collée enceinte, c'est à cause de lui ce qu'il se passe maintenant ! Moi, je n'y suis pour rien !

Je hurlais pratiquement en terminant ma phrase alors que je m'étais relevé, rageur, furieux, m'appuyant contre le mur pour éviter de frapper quelqu'un ou quelque chose. Idéalement, c'était Armando que j'aurais voulu réduire en miettes, mais manque de chance, je ne l'avais pas sous la main et aucunes des personnes présentes dans la pièce n'étaient susceptibles de se prendre une raclée, aussi étais-je bien obligé de me contenir. Et je ne réalisais même pas ce que j'avais balancé, en russe certes, à Inessa, devant Katarina. Je ne réalisais même pas l'énormité de cet aveu concernant la paternité de ce maudit enfant.


Dernière édition par Alexeï Kuryenko le Mar 9 Aoû - 10:16, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Si tôt...[TERMINE]   Mar 9 Aoû - 9:38

Mais qu'est-ce qui avait pu me passer par la tête pour que je décide que ce serait moi qui accoucherait ma belle-mère ? Avais-je eu un éclair de folie ou de lucidité ? De lucidité il me semble, hélas. Bien que n'ayant pas pu terminer mes études, je restais la plus qualifiée pour mettre au monde un bébé, prématuré ou non. J'avais eu stage de sage femme et j'avais aidé les meilleurs chirurgiens du pays en néo-natalité, ce qui me donnait non seulement de bonnes bases, mais en plus l'avantage. Bien que plus avancé dans ses études que moi, la spécialité de Jackson n'était pas la pédiatrie ou la néo-natalité. Et bien qu'étant vraiment chirurgienne, Mathilda était spécialiste en cardiologie. C'était donc à moi que revenait la lourde tâche de mettre au monde mon frère ou ma sœur. Cela ne m'emballait certainement pas, mais je n'avais pas vraiment le choix. Je n'appréciais pas particulièrement Inessa, et l'idée que mon père ait un autre enfant me révoltait légèrement, mais je ne pouvais pas faire comme si cela ne me concernait pas. J'étais la seule à pouvoir faire en sorte que cela se passe le mieux possible, alors c'était mon devoir. Je devais me mettre en tête que ce n'était pas qu'une question personnelle. Évidemment, j'étais bien navrée que ma première patiente soit ma belle-mère, mais je n'avais pas encore le pouvoir de changer les choses. C'était elle qui accouchait et personne d'autre... Dommage, oui. J'allais devoir mettre mes griefs de côté pendant quelques heures. Néanmoins, qu'ils ne comptent pas sur moi ensuite ! Quoique... J'avais été nommée pédiatre, j'allais devoir m'occuper en plus de ce bébé... Pour une fois, je regrettais presque d'avoir choisi cette spécialité et pas une autre. Les choses ne se passaient pas exactement comme je l'avais prévu.

J'eus un soupir et levai les yeux au ciel à la remarque idiote de mon père. Oui, j'étais rousse, et alors ? Qu'est-ce que cela pouvait bien lui faire ? Je faisais ce que je voulais de mes cheveux, et de plus ce n'était vraiment pas le moment d'en faire le sujet principal. Je ne savais vraiment pas pourquoi les hommes faisaient toujours des remarques stupides au moment où leur femme accouchait. Je pensais Ethan spécialiste de la chose, mais de toute évidence c'était plus répandu que ce que je pensais. La panique et l'urgence ne faisaient pas bon ménage dans le cerveau masculin. Mais alors vraiment pas... Ce n'était donc pas étonnant que je retrouve Inessa seule dans la cuisine, en train de paniquer comme je ne sais quoi. Un peu comme moi quand Ethan m'avait laissée dans la baignoire... A chaque fois que j'y pensais j'étais entre le rire et les larmes. Ethan était définitivement plus à côté de la plaque que mon père. Du moins, pour cette chose là. Évidemment, Inessa était incapable de me dire quelle était la fréquence de ses contractions, elle était trop paniquée. Ce serait donc à moi de compter les minutes qui les sépareraient... Bon, ce n'était pas comme si je ne pouvais pas le faire, après tout. Je me reculai un peu et m'écartai du chemin pour la laisser passer avec Jackson, qui l'aida à aller s'allonger dans une chambre. Levant les yeux au ciel, je pris mon plateau d'instruments et les suivis. C'était maintenant que les choses sérieuses commençaient. Je retirai mon pull et attachai mes cheveux, avant de m'installer sur le lit. Doucement, je forçai Inessa à ouvrir les jambes. J'allais devoir jeter un coup d'œil, et elle risquerait de ne pas trouver cela très agréable. Me voulant le plus rassurante possible, je glissai ma main entre ses cuisses, sans faire de geste brusque.

« Le col n'est pas encore assez dilaté. Surtout, ne commence pas à pousser, d'accord ? Respire calmement. Prends de profondes inspirations. »


Je retirai ma main tout en la gardant baissée pour ne pas qu'elle la voit. Je cherchai à attirer le regard de Jackson sur cette dernière. Nous avons grimacé en même temps en constatant qu'elle était poisseuse de sang. Allons bon... Fallait-il en plus que cela se passe mal ? J'eus un soupir. Mes yeux se posèrent sur le ventre d'Inessa, et je fronçai les sourcils. Elle avait l'air à terme, pourtant... Elle avait même l'air plus grosse que moi à neuf mois, et pourtant elle disait accoucher en avance...

« Inessa... Est-ce que tu as fait une échographie ? Je ne veux pas dire que tu te trompes, mais tu sembles à terme... Tu sais à peu près à combien de semaines tu en es ? »

Certaines femmes grossissaient vraiment beaucoup, mais dans le doute je préférais encore lui demander confirmation. Si toute fois elle était capable de me répondre, ce dont je doutais tout de même légèrement... J'eus un soupir quand elle hurla à mon père que c'était de sa faute. Oui, certes, ça l'était... Moi aussi j'avais hurlé ce genre de chose à Ethan quand j'avais accouché pour la première fois. Je lui avais dit que c'était de sa faute, que c'était le premier et le dernier enfant qu'il aurait... Raté, n'est-ce pas … ? J'écarquillai cependant les yeux à la réponse de mon père. Certes, je le savais moins délicat qu'Ethan... Mais tout de même ! De qui se moquait-il ? Armando, le père de l'enfant ? C'était une blague très drôle, mais je n'étais pas certaine qu'Inessa l'apprécie dans un moment pareil. Moins non plus je ne l'appréciais pas, d'ailleurs. Je n'ai pas pu m'empêcher de lui répondre, sur un ton plus autoritaire que je ne l'avais prévu.

« Premièrement, on ne dit jamais à une femme qui accouche que c'est de sa faute, surtout si on tient à la vie ! Si elle veut te maudire, tu la laisses faire, parce que figure toi que c'est bien capable de l'aider ! »

Pester contre le père de l'enfant était motivant dans une certaine mesure. Du moins, quand ce dernier était d'accord pour se laisser hurler dessus. Ethan m'aurait autorisé à le frapper si cela m'avait permis de mettre au monde nos enfants plus facilement. Mais mon père n'avait pas la délicatesse d'Ethan dans un moment pareil. Loin de là, même. Il était tout le contraire. Dommage pour Inessa, qui aurait eu besoin d'un peu de soutien dans un moment si stressant et éprouvant.

« Deuxièmement... Armando, le père ? Vraiment ? Tu es aveugle ou carrément stupide ? Elle était déjà enceinte quand elle a fui la communauté à New-York ! Ça ne t'est jamais venu à l'esprit qu'elle t'avait peut-être menti pour lui faire autant de mal que toi tu lui en avais fait ? »

J'eus un soupir, levant les yeux au ciel. Je savais qu'Inessa était déjà enceinte de lui quand elle était partie, parce que je l'avais croisée plusieurs fois dans les toilettes, prise de nausées. Il n'avait même pas remarqué ? Tu parles d'un bon amant ! Il fallait vraiment être idiot... Je ne connaissais peut-être pas bien Inessa, mais elle n'avait pas l'air stupide au point d'aller coucher avec l'ennemi rien que pour se venger de lui. Certes cela avait dû être tentant, mais elle ne l'avait pas fait pour autant.

« Alors maintenant, sois tu te calmes et tu restes là à la soutenir, et tu assistes à la naissance de TON enfant, sois tu dégages ? C'est clair ? »

Cela avait intérêt à l'être. Parce que ni Jackson ni moi n'avions envie de supporter sa crise pendant des heures. J'étais patiente, très patiente, mais ma patience avait des limites et ce n'était vraiment pas le moment de s'amuser à les franchir. Je devais rester concentrée sur Inessa et sur l'enfant à naitre. Si il était prématuré comme ils le disaient, j'allais devoir assurer. La dernière chose dont j'avais envie, c'était que l'on m'accuse de ne pas avoir fait de mon mieux. C'était quelque chose que je ne supporterais certainement pas. Non, je n'aimais pas le fait que mon père s'apprête à avoir une nouvelle jolie famille, mais ce n'était pas pour autant que je devais laisser cet enfant mourir. Après tout il était comme moi, il n'avait rien demandé à personne. Il arrivait sans être désiré, c'était déjà un fardeau assez lourd à supporter. Malheureusement, il ne devrait pas compter sur moi pour l'y aider... Je ne voulais rien avoir à faire avec lui, de près ou de loin. Je ne voulais pas être sa sœur. Je venais d'avoir un bébé, c'était trop dur pour moi d'accepter d'avoir un frère ou une sœur maintenant.

« Jack, il reste encore de quoi faire une péridurale ? Je crois qu'elle va en avoir besoin... »

Mais ce ne serait pas une partie de plaisir non plus... Vous avez vu la taille de l'aiguille ?

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MessageSujet: Re: Si tôt...[TERMINE]   Mar 16 Aoû - 22:05

C'était quand même amusant de constater combien un homme pouvait régresser et perdre toute intelligence quand sa femme accouchait. Si la guerre n'avait pas eu lieu, s'il y avait encore des revues médicales, je me serais bien lancé dans une étude à ce sujet. J'étais certain que ça intéresserait pas mal de monde de voir le lien existant entre une femme qui accouche, qui va donc souffrir le martyre pendant des heures et son compagnon, qui n'avait aucune souffrance, mais était absolument incapable de garer le stress et avait un cerveau qui se déconnectait. J'avais eu une expérience avec Ethan, et apparemment, ça se reproduisait avec Alexeï qui lâchait une remarque complètement à côté de la plaque à sa fille qui ne prit même pas la peine de répondre devant cette idiotie. Je réprimai un sourire moqueur. La situation aurait pu être cocasse, si elle n'était pas si bizarre. D'une, Katarina n'était quand même pas dans une forme éblouissante et je continuais de m'inquiéter pour elle, sans pour autant trop lui montrer au risque de l'étouffer... De deux, il s'agissait quand même de l'accouchement de la copine de son père qui avait sensiblement le même âge qu'elle et pouvait donc être la fille d'Alexeï. Il s'agissait de mettre son frère ou sa sœur au monde, ce n'était pas complètement anodin, surtout que d'après ce que je savais, ses rapports avec sa belle-mère n'étaient pas vraiment au beau fixe. Je connaissais peu Inessa, elle était plutôt en retrait, mais elle m'avait l'air d'une fille gentille et douce... Qui ne méritait surement pas l'inimitié de Katarina. Mais c'était toujours compliqué quand c'était la famille. Au moins avait-elle la chance d'avoir encore son père et bientôt un frère ou une sœur... J'aurais donné beaucoup pour ne pas être complètement seul. J'avais Lizzie, bien évidemment, mais ce n'était pas ma famille d'origine.

Bref, Katarina n'avait pas l'intention de rester sur la touche, me rappelant avec autorité que l'obstétrique c'était sa spécialité et non pas la mienne. Message bien reçu, mais je l'assisterais pourtant. Heureusement que j'étais de bonne composition et que je n'étais pas du genre à me vexer quand un médecin plus jeune, donc moins avancé dans ses études que moi, me donnait des ordres... Je n'étais pas nanti d'un égo sur dimensionné et je savais reconnaître quand mes compétences étaient moindres qu'un collègue. Et effectivement, Katarina était plus douée que moi pour les accouchement. En théorie. Je ne l'avais pas encore vue à l'œuvre.

Elle fila bien vite au domicile et il ne me fallut que quelques minutes pour prendre tout le nécessaire qu'elle n'avait pas emporté, avec rapidité et méthode. J'étais beaucoup moins nerveux que quand il s'était s'agit de Katarina. Mais premièrement, elle avait été mon premier accouchement, deuxièmement, c'était une amie, troisièmement, j'étais seul. Cette fois, elle était avec moi et nous pourrions conjuguer nos deux savoirs. Rassurant. Je les rejoignis et j'entrepris d'aider Inessa à rejoindre le lit. Elle jeta un regard perdu sur moi, avant de me demander si son bébé allait mourir. Je haussai un sourcil, surpris par cette question.

- "Non, il ne va pas mourir."

Je l'aidais à se déshabiller avec douceur, mais fermeté, serein, voulant la réconforter par une attitude très calme. Je repoussai ses cheveux d'une main, captant son regard et souriant :

- "Inessa, tu as deux médecins à ton chevet. Ton bébé ne va pas mourir."

Katarina prenait déjà place entre ses jambes alors que je m'arrangeais pour récupérer une table et sortir tout le matériel qu'il nous faudrait. Katarina vérifia si le col était dilaté. Pas de chance, ce n'était pas encore le cas. De longues heures semblaient nous attendre apparemment. Je captais le regard de Katarina et baissai les yeux sur sa main souillée de sang. Je ne dis rien, mais la compréhension passa dans mon regard. Ca me rappelait quelque chose... Sérieusement, je ne pouvais pas avoir le droit de faire un accouchement simple? Du genre, maman a des contractions, maman pousse, j'accompagne tranquillement le bébé et tadam : bravo madame, vous voilà maman! Non, ça aurait été trop facile ça. Katarina semblait douter de l'avancement de la grossesse d'Inessa. Il était vrai qu'elle semblait à terme, mais toutes les femmes ne prenaient pas autant durant leurs grossesses.

Elle gémit alors et accusa Alexeï de ses maux. Alors oui, techniquement, c'était en effet de sa faute, surtout qu'une femme qui accouche adore détester celui qui l'a mise dans cet état neuf mois plus tôt. Pas très rationnel, mais bon. Alexeï piqua alors une crise, en russe, m'excluant complètement de la conversation. Sympa... Encore des affaires de famille. Katarina entreprit de remettre les points sur les i et je captais un peu l'histoire, n'ayant rien de mieux à faire. Ah, il croyait que ce bébé n'était pas le sien apparemment. Il était question de vengeance, de rancœurs... Amouuur, gloire et beautééééé... Je décrochais, jusqu'à ce que Katarina me demande s'il restait de quoi faire une péridurale. Je hochai la tête.

- "Avoue que tu as regretté de ne pas l'avoir faite pour toi..."

Je souris légèrement, avant de préparer ce qu'il fallait.

- "Inessa, je vais planter cette aiguille dans ton dos, injecter un produit qui va endormir le bas de ton corps. Tu sentiras les contractions, mais ce sera beaucoup moins douloureux et cela te permettra de te reposer un peu pendant le travail."

Bon, explications grossières et pas vraiment scientifiques, mais il valait mieux vulgariser le langage médical, ça faisait moins peur et c'était beaucoup plus compréhensible.
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MessageSujet: Re: Si tôt...[TERMINE]   Ven 2 Sep - 8:48


Je sentis que l'on m'écartait les cuisses et j'eus a peine le temps de voir la tête rousse de Katarina se pencher. Si la situation avait été autre, j'aurais sans doute ressentit une gêne intense a ce moment là, mais pour l'heure, ma honte, ma pudeur ou même les non dits, je m'en fichais comme de ma dernière chemise. Je crispai les traits alors qu'elle me disait de ne pas pousser malgré l'instinct violent qui me disait de le faire. Serrant les dents. Je hochais négativement la tête :

-"Je ne savais même pas...qu'il y avait un...echographe..."

Clair que je ne le savais pas. je fermai les yeux quelques secondes, tentant de rassembler mes esprits avant de les ouvrir a nouveau.

-"Je suis en avance d'un mois...Je crois."

Mais ma peur, ma douleur, se déversèrent sur Alexeï. Bien sur que c'était de sa faute ! J'étais enceinte a cause de lui ! L'accouchement ne se passait pas comme prévu a cause de lui ! Je voulais le tuer pour les conneries qu'il sortait. Toute plus grosses les unes que les autres, j'ouvris même la bouche mais une contraction me coupa subitement le souffle, me laissant haletante, brisée. J'avais l'impression que l'on me déchirait de l'intérieur. Cela faisait terriblement mal, si mal. Et cette peur immonde qui ne me quittait pas. Je savais qu'il était trop tôt.

Mais je n'eus pas a ouvrir la bouche en fait, Katarina apostropha son père de manière virulente et je tournais les yeux sur Jackson qui ne devait rien comprendre a la situation. Alexeï parlait toujours en russe mais Katarina lui répondit en anglais et c'était assez clair. Je ne savais même si j'avais besoin de lui maintenant ou pas. Mon enfant voulait venir au monde, c'était tout ce que je savais et je serrais les dents a m'en faire exploser la machoire pour ne pas pousser tant la nature m'y poussait.

Katarina demanda a Jack si il restait de quoi faire une péridurale et je jetais un coup d'oeil paniqué a Alexeï. C'était dangereux une péridurale non ? Puis, je tournai la tête vers Jackson lorsqu'il revint me parler. Son ton calme et assuré avait un effet magique sur ma panique et je hochais la tête.

-"D'accord..."

La sueur commençait a couler le long de mes tempes et pourtant, j'avais froid là a moitié dénudée sur le lit, le corps écartelé.
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MessageSujet: Re: Si tôt...[TERMINE]   Ven 2 Sep - 18:45

[Bon, comme ça va m'énerver de préciser tout le temps, je mets en italique quand c'est du russe o/]

On reste calme.

Tout va bien.

Tout est normal.

Il est tout à fait normal que ma fille accouche ma femme. Que ma fille m'engueule pour me dire comment réagir. Tout est parfaitement normal. Normal aussi que ce soit Katarina et pas Inessa qui me hurle que je n'étais qu'un imbécile et qu'il était évident qu'Inessa était enceinte de moi. En même temps, Inessa était sans doute un peu trop aux prises avec ses contractions pour songer à relever un tel détail. Ceci dit, j'aurais préféré que ce soit elle, au moins me l'aurait-elle dit en russe plutôt que de tout étaler devant Jackson, enfin, à l'instant t, c'était clairement le plus petit de mes soucis. Bon.

Retour en arrière et on rembobine. Aveugle ? Stupide ? Certainement les deux à la fois. Comment ça, Inessa enceinte alors qu'elle n'avait pas encore quitté la Communauté ? Ridicule. Je m'en serais aperçu. Elle n'avait pas eu une grossesse paisible, du moins pour ce que j'en avais vu. Si elle était restée en bonne santé sans risques de complications, elle avait en revanche eu droit à tous les clichés que l'on connaissait sur les femmes enceintes. Sautes d'humeur perpétuelles, envies bizarres, vertiges, fatigue, et j'en passe. Je ne l'avais pas vue prise de nausées parce que je l'avais retrouvée alors qu'elle était déjà enceinte de quatre mois, mais j'étais certain qu'elle avait dû en subir très souvent au début. Comment aurais-je pu ne pas le voir ?

Réponse évidente. Je n'étais pas encore amoureux d'elle à l'époque. Plus exactement, je ne le savais pas, et je m'en étais rendu compte quand elle m'avait quittée, seulement à ce moment-là. Je me rendais toujours compte de tout trop tard. A l'époque, elle n'était qu'un substitut, une figure de remplacement, et je me fichais éperdument de ses états d'âme - ou de santé. Alors forcément, je ne risquais pas de m'en rendre compte. Mais si Katarina le disait, c'était qu'elle devait le savoir de source sûre... Seigneur. Là, il me fallait un temps mort pour que je remette mes idées en place, les faits dans le bon sens. Le problème était qu'on n'avait pas vraiment de temps mort. Elle accouchait et n'allait pas se mettre sur pause juste pour que je puisse reprendre mes esprits ! Je hochai la tête machinalement à la question de Katarina, que je n'avais même pas entendue en vérité. Pâle comme un linge, je m'écartai, tombant assis sur une chaise sous le choc pendant que Katarina et Jackson s'activaient.

Inessa était enceinte de moi.

Inessa attendait notre enfant. MON enfant.

En temps normal, j'aurais songé avec mon cynisme habituel que ce n'était rien que le troisième enfant dont je n'avais pas voulu, mais je m'en fichais éperdument. J'aimais sincèrement Katarina, et peu importait qu'elle n'ait pas été planifiée. Et là, quelque chose me poussait vers Inessa, m'ordonnant de lui tenir la main et de la laisser m'insulter autant qu'elle le désirait. Souvenirs flous. Je revenais vingt-six ans en arrière et je détestais ça. Je détestais tout ce qui rapportait Inessa à Sonja. Je voulais ériger un mur d'airain entre elles deux. En même temps, un accouchement... On avait beau dire qu'ils étaient tous différents, je pense que pour le père, ça restait sensiblement la même chose. On reste là comme un débile et on panique, alors qu'on n'a pas la plus petite idée de la souffrance que peut ressentir la mère. En tout cas, c'était ce que j'avais fait pour Katarina et son frère prématuré. Pas de raison que ce soit différent pour aujourd'hui. J'avais déjà paniqué alors que je croyais que ce n'était pas le mien, que je n'en voulais pas... Maintenant que l'idée de ma paternité se faisait jour en moi, c'était simplement dix fois pire.

Association d'idées. Des accouchements, Katarina, son frère, prématuré... Mort.

Et merde.

Je repris mes esprits et me rapprochai juste au moment où elle me jetait un regard effrayé, sauf que totalement déconnecté, je n'avais pas du tout suivi les explications sur la péridurale. Je ne savais même pas pourquoi Jackson approchait une aiguille énorme du corps de ma femme. Hé oh ! On se calme ! C'est quoi ce truc ? Je respirai calmement, m'empêchant de frapper le collègue de ma fille. S'il faisait ça, c'était qu'il y avait une bonne raison. Je parvins dans un sursaut de lucidité à me rappeler l'accouchement de Sonja. Du calme, c'était juste la péridurale, OK. Je revins à mes soucis premiers. J'avais l'impression d'être pris dans un tourbillon de problèmes et je ne savais pas dans quel ordre les prendre.

- Katarina... Katarina, comment est-ce que le bébé va s'en sortir ? Ton petit frère, il n'a pas survécu, alors que nous avions de l'équipement médical, des couveuses, et tout ce qu'il fallait... On n'a rien, là, comment est-ce qu'il pourra survivre ?

J'avais parlé à voix basse, pour qu'Inessa ne m'entende pas. Mais ce qu'avait dit Jackson en arrivant me semblait ridicule. Deux médecins ? Non, deux étudiants sans le moindre soutien médical, et Sonja, autrefois, avait eu bien plus que deux médecins. Ça ne voulait rien dire ! Je pris la main d'Inessa, pour me faire broyer presque instantanément les doigts alors qu'une contraction la reprenait. Je me retins de grimacer, sachant bien que sa douleur à elle était mille fois pire.

- Je suis là, mon amour, je suis là, je suis tellement désolé ! Tout ira bien... Je suis là...
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MessageSujet: Re: Si tôt...[TERMINE]   Sam 3 Sep - 9:53

{Je fais sortir le prochain bébé dans le prochain post, là je voulais annoncer la super nouvelle xD}

Quel imbécile. Vraiment, il avait cru à ce mensonge ? Mais comment pouvait-il avait réussi l'exploit d'être naïf à ce point là ? Il fallait être réellement stupide. Et crédule. Mais il fallait aussi être légèrement dérangée pour mentir pendant tant de mois sans songer une seule fois à dire la vérité. Finalement, peut-être qu'ils s'étaient bien trouvés... Enfin, ce n'était pas mon problème. Moi, j'étais là simplement pour m'assurer que cet accouchement se déroulerait sans aucun problème. Je n'avais absolument pas l'intention de m'impliquer de quelque autre manière que ce soit. C'était sa nouvelle famille, et je n'avais pas la moindre envie d'en faire partie. Je faisais mon travail, un point c'était tout. Aussitôt que le bébé serait né, je passerais le relais à Jackson. Oh, je n'étais pas dupe, je savais que je devrais certainement m'occuper du suivi médical de ces bébés. Je le ferais, mais certainement sans le moindre enthousiasme. Comment étais-je censée prendre les choses ? J'avais vingt-six ans, deux enfants, et j'allais mettre au monde mon frère ou ma sœur. Ce n'était pas normal, et en plus c'était à peu près inacceptable. Il ne fallait surtout pas s'attendre à ce que j'éprouve des sentiments pour cet enfant. Alors bien sûr, ce n'était pas de sa faute... Mais ce n'était pas de la mienne non plus. On ne pouvait pas me demander ce genre de choses et s'attendre à ce que je les accepte sans rechigner. J'étais adorable, mais il ne fallait pas exagérer non plus. Il y avait des limites à tout.

J'eus un petit sourire. Oui, Jackson avait raison, pour le coup je regrettais de ne pas avoir fait la péridurale... Mais qu'importe, c'était terminé depuis longtemps. J'avais survécu à mes deux accouchements sans péridurale, après tout. Je n'allais cependant pas reprocher à Inessa de ne pas vouloir souffrir davantage. Ce n'était pas la chose la plus agréable au monde, loin de là. Cependant, la piqure non plus n'était pas des plus agréables. C'était certainement ce que j'avais craint. Sans compter la taille de l'aiguille... Drôle de crainte pour un médecin, n'est-ce pas ? Ce fut précisément le moment où Jackson faisait la péridurale à Inessa que mon père choisit pour s'inquiéter. Détournant le regard d'Inessa, je le fusillais du regard.

« Ah, ça y est, tu décides de t'inquiéter pour le bébé ? »

Quelque part, cela me dégoutait. Il aurait laissé ce bébé mourir sans aucun regret s'il s'était agi de celui d'Armando, mais dès qu'il s'agissait du sien, là il s'inquiétait ? Dans tous les cas, ce n'était qu'un bébé, qui n'avait rien demandé à personne, et qui ne méritait certainement pas de mourir ! Je levai les yeux au ciel. Je me retenais de hurler. Non, si il y avait une personne ici qui avait le droit de hurler, c'était Inessa. Je soupirai, secouant légèrement la tête.

« Je ne sais pas, d'accord ? Sans échographie, impossible de dire si le bébé a un problème. Mais si elle en est effectivement à huit mois, tout ira bien. Alors maintenant, mets toi sur le côté, et s'il te plait, ne dis plus rien. »

Soupirant de nouveau, je me tournai vers Inessa. J'allais devoir l'ausculter, histoire d'être sûre que le bébé se présentait dans le bon sens. M'asseyant à côté d'elle, je tentai de paraître rassurante.

« Je vais palper ton ventre pour voir comment le bébé se présente, d'accord ? Ça ne te fera pas mal. »

Ceci dit, je me suis mise au travail, trois paires d'yeux fixées sur moi. Très rassurant... Je fis cependant abstraction, et posai mes mains sur le ventre d'Inessa. Je le pressai doucement pour repérer le bébé. Pendant quelques instants, je cherchai à déterminer sa position. Bien. Au moins, il se présentait dans le bon sens... A moins que... ? Étrange, il me semblait sentir ses pieds à deux endroits différents, alors qu'il ne bougeait pas. Je répétai l'opération plusieurs fois. Je finis par poser mes deux mains aux deux endroits où il me semblait sentir les pieds...

« Oh mais merde alors... »

Je venais de sentir le bébé bouger. Ou plutôt l'un des bébés. La raison pour laquelle il me semblait sentir les pieds à eux endroits était très simple : il y avait deux paires de pieds. Il n'y avait pas un bébé là dedans, mais deux. Inessa était enceinte de jumeaux. Pendant une seconde, j'ai hésité entre éclater de rire et me mettre à pleurer. Je n'ai cependant fait ni l'un ni l'autre, pour ne pas paraître déplacée. Ce n'était pourtant pas l'envie qui m'en manquait, je puis vous l'assurer.

« Cela risque d'être légèrement plus compliqué que prévu. Je ne veux paniquer personne, mais nous n'allons pas mettre au monde un bébé, mais deux. Il s'agit de jumeaux. »

Toutes mes félicitations aux futurs parents !

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MessageSujet: Re: Si tôt...[TERMINE]   Dim 11 Sep - 20:06

Au secours, sortez-moi de là.

Note pour moi-même : ne jamais se pointer dans un accouchement quand toute la famille est là. Non parce que déjà un accouchement, c'était quand même stressant, surtout que là, on faisait ça à l'ancienne, dans une maison, sans réel matériel médical. Notons qu'avant l'ère de la médecine moderne, on réussissait à accoucher les femmes quand même hein. Juste que quand il y avait un soucis, tout le monde mourrait. Mais là, avec tout le monde qui parlait en russe, avec les accusations, les révélations... j'avais presque envie de me prendre un paquet de pop corn, de m'installer et de regarder la série...

Elizabethtown! Ton univers impitoyaaaaableuh....

Non, mais sérieusement, était-ce vraiment le moment de prendre la tête à la future maman? De laver son linge sale? on ne pouvait pas se concentrer un peu? Je faillis taper des mains et rappeler à tout le monde qu'on avait du boulot, mais je préférais plutôt me concentrer sur mon job et préparer la péridurale d'Inessa. Pas facile de faire le dos rond avec un ventre aussi énorme. Il fallait la faire maintenant, une fois le travail commencé il serait beaucoup trop tard.

C'est là qu'Alexeï sembla se réveiller et se mit à harceler tout le monde de questions toutes plu stupides les unes que les autres. Mais abattez-le, il ne servait vraiment à rien, sinon à stresser la jeune maman! Il avait chuchoté, mais on sentait son angoisse à deux kilomètres à la ronde. Si c'est pour dire des conneries dans ce genre, tu peux sortir Alexeï, on se passera de tes services! Katarina faisait montre d'une sacrée patience et elle pria son père de se tenir tranquille et surtout de fermer sa grande gueule qui nous stressait également.

Ma jeune collègue expliqua à Inessa ce qu'elle allait faire et se mit à palper son ventre. Je vis à son expression qu'il y avait quelque chose de bizarre alors qu'elle tâtonnait de plus belle. Elle jura alors et je me redressais, alarmé. Et là, elle nous annonça que nous allions mettre au monde des jumeaux. Non, c'était une blague ça, hein? Il n'y en avait pas deux là dedans... Après, ça expliquait le volume et la prématurité. Et Kat qui parlait de ne paniquer personne. Elle était marrante cette petite. C'est bon, nous étions tous paniqués là. Accouchement par voix basse ou césarienne du coup? Excellente question. Il me semblait que j'avais pâli.

- "Et bien, nous ne serons pas trop de deux finalement."

J'esquissais un sourire, mais en fait, j'avais envie de me barrer de là et rapidement.

- "La péridurale est une super bonne idée soudainement."

Si on avait eu des doutes, là, il n'y avait pas vraiment le choix. Je m'affairais à tout installer autour d'Inessa. Avant de me décider à trouver une utilité à Alexeï.

- "Alexeï, lâchez-là quelques minutes et allez nous chercher des serviettes chaudes. Des vêtements pour bébés aussi, surtout des bonnets. Quand ils sortiront, il leur faudra absolument de la chaleur."
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MessageSujet: Re: Si tôt...[TERMINE]   Mar 20 Sep - 21:49

J’étais carrément très au dessus de leur querelle familiale. Il n’y avait plus de colère, ni haine, ni rancœur alors que chaque minute devenait terrible pour moi. Sentir son corps se déchirer de l’intérieur, lutter pour expulser ce bébé qui ne demandait qu’a naitre. Il n’était pas temps pour lui, mais la nature en avait décidé autrement. Que Katarina et son père s’engueule, moi, je préférais garder les yeux sur Jackson. J’avais besoin de son calme, de sa sérénité, pas de la panique d’Alexeï, ni de son repentir…Pourtant, j’acceptai sa présence a mes cotés, ces mots qu’il murmurait sans que je ne les comprenne vraiment. Tout cela, ça n’avait plus d’importance alors que je ne savais même pas si mon bébé allait survivre. Il devait survivre. C’était vital pour moi. Le porter ainsi durant ces longs mois, le sentir bouger, hoqueter et…Le voir mort. Non, je ne le supporterais pas.

Durant des années ma mère m’avait suppliée d’être mère, de lui donner des petits enfants. Oui durant des années elle m’avait reproché d’avoir fait passé ma vie professionnelle avant l’accomplissement de ma vie de femme. J’avais cru une fois, trouver un père, un amant…Un mari…Le temps m’avait prouvé mon erreur de façon cruelle. Maintenant ? J’allais être mère mais avais je pour autant un amant, un mari…Je ne savais plus et tout mon corps se tendit brusquement sous l’assaut d’une autre contraction.

Je quittai Jackson du regard en entendant la voix de Katarina. Plus pâle que jamais, je hochais la tête en me mordant la lèvre, grimaçant sous sa palpation. Elle ne me faisait pas mal, mais j’avais peur qu’elle ne sente rien alors qu’une énième contraction durcissait la peau de mon ventre, tendant les muscles a les déchirer. Je haletais. Mon front se couvrait de sueur et jamais je n’aurais pensé pouvoir supporter une telle douleur…En vérité, les hommes étaient des lopetttes parfois…Qu’ils accouchent une fois dans leur vie…une seule…Je trésailli en l’entendant jurer et, instinctivement, j’ayttrapais sa main, le serrant convulsivement….

« Qu’e…Qu’est ce qui…qu’y a ? »

La panique s’entendait dans ma voix. En vérité, son juron venait de littéralement me faire plonger dans la peur la plus totale…Alors que la suite…

« Des…Des jumeaux ?! »

Ebahie, je la regardais…Puis, baissait les yeux sur mon ventre, gros, distendu, torturé par la naissance a venir…Des..jumeaux…Deux bébés…Ma tête retomba sur l’oreiller, gémissante. Deux bébés…Ils seraient si petits, si menus…Ils ne pourraient pas vivre, pas dans ces conditions…J’ouvris les paupières, hésitante, sur Jackson qui parlait de péridurale…

« Qu’est…ce qu’il va se passer ? Qu’allez vous faire ?! Deux…Deux…Ils seront trop petits…Non ? »

La douleur se mêlait a la peur dans une danse intime que je n’arrivais pas vraiment a réfréner et j’eus presque le reflexe de vouloir retenir Alexeï auprès de moi. Je le haïssais parfois, le vouait aux enfers mais là, j’avais besoin de lui, viscéralement…

« Dites moi que ça va bien se passer ! »

Mentez moi ! J’en avais rien a faire ! Il fallait que j’y crois ! J’en avait besoin ! Terriblement besoin !

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MessageSujet: Re: Si tôt...[TERMINE]   Ven 23 Sep - 1:04

Assez curieusement, brusquement, je m'apaisais. Je ne savais pas pourquoi. D'un seul coup, je réalisais que j'allais être père - encore ! - que cet enfant qu'Inessa portait allait être le mien, et je regrettais terriblement de ne pas avoir été présent pendant sa grossesse. Je l'avais soutenue... de loin. Je lui avais évité des tâches pénibles, j'avais parfois pris son rôle dans la Communauté quand je le pouvais, même si l'on était déjà plus indulgent avec elle vu son tour de taille. Mais je n'avais pas été réellement proche d'elle. Nous avions eu quelques moments d'intimité, juste une soirée passée ensemble, mais très largement compensés par de nombreuses disputes qui se déclenchaient pour une connerie, disons-le franchement. Nous n'avions pas réellement réussi à forger un couple, et j'avais très rapidement compris pourquoi. Notre relation à la Communauté n'était guère que du sexe, et aujourd'hui, alors que nous étions abstinents, nous n'avions pas réussi à en faire autre chose, trop parasités par cette tension qui venait de moi, et de ma colère envers cet enfant.

Qui était le mien.

Quel gâchis...

Mais tous ces regrets faisaient que désormais, je voulais rattraper le temps perdu, en espérant simplement que ce ne serait pas trop tard, comme cela l'avait souvent été. J'avais peur, terriblement peur, le souvenir de Sonja et de notre deuxième enfant trop présent dans mon esprit. Et cependant, je ne voulais surtout pas laisser ma panique transparaître. Les paroles de Katarina étaient bien vides, bien peu rassurantes, et pourtant elles me suffirent. Je respirai profondément et m'écartai légèrement, cousant mes lèvres.

- Quoi ?!

OK, raté. Mais ma fille jurait suffisamment peu souvent pour que je puisse UN PEU m'inquiéter alors qu'elle le faisait en vérifiant si tout allait bien pendant l'accouchement de ma femme !

Des. Jumeaux. On allait avoir des jumeaux. Euh... C'était fini, les révélations fracassantes, là ? DES JUMEAUX ?

On ne panique pas. On a dit qu'il ne fallait pas paniquer. A dire vrai, Inessa y arrivait très bien pour moi. Inutile de répéter ce qu'elle demandait, et à vrai dire, je crois que la nouvelle m'avait rendu muet. Même si je crevais de secouer Jackson et Katarina pour qu'ils répondent plus rapidement. J'aurais voulu lui dire que tout irait bien, mais je savais que le mensonge ne prendrait pas si c'était moi qui le formulais. Je serrai les dents, caressai rapidement sa main de mon pouce et parvins à libérer mes doigts des siens.

Des serviettes chaudes. Des vêtements pour bébé. OK. Je mis cinq minutes à retourner toute la maison et cinq autres à me débarrasser de Diane qui voulut me passer un savon pour le vrac que je laissais derrière moi. Elle prenait de l'assurance, celle-là, depuis qu'elle voyait son Evan, et ça commençait légèrement à me courir sur le haricot. Là, je n'étais franchement pas d'humeur.

De retour dans la chambre, je constatai que les choses avaient bien évolué. Cette fois, elle devait commencer à pousser. Je posai tout en vrac sur une chaise et déposai une serviette sur le bureau avant de revenir près d'Inessa. Ses yeux étaient fermés sous la douleur. Je passai juste un doigt léger sur sa joue pour lui faire comprendre que j'étais revenu.

Que je ne partirais plus.

Et l'attente, tout du moins pour moi, commença.
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Katarina K. Jones
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MessageSujet: Re: Si tôt...[TERMINE]   Dim 25 Sep - 11:30

Je ne savais pas si la situation devait me faire rire ou pleurer. Le comportement de mon père était risible au possible, quoique très inapproprié étant donné la situation. Il avait retourné sa veste à une vitesse affolante, ce qui prouvait bien à quel point il était versatile. Oui, soudain il s'inquiétait, car l'enfant était de lui. Enfin, LES enfants, puisque ô surprise, il s'agissait là de jumeaux. N'était-ce pas magnifique ? J'allais avoir un frère et une sœur, ou deux sœurs, ou deux frères ! Ô joie. J'aurais pleuré tant c'était ironique. Qu'il se le tienne pour dit, une fois que j'aurais accouché Inessa, je ne voulais plus rien avoir à faire avec elle, ou avec ses enfants. Je n'avais aucune envie de les considérer comme des membres de ma famille, même si techniquement je n'avais pas le choix. La pilule ne passait pas. Non, désolée, je n'avais pas envie d'être grande sœur à vingt-six ans. Non, je n'avais pas non plus envie d'expliquer plus tard à mes enfants pourquoi ils étaient plus vieux que leur oncle ou tante – qu'est-ce que j'en savais moi, pour le moment. J'avais suffisamment de problèmes à régler, celui ci passerait en dernier, bien après tous les autres. Peut-être même que je ne m'en occuperais pas ! Après tout, pourquoi pas ? Je n'avais plus envie de faire le moindre effort.

J'eus un soupir de soulagement lorsque Jackson envoya mon père aller chercher de quoi prendre soin des bébés une fois qu'ils seraient nés. Oui, ils auraient besoin de chaleur. Si jusque là je n'étais pas plus inquiète que cela, j'admettais bien volontiers que j'angoissais soudain un peu plus. J'avais vu juste quand j'avais eu des doutes quand à l'avancement de la grossesse d'Inessa. Elle n'était pas à terme. Mais de combien de semaines était-elle en avance ? Elle ne le savait pas, et ce n'était pas une bonne chose. J'avais beau essayer de me souvenir exactement quand je l'avais vu commencer à avoir des nausées, je ne m'en souvenais pas. Il faut dire qu'à cette époque, j'avais cru avoir perdu Sasha, alors je ne m'étais pas réellement intéressée aux histoires de mon père. J'avais dû gérer une fausse fausse couche et un mari retombé dans l'enfer de la drogue, alors... Ce serait la surprise. J'espérais qu'elle ne serait pas trop mauvaise. Son ventre était énorme, elle était plus grosse que moi à terme, alors j'espérais que cela soit bon signe. Avec un peu – beaucoup – de chance, elle devait en être à environ huit mois. C'était la limite de l'acceptable. Quelques semaines de moins, et les risques seraient très élevés pour les bébés... C'était vraiment dans un moment pareil que je regrettais réellement de ne pas être allée au bout des mes études dans le domaine néo-natal. J'étais douée, je le savais, mais l'étais-je assez pour sauver deux bébés prématurés et sans équipement médical ?

« Ça va aller, ne t'inquiète pas. Tout va bien se passer ! »

Je lui mentais, mais dans un tel moment j'aurais aimé qu'on me mente. Il fallait lui donner la force de pousser. Si je lui disais qu'il y avait des chances pour que ses enfants aient des problèmes, cela risquait de ne pas beaucoup l'encourager. Accoucher d'un enfant n'était pas simple, alors de deux... Il fallait la garder "en forme" et "motivée" à pousser, car elle en aurait pour un moment... Je vérifiai une nouvelle fois la dilatation du col, et constatai cette fois ci qu'elle allait pouvoir se mettre à pousser. Les choses sérieuses allaient enfin pouvoir commencer.

« Tu vas devoir commencer à pousser. À chaque contraction, pousse, le lus fort possible. Et respire bien, surtout. Allez, vas-y. »

Sur ces entrefaites mon père revint, et s'installa près d'elle, juste à temps. Et Inessa commença à pousser. Je l'encourageais, en russe et en anglais, un peu au hasard, en même temps que mon père. Au bout d'un certain temps, j'aperçus enfin la tête du bébé. Je l'encourageai de plus belle, lui assurant qu'une fois que les épaules seraient passées, je l'aiderais. De longues minutes plus tard, la tête passa, suivie immédiatement des épaules. Je ne réfléchis guère longtemps avant d'attraper le bébé en douceur et de le tirer à l'extérieur du ventre de sa mère. La première chose que je fis ensuite ne fut pas de regarder le sexe, ni de le passer à sa mère. Avant toute chose, je clampai et coupai le cordon, avant de passer le bébé à Jackson. Non sans jeter un coup d'œil à son sexe cette fois ci. J'eus un sourire, que je voulus sincère, pour éviter de faire une grimace.

« C'est un garçon. »

Félicitations ? Non, pas encore. Ce n'était pas terminé.

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« AND HE TOOK HER IN HIS ARMS AND KISSED HER UNDER THE SUNLIT SKY,
AND HE CARED NOT THAT THEY STOOD UPON THE WALLS IN THE SIGHT OF MANY. »

— J.R.R. Tolkien.
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MessageSujet: Re: Si tôt...[TERMINE]   Ven 30 Sep - 15:10

Je devais absolument dire à Katarina de faire attention à ses exclamations de surprise. Ça ne faisait pas très professionnel, de une et de deux, ça faisait paniquer la patiente qui n'avait vraiment pas besoin de ça. Il fallait rester stoïque et faire comme si on avait tout prévu, alors que c'était, bien évidemment, loin d'être le cas. Surtout lors d'un accouchement. Enfin, au moins, son intervention de surprise eut le don de calmer un peu les esprits et de sortir de cette maudite querelle familiale. Cela me consolait de voir qu'il n'y avait pas que moi qui avais des problèmes avec la famille. La famille de Lizzie, qui se résumait à une seule personne. Marrant, on pourrait se dire qu'avec un entourage aussi réduit, tout se passerait à merveille, et bien non, il y avait un emmerdeur et c'était Evan. Je n'avais plus personne, Lizzie n'avait que lui et on arrivait encore à ce que cela se passe mal. Enfin, c'était de la rigolade à côté des russes. Je t'aime, je te trompe, je te trahis, allons-y joyeusement! Et vidons aussi notre sac quand une femme accouche, c'est tellement plus fun!

Je tentai bien de détendre un peu l'atmosphère alors que je sentais Inessa complètement paniquée à l'idée de mettre deux bébés au monde. Je n'étais qu'un homme, je ne pouvais imaginer la douleur de l'accouchement. Alors que cela dure deux fois plus longtemps, pour expulser deux bébés... Enjoy. Inessa s'inquiétait, à raison, demandant ce que nous allions faire, se demandant si les bébés ne seraient pas trop petits.

- "Ils seront petits oui, mais ce n'est pas une catastrophe Inessa. La nature est bien faite."

Certes, les bébés ne dépasseraient sans doute pas les deux kilos cinq et encore je voyais large. Nous n'avions pas de couveuse, nous n'avions pas vraiment de matériel adapté pour de la réanimation néo nat ou pour prendre en charge des prématurés, mais mieux valait ne pas envisager le pire. Nous verrions bien. Elle voulait qu'on lui assure que tout se passe bien alors qu'Alexeï restait sur le cul. Et oui, félicitations, direct dans le mille et deux pour le prix d'un en plus, alors, vos impressions? Katarina rassura sa belle mère. Que faire d'autre? Inessa ne devait se concentrer que sur une chose : pousser et sortir les bébés. Et si cela ne fonctionnait pas... Césarienne. Et là, il vaudrait mieux faire sortir Alexeï, ou il risquait de ne pas apprécier le spectacle digne d'Alien. D'ailleurs, j'entrepris de l'occuper un peu celui-là. l'envoyant chercher de quoi vêtir et réchauffer les bébés quand ils seraient nés. On serait tranquilles quelques minutes, ce ne serait pas plus mal.

Il partit donc et Katarina se chargea de guider Inessa. Pousser à chaque contraction, de toutes ses forces, en espérant que cela irait vite et qu'elle ne s'épuiserait pas pour le premier et n'aurait plus aucune force pour le second. C'était malheureusement le risque. Alexeï revint et se remit prêt de sa compagne, l'encourageant en silence. Cet accouchement me rappelait celui de Katarina, qui avait manqué d'être catastrophique. Sauf qu'Ethan s'était évanoui comme une femmelette. Alexeï semblait un peu moins émotif. Et là, je n'étais pas seul aux commandes, ce qui était rassurant. Katarina encourageait Inessa qui grimaçait sous l'effort. Dieu que c'était long et je n'osais même pas imaginer ce que cela lui faisait à elle. Enfin, la tête apparut, suivie des épaules et le reste alla très vite alors que Kat récupérait le bébé, coupait le cordon et me le fourrait ensuite dans les pattes. Et de nouveau, je sentis une étrange émotion s'emparer de moi à serrer ce petit bout dans mes bras. Décidément, cela me travaillait, alors que ce n'était pas possible. Une vraie torture. Néanmoins, je ne m'apitoyais pas sur mon sort, donnant les premiers soins au bébé qui était une vraie crevette mais semblait plutôt en forme. Un petit cri lui échappa, avant qu'il ne se mette à hurler, preuve que ses poumons étaient bien mâtures. Il avait de la voix ce bonhomme. Je m'éloignai légèrement, posant le bébé sur une des serviettes, l'essuyant rapidement, avant de l'envelopper, de lui mettre un bonnet. Je n'avais pas pris la balance, j'irais la chercher plus tard, quand tout serait fini, en attendant, je le tenais contre moi, lui apportant ma chaleur et espérant qu'Inessa serait suffisamment en forme ensuite pour l'allaiter et lui apporter le sucre dont il avait désespérément besoin.

- "Il est magnifique. Et en bonne santé."

Allez Inessa, pousse, encore un effort, le premier va bien, espérons que cela te donnera un regain d'énergie...
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MessageSujet: Re: Si tôt...[TERMINE]   Mar 4 Oct - 9:14

Petits. Ils seraient forcément petits ! Et si…Ils étaient trop petits ? Je me mordillai la lèvre avec force, perclue de douleur et d’inquiétude. Nous n’étions pas équipé pour ça, non, nous ne l’étions pas. Je le voyais dans leur yeux combien même je leur priais de me mentir allégrement. Ils avaient des doutes, pas de certitudes. Mais pouvait on en avoir sur une naissance, surtout aussi catastrophique ? Silencieusement, des larmes se mirent a couler sur mes joues. Peur, panique, appréhension. Un peu de tout cela je crois.

J’haletais, comme un petit chien, quel était l’imbécile qui avait dit que ça fonctionnait ? Hein ?! Non ça ne marchait pas, absolument pas. Et la douleur, omniprésente, toute puissante même qui me parcourait, cette impression terrible d’être déchirée en deux de l’intérieur. La péridurale semblait n’avoir aucun effet mais quelque part, je préférais souffrir, me concentrer sur la douleur pour oublier la terreur.

Une légère caresse me fit ouvrir de nouveau les yeux, un peu vitreux, rendu profond peut être et rencontrai les yeux bleus glace d’Alexeï, inquiet alors qu’il ne l’avait jamais été de ma grossesse, trompé par mon mensonge, vengeance puérile d’ailleurs, j’en convenais.

« Tu sais que j’en voulais pas ?...Au début, j’en voulais pas…J’ai tout fait pour le perdre… »

C’était cruel de dire cela devant Katarina, elle qui avait cru perdre le sien. Très cruel. Mais sur l’instant, je n’en eu pas vraiment conscience et, alors que mes traits se crispèrent de nouveau, que mon corps entier ne devenait qu’une boule de douleur atroce, je me rendis compte qu’en vérité, j’aurais tout perdu a le perdre.

« Mais il faut croire qu’il est…qu’ils sont…Comme toi, trop têtu. »

J’eus un pâle sourire juste avant que Katarina m’encourage a pousser. Accompagnant les contractions. En vérité, je n’avais pas besoin d’encouragement, il y avait ce désir primitif de pousser que je retenais depuis le début, ce besoin primal, instinctif et je m’y soumis. Déchirant presque les draps sous mes doigts crispés, perdue dans ce moment qui n’appartenait qu’aux femmes depuis la nuit des temps. Ni la première, ni la dernière…

Une ultime contraction expulsa le premier bébé, coupant net la douleur dans un soulagement sans nom alors que je retombais sur l’oreiller, la poitrine se soulevant a un rythme effréné. Ce n’était pas fini, je le savais mais, avide, je voulais le voir. Je tentai bien de me redresser sans réellement de succès et l’annonce du sexe me fit sourire. Un garçon. Je levai les yeux sur Jackson et hochai doucement la tête a son annonce. En bonne santé. C’était tout ce que je voulais…Mais le répit fut de courte durée, beaucoup trop courte. Je me sentais épuisée, éreintée comme jamais, mais ce n’était pas fini, pas encore…Et la valse des contractions recommença. Une fois, deux fois, je ne savais plus vraiment…Jusqu'à ce qu’il n’y ai….Plus rien. Qu’un calme étrange. Qu’une impression d’apaisement alors même que le corps venait d’être torturé, brisé, couvert de sueur et de sang…

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MessageSujet: Re: Si tôt...[TERMINE]   Jeu 6 Oct - 22:58

Tout allait bien se passer. Oui. Mais nous n'y croyions ni l'un ni l'autre. Ça ne pouvait pas bien se passer. Des jumeaux... Alors bien sûr cela expliquait pourquoi elle avait un tel tour de taille à un mois de son terme, et aussi l'accouchement prématuré. Mais ce n'était pas parce que certaines données nébuleuses s'éclaircissaient que j'avais moins peur, parce que ce n'étaient que des mauvaises nouvelles. Est-ce qu'Inessa allait supporter deux accouchements ? Elle semblait souffrir mille douleurs et à penser que lorsqu'enfin le premier naîtrait, elle devrait recommencer... Elle n'allait pas tenir.

Si, elle allait tenir. Inessa était une battante. Inessa avait toujours été une battante, pour tout. Elle s'en était miraculeusement bien sortie après les bombardement pour l'apparente frêle jeune femme qu'elle était. Elle s'était accrochée à moi malgré toute mon indifférence et elle avait su s'écarter de moi quand il l'avait fallu pour elle, même si je détestais cette décision qu'elle avait dû prendre. Elle avait toujours résisté à toutes les tempêtes, à tous les ouragans. Elle savait me supporter, ce qui n'était pas rien, elle savait m'aimer tel que j'étais. Et elle ne supporterait pas un accouchement ? Non, non, c'était impossible. Elle tiendrait. Et eux aussi ils tiendraient. Il FALLAIT qu'ils tiennent. J'eus un rire nerveux, étranglé, alors qu'elle m'avouait avoir voulu à toute force le perdre. Ça me blessait, forcément, mais je la comprenais, en une douleur étrange et inconnue. Je me fis broyer la main une énième fois et répondis maladroitement :

- Tu verras. Quand ils seront nés, tu seras bien contente qu'ils aient été aussi têtus que leur père.

Étrangement, je m'étais fait extrêmement rapidement à cette idée. Sans doute parce qu'au fond de moi, je l'avais su, je m'étais douté que cela ne pouvait être qu'un mensonge.

C'était long. C'était tellement long. C'était absolument horrible de rester là et de la voir souffrir sans pouvoir rien y faire. Son beau visage se tordait d'une douleur atroce, que je ne pouvais qu'imaginer et je ne pouvais rien, absolument rien faire. Je détestais me sentir impuissant. Je la regardais, je l'encourageais, et la moitié du temps j'avais l'impression qu'elle s'en foutait éperdument, n'ayant absolument pas conscience de ma présence. Elle hurlait, gémissait, criait, souffrait, souffrait, souffrait, et son monde semblait n'être plus constitué que de ça, de douleur, une douleur longue et continue qui refusait catégoriquement de s'éteindre. Et je ne servais à rien. C'était insupportable !

Cela faisait longtemps que je n'éprouvais plus aucune sensation dans la main qu'elle serrait fort à chaque contraction lorsque soudain, une expression de soulagement intense envahit ses traits. Je tournai immédiatement le regard vers Katarina et la vis recueillir une minuscule petite chose semblant être plus léger qu'une plume. Elle le fourra directement dans les bras de Jackson et je délaissai Inessa un instant, brusquement entièrement concentrée sur cette créature qui était, effectivement, si petite qu'on avait du mal à concevoir qu'il puisse réellement vivre. Cependant, il se mit très vite à hurler, et je poussai un soupir vibrant de soulagement.

Le visage d'Inessa se crispa de nouveau atrocement, et je fis un petit signe à Jackson qui se rapprocha et me tendit le bébé. Je me mordis la lèvre si fort qu'un arrière-goût métallique naquit sur ma langue. J'aurais simplement voulu qu'il le lui montre. Je n'osais pas le prendre... Je dégageai doucement ma main de celle d'Inessa et tendis les bras. Crispé, je recueillis le minuscule bébé, qui s'accrocha à moi en pleurant de plus belle. Je me sentis tout chose. C'était mon fils... Je me rassis près d'Inessa. Mis à part sa taille, il n'avait l'air d'avoir effectivement aucun problème, et c'était un bel enfant, oui.

- Regarde, Inessa... chuchotai-je. Regarde comme il est beau. Allez, courage, il n'y aura pas de problèmes... Il n'y aura pas de problèmes...

C'était devenu soudainement beaucoup plus facile d'y croire.

J'attendis encore un peu, le berçant doucement, prenant de plus en plus confiance dans mes gestes au fur et à mesure que les minutes passaient. Quand il finit par se calmer, je quittai la pièce et allai le laver un peu mieux. Nous avions dégoté une baignoire pour bébé... De même que nous avions trouvé quelques vêtements, peu, UN lit, UN biberon. Le fait d'avoir des jumeaux compliquait tout, mais ce n'était pas grave, nous réussirions à nous en tirer. Je le séchai doucement, le rhabillai et retournai dans la pièce.

Un peu plus tard et le second bébé naissait, une petite fille cette fois-ci. Je me rapprochai d'Inessa et lui souris :

- C'est terminé. Tu vois que tout s'est bien passé... Regarde comme il va bien...

Je le lui remis et allai prendre sa jumelle pour la laver à son tour. Quand je revins, Katarina avait disparu. Je serrai les dents et regardai Jackson :

- Merci beaucoup. Et remerciez ma fille aussi. Ce n'aurait pas dû être à elle de le faire.

Accoucher sa belle-mère et mettre son frère et sa sœur au monde... Non, ça n'avait pas dû être une partie de plaisir. Et je comprenais qu'elle soit partie aussi rapidement. Je sentis une pression infime tirailler mon pull et je baissai les yeux sur ma fille. Ma fille... J'oubliai tout à l'instant où je croisai ses yeux bleus. Elle émit un son interrogateur en voyant mon visage, puis sembla s'en désintéresser et ferma les paupières. Je m'assis à côté d'Inessa.

- Ils te ressemblent. Ils sont aussi beaux que toi.

Je lui embrassai doucement le front.

- Je suis content que tu n'aies pas réussi à les perdre.
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