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 You had my heart inside of your hand and you played it to the beat. [Samuel. B] -18 !

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Liam Marsden
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MessageSujet: You had my heart inside of your hand and you played it to the beat. [Samuel. B] -18 !    Sam 23 Juil - 20:06

En les regardant, je ne pouvais que me rendre compte que subitement, je ne faisais plus partie du même monde qu’eux. Mon visage ne connaissait ni leurs sourires, ni leur joie, ni leur absence de cernes profondes, marquées comme au fer rouge. Qu’importe que nous vivions sous le même toit ou soyons faits de la même matière, nous étions désormais séparés par un profond fossé creusé par l’alcool. Avant, je faisais partie de cette assemblée, de ce groupe de personnes unies et heureuses de se retrouver au moins le temps d’une soirée. Désormais je me retrouvais là comme un chien dans un jeu de quilles sans réellement pouvoir me dérober, sans pouvoir prétexter à mon alcoolisme puis retourner sur la pointe des pieds dans mon trou de souris. J’avais promis, au moins pour ce soir. Alors je les regardais, tous, Aristide et son sourire trop blanc, Mathilda qui surveille l’ensemble, Lilly dont le bras est négligemment passé à celui de Samuel, Samuel qui sourit lui aussi, une Kaylhen au ventre étrangement arrondis, Adonis qui se recoiffe discrètement, Giulio et Amarilli, Hans et Jude que je ne connais pas, Gabrielle qui tient un panier dans ses mains et semble gênée, le vieil Isaac sur son 31, je les regarde en me demandant si un jour je pourrais de nouveau faire partie de cet ensemble. Ils rient et parlent fort tandis que je demeure seul dans mon coin, attendant que les discussions s’apaisent pour prendre place à cette grande table et dîner en silence à leurs côtés. Personne n’osera m’adresser la parole ce soir de peur d’une insulte, d’une critique injustifiée : Aristide, Kaylhen, Adonis et Lilly sont du côté de Samuel. Guilio et Amarilli trop occupés avec leurs convives. Je ne connais ni Hans ni Jude. Gabrielle ne m’adresse plus la parole sans que je ne sache pourquoi.

Sans doute avais-je mérité ce traitement qui d’ailleurs ne me paraissait que justifié, mérité de n’être plus qu’un étranger aux yeux de tous, et surtout aux yeux des personnes qui m’étaient autrefois les plus chères. Même en apparence je ne me ressemblais plus et pourtant, la métamorphose physique n’égalait en rien la psychologique. Depuis mon arrivée ici mes jours et mes nuits avaient été d’un semblable déroutant, baignés par cet alcool si précieux qui désormais guidait et régissait ma vie. Il ne se passa pas un seul jour ou presque sans que je ne sois totalement ivre et croyez moi, pour qu’un alcoolique de longue date tel que moi soit ivre, il devait déjà s’enfiler de sacrées doses d’alcool. A force le corps s’habituait, assimilait beaucoup mieux ce poison et si autrefois il ne m’aurait pas fallu plus de trois bières pour être étrangement joyeux, aujourd’hui j’avais besoin de la moitié d’une bouteille de Vodka pour parvenir à ce résultat. Rien qu’à se résultat, alors imaginez une seconde ce que je pouvais bien boire pour terminer saoul. Bien évidemment les mélanges que j’effectuais m’aidaient à diminuer le temps d’attente pour enfin atteindre ce point crucial, ce point où je ne ressentais plus rien, ni la joie, ni la douleur, rien. Ce point où enfin mon être tout entier pouvait goûter à la sérénité d’un vide délicieux. A quoi bon les souvenirs ? Mis appart charcuter encore et toujours mon cœur, ils n’avaient plus aucune utilité, aussi mieux valait-il les évacuer tout bonnement de ma tête afin de ne plus vivre que dans ce présent, ce présent incompréhensible. Pourquoi ne vivais-je plus dans un sous terrain ? Pourquoi cette maison, cette chambre, ces gens autour de moi ? Une multitude de visages qui tournaient, tournaient à longueur de journée jusqu’à m’en donner la nausée. Une multitude de visages sur lesquels je ne parvenais plus à poser de nom précis, mais qu’importe ? Ces visages ne se tournaient plus vers moi, ne me souriaient plus, ne m’invitaient plus à venir prendre un café, bien au contraire : Dès que je pénétrais dans une pièce, chacun des yeux présents se posaient immédiatement sur un objet et le fixaient obstinément, de peur de croiser mon propre regard, provoquer ma colère, une injure. Comment avait-on pu en arriver à me craindre, moi, Liam ? Sans même réellement m’en rendre compte ou le contrôler, je m’étais transformé en véritable monstre, voilà pourquoi. Je m’étais transformé en un homme capricieux, colérique et violent. Filaient entre mes lèvres des dizaines d’insultes que je n’avais jusqu’alors jamais employé en publique, couraient sous mon regard furieux des dizaines de motifs de crises. Encore, toujours. Les cris, la haine, les assiettes qui volent et se fracassent contre les murs étaient devenus mon quotidien et celui des personnes qui vivaient, pour leur plus grand malheur sans doute, à mes côtés.

L’alcool s’engouffrait entre mes lèvres, puis remontait directement jusqu’à mon cerveau pour noyer mes souvenirs, tous mes souvenirs. Pas seulement Samuel ou les jumeaux, mais bel et bien chacun des événements qui constituaient mes journées, m’enfermant dans un monde appart, un monde étrange et incompréhensible. Quelques heures seulement après avoir rompu avec Samuel je ne me souvenais déjà plus de ce moment, je ne me souvenais plus de rien si ce n’est le geste qu’il avait eu, manquant de m’arracher à cette vie atroce. Inutile de vous dire que cela ne fit qu’amplifier ma haine à son égard car, si je me souvenais de sa tentative de meurtre, j’en avais bien évidemment oublié la cause, oublié l’horreur de mes mots ainsi que de mes gestes. Je ne retenais que ce qui l’incriminait toujours et encore davantage dans mon esprit de manière à peaufiner cette image de monstre à laquelle je l’associais désormais. Il suffisait de tout créer de toute pièce, de prendre un événement et le triturer, le modifier jusqu’à ce qu’il colle à la version que l’on m’avait imposé de lui : Un être constitué d’égoïsme, de sadisme et de cruauté. Un être que je haïssais par-dessus tout dès qu’il m’arrivait de rencontrer mon amie Vodka. Il me semblait bien avoir passé du temps avec Mathilda suite à cela et pourtant, je ne saurais conter avec exactitude cet épisode. Sans doute m’avait-elle administré quelque chose pour me calmer ou bien avait-elle tenté de me raisonner, je ne savais pas. Ou peut-être m’avait-elle simplement laissé me calmer dans mon coin jusqu’au lendemain, jusqu’au moment où je fus capable d’aligner deux pas sans trébucher afin de rentrer « chez moi ». Sans doute. Et après, quoi ? Aucune idée. C’est dingue comme l’alcool peut provoquer de trous de mémoire, d’énormes trous noirs donnant à mon cerveau l’apparence d’un gigantesque gruyère. Mon monde n’était plus constitué que de cela à présent : Des trous. Je faisais ou disais quelque chose puis, quelques minutes à peine après, ne m’en souvenais pas le moins du monde. Comment parvenir à conserver une ligne de conduite cohérente malgré cela ? C’était tout bonnement impossible. Mon attitude devait en paraître que plus dérangeante, que plus stupide mais malheureusement, je ne possédais aucun moyen de mettre un terme à cela et ne m’en rendais de toute manière pas compte. De même que je ne me rendais pas compte de mon visage blafard ou de mes cheveux qui tombaient par poignée, je ne m’apercevais pas de mon attitude exécrable, ou bien m’en fichais-je ? Je ne saurais le dire non plus. Il y a une chose que vous devez savoir : On ne demande pas à un alcoolique de demeurer poli ou calme en toute circonstance. On ne lui demande pas plus de s’excuser si jamais il se montre désagréable, non, on ne lui demande pas de rendre de compte. Jamais. Les gens comme moi font partie d’un monde où nul n’a accès mis appart eux et leur bouteille, et plus rien d’autre que cela n’a d’importance. Vous pouvez en vouloir à ces gens, ces drogués, mais vous ne pourrez jamais ni les contrôler ni les forcer à se rendre compte de leur attitude, c’est impossible. Pas tant qu’ils sont sous l’emprise de leur drogue, pas tant qu’ils vivent dans leur monde. C’est là la différence entre vous et moi : Vous avez conscience de votre manière d’agir et de vous exprimer, et vous suivez constamment les traits de votre personnalité pour ce faire. Moi, je ne possédais plus aucune personnalité. Je n’avais plus aucune ligne de conduite. Plus rien de personnel. Tout cela, c’était l’alcool qui me l’avait arraché.

L’univers d’un alcoolique n’est pas descriptible, il n’y a aucun point de repère, aucune cohérence, pas davantage de sens. Le mien ne dérogeait bien évidemment pas à la règle. J’ai passé des journées entières enfermé dans le noir de ma chambre sans jamais ouvrir la fenêtre ou les volets de peur de respirer l’air pur et reprendre mes esprits car, malgré tout, je désirais ardemment cet état misérable dans lequel je me trouvais. Mieux valait-il dépérir lentement, se tuer soi-même à petit feu que risquer d’affronter de nouveau cette douleur cuisante qui s’éveillait dans ma poitrine dès que je ne buvais plus. Je fuyais les problèmes, fuyais les questions comme leurs réponses et pourtant, cela ne les effaçait pas tout à fait de mon esprit. Si tôt commençais-je à reprendre conscience de mon « moi » profond que je recommençais à souffrir de la perte désormais évidente de cet être que j’aimais intensément. C’est vrai, j’ai passé des journées terriblement longues accompagné de ma seule solitude, j’ai passé des moments éprouvants rythmés par les interminables gorgées qui coulaient le long de ma gorge jusqu’à ce que j’en vomisse mes tripes. Mais malgré tout, il y eut bien des instants durant lesquels je reprenais pieds, des moments ou l’alcool n’avait plus aucun effet et où je redevenais moi-même. Ces moments, croyez-moi, furent mille fois plus insupportables que le lent suicide que j’entreprenais. Je me réveillais dans ma chambre si sombre, si froide, dans ce lit à l’odeur fétide de transpiration en me souvenant de tout, absolument tout : Lui, eux, nous. Ma maladie, l’attaque des Hors la loi, leurs départs puis ma chute. Ces doutes et ces questions qui n’avaient alors plus lieu d’être car, malgré mon absence de souvenirs quant à cette soirée, j’avais l’intime certitude de ne plus être le moins du monde en couple avec Samuel, de même que de ne pas m’être correctement occupé de mes enfants depuis mon arrivée. Comment l’aurais-je pu ? J’étais bien incapable de prendre soin de moi, la responsabilité de deux enfants m’aurait dû il me semble être retirée. Un bon père ? Non, je ne l’étais pas, ou plus… Pas plus qu’un bon compagnon… Et l’alcool avait beau me détruire, cette destruction restait mille fois plus douce que le nombre de reproches et de doutes qui écrasaient mes épaules dès que j’étais sobre, ou presque. La souffrance ne disparaissait pas mais au moins était-elle camouflée, plus discrète, plus supportable. A chaque fois que cela arrivait, à chaque fois que de nouveau je parvenais à réfléchir correctement à mes actes et leurs conséquences je ne pouvais m’empêcher de pleurer, une fois encore, toutes les larmes de mon corps en priant pour que ce ne soit qu’un mauvais rêve. Priant pour qu’enfin je me réveille non plus dans ce lit horrible mais dans le sien, dans ses bras, qu’il m’embrasse et que nous allions ensemble réveiller à leur tour nos enfants. Mais il s’agissait là justement du rêve, de l’utopie destructrice : Non, il n’y avait ni vie de couple, ni vie de famille, seulement moi et ma douleur. Juste nous.

Il m’était impossible que de supporter ces moments, me montrer fort et enfin affronter la réalité en face. Affronter sa perte, affronter la distance qui s’était installée entre les jumeaux et moi, affronter les reproches qui risquaient de pleuvoir sur moi de la part des personnes que j’avais blessées. Au fond je crois que j’aurais pu être fort, mais n’en voyais pas réellement l’utilité. A quoi bon me battre ? Cela ne me rendrait en rien ce nouveau rêve, cet ultime rêve que j’avais une fois de plus perdu. Ce n’était pas le premier, mais bel et bien le dernier car il apparaissait comme clair que plus jamais je ne vivrais ni l’amour, ni en famille, ni quoi que ce soit de ce genre. Plus d’ambition, plus d’espoir, j’abandonnais définitivement toute attache à la vie dans le but avoué de me laisser sombrer au plus profond de cet océan brun, l’océan du Rhum. De toute mon existence il y eut peu de moments durant lesquels je su réellement me montrer fort et ne pas lâcher prise : Au conservatoire, au début de la guerre, durant mon séjour à l’infirmerie et après le départ de Samuel. C’est tout. Jeune, je m’étais battu afin d’obtenir mon diplôme, j’avais travaillé le piano jour et nuit afin d’atteindre le niveau que j’avais autrefois, puis, après la perte de Natacha il s’était écoulé de nombreuses années de dérive avant que je ne me reprenne en main et me sèvre moi-même suite aux bombardements. Lorsque j’avais enfin compris qu’il était possible pour moi de m’en sortir à l’infirmerie je m’étais accroché, j’avais fait tout ce qu’on me demandait pour récupérer et être de nouveau sur pieds, respectant mon régime, prenant soin de ma santé le plus possible, évitant tout effort inutile. Et puis… L’éloignement de Samuel m’avait ébranlé, il est vrai, mais j’aurais pu tenir le coup si mes enfants ne m’avaient pas été retiré, j’aurais pu attendre d’arriver ici avec l’espoir d’une explication ou simplement d’un mot gentil, d’un sourire qui m’indiquerait que tout n’était pas perdu. Seulement perdre les seules personnes pour lesquelles je me battais réellement fut le coup de trop, l’épreuve de trop et voilà où nous en sommes. J’étais incapable de remonter la pente, incapable de reprendre suffisamment goût à la vie pour m’accrocher à la première branche venue et me hisser de toutes mes forces. De tous mes défauts, ma lâcheté se révélait certainement être l’un des pires. En tout cas, dès qu’il s’agissait de moi et uniquement de moi, j’étais un moins que rien. Pour les autres j’aurais pu me battre, pour Samuel et les jumeaux j’aurais pu, oui, mais voilà : Je les avais perdu. Cercle vicieux que voilà : Sans la conviction de pouvoir les récupérer suite à mes efforts je refusais d’en produire le moindre mais, si je ne faisais rien je ne pourrais de toute évidence jamais rétablir un semblant de vie à leurs côtés. Autrement dit, ma vie n’était plus qu’un immense champ de ruines parmi lesquelles je refusais même de me frayer un chemin afin d’entrevoir une maigre chance de m’en sortir. Je restais là, j’attendais, qu’est ce que j’attendais ? Sans doute la mort. Il ne me restait plus que cette possibilité de futur là.

Seulement voilà, il est un moment où l’illusion devient moins crédible, plus flagrante. On remarque les traces de doigts, les fautes d’orthographe, les défauts du mensonge dont on se gave jusqu’à indigestion. Ou bien nous sommes nous habitué à cette comédie, si bien qu’elle ne nous séduit plus. Si au début boire me permettait de vivre plus légèrement, sans me poser la moindre question ou rencontrer la plus petite hésitation, cela fonctionna de moins en moins bien avec le temps. L’espace de quelques semaines mon malheur s’était fait plus petit, écrasé par ce poison nocif mais très vite il revint, et mes larmes coulèrent de plus en plus souvent, même ivre. Alors pourquoi continuer de boire, si même cela ne m’aidait plus vraiment ? Comme si j’avais le choix. Il s’agissait d’un véritable piège dans lequel j’étais embourbé, incapable de m’en défaire, pas assez courageux pour ne serait-ce qu’essayer. L’état de béatitude que j’avais connu en buvant, cette douce sérénité qui m’envahissait peu à peu n’existait plus, tout devenait glauque et sombre autour de moi. Alors j’ai bu encore plus et ce qui devait arriver arriva, je suppose que c’est dans l’ordre des choses. Ce matin là, je me sentis déjà mal en me levant. Rien d’inhabituel ceci dit puisque de toute façon, en plus de l’alcool la maladie reprenait également ses droits sur moi, aussi ne m’étais-je pas réellement inquiété. Il était dans les trois heures de l’après midi mais de toute manière, personne ne devait s’inquiéter de ne pas me voir aux petits déjeuners le matin puisque je n’y avais pas assisté une seule fois depuis mon arrivée. En général je veillais tard dans ma chambre, passant mon temps à boire et tourner en rond tout en évitant soigneusement de réfléchir et assommant d’ailleurs allègrement mon cerveau pour l’empêcher toute tentative de rébellion. Il m’arrivait de me coucher alors que le soleil se levait à peine, et ainsi je ne m’éveillais pas avant l’après midi. Au début, on vint m’avertir des repas qui étaient servis en bas, auxquels j’étais encore convié mais finalement, j’envoyais si superbement chier les gens qui s’intéressaient encore à moi qu’on termina par me laisser totalement dans mon coin, ne se préoccupant visiblement pas de mon cas. En même temps, c’était tout ce que je demandais et ne m’en plaignais absolument pas. Toujours est-il que je ne me sentais pas très bien. Mon premier réflexe, alors que je venais à peine de me réveiller et étais assis sur le bord de mon lit, fut de me servir un verre de Whisky. Le bol de lait matinal version alcoolique. Mon palais se révélait à présent si brûlé, ravagé par l’alcool qu’en dépit de leurs goûts très prononcés, je ne ressentais quasiment plus rien en les buvant, aussi m’enfiler un verre d’un alcool aussi fort de « bon matin » ne me gêna pas plus que ça. Finalement je m’allongeai de nouveau, prenant carrément la bouteille et non plus un verre. Peu importe. Et c’est ainsi que se passa le plus clair de ma journée : J’ai bu, allongé sur mon lit, fixant le plafond sans réfléchir à quoi que ce soit, attendant comme toujours que le temps passe. Après de longues heures de blanc complet dans mon esprit, je décidai de me lever et descendre, sans réellement savoir ce que j’irai faire en bas. Peut-être éprouvais-je simplement l’envie de m’aérer l’esprit et sortir de cette pièce où je passais le plus clair de mon temps, y étouffant progressivement. Mes premiers pas furent laborieux, boiteux, je ne parvenais quasiment plus à trouver l’équilibre nécessaire afin de marcher correctement, m’étant enfilé la bouteille complète de Whisky dans la journée. Une bouteille entière, imaginez un instant l’état dans lequel je pouvais me trouver. Parvenant finalement à sortir de ma chambre, j’avançai doucement tout en maintenant une main contre le mur afin de me soutenir, le sol me paraissant étrangement mou sous mes pieds. Cependant même le mur s’affaissait sous mon poids et dès que je fus arrivé à l’escalier, la maison entière remua un grand coup, comme si elle avait éternué, et je dégringolai.

« Je crois qu’il revient à lui. »

Une voix féminine, glaciale et indéchiffrable. Il ne pouvait s’agir que de Mathilda. J’ouvris doucement les yeux, prenant alors conscience des multiples douleurs qui déchiraient mon corps à différents endroits. La tête en premier lieu, ainsi que les coudes, les genoux mais également le bas du dos. Les images, floues, dansèrent quelques instants devant mes yeux avant que je ne parvienne à les calmer et glisser une main tremblante derrière mon crâne, un des endroits qui me faisaient alors souffrir. Effectivement, Mathilda se tenait à genoux à côté de moi, m’observant d’un regard sévère, mais j’aperçus également Giulio et Samuel, plus loin. Aussitôt je revins sur Mathilda, n’ayant même pas pris le temps d’analyser les expressions de leurs visages. J’avais envie de vomir. Tentant de me redresser, je poussai un léger gémissement de douleur avant que Mathilda ne pose sa main contre mon torse et me plaque vigoureusement au sol. Elle paraissait furieuse et pourtant, sa voix demeura de glace.

« Veillez à ce qu’il arrête de gesticuler, il se pourrait qu’il fasse une commotion ou qu’il y ait un trauma. Dans tous les cas, ce n’est pas mon problème. Appelez Jackson, Katarina ou Diane si jamais il se retrouve dans le coma d’ici quelques heures. »

Sur quoi elle se releva et partit. Giulio prononça quelques mots qui ressemblaient fortement à des injures en italien avant de se rapprocher de moi et s’accroupir à côté de mon corps toujours par terre. Quant à Samuel, je préférais ignorer où il se trouvait, bien que je sentais encore sa présence proche.

« Ca va ragazzo (petit) ? Tu viens de tomber dans l’escalier, tu veux qu’on t’emmène voir un altro medico (un autre médecin) ?
- Non. »

Je fermai les yeux, espérant au fond de moi être entrain de faire une commotion comme Mathilda le supposait. Durant de longues heures, je demeurai là, couché au pied de l’escalier, ignorant le monde qui m’entourait. Giulio tenta bien de me relever afin de me ramener jusqu’à ma chambre mais je refusais, imposant ainsi le spectacle de ma déchéance aux habitants de cette maison, y compris aux jumeaux dont je cru entendre la voix avant que Giulio n’appelle avec force sa femme pour les faire retourner à la cuisine. Protéger les enfants de l’épave que j’étais devenu, voilà une action bien louable de leur part. Les adultes, eux, continuaient à vivre comme si de rien n’était, mis appart Giulio qui passa son temps assis sur la première marche de l’escalier, me parlant de temps à autre sans doute pour vérifier si j’étais toujours conscient. Quant aux autres, je les sentis parfois enjamber mon corps pour monter à l’étage, sans qu’aucun ne s’arrête pour demander comment j’allais ou alors, ils le firent silencieusement à Giulio, car je n’entendis rien. J’avais toujours les yeux fermés, attendant patiemment la mort qui ne vint pas. Au bout d’un très, très long moment, Amarilli vint et parla en italien à Giulio, chose à laquelle je ne prêtai pas attention. Seulement, lorsque j’entendis ses pas s’éloigner, quelqu’un passa son bras autour de moi et me releva doucement. J’ouvris les yeux, voyant Giulio qui m’observait avec inquiétude.

« Andiamo, andiamo on va manger un morceau, ça te remettra. »

Ne protestant pas, ce qui était peu ordinaire puisque depuis que j’étais arrivé je n’avais quasiment rien avalé, je me laissai remettre sur pieds puis marchai difficilement jusqu’à la salle à manger où la table était déjà mise, chacun des habitants déjà assis. Les jumeaux me regardèrent, je le sentais, mais évitai soigneusement leurs regards. Ils n’existaient pas dans mon monde baigné l’alcool. Ils n’existaient pas. Alors je m’assis en bout de table, à côté d’Amarilli tout en fixant obstinément le fond de mon assiette. Il régnait à table un silence de mort qui, je l’imaginais, découlait tout droit de ma présence : Je n’avais jamais mangé avec eux jusque là, et le faire suite à une chute dans l’escalier à cause de mon état d’ivresse ne devait pas leur paraître des plus rassurant. Car même si je n’avais jamais assisté à aucun repas, il y eut tout de même quelques apparitions dont chacune fut soit vulgaire, soit violente, soit les deux. A chaque fois que j’avais croisé quelqu’un en bas je l’avais soit insulté sans raison, soit bousculé ou poussé… Je m’étonnais même que Giulio ai pris la peine de me surveiller durant les dernières heures alors que j’avais sans aucun doute dû être infect ces derniers temps avec lui. Toujours est-il que ce dîner débutait dans de très mauvaises conditions. Appréhendaient-ils mon attitude désastreuse ? S’attendaient-ils à ce que je fasse un nouvel esclandre ? C’aurait été probable et compréhensible. D’ailleurs, c’était exactement ce qui allait se produire. On me servit quelque chose que je n’identifiai pas bien. Tomate ? Poivron ? Haricot ? Une salade de trucs rouges en tout cas. Mollement, je pris ma fourchette avant d’en piquer un minuscule morceau et le glisser entre mes lèvres, mâchant sans conviction. C’est alors seulement que dans mon esprit embrouillé, un lien se fit. Je relevai les yeux vers Giulio qui était assis en face de moi. D’ordinaire, il me semblait que le cuisinier de cette maison, c’était lui. Il se trouvait déjà en cuisines à la Communauté, et je l’avais déjà vu plus d’une fois aux fourneaux ici. Sauf qu’il avait passé les dernières heures sur l’escalier, à mes côtés, donc…

« Qui est-ce qui a préparé ça ? »

Au fond, je connaissais déjà la réponse car elle était d’une évidence limpide, mais j’avais quand même besoin de l’entendre. Il sembla hésiter une seconde avant de finalement jeter un bref regard aux autres qui nous regardaient, ayant arrêté de manger.

« Samuel perchè ? (pourquoi ?)»

Un sourire méprisant se dessina sur mes lèvres. Je laissai tomber ma fourchette, qui tinta avec force contre l’assiette.

« Parce que c’est infect. »

Sur quoi je me levai, et partis. De toute manière, ma présence ne devait pas leur être indispensable, loin de là. Même mon apparence devait laisser à désirer : Je ne me souvenais pas avoir pris plus deux douches depuis mon arrivée, pas plus que m’être changé ces derniers jours. Je ne prenais même plus la peine de me déshabiller pour dormir, ne me rasais pas, ne me coiffais pas. Un homme des bois, un sauvage, voilà ce à quoi je devais probablement ressembler. Sans doute faisais-je même peur à mes propres enfants, mes enfants que je n’avais même pas serré dans mes bras à mon arrivé, me contentant de les regarder froidement avant de monter dans la pièce que l’on me désigna comme ma chambre. Que pouvaient-ils ressentir ? Comment pouvaient-ils réagir ? Je l’ignorais totalement, supposant que Giulio et Lilly s’occupaient d’eux, de toute manière. Ils n’avaient pas plus besoin de moi que quiconque sous ce toit, je pouvais bien faire comme bon me semblait. Mon attitude, aussi désagréable soit-elle, ne les dérangeait probablement pas, à bien y réfléchir. Après tout eux comme tout le monde m’avaient abandonné, plus personne ne s’occupait de savoir si j’allais bien ou non, si je vivais encore ou était mort là-haut, dans ma chambre. Tout le monde s’en moquait. D’ailleurs, on ne vint pas me voir cette soirée là, pas plus que les précédentes ou les suivantes. Peu à peu je perdais la notion du temps, n’ouvrant jamais les volets de ma chambre afin de ne pas fondre sous les éclats trop puissants d’un soleil assassin. Mes yeux s’étaient habitués à l’obscurité, me permettant d’évoluer sans difficultés dans cette atmosphère sombre et déprimante, noyant sans cesse mon chagrin à coups de Vodka et autre. Par la suite il m’arriva bien entendu de sortir de nouveau de ma chambre, prenant ceci dit plus attention aux escaliers qui m’apparaissaient comme dangereux à présents. Et à chaque fois, c’était la même chose. Je finissais toujours par me montrer odieux avec les personnes de mon entourage, les blessant sans doute plus que je ne l’imaginais. Je ne me rendais pas vraiment compte, à vrai dire. Non, je ne m’apercevais même pas des coups que je balançais aux uns et aux autres, aux personnes qui autrefois étaient mes amies et qui à présent devenaient silencieuses dès que j’entrais dans une pièce. Giulio s’évertuait à me faire manger à chaque fois que je daignais descendre mais presque à chaque fois, je le repoussais, refusant de me nourrir et maigrissant ainsi à vue d’œil. En réalité, Giulio semblait être le seul qui ne me craignait pas, ni moi ni mes crises, et qui osait encore se risquer à m’adresser la parole normalement. Ce fut donc celui envers lequel je me montrais le plus odieux, sans compter Samuel. Samuel qui, à chaque fois que je le croisais, n’échappait jamais à une remarque pleine de mépris ou de haine. Il y eut plusieurs autre fois durant lesquelles je refusais catégoriquement d’avaler quoi que ce soit ayant été préparé par lui, en venant jusqu’à jeter contre les murs les assiettes que l’on me présentait lorsque j’avais la certitude absolue que le repas venait de lui. Je ne voulais plus rien de lui, entrais dans des colères de plus en plus violentes si bien qu’au final, on m’assura, sans doute en me mentant parfois, que chacune des choses que l’on me proposait avait été cuisiné par Giulio. Cela ne m’empêchait cependant pas d’insulter Samuel au passage.

J’aurais pu, et peut-être dû cesser ces provocations inutiles et le craindre, il n’en était cependant rien. Après tout il avait tenté de me tuer, ça je ne l’oubliais pas et pourtant, j’avais la certitude que jamais il n’oserait lever la main sur moi en publique. Ce monstre ne voulait pas qu’on le démasque, il devait conserver son calme aux yeux des autres de peur d’enfin se montrer sous son véritable jour et se voir rejeté tout comme moi je l’avais rejeté. Ce qui expliquait pourquoi, à chaque fois, il demeurait étrangement stoïque face à mes excès de colère, ne bronchant en apparences pas. Il ne dit même jamais un mot lorsque je l’insultais ouvertement ou balançais la vaisselle contre les murs. Mais je savais qu’en dessous, il bouillonnait. Sans doute éprouvait-il encore l’envie de me tuer, et cette fois aller jusqu’au bout. Je n’attendais que ça. Je n’attendais que le moment où, à bout, il craquerait finalement et me sauterait à la gorge devant tous les habitants de cette maison, leur montrant enfin sa véritable nature. J’en aurais sans doute jouis de plaisir, mais malheureusement, Samuel semblait se contrôler à merveille. Quant aux autres personnes vivant avec nous, ils semblaient tous de son côté, pour le moment. Lilly, au fil des jours, me lançait des regards de plus en plus expressifs, baigné de colère et de reproches. Lilly qui, bien avant Samuel, était mon amie, semblait avoir définitivement changé de camp. Sans doute était-il allé pleuré dans ses jupons, se plaindre de mon attitude exécrable, se plaindre de mon mépris à son égard ainsi que de ma haine mais je m’en moquais pas mal. Lilly pouvait bien aller se faire foutre, comme tous les autres. Isaac quittait les pièces aussitôt que j’y fus entré, me fuyant de toute évidence. Pourtant, lui aussi avait été de mes amis. Amarilli m’ignorait superbement et finalement, il n’y eut bien que Giulio qui se soucia de moi, oui. Que Giulio qui restait égal à lui-même, ne répondant jamais à mes piques, se contentant de me proposer son aide à la première occasion mais je ne me laissais pas berner : Giulio aussi était du côté de Samuel. Je le savais, ils étaient comme cul et chemise, les enfoirés.

Les jours passèrent sous cette atmosphère lourde, oppressante, et puis il advint un événement sortant de l’ordinaire. Pourtant, mes habitudes n’avaient pas changé, seulement cela faisait depuis plus de trois jours que je n’étais pas sorti de ma chambre, buvant à longueur de journée sans jamais avaler quoi que ce soit de solide. A force de ma solitude, ma voix devenait de plus en plus cassée, éraillée tant je m’en servais peu. Mes yeux étaient rouges à cause de l’obscurité constante dans laquelle ils se trouvaient, je ne parvenais cependant qu’à peu dormir. J’étais littéralement épuisé, bousillé, presque à bout. Presque ? Non, j’étais à bout, mais je ne m’en rendais pas encore compte. Au bout de trois jours donc, je me décidai enfin à sortir de cette pièce lugubre et m’aventurer en bas, m’accrochant fermement à la rambarde de l’escalier pour ne pas tomber : J’étais complètement ivre et trébuchais à chaque marche. Il m’était cependant obligé que de descendre car malheureusement, j’étais venu à bout de chacune des bouteilles que je conservais dans ma chambre et devais aller chercher celles qui se trouvaient en bas, dans la cuisine. Je les y avais moi-même cachées, je connaissais donc leur emplacement exact. Il me suffisait seulement d’y aller. Seulement… Ce fut déjà trop. Arrivé en bas sans trop d’encombres, je m’appuyais contre les murs afin de me diriger vers la cuisine, me trompant plusieurs fois de pièces, atterrissant tantôt dans le salon, tantôt dans la salle à manger, croisant des gens qui relevaient sans exception un regard de poisson rouge vers moi. Peut-être m’avaient-ils cru mort ? Sans doute l’avaient-ils espéré de toutes leurs forces, mais non. J’étais toujours là, pour mon plus grand malheur. Lorsque j’atteignis enfin la cuisine, Giulio et Samuel s’y trouvaient, préparant côte à côte un plat que je cru reconnaître comme des pâtes. Ils avaient besoin d’être deux pour faire cuire des pâtes maintenant ? Eh bah putain. Ils se tournèrent tout deux vers moi lorsque j’entrai, mais bien vite Samuel se retourna et Giulio fit de même. En passant près deux je l’entendis expliquer à Samuel comment faire la sauce des pâtes, n’écoutant cependant qu’à moitié. Je m’en foutais, et je ne tenais presque pas debout, alors ce n’était pas pour prendre un cours sur la cuisine italienne. Lorsque je passai près de Samuel qui se tenait devant le plan de travail, je serrai les dents et retins ma respiration, refusant par-dessus tout de sentir son parfum, refusant de même y prêter la moindre attention. J’ouvris le placard situé en dessous de l’évier sans un mot, me retenant toujours de respirer, puis farfouillai parmi les produits ménagers. J’avais planqué mes bouteilles tout au fond, j’en étais certain. Au bout de quelques instants, je les trouvai enfin et la posai sur la table de la cuisine puis, sans respirer toujours, allai prendre un verre dans un autre placard puis y versai du Gin pur. Ce fut uniquement lorsque mon nez se retrouva au dessus du verre que je m’autorisai à respirer, sentant déjà ma tête tourner. Ma main tremblait si fort que je dû m’y reprendre à plusieurs reprises pour porter le verre à mes lèvres mais finalement, j’y parvins, l’avalant cul sec. Et je recommençai, renversant de l’alcool à côté du verre cette fois tant les soubresauts de mon bras se faisaient de plus en plus violents. Je portai de nouveau le verre à mes lèvres, l’avalai cul sec. Ensuite, je sentis mes jambes trembler et ma tête percuter le sol.

« Plus jamais, tu m’entends ? Tu ne m’appelles plus jamais pour lui ! J’en ai assez de m’occuper de gens qui se foutent de leurs vies, d’accord ?! Je suis médecin, MEDECIN, pas assistante sociale ! »

J’ouvris à peine les yeux, ayant du mal à respirer. Assez rapidement, je compris que je me trouvais dans mon lit sans savoir comment j’avais pu y parvenir, mais ce ne fut pas ce qui me dérangea le plus. Ce qui me dérangeait, dans l’immédiat, c’était Mathilda qui se tenait juste à côté de moi et qui, au fil de ses mots, se mettait progressivement à hurler sur Samuel et Giulio qui étaient eux aussi présents. Vous connaissez Mathilda aussi bien que moi : Pour qu’elle se mette à hurler, c’est qu’elle était vraiment, vraiment, vraiment en colère.

« Les drogués, les alcooliques, les suicidaires, ça suffit maintenant ! Qu’est ce que ça sera la prochaine fois, hein ?! C’est quoi votre limite à la fin ?! Surtout que lui, LUI, il veut et va mourir, d’accord ?! C’était peut-être pas très clair pour vous encore, mais Liam va crever, alors ARRÊTEZ DE ME FAIRE CHIER DES QU’IL A UN PET DE TRAVERS PUISQUE DE TOUTE FACON IL VA MOURIR ! »

Je la vis replacer violemment une mèche de cheveux derrière son oreille tout en se baissant pour récupérer son matériel. Elle paraissait complètement hors d’elle, était essoufflée et avait les joues rouges. Personnellement, j’étais tellement choqué de la voir dans un tel état, que je me suis immédiatement enfoncé dans mon lit, priant pour qu’elle ne remarque pas que j’étais réveillé de peur de m’en prendre, moi aussi, plein la tronche. Giulio eut alors la mauvaise idée de prononcer un petit « ma (mais)… » qui fit sursauter Mathilda. Elle se redressa brutalement avant de faire un pas vers lui, hors d’elle.

« Mais quoi ? Mais quoi ? HEIN ? QUOI ? »

Aussi surprenant que cela puisse paraître, je crois que Samuel et Giulio devinrent à peu près aussi pâles que moi.

« Qu’est ce que tu crois Giulio, que ça m’amuse de faire ça ? De courir ici parce qu’un alcoolique notoire a fait un coma éthylique ? Tu crois que l’infirmerie est vide, qu’il n’y a pas de vrais patients à soigner ? C’est ce que tu crois ? »

Il ne répondit pas. Mathilda finit par se retourner et alors, elle me vit, et vit que j’étais réveillé : Aïe. Ca allait faire mal. Ce fut du moins ce que je cru mais finalement, elle se redressa et m’observa avec un certain mépris avant de lâcher de sa voix glaciale que je lui connaissais si bien et que, finalement, je préférais à ses cris.

« Bravo Liam, tu viens de franchir l’une des dernières limites. Continue comme ça, tu es sur la bonne voie. »

Puis elle sortit sans un mot de plus, suivie par Giulio et Samuel. Je demeurais là, seul, ne comprenant plus où j’en étais ni ce que je faisais de ma vie. Les larmes coulèrent doucement sur mes joues tandis que je remontai ma couverture jusqu’à mes oreilles : Dormir, et oublier. Je voulais seulement dormir un peu. Malheureusement mon existence ne fut pas beaucoup plus vivable le lendemain, bien au contraire. Ce fut encore pire. Les mots de Mathilda m’avaient réellement remué, je supportais difficilement cette colère subite car au fond de moi, je savais qu’elle avait raison. Je savais que je faisais n’importe quoi, que tout cela ne rimait à rien et ce fut absolument abominable, ingérable. Je devenais un véritable monstre, abandonnant tout ce en quoi je croyais, tout ceux que j’aimais. Mon réveil fut baigné de larmes, tout comme le début de ma matinée. Je n’étais plus saoul, ayant décuvé, et l’envie de boire fut encore plus forte que n’importe quand d’autre parce que justement, je me rendais compte que je touchais le fond et cette vérité me faisait tellement mal qu’il m’était impossible que de la supporter et l’affronter. Comme toujours, je cherchais à fuir. Alors, je me suis rapidement habillé avant de descendre à toute vitesse à la cuisine afin de récupérer mes bouteilles et noyer ces reproches qui me charcutaient vif. Seulement, lorsque j’arrivai à l’évier, je ne trouvai rien. Rien d’autre que quelques produits d’entretient sans intérêt. Je fouillai, de plus en plus brutalement, de plus en plus angoissé aussi, me rendant soudainement compte qu’elles n’étaient plus là. Elles n’étaient plus là ! Finalement je pris tout ce qui se trouvait sous l’évier et le jetai, faisant de la place pour mieux voir et être tout à fait sûr d’avoir tout vu, espérant au fond de moi qu’elles se cachaient juste un peu derrière… Mais elles n’étaient vraiment plus là. Quelqu’un les avait enlevé d’ici… Quelqu’un me les avait volé… Je demeurais quelques instants totalement abasourdis avant de me relever vivement et me diriger d’un pas orageux vers les autres pièces, cherchant Samuel. Il n’y avait que lui d’assez pourri pour me faire ce coup là, j’en étais certain. Mon sang bouillonnait de colère, mais je ne le trouvais ni dans le salon, ni dans la salle à manger, remontai vers l’étage et cherchais dans la salle de bain, les toilettes, les chambres, ne sachant laquelle était la sienne. Finalement, je déboulai au hasard dans une pièce et le trouvai debout face à sa commode, y rangeant du linge. Lorsqu’il entendit la porte s’ouvrir à la volée il se retourna, me faisant ainsi face alors que je le fusillai du regard, à bout de souffle. Je passais très certainement pour un dingue mais cela ne m’importait absolument pas : Il allait me rendre mes bouteilles, de grès ou de force. J’étais prêt à me battre pour cela.

« Rends les moi. »

Ma voix fut tranchante, acide mais surtout résolue. Il me regarda quelques instants sans broncher avant de se tourner de nouveau vers sa commode et continuer ce qu’il faisait, m’ignorant superbement. Malheureusement pour lui, je n’allais certainement pas abandonner si facilement. Rapidement je m’approchai de lui, l’attrapai par l’épaule en le forçant brutalement à se retourner.

« Rends les moi ! »

Répétai-je plus violemment. Sa présence me révulsait tellement qu’au fur et à mesure des secondes j’éprouvais de plus en plus de mal à respirer mais ne lâchait pas le morceau. Je ne pouvais pas me passer de l’alcool, je ne pouvais pas abandonner mes bouteilles. Il me les fallait absolument, coûte que coûte. Alors que j’allais lui répéter de me rendre ce qui m’appartenait puisqu’il ne bougeait toujours pas, mon regard rencontra un objet de couleur rouge vif entre les vêtements du tiroir ouvert. Cet objet, je le savais, n’était autre que le bouchon d’une de mes précieuses bouteilles. Je retirai alors ma main de son épaule et les plongeai toutes deux dans le tiroir, jetant tous les vêtements qui cachaient mon alcool tout autour de nous, me moquant bien de foutre un bordel monstre dans sa chambre. Toutes, elles étaient toutes là. Pas une ne manquait. Alors, furieusement je les pris toutes et me reculai pour l’observer d’un regard noir, obscurcit de colère : Enfoiré. Voilà le seul mot qui tournait en boucle dans mon esprit alors que nous nous dévisagions mutuellement, lui n’effectuant toujours pas le moindre geste. Mais maintenant que j’avais ce que je voulais, il m’aurait été inutile que de pousser cette entrevue indésirée plus loin et finalement, je tournai les talons et me dirigeai vers la sortie de sa chambre. Arrivé sur le pas de la porte, je me retournais et lâchai d’une voix méprisante :

« T’es vraiment qu’un enculé. »

Avant de sortir et retourner dans ma propre chambre, claquant la porte au passage. J’étais furieux et indigné qu’il ai seulement tenté de me retirer la seule chose qui me sauvait encore de sa présence. Malheureusement, et je m’en rendais bien compte, même l’alcool ne parvenait plus à camoufler son existence, je le voyais, le sentais vivre à proximité de moi jour après jour… Et je n’en pouvais plus, tout simplement. C’était la goûte d’eau qui faisait carrément déborder le vase cette fois. Il m’était devenu littéralement impossible que de continuer à vivre à ses côtés, le croiser si souvent et en plus être la proie à ses vols, sa bassesse… Bon sang, il avait donc décidé de me pourrir la vie jusqu’au bout ? Il n’en avait pas déjà fait assez selon lui ? Ce n’était pas encore suffisant ? Seul dans ma chambre, je faisais les cent pas, ne parvenant toujours pas à me calmer suite à ce que je considérais comme une attaque sournoise. Monsieur décidait que je n’avais plus le droit de boire et, de ce fait, se permettait de me prendre mes bouteilles ? Non mais… Mais merde ! MERDE. J’aurais dû lui dire d’aller se faire foutre une bonne fois pour toute mais sur le coup, lorsque je m’étais trouvé dans sa chambre, j’étais tellement abasourdis que je n’en avais pas dit la moitié de ce que je ressentais. Il se donnait décidemment tous les droits, y compris les plus intimes à mon sujet mais que croyait-il au juste ? Que j’allais gentiment l’écouter et obéir au moindre de ses désirs ? Ce temps était aujourd’hui bel et bien terminé, pourquoi continuait-il à penser que j’étais encore son jouet, qu’il pouvait de moi faire ce qu’il voulait ?! Il ne pouvait plus claquer des doigts pour que j’accepte ses choix, ses choix à mon sujet qui plus est ! Nous n’étions plus un couple, nous n’étions plus ensemble, plus rien ne nous liait et plus rien ne lui donnait le droit de s’immiscer de cette manière dans MA vie. Cette fois, c’en était trop, je ne parvenais tout simplement plus à le supporter alors, je pris un sac, y rangeai toutes mes bouteilles, quelques affaires de rechange puis sortis. Je me tournais vers l’escalier dans l’intention de descendre et quitter la maison lorsque j’aperçus, au fond du couloir, une trappe dans le plafond… Idée. D’un pas rapide j’y allai, me plaçant en dessous, il y avait une petite poignée à attraper pour tirer, normalement, une petite échelle qui devait servir à monter au grenier. La maison dans laquelle j’avais grandis avait également ce mécanisme, je connais donc bien la chose. Je sautai une fois, puis deux afin d’attraper la poignée avant d’y parvenir et de tirer, la trappe s’ouvrant. Comme prévu il se trouvait une échelle dépliante fixée à cette trappe, j’en tirai également l’extrémité puis montai. Une fois en haut je repliai l’échelle, refermai la trappe. Ni vu ni connu.

Je n’étais pas allergique à la poussière et pourtant, j’éternuai bien une dizaine de fois avant de pouvoir ouvrir les yeux et observer ce dernier étage plutôt bien caché. Le grenier devait faire la superficie entière de la maison puisqu’il était tout simplement immense, même si remplit de beaucoup de choses. De vieux cartons, des meubles, il y avait même un mannequin à couture dans un coin, et un canapé. La seule lumière provenait d’une fenêtre au toit cependant tellement crasseuse qu’elle ne laissait passer que de faibles rayons jaunes, comme sales eux aussi. En toute franchise on aurait pu considérer cet endroit comme effrayant, car tout ici respirait le passé et semblait provenir tout droit d’un film d’horreur de mauvaise qualité. Quelques bâches en plastique ci et là recouvraient certaines choses, laissant envisager toute sorte de découvertes macabres en dessous si l’on possédait un tant soit peu d’imagination pour se faire peur à soi-même mais heureusement pour moi, je n’imaginais absolument aucun cadavre sous ces bâches. Je n’imaginais, à dire vrai, absolument rien mis appart ma tranquillité absolue. M’avançant doucement dans ce bric à braque, je finis par poser mon sac dans un coin et m’écrouler sur une pile de coussins poussiéreux qui me firent encore éternuer. Commença alors mon exil. Je me suis complètement déconnecté de la réalité, abandonnant la vie sans remords, m’assurant la paix définitive. J’avais bien conscience de cette vie qui continuait juste en dessous de mes pieds, mais puisque personne ne savait où j’étais partis, j’osais espérer que personne ne me trouverait jamais. Jamais, car je savais que je ne sortirais plus jamais d’ici. Mathilda avait raison, j’allais bientôt mourir, il aurait fallu être particulièrement stupide ou aveugle pour ne pas s’en rendre compte, aussi mon trépas s’accomplirait-il ici, dans ce grenier miteux. Je préférais cela à recroiser Samuel ne serait-ce qu’une seule fois. Oui, je le haïssais si fort que mourir seul dans cet endroit pourri m’apparaissait mille fois mieux que me trouver une nouvelle fois en sa présence. Au moins ici je n’avais, justement, plus à supporter la présence de quiconque, j’étais totalement seul, totalement libre sans avoir de compte à rendre à personne. Le pied.

Ce que je fis de mon temps ne changea pas beaucoup à ce que je faisais dans ma chambre : Je buvais. Enormément, sans doute même plus que lorsque j’étais en bas mais je ne m’en rendais pas réellement compte, totalement absorbé que j’étais par ce nouvel univers, mon univers. Les objets bougeaient, tournaient et dansaient autour de moi, me faisant rire. Parfois j’entendais les pas légers et précipités de quelques souris qui devaient se trouver là depuis des années mais ne m’inquiétais pas, ne craignant rien puisque je me savais de toute façon déjà mourant. Comme tout le monde, au final, nous étions tous entrain de mourir après tout. Sauf que ma mort surviendrait sans doute un peu plus tôt que d’autres, cela ne possédait cependant aucune importance. Ma déchéance n’en fut que plus flagrante, plus évidente et pourtant je me bornais à me dire que tout allait bien, que me trouver dans cette situation m’était bénéfique. J’essayais de me convaincre de mon amour de la solitude, y parvenant plus ou moins, le temps s’écoulant inexorablement en me rapprochant de toute manière de cette mort tant attendue. Il ne me restait plus longtemps à attendre, soyons patients. Les jours s’écoulèrent et, peu à peu, je me familiarisais avec les lieux, osais m’aventurer parmi ces objets et ces souvenirs sans pour autant fouiller : Je m’en fichais pas mal à vrai dire. J’apprivoisais seulement ce lieu qui semblait destiné à devenir mon tombeau, estimant au moins avoir le droit de connaître un tant soit peu ce qui serait mon sanctuaire. Mon esprit détrempé par l’alcool ne songeait plus qu’à cela, plus qu’à la mort qui approchait. Il n’y avait plus rien d’autre. Malheureusement, l’alcool comme beaucoup d’autre chose n’était pas inépuisable, et je ne possédais pas des milliers de bouteilles non plus. Celles que j’avais emporté avec moi représentaient, justement, mon dernier stock et je buvais tellement qu’au bout de quelques jours à peine, j’en eus terminé. J’avalais les dernières gorgées en me disant que de toute manière, mon corps ne supporterait pas le manque et que c’est là que surviendrait mon trépas, m’écroulant dans le canapé et, par la même occasion, dans un immense nuage de poussière. Je me grattais. Il me semblait que ce grenier était infesté de puces, mais n’en avais cure. Plus rien n’avait d’importance et, doucement, je sombrais dans un sommeil de plomb, un sommeil bien semblable à la mort, déjà. Ce fut le bruit de la trappe que l’on ouvra qui me réveilla. Me redressant alors, j’observai avec appréhension l’échelle s’abaisser, tendant l’oreille afin d’écouter les bruits du dessous qui depuis bien longtemps ne m’intéressaient plus. Quelqu’un monta à l’échelle tandis que je plissai les yeux, éblouis par la lumière qui provenait de l’étage inférieur et à laquelle je n’étais plus réellement habitué. La tête de Mathilda apparut alors dans l’ouverture, se tourna dans plusieurs directions avant que son regard ne se pose vers moi et qu’elle lâche un profond soupir. Elle se baissa alors et cria :

« C’est bon, je l’ai trouvé ! »

Merde. Merde, merde, et remerde. Qu’est ce que Mathilda pouvait bien faire ici ? Elle qui prétendait s’en moquer de moi et ne plus vouloir être dérangée pour mon cas, j’étais bien étonné de la trouver ici. Etonné et plutôt perplexe, ne sachant à quoi m’attendre et ne pouvant donc pas m’y préparer. Il faut l’avouer, je me sentais également étrangement honteux, comme pris en flagrant délit : Ce lieu était ma cachette, comme un enfant qui jouerait à cache-cache et me faire découvrir ici alors que je ne pensais plus jamais avoir de contact avec les autres me déstabilisait énormément. Je ne savais pas combien de temps j’avais dormis mais mon sommeil avait dissipé les effets de l’alcool, si bien que je me sentais à peu près normal. Crasseux, endormis et courbaturé mais normal. Finalement, Mathilda se hissa jusque dans le grenier et frotta ses mains l’une contre l’autre sans doute pour en retirer la poussière avant de s’avancer de quelques pas vers moi. Elle sembla hésitante, puis, une fois arrivée à ma hauteur, se pencha pour prendre mon pouls. Complètement perdu je la laissais faire, avant de me rendre compte de ce qu’elle craignait : Non, je n’étais pas mort. Pas encore. Elle soupira une nouvelle fois avant de se retourner vers la trappe et crier une nouvelle fois :

« Et il est vivant ! »

Puis, elle se tourna de nouveau vers moi en lâchant mon poignet.

« Mais qu’est ce que tu fiches ici Liam ? Ca fait des heures que tout le monde te cherche partout. »

J’hésitai une seconde, ne sachant que répondre. Il m’était impossible que d’avouer à Mathilda que j’étais venu ici pour y mourir, et pourtant c’était presque la seule explication. Parce que je ne voulais plus voir Samuel aussi, mais ça, ça ne regardait que moi. Face à mon silence Mathilda resta quelques instants à me fixer puis se laissa finalement tomber à mes côtés sur le canapé. Je n’osais bouger, n’osais parler, retenais presque ma respiration de peur de la voir se mettre de nouveau dans la même colère que l’autre jour et pourtant, elle ne paraissait pas énervée, mais plutôt soulagée. Au bout de quelques instants, je parvins à prendre mon courage à deux mains afin de bredouiller quelques mots d’une voix éraillée :

« Pourquoi vous me cherchiez ?
- Parce que ça fait presque une semaine que personne ne t’a vu, et lorsque l’on a frappé à la porte de ta chambre tu n’as pas donné de réponse alors, Giulio est entré et a trouvé la pièce vide. Personne ne savait où tu étais et c’est Samuel qui est venu chez moi pour me demander si tu t’y trouvais, ou si je t’avais vu récemment donc… Je suis venue chercher avec eux. »

Une semaine ? Je restais sans voix. Le temps était donc passé si vite ? Et… J’avais tenu une semaine sans manger ou boire autre chose que de l’alcool ? Au début, j’avais ressentis la faim mais très vite cela s’était estompé et… Non, décidemment, je ne parvenais pas à réaliser. Je dû d’ailleurs faire une drôle de tête puisque Mathilda se pencha vers moi, un air grave sur le visage.

« Tout le monde se faisait du souci, Liam. Ne refais plus jamais un coup comme ça. Tu imagines un peur la frayeur que tu nous a fait ? »

J’eus une moue dubitative.

« Je croyais que l’on ne devait plus t’appeler pour moi et que tu n’étais pas assistante sociale ? »

Chose à ne peut-être pas rappeler, mais je me demandais toujours ce qu’elle faisait là. Elle soupira de nouveau avant de s’adosser de nouveau sur le fond du canapé et regarder fixement devant elle. Sa voix devint beaucoup plus sèche.

« Tu m’agaces, c’est vrai. Tu m’exaspères plus que n’importe qui ici parce que bon sang, je ne me suis pas décarcassée pour te sauver la vie afin que tu ailles la gâcher toi-même quelques semaines seulement après. Ca, c’est l’avis du médecin mais Liam, tu es également mon ami, et je ne peux pas rester sans réagir lorsque l’un de mes amis se pourrit la santé sous mes yeux ou disparaît du jour ou lendemain. »

C’était sans doute la première fois que Mathilda me disait que nous étions amis et, bien que cela soit vrai, cette affirmation me fit bizarre de sa bouche, m’empêchant une nouvelle fois de répondre quoi que ce soit. Elle reporta finalement son regard sur moi.

« Comment tu te sens ? »

Un faible sourire se dessina sur mes lèvres.

« Je préfère parler à l’amie qu’au médecin, je crois.
- L’un ne va pas sans l’autre dans mon cas. Viens là que je te regarde. »

J’obéis et me mis sous un des faibles rayons perçant à travers la fenêtre, sachant pertinemment que ce qu’elle verrait n’allait pas lui plaire. D’ailleurs, son regard devint aussitôt plus dur, m’examinant comme j’en avais à présent l’habitude avec sérieux. Elle posa ses doigts sur mon visage, me fit tourner la tête, regarda attentivement mes yeux puis passa ses doigts sous mon t-shirt crasseux et tâta mes côtes désormais apparentes avant de toucher plus particulièrement une zone que j’identifiais comme celle où se trouvait probablement mon foie. Impossible d’en être certain ceci dit. Finalement elle cessa de me toucher sans pour autant retirer son regard de mon corps décharné. Comme je m’y attendais, elle ne paraissait pas contente.

« Pourquoi tu t’es isolé ici ?
- Je… Enfin… Avec Samuel… »

Je la vis lever les yeux au ciel et me stoppai immédiatement. Elle secoua doucement la tête tout en me regardant.

« Quand est-ce que vous allez arrêter tout les deux ? A quoi ça rime tout ça ? Ce n’est pas en te cachant dans ce trou à rat que tu résoudras tes problèmes avec lui.
- Il n’y a pas de problème, c’est… Terminé. C’est tout.
- La faute à qui ? »

J’eus envie de lui dire de se taire mais ne le fis pas, conscient qu’elle avait raison. Mon regard se baissa doucement pour venir se poser sur mes genoux et ne plus en bouger tandis qu’elle reprenait.

« Je sais exactement ce qu’il s’est passé, il m’a tout raconté, alors ne viens pas me dire que c’est de la faute de Samuel parce que je sais très bien que c’est faux. C’est toi qui l’a quitté et c’est toi qui lui mène la vie dure, sans raison. Admets le. »

Silence.

« C’est à cause de cela que tu bois de nouveau ? »

Silence. Et soupir de la part de Mathilda.

« D’accord… Bon, écoute. Aujourd’hui c’est l’anniversaire de Giulio, alors je pense que tu pourrais au moins sortir de ton trou pour ce soir et nous faire l’honneur de ta présence. Ce serait la moindre des choses. »

Mon regard resta obstinément sur mes genoux. A quoi cela servirait-il que je descende ? Je n’en éprouvais absolument pas l’envie.

« Tu lui souhaiteras de ma part…
- Oh que non ! Tu vas descendre avec moi et on va te trouver quelque chose à te mettre sur le dos pour ce soir. Ils font une petite fête en bas, et tu y es convié.
- Ca m’étonnerait… »

Elle se pencha un peu sur moi, fronçant les sourcils. Je m’expliquai alors, timidement, ma honte me serrant la gorge.

« Personne n’a envie de me voir en bas… »

Mathilda se releva alors.

« Tu dis n’importe quoi.
- Ils me détestent, je suis…odieux avec eux. Pourquoi est ce qu’ils voudraient de moi pour fêter l’anniversaire de Giulio ? Je ne crée que des problèmes, lorsque j’entre dans une pièce tout le monde en sort, tout le monde me fuit… »

Elle demeura quelques instants silencieuse avant de soupir, et eut un geste qui me surpris à tel point que j’en sursautai : Elle s’accroupis doucement face à moi avant de poser ses mains sur mes genoux et me regarder droit dans les yeux, bien que je fusse tenté d’éviter une nouvelle fois son regard.

« Ecoute moi bien parce que je ne le dirais qu’une seule fois : Nous sommes tous du même avis ; L’alcool te rend insupportable. Ce que tout le monde déteste et fuit, c’est le Liam alcoolique, qui est vulgaire, violent et particulièrement irritant. Mais toi, personne ne te déteste. Personne ne t’a jamais détesté, c’est… Bon sang, tu es l’une des personnes les plus malléables de la Communauté, comment pourrait-on avoir une dent contre toi ? Je ne te connais même pas un seul ennemi, mais c’est vrai… On veut voir le Liam d’avant ce soir, celui qui, justement, est une vraie crème et n’a jamais un mot plus haut que l’autre. C’est cet ami là qui nous manque. »

Sa voix s’était au fil des mots adoucie, et je découvrais une part de Mathilda que je ne connaissais jusqu’alors pas. D’habitude elle ne montrait jamais son affection, bien qu’il soit assez facile de voir qui elle appréciait ou non, mais ces mots, venant d’elle, me touchèrent tout particulièrement. A tel point que j’en eus les larmes aux yeux, mais elle reprit bien vite.

« Là, tout de suite, tu n’es pas ivre, et j’aimerais que ça continue. Tu as décidé de te détruire et personne ne peut te forcer à arrêter mais au moins pour ce soir… ne bois pas. Juste pour ce soir, et après tu feras ce que tu voudras. »

Quelques instants se passèrent sans que je ne réponde, la regardant. Juste ce soir… Je ne savais pas quoi répondre. Après tout qu’est ce que cela me coûtait, hein ? Une seule soirée sans boire une goûte d’alcool, je supposais pouvoir tenir mais je craignais surtout de me retrouver face à tout le monde sans bouclier, sans mon ivresse qui me protégeait de tout. Cependant, si j’en croyais Mathilda, tous comprenaient que cette ivresse était justement la raison de mon attitude des plus horripilante alors… Peut-être que tout se passerait bien ? Peut-être que nous pourrions passer au moins une soirée normale depuis mon arrivée ? Il n’en tenait qu’à moi et, finalement, je hochai doucement la tête en signe d’accord. Je voulais bien essayer de ne pas gâcher l’ambiance cette fois, d’apparaître face à tout le monde sans caprice ni crise, en étant simplement moi. Au fond je crois que même moi, j’en avais très envie.

« Tu me promets que tu ne boiras pas ?
- Je te le promets. »
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Liam Marsden
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MessageSujet: Re: You had my heart inside of your hand and you played it to the beat. [Samuel. B] -18 !    Sam 23 Juil - 21:28

Elle me sourit alors, puis lâcha un petit « très bien » qui, en dessous des apparences, me laissa comprendre la joie qu’elle pouvait ressentir. Après trois ans de vie commune, je commençais à peine à entrevoir le véritable caractère de Mathilda, dissimulé derrière un véritable bloc de glace, et cela me toucha une nouvelle fois. Quelques instants après elle avait déjà attrapé mon bras et m’aidait à me relever même si je n’éprouvais pas de gêne particulière pour cela. Je n’étais pas ivre, et pas particulièrement fatigué puisque j’avais passé les derniers jours à dormir… Ma fatigue était intérieure mais cela ne m’empêchait pas d’aligner trois pas et finalement, nous nous dirigeâmes ensemble vers la petite trappe toujours ouverte, puis descendîmes l’échelle pour nous retrouver dans le couloir. Ce fut Mathilda qui prit l’initiative d’aller dans ma chambre, refermant la porte derrière nous, puis se dirigea tout droit vers l’homme debout dans lequel j’avais rapidement rangé mes vêtements en arrivant. Ce fut seulement à ce moment là que je l’observai réellement, me rendant compte qu’il s’agissait d’un très beau meuble, de toute évidence assez ancien. Si j’en croyais mon intuition il était de chêne, sans doute devait-il coûter une véritable petite fortune. Toujours est-il que Mathilda farfouilla un long moment dans mes affaires avant d’en sortir une chemise blanche roulée en boule qu’elle défroissa rapidement, puis observa un long moment. Finalement elle la posa sur mon lit puis retourna à son expédition tandis que je m’asseyais, ne sachant réellement que faire de mes dix doigts. Etais-je donc dans un état si pitoyable que je ne pouvais choisir mes vêtements moi-même ? Sans doute Mathilda pensait-elle cela, et malgré tout je ne pu m’empêcher de sourire doucement. Elle avait beau crier, se montrer glaciale ou particulièrement blessante, au fond je la savais capable d’éprouver de l’affection. Il suffisait de voir comme elle s’occupait toujours de tout le monde, qu’importe qu’elle le fasse soit disant à contre cœur, il ne s’agissait sans doute que d’un masque, un jeu d’apparences. Au bout d’un certain temps elle sortit également plusieurs pantalons et me refit lever pour regarder si le tour de taille m’irait toujours, les collant contre mes hanches. Je ne m’étais pas vu dans une glace depuis un petit bout de temps mais imaginais néanmoins avoir perdu du poids, sans doute beaucoup… Au bout du troisième elle sembla à peu près satisfaite et ouvrit un tiroir de l’homme debout pour me tendre des sous vêtements propres, ainsi que des chaussettes. J’eus l’impression d’être un enfant mais ne bronchai pas, elle se tourna alors vers moi puis reprit la chemise laissée sur le lit, ainsi que le pantalon noir, simple, fait d’un tissu plutôt souple et léger.

« Je vais demander à Lilly de les repasser rapidement, en attendant file sous la douche ! »

Obéissant sans protestation, je quittai ma chambre pour me diriger vers la salle de bain puis refermai la porte à clef derrière moi, évitant soigneusement de regarder mon reflet dans le miroir. J’entrepris de retirer mes vêtements avec une grimace de dégoût : Ils étaient si sales qu’ils collaient à ma peau, et je sentais sans doute la transpiration et la poussière à des kilomètres. Me retrouvant totalement nu je frissonnai une seconde avant de passer devant le miroir, n’ayant de toute manière pas d’autre solution pour accéder à la douche. J’eus un choc. Comment me décrire ? Un seul mot suffirait, le mot « sauvage ». Oui, je ressemblais à un véritable homme des cavernes, mes cheveux étaient emmêlés, crasseux, mon visage noir et j’avais les yeux rouges. Quant au reste de mon corps, ce n’était pas beaucoup mieux mais ce qui choquait le plus était sans doute ma maigreur car, pour le coup, j’étais décidemment maigre. On pouvait compter mes côtes, mes joues étaient creuses, tous mes os semblaient anormalement gros et épais. Le seul point positif était que, ducoup, on voyait un peu mieux ma musculature mais cela n’arrangeait pas vraiment le portait puisque je possédais des muscles longs, fins, et pas volumineux comme certains autres hommes. Je ne paraissais donc pas beaucoup plus épais pour autant. Avec un soupir je quittai finalement le miroir pour me glisser sous la douche, appréciant immédiatement l’eau chaude qui entreprit de détendre doucement mes muscles endoloris. L’eau devenait marron au contact de ma peau, filait dans les canalisations avec la nausée d’avoir dû me toucher. La dose massive de savon que j’utilisai vint néanmoins rapidement à bout de cette coloration dégoûtante et, au bout de quelques minutes, je pu m’attaquer à mes cheveux qui étaient dans un état absolument épouvantables. Depuis très jeune j’avais laissé mes cheveux plutôt longs pour un homme, arrivant en général légèrement en dessous des épaules mais à présent, ils allaient sans doute jusqu’au milieu de mon dos. Il me faudrait les couper, lorsque j’en aurais le temps. Non pas que je sois particulièrement coquet mais ce n’était pas pratique, ni même esthétique à mon sens. J’eus énormément de mal à les démêler mais, au bout d’une trentaine de minutes au moins, y parvins et sortis finalement de la douche. Je me sentais propre, frais, et bien plus éveillé, comme plus léger. J’en arrivais presque à sourire de satisfaction, m’enroulant dans une serviette éponge avant de sécher rapidement mes cheveux à l’aide d’une autre serviette. C’est alors que quelqu’un frappa à la porte. J’hésitai une seconde, ne sachant que répondre de peur qu’il s’agisse de Samuel, ou Giulio, ou n’importe qui mais finalement Mathilda se manifesta, puis demanda la permission d’entrer. Je lui ouvris prestement la porte, la laissant entrer, puis refermai rapidement. Elle tenait mes affaires qui paraissaient dans un bien meilleur état de tout à l’heure, ayant été repassées, puis les posa sur un cintre et les accrocha au portant du mur. C’est alors seulement qu’elle se retourna vers moi et me regarda avec attention.

« Beaucoup mieux, mais ce n’est pas terrible encore. »

Je fis la moue, trouvant pour ma part le changement radical alors qu’elle ouvrait tous les tiroirs de la salle de main à la recherche de quelque chose. J’aurais aimé la renseigner, mais puisque je ne connaissais pas vraiment mieux les lieux qu’elle, je m’abstins de toute remarque. Elle sortit alors un ciseau d’un des tiroirs et prit le peigne posé sur le bord de l’évier avant de m’attraper par les épaules et se placer dans mon dos. Ah, séance coiffure. Mathilda allait donc me faire subir un relooking complet ? Très franchement cela n’avait absolument rien de désagréable, bien au contraire. Après tant de temps passé sans prendre soin de moi, même pas le strict minimum, me faire un peu chouchouter se révélait être d’un relaxant extrême. Et puis Mathilda me connaissait bien à présent, elle n’eut même pas besoin de me demander la longueur et me coupa les cheveux comme je le souhaitais, comme je le faisais toujours, ce qui à vrai dire me donna l’impression de mieux me reconnaître, de paraître plus « moi ». Les mèches tombaient une à une au sol, créant un petit tas de ce surplus de moi, cette partie non désirée. Lorsqu’elle eut finit, Mathilda reposa les ciseaux puis m’examina une nouvelle fois avec attention avant de me dire de m’habiller. J’hésitai quelques secondes, la regardant alors qu’elle ne bougeait pas d’un pouce. Allez savoir pourquoi, j’aurais cru qu’elle sortirait pour me laisser un minimum d’intimité mais lorsqu’elle s’aperçu de mon malaise, elle se contenta de lever les yeux au ciel en déclarant froidement qu’elle m’avait déjà vu nu plus d’une fois à l’infirmerie, lorsque j’étais malade et qu’il lui fallait me faire la toilette. J’abdiquai, puis laissai tomber la serviette avant de m’habiller avec cependant une certaine rapidité qui témoignait de ma gêne. J’avais toujours été quelqu’un de timide, de pudique : Je n’aimais pas que l’on examine de cette manière mon corps, et encore moins dans l’état dans lequel il était. Après avoir mis les derniers boutons de ma chemise, je jetai un léger coup d’œil au miroir, et eus l’impression de paraître un peu moins maigrichon. L’avantage du blanc c’est qu’il avait tendance à grossir, même si le pantalon, pour le coup, faisait paraître mes jambes encore plus longues et fines. Au moins n’avais-je pas l’air d’un squelette, mais simplement d’un homme particulièrement fin. Voilà ce que je devais me dire si je voulais trouver le courage de sortir de cette salle de bain et m’exposer au regard de tous. Attendant le verdict de Mathilda, je la regardai silencieusement dans le miroir, son visage me laissant penser qu’elle réfléchissait. Elle se détourna alors une nouvelle fois de moi puis farfouilla de nouveau dans les tiroirs. Je soupirai. Quoi encore ?

« Tu sais où Lilly range son maquillage ? »

L’expression de mon visage du lui faire comprendre que non. Elle soupira avant de chercher de nouveau puis, se redressant soudainement, posa une petite trousse qu’elle ouvrit rapidement sur le bord du lavabo. Pour le moment, je ne voyais pas réellement où elle voulait en venir, en tout cas pas jusqu’à ce qu’elle sorte un petit tube de maquillage et l’ouvrit. Elle attrapa alors ma mâchoire et mit mon visage dans la lumière ; Cette fois je bronchai et me reculai. Elle ne comptait tout de même pas me maquiller ?!

« Arrête de bouger ! C’est de l’anticerne, pas de l’acide chlorhydrique !
- Mais tu vas pas me mettre de l’anticerne, ça va pas ?! »

Elle soupira avant de me désigner d’un coup de menton le miroir et me dire de regarder ma tête. D’accord, je ne paraissais pas en grande forme, mais quand même… Oui, bon, c’est vrai que j’avais l’air vraiment fatigué… Je soufflai de mécontentement avant de me laisser faire, obéissant à ses directives : « Regarde en l’air. Non ! Ne bouge pas la tête, juste les yeux. Voilà. » C’était froid et particulièrement désagréable. Au bout de quelques secondes elle se recula légèrement puis, enfin, eut l’air satisfaite. Quant à moi, je ne paraissais pas franchement ravi même s’il fallait bien avouer que je semblais en meilleure forme.

« Ca se voit, non ?
- Parce que tu as vu ta tête juste avant, mais non. C’est discret, ne t’en fais pas. »

Moui. Espérons juste que personne ne le remarquerait, je n’avais pas franchement envie que l’on me demande : « Mais, Liam, tu t’es maquillé ?! » Et qu’est ce que je pourrais répondre alors ? Que Mathilda m’avait forcé ? Personne n’y croirait et je passerais seulement pour un idiot fini. Elle regarda sa montre.

« Bon, il faut que je rentre me changer, Giulio nous a invité pour 20 heures et il est déjà 19h25. Mets des chaussures convenables, aussi. A plus tard. »

Elle s’apprêtait à quitter la pièce mais je l’interpellai.

« Qu’est ce que je suis censé faire jusqu’à 20 heures moi ?
- Commence par libérer la salle de bain car il me semble que Isaac ne s’est pas encore préparé, et tu n’as qu’à descendre. Ils sont entrain de tout préparer en bas. »

Je restai de marbre, pétrifié à l’idée de rejoindre tout le monde, mais Mathilda me poussa finalement vers la sortie tout en m’assurant que tout se passerait bien. Comme promis je retournai dans ma chambre mettre la seule paire de « belles » chaussures que je possédais (c'est-à-dire que d’ordinaire, elles n’avaient pas de grandes utilités puisqu’il y avait avec la guerre rarement de grandes occasions comme celle-ci) puis descendis en me cachant malgré moi derrière Mathilda. Mon cœur battait si vite que j’avais l’impression d’être sur le point de m’évanouir, il ne s’agissait cependant que de peur, et uniquement cela. Je craignais que tous me regardent comme s’ils ne comprenaient pas ce que je fichais ici, lire dans leurs regards une série de reproches interminable et justifiée. J’avais peur d’être de trop. Cette angoisse m’explosa d’ailleurs en plein visage lorsque nous pénétrâmes dans la cuisine, qui était ouverte sur la salle à manger. Samuel et Lilly étaient entrain de mettre la table, Giulio cuisinait, Isaac l’observant tout en papotant avec lui et soudainement, tous se tournèrent vers Mathilda et moi et il y eut un grand silence. Le genre de silence qui vous serre horriblement la gorge et vous donne envie de remonter en courant vous cacher sous vos draps. J’osai à peine les regarder tandis que je sentais leurs regards sur moi et finalement, heureusement que Mathilda fut là, c’est elle qui fit diversion.

« Je rentre me préparer. En tout cas, ce que tu prépares sent très bon Giulio. »

Il la remercia chaleureusement puis elle s’en alla, souriant au passage à Samuel et Lilly qui se remirent à mettre la table. La vie reprit comme si de rien n’était, et pourtant je me sentais toujours aussi mal. Les larmes me montèrent aux yeux alors que je me trouvais toujours là, planté à l’entrée de la pièce, n’osant pas franchir un seul pas de peur que tout le monde ne me dévisage encore. Je me sentais si mal à l’aise que j’aurais souhaité pouvoir m’enfuir en courant, ou me cacher sous la nappe de la table. Quelques instants se passèrent sans que je ne bouge ni une patte ni une oreille avant qu’Amarilli apparaisse et me sourit calmement.

« Je viens de déposer les jumeaux chez Aristide, ils dorment là-bas avec leur amie Lyzee.
- D’a…d’accord. »

Mon regard se planta aussitôt sur le carrelage et n’en bougea plus un long moment. J’aurais voulu voir mes enfants, bien que cela n’aurait sans doute rien changé à la situation actuelle. Ils m’en voulaient très certainement pour mon absence ces temps, pour mon indifférence, mais j’aurais pu tenter d’apaiser les choses, de leur expliquer que j’allais mal en ce moment, non ?... Je soupirai tristement avant d’oser enfin faire un pas vers Giulio et Isaac. Il fallait que je bouge, que je dise quelque chose, je ne pouvais pas me contenter de rester là au risque de me transformer très bientôt en plante verte alors, j’allai jusqu’à eux et hésitai finalement. Soyons courageux, au moins pour ce soir. Je manquais néanmoins énormément d’assurance et ce fut d’une voix timide que je pris la parole.

« Tanti auguri. » (Joyeux anniversaire.)

J’étais persuadé de l’avoir mal prononcé, n’ayant pas appris l’italien, mais voulant faire un effort tout de même. Aussitôt, Giulio se tourna avec un air étonné vers moi, puis un grand sourire apparut sur son visage et il me prit dans ses bras, geste qui me surprit à tel point que j’en restais totalement muet et incapable d’esquisser le moindre geste. Il me remercia plusieurs fois en italien, ou du moins ce fut ce que je cru comprendre, avant de se reculer et me dire doucement qu’il était heureux que je sois présent. J’ignorais s’il m’avait aperçu plus tôt ou non mais en fut touché : Mathilda n’avait donc pas menti, ils désiraient réellement que je sois présent. Je me détendis légèrement, répondant, même si faiblement, à son sourire alors qu’il me lâchait et m’attirait vers ses fourneaux. C’est vrai que ce qu’il cuisinait sentait vraiment très bon… Je m’enhardissais à regarder le contenu des nombreuses casseroles qui étaient sur le feu et mon sourire s’élargit doucement tandis qu’il me présentait le menu de ce soir : De toute évidence, nous aurions un dîner digne de ce nom. Oh, ce ne semblaient pas être des choses très compliquées ou des ingrédients très rares mais ce qui m’étonnait surtout fut la quantité. Me risquant à poser la question, Giulio m’expliqua que toutes les personnes qui venaient ce soir lui avaient donné un peu de leurs réserves afin qu’il puisse concocter un véritable repas, car nous étions toujours rationnés et sans cela il lui aurait été impossible que de faire dîner autant de personnes sans nous priver nous pour la suite. J’acquiesçai doucement, écoutant avec attention ses explications tout en observant ses sauces, ses légumes, bref tout ce qu’il préparait et qui semblait délicieux. Alors que j’étais déjà très étonné de tout ce qui se trouvait sur le feu, Giulio me fit doucement reculer et me montra l’intérieur du four dans lequel se trouvait ce qui me semblait être deux gros poulets, mais je ne fus pas tout à fait sûr. Et puis, il y avait également des salades qui attendaient dans le frigo. Repas de fête, vraiment. C’est alors que Giulio prit un petit saucier, y renversa le contenu d’une de ses casseroles puis en racla le fond avec une cuillère en bois avant de me tendre ladite cuillère. Je souris un peu plus largement avant de glisser mes lèvres sur la cuillère et aussitôt, je hochai doucement de la tête en signe de contentement. C’était tout simplement délicieux. Notre cuisinier du jour parût satisfait puis me colla le manche de la casserole entière dans les mains avant de me couper un morceau de pain. Je restai con quelques instants, ne comprenant pas.

« Bah sauce le plat, voyons ! Tu es tout maigre ragazzo. »

Il me sourit largement et je fis de même, m’essayant sur le plan de travail avec la casserole sur les genoux, puis sauçait comme il me l’avait dit. Bon sang, ce que c’était bon ! Je n’avais pas mangé depuis un bon bout de temps et la sensation de faim revint au galop, ou bien était-ce simplement de la gourmandise ? Toujours est-il que je me régalais sous le regard bienveillant de Giulio. Doucement, je commençais à me sentir plus à l’aise, du moins avec lui. Avec Samuel, Lilly et les autres, c’était une toute autre histoire mais je tentais de ne pas y penser pour le moment. Je fus d’ailleurs arraché à ces doutes par Amarilli qui déclara joyeusement qu’il était temps d’aller chercher le cadeau de Giulio. Se dernier fit son indigné : « Je vous avais dit que je ne voulais pas de cadeaux, bande de salopiots ! » puis éclata de rire tandis que tous se regardaient avec un sourire complice. Une complicité qui fit revenir au galop mon impression de n’être qu’un étranger parmi eux, et écrasa un peu plus mon cœur. Samuel, Lilly et Isaac suivirent alors Amarilli et sortirent de la maison, me laissant seul avec Giulio. Ils avaient tout préparé sans moi… Je me sentis étrangement vide, mais surtout particulièrement méprisable. Je me faisais honte. Soupirant, je terminai de saucer le fond de la casserole avant de me pencher pour la poser dans l’évier, restant assis sur mon plan de travail. Que pouvais-je bien faire mis appart rester là, et attendre que le temps passe ? Je n’éprouvais pas réellement l’envie de boire, pour le moment. Alors, tandis que Giulio cuisinait toujours, j’observai la table qu’avaient dressé Samuel et Lilly et fut surpris de découvrir que nous possédions une aussi belle vaisselle. Sans doute se trouvait-elle déjà ici lorsqu’ils étaient arrivés, toujours est-il que tout était beau, brillant et épuré. Ils avaient disposé un bon nombre d’assiettes blanches avec leurs sous assiettes d’un gris perle en dessous sur l’étendue de la table, de beaux couverts qui s’alliaient à la couleur des sous assiettes bien que leur gris soit plus soutenu, une grande nappe blanche et plusieurs grands verres à vin ainsi que des verres à eau, plus petits. Je me figeai. Des verres à vin. A vin. Est-ce que… ? Rien que d’y penser, je sentis ma bouche devenir sèche, me donnant envie de boire. Il fallait absolument que je résiste, mais surtout que j’évite de me concentrer sur cela, bien que ce soit quasiment impossible. J’en eus des frissons avant de parvenir à me raisonner, et regarder autre chose. Voilà ce que je devais faire : Regarder autre chose. Mes yeux s’arrêtèrent alors sur le bouquet de fleurs qui trônait en centre de table et apportait une touche colorée. Il s’agissait de fleurs des champs, banales, toutes bêtes, mais qui me paraissaient magnifiques. Mieux valait-il s’extasier sur les fleurs que sur le vin, c’était beaucoup plus sage.

Je sursautai alors en entendant la porte d’entrée s’ouvrir de nouveau, tous les habitants de cette maison revenant. C’était Samuel qui portait le cadeau, emballé dans un papier ignoble mais qui me fit sourire tout de même, et dont la forme me paraissait bizarre : Il était grand, rectangulaire, et plat. Etrange. Mon cœur se mit à battre plus vite car pour la première fois de la soirée, je pu réellement observer Samuel en douce tandis qu’il déposait le cadeau sur une chaise. Je me sentais… vide, perdu, inutile… Et alors que je n’étais pas saoul, alors que je pouvais réfléchir librement, tout me revint d’un seul coup et ce fut plus fort que moi : Je dû me mordre la lèvre afin de ne pas pleurer. Comment avions-nous pu en arriver à cette indifférence alors que nous avions tant été l’un pour l’autre, alors que nous nous étions tant aimé ?... Comment pouvait-il passer dans la pièce sans même me jeter un regard et faire comme si je n’existais pas ?... Je baissai lentement les yeux sur mes genoux, m’épargnant le supplice spectacle de sa beauté, car oui, il était extrêmement beau. Il… Seigneur. C’était comme si toutes les autres personnes autour de lui étaient touchées par sa beauté, il rayonnait, je ne saurais même pas comment l’expliquer. Je l’avais, de toute manière, toujours trouvé magnifique, mais je dois bien avouer que le voir si bien habillé, le voir avec ce sourire aux lèvres, le voir poser ses yeux noisettes sur tant d’autres personnes que moi… Comme pour le vin, il fallait que je réussisse à attirer mon attention sur autre chose, sans quoi je sentais que j’allais craquer. Je regardai alors Lilly qui se tenait à côté de Samuel, sourire aux lèvres elle aussi. Tout le monde semblait avoir fait un effort vestimentaire pour la peine, Lilly s’était même légèrement maquillée, et portant une jupe légère taille haute, soulignant la finesse de son tour de taille. Sa jupe était rouge à poids blancs, dans un style années 60 et elle portait également un petit haut blanc tout simple avec une paire de ballerines. Détailler sa tenue me fit oublier l’espace d’un instant mon mal être, jusqu’à ce que je ne sente son regard sur moi et relève le mien vers elle. Oui, elle me regardait, et ce regard était particulièrement dur, particulièrement froid. De toute évidence, elle n’était pas prête à faire comme si ma présence était absolument normale. Nous restâmes quelques instants à nous dévisager ainsi avant que Samuel ne se tourne vers elle et lui parle, mais elle ne répondit pas, me fixant toujours avec ce même mépris. Samuel suivit alors son regard et tomba sur… moi. Moi qui retournai aussitôt à la contemplation de mes genoux, honteux. Comment aurais-je pu soutenir son regard ? Comment pouvais-je même rester là, parmi eux ? On frappa à la porte, et la première vague d’invités arriva. Adonis, Kaylhen, Aristide. Leur arrivée fut ponctuée d’éclats de rire tandis que tout trois se dirigeaient vers Giulio pour lui souhaiter un joyeux anniversaire à leur tour. Ils me saluèrent par la même occasion avant de retourner auprès de Lilly et Samuel. Je ne savais pas qu’ils se connaissaient… Je ne savais même pas qu’ils étaient invités. Et puis, mon cœur eut un raté. Alors que je les observais parler fort avec Sam, Aristide posa sa main sur son avant bras tout en lui racontant quelque chose qui paraissait à mourir de rire. Je cessai de respirer. Pourquoi le touchait-il ? Pourquoi paraissaient-ils si complices ? Pourquoi le touchait-il ?! Je n’étais pas extrêmement jaloux en temps normal mais, en sachant que nous n’étions plus ensemble… Je ne pouvais pas supporter que quiconque le touche, ou même l’effleure…. « Enlève ta main, enlève ta main, enlève ta main… » Jusqu’à ce qu’il la retire enfin. Je pu respirer de nouveau. Il n’empêche qu’ils paraissaient toujours aussi proches. Un peu amèrement je me penchai vers Giulio et demandai à voix basse :

« Pourquoi tu les as invité, eux ?
- Depuis qu’ils travaillent à la bibliothèque avec Samuel, ils traînent souvent à la maison les p’tits. Sono gentili (ils sont gentils), même si inviter Ari m’a posé problème.
- Ah bon ?
- Disons que j’aurais bien invité Alexander et Gabrielle, ainsi que Katarina et Ethan, Aaron et Matthew ou Mary… »

J’aurais préféré.

« Mais Gabrielle a décliné l’invitation et avec leur bébé, Katarina et Ethan auraient sûrement fait de même alors… Quelle importance ?
- Aucune. »

La jalousie est un défaut, un défaut que je ne comptais jusqu’alors pas. Pourtant le soupir de dépit que je poussai laissait entrevoir tout de mon ressentiment, ressentiment qu’il me faudrait de toute manière contrôler car un jour ou l’autre, c’était forcé, Samuel rencontrerait quelqu’un d’autre et alors je serais obligé de supporter leur histoire jour après jour. J’en oubliais même la mort qui m’attendait pourtant toujours, comme si un seul soir de sobriété suffisait à effacer toutes ces longues semaines de dépérissement. Elles n’effaçaient rien, pourtant. Me redressant, je préférai mettre toutes ces sombres idées de côté pour le moment. Giulio ne méritait pas que je sois un si mauvais invité, pas plus que les autres pour lesquels j’étais déjà un mauvais colocataire. Bien que je me sente toujours aussi peu en confiance, je parvins à trouver le courage de sauter du plan de travail et m’approcher doucement du petit groupe de personnes, ne sachant réellement que dire ou que faire. Tout dans mon attitude me paraissait artificiel et en même temps, cela résultait sans doute du malaise qui me serrait toujours la gorge et m’empêchait d’agir avec simplicité. Lorsque j’arrivai à leur hauteur, j’eus la surprise de voir que Samuel portait toujours ma bague. Je sais… Je n’aurais pas du le regarder de nouveau mais c’était tout simplement plus fort que moi, incontrôlable. J’étais attiré par lui comme un insecte par la lumière, qu’y pouvais-je ? De très longues secondes mon regard resta complètement bloqué sur cette bague, cette bague qui représentait autrefois l’étendue de notre amour mais qui aujourd’hui n’en était simplement que le cadavre, le souvenir. Pourquoi la portait-il encore ? On frappa de nouveau et je pu alors détacher mon regard de sa main, étant cependant plongé dans mes questionnement. Mathilda, qui avait revêtu une robe très sobre et classique. Ce me fit pourtant un drôle d’effet que de voir Mathilda en robe et, malgré mes tourments intérieurs, je me surpris à sourire faiblement en la voyant. Elle avait également mis une paire de chaussures à talons qui se mariaient avec sa robe noire, et ses cheveux étaient détachés alors que d’ordinaire elle se faisait une queue de cheval basique. Ca faisait bien longtemps que je n’avais pas vu les communautaires faire tant d’efforts pour une simple soirée, à croire qu’Elizabeth Town avait redonné le goût d’une vie un peu plus normale à tous. Sans doute avaient-ils pour la plupart déniché leurs vêtements ici, je n’en savais trop rien. Toujours est-il que Mathilda s’avança avec un petit cadeau dans les mains avant de grimacer et, sous les yeux de tous, retirer ses chaussures puis les pousser dans un coin avec le côté de son pied.

« Ca fait tellement longtemps que je n’ai pas mis de talons qu’elles me font un mal de chien. »

Quelques éclats de rire lui répondirent tandis qu’elle allait poser son cadeau à côté de l’autre, pieds nus. Alors qu’elle saluait les personnes qu’elle n’avait pas encore vu, on frappa de nouveau à la porte. Je fronçai les sourcils, ne connaissant pas les personnes qui entrèrent et puisque tout le monde cessa de parler pour les observer, j’imaginais ne pas être le seul. Giulio quitta alors sa cuisine puis vint vers nous, nous faisant les présentations avec jovialité. Un homme environ aussi grand que Samuel, blond aux yeux bleus, très carré et de toute évidence plutôt musclé qui s’appelait Hans. Il sourit à l’assemblée lorsque Giulio le présenta. Une femme à l’air timide, brune aux cheveux courts, assez petite et très mince qui s’appelait Jude. Son sourire fut plus hésitant. Contrairement à l’homme qui paraissait très à l’aise, elle semblait un peu plus réservée, intimidée de se retrouver avec des personnes qu’elle ne connaissait pas. Finalement Giulio nous expliqua qu’il connaissait ces deux personnes car il travaillait avec elles, puis vinrent nos propres présentations, toujours par le biais de Giulio qui désignait successivement les gens. Aristide, Kaylhen, Adonis la sœur d’Aristide, Samuel, Mathilda, Amarilli sa propre femme, Lilly, Isaac et moi. Moi qui eut l’impression de me faire littéralement déshabiller du regard lorsque l’on me présenta et que Hans posa ses yeux sur moi. Instinctivement, je reculai d’un pas, trouvant son regard insistant des plus étrange. Pourquoi me dévisageait-il de cette manière ?... L’anticerne serait-il repéré ? Je finis par détourner mon propre regard, soudainement très mal à l’aise. Un homme que je ne connaissais alors pas m’avait déjà regardé comme cela. Un seul, un soir, alors que je venais de m’asseoir dans la salle à manger et qu’il venait de me proposer quelque chose à manger. A ce moment là j’avais eu l’impression de me faire dévorer tout cru par Samuel, eh bien Hans me faisait exactement le même effet, sauf que son regard était bien plus oppressant, bien plus… Gourmand.

Il me laissa finalement tranquille alors qu’on frappa de nouveau à la porte. Surpris, Giulio alla lui-même ouvrir et nous entendîmes de la salle à manger une grande exclamation de joie. « Viens donc quelques instants ! » Il revint avec Gabrielle qui, gênée, tenait un panier dans ses mains et nous souhaita rapidement le bonsoir. Elle expliqua rapidement qu’elle était seulement passée nous dire bonsoir mais qu’elle ne pouvait pas rester dîner, et avait apporté quelques muffins pour se faire pardonner. Giulio l’embrassa sur les deux joues avant de prendre le panier tandis qu’un « On s’en fout » à peine dissimulé souffla dans la pièce. Je me tournai alors vers Adonis qui fixait d’un regard sombre Gabrielle avant qu’Aristide ne lui donne un coup de coude. Aristide qui, pour détendre l’atmosphère sans doute décida de détourner l’attention. Il questionna les deux nouveaux à priori afin de mieux les connaître, d’une voix facile et amusée. En les regardant, je ne pouvais que me rendre compte que subitement, je ne faisais plus partie du même monde qu’eux. Mon visage ne connaissait ni leurs sourires, ni leur joie, ni leur absence de cernes profondes, marquées comme au fer rouge. Qu’importe que nous vivions sous le même toit ou soyons faits de la même matière, nous étions désormais séparés par un profond fossé creusé par l’alcool. Avant, je faisais partie de cette assemblée, de ce groupe de personnes unies et heureuses de se retrouver au moins le temps d’une soirée. Désormais je me retrouvais là comme un chien dans un jeu de quilles sans réellement pouvoir me dérober, sans pouvoir prétexter à mon alcoolisme puis retourner sur la pointe des pieds dans mon trou de souris. J’avais promis, au moins pour ce soir. Alors je les regardais, tous, Aristide et son sourire trop blanc, Mathilda qui surveille l’ensemble, Lilly dont le bras est négligemment passé à celui de Samuel, Samuel qui sourit lui aussi, une Kaylhen au ventre étrangement arrondis, Adonis qui se recoiffe discrètement, Giulio et Amarilli, Hans et Jude que je ne connais pas, Gabrielle qui tient un panier dans ses mains et semble gênée, le vieil Isaac sur son 31, je les regarde en me demandant si un jour je pourrais de nouveau faire partie de cet ensemble. Ils rient et parlent fort tandis que je demeure seul dans mon coin, attendant que les discussions s’apaisent pour prendre place à cette grande table et dîner en silence à leurs côtés. Personne n’osera m’adresser la parole ce soir de peur d’une insulte, d’une critique injustifiée : Aristide, Kaylhen, Adonis et Lilly sont du côté de Samuel. Guilio et Amarilli trop occupés avec leurs convives. Je ne connais ni Hans ni Jude. Gabrielle ne m’adresse plus la parole sans que je ne sache pourquoi. Elle ne me jeta qu’un rapide regard avant de repartir, souhaitant une dernière fois un bon anniversaire à Giulio.

Je soupirai avant de me retirer du petit cercle et me diriger vers Giulio en lui proposant de l’aider à faire quelque chose, mais il déclina la proposition. D’ailleurs, ce fut à ce moment qu’il invita chacun à prendre place à table puisque nous allions prendre l’apéritif. Le destin s’acharnait-il contre moi ? Une force supérieure désirait-elle donc à ce point que cette soirée soit la pire de ma vie ? Sans doute, puisque lorsque j’arrivai à table tout le monde s’installait et il ne restait plus qu’une seule place : Celle entre Jude et Hans, juste en face de Samuel. Je serrai les dents et bloquai quelques instants avant de me faxer à ma place et fixer ma fourchette. Afin de pouvoir au mieux visualiser le plan de table, en voici la description exacte : Notre table était grande et rectangulaire. A son bout gauche Giulio, en face de lui à l’autre bout de la table, sa femme. A la gauche de Giulio il y avait Isaac, Kaylhen, Lilly, Samuel, Mathilda. A sa droite, Aristide, Adonis, Hans, moi et Jude. Nous étions douze à table et tout le monde parlait déjà dans son coin, des dizaines et des dizaines de mots auxquels je n’étais pas convié et ne prêtais de toute manière pas attention. Je me fondais totalement dans le décor, jusqu’à ce que Hans ne se penche sur moi et m’adresse la parole. J’eus un sursaut.

« Liam, c’est bien ça ? »

Le regard que je lui rendis le fit légèrement reculer. Ce n’était pas un regard plein de colère ou de froideur, non, mais purement de stupéfaction : Comment était-ce possible ? Il venait de prononcer mot pour mot les premières paroles que Samuel m’avait adressé dans la salle à manger. Oui, je m’en souvenais encore. Peut-être que c’était moi qui déraillais, qu’après tout c’était le genre de question tout à fait banale qu’on pouvait vous poser n’importe quand, il n’empêche que j’en restais totalement silencieux une bonne dizaine de secondes, à le fixer bêtement. Le sourire qu’il avait accroché à ses lèvres disparaissait au fur et à mesure de ces secondes et finalement, je parvins à me reprendre et prononcer un faible « Oui oui, c’est ça. » Il me dévisagea encore quelques instants de son regard bleu clair avant de froncer les sourcils.

« Ca n’a pas l’air d’aller… »

… Mon regard se tourna doucement vers Samuel et ce fut plus fort que moi : J’éclatai de rire. D’un rire nerveux et particulièrement crispé, mais cela sembla échapper à Hans qui rit à son tour comme s’il venait de faire une bonne blague. Oh non, ce n’était pas une bonne blague, mais la situation se révélait être si improbable et destructrice que j’en arrivais à rire de désespoir. Je n’avais pas ris depuis si longtemps que j’en eus mal à la mâchoire. La seule différence comparé aux mots de Samuel, était un changement de nationalité : Si Samuel portait un accent anglais, Hans parlait avec un fort accent allemand, ce qui ne me gêna pas vraiment. J’avais appris cette langue, et même si j’en avais certainement oublié beaucoup depuis tout le temps où je ne l’avais pas parlé, je supposais être encore capable de tenir une conversation. J’en eus d’ailleurs immédiatement l’occasion puisque Hans, qui me regardait toujours de ce regard oppressant prononça quelques mots dans sa langue. Seulement, je l’entendis mal avec tout le rafus que faisaient les autres et, doucement, j’osai me lancer : Nous verrons bien ce qu’il me restait et au moins, cela me permettait d’oublier quelques instants ces autres personnes dont aucune ne s’intéressait plus à moi.

« Wie bitte ? »

Il haussa un sourcil tandis qu’un sourire en coin apparaissait sur ses traits. Il rit et, aussi surprenant que cela puisse paraître, j’en fis de même. Mon accent devait être atroce, et sans doute faisais-je des fautes mais il semblait comprendre, voire apprécier. Certes n’aimais-je pas vraiment le regard qu’il posait toujours sur moi mais au moins, discuter avec lui me permettait d’oublier un peu le reste. C’est alors que Giulio déposa de petites friandises pour l’apéritif sur la table et entreprit de servir un verre d’alcool à ceux qui le souhaitaient. Je parvins à tenir le coup et refuser, le regard de Mathilda s’étant soudainement braqué sur moi. Hans, par contre, pris un Whisky, et finalement ce fut Aristide qui lui parla de nouveau, rompant notre lien silencieux tandis que nos regards étaient toujours plongés l’un dans l’autre. Hans se tourna vers lui alors qu’Aristide lui demandait d’où il venait exactement. Berlin. J’eus un sourire en l’écoutant. Il expliquait avoir travaillé et mis de côté très longtemps avant de pouvoir se payer des vacances aux Etats-Unis, et manque de chance, les bombardements éclatèrent alors qu’il était toujours ici. Comme chacun d’entre nous il n’était jamais rentré chez lui, mais en parlait avec légèreté. Aristide le regardait avec des yeux de poisson rouge, avant de finalement piocher dans les amuses bouche et en avaler un. J’étais près à parier qu’à cause de l’accent, il n’avait rien compris mais cela ne fit rien puisque de toute façon, Hans s’était déjà penché de nouveau vers moi en me demandant si j’étais déjà allé en Allemagne. Je secouai négativement la tête avant de m’accouder à la table et poser ma joue dans le creux de ma main tout en l’écoutant me parler de son pays natal, complètement happé par son regard. Ce n’est pas que je le voulais, ou qu’il me plaise, mais il avait ce petit quelque chose qui faisait qu’il m’était impossible de m’en détacher. Il me parla longuement, et nous rîmes de temps à autre, moi ne me rendant absolument pas compte de la tentative de séduction qu’il entreprenait. Au bout de quelques minutes, il se servit un deuxième verre et cette fois, ce fut plus dur pour moi de tenir. Je l’observai un long moment, désirant silencieusement m’en emparé et en boire ne serait-ce qu’une gorgée. Une toute petite gorgée… Mais non. J’avais promis.

« Parle moi un peu de toi.
- Il n’y a pas tant que ça à dire, en fait. »

Ou peut-être n’ai-je seulement pas envie de t’en dire plus sur moi.

« S’il te plait… »

Il me fit un regard de chien battu avant de sourire faiblement, un air légèrement malicieux sur les lèvres. Son haleine sentait le Whisky, j’aurais préféré qu’il me laisse tranquille à présent. Néanmoins, je n’étais pas du genre à me montrer froid avec qui que ce soit, ni même à l’envoyer tout simplement sur les roses… Je soupirai.

« J’ai trente-trois ans, deux enfants, et je suis américain. »

Il se figea.

« Deux enfants ?
- Oui. Je les ai adopté il y a deux ans déjà. »

Son soulagement, bien que je n’en comprenne pas la cause, fut plus que visible. Les questions continuèrent, encore, et encore. Il me demanda même de lui jouer un morceau à la fin du repas lorsque je lui dis avoir été pianiste, ce à quoi je répondis par l’affirmative. Aurais-je pu dire non ? Je ne disais jamais non…Pas pour des choses aussi futiles, et puis si ça pouvait lui faire plaisir… Seulement plus il me parlait, et plus il se penchait vers moi, et plus je sentais son haleine qui me donnait désespérément envie de boire. De temps à autre je parvenais à détacher mon regard du sien pour chercher celui de Mathilda, chercher du soutien, mais elle ne me remarquait pas, écoutant Amarilli qui lui parlait. Et il n’y avait personne d’autre vers qui j’aurais pu me tourner pour obtenir ce soutien, aussi subissais-je en silence tout en produisant d’énormes efforts sur moi-même. Il fallait que je tienne, j’avais promis… J’avais promis d’être fort le temps d’une soirée pour faire plaisir à Giulio, et j’allais m’y tenir. On servit finalement les entrées, quelques salades crues qui m’apportèrent un peu de fraîcheur tandis que j’étouffais. J’avais l’impression de me liquéfier sous ce regard si bleu, si pur, mais horriblement déstabilisant. Pourtant, je ne fis qu’en picorer quelques fourchettes, ayant soudainement l’estomac dans les talons : Je n’avais pas faim, mais soif. Respire. Pour les autres la soirée semblait se passer à merveille, j’entendais les éclats de rire, les éclats de voix, les compliments et mots gentils qui renforçaient pour ma part cette impression de ne plus pouvoir me mélanger aux autres. Oui, j’avais l’impression d’être complètement coincé avec Hans, son haleine et son regard, sans pouvoir m’en libérer parce que tous les autres me détestaient, ou presque… De nombreuses fois je croisais le regard de plus en plus froid de Lilly, tentais de ne pas y prêter attention. De même que je tentais d’oublier la présence de Samuel juste en face de moi, mais c’était quasiment impossible. Ce le fut encore plus lorsque Hans me parla soudainement de lui. Je manquai de m’étouffer, ne comprenant pas où il voulait en venir. Il me demandait en allemand si je connaissais bien Samuel. Sans doute plus que tu ne l’imagines… Mon regard dévia un instant sur lui avant que je ne secoue doucement la tête de droite à gauche. Mensonge, mais qu’est ce que cela pouvait bien lui faire ? Il enchaîna : « Pourquoi nous regarde-t-il avec insistance depuis tout à l’heure dans ce cas ? » Je dû pâlir mais ne répondis rien.

Cette soirée alla en s’empirant pour moi. Hans buvait de plus en plus, et devenait de plus en plus tactile avec moi. Tactile, oui : Il ne faisait plus que se pencher vers moi mais posait sa main sur ma cuisse, sur mon bras, me prenait la main… Et j’étais totalement impuissant. J’avais l’impression de me faire doucement envahir sans possibilité de me dérober et très sincèrement, je n’osais même rien dire ou faire. J’étais pétrifié, tout simplement. Les plats se succédèrent bien que je n’y touche que de moins en moins au fil des minutes, des heures certainement qui passèrent. J’avais envie de vomir, ne pouvais plus avaler quoi que ce soit tant son haleine, tant sa présence et son regard pervers me donnaient froid dans le dos. Qu’est ce que j’aurais dû faire ? Me lever et lui coller mon poing dans la figure ? Je n’étais pas comme ça… Malheureusement, je n’étais pas comme ça. Il faut dire que mon envie de boire se faisait également de plus en plus pressante, de moins en moins soutenable. Et tout cela me mettait dans un état de nerfs considérable, sans parler de Samuel qui se tenait juste en face de moi… Juste…en…face… Arrivé au dessert je me sentais si mal que j’en tremblais, mais personne ne sembla le remarquer, même pas Hans qui avait passé son bras autour de mes épaules et me murmurait des choses à l’oreille. Des mots d’allemand que je ne comprenais pas et qu’il ne me semblait même jamais avoir appris, mais c’était surtout son odeur qui me gênait le plus, m’horripilait le plus et finalement, je craquai. Giulio était entrain d’ouvrir ses cadeaux, tous les regards étaient braqués sur lui et alors, à ce moment là, je ne pu plus tenir : J’attrapai le visage de Hans à deux mains et l’embrassai à pleine bouche. Je n’étais pas attiré par lui. Je ne lui trouvais rien de séduisant, et sa drague me laissait de marbre mais… J’étais attiré par l’alcool, par ce goût si singulier que je retrouvai sur sa langue. Au bout de quelques instants je me reculai, à bout de souffle, et le regardai. Un énorme sourire barrait son visage et il tenta de s’approcher une nouvelle fois de moi mais, cette fois, je me reculai. J’avais eu ce que je voulais, ou du moins assez pour me calmer un peu, ses baisers ne m’importaient pas. Et alors, je croisai les regards stupéfaits de Mathilda, Lilly et Samuel. Stupéfait ne serait peut-être pas le mot exact tout compte fait… A partir de ce moment là, je sentis de nouveau Hans se rapprocher de moi mais ne bronchai pas, ne faisant plus attention aux autres, ne faisant plus attention à rien : J’avais besoin de boire… Il s’agissait tout à coup d’une véritable obsession.

J’entendis encore les voix, les rires, mais ne les écoutais pas vraiment, perdu loin dans mon monde d’alcoolique. De nouveau il n’y avait plus que l’alcool qui m’importait et finalement, lorsque tout le monde se leva, je ne compris pas vraiment ce qu’il se passait. Les desserts étaient terminés, les cadeaux ouverts, la soirée touchait-elle donc à sa fin ? Je repris un peu le fil et me rendit compte qu’ils allaient seulement jouer aux cartes chez Aristide pour terminer la soirée. Ah… D’accord. Lorsque l’on me proposa de venir je déclinai, ainsi que Hans et Samuel. Et la maison se vida d’un coup, un silence de mort ayant pris la place des voix lointaines qui me berçaient depuis quelques instants. Je soupirai avant de me lever de table, suivit de très près par Hans sans même m’en rendre compte, et montai à l’étage. Je ne pensais plus à rien mis appart un verre d’alcool, ne sachant cependant pas ce que j’irai trouver dans ma chambre : Il n’y avait plus aucune bouteille là haut. Désormais je tremblais réellement, c’était évident, même dans mon état obsessionnel et déconnecté du monde je m’en rendais compte. Alors que j’allais refermer la porte de ma chambre, je sursautai en voyant Hans sur le pas de la porte, me regardant toujours avec ce même air glauque, pervers. Je crois que c’est justement ce regard qui, tout à coup, me sortit de ma bulle et me fit prendre conscience de la situation. Je bredouillai alors quelques mots, lui demandant de sortir, prétendant être fatigué mais il ne l’entendit pas de cette oreille, s’avança et referma la porte derrière lui sans me lâcher des yeux. Je n’eus pas le temps d’avoir peur qu’il m’avait déjà sauté dessus, forçant la barrière de mes lèvres serrées pour m’embrasser de nouveau, tout comme je l’avais embrassé en bas sauf que ça avait été une pulsion de drogué en manque, pas une pulsion de désir. Mes mains se crispèrent sur le tissu de sa chemise alors que j’essayais en vain de le repousser, de serrer les dents et expulser la langue ignoble de ma bouche. Qu’importe qu’elle ait un goût délicieux d’alcool ou non, je ne voulais pas qu’il m’embrasse, je ne voulais plus qu’il me touche. Il était cependant bien plus fort que moi.

Il me dégoûtait, même son goût d’alcool me révulsait et pourtant je savais, sentais que j’étais en manque. Mais je sentais également que quelque chose de grave était sur le point de se produire car malgré mes tentatives pour le repousser, malgré le fait que je me débatte et ne répondre absolument pas à son baiser, il ne me lâchait pas. Bien au contraire, plus les secondes passaient et plus il me serrait contre lui, m’étouffant littéralement. Mon cœur battait à tout rompre, je crois que c’est uniquement à ce moment là que je commençai à réellement avoir peur, à raison. Il me lâcha alors pour mon plus grand soulagement, je tentai déjà de m’enfuir alors que j’étais hors d’haleine, avais le tournis. Mais il n’en avait pas fini avec moi, oh non… Ce n’était même que le commencement. De nouveau il se précipita sur moi sans que je n’aie le temps de m’enfuir, me poussant violemment sur le lit puis s’allongeant de tout son long sur moi. Mon impression d’étouffer n’en fut que plus vive, stressante, angoissante. J’aurais voulu hurler mais il cherchait toujours à m’embrasser, et les coups rageurs que je lui donnai à la volée ne semblèrent pas le dissuader le moins du monde. C’était un véritable bloc, je ne pouvais rien contre lui. Rien du tout… Et j’étais de plus en plus paniqué. Je parvins alors à lui donner un coup de genoux qui sembla lui faire mal puisqu’il se recula en grimaçant, si vite que j’en eus un hoquet de stupeur. Je ne pouvais même pas crier, ma voix restait blottie dans ma gorge de peur de se faire attraper elle aussi. Et le premier coup s’abattit. Je serrai les dents, encaissant son coup de poing qui venait de me démolir la mâchoire, me sonnant littéralement. Mes vertiges s’en firent que plus présents et, alors que je tentai de me relever et m’enfuir, il me donna cette fois une gifle qui me fit carrément tomber du lit. A plein ventre sur le sol, je vis du sang, mon sang former de petites tâches brunâtres sur le parquet. Déjà mes doigts se crispaient sur ce même parquet dans l’espoir de me relever mais, une fois de plus, il ne m’en laissa pas le temps et m’attrapa violemment par les cheveux, me forçant à me redresser. A présent j’étais à genoux, sa main plaquée contre ma bouche m’empêchant de prononcer le moindre mot et c’est alors qu’il se pencha vers moi et murmura à mon oreille.

« Petite pute… T’es qu’une allumeuse. D’abord tu me chauffes, et ensuite tu me jettes ? Non, non… Maintenant tu vas me sucer. »

J’avais l’impression d’assister à la scène sans en être un des protagonistes tant j’étais choqué et terrifié. Je ne comprenais pas ce qu’il voulait dire, ne comprenait aucun de ses mots, souhaitant seulement m’enfuir. M’enfuir… Non, ce n’était pas pour tout de suite et cette déduction horrible me parut encore plus flagrante lorsque je le vis avec effrois sortir son sexe en érection de son pantalon. Tout, tout mais pas ça. Pas ça ! J’eus un violent sursaut en arrière, me débattant de plus en plus fort mais rien n’y fit, j’avais beau gesticuler dans tous les sens sa poigne de faiblissait pas. Il me donna une nouvelle gifle beaucoup plus forte que la précédente et je sentis cette fois du sang couler dans ma bouche, ma lèvre étant ouverte. Ce ne fut pas la seule chose qui glissa dans ma bouche à ce moment là.

Vomir. J’eus envie de vomir.

D’ailleurs, dès que je sentis son sexe contre ma langue j’eus une première vague de nausée, sentant la nourriture que j’avais avalé ce soir remonter mais cela ne le perturba pas. Au contraire, il s’enfonça encore plus profondément en moi, me tenant par les cheveux, puis entama une série de vas et viens dans ma bouche. Plus rien n’existait autour de moi, plus rien ne comptait, plus rien ne me sauverait. Les larmes et le sang s’engouffrèrent entre mes lèvres entrouvertes mais je ne pouvais toujours rien faire, rien dire, cette chose m’empêchant de mimer le moindre mot. Tout ce que je pouvais faire c’était continuer à me débattre, sans que cela ne serve à quoi que ce soit puisqu’il me tenait toujours fermement. Et il s’enfonça, encore, et encore, et encore. Je l’entendais me traiter de pute, encore, et encore, et encore. Impuissant, faible, tétanisé et honteux, voilà comment je me sentais. Le goût de son sexe envahissait ma bouche, sans répit, il continuait à se servir de moi comme bon lui semblait sans cesser de m’insulter de toutes sortes de choses. Je finis par vomir, ne pouvant réprimer une seconde de plus les nausées qui me serraient la gorge. Visiblement dégoûté il me lâcha alors et se recula, ce qui me permit de hurler. Un nom. Le sien. Celui de la seule personne présente dans cette maison et capable de me sauver. Mais déjà Hans me rattrapa par les cheveux, et me força de nouveau. Le goût de mes propres vomissures s’ajouta à tous les autres tandis qu’il continuait sans relâche, allant de plus en plus vite en moi.
Lorsque j’entendis la porte s’ouvrir à la volée, un liquide au goût encore plus infect que tout le reste réunis explosa dans ma bouche. Il venait de jouir, et moi je voulais juste mourir.
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MessageSujet: Re: You had my heart inside of your hand and you played it to the beat. [Samuel. B] -18 !    Ven 29 Juil - 21:27

J'entendis frapper à la porte et j'entrouvris les yeux : Ma chambre était plongée dans la pénombre parce que je ne supportais pas ne serait-ce que la lumière du jour tant j'étais mal. Ca m'avait pris en pleine nuit : J'avais été réveillé par une subite envie de vomir et j'avais terminé la nuit dans les toilettes, vomissant tripes et boyaux et surtout, me traînant des vertiges et un mal de crâne à la limite du supportable. Finalement Giulio avait prévenu mes deux compagnons, Kay et Ari, que je n'allais pas pouvoir aller travailler à la bibliothèque aujourd'hui. Ca me tuait... Ca me bouffait... Ne pas pouvoir aller là-bas, ne pas pouvoir être à leurs côtés... La bibliothèque était devenue mon refuge, ma raison de continuer et de ne pas abandonner. Enfin, elle était l'une des raisons : J'avais trouvé en Ari et Kay des amis incroyables et je ne voulais pas me séparer d'eux. Ils étaient ma bouffée d'oxygène. Alors, devoir renoncer à ça pour je ne sais quoi... Non : Je ne savais pas ce que j'avais et c'était sans doute pour ça que Mathilda était passée. C'était elle qui venait de frapper et de rentrer sans même que je lui laisse le temps de lui dire d'entrer. En même temps, je n'avais rien à lui cacher : Elle m'avait sauvé de ma tentative de suicide, elle m'avait fait vomir, alors... Je n'avais plus à avoir honte en sa présence. Elle me connaissait très bien... En fait, elle était celle, en dehors de Liam et de Lilly, qui me connaissait le plus ici. Même Kay et Ari ne savaient pas ce qu'il avait pu m'arriver puisque je n'avais rien dit à personne. J'en savais plus sur Kay qu'elle n'en savait sur moi. Je savais qu'elle était enceinte d'Ari. Je savais qu'elle le lui cachait. Je savais qu'elle voulait que je me taise. Je savais tout ça... Mais elle, elle ne savait rien de moi. Pourquoi ? Mais tout simplement parce que Liam avait souhaité que notre relation reste secrète, même après notre séparation et c'était normal puisqu'il avait rencontré quelqu'un et qu'il allait être papa. Oh... Je ne préférais pas penser à ça. Mathilda m'ausculta et ne trouva rien en particulier : Fatigue m'annonça-t-elle. Elle me donna donc de quoi dormir (sans me laisser la boîte, normal après le geste que j'avais eu contre moi) et m'expliqua que si les symptômes persistaient, elle pousserait les investigations plus loin mais qu'il n'y avait pas lieu de s'inquiéter pour le moment.

Dormir... Mon rêve.

J'avais un sommeil véritablement pourri depuis longtemps et le peu de force que j'avais réussi à récupérer en dormant mieux, je les avais perdu en voulant me foutre en l'air. Et puis je me donnais corps et âme dans la rénovation de la bibliothèque alors que j'étais épuisé, tant physiquement que mentalement, mais je ne voulais rien laisser paraître. Je ne voulais pas être ce type là. Non, moi je voulais être ce Sam qui allait bien et qui était là pour les autres. Je voulais être le Sam d'avant. Alors, même si je me mentais à moi-même, même si je mentais aux autres, tant pis : Je gardais mon masque, et voilà tout. Je m'étais d'ailleurs rendu compte que ça m'était relativement facile dès l'instant où j'étais entouré : Je n'avais besoin de faire beaucoup d'efforts pour réussir à garder mon masque devant les autres, mais dès que je me retrouvais seul, j'avais beau essayer de me raisonner, me dire que ça allait, le reste reprenait vite le dessus. La rupture avec Liam, mes cauchemars sur la guerre, ma peur, ma paranoïa... J'avais l'impression d'être un véritable malade mental en qui se nichait deux personnalités bien distinctes et par moment, je me faisais carrément peur. Cette peur de moi-même s’accentua deux jours à peine après avoir récupéré de cette baisse de forme. J'étais de retour à la bibliothèque, et j'étais uniquement en compagnie de Ari puisque Kay avait d'autres obligations ce jour-là. Assis sur un tabouret, je faisais une petite pause et feuilletais un livre sur la cuisine, décidé à explorer de nouvelles recettes. Petit à petit, je fus emporté par le sommeil, chose qui ne m'arrivait jamais. J'étais probablement trop fatigué pour tenir le coup : J'avais atteint mes limites. Je m'endormis sans même m'en rendre compte et ce fut tout de suite les mêmes images qui m'assaillirent : Paysage de désert, de désolation et de mort. J'étais caché derrière un mur, afin de couvrir les arrières de mes compagnons d'armes lorsque je sentis une main se refermer sur mon épaule. Un ennemi. Je me retournai et lâchai mon arme avant de lui sauter au cou et de commencer à l'étrangler. Je ne distinguais pas son visage mais il se débattait. Je devais le tuer. Je devais le tuer sinon c'était lui qui allait me tuer. Je serrai fort, encore, et encore jusqu'à ce que la voix de celui que je croyais mon ennemi ne me parvienne et là, je retrouvai subitement mes esprits. Je n'étais pas dans le désert, mais dans la bibliothèque. Je n'étais pas en train d'étrangler un ennemi, mais Ari.

Choc.

Je relâchai mes mains et me reculai subitement, arrêté par le mur. Je m'écroulai au sol, pétrifié d'horreur. Ari était allongé, les mains autour de sa gorge, la massant en toussant : Il était rouge et avait les yeux brillants de larmes. De douleur... Et de peur sans doute... Parce que j'avais failli le tuer. Je m'effondrai, horrifié parce que j'avais fait. J'aurais cru qu'il allait me mettre dehors, me dire de ne plus jamais revenir mais au lieu de ça, il s'installa à côté de moi et s'en suivi une longue conversation. Pour la première fois, j'abordais enfin le sujet de la guerre. Pour la première fois, je mettais à nus mes démons, mes cauchemars et tout ce que j'avais pu traverser. Je lui dis tout et il m'écouta calmement. De temps à autres, mon regard se portait sur les marques qu'il avait sur le cou et je me sentais horriblement mal mais il me rassura. Il fut incroyablement doux, gentil et compréhensif. Et moi, j'étais faible... Je me sentais sale, seul. Horriblement seul... Et là, j'eus le geste de trop. Enfin, j'avais déjà eu le geste de trop en essayant de le tuer mais il fallait croire que j'avais décidé de foutre en l'air notre amitié parce que je me suis littéralement jeté sur lui mais cette fois-ci, pour l'embrasser à pleine bouche. Ari était un homme profondément bon, et il était d'une beauté à couper le souffle. Alors, pour une fois, je voulais me laisser aller. Oui, pour une fois, je voulais oublier. Au départ, j'eus l'impression qu'il me rendit mon baiser mais finalement il me repoussa gentiment : Nous étions amis, rien de plus. Oui... Il avait raison... Et ce n'était pas de lui dont j'étais amoureux. Non, celui que j'aimais c'était... Je me sentis encore plus honteux et finalement, je quittai la bibliothèque pour le reste de la journée afin de remettre mes idées en place. Ce ne fut pas facile à faire, mais j'y parvins. Il me fallut cependant une aide, et pas des moindres. Je décidai de me tourner vers la seule personne à laquelle je pensais pouvoir me confier sans subir de jugement ou en tout cas, sans trop en subir : La guerre était un sujet que j'allais aborder, mais j'allais également aborder mon homosexualité même si je n'allais pas prononcer le prénom de Liam et la religion condamnait l'homme que j'étais. Je ne me décourageai cependant pas et décidai d'aller parler à Isaiah. Cette première entrevue fut difficile mais finalement, je me sentis mieux en le quittant, après avoir parlé. Il me proposa de revenir le voir le lendemain et j'acceptai : J'avais besoin d'exorciser mes démons et je ne devais plus attendre sinon... Sinon, les choses allaient encore empirer.

Le lendemain, je fus soulagé de voir qu'Ari n'avait pas du tout changé de comportement à mon égard : C'était comme s'il ne s'était rien passé. Je fus aussi rassuré de voir qu'il n'avait presque plus aucune marque autour du cou. J'ignorais ce qu'il avait pu dire à Kay à ce sujet et ne posai pas la question : Je ne voulais plus penser à ce que j'avais fait et surtout à ce que j'aurais pu faire si je n'avais pas retrouvé mes esprits à temps. Heureusement que je pouvais m'évader en compagnie de Kay et d'Ari car à la maison, les choses étaient vraiment très difficiles avec Liam. J'avais décidé de l'ignorer et de faire comme s'il n'était pas là. La façon dont notre séparation s'était passée ne me donnait pas envie de faire attention à lui : J'avais trop peur de sa réaction et surtout de la mienne. Je l'aimais toujours à en crever mais malheureusement, il appartenait à une autre. Ce fut en tout cas ce que je crus au départ puisqu'il m'avait dit être en couple avec une certaine Natacha qui portait son enfant. Seulement voilà : Il n'y avait aucune Natacha parmi les communautaires et surtout, aucune femme qui venait le voir à la maison. Et comme il n'en sortait pas... Au bout d'un moment, je fus forcé d'admettre qu'il avait tout simplement menti, qu'il avait inventé une excuse pour se débarrasser de moi. Au fond, je ne lui en voulais pas de ce mensonge puisque cela m'avait aidé à mieux accepter... Non, mais qu'est-ce que je raconte ? Je n'avais pas mieux accepté notre séparation, mais j'avais simplement voulu son bonheur même si c'était sans moi. Seulement voilà, je voyais qu'il n'était pas heureux. Il était... En fait, il ne ressemblait plus à l'homme que j'aimais tant : Il était quotidiennement saoul et absolument terrible avec tout le monde et plus particulièrement avec moi. Je ne comprenais pas pourquoi... Je ne comprenais pas pourquoi il s'acharnait de cette façon sur moi alors que j'avais pourtant accédé à sa requête : Je l'avais laissé tranquille, je n'avais parlé à personne de notre relation... Et j'avais mal... Mal de le voir se détruire, mal de le voir me traiter de cette façon. Il allait même jusqu'à refuser ce que je faisais à manger. Il me détestait. Il me détestait du plus profond de son être et je savais à présent que c'était uniquement pour cela qu'il avait voulu que nous nous séparions. Son amour s'était transformé en véritable haine, voilà tout.

Voilà tout...

Quelle cruelle réalité. Quelle cruelle existence. Peut-être aurais-je dû demander à déménager... Peut-être étais-je en train de m'infliger une torture de plus, seulement voilà : Je ne parvenais pas à l'abandonner. J'avais beau faire comme si c'était le cas, il occupait toujours autant mes pensées et j'étais véritablement inquiet pour lui. Il ne se nourrissait presque pas et buvait plus que jamais : A ce rythme, il allait finir par en mourir, je le savais. Peut-être le savait-il aussi. Peut-être était-ce ce qu'il recherchait. Et le pire ? Je n'avais aucun moyen de l'en empêcher parce que je ne faisais plus partie de sa vie, parce que je n'étais plus rien pour lui... Heureusement que Lilly était là. Elle m'était d'un grand soutien à la maison. Les autres aussi étaient très gentils avec moi mais c'était différent avec Lilly parce qu'elle, elle était au courant de ce qu'il s'était passé entre moi et Liam. Il y avait ce secret que je partageais avec elle au quotidien et qui me soulageait un peu. Malheureusement, en se rapprochant de moi, elle s'était éloignée de Liam, alors qu'ils étaient pourtant très bons amis. Je crois qu'au fond, elle lui en voulait de se détruire et de détruire les autres de cette façon. Mais il se fichait ce que nous pouvions éprouver. De ce que je pouvais éprouver, de ce que son état pouvait me faire... Et il ne fit rien pour me rassurer bien au contraire. Il ne se ménageait pas et plus d'une fois, passa à deux doigts de ne plus être de ce monde. Il y eu en particulier cette chute dans les escaliers où je crus mourir durant tout le temps où il avait gardé les yeux fermés... Et puis cette fois où il a fait un coma éthylique et où Mathilda a carrément pété les plombs et nous a ordonné de ne plus jamais venir lui demander de l'aide en ce qui concernait Liam. Je pouvais la comprendre... Elle avait tant fait pour pouvoir le sauver... Je me souvenais parfaitement de ce qu'elle avait traversé quand Liam était tombé malade... Elle avait été tellement inquiète, et puis elle s'était tellement battue pour lui, pour trouver ce dont il souffrait, pour le soigner ensuite... En buvant, en se détruisant, c'était comme si Liam crachait sur tout ce qu'elle avait fait et sur le médecin qu'elle était. Elle n'était pas là pour le regarder mourir : Elle voulait le sauver mais ne pouvait pas le faire si lui ne le voulait pas. Tout comme je ne pouvais pas l'aider s'il ne voulait pas de mon aide non plus. Et pourtant... Pourtant, il devait bien y avoir quelque chose à faire. Il ne pouvait pas continuer ainsi, il ne pouvait pas mourir, il ne pouvait pas me quitter... Et les dernières paroles que prononça Mathilda avant de partir eurent l'effet d'un électrochoc sur moi : « Bravo Liam, tu viens de franchir l’une des dernières limites. Continue comme ça, tu es sur la bonne voie. » C'était clair : Il allait bientôt mourir. Non. Non, tout mais pas ça. Il pouvait me détester, me traiter comme une merde, me tuer même s'il voulait, si ça pouvait le soulager mais je ne voulais pas qu'il disparaisse... C'était impossible. Je regardai autour de moi et quand mon regard se posa sur le placard du meuble où ses bouteilles étaient planquées, ce fut clair et je sus tout de suite ce que j'allais faire.

C'était mon dernier espoir.

Quand tout le monde eut quitté la cuisine, je m'y attardai avant de fouiller dans le meuble et récupérer toutes les bouteilles de Liam. Je fonçai ensuite jusqu'à ma chambre et les cachai soigneusement dans ma commode sous mes affaires. Il allait les chercher mais il ne les trouverait pas : S'il n'avait pas la volonté pour se sevrer, il allait devoir le faire de force parce qu'il n'allait pas avoir le choix. Non, il n'allait pas avoir le choix et tout allait s'arranger. Il allait se battre, redevenir sobre, recommencer à manger et à prendre son traitement et il allait guérir. Je vous ai déjà dit que j'étais très con... Un véritable imbécile heureux... Cette certitude que Liam allait s'en sortir était une preuve supplémentaire de ma stupidité. Lorsque j'entendis la porte de ma chambre s'ouvrir à la volée, je me retournai. Je vis Liam, hors d'haleine et surtout très en colère : Il était à la recherche des bouteilles. Je le savais. Je le voyais dans son regard : Il était en manque et il savait que c'était moi qui les lui avait piqué. Il m'ordonna de les lui rendre mais j'étais décidé à ne rien laisser paraître : Je décidai donc de la jouer ignorance et nonchalance et me retournai de nouveau vers ma commode pour continuer à ranger mon linge. Mon cœur, lui, battait à tout rompre : De là où je me trouvais, j'entrevoyais les bouteilles. Je savais qu'elles étaient là et qu'il risquait de les trouver. Non : Il fallait qu'il s'en aille et qu'il continue à chercher sans jamais les trouver. Stupide... Stupide Samuel... Je l'entendis s'approcher de moi mais ne bougeait pas, jusqu’à ce que je sente ses mains se poser avec fermeté sur mes épaules pour me forcer à me retourner. Il m'ordonna une nouvelle fois de lui rendre ses bouteilles mais je ne dis toujours rien, ne bougeant pas d'un centimètre : Non Liam, je ne vais te les rendre. Tu vas guérir. Tu dois guérir. Le voir si proche de moi et ne pas pouvoir le toucher, le prendre dans mes bras et l'embrasser était une véritable torture mais je devais tenir le coup : La tempête allait passer, il allait repartir et mon plan se déroulerait comme prévu. Mais quand je vis son regard se détourner de moi et se poser sur la commode, je levai les yeux vers le plafond et retins mes larmes : Il les avait trouvées. C'était foutu... Il se jeta sur les bouteilles et les récupéra toutes. Oh, je sais ce que vous allez me dire : J'aurais pu l'en empêcher. Déjà, d'ordinaire, j'étais plus fort que lui et il était très affaibli par l'alcool mais je ne fis aucun geste pour l'empêcher. Je savais que si j'essayais de le toucher, il allait s'énerver, piquer une crise de nerfs et j'avais peur... Non pas de lui, mais de moi. J'avais failli le tuer, j'avais failli tuer Ari... J'avais peur de lui faire du mal si jamais je venais à m'énerver : J'étais trop fragile, je commençais à peine à me soigner alors... Alors... Je le laissai les récupérer, s'approcher de la porte et sortir après m'avoir insulté une nouvelle fois. Lorsqu'il eut refermé la porte, je m'en approchai avant de m'y adosser et de me laisser glisser au sol, me mettant à pleurer silencieusement.

C'était terminé. Il allait continuer à se détruire. Il allait se tuer. Et je n'allais pas pouvoir l'en empêcher.

Je ne dormis pas cette nuit-là, trop effondré de savoir que Liam allait mourir. J'avais gardé ce petit espoir, et il était même devenu sacrément grand quand j'avais caché ses bouteilles, persuadé que ça allait tout arranger, mais maintenant... Maintenant, je savais qu'il allait mourir et cette réalité m'était horriblement douloureuse, insupportable. Allais-je tenter une nouvelle fois de me tuer quand il aurait passé de l'autre côté ? C'était plus que probable mais cela ne me faisait pas peur. Cela ne me faisait plus peur. Comment continuer à vivre une vie normale après ça ? C'était impossible. Le lendemain matin, je repris mes activités mais de façon beaucoup plus absente. A la bibliothèque, je n'adressai pas un mot ni à Ari, ni à Kay. J'avais trop mal pour parler. Je ne pouvais plus porter mon masque. Je ne pouvais pas faire comme si tout allait bien : Liam allait mourir, alors rien n'allait bien. En rentrant le soir, j'appréhendai de trouver Liam ivre mais je ne le vis pas ce soir-là. Ni le lendemain. Ni le surlendemain. Ni le jour suivant. Ni le jour d'après. Il était déjà resté enfermé dans sa chambre pendant plusieurs jours mais cette fois-ci, j'avais véritablement peur pour lui. Trop peur pour lui... J'avais peur qu'il ai trop bu, qu'il ai fait un nouveau coma éthylique et qu'il en soit mort. Alors, je décidai d'en parler à Giulio et il décida d'aller vérifier dans la chambre de Liam... Vérifier quoi ? Qu'il allait bien. Non... Vérifier qu'il était toujours vivant plutôt. Je me trouvais derrière Giulio quand il ouvrit la porte et je l'entendis jurer en italien. Je m'approchai alors et entrai dans la chambre : Elle était vide. Une semaine... Cela faisait une semaine que personne ne l'avait vu et sa chambre était vide. Mon cœur commença à s'emballer de peur. Nous nous mîmes à le chercher partout dans la maison mais il n'était nulle part. Nulle part ! Bon sang ! Il avait dû sortir après notre brève entrevue. Je l'avais tellement mis en colère qu'il avait quitté la maison et personne ne l'avait vu depuis. Oh mon Dieu... Seigneur... Il avait pu lui arriver n'importe quoi... N'importe quoi ! Alors que j'étais sur le point de craquer, j'eus soudainement une petite lueur d'espoir : Mathilda. Après tout, il avait confiance en elle... Peut-être s'était-il réfugié chez elle. Je n'hésitai pas un seul instant et sortis de la maison en courant, allant jusque chez Mathilda en priant pour qu'elle me confirme qu'il était bien chez elle. Stupide Samuel... Oui, encore... Il n'était pas chez elle et elle ne l'avait pas vu. J'étais complètement désemparé et à deux doigts de la crise de nerfs. Ma dernière lueur d'espoir venait de disparaître et Liam avec... Elle accepta de venir chercher avec nous et, grâce au Ciel, finit par le retrouver.

Dans le grenier.

Pendant tout ce temps, il avait été là-haut. Laissez-moi vous dire que quand elle annonça qu'elle l'avait trouvé, mon cœur manqua un battement : Dans quel était-il ? Est-ce qu'il était... « Et il est vivant ! » Je secouai la tête et éclatai en sanglots avant de m'éloigner du reste du groupe et d'aller m'enfermer dans ma chambre. J'avais besoin d'être seul pour me calmer. J'avais besoin de tout laisser sortir : Mon angoisse, ma tristesse. Tout. Il fallait que tout sorte. Ce soir-là, on devait fêter l'anniversaire de Giulio et je lui avais promis que j'allais être là et je ne pouvais pas y être en étant complètement détruit et ravagé. Je devais essayer de recoller un peu les morceaux avant de me montrer aux autres. Il y allait avoir du monde et je n'avais pas envie que l'on me voit ainsi. Je restai donc une bonne partie de l'après midi enfermé puis allait prendre une bonne douche avant de m'habiller d'une chemise blanche et d'un pantalon noir et de descendre en cuisine pour aider Giulio qui allait nous faire un repas absolument incroyable. Avec Lilly, nous avions trouvé un petit tableau représentant ce qui semblait être Venise et nous avions décidé de lui offrir cela de notre part à tous les deux ainsi que de la part de la part d'Amarilli et Isaac. Nous savions que Mathilda avait trouvé quelque chose de son côté, des recettes d'après ce que j'avais cru comprendre. Bref, c'était la soirée de Giulio et ça allait l'être l'occasion de se détendre même si intérieurement, mon cœur et mon esprit n'étaient pas à la détente mais à l'inquiétude pour Liam. Mais encore une fois, Lilly était là, à mes côtés, et elle parvenait à m'apaiser un peu. Avant que nous ne commencions à mettre la table, elle m'adressa un franc sourire que je parvins à lui rendre. Et alors que nous étions en train de disposer les assiettes et les couverts, Mathilda fit irruption dans la cuisine. Je me tournai brièvement pour l'observer et fut plus que surpris de trouver Liam à ses côtés, et quel Liam... Le Liam d'avant, celui qui avait fait chavirer mon cœur. Il était décrassé, rasé, coiffé, bien habillé et il semblait... Oh mon Dieu : Il était sobre. Ca se voyait. Il n'était pas saoul. Une joie incroyable inonda mon cœur et je ne pus m'empêcher de sourire en me retournant pour continuer à mettre la table. Il allait donc passer la soirée avec nous, en étant sobre. Ca, c'était une merveilleuse nouvelle. Je devais avoir l'air idiot à sourire bêtement de cette façon tout en continuant à mettre le couvert. Je finis par croiser le regard de Lilly : Un regard réprobateur. Je savais ce que ce regard voulait dire : « Ne te mets pas à espérer pour rien ». Voilà ce qu'elle me disait silencieusement. Je m'approchai doucement d'elle et passai mon bras autour de ses frêles épaules avant de déposer un bref baiser sur sa joue et de murmurer tout bas à son oreille :

-Je suis content qu'il passe la soirée avec nous et qu'il ait l'air d'aller un peu mieux. J'ai le droit, non ?

Elle leva les yeux au ciel et s'éloigna de moi pour terminer de mettre la table. J'étais moins rancunier qu'elle et puis, cela venait peut-être aussi du fait que j'aimais Liam plus que de raison. En me retournant, je le vis en train de saucer une casserole et ma joie n'en fut que plus grande : Voilà qu'il mangeait en plus ! Du coup, j'avais l'impression que c'était ma fête à moi tant j'étais heureux. A ce moment-là, Amarilli annonça qu'il était temps d'offrir le cadeau à Giulio et nous quittâmes tous la maison en sa compagnie, à l'exception de Liam qui resta avec Giulio. Cela me fit mal de le laisser derrière moi, comme s'il était exclu mais en même temps, il l'avait vraiment été pendant un moment. Cependant, cela ne m'empêcha de continuer à sourire tant j'étais heureux de voir Liam à nos côtés. Même s'il ne voulait toujours pas de moi, même si je n'étais plus rien pour lui, le voir dans cet état, le voir aller mieux... Oui, c'était un véritable soulagement et la source d'une grande joie. Je pouvais me contenter de cela. Je pouvais me contenter de le savoir heureux et en bonne santé. C'était certain. Je fus celui qui porta le cadeau jusqu'à la maison, toujours un large sourire aux lèvres. Sourire qui était bien sûr beaucoup plus dû à la présence de Liam qu'au fait que nous allions faire la fête mais chut : Secret. Une fois de retour à la maison, je déposai le cadeau sur la table et retournai auprès des autres sans jeter ne serait-ce qu'un regard à Liam. Je l'avais discrètement observé quand il nous avait rejoins mais à présent, je ne devais plus le regarder : Il ne me supportait pas et si je me mettais à l'observer, je risquais de le mettre en colère et je voulais lui éviter ce genre d'émotions qui risquaient bien de lui donner de nouveau envie de boire. Si pour être serein il devait rester loin de moi, qu'il en soit ainsi. Du coup, je retournai auprès de Lilly, en faisant comme s'il n'était pas là comme je l'avais tout le temps fait depuis que nous habitions ici. Après tout, qu'il soit sobre ne changeait rien au fait qu'il me détestait et que nous ne n'avions plus rien à faire ensemble... Etre amis ? Non. J'avais refusé car je m'en sentais incapable. Alors oui, pour me préserver un peu, je devais faire comme s'il n'était pas là. Parce que je savais que si je le regardais, j'allais avoir envie de m'approcher de lui et de l'embrasser, de le tenir contre moi pour ne plus le laisser repartir. Stop Samuel. C'est terminé tout ça. Lilly se tenait juste à côté de moi et je finis par me tourner vers elle pour lui parler, remarquant alors qu'elle avait un regard froid à la limite de la colère qui se portait sur... Liam. Je suivis le regard de Lilly et croisai le regard de Liam pendant un bref instant : Il détourna le regard juste avant que je ne détourne le mien. J'observai de nouveau Lilly qui regardait toujours Liam de la même manière. Je me penchai et murmurai de nouveau à son oreille :

-S'il te plaît... Je sais qu'il a été terrible avec tout le monde mais si tu p...

Je n'eus pas le temps de finir ma phrase qu'on frappa à la porte. Bon, cette conversation aurait lieu plus tard mais elle aurait lieu : Il fallait qu'elle arrête de le regarder comme ça, de le maudire du regard. Il avait besoin de soutien, pas d'accusation... Les premiers invités venaient d'arriver et il s'agissait des mes... Oui, mes meilleurs amis, je crois qu'on peut dire ça. Kay et Ari, accompagnés d'Adonis la sœur d'Ari, s'approchèrent de nous et un nouveau sourire étira mes lèvres. J'étais vraiment ravi de les voir et malgré ce qu'il s'était passé entre Ari et moi, nous nous entendions de mieux en mieux. Ari me raconta ce qu'il s'était passé dans la journée à la bibliothèque et quand il me raconta que Patou avait encore fait des siennes en mettant de la peinture un peu partout (à croire qu'il voulait devenir peintre ce chien), je ne pus m'empêcher de rire, surtout en imaginant la tête d'Ari et de Kay face au résultat. Ari m'annonça que j'allais moins faire le malin le lendemain quand il allait falloir tout nettoyer mais ça m'était égal : Ce soir, je me sentais léger. Liam était à nos côtés, alors rien ne pouvait me mettre en colère ou me rendre désagréable. Enfin, c'était ce que je croyais... Stupide Samuel... Comme toujours. Sans avoir besoin de le regarder, je sentis Liam s'approcher de nous. J'étais cependant toujours décidé à ne pas le regarder. J'avais également peur que mes regards ne me trahissent et ne révèle notre secret aux autres et il ne voulait pas de ça. Donc... Mais c'était vraiment difficile de le sentir si proche sans pouvoir ne serait-ce que l'effleurer. Je devais cependant m'accrocher et ne pas craquer. L'arrivée de Mathilda, qui était d'une beauté à couper le souffle, m'éloigna heureusement de ces pensées et je ne pus m'empêcher de rire à nouveau lorsqu'elle retira ses talons en expliquant qu'elle n'avait plus l'habitude d'en porter et que ça lui faisait vraiment très mal aux pieds. Ah, les joies de la femme quand elle veut se faire belle. Nous, au moins, les hommes je veux dire, nous n'avions pas ce problème. Ce n'était pas désagréable de parler de tout et de rien, de rire de cette façon avec légèreté en essayant de tout laisser derrière nous. Certes, les problèmes et les difficultés étaient toujours là, bien présentes et ça, je le savais mieux que personne mais... Oui : Nous avions tous besoin de cette soirée.

De nouveaux invités arrivèrent et Giulio ne tarda pas à nous les présenter : Jude, une petite brune qui semblait être un peu timide à laquelle j'adressai un sourire franc, et Hans, un grand blond plutôt musclé auquel je souris également. Enfin, jusqu'à ce que je remarque la façon dont il regardait Liam. Mon sourire s'effaça doucement et je sentis mon estomac se contracter : Hans trouvait Liam à son goût, cela ne faisait aucun doute, et j'en étais malade. J'en étais malade parce que quand Liam m'avait quitté, il m'avait dit l'avoir fait pour une femme et il avait menti, ce qui voulait dire qu'il était toujours attiré par les hommes. Ce qui voulait dire qu'il était un célibataire comme un autre, prêt à faire de nouvelles rencontres. Mais moi, je n'étais pas prêt à le voir faire de nouvelles rencontres. Je commençai à me sentir mal quand je sentis un bras s'enrouler autour du mien : Je tournai mon visage et vit Lilly qui me regardait avec douceur. Je soupirai avant d'esquisser un bien maigre sourire et de prendre sa main dans la mienne avant d'y déposer un bref baiser. Elle me connaissait par cœur, et elle savait à quel point je pouvais aimer Liam. Elle avait sans aucun doute remarqué la façon dont mon corps tout entier s'était raidi quand j'avais vu Hans regarder Liam de cette façon. Mais je devais porter mon masque : Il le fallait. C'était l'anniversaire de Giulio et je ne voulais pas gâcher cette soirée. Un instant plus tard, on frappa à la porte et je fis mon possible pour ne pas reporter mon attention sur Hans et Liam. Giulio nous amena Gabrielle et je la saluai d'un bref sourire, incapable de faire beaucoup mieux sur le moment. Elle semblait particulièrement gênée et marmonna quelques explications sur le fait qu'elle ne pouvait pas rester et qu'elle avait apporté des Muffins pour se faire pardonner. Mon regard se tourna vers Adonis quand je l'entendis dire « On s'en fout. ». En plus, elle l'avait dit de façon tout à fait audible. Je savais, puisqu'Ari m'en avait parlé, qu'Adonis détestait Gabrielle parce qu'elle avait fait souffrir son frère. Je ne parvenais pas à juger Gabrielle, ni Adonis. Gabrielle avait fait des choix, et Adonis aimait son frère. Cette situation était vraiment très particulière et Ari fit en sorte de détourner l'attention en questionnant Hans et Jude.

J'aurais préféré que mon attention soit détournée vers autre chose moi...

Heureusement, le bras de Lilly passé autour de mien me permettait de ne pas perdre pieds et de continuer à me mêler à la conversation, de rire aux blagues, de passer un bon moment tout en évitant soigneusement de regarder en direction de Hans ou de Liam. Je ne savais pas où ils étaient, s'ils se regardaient, et je ne voulais pas le savoir. La politique de l'autruche, vous connaissez ? Eh bien moi oui, et ça marche... Bien. Enfin, en général ça marche, mais pour que ça marche, il faut être un petit peu aidé et moi je n'allais pas être aidé parce que, je vous laisse deviner en face de qui j'étais assis à table ? Liam. Qui se trouvait être à côté de ?... De ?... Allez un petit effort, je sais que vous savez : Voilà. Hans ! Putain de bordel de... Là, garder mon masque allait être une véritable épreuve de force. Moi qui voulais tout faire pour éviter de regarder Liam, là, je n'allais pas y couper. Et en plus de le vouloir, j'allais devoir le regarder être assis à côté d'un homme qui le voulait également. Un homme qui se pencha vers l'homme que j'aimais avant de lui dire « Liam, c’est bien ça ? » et mon cœur eut un raté et je dus détourner le regard parce que je savais que si, en cet instant précis, je gardais mon regard sur eux, j'allais être obligé de quitter la table tant qu'étais mal. Ces mots... Ces quelques mots... Ca avait été les premiers mots que j'avais dit à Liam lors de cette première véritable rencontre dans la cuisine. Ce soir où tout avait changé et qui me paraissait si loin. Donc, non seulement, ce type regardait MON Liam en le dévorant du regard mais en plus, il osait lui dire la même chose que moi. Cette soirée allait finalement se transformer en un véritable calvaire, et ce n'était que le début. Parce que quand Liam posa finalement son regard sur moi et qu'il éclata de rire, moi, j'eus envie de pleurer. Alors, se faire draguer devant moi de cette façon le faisait rire à ce point-là ? C'était donc tellement jouissif de me faire du mal ? Oh que oui apparemment. Si au moins, j'avais pu suivre leur conversation, les écouter, mais non : Liam se mit à parler en allemand et là, la véritable torture commença et le repas me parût horriblement long. Je fus incapable de me joindre aux conversations et aux rires comme je fus incapable de détourner mon regard de Liam et Hans. Ce dernier, parlait à mon amour qui buvait ses paroles. Là, devant moi, il était en train de tomber amoureux d'un autre. Là, devant moi, il était en train de passer à autre chose. Je le savais pourtant qu'il ne m'aimait plus mais être obligé d'assister à ça... C'était horrible.

HORRIBLE.

Je les voyais se rapprocher. Dangereusement. Je craignais le pire. Le repas commença véritablement et je mangeai pour faire honneur à Giulio mais au fond, je n'avais vraiment pas faim. J'avais limite la nausée en voyant Hans couver Liam du regard. Petit à petit, c'était la colère qui prenait la place de la tristesse et je finis par n'avoir plus qu'une seule envie : Sauter par dessus la table et démolir le portrait de cet allemand. Liam et moi n'étions plus ensemble mais ça ne m'empêchait pas de l'aimer à en crever et de détester ce type. Si j'avais accepté qu'il me quitte pour une femme, étrangement, je n'acceptais pas l'idée qu'il se tourne vers un autre homme. Sans doute parce que cela me renvoyait l'image de l'homme que j'avais été ou plutôt, celui que je n'avais pas su être pour satisfaire pleinement Liam. J'avais commis des erreurs, je n'avais pas été parfait et j'avais tout perdu. Tout. Je crispai la mâchoire et sentis une main se poser sur la mienne : Lilly. Encore et toujours. Ma Lilly. Mon soutien... Je tournai brièvement mon visage vers elle et secouait négativement la tête avant de reporter mon regard sur Liam et Hans. Je me faisais peut-être du mal mais je ne parvenais pas à détacher mon regard de leur jeu amoureux. Je serrai la main de Lilly, peut-être un peu trop fort mais elle ne retira pas pour autant sa main, sachant pertinemment ce que j'étais en train de traverser. Et le pire était à venir. Hans buvait énormément et non seulement, j'étais fou de rage qu'il se rapprochait de Liam, mais j'étais également fou de rage qu'il boive autant devant Liam qui lui, s'efforçait de ne pas boire ce soir. Qui lui, était un alcoolique profondément atteint et qui avait besoin d'aide et certainement pas d'un type qui buvait aussi. Non, il n'avait pas besoin de ça. Je n'irais pas jusqu'à dire qu'il avait besoin de moi parce qu'il était clair que ce n'était pas le cas, mais il n'avait pas non plus besoin d'Hans. Il n'avait pas besoin d'un homme lui rappelant son addiction de cette façon. Je ne pouvais qu'imaginer la difficulté qu'avait Liam à ne pas céder et à ne pas boire. Oui, je ne pouvais qu'imaginer parce que je n'étais pas alcoolique et que je ne pouvais pas savoir ce qu'il traversait. Quoique...

Moi, j'avais une autre drogue et elle était assise en face de moi.

Quand nous arrivâmes au dessert, j'avais l'impression que le dîner durait depuis des heures tant je me sentais mal. Lilly avait fini par me lâcher la main pour pouvoir continuer à manger et moi, je m'étais contenté de serrer les poinds sous la table. Hans était devenu plus entreprenant et Liam se laissait faire : Comment aurais-je pu l'en blâmer ? Il était attiré par Hans, c'était son droit. Même si ça me faisait mal à en crever, c'était son droit. Mais voir la main de l'autre se poser sur lui de cette façon... Voir son visage se rapprocher du sien... Voir son bras se glisser autour de ses épaules... Je n'en pouvais plus. Que ça cesse... Que ce dîne se termine et que j'aille m'enfermer dans ma chambre, s'il vous plaît... Arrêtez de me torturer... Le moment d'ouvrir les cadeaux arriva et je fis un effort monstrueux pour poser mon regard sur Giulio et ne plus regarder le spectacle qui se déroulait en face de moi. Un instant plus tard, je distinguai du mouvement à ma droite, là où se trouvait Hans et Liam et, grave erreur, je retournai mon attention sur eux. Là, ce fut le choc : Liam était en train d'embrasser Hans à pleine bouche. Ses lèvres... Ses douces lèvres qui avaient été miennes... A présent, elles étaient à Hans. A présent, Liam avait véritablement tourné la page. A présent, son cœur appartenait à quelqu'un d'autre. Je sentis les larmes me monter aux yeux mais pris sur moi pour ne pas craquer parce que si je venais à craquer devant tout le monde, c'en serait fini du secret. La main de Lilly se referma une nouvelle fois sur la mienne et je la serrai avec force en reportant mon regard sur elle, décidé à ne plus observer les deux... Amoureux... « Ca va aller » murmurai-je tout bas à Lilly. Bien sûr que non... Non, ça n'allait pas aller mais je me devais de la rassurer : Elle s'inquiétait déjà tant pour moi... Pendant un bref instant je croisai le regard de Mathilda et je haussai les épaules en esquissant un sourire triste. Que pouvais-je y faire ? Il allait refaire sa vie... C'était comme ça... Alors que j'étais en train de sombrer, Ari proposa de terminer la soirée chez lui en jouant aux cartes. Tout le monde se leva, apparemment très excité à cette idée mais de mon côté, je déclinai poliment l'invitation en prétextant être très fatigué. Ari fut déçu mais il n'insista pas. Lilly s'approcha de moi et je secouai négativement la tête, confirmant mon refus. Je me penchai et la serrai dans mes bras en murmurant « Merci » à son oreille. Sans elle, je n'aurais pas tenu le coup, c'était certain. Tout le monde s'en alla rapidement à l'exception de Hans et Liam qui, eux aussi étaient restés là. En les voyant, je réalisai que j'aurais peut-être mieux fait d'accepter l'invitation d'Ari parce que là... Je savais ce qui se profilait à l'horizon et je ne voulais pas en entendre parler. Je ne voulais même pas y songer. Il s'était refusé à moi et je n'avais pas insisté mais ce soir... A Hans... Il n'allait pas se refuser. S'il avait décidé de rester là avec lui, c'était pour une raison. D'ailleurs, Liam ne tarda pas à se lever de table, suivi de très près par Hans. Je me retrouvai seul à table. Enfin pas tout à fait seul. J'avais avec moi un compagnon qui n'allait plus me quitter.

Le désespoir. Parce que je venais tout juste d'entendre la porte de Liam se refermer.

Je ne fis aucun effort pour retenir mes larmes : De toute façon, personne n'allait me voir alors, je pouvais me laisser complètement aller à ma tristesse, à mon désespoir. Liam avait rencontré un autre homme et en ce moment même, ils étaient en train de se rapprocher et de... Je me redressai, commençant à débarrasser : Une façon comme une autre de m'occuper l'esprit. Ou pas parce qu'en fait, ramasser des assiettes et des verres ne m'empêcha pas de pleurer en imaginant ce qu'il pouvait se passer à l'étage. Quelques minutes passèrent et la table fut bientôt presque complètement vide, les assiettes, les verres et les couverts se trouvant dans l'évier, prêts à être nettoyés : Au moins, ça allait m'occuper pendant un moment. Il était hors de question que je monte dans ma chambre. Il était hors de question que je me trouve aussi près d'eux. Il était hors de question que... Je me figeai : Je venais d'entendre Liam crier mon nom. Je restai un instant sans bouger avant de lâcher l'assiette que je tenais entre les mains et qui était sur le point d'être nettoyée. Elle se fracassa au sol mais je n'y prêtai pas la moindre attention : Liam venait de hurler mon nom. C'était un appel au secours, je le savais. Il se passait quelque chose de grave, de très grave parce qu'il avait été horrible avec moi, parce qu'il me détestait et que s'il en venait à me demander de l'aide, à moi, c'était que c'était vraiment grave. Je montai les escaliers quatre à quatre et fonçai jusqu'à la chambre de Liam que j'ouvris à la volée. Là, sur le pas de la porte, je me figeai, pétrifié et choqué parce que je vis : Hans venait de se reculer et Liam était à genoux et il avait la lèvre ouverte, la joue rouge d'avoir sans aucun doute reçu un coup. Je voyais qu'il avait vomis, qu'il étant larmes et qu'il y avait... Du sperme qui coulait de sa bouche. En quelques secondes, tout ce que je voyais fit son chemin dans ma tête : Si Liam avait voulu de ce qu'il s'était passé, il n'aurait pas pleuré et n'aurait pas appelé à l'aide. Si Liam avait voulu de ce qu'il s'était passé, Hans n'aurait pas eu besoin de le frapper. Si Liam avait voulu... Et il n'avait pas voulu. On l'avait forcé. Hans l'avait forcé. Hans l'avait violé. C'était à présent des larmes de rage qui coulaient sur mes joues et mon regard se détourna finalement de Liam pour se poser sur Hans qui se tenait debout, le sexe toujours sorti. Quand il croisa mon regard, il leva doucement les mains et eut un rire nerveux. Moi, à ce moment-là, je fis un pas en avant et lui, il recula d'un pas. Il avait beau être musclé, mon regard avait de quoi lui faire peur. Il bredouilla alors quelques mots.

-On s'amusait un peu, c'est tout, ok ?

Je me figeai, sentant mon sang bouillonner dans mes veines.

-On ?... Non... Tu t'amusais... Lui...

Je reportai mon regard sur Liam et la vue de son visage baigné de larmes, de sang et de sperme finit de faire monter ma rage à son paroxysme. Un instant plus tard, je me jetai sur Hans et lui décrochai un coup de poing en pleine mâchoire. J'y mis tellement de force qu'il vacilla en arrière et j'en profitai pour le pousser violemment et le plaquer au sol. Le coup que je lui avais donné l'avait un peu sonné mais il était fort et je n'avais pas eu le temps de lui immobiliser les mains. Il me rendit mon coup de poing mais j'étais dans un tel état que je ne sentis même pas le coup. Mes poings à moi, s'abattirent à nouveau sur son visage. Une fois. Deux fois. Trois fois. Je le sentais bouger, essayer de me frapper mais je mettais tellement de force dans chacun de mes coups que bientôt, il cessa de bouger, sonné par les coups qu'il avait reçu et qu'il allait continuer à recevoir. J'allais le tuer. Je voulais le tuer. Je voulais lui fracasser le crâne jusqu'à ce qu'il ne ressemble plus qu'à un tas de chair. Jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien de lui. Jusqu'à ce qu'il crève comme une merde. J'étais dans une telle rage... Jamais... Jamais de ma vie je n'avais ressenti cela.

-ON S'AMUSAIT ? HEIN?!!! TU T'AMUSES MAINTENANT ?!!! TU T'AMUSES ESPACE D’ENCULÉ ?!!! JE VAIS TE TUER !!! TU M'ENTENDS ? JE VAIS TE TUER !!!!

Et mes coups pleuvaient, encore, et encore. La joue, la bouche, le nez, le front... Tout. Je frappai tout son visage, ne lui laissant aucun répit. Le sang giclait et on ne reconnaissait déjà plus son visage tant il était abîmé par mes coups. Mais je m'en fichais. Tout ce que je voulais, c'était le saigner, le voir mourir... Il cessa de se débattre, trop faible pour cela mais encore conscient et soudain, mon poing s’arrêta dans sa course : Je venais d'entendre Liam. Je venais de l'entendre me supplier d'arrêter d'une voix éteinte. Mais je l'avais bel et bien entendu. Toujours sur Hans, prêt à le frapper à nouveau, je tournai mon visage qui dégoulinait de sang vers Liam, ne comprenant pas sa demande. Il était en larmes et me suppliait du regard d'arrêter. Je secouai la tête.

-Non... Non... Après ce qu'il a fait...
-Sam...

Je restai un instant sans bouger, fixant Liam et puis, je me retournai vers Hans et abaissai mon poing. Je me redressai avant de me pencher vers lui et l'attraper par le col avant de le traîner hors de la chambre. Il trouva la force d'attraper mes poignets mais rien de plus : Je ne l'avais vraiment pas loupé. Et encore, il avait eu de la chance que je n'ai pas une arme à portée de main parce que je l'aurais abattu, cela ne faisait aucun doute. J'ouvris la porte et l'entraînai devant la maison.

-Si je te vois autour de lui…

Mon visage plein de sang était presque collé au sien qui lui aussi baignait dans le sang. Le même sang d’ailleurs, quand on y réfléchissait de plus près parce qu’il s’agissait du sien. Je l’avais frappé tellement fort à de nombreuses reprises qu’il y en avait autant sur lui que sur moi. La seule différence était que moi, je n’étais pas vraiment blessé. Physiquement, je m'étais un peu amoché mais c'était mentalement que la vraie blessure s'était faite.

-Si je te vois poser ne serait-ce qu’un regard sur lui, je terminerai ce que j’ai commencé. Tu lui dois la vie espèce d’enfoiré… Dégage !

Sur quoi je le jetai au sol. Je l’observai avec froideur ramper au sol avant de se relever et d'avancer en titubant, aussi rapidement qu’il le put. Je restai un instant devant la maison, sans bouger avant de baisser les yeux sur mes mains : Le choc passé, l’adrénaline descendue, mes poings me faisaient horriblement mal et à travers le sang, je distinguais des hématomes qui se formaient doucement : Mes phalanges avaient d’ailleurs déjà enflé. J’avais mis toute ma force dans mes coups et je ne m’étais arrêté que parce que Liam m’avait supplié de le faire. S’il ne m’avait pas arrêté… Oh bon sang, s’il ne m’avait pas arrêté… Je fis volte face et fonçai à l’intérieur de la maison en courant avant de m’enfermer dans la salle de bain. J’eus à peine le temps de soulever la cuvette des toilettes que déjà je vomissais tout ce que j’avais pu boire et manger pendant les dernières heures. Le choc, sans aucun doute. J’avais tué pendant la guerre par légitime défense. J’avais vu et fait des choses condamnables mais qui pourtant avait été faites pour une raison. Quand j’avais agressé Aristide, c’était la conséquence de mon stress post traumatique et là encore, il y avait donc eu une raison. Et là… En fait, la seule raison était ce qu’Hans avait osé faire à Liam mais était-ce suffisant pour justifier ma colère et mon intention de le tuer ? M’énerver, lui en coller une et le foutre à la porte, d’accord. Ca, ça aurait été justifié mais me jeter sur lui avec l’intention de le battre à mort ?… Le trouver dans cette chambre avec Liam… Le voir le violer de cette façon… Cela avait éveillé en moi quelque chose dont je n’avais jusque là, pas soupçonné l’existence. J’avais eu des moments de violence mais j’étais à la base quelqu’un de si doux… Je ne me reconnaissais plus. L’homme, qui venait de se rincer la bouche et le visage… L'homme qui avait taché toutes ses serviettes de sang. L'homme qui se regardait dans le miroir...

Non, je ne le reconnaissais plus. Où était-il passé cet homme bien, souriant, bienveillant qui appréciait la vie ? En fait, il avait disparu la nuit où il avait dit adieu à Liam. Je croyais l'avoir retrouvé, mais j'avais eu tort. Tellement tort... Je haïssais ce que j'étais devenu. Je me haïssais tellement... Cependant, ce n'était pas de moi dont il était question. En cet instant, c'était de Liam dont il était question. Liam... Liam qui était toujours dans la chambre, que j'avais laissé seul le temps de chasser l'autre enfoiré et de me nettoyer... Je sortis de la salle de bain avec une serviette propre à la main, ainsi qu'un gant de toilette avant de descendre rapidement à la cuisine. J'ouvris le placard en dessous de l'évier et pris une petite bassine que je remplis d'eau froid avant de remonter tout aussi rapidement que j'étais descendu à l'étage. J'entrai dans la chambre et vit que Liam n'avait pas bougé d'un centimètre. Non, pas d'un cil. Je m'approchai doucement de lui et c'est alors qu'il bougea enfin, mais pour se recroqueviller sur lui-même. En même temps, il avait de quoi avoir peur... Il avait été violé et j'avais été... Particulièrement violent. Pas envers lui mais, il avait le droit d'avoir peur de moi. D'ailleurs, il avait raison : J'étais mauvais. J'étais vraiment mauvais, jusqu'à la moelle. Seulement, je ne voulais pas lui faire du mal, je voulais juste l'aider, le soulager un peu. Je me mis à genoux face à lui et déposai la bassine, ainsi que le gant et la serviette au sol. Quand ma voix s'éleva, elle fut plus brisée que ce à quoi je m'étais attendu mais de toute façon, je ne voulais plus porter de masque : Ca n'avait que trop duré.

-Liam... Je suis désolé... J'ai... Ce qu'il t'a fait ça m'a...

Rendu fou ? Merci, ça, il avait déjà remarqué.

-Je ne vais pas te faire de mal... Je veux juste te soigner... Mais si tu veux, je peux aller chercher Mathilda...

Il avait beaucoup plus confiance en elle qu'en moi, ce qui était tout à fait légitime.
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Liam Marsden
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MessageSujet: Re: You had my heart inside of your hand and you played it to the beat. [Samuel. B] -18 !    Mar 2 Aoû - 20:32

J’avais mal, autant physiquement que moralement. Tellement mal que j’en venais à prier pour que Samuel ne m’ai pas entendu l’appeler, qu’il soit finalement allé chez Aristide avec tout les autres et laisse ainsi à Hans le loisir de m’achever. Car désormais, il n’avait plus besoin de moi, sans doute en viendrait-il donc à me tuer ou simplement continuer à me frapper pour le plaisir, jusqu’à ce que mort s’en suivre. J’étais tellement à vif nerveusement que je désirais réellement que ça se termine, d’une manière ou d’une autre et croyez-moi, après ce que je venais de vivre me faire battre à mort ne me semblait pas si terrifiant que cela. Le goût de sa semence était si infecte que je tentai de la recracher aussi sec, m’en mettant malheureusement plus sur moi que n’importe où d’autre, ce qui renforça mon dégoût. Seigneur… Je pleurais toutes les larmes de mon corps, choqué, perdu, déboussolé. Les commissures de mes lèvres me brûlaient horriblement, sans doute étaient-elles ouvertes, je n’en savais rien. Incapable de réfléchir à quoi que ce soit, je n’eus même pas le réflexe de m’enfuir lorsque je sentis Hans se reculer. Oui, à défaut de le voir je le sentis s’éloigner tant les larmes brouillaient à présent ma vue. Ces larmes, mon sang, son sperme et le vomi se mélangeaient dans ma bouche, créant un poison horrible qui coulait encore le long de ma gorge. J’arrivais à peine à respirer et ce souffle déjà difficile s’atténua encore davantage lorsque j’entendis Hans rire. Me voir dans un tel état de souffrance représentait donc une si grande joie pour lui ? Me voir à la limite de l’évanouissement tant j’étais en état de choc lui paraissait si drôle que ça ? Je relevai doucement mon regard sur lui, un regard suppliant et particulièrement mouillé : J’avais peur. Terriblement peur qu’il n’en ai pas terminé et qu’il continue, qu’il ne me tue pas mais continue à jouer avec mon corps comme bon lui semblait et si je n’avais pas été assez fort pour le repousser la première fois, je le serai encore moins les prochaines. Seulement, il ne me regardait pas. Il ne riait pas pour moi, mais paraissait anxieux, déstabilisé et lorsqu’il reprit finalement la parole en déclarant que nous ne faisions que nous amuser, mon regard suivit le sien pour tomber sur Samuel qui se tenait sur le pas de la porte et pleurait. J’avais tant l’impression de m’étouffer, j’avais tant la vue brouillée par mes larmes que je n’avais même pas remarqué sa présence… Non, pas plus que je n’avais réellement entendu la porte s’ouvrir, ou alors seulement de loin, très loin, bien au-delà du trou dans lequel Hans m’avait enterré. Alors il m’avait entendu. Alors il était venu à mon secours. Mais pourquoi pleurait-il ? Il me détestait… Mon esprit était cependant tellement embrouillé qu’en cet instant je ne parvenais plus à réfléchir à quoi que ce soit, ne compris même pas ce qu’il répondit à Hans. Je vis ses lèvres bouger, oui, mais les sons qui s’échappèrent de sa bouche m’étaient comme inconnus à la manière d’une langue étrangère. Et lorsque je vis soudainement son regard se poser sur moi, lorsque je réalisais qu’il me regardait alors que je venais de faire ça à un autre homme j’eus tellement honte qu’immédiatement je baissai la tête, comme pour me cacher à sa vue. Oui, j’avais honte de mettre laissé faire. Honte de lui avoir donné du plaisir. Honte de n’être que sa pute comme il le disait, son jouet. Je me sentais sale, en plus de tout le reste et il ne fallait surtout plus que Samuel me regarde, non ! Plus jamais… Je n’étais plus digne de son regard.

Un regard qui dût de toute manière bien vite se poser sur autre chose puisque quelques instants après l’avoir croisé, je sursautai tout en me redressant. Mon cœur qui battait déjà à cent à l’heure s’accéléra encore davantage lorsque je vis ce qui était à l’origine du bruit qui avait provoqué ce sursaut. Un bruit particulièrement sourd, particulièrement violent… Samuel venait de frapper Hans au visage, Hans qui vacilla légèrement avant de se faire pousser par terre et alors commença ce qui fut pour moi une seconde torture. L’espace de quelques secondes je pensais même plus à ce que je venais de subir ou à la douleur, non : Je pensais à Samuel. Samuel qui s’était vu rendre le coup qu’il avait infligé à l’instant même. J’aurais voulu faire quelque chose, crier, me jeter sur eux pour les arrêter mais j’étais bien trop figé d’horreur et de peur, pour lui. J’avais terriblement peur qu’il ne se fasse détruire par Hans parce que même si Sam aussi était fort, l’allemand était un véritable bloc de muscles… Et je ne voulais pas qu’il le touche. Je ne voulais pas qu’il pose seulement un doigt sur lui et risque d’abîmer son visage, son si beau visage… Moi, il pouvait bien me faire ce qu’il voulait tout compte fait, me violer encore et encore si ça lui faisait plaisir mais pas Samuel. Pas lui ! Seulement le coup de sembla pas déstabiliser Samuel puisque aussitôt il le lui rendit, lui et de nombreux autres. Trop nombreux autres. A chaque nouveau coup de poing, à chaque nouveau cri de souffrance qui en résultait, à chaque partie de son visage touchée je sursautai, encore, et encore. Et à chaque fois mon cœur faisait le saut de l’ange dans ma poitrine, ou bien voulait-il s’en échapper afin de m’épargner ce spectacle atroce ? Atroce… J’aurais préféré que mes larmes m’empêchent totalement d’observer ce qu’il se passait mais quand bien même les formes soient floues, je les voyais toujours. Ce n’était cependant pas le pire, non… Le pire était le bruit de ces coups qui retentissaient inlassablement, comme en rythme, et qui m’arrachaient à chaque fois un nouveau sursaut de terreur. Si au début Hans avait tenté de se débattre, il finit rapidement par ne plus bouger, ce qui renforça le flux constant de mes larmes. Il ne bougeait plus… Arrête de le frapper, arrête, il ne bouge plus… J’avais l’impression de vivre une scène qui se répèterait à la manière d’un vieux disque rayé, et Samuel ne cessait pas de le frapper, encore, toujours, il était dans un état de rage que je ne lui connaissais pas et qui m’effrayait encore plus que tout le reste. Non, je ne l’avais jamais vu avec cet air sur le visage, avec cette lueur dans les yeux, une lueur qui me glaçait le sang. Je voulais qu’il arrête, il fallait qu’il arrête… Le visage de Hans était déjà en sang, et à chaque nouveau coup ce sang giclait partout, sur Samuel, sur le sol, partout. Arrête… C’était le seul mot que mon cerveau semblait encore connaître : « Arrête. »

Cependant au fond de moi je savais, sentais qu’il ne voulait pas arrêter, qu’il était animé par une colère absolument incontrôlable. Il s’agissait d’une partie de lui que je n’avais jusqu’alors jamais soupçonné et supportais très mal, en admettant que je la supporte seulement. Certes s’était-il déjà mis en colère devant moi, et contre moi parfois, et à chaque fois j’en avais tremblé de peur de le perdre, de l’avoir blessé, mais cette violence… Non, je ne le savais pas violent et pourtant, il avait essayé de me tuer moi aussi. Si j’avais envisagé être à l’origine de la distance que Samuel avait mis entre nous avant son départ, en cet instant je compris qu’il n’en était pourtant rien. Ce n’était pas moi qui avais fait quelque chose qui aurait pu le décevoir, mais lui qui avait changé. Il avait changé et cet homme, cet homme qui continuait à battre froidement un autre homme devant mes yeux, cet homme qui était à présent recouvert de sang et semblait hors de lui, cet homme dangereux et violent m’inspirait bien plus de peur que d’amour. Une peur qui s’accentua au point de me faire trembler comme une feuille lorsqu’il se mit soudain à hurler qu’il allait tuer Hans parce que je le croyais, je savais qu’il en était capable. Aussi fou cela puisse paraître, j’avais conscience de la véracité de ses propos qui, pour le coup, n’avaient absolument rien à voir avec des menaces en l’air. Samuel voulait le tuer ; Il allait le tuer. Le tuer… Il ne méritait cependant pas la mort, quand bien même il m’ai fait mal, quand bien même il se soit servis de moi, non il ne méritait pas la mort. Personne ne pouvait mériter de mourir, même pas les hommes les plus pourris au monde, en tout cas pas pour moi. Une vie humaine était bien trop précieuse pour qu’on puisse se donner le droit de l’anéantir… Je n’en pouvais plus. Je ne pouvais plus regarder Samuel frapper Hans dans le but avoué de lui ôter la vie, je ne pouvais plus le regarder se couvrir de sang au fur et à mesure de ses coups qui paraissaient de plus en plus forts. Je ne pouvais plus supporter ce bruit non plus alors, doucement, je tentai de le calmer, de lui demander d’arrêter, mais ma voix ne couvrait malheureusement pas le bruit de ses coups et je n’avais pas la force d’hurler. J’aurais au moins pu essayer d’élever la voix mais cet effort me semblait aller bien au-delà de mes forces, la peur me serrant de toute manière toujours la gorge. J’avais beau trembler de tous mes membres, craindre ce Samuel si brutal, je ne cessai pour autant pas de le supplier de cesser, répétant ma demande une bonne dizaine de fois avant qu’il ne s’arrête soudainement. Il tourna alors son visage salis de sang vers moi et, bien malgré cette vision d’horreur, je trouvai la force de le regarder droit dans les yeux et répéter silencieusement mes supplications. Je n’en pouvais plus… Je voulais juste que ça s’arrête, je voulais juste qu’il arrête et lorsqu’il secoua finalement la tête, je crus que j’allais m’évanouir. La vue de tout ce sang dépassait de loin mon entendement, ne faisant pas partie de personnes qui pouvaient supporter ceci sans ciller. Non, moi je ne pouvais supporter ni la violence, ni la brutalité, ni le meurtre. Tout ceci ne faisait absolument pas partie de ce que j’étais, de ce que je pouvais ressentir : Je n’étais pas un être de haine. Je n’étais pas capable de me jeter sur quelqu’un pour le tuer tout comme Samuel venait de le faire, et semblait décidé à continuer. Il protesta mais je m’accrochai, n’étant cependant pas capable d’articuler quoi que ce soit de plus que son prénom même si je ne connaissais pas réellement la personne qui me faisait face car ce « Sam » là n’avait plus rien à voir avec l’homme que j’avais aimé.

Il se passa quelques secondes dont le silence me fit frissonner alors que Samuel me dévisageait, semblant réfléchir et hésiter. Réfléchir à quoi ? Je préférais encore ne pas me poser la question, craignant très sincèrement de l’avoir dérangé dans sa tentative de meurtre qui pourrait de ce fait se retourner contre moi. Oui, j’eus peur qu’il ne se jette sur moi car j’avais osé l’interrompre mais finalement il abaissa son poing, reporta son regard sur Hans et je lâchai un profond soupir de soulagement en me détendant. Il avait retrouvé la raison, allait m’écouter et non pas s’en prendre à moi… C’est du moins ce que j’eus l’audace de penser jusqu’à ce qu’il ne se redresse subitement et empoigne Hans pour le traîner hors de la chambre, mon regard les suivant sans comprendre. Pourquoi l’emmenait-il ? Qu’allait-il faire de lui ? Est-ce qu’il était toujours décidé à le tuer, mais peut-être pas sous mes yeux ?... Je sursautai de nombreuses fois encore, entendant la tête de Hans cogner contre chaque marche de l’escalier tandis que Samuel devait toujours le traîner et pourtant, je n’avais pas bougé. J’étais toujours assis par terre, les larmes coulant silencieusement sur mes joues alors que mon cœur tentait de reprendre un rythme normal mais c’était cependant impossible. Il y avait du sang partout… Absolument partout… Sur le parquet, sur les draps de mon lit, sur les meubles… Samuel avait frappé si fort que le sang de ce pauvre type avait giclé dans tous les sens. Ce pauvre type oui, car même s’il m’avait fait du mal, même s’il m’avait insulté et forcé à lui faire des choses horribles, il ne méritait quand même pas un tel sort. Il ne méritait pas de se faire froidement battre à mort. Quand j’avais appelé Samuel au secours je voulais seulement qu’il vienne et me délivre, qu’il chasse Hans et me sauve ainsi de sa brutalité mais au final, il avait été le plus brutal des deux. Il avait été le plus terrible des deux. La violence physique faisait partie des choses que je ne supportais pas, en ayant moi-même trop longtemps été victime. Toute mon enfance en réalité, si bien que même vingt ans après je ne parvenais toujours pas à regarder ce genre de scène sans en être passablement remué. Certes ma mère ne m’avait-elle jamais frappé de cette manière, et heureusement d’ailleurs, mais elle m’avait frappé quand même et je me souvenais très bien de chaque gifle, de chaque griffure, de chaque coup. Je me souvenais très bien des cris qui retentissaient dès que j’avais le malheur de faire le moindre bruit, ne serait-ce que pour sortir mes cahiers de mon cartable et faire mes devoirs. Combien de fois m’avait-elle giflé car j’étais selon elle trop bruyant ? Combien de fois m’avait-elle mis au coin durant des heures pour que j’arrête d’être « dans ses pattes » alors que c’était elle qui était venue me chercher dans ma chambre alors que je jouais tranquillement ? Mon père me protégeait dans ces cas là mais malheureusement, il n’était pas toujours présent pour arrêter ses coups et ses cris injustes. Depuis je ne pouvais décidemment plus supporter la moindre violence autour de moi et d’ailleurs, je n’étais pas quelqu’un de violent. Je ne m’étais jamais battu, n’avais jamais frappé ne serait-ce que mes enfants quand bien même ils soient parfois vraiment difficiles à calmer. J’étais incapable de lever la main sur qui que ce soit… Et je me rendais également compte d’être incapable d’aimer quelqu’un qui y parvienne, à fortiori en sachant que ce n’était pas la première fois…

Ma mémoire d’alcoolique n’avait pas laissé grand-chose d’autre que le souvenir de ce soir où, terriblement en colère, Samuel s’était jeté sur moi dans l’intention de m’étrangler. Je ne me souvenais pas avoir moi-même été horrible, je ne me souvenais pas l’avoir quelque part cherché, je ne me souvenais pas avoir en premier levé la main sur lui mais oui, je me souvenais du moment où il avait essayé de me tuer et de la peur que j’avais alors ressentis. Pourtant il n’avait jusque là jamais eu le moindre geste contre moi, bien au contraire. Entre ses mains tout n’avait été que douceur, tendresse, des centaines de caresses et de baisers qui du jour au lendemain me furent arrachées pour enfin en arriver là… En arriver au point où il désirait ma mort, au point où il l’infligeait sous mes yeux… Alors que j’étais toujours assis dans ma chambre, toujours tremblant et que mes larmes ne parvenaient pas à se calmer, je cherchais ce qui aurait pu constituer la cause de ce changement si brutal, sans trouver. Il faut dire qu’imaginer ce qu’il pouvait se passer en bas ne m’aidait pas vraiment, supposant que malgré toutes mes larmes et toutes mes supplications Samuel était décidé à quand même assassiner Hans… En bas, pas ici, pas devant moi, mais quand même aller jusqu’au bout. J’aurais pu essayer de me relever, courir en bas et tenter de le calmer mais de toute évidence je n’étais pas capable de le gérer, il ne m’écoutait pas, ou plus… Il se fichait même carrément de ce que je pouvais bien ressentir ou dire tant il devait me haïr, assez en tout cas pour avoir essayé de me tuer aussi. Mais je pouvais fuir. Je pouvais quitter la maison avant qu’il n’y revienne, attraper mes enfants et me réfugier chez quelqu’un qui saurait nous protéger. Alexander ? Aaron ? Peut-être… Aaron et Mathilda habitaient ensemble et elle, j’étais persuadé qu’elle parviendrait à le calmer… Ou pas, puisqu’en y repensant il avait déjà manqué d’avoir le geste de trop contre elle également. Ce jour où il avait découvert la vérité me concernant à l’infirmerie, ce jour où il avait appris que j’allais mourir, il s’en était pris à Mathilda… Il ne l’avait pas frappé, non, mais je savais qu’il en avait eu envie. Comme quoi…. Je pensais que quelque chose avait changé durant notre relation, provoquant ces excès de violence mais finalement plus j’y réfléchissais et plus je me rendais compte que finalement, ce côté sombre avait toujours fait partie de lui. Je l’avais rencontré comme ça, et j’en étais tombé amoureux comme ça, sans même me rendre compte de la violence qui pouvait l’habiter. Si j’avais su… Si j’avais su je m’en serais très certainement éloigné avant même d’en tomber amoureux parce que si j’allais si mal à présent, c’était en partie à cause de notre relation. Et que ce serait-il passé si nous avions annoncé aux jumeaux notre amour ? S’il avait fait partie de leurs vies tout comme il avait fait partie de la mienne ? Si au départ il n’avait été que douceur et gentillesse, son état semblait très nettement s’aggraver et, aurait-il pu finir par les frapper eux aussi sans raison ou par me frapper moi devant eux ? Aurions-nous pu en arriver à ce stade là ? Avant, j’aurais dit non sans hésiter. J’aurais été persuadé de ne jamais avoir rien à craindre de lui mais maintenant… Ceci ne changeait cependant rien à mes sentiments, quoi que je puisse en dire, et même si me rendre compte de cette partie de lui me terrifiait et me dégoûtait, je l’aimais toujours. D’un amour qui admet les qualités comme les défauts, quand bien même ils soient horribles. Il pouvait me frapper, il pouvait manquer de tuer quelqu’un devant moi, il pouvait être particulièrement brutal au plus profond de lui et pourtant, mon cœur battait toujours pour lui. Quoi qu’il fasse, il battrait toujours pour lui, et c’était particulièrement terrifiant en sachant de quoi Samuel était capable.

Notre amour n’existait néanmoins plus. Notre relation avait touché à sa fin et désormais plus rien ne me retenait ici si lui ne m’aimait plus. Il fallait que je parte tant que je le pouvais mais ce fut à ce moment là que j’entendis quelqu’un remonter les escaliers, et tremblai de nouveau. Ce ne pouvait être que Samuel. Ses pas retentirent dans le couloir avant de s’arrêter dans une pièce puis, de l’eau coula, signe qu’il était dans la salle de bain. Seulement si je sortais de ma chambre il me faudrait forcément passer devant la salle de bain et j’avais terriblement peur qu’en me voyant m’enfuir il replonge dans une colère folle. Aussi ne bougeai-je pas d’un millimètre, tentant d’arrêter de renifler afin de tendre l’oreille et écouter ce qu’il faisait. Je pleurais cependant tellement que c’était impossible, ma respiration ne pouvait pas se calmer. Etait-ce dû à ce qu’il s’était passé avec Hans ou à ce que Samuel lui avait fait ? Je n’osai formuler la réponse ne serait-ce que dans ma tête… Il s’écoula encore quelques instants durant lesquels j’appréhendai le moindre bruit, la moindre respiration jusqu’à ce que Samuel n’apparaisse sur le pas de la porte. Je ne le regardais pas, fixant obstinément le parquet, mais il était dans mon champ de vision et lorsqu’il s’approcha de moi la peur s’accentua de nouveau, me forçant à me recroqueviller sur moi-même. Il était terrible que de voir à quel point je craignais qu’il ne me batte à mon tour alors qu’auparavant nous étions si proches, si unis, si doux l’un envers l’autre. Mais à présent il ne s’agissait plus que de souvenirs et je nichai difficilement mon visage contre mes genoux, essayant d’étouffer mes sanglots qui auraient pu l’énerver. Par expérience avec ma mère, je savais que le bourreau n’aime pas entendre sa victime souffrir et oui, j’en venais à penser que Samuel était un véritable bourreau. Je sursautai d’ailleurs une nouvelle fois lorsqu’il posa quelque chose devant moi, quelque chose que je ne vis pas puisque je cachais toujours mon visage. Néanmoins lorsqu’il se mit à parler, je me détendis un peu et relevai doucement mon visage. Sa voix était pleine de tristesse, de douleur, et même si ses excuses n’effaçaient pas la peur que je ressentais vis-à-vis de lui elles parvinrent tout de même à l’alléger. Oui, ce que Hans m’avait fait avait été le déclencheur de sa haine, je m’en rendais bien compte même si je n’oubliais pas la manière dont il l’avait frappé, ni même le bruit atroce de ces coups répétés, et tout ce sang… Non, je n’oubliais pas.

Mon regard embué de larmes se posa doucement sur ce qu’il n’était enfait qu’une bassine remplie d’eau accompagnée d’une serviette et d’un gant de toilette, puis vint l’explication. Il ne voulait pas me faire de mal ? Il m’en avait pourtant tellement fait déjà… Pourtant la proposition d’aller chercher Mathilda ne provoqua aucune forme de soulagement chez moi à ceci près que je parvins à me convaincre de sa sincérité : S’il était prêt à aller chercher quelqu’un d’autre, c’est qu’il ne désirait pas en finir avec moi immédiatement. Pourquoi proposer ceci s’il avait dans l’intention de m’achever ? Seulement attendre que j’accepte et se montrer encore plus cruel ? Mes nerfs étaient carrément à vifs mais j’osais espérer, sans doute bêtement, que Samuel n’était pas encore comme cela… Non, il ne pouvait pas être devenu aussi horrible… Tout comme je n’aurais jamais cru qu’il le devienne déjà à ce point mais mieux valait-il éviter de songer à cela. Je fixai quelques instants la bassine d’un œil vide avant de hocher presque imperceptiblement la tête, lui donnant le droit de me soigner tout comme il prétendait vouloir le faire. Qu’est ce que je risquais après tout ? La mort m’effrayait mais finalement elle aurait abrégé mes souffrances.

« Non… Tu peux le faire… »

Ma voix était éteinte de la même manière que mon regard, regard qui se bornait à fixer le fond de cette bassine sans se relever une seconde vers Samuel qui était à genoux face à moi. Je le vis alors se saisir du gant, le tremper dans l’eau puis l’essorer entre ses doigts avant de les poser sous mon menton pour me relever doucement le visage. Je tressaillis au contact de sa peau, évitant cependant de reculer tout en tentant de ne pas croiser son regard. Pourtant lorsque mes yeux se posèrent sur son torse et que je vis tout ce sang tacher sa chemise, je préférais encore affronter son regard que ce spectacle terrifiant et fus soulager de constater que lui ne me regardait pas dans les yeux. Non, il regardait mon visage et approcha le gant de ma bouche pour l’essuyer. Je tressaillis une nouvelle fois lorsqu’il se posa sur ma lèvre ouverte, me brûlant et pourtant un sourire triste finit par étirer ses mêmes lèvres tandis que Samuel éloignait le tissu de la plaie, voyant ma souffrance. Non, il ne voulait décidemment pas me faire mal et pourtant…

« …mais tu es celui qui m’a fait le plus de mal ce soir… »

Parce que tu as fait comme si je n’existais pas durant toute la soirée. Parce que savoir que tu me détestes m’a fait me sentir coincé avec Hans. Parce tu as été une véritable brute. Parce que tu es allé beaucoup trop loin. Parce que tu m’as terrifié et que tu me terrifies encore. Parce que te voir dans un tel état a été beaucoup plus difficile pour moi que de me faire violer. Parce que je déteste le pseudo altruisme qui te pousse à t’occuper de moi alors que tu ne veux plus de moi. Parce que j’en viens même à te haïr tant je t’aime et tant te voir devenir ce monstre m’arrache le cœur. Mais tout cela, mes lèvres n’avaient pas la force de le mimer et finalement n’eurent pas à le faire puisqu’il ne demanda aucune explication, ne répondit même pas. Peut-être s’en moquait-il. Peut-être s’en doutait-il. Je ne le savais pas mais finalement son regard se reporta sur mes lèvres meurtries et il continua à ôter de mon visage toutes ces substances horribles, mes larmes silencieuses roulant par-dessus ses doigts.

« Tu l’as tué, n’est ce pas ? »

Non. Si je le croyais, non. Ma certitude qu’il avait emmené Hans en bas pour l’achever était forte et pourtant je parvins à hocher doucement la tête tout en affrontant son regard, me détendant légèrement. Avais-je de toute façon le choix de le croire ou non ? A la limite je préférais le croire, quitte à me bercer d’une douce illusion. Je le laissai alors continuer sans un mot, observant son visage tandis qu’il lavait le mien en se montrant particulièrement doux, particulièrement attentif ce qui me permit de cesser de pleurer sans même que je ne m’en rende réellement compte. Au bout de quelques instants je soupirai puis attrapai mes cheveux pour les repousser en arrière, dégageant ainsi mon visage lorsque je vis le sien se décomposer. Il serra les dents tout en regardant mon cou désormais dégagé. Pour ma part, j’étais totalement perdu.

«…Qu’est ce qu’il y a ?... »

Il ne répondit pas, se contentant de baisser le visage vers la bassine pour rincer le gant à présent taché de mon sang puis l’essorer avec beaucoup plus de force que précédemment. Je voyais bien qu’il bouillonnait mais ne comprenais pas ce que j’avais pu faire…

« Quoi ? Dis-moi qu’est ce qu’il y a…. »

Lorsqu’il releva le gant vers mon visage son regard se posa une nouvelle fois dans mon cou et cette fois je fronçai les sourcils, glissant mes doigts là où il me regardait afin d’essayer de comprendre. Pourtant, je ne sentis rien sous mes doigts. Je ne comprenais pas ce qu’il lui arrivait, ce qu’il pouvait voir pour provoquer sa colère et doucement, la panique commença à s’insuffler en moi comme si je craignais d’avoir soudainement d’énormes plaques rouges sur la peau ou une affreuse bestiole. En imaginant cela, je n’étais d’ailleurs pas très loin de la vérité. Une nouvelle fois je lui demandai de m’expliquer, ma voix se faisant de plus en plus suppliante et paniquée mais il semblait décidé à ne rien dire et serrer les dents puisqu’il effectua un geste pour recommencer à me laver mais non, non, je voulais savoir. Il fallait que je sache ! Alors mes doigts s’enroulèrent autour de son poignet avant qu’il n’ait pu poser le gant sur ma peau et de nouveau je l’interrogeai, paniquant de plus en plus face à son silence et à son regard. « Qu’est ce que j’ai ? Qu’est ce qu’il y a ? Dis moi ! Qu’est ce que j’ai ?! » Les larmes recommencèrent à couler face à son silence et cette fois je ne tins plus, me relevant d’un bond en renversant au passage la bassine qui déversa son eau sur le parquet, me faisant glisser. Je me retins néanmoins à la commode pour ne pas tomber et courrai à la salle de bain observer mon visage, mon cou, voir ce qu’il pouvait s’y trouver de si horrible et lorsque je fus face au miroir, mon cœur s’arrêta. Un suçon. Voilà ce qui trônait honteusement dans le creux de mon cou et qui semblait faire à ce point enrager Samuel mais pour ma part, j’étais incapable de ressentir quoi que ce soit. Je ne l’avais même pas sentis lorsqu’il me l’avait fait, laissant derrière lui une marque indélébile de son passage. Je pleurais, oui, mais je ne ressentais définitivement rien. Ce fut comme la goûte d’eau qui venait de me briser tout bonnement. Ce qu’il s’était passé m’avait fait souffrir, m’avait fait mal, mais cette fois c’était terminé : J’étais complètement anéantis. Et devinez vers qui j’avais envie de me tourner pour obtenir du réconfort… Mon amie, ma seule amie… VODKA. Même si tout ce qui venait de se passer m’avait fait oublier mon envie de boire, le manque que je ressentais il venait de m’exploser en plein visage et à peine m’étais-je tourné vers la sortie que je vis Samuel sur le pas de la porte. Pensant qu’il se pousserait sur mon passage je fonçai, décidé à descendre en bas chercher la moindre petite goûte d’alcool mais bien loin de me laisser la voie libre il se plaça bien au milieu du chemin et je me pris son torse de plein fouet, en ayant une seconde la respiration coupée. Quoi ! Comment pouvait-il ne serait-ce qu’imaginer ce que je voulais ?! Néanmoins je savais que les signes d’un manque sont visibles, évidents, sans doute mon regard de dément m’avait-il trahis, ou bien les tremblements qui m’animaient et qui étaient bien plus forts que ceux de la peur. Me reculant, un peu sonné, je relevai mon regard vers le sien et compris qu’il avait comprit, pour mon plus grand malheur. Il ne semblait d’ailleurs pas décidé à me laisser aller jusqu’au bout de mon envie et ne bougea pas d’un cil tandis que je tentai de forcer une nouvelle fois le passage, me jetant contre un véritable bloc de béton. Je me reculai alors une nouvelle fois avant de soupirer et hocher très rapidement et plusieurs fois la tête.

« Oui, oui, tu as raison, d’accord. D’accord, je ne bouge pas d’ici. »

La parole d’un drogué ne valait cependant pas grand-chose et à peine eus-je vu sa bouche s’ouvrir sans doute pour me répondre que je m’étais plié en deux et filai sous son bras, courant le plus vite possible dans le couloir afin d’atteindre les escaliers. Car si lui était bien plus fort que moi grâce à sa carrure, sa musculature, il semblait évident que j’étais plus rapide, car plus léger. A partir du moment où il ne réussissait pas à m’attraper et m’immobiliser je pouvais atteindre la cuisine et croyez-moi, je n’avais jamais couru aussi vite de ma vie. Entendant ses pas derrière les miens bien malgré ma panique de drogué en manque je me jetai dans les escaliers et les dévalai à toute vitesse, glissant cependant sur une marche. Une nouvelle fois je tombai en roulant jusqu’en bas mais malgré la douleur je parvins à ramper sur quelques mètres puis me relever et me remettre à courir. Cette chute avait cependant permit à Samuel de me rattraper et, faute de pouvoir utiliser un autre moyen pour le ralentir j’attrapai dans ma course un vase et le jetai derrière moi, espérant qu’il ne parviendrait pas à l’éviter. Le vase ne fut pas la seule chose qui vola à travers la maison tandis que je tentai de rejoindre la cuisine, il y eut aussi les lampes, les bibelots, tout ce qui me tombait sous la main et bien que j’eus la certitude de l’avoir parfois touché, j’étais si essoufflé et mon cœur battait si vite que je fus forcé de ralentir ma course. Je me sentais traqué comme du gibier, traqué et bientôt attrapé puisque Samuel se jeta sur moi et parvins à m’immobiliser quand bien même je me débatte comme un diable. Vous savez déjà que j’étais incapable de lever la main sur quiconque et pourtant, en état de manque ou d’ivresse, cela ne tenait plus. Hors dans le cas présent, j’étais justement en état de manque et je pu au bout de quelques instants réussir à frapper Samuel pour qu’il me lâche, visant le nez tout en sachant que je ne possédais pas assez de force pour lui faire mal ailleurs. Ce dût marcher puisque aussitôt il me lâcha et je partis de nouveau en direction de la cuisine mais au bout de quelques pas à peine je sentis quelque chose me pousser violemment sur le côté et, perdant l’équilibre, m’écroulai juste avant d’avoir pu atteindre la cuisine. Mes genoux et mes coudes en prirent un sale coup mais les larmes qui se laissèrent aller à couler sur mes joues n’étaient pas dues à cela, non… Elles étaient dues à Samuel qui venait de se jeter dans la cuisine et se diriger vers toutes les bouteilles d’alcool qui se trouvaient sur le plan de travail après que nous ayons pris l’apéritif. D’un geste il les envoya toutes, absolument toutes s’écraser au sol et alors je ne pu m’empêcher de pleurer. Il les avait toutes cassé… Toutes, jusqu’à la dernière… Je demeurai par terre, à plein ventre, observant l’hécatombe tout en laissant les larmes couler sur mes joues quelques instants avant de me relever difficilement, à bout de souffle. Cette course poursuite me laissait aussi frustré qu’endoloris et désormais, alors que je savais que je ne trouverais plus aucune bouteille dans cette maison et que personne n’accepterait de m’en donner, une seule solution m’apparaissait encore : La mort, car il valait bien mieux mourir rapidement que mourir d’une crise de manque.

Mes jambes flanchaient mais je parvins à pénétrer doucement dans la cuisine, m’appuyant aux différents meubles tout en regardant toujours le spectacle de toutes mes amies explosées au sol. Finalement j’atteignis le tiroir dans lequel Giulio rangeait tous ses ustensiles de cuisine et l’ouvrit, Samuel ne prêtant de toute manière pas attention à moi en apparence. Il appuyait fermement sur ses narines tout en regardant le plafond mais je ne savais pas si je lui avais cassé le nez, s’il saignait… C’était impossible à dire tout en sachant que sa chemise était déjà couverte de sang. Doucement mon regard se posa sur le contenu de ce tiroir et lorsqu’il rencontra un grand couteau de cuisine mes doigts l’enlacèrent avant de le soulever et en poser la pointe tout contre mon ventre. Je sentis le regard de Samuel mais il ne bougea pas, sans doute conscient qu’au moindre geste de sa part je n’attendrais pas une seconde pour l’enfoncer. Je savais très bien à quoi ressemblait une cure de désintoxication pour en avoir déjà subi une, je connaissais cette douleur déchirante qui n’est pas seulement psychologique mais également physique et je ne voulais pas revivre ça. Pour quoi le supporterais-je après tout ? J’avais déjà tout perdu, jusqu’à ma dignité ce soir. L’amour de ma vie avait tenté de m’assassiner, mes enfants m’évitaient, mes amis me détestaient, un homme avait profité de moi… En quoi cette vie était-elle mieux que la mort, hein ? Je n’avais plus rien à perdre à présent. Je tournai la tête vers Samuel et mon regard glissa lentement sur lui, constatant que si lui était à bout de souffle, moi pas. J’avais retrouvé mon calme, ma sérénité parce que je savais que je n’aurais plus aucune épreuve à affronter. Plus aucune. Mais pourquoi semblait-il si effrayé ? Pourquoi me dévisageait-il comme pour essayer de me convaincre de reposer ce couteau ? Un faible sourire étira mes lèvres alors que je secouai doucement la tête.

« Quoi ? Ne me dis pas que tu n’en as pas rêvé… Tu as même essayé de le faire toi-même alors, quelle importance ? A moins… A moins que tu ne veuilles terminer ce que tu as commencé ? »

Il se passa quelques secondes de silence durant lesquelles nous nous dévisagions mutuellement avant qu’il n’acquiesce doucement et tende la main vers moi pour récupérer le couteau. D’accord… Il voulait m’achever de sa main, et après tout si cela pouvait lui faire plaisir ça ne changeait absolument rien pour moi. Je savais que je l’insupportais. Je savais qu’il avait déjà eu des envies meurtrières à mon sujet et en avais de toute évidence encore. S’il avait cassé mes bouteilles, c’était pour me faire souffrir à défaut de pouvoir me tuer mais je lui offrais la possibilité d’assouvir son envie, son besoin. Qu’il le fasse, il n’aurait qu’à prétendre que c’était Hans qui m’avait tué s’il voulait éviter des ennuis. Alors, lentement, je retournai le couteau de manière à poser mes doigts sur la lame et glissai le manche entre ses doigts, attendant qu’ils les resserrent avant de retirer les miens. Mon regard était toujours plongé dans le sien et, une seconde à peine après lui avoir confié le couteau je me jetai à son cou pour l’embrasser une dernière fois tandis que la lame s’enfoncerait en moi. Quelle plus belle manière que de mourir en embrassant une ultime fois l’être que vous aimez le plus au monde et qui vous ôte lui-même la vie ?

Seulement voilà, je ne sentis pas la lame pénétrer mes chaires. Je ne la sentis pas en moi alors que mes bras passés autour du cou de Samuel le serraient contre moi et que mes lèvres s’écrasaient contre les siennes. Je ne sentais rien dutout.
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MessageSujet: Re: You had my heart inside of your hand and you played it to the beat. [Samuel. B] -18 !    Dim 11 Sep - 16:15

Il avait peur de moi, mais comment l'en blâmer ? Je m'étais montré violent... Particulièrement violent et j'avais failli tuer un homme juste devant lui. Il était normal qu'il ait ainsi peur de moi. Oui, c'était normal et pourtant, cela me faisait horriblement mal. Cela me faisait mal de le voir me regarder avec ces yeux remplis d'horreur et de terreur : Je préférais encore sa haine ou son indifférence. Ca, c'était bien plus difficile à supporter. J'allais pourtant rester. S'il le souhaitait, j'allais rester à ses côtés et l'aider. Tout dépendait de lui, je ne pouvais absolument pas lui imposer ma présence ; Pas après tout ce qu'il s'était passé. Aussi, j'attendis patiemment qu'il se décide à soit me congédier, soit me laisser l'aider. Je finis par percevoir un infime hochement de sa tête, me signifiant qu'il était d'accord pour que je reste et que pour que je m'occupe de lui. Et lorsqu'il me confirma à voix haute que je pouvais m'occuper de lui, j'en fus soulagé. Enfin, le fait qu'il me laisse m'occuper de lui me soulagea, mais sa voix horriblement éteinte m'arracha un peu plus le cœur. Il avait vécu des choses terribles et il allait en être à jamais changé. Je savais à quel point les expériences traumatisantes pouvaient changer un homme puisque j'en étais la preuve vivante : La guerre m'avait rendu plus violent que je l'étais auparavant, elle m'avait rendu plus sombre. La guerre m'avait brisé et j'avais peur que Liam ne soit lui aussi définitivement brisé après cette soirée qui était l'épilogue de nombreuses souffrances pour lui, souffrances dont j'avais été en grande partie la cause. Comme j'aurais voulu pouvoir revenir en arrière et tout recommencer, tout lui dire, tout lui avouer, m'ouvrir à lui pour ne pas m'éloigner de lui. Jamais nous n'en serions arrivés là. Jamais il n'aurais recommencé à boire. Jamais il n'aurait flirté avec cet enfoiré d'allemand pour finalement se faire violer... Rien qu'à cette pensée la rage bouillonnait encore en moi. Je ne devais cependant pas laisser cette rage m'envahir à nouveau : Pas devant Liam.

Plus jamais devant lui. Jamais.

Avec douceur, parce que je savais que je devais absolument éviter tout geste brusque, je me saisis du gant et le trempai dans l'eau avant de l'essorer. Toujours avec douceur, je posai le gant sous son menton et lui fit doucement relever le visage, un visage dont le regard s’obstinait à éviter le mien, comme il l'avait souvent fait par le passé. Il ne voulait pas croiser les yeux de cet être violent qui lui faisaient tant peur et si j'avais autrefois tout fait pour qu'il ne détourne pas le regard, je n'eus cette fois-ci aucun geste pour le forcer à me regarder. Alors, de mon côté, je préférai ne pas regarder son visage, ne plus observer ce regard rempli de terreur qui me faisait tant mal. Je détournai donc mon regard du sien pour observer son visage et plus particulièrement les endroits où il avait besoin d'être nettoyé et soigné. C'était ce qu'il y avait de mieux à faire. Lorsqu'à mon grand étonnement il releva le regard vers moi, je pris soin de ne pas abaisser mon regard dans le sien afin que nos yeux ne se croisent pas : C'était mieux ainsi. Je fronçai légèrement les sourcils en voyant la coupure sur sa lèvre et déposai doucement le gant sur sa bouche pour l'essuyer avant de justement m'attarder sur cette coupure. Je le sentis se raidir et tressaillir et arrêtai aussitôt avant de reculer doucement le gant : Je voulais le soigner mais je voulais éviter de lui faire mal, il avait assez souffert comme ça. C'est là qu'une phrase tranchante tomba : J'étais celui qui lui avait fait le plus de mal ce soir. Mes doigts se resserrèrent sur le gant et je sentis une brûlure dans mes yeux, une brûlure que je fis en sorte de contrôler : Comment pouvait-il penser une chose pareille ?... J'avais fait pire que le violer et le battre ? Moi ? J'avais fait pire que Hans ? Alors il me voyait donc ainsi ? Il me voyait comme un véritable monstre ? Je n'avais cependant pas la force de lui demander des explications car entendre cette vérité de sa bouche m'aurait été encore plus douloureuse. Tellement plus douloureuse... Donc, je me tus et rapprochai une nouvelle fois le gant de son visage avant de continuer à nettoyer ses blessure avec le plus de délicatesse possible.

Et lui, il pleurait.

Je sentais ses larmes rouler sur mes doigts et je savais que, malheureusement, je ne pouvais rien faire pour l'empêcher de pleurer car non seulement il avait vécu des choses épouvantables mais en plus, il continuait à être dans la souffrance parce que j'étais à ses côtés. En repensant à cela, j'en vins à me demander pourquoi il avait accepté que je m'occupe de lui. Il n'avait pas été obligé, Mathilda aurait pu s'en occuper mais non, il m'avait dit que je pouvais le faire. S'il me détestait autant, s'il je le répugnais autant, s'il avait autant peur de moi, pourquoi avoir accepté de rester seul avec moi après ce qu'il venait de vivre ? Je n'y comprenais rien comme je n'avais rien compris à notre rupture. Comme je ne le comprenais plus... J'avais installé un fossé entre nous mais il m'avait finalement aidé à le creuser. Il m'était difficile d'être si proche et pourtant si loin de lui, d'être à ses côtés sans pour autant pour me rapprocher, de toujours l'aimer à en mourir sans pouvoir lui dire, de toujours l'aimer à en crever alors que lui... «  Tu l'as tué, n'est-ce-pas ? » Je me stoppai net et cessai aussitôt de nettoyer son visage, mon regard croisant enfin le sien. Je n'étais pas choqué qu'il me pose cette question, ni même étonné parce qu'au fond, j'avais été sur le point de le faire et quand il m'avait supplié d'arrêter de m'acharner sur Hans, j'avais emmené ce dernier dehors. A partir de cet instant, Liam n'avait pas vu ni même entendu ce qu'il s'était passé entre cet enfoiré et moi. Il était cependant sûr que je l'avais achevé et je savais que celui lui faisait beaucoup de mal. Je n'étais pas télépathe, non, mais il me suffisait de le regarder dans les yeux pour y voir la douleur de ce que ce geste, si je l'avais véritablement accompli, lui aurait procuré. Je ne l'avais cependant pas fait : Je ne l'avais pas tué. Je l'avais voulu, mais je ne l'avais pas fait. Alors, doucement, je secouai négativement la tête avant de lui répondre à vois basse.

-Non... Je ne l'ai pas tué. Je l'ai laissé partir mais pas sans lui avoir dit la façon dont il allait devoir se comporter à partir de maintenant vis-à-vis de toi.

Il hésitait.

-Je te le jure. Dès l'instant où tu m'as demandé...

Je ne terminai pas cette phrase mais enchaînai avec une autre afin de tout faire pour qu'il finisse par me croire.

-Je l'ai jeté par terre et il est parti. Il est toujours vivant.

Dommage. Parce qu'à mon sens, il méritait véritablement de mourir. Hans était un prédateur, un prédateur dangereux et puisque je ne l'avais pas tué, j'allais trouver un autre moyen de protéger Liam et les autres de cet enfoiré : J'avais déjà décidé que dès le lendemain, j'irai parler à Alexander de ce qu'il s'était passé. Certes, je n'allais pas rentrer dans les détails mais il fallait qu'il sache : Il fallait que tout le monde sache ce dont Hans était capable parce qu'il était capable du pire, je le savais. Si je n'avais pas été là... Si j'étais parti avec tous les autres, il aurait terminé ce que j'avais interrompu et il aurait même pu aller jusqu'à... Jusqu'à tuer Liam. J'en avais la certitude et cette certitude n'aida pas la bête meurtrière qui sommeillait en moi à rester calme, croyez-moi. Je pris cependant sur moi, pour Liam. Je ne voulais plus qu'il ait peur de moi... En tout cas, je ne voulais plus l'effrayer autant que j'avais pu l'effrayer plusieurs minutes auparavant. Finalement, il hocha doucement la tête, signe qu'il me croyait enfin. J'en fus soulagé. Dès lors, j'entrepris de continuer à laver son visage avec toujours autant de délicatesse afin de lui éviter toute douleur supplémentaire. Lorsque j'arrivai au niveau de son menton et de son cou, il pris ses cheveux dans ses mains et les souleva de façon à me permettre de pouvoir mieux le laver et là, ma main se stoppa dans sa course quand mon regard se posa sur une marque qu'il avait dans le creux de son cou : Un suçon. Cet enfoiré lui avait fait un suçon. Cela aurait pu m'être égal comparé au reste et pourtant, ce fut la goutte d'eau. J'en fus tellement choqué que j'en restai paralysé, incapable de parler tant j'avais la mâchoire serrée, incapable de détacher mon regard de cette marque immonde qu'un autre que moi avait laissé sur l'homme que j'aimais. Une marque, un souvenir rappelant ce qu'il avait fait, ce qu'il s'était passé. Ma bête meurtrière se réveilla aussitôt. Cela dit, elle n'avait pas été véritablement endormie, elle somnolait simplement, mais à présent, elle était pleinement réveillée. Alors que j'avais l'immobilité d'une statue, à l'intérieur, le chaos revint faire tout exploser.

Je me redressai subitement, jetant le gant à terre avant de sortir de la chambre et de dévaler les escaliers en courant. Je fus très vite dehors et il ne me fallut pas longtemps pour retrouver Hans : Il était tellement blessé qu'il n'était pas allé bien loin et n'avait même pas encore rejoins sa maison. Ou peut-être attendait-il d'être certain que tout le monde soit couché pour rentrer ? Peu importait. Tout ce qui importait, c'était qu'il était à ma portée, là, assis par terre contre un arbre en train d'essuyer son visage avec sa manche. Lorsqu'il me remarqua, je le vis faire un mouvement pour se redresser et il y parvint puisque j'étais encore à quelques mètres de lui. Cependant, il était bien trop faible pour pouvoir m'échaper et très vite, je fus à sa hauteur et lui envoyait un nouveau coup de poing en plein visage : De nouveau, je ne sentais plus mes mains, ni même mon corps. Tout était redevenu blanc et il n'y avait plus qu'une seule chose qui comptait : Le tuer. En finir une bonne fois pour toutes. Une fois qu'il fut à terre, ce fut avec mes pieds que je me déchaînai contre lui, le frappant de toutes mes forces dans les jambes, dans le ventre à plusieurs reprises et enfin le visage. Il n'avait plus la force de gémir ou de demander de l'aide ou de la pitié de ma part : De toute façon, il ne l'aurait pas obtenu. J'arrêtai un instant de le frapper et regardai autour de moi : Il fallait en finir. Je finis par remarquer un rocher qui me semblait assez gros pour lui fracasser le crâne. J'enjambais le futur cadavre et allai chercher le rocher que je n'eus étrangement aucun mal à soulever : C'est fou ce que l'adrénaline peut faire, n'est-ce-pas ? Je finis par retourner à la hauteur de Hans, me mis à genoux à côté de lui alors qu'il ne bougeait déjà plus et...

«  Qu'est-ce qu'il ya ?... »

La voix de Liam me ramena à la réalité. J'étais toujours dans la chambre, je n'avais pas bougé d'un centimètre et je fixais toujours cet horrible suçon. Je n'avais fait qu'imaginer tout ça... Honteux, je détournai mon regard du cou de Liam pour le baisser vers la bassine et rincer le gant avant de l'essorer à presque l'en déchirer. J'avais la haine... J'avais la rage... Et ce gant était le seul objet sur lequel je pouvais passer ma colère en cet instant. Il insista en me demandant ce qu'il y avait mais j'étais décidé à ne pas lui répondre : J'avais trop peur qu'il ne détecte dans ma voix cette colère qui me faisait bouillir de rage. A la place, je relevai mon regard vers son cou parce qu'il fallait bien que je le nettoie mais... Oh bon sang, que c'était dur d'être obligé d'observer cette marque sur son cou... Je repris cependant là où j'avais arrêté et recommençai à le nettoyer bien qu'il continue à me supplier de lui dire ce qu'il se passait. Il enroula soudain ses doigts autour de mon poignet pour m'empêcher d'effectuer un geste de plus et me questionna encore, encore, sa panique se faisant de plus en plus grande tandis qu'il se remettait à pleurer. Mais comment lui dire ? Comment lui dire alors qu'il avait déjà été tant humilié ? Non, je ne pouvais m'y résoudre, seulement, c'était sans compter sur sa détermination. Sans crier gare, il se releva d'un bond, tellement vivement qu'il en renversa la bassine ce qui le fit glisser. J'esquissai un geste pour éviter qu'il ne tombe mais il s'appuya sur la commode avant de quitter la chambre en courant. Je savais déjà où il se rendait et je fus incapable de le suivre. Je ne voulais pas voir sa réaction qu'il s’apercevrait qu'il avait un suçon, je ne voulais pas le voir s'effondrer à nouveau. Cependant, au bout de quelques instants, je me redressai et décidai d'aller le rejoindre jusqu'à la salle de bain : Je n'avais pas le droit d'être lâche. Je devais être fort et être à ses côtés, l'épauler, le soutenir. Il fallait absolument que je sois là pour lui. Il fallait que MOI je sois là pour lui parce que sinon, je savais vers qui ou plutôt vers quoi il allait se tourner et ce fut bien cette certitude qui me poussa à ne pas rester un instant de plus dans la chambre.

Il allait se remettre à boire.

Il avait tenu toute la soirée mais tout ce qu'il venait de vivre allait lui donner envie de ne plus penser, d'oublier, de se noyer dans l'alcool et je ne pouvais pas le laisser faire ça. Je ne voulais pas le laisser faire ça. Arrivé sur le pas de la porte, je restai là à l'observer quelques instants : Il était bel et bien dans l'état dans lequel j'avais imaginé qu'il serait. Il se retourna soudain vers la porte, m'observa un bref instant avant de foncer vers moi pensant sans aucun doute que j'allais lui laisser la voie libre. C'était cependant hors de question et je ne fis pas le moindre geste pour me pousser, ou plutôt si, j'en fis un : Le geste qui me plaça en plein milieu de son chemin afin qu'il ne puisse pas passer. Il crut jusqu'au bout que j'allais lui laisser la place puisqu'il me percuta de plein fouet, cela ne me fit cependant pas bouger. Et je n'avais pas l'intention de bouger : Il était en manque, je le voyais, je le savais. Je le connaissais tellement même si nous n'étions plus que des étrangers depuis un long moment maintenant... Oui, je le connaissais tellement bien et je l'aimais, et je n'allais pas le laisser commettre cette terrible erreur. Il se recula et plongea son regard dans le mien avant de tenter une nouvelle fois de forcer le passage. Si je n'avais rien dit quand il avait repris ses bouteilles dans ma commode, cette fois-ci, ça n'allait pas se passer de la même manière. Je n'allais pas le laisser se détruire et tant pis s'il devait me détester et me maudire un peu plus tant que ça pouvait lui éviter de replonger et de se tuer. Il se recula une nouvelle fois et sembla reprendre son calme avant de me dire tout bas que j'avais raison et qu'il n'avait pas l'intention de bouger de là où il était. Bien. Si au moins je parvenais à lui faire entendre raison là-dessus... Mais il fallait encore que je le soigne et ça, c'était loin d'être terminé. Il avait aussi besoin de prendre douche et lorsque j'allais le lui dire, tout se passa très vite : Il avait réussi à filer sous mon bras en courant le plus vite possible dans le couloir : Il voulait descendre et récupérer les bouteilles. Non : Hors de question !

Je me mis à la suivre sans attendre mais, contre toute attente, il fut très rapide. Je fus pris de panique en le voyant dévaler les escaliers à toute vitesse craignant qu'il ne... Tombe. J'entendis le bruit et un instant plus tard j'étais en haut des escaliers et lui tout en bas, qui se mit à ramper. Il était tellement obstiné... Je n'avais jamais été accro, j'ignorais ce que pouvait être ce genre de dépendance mais à présent, j'avais une démonstration juste devant moi : Il était prêt à tout pour boire. Et encore, je ne savais pas encore jusqu'où il était capable d'aller : Je n'allais pas tarder à le découvrir. Je descendis les escaliers en sautant des marches et parvins à rejoindre rapidement Liam qui m'envoya alors un vase que je n'eus pas le temps d'éviter. J'eus en réalité juste le temps de mettre mes bras devant moi pour protéger. Je sentis des éclats de porcelaine déchirer ma chemise et ma peau mais continuai à courir, incapable d'abandonner cette poursuite, incapable de l'abandonner lui. Il n'y eut cependant pas que le vase qui rencontra ma route. Liam me jeta sans même se retourner tout ce qu'il trouva sous la main et j'eus un mal fou à garder ma vitesse tout en évitant les projectiles. Il y eu malheureusement cette lampe que je fus incapable d'éviter et qui elle aussi rencontra mon bras gauche. J'étouffais une exclamation mais ne m'arrêtai pas pour autant. J'avais le souffle court et mon cœur battait très vite mais je n'allais rien lâcher. Au bout de quelques instants je fus plus près de lui et sans même y réfléchir, me jetai sur lui et l'immobilisai entre mes bras, dont un était relativement ensanglanté. Il se mit à se débattre mais je mis plus de force dans mon immobilisation : Si je devais le tenir comme ça jusqu'à ce qu'il se calme pour éviter qu'il n'aille se saouler, j'allais le faire. Sauf que j'avais été idiot. Je l'avais immobilisé, certes, mais je n'avais pas immobilisé ses mains et il parvint à me donner un violent coup en plein visage. Un coup si fort que la douleur fulgurante qui me traversa le nez me força à le lâcher. A peine eus-je porté mes mains à mon nez qui pissait déjà le nez que Liam avait pris la fuite pour se diriger vers la cuisine. Non. Non. Non ! Bien qu'aveuglé par la douleur car, il faut bien l'avouer, j'avais probablement le nez cassé, je le poursuivis et mis toutes mes forces dans cette course pour l'empêcher de pénétrer dans cette cuisine. Je me jetai une nouvelle fois sur lui et le poussai avec violence sur le côté, avec trop de violence puisqu'il en tomba au sol. Je m'occupai cependant pas de lui et continuai ma course : J'avais réussi à l'empêcher de rentrer dans la cuisine mais il n'y avait qu'un seul moyen pour l'empêcher de boire : Détruire toutes les bouteilles.

Elles se trouvaient toutes les plan de travail : Nous les avions laissé là après l'apéritif. D'un geste vif et brusque, sans même réfléchir que je risquais de faire saigner encore plus les plaies qui recouvraient mon bras gauche, j'envoyai valser toutes les bouteilles : Toutes. Certaines se fracassèrent contre le mur, d'autres au sol, mais peu importait où elles s'étaient brisées. Il ne restait à présent plus une seule goutte d'alcool. Plus rien. Il ne boirait pas. J'avais réussi alors malgré la douleur dans mon bras et surtout dans mon nez, malgré mes bronches qui me brûlaient parce que j'avais couru à toute vitesse, malgré cet essoufflement, j'étais tout au fond de moi soulagé car j'aurais au moins réussi cela : Je l'aurais empêché de replonger et de se tuer. Après avoir observé un moment Liam qui était toujours au sol, en larmes, tremblant, je finis par relever doucement le visage, n'en pouvant plus de sentir le sang couler sur mes lèvres et dans mon cou. Mes mains touchèrent doucement mes narines et je tentai de prendre une inspiration, sans succès. Mon doigt effleura la courbe de mon nez et je sentis qu'il était véritablement cassé. Cela m'était déjà arrivé une fois et je l'avais remis moi-même en place alors... Etant donné que je n'avais pas l'intention de laisser Liam tout seul, je devais le remettre en place en me débrouillant par moi-même. Le regard toujours fixé vers le plafond, j'aperçus un mouvement et compris que Liam s'était relevé et qu'il était entré dans la cuisine mais je restai concentré sur mes mains, sur cette étrange forme qu'avais mon nez et après pris quelques instants pour positionner mes doigts correctement, je tirai d'un coup sec. J'entendis le « crac ». Je sentis le « crac ». Je serrai cependant les dents et ne dit rien : La seule chose qui pouvait trahir ma douleur étaient les larmes qui me brûlaient les yeux. Là pour le coup, je pleurais de douleur oui. Une mauviette, moi ? Remettez-vous donc tout seul votre nez cassé en place et on en reparlera hein... Je reportai enfin mon regard sur Liam et j'eus l'impression que mon cœur cessa de battre. Aussitôt, la douleur de mon nez disparût. Tout le reste disparût.

Parce que Liam tenait un couteau de cuisine contre son ventre, prêt à se poignarder.

Je laissai doucement tomber mes bras le long de mon corps et ne bougeai pas d'un cil, pétrifié. Je l'avais su prêt à tout pour pouvoir boire à nouveau mais je n'avais pas imaginé qu'il irait jusqu'à vouloir mettre fin à ses jours s'il ne pouvait pas satisfaire sa soif. J'avais du mal à respirer et j'avais l'impression que mes poumons me brûlaient à chaque inspiration ainsi qu'à chaque expiration. Mais ça n'avait plus rien à voir avec la fatigue. Non... C'était la panique qui petit à petit m'envahissait. J'avais peur. Très peur. Horriblement peur qu'il ne s'enfonce le couteau dans le ventre. S'il le faisait, j'allais devoir agir très vite, mais comment ? Me jeter sur lui ? Il risquerait de se poignarder une seconde fois. Pourtant, je devais l'empêcher de se faire du mal. Je devais l'empêcher de se tuer. Il ne pouvait pas mourir. Il ne devait pas mourir ! Je devais réussir à le convaincre de ne pas faire ça. Doucement, mes doigts bougèrent et je relevai mes mains pour l'inciter au calme, à la paix. Mais à peine eus-je fais ce mouvement qu'un faible sourire étira ses lèvres et ce sourire me fit froid dans le dos. Il secoua négativement la tête. Il était décidé. Mais si son sourire me fit froid dans le dos, ce qu'il dit ensuite me glaça le corps de la tête aux pieds. Si moi j'avais rêvé de sa mort ? Non, jamais... Comment pouvait-il me dire une chose pareille ? Comment pouvait-il me dire que j'avais déjà essayé de le... Tuer... Oh... Notre rupture à l'infirmerie... Ce moment où je l'avais plaqué contre le mur, fou de douleur et où j'avais failli l'étouffer. Seigneur... Il croyait donc que j'avais véritablement voulu le tuer. Mais comment aurait-il pu croire le contraire ? J'avais été très loin ce jour-là et depuis, je ne m'étais jamais expliqué. Qui plus est, j'avais failli étranger Aristide, et tuer Hans ce soir. J'étais dangereux. J'étais un homme dangereux et il avait eu raison de s'éloigner de moi mais je ne voulais pas sa mort. Non, je ne voulais pas terminé ce que que j'avais, selon lui, commencé.

Idée. Espoir.

S'il voulait me laisser ce que j'avais sois disant commencé, il allait me donner le couteau pour que je l'achève et si je récupérais le couteau, j'allais pouvoir l'empêcher de se tuer. Tant pis si pendant quelques instants il devait croire qu'il avait toujours eu raison et que je voulais sa mort si cela pouvait justement l'empêcher. Alors, je finis par hocher doucement la tête avant de tendre ma main vers lui afin qu'il me donne son couteau non pas pour le tuer comme il le pensait, mais bel et bien pour le sauver. Allait-il accepter ? Allait-il accepter son sort même s'il se trompait de sort ? Au bout de quelques instants, il retourna le couteau et tint la lame entre ses mains de façon à me le tendre pour que je puisse attraper le manche et donc récupérer le couteau. Nos regards ne se quittaient pas : Il fallait que ça fonctionne, il ne fallait pas qu'il recule au dernier moment. Lorsque je sentis mes doigts se refermer sur le manche, un immense soulagement m'envahit parce que j'avais réussi, une fois encore. Le couteau n'était plus entre ses mains : Il n'allait pas mettre fin à ses jours. J'abaissai la lame et à ce moment-là, à plus grande surprise, Liam se jeta à mon cou et m'embrassa à pleine bouche. Comment décrire ce que je ressentis à ce moment-là ? C'était tant inattendu et tellement merveilleux de pouvoir sentir ses lèvres se mouvoir contre les miennes, ses mains s'accrocher avec force à mon cou pour ne pas me lâcher. J'avais tant rêvé cet instant : Toutes mes nuits, souvent, au milieu des cauchemars se glissaient ces images porteuses d'amour et d'espoir qui me ramèneraient à lui mais qui n'étaient restées, jusqu'à présent, que de simples images, que de simples rêves. Seulement, là, je ne rêvais pas : Il était bel et bien dans mes bras et m'embrassait. Non : Nous nous embrassions parce que ce baiser, je ne pus m'empêcher de le lui rendre avant de glisser mes bras autour de lui et de le coller contre moi. Puis, subitement, cela me frappa et je compris : Je compris qu'il ne m'avait jamais détesté avant ou après notre rupture. Je compris qu'il m'avait aimé plus que de raison, peut-être même plus que moi je l'avais aimé et pourtant, il avait une telle place dans mon cœur... Mais si en cet instant il m'embrassait, c'était uniquement parce qu'il pensait qu'il allait mourir et il voulait passer ses derniers instants avec moi, contre moi.

Parce qu'il m'aimait.

Mais il ne fallait pas qu'il m'aime. Il valait mieux. Il méritait mieux. Il méritait de vivre une vie simple et heureuse... Alors, mes mains se décollèrent de son dos et vinrent se glisser entre nous jusqu'à ce qu'elles atteignent ses épaules et que je le force à reculer un peu. J'avais toujours le couteau dans la main car il était hors de question que je le laisse à sa portée ne serait-ce qu'une seconde, et je pus lire son étonnement dans ses yeux. Sa tristesse, sa douleur, mais une véritable interrogation. Pourquoi ne l'avais-je pas déjà achevé ? Mon regard resta quelques instants plongé dans le sien avant que je ne me recule, m'approche de l'évier avant d'y déposer le couteau et de me retourner pour à la fois faire face à Liam et faire barrage entre lui et le couteau. En l'observant, l'amour que j'éprouvais pour lui me submergea et, subitement, je me mis à pleurer. Parce que je l'aimais à en mourir. Parce qu'il avait cru que j'avais voulu le voir mort pendant tout ce temps. Parce que j'allais devoir être fort et m'en aller. J'allais devoir m'écarter de sa vie pour qu'il soit heureux.

-Je n'ai jamais, jamais voulu ta mort.

Ma voix tremblait : Comment en aurait-il pu être autrement ?

-Cette nuit-là... Quand tu m'as dis toutes ces choses, j'ai été violent avec toi parce que j'avais horriblement mal et que je voulais que tu arrêtes de me torturer. Je voulais que tu arrêtes de parler, de me poignarder avec chacun de tes mots mais je ne voulais pas te tuer. Moi ? Vouloir ta mort alors que je ne parvins pas à imaginer ce monde si tu n'y es pas ?

Un léger rire, qui passa probablement pour un rire quelque peu dément s'échappa de mes lèvres.

-Non. Je ne voulais pas ta mort. Je ne veux pas ta mort. Je veux que tu vives. Je veux... Je veux que tu revives, que tu retrouves le bonheur. Je sais qu'après ce soir, après ce qu'il s'est passé ça doit te sembler impossible mais... Je l'espère. Je prie pour ça. Je prierai pour ça.

J'allais prier, oui, parce que ça allait être la seule chose dont j'allais être capable car je n'allais pas être à ses côtés. En ayant réalisé cela, en ayant réalisé que je n'étais pas bon pour lui, devais-je m'en tenir là ? Devais-je simplement terminer de le soigner en silence ou continuer et lui donner plus d'explications sur ce qui avait pu m'arriver ? Nous arriver ? S'il m'aimait autant que j'avais cru le comprendre, je lui devais ces explications ou au moins une partie pour qu'il puisse comprendre et finalement, passer à autre chose. Je fis un pas en avant pour m'approcher de lui et pendant un instant, j'eus peur de le voir reculer, peur qu'il ne m'ait pas cru mais il ne bougea pas. Peut-être était-il simplement pétrifié mais en tout cas, il n'esquissa pas le moindre geste. Je finis par arriver à sa hauteur et pris ses mains tremblantes dans les miennes avant de les porter à mes lèvres puis de les garder fermement entre les miennes.

-Tout est de ma faute. C'est ma faute si tu as cru que tu ne comptais plus pour moi. C'est ma faute si tu as cru que je ne t'aimais plus mais Liam, je n'ai jamais cessé de t'aimer. Pas un seul instant. Tu as toujours occupé mes pensées et je te demande pardon d'avoir été assez égoïste pour te faire croire le contraire. J'allais mal. J'allais très mal et j'ai eu peur de te faire du mal en partageant ce qui était en train de m'arriver et j'ai réalisé bien trop tard que ça avait été là ma plus grosse erreur. J'aurais dû t'en parler... Nous n'en serions jamais arrivés là si j'avais eu le courage d'affronter mes démons et de me confier à toi. Mais je ne peux pas revenir en arrière. Je ne peux pas changer ce qu'il s'est passé. Je ne pourrai jamais le changer mais je peux au moins te le faire savoir, te le dire et te jurer que je n'ai jamais cessé de t'aimer.

Je le sentis se contracter : Il voulait que je cesse de lui tenir les mains, il voulait que je le lâche. Il ne me croyait pas. Il ne me croyait toujours pas. Mon étreinte se resserra et je m'approchai encore un peu de lui. Je n'avais jamais pensé qu'un jour j'allais lui dire mais quelle autre preuve de ma sincérité pouvais-je lui fournir ? Quelle autre preuve de l'amour inconditionnel que je lui portais pouvais-je lui apporter si ce n'était lui avouer qu'après notre rupture à l'infirmerie j'avais voulu faire ce qu'il m'avait demandé de faire ? Je n'avais pas d'autre preuve. Je n'avais rien d'autre que ce moment où tout avait failli se terminer pour moi.

-J'ai voulu me suicider. Ce soir, où tu m'as rayé de ta vie, ce soir où tu m'as dis toutes ces choses à l'infirmerie et que tu m'as demandé de mourir... J'ai décidé d'obéir. J'ai décidé que je te le devais, que si tu devais être plus heureux en me sachant mort, alors j'allais le faire.

Je vis son regard changer mais j'étais moi même tant troublé de revenir sur ce qu'il s'était passé que j'étais incapable de déchiffrer ce qui pouvait bien lui passer par la tête.

-J'ai avalé une boîte entière de médicaments et j'ai bu... Je ne me souviens même plus la quantité d'alcool que j'ai avalé ce soir-là pour me permettre de partir pour toujours. Et j'ai failli... Mais Mathilda m'a trouvé et elle m'a sauvé la vie. Après ça, j'aurais pu recommencer mais j'ai décidé d'agir autrement et c'est ce que j'ai finalement réussi à faire. Mais en te voyant te détruire, je me suis mis à mourir à petit feu... C'est pour ça que j'ai volé tes bouteilles... Je voulais que tu arrêtes de boire, je ne voulais pas qu'il t'arrive quelque chose...

Je soupirai et finis par lâcher ses mains.

-Je ne te demande pas de me pardonner parce que je ne pense pas mériter ton pardon. Je t'ai fait trop de mal et tu as raison sur un point : Je suis dangereux. Je ne suis pas quelqu'un de bien... Ce que j'ai failli faire à Hans et encore, s'il n'y avait eu que lui...

Aristide. Aristide aussi avait failli périr de mes mains, mais pour d'autres raisons. Cela ne changeait cependant rien au problème. Mes problèmes.

-J'ai des problèmes à régler et je ne veux plus jamais te faire de mal. Je ne te demanderai pas de revenir à mes côtés parce que je ne veux plus que tu souffres, ça a assez duré. Mais ce que je te demande, c'est d'au moins me laisser t'aider ce soir et ensuite pour arriver à décrocher parce qu'il faut que tu décroches. Il faut que tu arrêtes de boire parce qu'il faut que tu guérisses, que tu vives. Pas pour moi, parce que tu ne me dois rien, mais ne serait-ce que pour les jumeaux... S'il te plaît... Laisse-moi t'aider Liam...

Et après, je te laisserai vivre cette vie que tu mérites.

Je lui tendis fébrilement la main : Le choix lui appartenait. Soit il acceptait mon aide, soit... En toute honnêteté, je préférais ne pas penser à cette éventualité.
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MessageSujet: Re: You had my heart inside of your hand and you played it to the beat. [Samuel. B] -18 !    Sam 17 Sep - 19:37

Pourquoi ? Cette absence de toute douleur me paraissait étrange, incompréhensible. N’aurais-je pas dû souffrir de sentir cette lame si longue, si tranchante en moi ? L’espace de quelques secondes je supposais néanmoins que cela était des plus normal, mon corps tout entier souffrant si fort qu’il m’était impossible que de sentir une nouvelle blessure. Cependant je ne sentais même pas la chaleur, la moiteur caractéristiques d’un sang qui se déverserait en dehors de moi, n’y trouvant par ailleurs aucune explication. J’aurais voulu me reculer, regarder la supposée plaie laissée par un couteau mais ne le pouvais pas, bien trop absorbé par le baiser que j’infligeai à Samuel. Le dernier que je ne lui imposerais jamais puisque, si j’en croyais ces derniers mois d’indifférence, son amour avait disparu bien longtemps avant notre rupture. Pourtant, et à ma plus grande surprise, il m’embrassa en retour. Ou bien hallucinais-je ? Etais-je entrain de mourir et par là perdais totalement pieds dans la réalité au point de m’imaginer qu’il me rendait mon baiser ? La sensation de ses lèvres contre les miennes, de sa langue caressant la mienne ne me trompait néanmoins pas. Il me rendait ce dernier baiser sans que je n’en comprenne la cause mais ne m’interrogeais pas. Après tout cela ne signifiait rien, j’allais mourir, j’allais partir, qu’est ce qu’un pauvre baiser pouvait représenter pour lui ? Rien dutout. Pas plus que moi je ne pouvais représenter pour lui, sans doute. Il ne s’agissait que d’un dernier geste dénué d’importance mais dont je profitais jusqu’à la dernière seconde, m’accrochant toujours avec force à son cou, me collant à son torse le plus possible afin de sentir une dernière fois son corps contre le mien. Son corps que j’avais tant aimé, ses lèvres qui étaient autrefois miennes, cet amour aujourd’hui anéantis et dont les gestes m’apparaissaient pourtant toujours aussi forts. Sans doute n’était-ce que le fruit de mon imagination, cela dit. Tout comme je dû simplement rêvé lorsque je crus sentir ses bras se passer autour de moi et m’attirer un peu plus encore à lui. Douce illusion avant la fin, voilà tout.

Cette illusion comme toutes les autres finit cependant par prendre fin, à mon plus grand malheur. Je sentis ses bras desserrer leur étreinte puis ses mains se glisser entre nous pour finalement m’éloigner de lui. Déjà… Ces quelques secondes de mensonge me manquaient déjà quand bien même elles ne représentent rien, quand bien même elles n’aient aucune valeur. Seulement mon attention fut bien vite détournée de ce manque soudain lorsque je me rendis compte que Samuel tenait le couteau supposé m’achever dans sa main, sa lame n’étant pas le moins du monde souillée de mon sang. Alors… Il n’avait rien fait ? Il ne m’avait pas poignardé ? Mais… Mon regard se baissa fébrilement sur mon ventre qui en effet ne présentait aucune plaie. J’étais complètement déboussolé, complètement perdu et ne comprenais absolument rien à la situation. Je ne comprenais pas pourquoi il ne m’avait pas asséner ce coup fatal, pourquoi il m’avait rendu mon baiser, pourquoi il m’avait serré contre lui pour finalement me repousser. Cherchant une explication à tout ceci j’osai relever mon regard vers le sien, espérant qu’il m’aiderait seulement à comprendre. Mais quelque chose était brisé entre nous, ce lien si fort n’existait désormais plus et si autrefois son regard me racontait silencieusement des centaines d’histoires, aujourd’hui il demeurait atrocement muet. En même temps, pourquoi m’aurait-il parlé, à moi ? Je ne représentais plus rien, plus personne d’important pour lui et ce regard silencieux me fit souffrir bien plus qu’autre chose. Dire que je les avais tant aimé, ces yeux noisette… Aujourd’hui c’était eux qui ne m’aimaient plus. Cette souffrance prit fin uniquement lorsque Samuel se recula, se retourne et dépose le couteau sur le bord de l’évier. Mon propre regard s’abaissa lentement pour finir sur le sol, incapable d’imaginer que finalement, je ne mourrai pas ce soir. Qu’il refusait de m’épargner cette existence faite de solitude, de regrets et de douleur. C’était particulièrement cruel de sa part mais, je n’avais plus la force de me rebeller. Plus la force de reprendre ce couteau ou un autre et d’en finir une fois pour toute, seul, plus tard. J’avais pourtant une peur extrême du futur, et n’y entrevoyais absolument rien de bon pour moi mais voilà : Mon courage face à cette mort que je m’infligerais moi-même venait de s’essouffler. Peut-être reviendrait-elle avec le temps, l’usure de supporter une existence aussi horrible que celle qui m’attendait patiemment.

Je demeurais quelques instants de plus les yeux rivés au sol, incapable d’affronter ce regard muet que je sentais pourtant sur moi. Seulement, lorsque je crus entendre Samuel fondre en larmes, je ne songeais plus à ma peur et observai quelques instants son visage sans comprendre, une nouvelle fois. L’impression que j’avais eu auparavant de ne plus connaître Samuel ou ne jamais l’avoir réellement connu m’explosa une nouvelle fois en plein visage. Comme s’il n’était qu’un étranger, je ne parvenais plus ni à établir ce lien si précieux avec lui ni à comprendre ses réactions, ses agissements. Non, je ne devais pas si bien le connaître que cela et tout ce qu’il s’était passé entre nous ne valait finalement rien, que ce soit avant son éloignement ou après. Mensonge, mensonge et encore mensonge, seulement une image, un visage mais rien au-delà, rien en dessous. Je ne le compris pas davantage lorsque d’une voix tremblante il déclara n’avoir jamais voulu ma mort. Encore un mensonge qui déchira un peu plus mon cœur meurtris. Comment osait-il me dire cela après avoir essayé de m’étouffer, épisode qui malgré tout restait profondément encré dans ma mémoire. Comment osait-il me prendre pour un idiot à ce point ? L’explication vint de la même manière qu’une énorme gifle. Il avait voulu me faire taire parce que j’avais été horrible avec lui, parce que je lui avais dit des choses atroces mais tous ces mots, tous ces gestes avaient, eux, disparus. Je ne m’en souvenais pas, ne savais pas quels mots j’avais pu prononcer et cette incertitude me fit horriblement peur, à raison. Pour qu’il en soit venu à essayer de me faire taire en me coupant la respiration, j’avais réellement dû être une ordure avec lui et quelque part cela ne m’étonnait pas. Lorsque j’étais saoul plus rien ne comptait pour moi mis appart l’alcool, et cette dépendance me faisait mépriser tout ceux qui m’entouraient. Samuel, bien plus que les autres, en avait certainement souffert. Mais de là à dire qu’il ne pouvait imaginer un monde sans moi… J’admettais qu’il ait voulu mettre fin à sa douleur en employant la force mais il ne m’aimait pas, alors pourquoi mon existence lui importait-elle tant ? C’était à croire que mon cerveau ne fonctionnait plus, qu’il ne savait plus produire que des questions sans jamais en trouver les réponses. Ce qui, en somme, était particulièrement déroutant et fatiguant. Le rire qui s’échappa soudainement de ses lèvres m’arracha cependant à ces questions, me faisant, je dois bien l’avouer, légèrement peur. Il n’y avait décidemment rien de drôle à la situation… J’esquissai malgré moi un pas en arrière, sans même y penser, sans réfléchir, simplement guider par cette peur de lui toujours présente. Ses mots auraient pourtant dû me convaincre de ne plus le craindre mais cet instinct était plus fort que moi, incontrôlable. Il disait ne pas vouloir ma mort mais seulement que je retrouve le bonheur, que je revive. Samuel avait pourtant raison sur un point : Après ce soir, je ne voyais pas comment je pourrais être de nouveau heureux un jour. Ce qu’il s’était passé avec Hans, accumulé à mon désespoir de ne plus être avec Samuel… Non. Rien ne pourrait me rendre heureux après cela, la douleur était bien trop puissante, bien trop forte. Et elle ne s’effacerait sans doute jamais car la fin de sa phrase laissait sous entendre que… Je ne savais pas. « Je prierai pour ça » était une manière de faire passer un message mais ledit message ne m’apparaissait pas. C’était seulement étrange, et très effrayant.

Après tout pourquoi vouloir prier pour moi, pour que je retrouve le bonheur ? Qu’est ce que cela pouvait bien lui faire, à lui ? C’est uniquement alors que je me posai cette question que je me rendis compte de la vérité : Il ne voulait plus de moi, certes, mais il ne voulait pas non plus me faire de mal contrairement à ce que j’avais pensé. Il ne souhaitait pas ma mort sans pour autant souhaiter une vie à mes côtés, pouvais-je lui en vouloir pour ça ? S’il s’était tant éloigné de moi sans dire un mot de son trouble eh bien, c’est simplement car il voulait me quitter mais la manière dont j’ai moi-même conduit cette séparation n’avait pas été correcte. Il ne me détestait pas, mais ne m’aimais pas non plus. Etait-ce plus facile à supporter ? Je n’en savais vraiment rien… Tout ce à quoi je m’attendais à présent était qu’il s’en aille, me laisse au beau milieu de cette cuisine en miettes et m’abandonne définitivement. Il n’y avait de toute évidence plus rien à dire, rien à ajouter, c’est pourquoi je fus particulièrement surpris de le voir s’avancer vers moi plutôt que de me fuir. Je ne bougeai néanmoins pas d’un centimètre, l’observant sans doute avec une tristesse énorme dans les yeux. J’avais envie qu’il me prenne dans ses bras, me dise qu’il m’aimait et que nous oublions tout ce qu’il s’était passé, que nous repartions à zéro… Avant que tout ne dérape. Avant que nous nous détruisions mutuellement. Avant que nous en arrivions à cette mort horrible de notre amour mais c’était impossible. Je ne pouvais pas le forcer à m’aimer de nouveau et si ses sentiments s’étaient éteins, c’est certainement que je n’avais pas su être l’homme qu’il avait espéré que je deviendrais. Qu’il s’était rendu compte que la personne faible, ridicule et peureuse que j’étais ne changerait jamais et qu’il en avait eu assez. Ce n’était pas comme si je ne m’en étais jamais douté… J’avais toujours su qu’un jour ou l’autre il finirait par se lasser de moi, de mon inconstance, de mes doutes continuels. Qui n’en n’aurait pas eu assez ? Personne ne pourrait me supporter bien longtemps, en tout cas pas lors d’une relation amoureuse, je le savais très bien. Et je ne pouvais rien y faire, je ne pouvais pas changer du tout au tout du jour au lendemain. Il ne suffisait pas de se dire « maintenant sois fort » pour le devenir.

Je me détestais, je détestais tout ce qui me constituait, je détestais ce que je faisais. J’aurais voulu être un autre, plus fort, plus beau, ne serait-ce que pour reconquérir Samuel. J’aurais voulu pouvoir faire semblant d’avoir changé, faire semblant d’être une meilleure personne pour le récupérer mais ce n’aurait été que mensonge, que lâcheté une fois de plus. Et puisqu’il ne voulait décidemment plus de moi, je ne comprenais pas pourquoi il approchait encore, pourquoi il prit finalement mes mains avant de les porter à ses lèvres. J’aurais voulu fondre en larmes mais ne le pouvais pas, ma douleur dépassant de loin le stade même des larmes. Ce n’était même plus de la douleur, mais bel et bien du désespoir. J’avais l’impression de vivre une deuxième séparation, certes bien plus douce dans les gestes et les paroles mais pas moins difficile à accepter. Je ne voulais pas qu’il se montre doux à mon égard, qu’il me ménage. Je ne voulais rien de cela… Et les mots qu’il prononça n’arrangèrent rien à cette impression que j’avais. Reconnaître ses torts, le rôle qu’il avait joué dans l’échec de notre relation ne m’apaisait pas, bien au contraire ; Qu’importe à qui revenait la faute, le résultat n’en demeurait pas moins identique. Les larmes me montèrent néanmoins aux yeux lorsque Samuel me dit finalement qu’il m’aimait toujours, qu’il n’avait pas arrêté un instant de penser à moi. Qu’il avait même fait en sorte que je crois le contraire, se montrant selon lui égoïste. Mais pourquoi ? Pourquoi avait-il fait ça ? Pourquoi avoir ravagé notre relation, notre amour ? Pourquoi avoir tout gâché ?! Il allait mal. Il avait eu peur de me perdre en se confiant à moi. Il avait eu peur de me parler, à moi… J’avais l’impression d’étouffer, ces questions que je me posais depuis des mois trouvant enfin des réponses mais, au fond, ces réponses me firent mal tout de même. Il m’aimait toujours mais cela ne changeait rien car, de toute évidence, il n’était toujours pas près à me dire ce qu’il lui arrivait. Et de mon côté je n’avais pas été capable de le deviner, de le protéger. Je l’avais aimé de tout mon cœur oui, mais sa douleur m’était restée étrangère. Elle le restait toujours d’ailleurs. Je me crispai cependant lorsqu’il me dit que nous ne pouvions pas revenir en arrière, que nous ne pouvions pas changé ce qu’il s’était passé. C’était pourtant tout ce que je voulais… Que nous effacions tout… Que nous oublions tout parce que sinon… Sinon… Sinon nous ne pourrons plus jamais être ensemble et cette séparation finalement basée sur des cachotteries destructrices allait demeurer. Sauf que je ne voulais pas qu’elle dure, que nous continuions notre chemin chacun de notre côté. Je ne le voulais pas ! Je tentai de retirer mes mains des siennes pour l’attraper par les épaules, le secouer de toutes mes forces et enfin lui faire comprendre qu’il fallait que nous revenions en arrière mais n’eus pas la force d’insister en sentant son étreinte se resserrer sur mes doigts. Peut-être était-ce sa manière à lui de me dire de laisser tomber, de ne pas tenter l’impossible. Peut-être était-ce sa manière à lui de me dire qu’en dépit de son amour, tout était fini.

Il se rapprocha un peu de moi, me donnant de plus en plus l’envie de me blottir dans ses bras et le supplier d’essayer, au moins essayer de nous retrouver. J’aurais tellement voulu trouver la force de prononcer ces quelques mots, d’insister malgré tout… Mais je ne la trouvai pas, et ce fut finalement l’anéantissement total qui s’empara de moi lorsque j’appris que Samuel avait tenté de se suicider. Que je lui avais demandé de mourir, moi, Liam, la personne qui l’aimait certainement le plus au monde. Non… C’était impossible, je n’avais pas fait ça… Je n’aurais jamais fait ça, jamais, même pas saoul… Même pas ivre mort… Je ne l’avais jamais rayé de ma vie, et je n’avais jamais désiré qu’il disparaisse. Comment pourrais-je être heureux s’il partait ? Comment vivre sans lui ? Le vide se répandait en moi comme un poison, je ne sentais plus rien, même pas les larmes qui coulèrent finalement sur mes joues. J’avais donc été ce monstre et lui, par amour, avait décidé de m’obéir en pensant que sa mort me rendrait heureux. Mon regard brouillé de larmes quitta finalement le sien pour s’abaisser peu à peu au loin, derrière lui. A présent je savais que jamais je ne pourrais plus lui demander de me revenir car ce que j’avais fait, ce que j’avais demandé, était bien trop grave pour que nous l’oublions. Le supplier de me redevenir après avoir failli causer sa perte aurait par ailleurs été bien trop cruel, bien trop abusif… Alors j’allais abandonner. Abandonner mes rêves, mes espoirs, et même l’amour que je lui portais. J’allais tout laisser de côté car il s’agissait de la dernière chose encore à faire désormais. Même si mon regard totalement vide ne le détaillait plus, je l’écoutais tout de même lorsqu’il me raconta comment il avait essayé de se nuire, et comment Mathilda l’en avait empêché. Mathilda… Je lui devais tellement, en plus de ma vie, celle de Samuel également. Mais à quoi bon ? Sans doute ma mort à l’infirmerie nous aurait-elle épargné tant de souffrances, tant d’erreurs. Je serais partis alors que tout allait bien entre nous et jamais il ne se serait rien passé d’horrible, jamais nous en serions arrivés à ce stade. Qu’il ait encore cherché à me protéger en me volant les bouteilles m’apparaissait comme une monumentale erreur : Même après lui avoir demandé de mourir, Samuel continuait à essayer de prendre soin de moi comme si j’en valais la peine.

Il lâcha mes mains qui retombèrent doucement le long de mon corps, ne provoquant aucune réaction chez moi alors que je fixais toujours dans le vague. Mon cœur et mon âme étaient en miettes, plus rien ne semblait encore fonctionner chez moi. J’avais bien trop mal de savoir tout cela pour y survivre, et même si ce même cœur battait toujours, je savais qu’il le faisait pour rien. C’était comme si l’on venait de m’arracher la peau, doucement, tout doucement. J’étais à vif, dans un tel état de douleur qu’au final je parvenais à ne plus rien ressentir. Plus rien d’autre que ce vide atroce et, alors que j’estimais en avoir assez eu comme cela, Samuel en rajouta une couche en m’annonçant de but en blanc qu’il était dangereux et que Hans n’était pas le seul à avoir subit sa colère. Très bien… Très, très bien… D’accord. J’avais la tête vide, et ne cherchais pas à assimiler ces mots. Il avait donc failli tué d’autres personnes ? D’accord. Voilà le seul mot qui tournait dans ma tête : « D’accord. » Le mot que l’on dit lorsqu’on a plus la force d’objecter quoi que ce soit, ou alors rien à objecter du tout. Je n’avais plus rien à dire, rien à penser, rien à vivre. D’accord. Ce n’est pas grave, d’accord. D’accord. D’accord tu as des problèmes, d’accord tu ne veux pas me faire de mal. D’accord je ne reviendrais jamais à tes côtés, d’accord il n’y aura plus jamais rien entre nous, d’accord je te laisserai tranquille, d’accord tu ne me feras pas souffrir. D’accord tu vas m’aider… J’eus un sursaut. Non, pas d’accord. Je n’étais même pas d’accord du tout. Je le dévisageai tandis qu’il m’expliquait désirer que j’aille mieux, que je vive et m’occupe des jumeaux. Pas pour lui, mais seulement pour eux. Il n’avait décidemment pas compris que lui, comme eux, étaient de ma famille. Comme mon sang, comme mon cœur et si j’aimais les jumeaux comme mes enfants, j’aimais Samuel comme l’amour de ma vie, le deuxième. Alors pourquoi estimer que je ne doive accomplir cela que pour eux ? Il ne comprenait rien… Il n’avait décidemment jamais rien compris mais cela ne faisait plus rien à présent. J’allais être malheureux même en pouvant m’occuper correctement de mes enfants, mais cela ne faisait rien. Il ne comprenait pas que pour moi lui et les jumeaux formaient un tout et que sur ce tout j’avais justement écris en lettres d’or le mot « bonheur », mais cela ne faisait rien. D’accord, j’allais essayer de me reprendre en mains et d’être un bon père pour les jumeaux mais cela ne changera jamais rien à ma douleur. D’accord, cela ne fait rien après tout.

Seulement lorsqu’il me tendit la main comme pour signer cette invitation, je ne pu m’empêcher de la regarder en pleurant un peu plus. Ce geste ne voulait rien dire, rien dire du tout. Il n’avait aucun sens et moi, je ne voulais pas de son aide. Je ne voulais pas de sa pitié ou de sa compassion. Je ne voulais rien des seules choses qu’il semblait encore capable de m’offrir alors, au bout de quelques instants, j’essuyais finalement mes larmes et le regardai dans les yeux. Fin de la partie, fin du mensonge. On arrête tout et on baisse le rideau. J’allais devoir trouver la force de lui expliquer sans savoir comment m’y prendre mais qu’importe. Il le fallait, point final. Je secouai alors doucement la tête en signe de négation et finis par lui adresser un maigre sourire. C’était cependant le seul que mes lèvres parvenaient encore à mimer.

« Je ne veux pas de ton aide. Je veux que tu m’aimes, que tu me reviennes, que tu me pardonnes ce que j’ai fait et dis mais ton aide… Non, je n’en veux pas. Tu as fais tes choix… Celui de m’écarter de ta vie il y a des mois comme celui de me dire ce soir qu’il n’y a plus aucune place à tes côtés et je respecte ces choix. Mais ce serait bien trop malsain de m’aider à retrouver une vie normale tout en me refusant ton amour, tu ne trouves pas ?... »

Je sentis les larmes me remonter aux yeux, attendant une réponse qui ne vint pas. Au bout de quelques instants je finis par abandonner et me forçai à ravaler ces sanglots qui n’avaient plus lieu d’être puisque tout était terminé.

« Alors on va s’en tenir là. Je vais me débrouiller, je l’ai déjà fait après tout, et lorsque j’irai mieux, on partira. On déménagera avec les jumeaux et comme ça, chacun pourra refaire sa vie comme il le voudra. C’est tout. »

Je reniflai de manière peu gracieuse malgré moi, cherchant alors des yeux une boîte de mouchoirs que Samuel me tendit finalement. J’eus de nouveau un faible sourire, en attrapai un, puis jetai définitivement notre histoire à la poubelle en même temps que ce mouchoir. Lorsque je me retournai, je pris une profonde inspiration puis déclarai finalement :

« Mais si tu veux vraiment m’aider, ne serait-ce qu’un peu, tu devrais nettoyer tout ça. Je suis capable de me relever en pleine nuit pour lécher le sol en état de manque. »

Peu sympathique mais vrai. A quoi bon lui mentir ? Oui, mieux valait-il qu’il nettoie tout cet alcool répandu au sol afin que je ne sois pas tenté car même si pour le moment la sensation de manque s’était atténuée, je savais très bien qu’elle reviendrait au galop. Au bout de quelques secondes de silence à observer le sol, je finis par réussir à m’arracher à tout ceci puis quittai la cuisine sans un mot de plus. Cette fois, tout était dit et même si j’avais horriblement mal, je devais prendre sur moi pour ne plus pleurer et essayer de faire au moins semblant. Les jumeaux avaient besoin de moi, c’est vrai, et même si au fond je ne serais jamais heureux, il fallait que je leur donne l’impression du contraire. Et j’allais devoir m’entraîner le plus tôt possible, aussi retins-je au maximum mes larmes tout en traversant les différentes pièces dans lesquelles nous étions passés avec Sam. J’attrapai finalement la corbeille à papiers en dessous d’un bureau et y jetai les débris de vases, lampes et autres bibelots que j’avais cassé en espérant pouvoir en trouver de semblable lorsque j’irai mieux afin de dédommager les autres habitants de la maison qui n’avaient rien demandé, et encore moins que leur peu de matériel soit détruit par un abrutis d’alcoolique. Cette tâche m’occupa quelques minutes jusqu’à ce que je retourne à la cuisine, trouvant Samuel à genoux entrain de frotter un sol presque propre. Je déglutis sans prononcer un mot, vidai la corbeille à papiers dans la véritable poubelle puis m’éloignai lorsque Samuel vint vider son seau dans l’évier. Être encore en sa présence alors que nous savions tous les deux que nous nous aimions toujours et que nous allions partant devoir accepter de vivre chacun de notre côté était tout simplement insupportable mais je parvins une nouvelle fois à retenir mes larmes, respirant le plus profondément possible. Alors que je m’apprêtai à quitter la pièce, ne sachant pas ce qui m’y retenais encore, j’aperçu un morceau de verre oublié au sol. Me figeant, je l’observai quelques instants avant de me pencher, le récupérer et le montrer à Samuel. Cette fois, je ne pu empêcher les larmes de me monter aux yeux, ma voix devenant particulièrement tremblante.

« Pourquoi est-ce que tu en oublies toujours un ?... »

Je faisais bien évidemment référence à ce soir où pour la première fois nous nous étions parlé, dans la cuisine. J’avais failli reboire et, laissant échapper la bouteille avant, Samuel avait tout nettoyé. Mais il avait oublié un bout de verre, comme ce soir… Sauf que ce soir ne signait pas le début de notre relation, mais bel et bien la fin. A cette pensée un sourire triste étira mes lèvres : Voilà, la boucle était donc bouclée. Je jetai finalement le morceau de verre puis relevai les yeux vers Samuel qui m’observait silencieusement. A quoi pensait-il ? J’aurais voulu le savoir, mais ses yeux ne me disaient rien. Ils ne me diront jamais plus rien, il fallait que je l’accepte mais plutôt que d’en assumer la douleur immédiatement, je préférai passer à autre chose.

« Je suis désolé pour ton nez, tu devrais aller voir Mathilda… Je vais aller prendre une douche. Bonne nuit. »

Ne pleure pas. Ne pleure pas. Plus que quelques pas et tu pourras te laisser aller mais pas maintenant, pas devant lui. Je sortis de la cuisine, me rendis dans la salle de bain et, dès la porte fermée, m’écroulai. Je savais qu’il allait falloir que je sois suffisamment fort pour retenir mes larmes jour après jour mais il était encore trop tôt pour que j’y parvienne. La plaie béante que représentait cette séparation définitive mettrait un certain temps pour se rétracter un peu, car jamais elle ne se refermerait mais peut-être parviendrais-je un jour à rapprocher ses lèvres. Peut-être, mais pas maintenant, pas ce soir. Ce soir je pleurais toutes les larmes de mon corps, pas seulement pour Samuel mais pour tout ce qu’il venait de m’arriver et qui allait encore m’arriver. La colère de mes amis, Hans, cette cure qui me faisait terriblement peur… J’avais besoin d’évacuer le plus possible de ces événements sans quoi je savais que j’allais finir par craquer. Un long moment se passa donc sans que je ne bouge de devant la porte, recroquevillé contre cette dernière je pleurais sans m’arrêter jusqu’à enfin trouver le courage de me relever, me déshabiller, me glisser sous la douche. Mes yeux me brûlaient, l’eau également, mais mon cœur était déjà en cendres.

Je ne savais pas quelle heure il était lorsque je sortis enfin de la douche, au moins ne pleurais-je plus. J’évitai avec terreur le reflet du miroir, craignant d’y retrouver cette marque odieuse dans mon cou, en plus des autres traces de coups sans doute présentes sur mon visage. Tout ce que je souhaitais était de ne plus penser à rien seulement, lorsque je me faufilai finalement dans ma chambre, l’horreur de cette soirée ne pu que m’exploser de nouveau en plein visage. Il y avait du sang partout. Partout. J’eus soudainement l’impression de ne plus pouvoir respirer, d’être entrain d’étouffer et me précipitai sur ma commode pour en extraire un boxer avant de ressortir à toute vitesse en claquant la porte derrière moi. Je ne pouvais pas dormir ici. Je ne voulais pas dormir ici. Même en nettoyant la pièce, je ne voulais plus jamais y mettre les pieds car la seule chose que je voyais en regardant mon lit, mes meubles, le parquet, était le sexe de cet homme qui s’abattait toujours de plus en plus vite dans ma gorge, me donnant la nausée. Même dans le couloir, ce fut la seule chose que je distinguais vraiment et qui me fit de nouveau paniquer. Je sentais encore sa présence autour de moi et en moi comme s’il n’était jamais parti, comme s’il n’avait jamais arrêté. Mon corps tout entier se mit alors à trembler, mon cœur battant à tout rompre et finalement, je passai le plus rapidement possible mon boxer avant de me précipiter vers la chambre de Samuel et tambouriner à la porte. J’avais peur, terriblement peur sans raison. Seulement le simple souvenir de ce qu’il m’avait fait, tout en me retrouvant seul dans cette chambre, avait réveillé en moi toute l’horreur de ce qu’il s’était passé, me donnant des frissons d’angoisse. Au bout de tout au plus dix secondes d’attente durant lesquelles je ne cessai de scruter l’obscurité, sentant malgré tout une présence dans mon dos, quelqu’un qui m’observerait dans l’ombre avant de me sauter au cou, je ne tins plus et déboulai dans la chambre de Samuel sans plus de cérémonie. Le regard que je posai sur lui fut un regard terrorisé, je ne pu m’empêcher de sursauter et faire trois pas en arrière lorsqu’il s’approcha de moi, visiblement inquiet. Pas que j’eus peur de lui, mais je craignais qu’il ne veuille me mettre à la porte et me mis à paniquer encore davantage.

« Il est là, il est là, il va revenir, je suis sûr qu’il va revenir, il est déjà là… »

Ma voix reflétait à l’exactitude mon sentiment d’oppression, de peur incontrôlable bien qu’irraisonnable et je me mis finalement de nouveau à pleurer lorsque je vis Samuel s’approcher encore.

« S’il te plait… S’il te plait laisse moi dormir ici, même par terre, même dans un coin, je t’en supplie… J’ai peur… J’ai peur ! »

Mais qui n’aurait pas eu peur à ma place ?
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MessageSujet: Re: You had my heart inside of your hand and you played it to the beat. [Samuel. B] -18 !    Dim 18 Sep - 18:31

Non. Un simple signe négatif de la tête m'indiqua qu'il refusait d'accepter mon aide. Il avait essuyé ses larmes et pendant un bref instant, j'avais espéré qu'il accepte, qu'il décide de me laisser lui venir en aide pour qu'il s'en sorte mais non, il ne voulait pas de mon aide. Il ne voulait pas de ma présence à ses côtés ne serait-ce que pour cela. C'était... Difficile à encaisser. Même si j'avais décidé de ne plus m'imposer dans sa vie, j'avais au moins pensé qu'il accepterait que je l'aide à s'en sortir. Mais non. Il ne voulait pas. Cependant, lorsque sa bouche s'entrouvrit enfin et qu'il prononça quelques mots, je dus m'appuyer sur le plan de travail derrière moi tant j'en eus presque les jambes coupées. Il ne voulais pas de mon aide mais voulait que je l'aime et que je lui revienne, que je lui pardonne. Il n'y avait cependant rien à pardonner car il avait raison : J'avais mes choix qui avaient entraîné des conséquences pour nous deux seulement, il se méprenait sur une chose : Lorsque je lui avais dit que je ne voulais pas être à ses côtés, cela n'avait rien eu avoir avec lui.. Enfin, si, dans un sens, c'était pour le protéger de moi, de ce que je traversais car je refusais de lui imposer plus de souffrances encore... Ce n'était pas par plaisir que j'avais décidé de me rayer moi-même de sa vie mais bien parce que je l'aimais que je voulais être assez fort pour partir afin de ne plus le faire souffrir. C'était pour moi, la meilleure façon de lui prouver mon amour : Le laisser tranquille pour qu'il finisse par être heureux plutôt qu'il ne supporte un homme souffrant d'un stress post-traumatique violent... Et quand il me demanda s'il n'était pas malsain de vouloir m'occuper de lui tout en lui refusant son amour, je fus incapable de répondre que ce soit parce que j'avais peur de me laisser aller et de lui avouer que je ne voulais pas vraiment lui refuser mon amour mais simplement lui éviter d'être plus détruit qu'il ne l'était déjà. Non, je ne pouvais décidément pas lui imposer mes problèmes en plus des siens. Alors, je ne pus que rester silencieux à cette question. Au fond, je savais que ce silence allait le faire se méprendre encore plus sur ce que je pouvais ressentir mais je n'avais pas le choix : Je devais le protéger de moi, c'était la seule chose que je pouvais faire pour lui. Alors, certes, je ne serais pas celui qui l'aiderait à s'en sortir mais il ne serait pas seul. Non, il aurait les jumeaux, ses amis qui, contrairement à ce qu'il avait pu croire, allaient être là pour l'aider et n'allaient pas lui en vouloir éternellement pour son comportement. Liam était malade. Oui, l'alcool était bel et bien une maladie et les gens qui l'entouraient le savaient. Il ne serait pas seul. Il serait juste sans moi.

Juste... Sans... Moi...

Il m'était difficile de rester de marbre face à cette réalité mais je me devais pourtant de tenir le coup : Pour lui, rien que pour lui et son bien être. Et quand il m'annonça que nous allions nous en tenir là, qu'il allait se débrouiller et qu'il allait déménager avec les jumeaux de façon afin que l'un comme l'autre nous refassions notre vie comme nous le voulions, j'eus envie de me jeter sur lui, de le prendre dans mes bras, de lui dire que je ne voulais pas de ça, que je le voulais lui, que je voulais faire ma vie avec lui et l'aimer jusqu'à ma mort. Je ne le fis cependant pas. Même en voyant ses larmes, je ne le fis pas. A la place, j'agis comme un automate et cherchai une boîte de mouchoirs avant de la lui tendre. Un geste simple, tellement banal dénué de tout sentiment alors qu'en fait, c'était le total opposé. En moi, il y avait tout cet amour pour lui que je ne pouvais plus lui donner. Il attrapa un mouchoir avec un faible sourire qui m'arracha le cœur mais mon masque était bien en place et j'allais devoir tenir jusqu'à ce nous ne soyons plus dans la même pièce et surtout jusqu'à ce que je sois sûr et certain de ne pas le recroiser. En clair, j'allais devoir attendre d'être dans ma chambre pour craquer, comme je l'avais déjà tant fait par le passé... Je reposai la boîte de mouchoir au moment où il jeta le sien et c'est à ce moment-là qu'il m'annonça que si je voulais vraiment l'aider, je devais nettoyer le sol car il était capable de se relever en pleine nuit pour venir lécher le sol tant il serait en état de manque. Je savais qu'il en était capable et même si cela me faisait peur, il y avait une petite partie de moi qui était soulagée parce que la veille, ou même encore quelques heures auparavant, il ne m'aurait pas demandé de nettoyer le sol. Il se serait contenter de quitter la pièce et revenir justement lécher le sol. Là, il me demandait de nettoyer pour ne pas être tenté, pour ne pas craquer : C'était un magnifique premier pas vers la guérison même s'il ne s'en rendait pas forcément compte. J’acquiesçai d'un petit hochement de tête mais il ne le vit pas puisqu'il fixait le sol. Le silence s'était à nouveau installé entre nous et sans un mot de plus, il quitta la cuisine.

Il me quitta.

Je restai quelques instants sans bouger, prenant pleinement conscience que cette fois-ci, tout était bel et bien terminé et même si je savais que c'était mieux pour lui, je n'en avais pas moins mal. Je devais cependant continuer sur mon chemin et rester fort : Jusqu'au bout, ou en tout cas, jusqu'à ce que je devienne incapable de me retenir de craquer. Je finis par fouiller dans le placard et prendre un seau, la bassine étant restée en haut dans la chambre, ainsi qu'une éponge. Je fouillai pour trouver un sac plastique, le plus épais possible et pris une petite balayette avant de me mettre à genoux en essayant d'éviter les bouts de verres et entrepris de tous les rapprocher. La balayette ramenait en même temps de l'alcool et elle allait être bonne pour jeter à la poubelle mais ce n'était pas grave. J'observais les morceaux de verre, les légères vagues de ces liquides mélangés s'approcher de mes genoux à chaque mouvement mais j'avais l'impression d'agir comme un automate, d'être vide, de ne plus rien être ou plutôt, de n'être plus qu'une coquille vide à qui on avait tout enlevé. Mais je savais qu'avec le temps, cette sensation finirait par s'aténuer. J'allais souffrir pour le reste de mon existence car jamais je n'allais oublier Liam, jamais je n'allais refaire ma vie mais à force de temps et d'efforts, ma vie reprendrait son cours normal. Après tout, j'avais déjà réussi à le faire une fois alors pourquoi pas deux fois ? Hein ? Pourquoi pas ?... Les bouts de verre se retrouvèrent dans le sac plastique sans que j'eus réellement l'impression de les y avoir mis. Je me redressai pour déposer le sac plastique dans la poubelle avant de me remettre à genoux et de me mettre à essuyer l'alcool. L'éponge à peine posée se remplit bien rapidement d'alcool et je l'essorai dans le seau : Une fois, deux fois, trois, quatre fois, cinq fois, puis encore et encore. Bientôt, le sol fut presque vidé de l'alcool. Je me redressai alors et rinçait brièvement l'éponge avant d'y mettre un peu de savon et de me remettre à genoux pour frotter et terminer de nettoyer. Je frottai, frottai, de plus en plus frénétiquement et ce, inconsciemment je dois bien l'avouer. Peut-être était-ce là une manifestation de la douleur qui me tiraillait, une façon de me défouler. Soudain, je sentis une présence et remarquai une ombre et sut que Liam était de retour dans la cuisine. Je l'entendis marcher et le vis s'approcher de la poubelle pour y vider quelque chose mais ne le regardai pas : J'avais trop peur de craquer et de ne plus réussir à m'en tenir à ma résolution. A la place, je me contentai de me redresser, de prendre le seau et de le vider dans l'évier avant de le rincer et de rincer l'éponge par la même occasion, tournant volontairement le dos à Liam, espérant qu'il allait rapidement quitter la pièce.

Là, en train de fixer l'évier pourtant déjà vide, j'attendais d'entendre ses pas s'éloigner pour enfin souffler.

Sauf qu'au bout d'un moment, ne l'entendant toujours pas bouger, je finis par me retourner : Peut-être voulait-il encore me parler alors tant pis si cela m'était difficile. Je devais lui faire face et ne pas m'obstiner à lui tourner le dos. Seulement, en me retournant, je le vis fixer quelque chose au sol, avant de se pencher et de récupérer ce qui, je le vis alors, était un morceau de verre que j'avais oublié au sol. Je relevai mon regard vers Liam et vit son regard à lui brillant de larmes et lorsque sa voix s'éleva doucement, elle fut tremblante à un tel point que mon cœur se serra un peu plus. Dès qu'il était là, je n'étais plus une coquille vide, j'étais un homme éperdument amoureux et totalement brisé d'avoir perdu l'amour de sa vie. Quand il était là, je ressentais la douleur à pleine puissance.« Pourquoi est-ce que tu en oublies toujours un ?... » Mon regard se reporta sur le morceau de verre et ce fut comme si je fus frappé par la foudre. L'image d'une bouteille brisée dans la cuisine de la communauté me revint en plein visage avec une telle violence que j'eus du mal à ne pas m'effondrer. Cette première véritable rencontre, notre premier baiser, le début de tout... Et ce soir... Et dire que c'était de ma faute si nous en étions arrivés là... Un sourire triste étira les lèvres de Liam et je dus faire un effort monstrueux pour ne pas me mettre à pleurer. Je ravalai mes larmes et serrai les dents : Je devais tenir encore un peu. Juste un tout petit peu. Seigneur... Aidez-moi à tenir encore un peu s'il vous plaît... Je regardais Liam, restant aussi silencieux qu'un mort parce qu'au fond, une partie de moi était bel et bien morte. Nos regards se croisèrent alors et soudain, il s'excusa pour mon nez et me dit qu'il serait prudent d'aller voir Mathilda. Sur quoi, il termina en m'annonçant qu'il allait prendre une douche avant de me souhaiter une bonne nuit. Et moi, je fus simplement capable de répondre un « Bonne nuit » dans un murmure parfaitement inaudible pour lui. Je portai alors ma main à mon nez qui était certes redevenu droit mais qui me faisait toujours un mal de chien. Mais ce mal n'était rien comparé au reste. Je restai un moment figé dans la cuisine, écoutant ses pas monter les escaliers et ce ne fut que lorsque j'entendis la porte de la salle de bain se refermer que je me décidai à marcher et à monter jusque dans ma chambre. Je marquai un arrêt en passant devant la salle de bain et glissai doucement, sans un bruit ma main sur la porte. Je savais qu'il se trouvait juste derrière, juste là, et j'aurais tant voulu rentrer et tout changer... C'est à ce moment-là que le masque tomba et que les larmes se mirent à couler sur mes joues. Je posai brièvement mon front contre la porte, mimant un « Je t'aimerai toujours » silencieux avec mes lèvres avant de me reculer et de continuer mon chemin jusquà ma chambre. Une fois à l'intérieur, la porte fermée, je m'avançai d'un pas lent et croisai finalement mon reflet dans le petit miroir accroché au mur. Je m'étais nettoyé mais je n'avais pas nettoyé mes vêtements qui étaient toujours remplis de sang. Cela ne me fit cependant rien. Je ne pensais plus à Hans, au fait que j'avais voulu le tuer. Je ne pensais qu'à Liam que j'avais véritablement perdu pour toujours cette fois-ci.

-C'est mieux pour lui...

Murmurai-je pour moi-même tout en observant mon visage et plus particulièrement mon nez qui avait pris une forte teinte violacée. J'amenai mes doigts tremblants jusqu'à mon visage avant d'éclater en sanglots le plus silencieusement possible. Tout en pleurant, je retirai ma chemise, mon pantalon et mes chaussettes rapidement avant de les jeter au sol, de les mettre en boule et d'ouvrir ma petite armoire pour les y déposer au fond avant de refermer la porte avec violence. J'allais les brûler... J'allais les brûler mais je n'avais pas la force de me changer et de sortir de ma chambre pour aller dehors et m'isoler pour brûler mes vêtements. Non, tout ce que je voulais c'était rester là, seul, et me laisser aller à mon chagrin. J'en avais le droit non ? J'avais été fort jusque là... Par amour, j'avais pris une décision qui certes nous avait fait beaucoup de mal mais qui au final allait le sauver lui alors... J'avais le droit de craquer non ? Éteignant la lumière je m'allongeai sur mon lit et plaquait mes avant bras contre mon visage, pleurant en silence. Tout me revenait, absolument tout : Ce premier baiser dans la cuisine, cette magnifique surprise de le trouver dans ma chambre en train de jouer un morceau qu'il avait composé uniquement pour moi, nos moments tendres et si précieux quand nous nous retrouvions dans ma chambre dès que nous le pouvions, ces regards échangés en présence des autres, ces sourires entendus qui voulaient tout dire, cette magnifique bague qu'il m'avait offert et ne quitterait jamais mon doigt... Alors que mon cœur saignait et que je pleurais, c'était ces moments là qui me revenaient en mémoire : Pas les moments difficiles, pas les moments tristes, pas les moments terribles, non. Que les bons et merveilleux moments qui nous avaient donné tant d'espoir quant à l'avenir. Ce fut sur ces souvenirs que, épuisé, je finis par m'endormir, noyé dans mon chagrin... Un sommeil lourd, un sommeil que j'aurais voulu sans cauchemar mais ça, je ne le contrôlais toujours pas. Mes discussions avec Isaiah n'avaient pas encore réussi à me guérir de ce dont je souffrais et chaque nuit, je me retrouvais dans ce désert. Chaque nuit, je marchais, mon arme à la main, observant les alentours, regardant de temps à autres mes compagnons d'arme qui avançaient devant moi, essayant de les protéger. Chaque nuit...

BOUM ! BOUM ! BOUM !

Je fis un bond et me réveillai en sursaut, le cœur battant à tout rompre. Une embuscade, encore une. Décidément, ce cauchemar ne prendrait jamais fin, jamais... A l'instant où je me redressai pour me lever et faire quelques pas dans ma chambre afin de me calmer, ma porte s'ouvrit à la volée et j'en eus un nouveau sursaut, manquant de me prendre les jambes dans le coin de mon lit et de tomber. Je posai alors mon regard sur Liam qui semblait terrorisé. Alors les bruits n'étaient pas venus d'une embuscade dans mon rêve mais de Liam qui avait frappé frénétiquement à ma porte. Sans même réfléchir, je m'approchai de lui, extrêmement inquiet tant il avait l'air horrifié. Il était tellement terrorisé que mon approche le fit reculer. Je m'arrêtai alors, ne voulant pas lui faire encore plus peur et c'est là qu'il m'expliqua d'une voix rapide et terriblement apeurée qu'il était là, qu'il allait revenir, qu'il était déjà là. Je n'eus pas besoin de lui demander de qui il parlait et mon sang se mit tout de suite à bouilloner dans mes veines : Il avait osé revenir ? Après tout ce que je lui avais dis ? Après la façon dont je l'avais laissé presque mort, il avait osé revenir pour terminer ce qu'il avait commencé ? Non... Cette fois, c'en était trop. Promesse ou pas promesse, désir de changer ou pas, j'allais le tuer une bonne fois pour toutes ! Je m'approchai rapidement de Liam dans l'idée de le contourner et d'aller dans le couloir quand il se mit à me supplier de le laisser dormir dans ma chambre même s'il devait dormir par terre, tant il avait peur. Je m'arrêtai un instant et réfléchis : Hans était-il vraiment là où Liam était-il pris d'une crise de panique ? Je devais le vérifier. Je devais absolument le vérifier. Alors, avec délicatesse, je posai ma main sur l'épaule de Liam qui eut une nouvelle fois un sursaut. Et malgré la colère, malgré la rage qui circulait en moi comme un poison, je posai sur lui un regard rassurant et bienveillant.

-Chut... Je vais aller jeter un coup d’œil et toi, tu ne bouges pas d'ici...

Je le vis ouvrir la bouche, l'air encore plus terrorisé et je savais ce qu'il allait me dire et l'interrompit avant même qu'il ait pu prononcer le moindre mot.

-S'il est là, je ne le tuerai pas...

C'était un demi mensonge. Je n'allais pas le tuer ce soir. S'il était véritablement revenu, j'allais me contenter de le remettre dehors et de bien verrouiller la porte. Pour ce qui était d'en finir avec lui, j'allais le faire plus tard, mais certainement pas ce soir alors que Liam était autant pétrifié : Ce soir, je n'allais pas le laisser seul.

-J'y vais. Vas t'asseoir sur le lit, et attends-moi là. Je reviens tout de suite, d'accord ?

Au bout de quelques secondes, il hocha doucement la tête et d'une démarche tremblante, il alla s'installer sur le lit. J'allumai la lumière de ma chambre et sortis sans refermer la porte avant d'allumer la lumière du couloir avant de m'y avancer doucement. Le soldat était de retour : Ma marche fut aussi fluide et silencieuse qu'un félin dans la savane et j'entrepris d'inspecter chaque pièce de l'étage avant de descendre et de faire la même chose en bas et me rendis compte qu'Hans n'était pas là et que, donc, Liam avait bel et bien eu une crise de panique ce qui était, il faut bien l'avouer, plus que compréhensible. J'ouvris quand même la porte de l'entrée pour vérifier qu'il n'était pas devant la maison et après m'être assuré qu'il n'était pas là, refermai avant de verrouiller la porte. Je soupirai et éteignis les lumières avant de remonter les escaliers. Une fois dans le couloir, je dis d'une voix assez forte « C'est moi Liam. » pour le rassurer car je savais qu'il avait entendu des pas et qu'il avait pu s'imaginer qu'il ne s'agissait pas des miens. J'éteignis la lumière du couloir avant de rentrer dans ma chambre et de refermer la porte derrière moi. Liam était toujours assis sur le lit, il n'avait pas bougé d'un centimètre et semblait toujours aussi terrifié. J'esquissai un sourire rassurant avant de m'avancer vers lui.

-Il n'est pas là. Il n'y a personne. J'ai même vérifié dehors et il n'était pas là. Il ne reviendra pas ou alors, c'est qu'il est suicidaire...

Je vis Liam froncer les sourcils : Il ne savait pas ce que j'avais dit à Hans quand je l'avais mis à la porte. Je finis par prendre place sur le lit à côté de Liam avant de soupirer. Ce que j'allais lui dire n'allait probablement pas lui plaire mais si ça pouvait le rassurer...

-Je l'ai prévenu qu'il n'avait pas intérêt à s'approcher de toi ou même de poser ne serait-ce qu'un regard sur toi. Je l'ai prévenu que s'il faisait ça, j'allais terminer ce que j'avais commencé et que c'était à toi qu'il devait la vie ce soir. Alors à moins qu'il ait vraiment envie de terminer entre quatre planches, il ne reviendra plus jamais... Je suis désolé... Je sais que ce genre de menaces ne doit pas te faire plaisir mais... Au moins, tu seras tranquille.

Je finis par oser le regarder et, contrairement à ce que j'avais pu penser, il ne me regardait pas avec dégoût. Bon, il ne me regardait pas non plus avec gratitude mais il me parût un peu rassuré ce qui avait été le but de cette petite explication. Je repensai soudain à ce qu'il m'avait demandé en entrant dans la chambre.

-Et tu peux dormir ici bien sûr, mais il est hors de question que tu dormes par terre. Toi, tu vas dormir dans le lit et si tu veux, je vais rester éveillé pour être sûr qu'il ne revienne pas même si ça m'étonnerait mais si... Tu veux...

Je me perdais dans ses yeux. Je m'y perdais littéralement. Sans que je puisse y faire quoi que ce soit, ma résolution était en train de faiblir. Il était là, assis sur mon lit, tout près de moi, plus près qu'il ne l'avait été depuis très longtemps. Il était là et non, je n'avais pas envie de rester éveillé pour surveiller la porte. J'avais plutôt envie de le prendre dans mes bras, de, de nous allonger sur le lit, de le serrer contre moi et de le bercer tendrement jusqu'à ce qu'il s'endorme. Je voulais plonger mon visage dans son cou, sentir son parfum, approcher mes lèvres des siennes et de l'embrasser. Je voulais être avec lui. Je voulais être lui. Je voulais l'aimer... Mon regard dut me trahir car je vis le sien changer pour se faire moins effrayé et plus interrogateur. Je devais résister... Je ne devais pas lui imposer mes problèmes, je ne devais pas le faire souffrir encore plus. Je ne devais pas... Approcher mon visage, poser ma joue contre son épaule et glisser ma main sur la sienne qui tremblait toujours. Pourtant, je le fis. J'avais voulu être fort mais la vérité était là, devant mes yeux et je ne pouvais pas la nier : Je l'aimais à en crever. Il était mon tout, ma vie, et je ne pouvais pas vivre sans lui. Alors, j'allais être un horrible égoïste... Il m'avait dit qu'il voulait que je l'aime et que je lui revienne alors, j'allais lui revenir. J'avais peur... J'avais très peur de lui faire du mal mais j'allais lui revenir... Je l'entendis murmurer un « Samuel » remplit d'interrogations et relevai mon visage vers lui pour finalement planter mon regard dans le sien. Je voyais bien qu'il ne comprenait rien à mon comportement alors, j'allais lui expliquer. J'allais m'expliquer, mais avant... J'approchai mon visage et déposai un tendre baiser sur ses lèvres. Je le sentis se crisper légèrement, sans doute parce qu'il était complètement perdu mais ce baiser ne dura qu'un bref moment. Ce fut juste là une marque de tendresse et d'amour que je voulais lui donner avant de lui parler car j'avais beaucoup, beaucoup de choses à lui dire. Doucement, j'entrelaçai mes doigts aux siens et fut profondément heureux quand je sentis les siens se refermer doucement même si ce fut avec une certaine hésitation.

-Je ne suis pas assez fort... Je voulais l'être, mais je ne peux pas... Je ne peux pas m'éloigner de toi, je ne peux pas te quitter, je ne peux pas vivre ma vie sans toi parce que... Tu es ma vie... Et je crois que vouloir être fort est une erreur de plus de ma part... J'ai des problèmes... J'ai de gros problèmes et j'ai peur de te faire du mal, j'ai horriblement peur de ça mais je ne peux pas me passer de toi Liam...

Je sentis les larmes me monter aux yeux et je n'allais rien faire pour les retenir. J'allais être vrai, j'allais être franc, j'allais être moi : Plus de masque. Cette époque était terminée, révolue à jamais.

-Tout à l'heure, tu m'as dis que tu voulais que je t'aime et que je te revienne et je veux t'aimer... Je veux te revenir mais pour ça, je dois te parler. Je dois te parler comme j'aurais dû le faire il y a longtemps... Alors... Je sais que la soirée a été très longue, très difficile mais si tu le veux bien, j'aimerais... J'aimerais tout te dire Liam... Tu veux bien ?...

Il me fixa un moment et au bout d'un moment, il hocha simplement la tête sans dire un mot. J'étais incapable de décrire ce que je voyais dans ses yeux : Amour, soulagement, peur ? Peut-être tout cela à la fois. En tout cas, le moment de la confession était venue et je n'allais pas reculer. Si ensuite, après avoir tout entendu, il préférait que l'on se sépare alors très bien, nous nous séparerions mais au moins, nous le ferions pour une bonne raison et pas parce que je lui avais caché des choses... Des choses très importantes. Mon autre main se referma sur nos mains déjà enlacées parce que j'avais besoin de ce contact, j'avais besoin de force et de courage, ce dont j'avais cruellement manqué.

Il était temps.

-Je souffre de stress post-traumatique.

Je sentis ses doigts se resserrer sur les miens ce qui m'incita à continuer. Il était là, il m'écoutait.

-Avant de partir à la guerre... Si tu m'avais connu à cette époque... Tu sais, quand on s'est connu je m'en sortais plutôt pas mal, je souriais beaucoup, mais je souriais encore plus avant de partir. Seulement voilà, je me suis engagé, j'ai voulu faire ça pour mon pays, mais j'ai aussi fui d'autres problèmes à ce moment-là. J'ai fait ce choix et j'ai tout quitté pour aller me battre.

Je sentis mon cœur se mettre à battre plus vite. Ce dont j'étais sur le point de lui parler, je n'en avais parlé qu'avec quelques personnes : Le psychiatre que j'avais consulté à l'hôpital après l'accident, Aristide et Isaiah. Mais en parler à Liam avait une toute autre importance d'où la difficulté. Je n'allais cependant pas m'arrêter : J'allais tout lui dire cette fois.

-On nous a préparé à ce que nous allions faire et voir mais finalement, on n'est jamais préparé à ce genre de de choses. Quand on se retrouve face à un gamin qui doit avoir à peu près 14 ans, qui tient un fusil pointé sur toi et que tu sais que c'est lui ou toi, lui ou tes compagnons d'arme, tu dois faire un choix et ce choix est celui de tuer un enfant pour ne pas mourir et pour protéger les autres. J'ai fait et vu des choses dont je suis et serai toujours honteux et dont je me sentirai toujours coupable, mais c'était la guerre, c'était comme ça... J'ai vu des hommes mourir d'une manière horrible, j'en ai moi-même tué beaucoup et ça m'a changé. Ca m'a énormément changé. Je marchais dans ce désert, j'essayais de protéger les autres et un jour, j'ai échoué. Un jour, il y a eu cette embuscade et je n'ai rien vu venir.

Sans que je puisse le contrôler, je me mis à trembler légèrement.

-Quand je me suis réveillé à l'hôpital, j'étais le seul survivant de cette attaque et je me suis longtemps demandé « Pourquoi moi ? Pourquoi moi, j'ai survécu ? » On m'a gardé un moment là-bas, j'ai suivi une thérapie et finalement, on m'a démobilisé et je suis rentré chez moi mais...

Je baissai le visage avant de soupirer, les larmes coulant sur mes joues.

-Je n'étais plus le même... J'ai gardé contact avec ma famille et mes amis mais j'ai arrêté de les voir parce que je savais qu'il ne voyait plus celui que j'étais, ils ne voyaient plus que le fantôme de celui que j'avais été. Et puis, j'ai repris pied petit à petit, malgré les cauchemars toujours présents, j'ai recommencé à vivre et puis tout ça est arrivé.

Je savais que je n'avais pas besoin de préciser ce que j'entendais par « tout ça ». Je savais qu'il comprendrait que je parlais de la guerre, des bombardements. Je redressai finalement le visage sans pour autant oser le regarder.

-J'ai suivi mon chemin et j'ai fini par me retrouver à la communauté et je t'ai rencontré et là, je suis redevenu l'ancien Samuel, en tout cas en grande partie. J'ai véritablement retrouvé le sourire, la joie de vivre parce que j'étais amoureux. J'ai eu cette chance incroyable de te rencontrer et que tu m'apportes ton amour... Et puis tu es tombé malade, en grande partie à cause de moi, et j'ai eu horriblement peur de te perdre et j'ai perdu le sommeil. Les choses ont fini par s'arranger même si j'avais toujours beaucoup de mal à dormir mais j'étais sur la bonne voie. Il n'y avait pas trop de cauchemars et je me sentais plutôt bien. Et puis... Ils nous ont attaqué...

La fameuse attaque des Hors La Loi qui avait tout changé.

-Et j'ai tué... J'ai de nouveau tué pour te protéger parce qu'ils allaient s'en prendre à toi et tout est remonté à la surface. La guerre, ce que j'avais fait, la peur, absolument tout. Et les cauchemars surtout... Et c'est là que j'ai commencé à m'éloigner de toi... J'avais peur... Peur de te parler de ce que j'avais vécu mais surtout de ce que j'avais fait. J'avais peur que toi aussi tu ne vois plus que le fantôme de celui que j'étais alors je me suis éloigné... Je pensais te protéger mais en fait j'avais juste honte et peur de te perdre et au final, je t'ai perdu... Je t'ai véritablement perdu et les choses se sont aggravées... J'ai...

Je sentis une boule se former dans ma gorge. J'allais aborder quelques moments que j'aurais préféré lui cacher mais je ne pouvais plus lui mentir. Plus jamais.

-Sur le chemin jusqu'ici, on a rencontré un Hors La Loi et il a menacé Mathilda et avec Riley, nous avons abattu cet homme et ça m'a rendu encore pire. J'étais en pleine paranoïa, j'étais paniqué. Le moindre bruit, le moindre mouvement représentait pour moi un ennemi. Mais j'ai surtout été très mal d'avoir tué encore et j'ai voulu me tuer...

Je sentis Liam se raidir subitement et il y avait de quoi.

-Riley m'en a empêché et nous avons continué notre route et puis, nous sommes arrivés ici et... Je n'étais plus que l'ombre de moi-même jusqu'à ce qu'Aristide me propose de l'aider à rénover la bibliothèque. Ca m'a permis de me sentir utile, de me changer les idées car je pensais beaucoup à toi, je m'inquiétais beaucoup pour toi et j'étais toujours dans un sale état... Je cauchemardais toutes les nuits et un jour... Un jour, je me suis endormi à la bibliothèque et quand je me suis réveillé, j'étais en train d'étrangler Aristide. J'avais fais un cauchemar et j'avais cru que c'était un ennemi...

J'osai enfin, malgré ma peur, reporter mon regard sur Liam qui était, cette fois-ci, choqué, je le voyais. Mais tant pis... Il le fallait...

-Après ça, j'en ai parlé avec lui, j'en ai aussi parlé avec Isaiah et ça a commencé à m'aider un peu... Et puis tu es revenu et...

Je soupirai.

-La suite, tu la connais Liam.

Je reniflai et retirai l'une de mes mains pour essuyer mes joues.

-Je te l'ai dit : Ce sont des gros problèmes et si j'ai voulu ne plus être à tes côtés c'était pour éviter de t'infliger tout ça... Il y a cet homme violent en moi que je ne suis pourtant pas et dont je veux me débarrasser mais j'ai beaucoup de chemin à parcourir et j'aimerais... J'aimerais vraiment que tu sois avec moi sur ce chemin mais je ne peux pas te forcer... Je ne veux pas te forcer. Alors...

Je haussai les épaules, ayant plus que jamais peur de sa réaction.

-C'est ta décision maintenant. Parce que je t'aime et que je ne veux pas me séparer de toi. Je suis horriblement égoïste, je le sais, mais je ne veux pas qu'on soit séparé parce que j'ai été trop lâche pour te dire la vérité. Maintenant, tu sais tout... Absolument tout... Et si tu t'en sens capable... J'aimerais te garder auprès de moi mais si tu as trop peur... Si tu as trop peur de tout ça, je comprendrais que tu préfères en rester là comme tu l'as dit tout à l'heure mais au moins... Au moins, maintenant tu sais et je sais que j'aurais dû t'en parler dès le départ...

Oui, maintenant il savait absolument tout. J'avais mis mon cœur et mon âme à nu et je ne pouvais plus qu'attendre sa décision : Allait-il choisir de se battre à mes côtés tout en sachant qu'il devait lui même se battre contre ses propres démons ? En cet instant, je priais pour qu'il ait assez de force pour m'aimer assez pour vouloir être à mes côtés.

Qu'il m'aime assez pour ne pas m'abandonner...
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Liam Marsden
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MessageSujet: Re: You had my heart inside of your hand and you played it to the beat. [Samuel. B] -18 !    Sam 24 Sep - 16:21

Cette sensation se révélait absolument horrible, surtout en sachant qu’elle était certainement infondée. Je tremblais de peur tout en me rendant compte, au fond, qu’il n’y avait aucune raison à cela puisque je n’avais après tout entendu aucun bruit, ni même vu la moindre silhouette étrange dans l’ombre. Le souvenir seul de ces terribles moments suffisait à me faire perdre tout contrôle, et retourner dans cette chambre qui à présent ne représentait plus que les moments d’horreur que j’avais vécu me terrorisait au plus haut point. Tout ce sang… Plus le reste, plus les vomissures, plus le sperme, plus ma dernière once de dignité piétinée, ravagée. Comment aurais-je pu réagir ? Comment aurais-je pu supporter ? Je n’étais pas assez fort pour prendre sur moi, aller chercher de quoi tout nettoyer et me glisser entre mes draps comme si rien ne s’était passé. Jamais je ne pourrais plus fermer les yeux dans cette chambre sans immédiatement revoir tout ce qui s’y était passé. C’était comme si la pièce entière en était imprégnée, comme si les murs arboraient de dessins d’horreur, l’air cette terrible odeur de sang, les meubles prenant la forme de je ne sais quelle abomination. Non, je ne pouvais pas y retourner, et j’avais terriblement peur que Samuel ne m’y force, ou du moins ne me force à quitter sa chambre. Après tout il ne me devait rien, alors pourquoi m’offrir l’hospitalité ? Pourquoi me prendre en pitié alors qu’il ne voulait très clairement plus rien avoir à faire avec moi ? Sans doute allait-il me dire de prendre un oreiller et aller m’installer sur le canapé, ou ailleurs, je n’en savais rien, mais la simple perspective de me retrouver seul me tétanisait. Un sursaut me frappa d’ailleurs lorsqu’il posa sa main sur mon épaule, se préparant peut-être à m’annoncer en douceur que je ne pouvais pas dormir ici, qu’il n’y avait absolument plus aucune place pour moi dans sa vie, même pas sur le sol froid de sa chambre. Son regard ne m’apaisait en rien, bien au contraire : Je savais qu’il avait encore des sentiments pour moi et sans doute ne voulait-il pas se montrer trop violent à mon égard, mais cela ne changeait rien à sa décision. Cela ne changeait rien au fait que désormais, nous n’étions plus rien l’un pour l’autre, même pas des amis, seulement de vagues connaissances qui allaient devoir s’éviter comme la peste. Et quelque part, je ne comptais pas m’imposer dans sa vie. Je ne comptais pas le récupérer ou tenter quoi que ce soit pour, le harceler, le séduire. Je n’étais pas comme ça… Puisqu’il préférait que nous ne nous voyions plus, je ne m’imposerais jamais à lui. Jamais. Seulement ce soir, j’étais bien trop terrorisé pour y songer. Bien trop terrorisé pour prendre sur moi et m’effacer complètement à sa vue. Samuel m’annonça finalement qu’il allait voir et me demanda de rester dans sa chambre en attendant, mais il ne me donna nullement l’autorisation de m’installer par terre pour dormir. Ainsi, il allait seulement vérifier que Hans ne se trouvait pas dans la maison puis reviendrait pour me dire que je pouvais très bien dormir tout seul, ailleurs. Les larmes coulèrent un peu plus sur mes joues alors que j’ouvrai la bouche pour protester. Je voulais seulement dormir là… Ne pas rester tout seul… Qu’il ne me laisse pas tout seul.

Au fond, je crois que je savais que Samuel me mentait. Bien sûr qu’il le tuerait s’il le trouvait de nouveau dans ma chambre, comment pourrait-il refreiner sa colère maintenant alors que tout à l’heure il avait échoué ? C’était d’autant plus grave que si Hans s’était permis de revenir terminer ce qu’il avait commencé, il aurait comme défié Samuel et ce dernier risquait de vouloir en finir une bonne fois pour toutes. Je le savais, le sentais. Alors pourquoi m’offrir ce mensonge grossier ? Pensait-il réellement que j’allais y croire ? De toute évidence… Je ne protestai néanmoins pas, trop tétanisé pour me lancer dans le moindre débat pour le moment. De toute manière je doutais pouvoir en quoi que ce soit changer la décision de Samuel, aussi ne servirait-il à rien de se battre. Et puis, en toute sincérité, si Hans avait osé revenir après ce que Sam lui avait fait… Eh bien, c’est qu’il était vraiment stupide ou qu’il pensait parvenir à m’empêcher de crier tout en terminant son ouvrage. A cette pensée, j’eus un frisson d’horreur. Ce frisson s’accentua davantage encore lorsque Samuel me demanda d’aller m’asseoir sur le lit et attendre qu’il revienne. Non… Non, je ne voulais pas rester tout seul. Je ne voulais pas qu’il me laisse dans cette chambre tout seul. Non ! Et pourtant, ce fut un « oui » que je mimais au bout de quelques instants. J’acceptai, préférant ne pas aller contre ses désirs afin de ne pas le déranger davantage et ainsi peut-être obtenir l’autorisation de dormir avec lui. C’était mon seul espoir : Lui obéir pour qu’il me garde avec lui. Alors, doucement, je me dirigeai vers son lit et comme prévu m’y assis sans protestations, me préparant mentalement à ce qui allait suivre.

Je l’observai quitter la chambre en tremblant, essayant malgré tout d’être fort et tenir le coup. Être tout seul dans cette pièce me replongeait dans un état de stress inquiétant, mon cœur battait à tout rompre, je respirais difficilement. Je n’aimais vraiment pas ça… Partout autour de moi il me semblait entendre des bruits, des murmures, des pas. Le fait que je sois en larmes n’arrangeait rien à cette impression de bruit tout autour de moi qui me terrorisait encore et toujours, comme si je me retrouvais seul au milieu d’une arène, attendant que le lion n’arrive. Tout devenait inquiétant. Tout prenait l’allure d’une menace imminente, jusqu’à la lampe de chevet. Dès que je posai mes yeux sur un objet, j’avais l’impression que tous les autres bougeaient, que tout était en mouvement et s’approchait imperceptiblement de sorte à ce que je ne puisse m’en rendre tout à fait compte. Cette sensation de danger s’accentuait au fil des secondes, à tel point que je finis par craindre jusqu’à l’ouverture de la porte. Et si le visage de Hans y surgissait soudainement ? Et s’il avait réussi à faire du mal à Samuel, et à présent était revenu pour en finir avec moi ? Je serrai les dents. Au-delà des murmures je tentai d’écouter ce qu’il pouvait se passer en bas mais en avais à la fois trop peur. Et si les cris déchiraient soudainement l’air ? Et si de nouveaux coups pleuvaient ? Qu’allais-je faire ? Par où m’enfuir ? Je me mis à prier intérieurement pour que Samuel revienne le plus vite possible, seulement lorsque j’entendis des bruits de pas beaucoup plus accentués que les précédents, je me figeai. Est-ce que… Non. Ce n’était que Samuel qui me prévint aussitôt de son identité avant de, quelques instants plus tard, entrer de nouveau dans la chambre et fermer la porte derrière lui. Pourtant, je n’étais toujours pas rassuré. Les quelques minutes passées seul n’avaient au contraire que renforcé cette sensation horrible de danger que même le sourire rassurant de Samuel ne parviendrait pas à effacer de si tôt. Cependant, je faillis me détendre légèrement lorsqu’il m’annonça enfin que Hans n’était pas revenu, mais tiquait au moment où il me dit qu’il ne reviendrait jamais à moins d’être suicidaire. Avant que je ne puisse réellement comprendre où il voulait en venir, Samuel s’assit à côté de moi puis soupira, puis m’expliqua enfin. Alors, il l’avait menacé. Il lui avait fortement conseillé de ne plus jamais s’approcher de moi sans quoi il le démolirait définitivement. Même si l’idée que Sam le tue me révulsait, je dois bien avouer qu’elle me rassura tout de même. Après tout, comment Hans pourrait-il oser revenir tout en sachant qu’une personne comme Samuel veillait sur moi ? Il faudrait être sacrément dingue pour venir le défier, encore plus en sachant ce qu’il était capable de faire… Quelque part, justement savoir ce dont il était capable ne me plaisait pas non plus mais, dans l’état actuel des choses, je n’allais pas le blâmer. Même si la violence était quelque chose d’abject à mes yeux, je préférais savoir qu’une raison solide empêchait Hans de revenir plutôt que de l’imaginer sans cesse à mes trousses. Oui, j’étais lâche, et mes idéaux ne tenaient plus vraiment face à la peur mais je n’y pouvais absolument rien.

Mes larmes se calmèrent lorsque Samuel me donna l’autorisation de dormir dans sa chambre, bien qu’il refusa ma proposition de m’installer par terre. Ca ne me dérangeait pas et puis, dormir ensemble me paraissait vraiment trop compliqué tout en sachant que nous venions de réellement nous séparer, surtout que je n’avais moi jamais dormis dans son lit à lui. Nous avions passé quelques nuits ensemble à l’infirmerie, et parfois dans ma chambre à la Communauté, mais jamais dans la sienne car je ne pouvais laisser les jumeaux seuls alors… C’était bien trop étrange tout en sachant qu’il ne se passerait plus jamais rien entre nous, et très sincèrement cette « première fois » risquait de me faire encore plus de mal. Pourtant, la supposition disait que moi je dormirais dans son lit et lui resterait éveillé ne m’apparut pas meilleure. Quelle importance après tout ? Ce n’était pas comme si je quémandais constamment un confort extraordinaire, dormir sur le planché ne me faisait absolument rien, mais son sommeil à lui m’importait. Je n’aimais pas cette idée, tout simplement, et attendais qu’il termine sa phrase pour le lui expliquer mais il n’en vint pas réellement à bout. En fait, il bafouilla légèrement sur les derniers mots puis s’arrêta carrément en me regardant d’une manière assez étrange. Je fronçai doucement les sourcils, attendant qu’il reprenne la parole mais il se contenta de m’observer, toujours avec ce même air que je ne parvenais pas à déchiffrer. Avais-je fait quelque chose de mal ? Se rendait-il soudainement compte qu’il préférait que je dorme ailleurs ? J’attendis sans bouger d’un centimètre, appréhendant plus que tout de voir soudainement repoussé. Pourtant, je ne m’attendais pas le moins du monde à le voir doucement approcher son visage du mien puis le poser contre mon épaule, sa main glissant sur la mienne. Je ne m’y attendais pas et n’y compris très sincèrement rien du tout. Me figeant, je réfléchis le plus rapidement à une explication probable mais n’en trouvais pas, trop étonné par ce rapprochement inattendu. Inattendu et inespéré. N’avions-nous pas décidé de nous en tenir là ?... Je ne savais plus réellement ce que je devais faire, penser, ressentir. Devais-je sauter sur l’occasion pour l’embrasser et lui répéter que je le voulais ou bien faire comme si je n’avais pas remarqué, le laisser en paix comme prévu ? Je n’en savais strictement rien, et plus les secondes passaient, plus je me demandais comment réagir.

Il devait simplement être épuisé, avait besoin de réconfort et puisqu’il disait toujours m’aimer, je comprenais qu’il cherche à se reposer sur moi. Je le comprenais et ne lui en voulais pas, n’ayant pas l’impression qu’il revenait sur sa décision ou jouait avec moi. Non… Il avait vécu des choses difficiles ce soir, comme moi, et avait besoin de moi-même si cela ne devait pas durer, mais si cela ne changerait absolument rien au final. Je ne pouvais pas lui en vouloir pour ça mais au fond, j’aurais tout de même préféré qu’il s’abstienne car à présent j’éprouvais également l’envie de me blottir contre lui et me laisser aller. Seulement je savais que si je m’écoutais, je ne parviendrais jamais à m’arracher à ses bras, que ce soit ce soir ou demain. Je l’aimais encore trop pour être capable de faire une simple pause dans notre séparation et accepter de le laisser repartir demain alors… Il fallait qu’il arrête, mais il ne semblait pas décidé à se redresser. Je pris finalement les devants en murmurant doucement son nom, espérant qu’il relève son visage et fasse comme s’il ne s’était rien passé, ce qui était le mieux pour nous deux. Sauf que lorsqu’il releva finalement son visage vers le mien, son regard ne me laissa pas penser qu’il cherchait seulement quelques minutes de répit. En réalité, il me regardait comme il m’avait toujours regardé avant notre séparation, avant qu’il ne quitte la communauté, avant que tout aille si mal… Il me regardait avec amour et tendresse, et avant que je ne puisse réfléchir à cela, son visage s’approcha du mien pour venir m’embrasser. Cette fois, j’étais complètement perdu, et ne pu m’empêcher de reculer légèrement même si je ne mis pas fin à ce baiser qui fit battre mon cœur à la chamade. Qu’est ce que cette attitude signifiait ? Comment comprendre son comportement ? Quelques minutes plus tôt il disait ne plus vouloir de moi à ses côtés et à présent il m’embrassait, me regardait avec cette tendresse oubliée. Même s’il désirait uniquement quelques instants de répit, m’embrasser et me regarder de cette façon me paraissait réellement très étrange et perturbant. Finalement je ne savais pas vraiment ce qu’il désirait, ce qu’il attendait de moi, j’avais besoin d’explications. De réelles explications, et non pas des semblables à celles données précédemment dans la cuisine. Je devais savoir où il voulait que nous allions exactement, l’entre deux m’était insupportable. Il se recula alors une nouvelle fois, puis ses doigts se glissèrent entre les miens et je compris, je su qu’il allait enfin me donner ces explications que je réclamais tant. Alors, doucement, mes propres doigts se resserrèrent sur les siens et j’attendis, sans un mot, qu’il ne se lance. Qu’il crève enfin l’abcès qui nous séparait depuis trop longtemps maintenant.

Quel secret me cachait-il donc ? Je ne comprenais pas pourquoi il désirait tant se montrer fort et me protéger, ne sachant pas de quoi il voulait justement me protéger. Non, je ne comprenais pas pourquoi il avait voulu s’éloigner de moi, me quitter et vivre sa vie de son côté alors qu’il m’aimait toujours, alors qu’il me désignait comme sa vie. Au fond ces mots me remplissaient de joie comme ils me laissaient profondément perplexe car, une nouvelle fois, je n’envisageais absolument rien de suffisamment horrible pour justifier notre séparation qui en elle-même m’apparaissait comme la pire des choses possibles. Le perdre était la pire chose qu’il pouvait m’arriver et il avait raison, se montrer assez fort pour s’éloigner de moi ne serait qu’une erreur de plus même si je ne savais toujours pas pourquoi il y avait songé. J’étais inquiet même si heureux de savoir qu’il existait un moyen de nous retrouver, que Samuel entrouvrait enfin cette porte jusque là désespérément close. Il avait construit un mur entre nous, sans doute afin de me protéger, et depuis des mois ce mur je le subissais sans réussir à me battre contre. Le pouvais-je seulement ? Sans doute pas. Je n’avais même pas essayé d’en défaire quelques briques, ne posant jamais aucune question, ne le forçant nullement à abaisser sa garde et enfin me parler. A présent je me rendais compte de mon erreur à moi aussi, car peut-être aurais-je pu éviter que nous en arrivions à ce stade si j’avais su me montrer plus ferme et le forcer à s’ouvrir à moi. Mais peut-on forcer quelqu’un à nous parler, quelqu’un que nous aimons à fortiori ? Je savais très bien qu’il avait de gros problèmes mais il ne devait pas avoir peur de me faire du mal car c’était au contraire sa tentative de protection qui m’en avait fait. Quand comprendrait-il cela ? Quand comprendrait-il que quoi qu’il lui arrive, je serais toujours présent pour lui et que se cacher de moi ne ferait que me blesser ? Je préférais largement savoir la vérité, même la plus horrible, plutôt que de vivre dans le mensonge. Je préférais qu’il me parle, qu’importe ce qu’il avait à me dire, aussi finis-je par hocher doucement la tête lorsqu’il en vint enfin à sa confession. Certes cette soirée se révélait-elle particulièrement éprouvante pour moi mais cela n’avait aucune importance, même l’image de Hans qui s’imposa soudainement à moi, je parvins à la repousser aussitôt. Parce que pour le moment je ne devais me concentrer que sur mon couple, que sur Samuel, que sur cet amour que nous voulions tout les deux vivre de nouveau. Il fallait que je sois fort pour cela alors, j’allais l’être. Peu importe le reste, j’allais l’être. Au moins pour ce soir.

Je ne pu néanmoins m’empêcher de me crisper lorsqu’il m’annonça de but en blanc qu’il souffrait de stress post traumatique, resserrant ainsi mon étreinte autour de ses doigts. Je savais plus ou moins en quoi cela consistait, mais en réalité je ne saisissais pas le lien avec tout ce qu’il nous était arrivé. Un stress post traumatique, comme son nom l’indique, ne se manifeste-t-il pas suite à un épisode traumatisant ? Sauf que je ne voyais pas ce qui avait pu le traumatiser avant qu’il n’instaure cette frontière entre nous… Rapidement je me mis à réfléchir, repassant en mémoire les derniers mois, y cherchant la réponse. Ce ne pouvait être la troisième guerre mondiale ou les bombardements, car lorsque je l’avais rencontré il n’avait pas encore ce comportement. C’aurait pu tenir à ma maladie, au fait que j’avais failli mourir. Ce pouvait aussi venir de l’attaque des Hors la loi, mais je n’étais sûr de rien. Pourtant, je ne me trouvais pas très éloigné de la vérité, à ceci près que j’oubliais que Samuel avait fait la guerre en Irak. L’Irak… Oui, décidemment, je n’y avais plus pensé depuis très longtemps et je me sentis soudainement horriblement stupide. Comment avais-je pu oublier ? Comment avais-je pu ne pas y penser plus tôt ?! Tout en me maudissant je l’écoutais m’expliquer à quel point la guerre l’avait changé même si au fond je m’étonnais toujours de l’avoir rencontré différent quand bien même ce fut après la guerre en Irak. Pourtant, je ne bronchais pas. Je ne l’interrompis pas, ne posai aucune question, l’écoutant toujours avec attention. Un léger frisson me parcouru lorsqu’il m’avoua s’être retrouvé dans des situations terribles comme celle de devoir tuer un enfant de 14 ans, et qu’il s’en sentirait toujours honteux. Je pouvais le comprendre mais après tout il avait raison : C’était la guerre, et lorsque l’on n’a pas le choix, seul l’instinct de survie nous guide. Même si c’était horrible, il ne l’avait pas fait de bon cœur mais seulement parce qu’il le devait, parce que s’il reculait lui ou d’autres mourraient en retour. Il se mit soudainement à trembler et, doucement, je tâchai de serrer un peu plus ses doigts pour lui faire comprendre que j’étais là, que je l’écoutais. Je dois bien l’avouer, j’avais mal pour lui. Mal de savoir tout ceci alors qu’il ne m’en avait parlé qu’une fois, brièvement, sobrement. Il m’avait également parlé de cette embuscade dans laquelle un homme dont il était amoureux avait péri, mais pas de la suite. Pas de son séjour à l’hôpital, de son sentiment de culpabilité, de son retour dans sa famille… J’hésitai à retirer ma main des siennes afin d’essuyer ses larmes mais préférai ne pas bouger d’un centimètre, ne voulant pas briser ce moment de vérité bien que le voir pleurer de cette façon me brisait le cœur. J’aurais voulu faire quelque chose pour l’aider, remonter le temps, le rencontrer avant qu’il ne parte car il ne serait justement jamais partis si nous avions pu faire notre vie avant cela. Si j’avais su… Si j’avais pu savoir que nous étions faits l’un pour l’autre et que nous allions nous trouver trop tard, après qu’il ai vécu tant d’horreurs… Si j’avais su, j’aurais tout fait pour le trouver plus tôt, des années plus tôt. J’aurais fouillé toute l’Angleterre s’il l’avait fallu mais je l’aurais trouvé. Et rien de tout cela ne se serait passé. Rien du tout… Mais cela n’aurait servit à rien, car au moment où Sam est partit en Irak, Natacha devait certainement tout juste de décéder. Ainsi même en admettant que je l’aie rencontré à ce moment là, je n’aurais pas été prêt à l’aimer, et je n’aurais rien pu changer à ce qui allait se passer. C’était de toute manière bien trop tard.

Plutôt que de refaire le passé, je devais me concentrer sur le présent et continuer à l’écouter. J’imaginais ce qu’il avait pu vivre sans réellement y parvenir car après tout, comment pouvais-je imaginer ce qu’était la guerre ? Comment pouvais-je imaginer ce que l’on éprouve en rentrant chez soi, brisé ? Il avait beau me l’avouer, je ne pourrais jamais comprendre. Par contre, je comprenais ce qu’il entendait par « tout ça » pour l’avoir moi aussi vécu, même si en réalité les bombardements de New York n’avaient rien représenté pour moi. Avant cela, je n’étais qu’un veuf alcoolique passant ses journées à boire, jouant dans des bars, ne vivant de toute manière plus. La guerre ne m’avait rien arraché. Je ne voyais déjà plus ma famille, n’avait aucun ami, aucun espoir. C’est au contraire à partir de cette dernière guerre que j’avais pu arrêter de boire, construire une famille avec les jumeaux, m’intégrer dans un groupe de personnes et me retrouver. Le trouver lui également. Un sourire triste étira d’ailleurs mes lèvres lorsqu’il me dit que grâce à notre rencontre, il avait réussi à redevenir la personne qu’il était réellement. Grâce à notre amour il avait retrouvé le sourire, la joie de vivre. Mais une nouvelle fois, pourquoi ce mur soudain quelques mois seulement après notre rencontre ? Je n’allais pas tarder à le découvrir même si, contrairement à ce que j’avais pu supposer, ce n’était de toute évidence pas dû à ma maladie. Je faillis une nouvelle fois l’arrêter lorsqu’il se dit en partie coupable de cette maladie. Non. Non, non, et re non. Combien de fois l’avais-je contredis à ce sujet ? Combien ? Un bon millier au moins. Si j’étais tombé malade c’était uniquement parce que je n’avais pas fait attention et que je m’étais laissé distraire. Après tout, si je n’étais pas rentré dans cette bijouterie, rien ne se serait passé. Si j’étais resté sur mon idée de pellicules rien ne se serait passé. Point final. Je ne pris cependant pas la parole, trop intrigué par ce qu’il me dit ensuite. Je fronçai de nouveau les sourcils. Alors c’était ça. C’était l’attaque des Hors la loi et le fait qu’il ai de nouveau tué… pour moi… pour me protéger… Je sentis mon estomac se contracter. « Tout est remonté à la surface. » C’était comme si la dernière pièce du puzzle venait d’être violemment assemblée aux autres. J’avais envie de le prendre dans mes bras et le serrer à l’en étouffer, imaginant de nouveau ce qu’il avait traversé, ce qu’il avait vécu… Et pourtant, cette fois, j’avais été là, à ses côtés. Mais je n’avais rien vu, rien compris. Je n’avais pas fait le lien avec la guerre, avec ses souvenirs qui tout à coup avaient dû devenir beaucoup plus présents, beaucoup plus lourds. Non, je n’avais rien vu et c’était pour cela qu’il s’était éloigné de moi. C’était pour cela que nous en étions arrivés à ce stade. Pour ça…

Pourtant je ne l’aurais jamais repoussé s’il m’avait confié tout cela plus tôt. Au contraire. Pourquoi avoir eu peur de me perdre ? Je ne l’aurais pas quitté parce qu’il allait mal, c’est complètement stupide. Après tout, m’avait-il abandonné, lui, lorsque j’étais tombé malade ? Non. Alors pourquoi moi l’aurais-je fait ? J’avoue que je ne comprenais pas réellement ce qui avait pu lui passer par la tête et le fait qu’il m’ait menti pour ne pas me révéler ses secrets de peur que je le quitte alors que de toute évidence je ne l’aurais jamais fait. Jamais. Je ne parvenais même pas comprendre comment il avait pu l’envisager. Surtout que comme il le disait, les choses avaient fini par s’aggraver alors que j’aurais peut-être pu l’aider s’il m’en avait immédiatement parlé, j’aurais pu l’aider avant qu’il… Ne tente de se tuer. Je me raidis une nouvelle fois, choqué et profondément attristé. Il avait donc failli se suicider deux fois et moi, je n’avais rien pu faire contre ça. Il ne m’avait pas laissé la possibilité de faire quoi que ce soit contre ça. Même si je bénis aussitôt Riley pour l’en avoir empêché, je ne pu retenir le sentiment de rancune qui s’installait progressivement au creux de mon cœur. Pourtant je n’aurais pas dû lui en vouloir car il avait énormément souffert, mais c’était tout simplement beaucoup plus fort que moi. Je lui en voulais de m’avoir mis à l’écart et de ne pas m’avoir fait confiance parce qu’au fond, je savais que s’il m’avait avoué tout ceci plus tôt nous n’en serions pas là aujourd’hui. Cette rancune ne s’atténua pas lorsqu’il m’avoua avoir beaucoup pensé à moi, chose dont j’avais réellement douté, parce que j’eus la sensation fulgurante de raison lorsqu’il en vint à Aristide, à ce qu’il avait failli lui faire. Il avait failli l’étrangler car, suite à un cauchemar, il l’avait pris pour un ennemi. Mon regard s’assombrit malgré moi, et lorsqu’il releva finalement le sien vers moi je ne fis rien pour changer cela. D’ailleurs, si en parler avec Aristide et Isaiah (mais qui était Isaiah ?) l’avait aidé, je ne pouvais que penser que m’en parler également aurait empêché beaucoup de choses. Notre séparation, sa dépression, ses tentatives de meurtres sur Aristide et Hans… Beaucoup trop de choses qui étaient arrivées à cause de lui, que je le veuille ou non.

Il soupira puis m’annonça que je connaissais déjà la suite. J’estimais même la connaître un peu trop bien, mais ne dis rien pour le moment. Au fond je savais que cette rancune et, peu à peu, cette colère qui s’installaient en moi ne devaient pas surgir, qu’il fallait que je prenne le temps de les calmer quand bien même ce soit très compliqué. Je ne rejetais pas totalement la faute sur lui, mais en grande partie tout de même et j’avais beau l’aimer de tout mon cœur, cela n’y changeait rien. Une nouvelle fois, je serrai les dents à presque m’en faire mal lorsqu’il répéta qu’il avait voulu s’éloigner de moi pour ne pas m’infliger tout cela. J’avais envie de le secouer, de le frapper, de le piétiner tellement ses mots m’énervaient, me mettaient hors de moi. Mais non. Cette réaction aurait été inutile et n’aurait rien apporté, bien au contraire alors, j’allais utiliser la douceur, la tendresse. Tendrement, j’allais lui faire rentrer dans le crâne que j’étais assez grand pour décider moi-même de ce que je pouvais endurer ou non, et n’avais pas besoin qu’on me protège, encore moins si cette pseudo protection me mènerait à une douleur encore plus féroce. Je parvins néanmoins à me détendre lorsqu’il me demanda de l’accompagner sur le chemin de sa guérison. Alléluia ? J’attendais qu’il me dise cela depuis des mois. Des mois ! Aussi, après la rancune, la colère et l’incompréhension, ce fut tout bonnement le bonheur qui s’installa en moi, à tel point que je dû m’en mordre l’intérieur des joues pour ne pas sourire. Je savais que ce serait difficile, que nous allions passer par des choses très compliquées et que je ne serais peut-être pas en mesure de l’aider mais au moins, il me donnait enfin la possibilité d’essayer. Il m’accordait enfin sa confiance et croyez moi, après tout ce que nous venions de traverser cela représentait énormément à mes yeux. Il n’allait pas avoir à me forcer, je voulais être à ses côtés. Je voulais qu’il me laisse être à ses côtés et qu’ensemble, nous vainquions ce stress post-traumatique horrible. Même si je n’allais rien effacer, j’espérais parvenir à le calmer, à l’apaiser. J’espérais réellement y parvenir et finalement, laissai un léger sourire en coin se faire une place sur mes lèvres lorsqu’il termina. Sans attendre une seconde, je retirai vivement ma main des siennes et posai les deux sur chacune de ses joues, essuyant ses larmes. Puis je rapprochai son visage du mien et l’embrassai, sur les joues, les paupières, le front, la bouche. Je déposai une dizaine de petits baisers pleins de soulagement et de joie sur son visage sans réfléchir. Après tout, c’était déjà tout réfléchi. Mes lèvres s’attardèrent finalement sur les siennes, savourant avec un frisson de plaisir ce contact depuis si longtemps perdu, défendu. Au bout de quelques instants je me reculai de nouveau et plongeai mon regard dans le sien.

« Je serai là. Je serai toujours là pour toi et non, je n’ai pas peur parce que rien ne peut être plus effrayant qu’une vie sans toi. Rien du tout. Et tu n’es qu’un idiot, tu m’entends ? Un idiot. »

Cette fois je relâchai son visage puis me reculai tout à fait, le regardant un peu plus durement.

« Si tu m’avais dit tout ça immédiatement, je n’aurais pas réagis différemment d’aujourd’hui. Je t’aurais aidé ou en tout cas, j’aurais essayé. Mais tu ne m’as pas laissé le choix, tu m’as imposé cet éloignement et très sincèrement, je t’en veux pour ça. Je t’en voudrais toujours pour ça. Mais je m’en veux aussi parce que je n’ai pas su te retenir, et peut-être que je ne t’ai pas suffisamment donné l’impression de pouvoir te confier à moi… Peut-être que je n’ai pas su gagner ta confiance. J’espère qu’aujourd’hui tu comprends que quoi qu’il arrive, tu ne me dégoûteras pas, tu ne me répugneras pas. Tu n’as pas à avoir honte de quoi que ce soit avec moi… mais s’il te plait, laisse moi faire mes choix tout seul, ne décide plus jamais à ma place. D’accord ? »

Ayant peur d’avoir été un peu trop dur, je glissai mes bras autour de sa taille puis posai ma tête sur son épaule. Avec douceur je relevai légèrement le visage vers lui, déposant un léger baiser sur sa mâchoire puis repris d’une voix plus tendre.

« Dès que j’irai mieux, dès que j’aurais réussi à arrêter de boire, nous en reparlerons. Pour l’instant je ne peux rien faire pour toi, je ne peux pas me battre contre deux fléaux à la fois mais… - Je me redressai puis le regardai, un léger sourire aux lèvres -… tu ne perds rien pour attendre. »

Une de mes mains glissa dans son cou et de nouveau, j’approchai mes lèvres des siennes pour l’embrasser tendrement avant de resserrer mon étreinte autour de sa taille et le coller contre moi. Mon visage se glissa dans le creux de son cou et ma voix ne fut qu’un murmure :

« Je t’aime Samuel. »

Ces quelques mots résumaient absolument tout. Notre amour était la seule chose qui nous restait et pour le conserver, nous allions devoir nous battre. Je savais déjà que la crise de manque ne tarderait pas, que l’instant de répit serait bientôt terminé mais cela ne m’importait pas. Pour le moment je serrais l’homme que j’aimais dans mes bras, le retrouvant enfin et il s’agissait de la seule chose importante à mes yeux. Nous étions de nouveau un couple. Enfin. Nous étions de nouveau ensemble. Après tout ce que nous avions traversé nous nous étions finalement retrouvé et je ne pouvais pas croire que ce n’était dû qu’au hasard : Nous étions faits l’un pour l’autre. Faits pour terminer notre vie ensemble. Certes nous ne nous connaissions pas depuis des années mais la force de notre amour pouvait venir à bout de tout alors, elle perdurera forcément dans le temps. Forcément. Même si dès le lendemain nous allions de nouveau vivre l’enfer, je savais que plus rien ne nous séparerait. Et après tout, pour le moment plus rien ne comptait, même pas mon alcoolisme, même pas son stress post-traumatique. Je voulais que pour seulement ce soir, plus rien ne compte mis appart le bonheur d’être de nouveau ensemble, juste tout les deux, juste nous. La douleur, les regrets, les larmes seront pour demain. Ce soir était le soir de nos retrouvailles, et seulement de cela. Aussi, au bout de quelques minutes, je me reculai finalement puis me relevai, glissant une main tout contre sa joue je l’observai quelques instants avec amour avant de murmurer de nouveau :

« Je suis fatigué… »

Certes, j’étais épuisé, mais j’avais également très envie de m’allonger à ses côtés dans son lit. Envie de me blottir dans ses bras et l’embrasser à volonté. En réalité j’étais tellement heureux de le retrouver que je ne pensais plus au lendemain, ni à Hans, ni à tout ce qu’il s’était passé entre nous. Non, je pensais juste à lui, ses bras réconfortants, ses caresses d’une douceur infinie et le reste pouvait bien aller au diable. Finalement Samuel se releva à son tour puis défit les draps, alluma sa lampe de chevet et alla éteindre celle du plafond tandis que je me dirigeai vers la fenêtre pour l’ouvrir. Dehors, il pleuvait des cordes. Je ne m’étais même pas rendu compte de l’orage… C’était tellement futile de penser à ça après tout ce qu’il venait de se passer… Tellement bête… Mais ça me faisait du bien, vraiment. Ecouter le bruit de la pluie tomber quelques instants tout en m’étonnant du grondement du ciel m’apaisait, oui, et m’évitait de repenser à la guerre, à ces derniers mois, à l’alcool ou à Hans. Or, c’était absolument tout ce dont j’avais besoin à l’instant. Au bout de quelques minutes, je finis par me retourner et sourire à Sam tout en m’avançant vers le lit, me glissant à ses côtés entre les draps avec petit frisson de plaisir. C’était tellement bon, cette nonchalance, cette quiétude, ce calme… Tellement apaisant de pouvoir se blottir contre l’homme que l’on aime, le prendre dans ses bras et l’embrasser dans les cheveux. Sa douce odeur de cannelle me fit sourire un peu plus largement et je resserrai légèrement mon étreinte, me collant tout entier à lui, à sa chaleur qui m’avait tant manqué. Comme si depuis des mois je n’avais plus été qu’un fantôme, qu’un être sans vie, odieux, horrible. A présent je n’aspirais qu’à la douceur et la tendresse. Je tendis alors le bras pour éteindre la lumière puis glissai mes doigts dans son dos, le caressant lentement, profitant de la douceur de sa peau, la douceur de ce contact que je croyais perdu à jamais. Lorsque je fermai les yeux, ce ne fut plus l’image de Hans qui me vint, mais seulement celle de Samuel. De mon Samuel. Alors, me laissant bercer par le bruit de la pluie et le rythme de son souffle chaud dans mon cou, je finis par m’endormir dans la quiétude de ceux qui aiment.

Le réveil fut particulièrement brutal. Sursautant, je rouvris les yeux avec une grimace, ressentant une douleur fulgurante dans les côtes, comme si quelqu’un venait de me donner un sacré coup de coude. Je clignai plusieurs fois des yeux, la pièce étant toujours plongée dans la pénombre seulement éclairée de quelques éclairs qui ne me permettaient cependant pas d’y voir quoi que ce soit. Ma première pensée fut cette fois pour Hans, je craignis une seconde qu’il ne soit revenu avant de me rendre compte que nous étions totalement seul Sam et moi, qu’il n’y avait personne. Pourtant, j’avais mal. Me redressant, je glissai mes doigts à l’endroit où je ressentais toujours ce point de douleur, le massant doucement dans l’espoir vain que ça ne se calme, je fronçai les sourcils puis posai mon regard sur Sam qui dormait toujours. J’eus finalement un soupir puis arrêtai de me masser puisque cela ne servait de toute manière à rien. J’allais me recoucher lorsque je sentis Samuel bouger brusquement à mes côtés, laissant même échapper un profond grognement. Le lien se fit assez rapidement dans mon esprit : Il m’avait parlé de ses cauchemars récurrents, et j’imaginais qu’il était justement en plein dedans. Qu’il m’ai donné un coup dans son sommeil ne m’importait pas, je ressentis soudainement une étrange inquiétude et tendis le bras vers la lampe de chevet pour y voir un peu plus clair. Mon inquiétude n’en fut que renforcée. Samuel avait les poings serrés, les sourcils froncés et se mit de nouveau à gigoter. Je demeurais quelques instants sans bouger, incapable du moindre mouvement. D’une part j’avais envie de le réveiller et l’arracher à son cauchemar, d’autre part je craignais qu’il n’ait la même réaction envers moi que celle qu’il avait eu envers Aristide. Pourtant, je n’avais pas peur de lui, mais je préférais éviter de me montrer trop brusque… Au cas où. Doucement, je posai une main contre son épaule et le secouai lentement, murmurant à plusieurs reprises son prénom mais il finit au bout de quelques instants par repousser ma main comme s’il était éveillé. Très sincèrement, la situation ne me rassurait pas. Je n’avais pas peur de lui, hein ?... Non ! Je ne devais pas avoir peur de lui ! Je devais prendre sur moi, et tout faire pour le réveiller parce que je savais ce qu’il voyait et croyait vivre en cet instant et cela me faisait bien trop mal pour que je ne l’abandonne. Et puis, j’avais promis de ne jamais l’abandonner, alors… Prenant une profonde inspiration, je me rallongeai très lentement à ses côtés puis glissai mes bras autour de lui avant de me blottir contre son corps crispé. Pour le moment, aucune réaction. Doucement je rapprochai mon visage du sien puis l’embrassai sur le front, les joues, avec plus ou moins de force pour essayer de le réveiller mais rien n’y fis. Sans m’en rendre compte j’embrassai son nez brisé, ce qui me valut d’être vivement repoussé. Reste calme Liam. Reste très calme, il ne va pas te sauter au cou s’il se réveille.

J’étais complètement désemparé. Je ne savais plus quoi faire, mais répugnais toujours à le secouer comme un prunier. Au bout de quelques instants de vide durant lesquelles je m’interrogeais sur la meilleure manière de le réveiller, je le pris de nouveau dans mes bras et le serrai plus fortement. Je glissai une main entre nous, caressant son torse, son ventre, ses hanches, tout en observant avec attention son visage, y cherchant la moindre trace de décontraction et murmurant toujours son prénom. Alors que ma main le caressait plus vigoureusement afin de le réveiller, elle dérapa légèrement de son ventre et glissa un instant sur son boxer. Je me figeai. C’était la première fois que je le touchais à cet endroit, même si finalement je n’avais pas fait exprès et cela me perturba. Me perturba, oui, mais ne me répugna pas comme c’aurait été le cas quelques mois plus tôt. Est-ce que… Est-ce que j’étais prêt pour ça ? Je sentis ma gorge se serrer. Ce n’était décidemment pas le moment de songer à cela mais… Eh bien… Nous étions tout les deux presque nus et… et nous étions collés l’un à l’autre et… et je venais juste de le caresser, même si c’était accidentel mais… Mais cela ne m’empêcha pas de sentir le désir monter en moi, sensation qui fut particulièrement étrange pour moi puisque je ne l’avais pas ressentie depuis très, très longtemps et encore moins par rapport à un homme, ou même Samuel. Non, je ne l’avais jamais désiré. Jamais. Et pourtant je l’aimais sincèrement, mais cet amour avait toujours été très chaste. Et s’il ne l’était plus ? Et si, ce soir… Hans s’imposa immédiatement dans mon esprit, cette sensation de désir s’évanouissant aussitôt. Voilà à quoi menait le désir entre deux hommes… Enfin… Je savais qu’avec Sam ce serait très différent mais étais-je prêt pour cela tout en sachant que Hans, quelques heures plus tôt, m’avait presque violé ? D’une part j’avais envie de me recroqueviller sur moi-même et attendre que Samuel se réveille sans rien faire, d’autre part j’avais envie de lui, disons le clairement. J’avais envie de Samuel. Wouah, je n’aurais jamais cru pouvoir dire ça aussi vite…

En clair, je demeurais quelques instants sans bouger, réfléchissant à ce que je ressentais et désirais. Jusqu’alors je n’avais pas pris le temps de réellement penser à ce que Hans m’avait fait, à en estimer les dégâts sur moi mais maintenant je me disais que me lamenter sur mon sort, me bloquer pour cela aurait été une erreur de plus. Je ne voulais pas le laisser prendre la moindre place dans ma vie, et je ne voulais pas que ça ai la moindre répercussion sur mon couple alors… Je glissai de nouveau ma main sur l’entre jambe de Samuel, me mordant la lèvre, puis entrepris de le caresser doucement. Et contre toute attente, son visage se détendit peu à peu. Victoire ? Oui et non. Oui car je sentais qu’il commençait à lentement se réveiller en même temps que mon désir et non car je pensais toujours à Hans, et cela me répugnait. Mais j’avais décidé d’être fort pour réussir à reformer mon couple, non ? J’avais décidé de prendre sur moi pour que nous soyons unis, que notre amour ne meurt pas, n’est ce pas ? Alors je devais prendre sur moi. Je devais oublier Hans, ce qu’il m’avait fait, la sensation que c’était. Je devais oublier pour me concentrer sur Samuel, son corps qui m’inspirait du désir et non plus de l’indifférence comme autrefois. Je savais que si je m’arrêtais maintenant, si je reculais devant ce pas que je souhaitais pourtant franchir, jamais nous ne ferions l’amour car je me laisserais à chaque fois envahir de nouveau par Hans. Or, c’était absolument tout ce que je voulais éviter. Alors, même si c’était difficile, même si j’avais également un peu peur de faire l’amour avec un homme car après tout c’était tout à fait nouveau pour moi, mes doigts stoppèrent leur caresses puis se glissèrent dans le boxer de Samuel pour les reprendre. C’était… vraiment très étrange. Caresser un homme était vraiment très étrange. Mon cœur se mit à battre beaucoup plus fort, j’en tremblais même légèrement mais ne m’arrêtai pas. Au contraire, mes lèvres retrouvèrent celles de Samuel pour des baisers qu’il me rendit peu à peu, s’éveillant doucement.

Sauf que plus il répondait à mes baisers, plus je sentais cette peur monter en moi.

Il allait se réveiller d’un instant à l’autre, comprendre ce que je faisais et alors je ne pourrais plus reculer. Avais-je seulement envie de reculer ? Quelque part, non, parce que je sentais de plus en plus fort ce désir pour lui mais la nouveauté que cela représentait, et puis cette expérience terrible avec Hans… Stop. Chut. Je refusais de penser à Hans. Ce ne pourrait jamais être pareil, jamais. Au moment où je sentis que Samuel m’embrassait réellement, je me reculai légèrement et l’observai, ma main poursuivant toujours ses caresses. Il ne dut réellement s’en rendre compte qu’à ce moment là puisqu’il fronça vivement les sourcils et posa sur moi un regard plus qu’interrogateur. Soit il pensait que j’étais redescendu pour boire et était donc complètement saoul et ne savais pas ce que je faisais, soit que j’étais devenu complètement dingue. C’était sans doute vrai d’ailleurs. Pourtant, je glissai sans réfléchir mon visage dans son cou et y déposai des baisers plus chauds que tout ceux que nous avions jusqu’alors échangé, espérant m’y prendre correctement. Cependant, je le sentais tendu, crispé, ne sachant sans doute pas comment réagir. J’étais prêt, même si cela était plus qu’étonnant, même si le moment était sans doute mal choisi. J’étais prêt à m’offrir à lui, voilà tout, et il ne devait pas avoir peur d’en « profiter », de réagir à mes caresses et me les rendre. Au contraire, j’avais réellement envie de sentir ses mains parcourir et découvrir mon corps également, aussi me reculai-je finalement, décidé à le rassurer et à lui faire comprendre encore plus explicitement que tout allait bien. Que ce soir, nous allions franchir un pas de plus. Ma main remonta le long de son ventre alors que ma taille se collait contre la sienne et doucement, je reposai ma tête contre l’oreiller, l’observant le sourire aux lèvres.

« Je crois que j’ai un plan pour te guérir de tes cauchemars »-murmurai-je, glissant mes doigts jusqu’à ses lèvres que je caressai doucement -« Je vais te faire l’amour à chaque fois que tu sombreras dans un mauvais rêve, si bien qu’au bout d’un moment tu tomberas de fatigue dans mes bras et t’endormiras d’un sommeil profond, reposant. Je vais vaincre l’horreur par l’amour. »

Peut-être étais-je trop entreprenant, trop directif. Cela ne me ressemblait très sincèrement pas mais dans le cas présent, je ne voyais pas d’autres solutions que de prendre les devants. De plus je ne mentais pas : J’étais prêt à lui faire l’amour toutes les nuits si cela pouvait lui apporter un meilleur sommeil. Non. J’étais prêt à lui faire l’amour toutes les nuits, qu’il continue à faire des cauchemars… Ou non.
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MessageSujet: Re: You had my heart inside of your hand and you played it to the beat. [Samuel. B] -18 !    Sam 1 Oct - 15:05

Ma peur s'apaisa soudainement, rapidement, quand Liam posa ses mains sur mes joues pour essuyer mes larmes. Aussitôt, un soulagement profond m'envahit car ce simple geste signifiait beaucoup de choses, ce simple geste signifiait qu'il était prêt à accepter ma demande, qu'il était prêt à rester à mes côtés et mon cœur se fit donc bien plus léger. Et croyez-moi, quand il se mit à embrasser doucement mes joues, mes paupières, mon front, puis ma bouche avec douceur, toute la douleur disparût complètement pour laisser place au bonheur : Je ne l'avais pas perdu. Enfin, si, je l'avais perdu finalement je l'avais retrouvé. J'avais retrouvé l'homme de ma vie et nos rêves, nos espoirs, nous allions pouvoir y songer à nouveau et construire notre vie ensemble. Ca ne serait pas simple bien entendu mais oui : L'espoir était de nouveau là, en moi, et c'était tout simplement merveilleux. Ses lèvres s'attardèrent sur les miennes et malgré ce contact, un petit sourire étira doucement mes lèvres. Mon Liam... Mon amour... Il était auprès de moi et il le resterait pour toujours. Finalement, au bout de quelques instants, il recula doucement son visage et plongea son regard dans le mien ce qui me fit énormément plaisir. Il avait tant fui cet échange entre nous, tant de fois et après, malgré ma confession, malgré tout ce que je lui avais dit et malgré tout ce qu'il avait pu se passer, il me regardait droit dans les yeux, sans flancher. Je ne pouvais qu'apprécier cela, en être heureux et encore une fois soulagé. Nous avions tous les deux traversé des choses terribles mais nous avions finalement avancés et c'était une excellente chose. Sa voix s'éleva doucement et ses mots furent une véritable caresse pour moi. L'entendre me dire qu'il serait toujours là, qu'il n'avait pas peur parce que ce qui l'effrayait le plus était de vivre sans moi tout comme j'étais terrorisé à l'idée de vivre sans lui fut aussi doux et chaud qu'un rayon de soleil. Il était mon soleil. Même si, selon lui, et il avait franchement raison, j'étais un idiot.

Oui, j'avais été un idiot.

Son regard se fit plus dur et mon sourire s'évanouit doucement parce que je me doutais de ce qui allait suivre mais il avait raison, et il avait le droit de dire ce qu'il avait sur le cœur. Aussi, je ne bronchai pas lorsqu'il m'expliqua qu'il n'aurait pas eu une réaction différente si je lui avais tout de suite parlé de mes problèmes et qu'il m'en voudrait toujours pour l'avoir éloigné de moi. Il pouvait être certain d'une chose : Je m'en voudrais moi aussi toute ma vie d'avoir fait cette terrible erreur car cette erreur nous avait tous les deux plongé dans les ténèbres, et lui plus particulièrement puisqu'à cause de cela il s'était remis à boire. Jamais, de toute mon existence, je n'allais être capable de me pardonner cela. Je vivrais avec, avancerais, mais n'oublierais pas et ne pardonnerais pas. Et je ne voulais surtout pas qu'il pense qu'il était responsable de mon silence lorsque le stress post traumatique m'avait rattrapé. Non, ça n'avait pas été un manque de confiance en lui mais tout simplement un manque de confiance en moi-même. Je hochai doucement la tête lorsqu'il me dit que je n'avais pas à avoir honte de quoi que ce soit avec lui, que je pouvais tout lui dire et mon hochement de tête se fit plus franc et plus affirmatif lorsqu'il me demande de ne plus jamais décidé à sa place de ce qu'il était capable d'endurer ou non. Qu'il ne s'inquiète pas : Je n'allais pas commettre deux fois la même erreur. Il m'aimait tel que j'étais, avec mes qualités, mes défauts, mon passés, mes difficultés et ça, à présent, c'était une vérité qui était bien encrée dans mon esprit. Je n'étais pas un cadeau mais puisqu'il m'acceptait dans sa vie alors j'allais en faire partie. J'avais bien sûr toujours peur de lui faire du mal comme j'en avais fait à Aristide mais je ne devais pas me laisser diriger par cette peur. L'amour que j'éprouvais pour lui devait prendre le dessus sur cette peur et je n'allais pas abandonner. Je n'allais plus abandonner : Plus jamais. Il glissa doucement ses bras autour de ma taille et posa sa tête sur mon épaule avant de déposer un tendre baiser sur ma mâchoire ce qui me fit doucement sourire. Il était tout simplement exceptionnel. Après tout ce que j'avais fait, après tout ce qu'il avait été obligé de traverser à cause de moi, qu'il soit capable de m'aimer avec toujours autant de force faisait véritablement de lui un être exceptionnel.

L'être exceptionnel que j'aimais plus que tout au monde.

Mes mains glissèrent autour de sa taille doucement lorsqu'il m'annonça doucement que lorsqu'il irait mieux, nous en reparlerions car pour le moment, il devait lui-même se battre contre ses propres démons. J'en étais parfaitement conscient. Avant de m'aider, il devait s'aider et je devais moi, l'aider. Je devais l'aider à s'en sortir et ça n'allait pas être simple. Le sevrage allait prendre du temps mais j'avais confiance en lui, en nous : Nous allions nous en sortir. Nous avions été brisés mais ensemble, nous allions nous réparer. Je sais que ce terme peut paraître étrange mais c'était pourtant bel et bien cela : Nous allions nous réparer, petit à petit et quand cela serait fait, nous allions enfin goûter au bonheur que nous avions tant désiré. J'abaissai mon regard vers lui et fut heureux de le voir avec un sourire aux lèvres et mon propre sourire s'élargit lorsqu'il m'annonça que je ne perdais rien pour attendre. J'allais attendre. J'allais continuer à parler à Isaiah, et quand Liam serait remis, lorsqu'il serait prêt, je parlerais avec lui de la guerre plus en détails, de ce que j'avais pu vivre là-bas et ce serait alors à mon tour d'être remis. Sa main glissa doucement dans mon cou et un frisson me parcourut le corps : Ce contact de sa peau contre la mienne m'avait tant manqué. Nos lèvres ses scellèrent dans un tendre baiser au moment où il resserra son étreinte avant de glisser son visage dans le creux de mon cou et de murmurer tout bas qu'il m'aimait. Ce fut alors mon étreinte qui se resserra autour de lui et d'une voix faible, qui ne fut aussi qu'un murmure, je lui dis aussi que je l'aimais plus que tout avant de fermer les yeux et de savourer cet instant. On aurait pu croire que rien n'avait changé, qu'il ne s'était rien passé. Cette étreinte avait la douceur et la tendresse de nos premières étreinte avant que nos démons ne nous rattrapent et nous éloignent. Cette étreinte avait le goût des retrouvailles et emplissait mon cœur d'une joie immense. J'avais tellement cru cela impossible, j'avais tant perdu espoir que de me retrouver là, dans ses bras représentait pour moi un véritable miracle.

Il était mon miracle.

Nos respirations étaient calmes et j'avais l'impression que le temps s'était arrêté. Mes mains glissèrent doucement dans ses cheveux d'une façon naturelle, instinctive et je les caressai avec délicatesse, gardant les yeux fermés, ne pensant plus à rien d'autre qu'à lui, qu'à nous. Puis soudain, le temps reprit son cours lorsqu'il se recula et se releva. Je l'observai en silence, me laissant baigné par son regard rempli d'amour. Il m'annonça alors qu'il était fatigué et comme je le comprenais. La soirée avait été éprouvante pour nous deux, mais elle l'avait été plus particulièrement pour lui. Pendant un instant, les images de ce qu'il s'était passé avec Hans me revinrent en tête mais je les chassai aussitôt : Hors de question que cet enfoiré vienne gâcher notre bonheur. Il en avait déjà assez fait. Je lui adressa un tendre sourire avant de me relever et de défaire les draps. Puis, j'allumai la petite lampe de chevet avant d'aller éteindre la grande lumière. Lorsque mon doigt appuya sur l'interrupteur, un large sourire étira mes lèvres à la pensée que nous allions passer la nuit dans les bras l'un de l'autre. Enfin... Cela faisait de mois que je n'avais eu le bonheur de dormir dans ses bras et à présent, c'était réel, ça allait se produire d'ici quelques minutes. Nous allions nous allonger, il allait se blottir dans mes bras et nous allions dormir... Mon sourire s'effaça subitement. Dormir... Et rêver et dans mon cas, probablement cauchemarder. Ma main en trembla et je serrai finalement le poing en prenant une profonde inspiration : Du calme Samuel... Tout va bien se passer... Tu ne lui feras pas de mal... Jamais... Ce fut sur ces pensées que je me retournai et vis Liam devant la fenêtre qu'il avait ouverte. Je me rendis alors seulement compte qu'il y avait de l'orage. Le monde extérieur m'avait parût tellement loin que je ne m'en étais même pas aperçu et il était fort probable que lui non plus n'ait rien remarqué tant nous étions enfermés dans notre bulle. E l'observai quelques instants et un nouveau sourire étira mes lèvres. Oui, tout allait bien se passer. Je m'avançai jusqu'au lit avant d'y allonger sans pour autant cesser de le regarder. Que voulez-vous ? J'avais été séparé de lui pendant si longtemps que je ne parvenais pas à détacher mon regard de sa silhouette. Il termina par se retourner avant de m'adresser un sourire et de venir se glisser dans les draps tout contre moi. Il déposa quelques baiser dans mes cheveux avant de se serrer tout contre moi avec force. Mes bras l'entourèrent alors : Il était là, et je ne laisserais plus repartir. Il finit par tendre le bras pour éteindre la lumière et lorsque je le sentis glisser ses dois dans mon dos pour me caresser avec tendresse, mon sourire s'élargit et main alla se nicher dans sa nuque pour caresser une nouvelle ses cheveux. Mes gestes étaient lents, tendres, je voulais qu'il se sente apaisé, en sécurité et qu'il s'endorme en paix, sans avoir peur. Cela dût fonctionner car très vite, sa respiration se fit extrêmement calme et je sentis ses doigts arrêter de me caresser et son corps se détendre.

Il s'était endormi.

Mon sourire s'effaça progressivement tandis que je portai mon regard au dehors, voyant des éclairs ça et là, le bruit de la pluie me berçant alors que j'aurais préféré qu'elle ne me berce pas parce que j'avais de nouveau très peur de m'endormir. J'avais beau avoir répété dans ma tête que tout allait bien se passer, je n'arrivais pas à m'en convaincre pleinement. Et si je lui faisais la même chose qu'à Aristide ? Et si j'essayais de le tuer ? Non. Tant pis. J'allais passer une nuit blanche, ce n'était pas bien grave. Je l'avais déjà fait tant de fois, j'avais passé tant de nuits éveillé sans pouvoir trouver le sommeil. Il me suffisait juste de me concentrer et de ne pas me laisser bercer par le bruit de la pluie. Ssshhhhh. Tu ne t'endormiras pas. Concentre-toi plutôt sur les éclairs et le tonnerre. Ssshhhhh. Je sentais mes paupières devenir de plus en plus lourdes. Eclairs et tonnerre Sam. Ssshhhh. L'obscurité m'envahissait. Eclairs et...

-Brimstone !

Je sursautai et me redressai dans mon lit de camp quand je sentis quelqu'un se jeter sur moi.

-Quoi ?!

Sur le moment en colère, je me calmai tout de suite en voyant qu'il s'agissait de Jason. En même temps, qui d'autre que lui aurait pu me sauter dessus de cette manière ? J'esquissai alors un sourire et il me le rendit avec tendresse avant de se relever brusquement et de s'asseoir sur le lit d'en face. Ce genre de contact entre nous, nous l'évitions au maximum et j'étais même étonné qu'il ait osé me sauter dessus comme ça. Il le sentit sans aucun doute puisqu'il haussa doucement les épaules tout en ayant un sourire d'excuses.

-Je sais. Mais ils sont dehors et puis regarde, je suis sage, je me suis déjà installé ailleurs.

-Malheureusement...

Il pencha doucement la tête sur le côté et je m'excusai sans attendre. Ce genre de mots aussi nous évitions de les dire. En fait, nous évitions tout un tas de choses : Nous évitions de trop nous regarder quand nous n'étions pas seuls ce qui était souvent le cas, nous évitions les contacts pour éviter de nous donner envie de nous rapprocher encore plus, et nous évitions de nous apitoyer sur notre sort parce que cela ne pouvait que nous faire encore plus de mal. Nous nous aimions, mais nous ne pouvions pas être ensemble : Il en était ainsi mais nous avions beau faire croire que nous nous en étions fait une raison, ce n'était franchement pas le cas. Il m'annonça qu'il était venu me réveiller car la nouvelle était tombée : Nous devions de nouveau partir en reconnaissance. Parfois nous faisions cela à l'intérieur d'un véhicule mais aujourd'hui, nous allions devoir marcher un long moment dans le désert. Il y avait un village que nous devions trouver afin de nous assurer qu'il n'était pas occupé par des ennemis. Le genre de mission de reconnaissance où on pouvait laisser notre peau. Cela dit, on pouvait laisser notre peau à n'importe quel moment ici... Je me redressai donc et me préparai, sous l'oeil attentif de Jason comme c'était souvent le cas quand nous étions tous les deux. Une dizaine de minutes, nous avions tous les deux rejoint nos camarades et prirent la route. Nous n'étions que cinq cette fois-ci. Jason ouvrait la marche et moi je la fermais, comme à chaque fois. Nous étions les yeux de nos camarades, nous étions ceux qui surveillaient les alentours pour éviter une embuscade. La route jusqu'au village nous prit plus d'une heure mais nous étions à présent habitués à la chaleur. Arrivés sur place, nous nous installâmes à distance, derrière un large monticule de terre et Jason prit ses jumelles pour observer les alentours du village qui, comme il nous l'annonça, lui paraissait trop calme pour être réellement sûr. Après de longues minutes d'observation, nous reprîmes notre chemin pour aller jusqu'au village. A l'entrée, nous étions plus prudents que jamais. Mes yeux allaient rapidement de droite à gauche, je faisais tout pour ne rien laisser au hasard. Une balle siffla alors à mon oreille et aussitôt, nous prîmes place derrière la plus proche façade d'une petite maison pour se protéger des tirs ennemis : Ennemis relativement bien cachés. La voix du sergent s'éleva pour demander si tout le monde allait bien et après avoir tous répondu par l'affirmative (enfin, disons qu'aucun de nous n'était blessé, quant au fait d'aller réellement bien, c'était une tout autre chose), il nous donna nos ordres. Je fus envoyé en éclaireur de l'autre côté de la maison avec deux de mes camarades et Jason resta avec les autres. Malgré les coups de feu, malgré l'urgence de la situation, nous échangeâmes tous les deux un regard : Peut-être le dernier, nous en étions parfaitement conscients.

L'échange de coups de feu fut long, et féroce mais finalement, nous parvînmes à trouver les ennemis placés en embuscade et profitant de la couverture que nos camardes nous apportaient, nous entrâmes dans la maison où les ennemis se trouvaient. Je m'arrêtai au premier étage alors que deux autres camarades continuèrent de monter. En silence, j'approchai d'une porte et m'arrêtai : Ils étaient placés à tous les étages et des coups de feu provenaient de la pièce près de laquelle je me trouvais. Je me penchai légèrement et me figeai en voyant que c'était un enfant (qui à la vue de sa taille ne devait pas dépasser une quinzaine d'années) qui tirait. J'hésitai un instant avant de pénétrer dans la pièce, arme pointée sur lui en lui lançant une sommation. L'enfant se retourna et me regarda droit dans les yeux, son fils pointé sur moi. Il ne se passa que quelques secondes pendant lesquelles je hochai la tête de gauche à droite pour l'inciter à ne rien tenter puis le coup partit et l'enfant tomba à terre. Son fusil s'était à peine levé et j'avais vu son doigt bouger sur la gâchette et à cet instant précis j'avais compris qu'il allait tirer si je ne tirais pas et que s'il me tuait, il allait essayer d'en tuer d'autres. Je n'avais pas eu le choix. Ou si, j'avais eu le choix et j'avais fait CE choix là. Ce fut plus fort que moi : Je me penchai en avant et me mis à vomir. Au bout de quelques instants, cela passa et je m'essuyais d'un revers de la manche et ce fut à ce moment-là que je réalisai que les coups de feu avaient cessés. Je n'étais cependant pas sûr de qui l'avait emporté sur l'autre. Aussi, bien que toujours choqué parce qu'il venait de se passer, je m'avançai doucement pour sortir de la pièce et lorsque j'entendis la voix d'un de mes camarades appeler mon nom, je répondis par l'affirmative. Ils descendirent et se figèrent tout comme moi je m'étais figé en voyant l'enfant au sol. Ils restèrent silencieux, sachant que rien de ce qu'ils pouvaient me dire ne pourrait m'aider. Lorsque nous retrouvâmes nos autres camarades, j'étais toujours sur le choc et bien qu'heureux de voir Jason en vie, je fus incapable d'échanger ne serait-ce qu'un regard avec lui. Je fus encore moins capable de parler et ce fut les deux autres qui expliquèrent ce qu'il s'était passé, entre autres le fait que j'avais dû tirer sur un enfant qui faisait partie de nos assaillants. Le sergent m'observa un instant avant de m'annoncer que nous en discuterions une fois rentrés au campement. Les autres parlèrent pendant quelques instants et Jason s'approcha de moi avant de poser sa main sur mon épaule que je repoussai avec vivacité avant de reprendre mon fusil bien en main et de me remettre à observer les alentours. J'avais voulu de son contact même si nous nous l'étions interdits mais en cet instant, je ne voulais pas qu'il me touche.

Je voulais que personne ne s'approche de moi.

Lorsque nous fûmes de retour à la base, j'avais l'impression de n'être plus que le fantôme de moi-même. L'image de cet enfant me hantait et ma conversation avec le sergent ne donna rien sauf lorsqu'il m'annonça qu'il serait peut-être plus sage de me démobiliser. Je répondis aussitôt par la négative, lui affirmant que j'allais prendre sur moi et qu'il était hors de question que j'abandonne mes camarades. Il aurait peut-être dû refuser à ce moment-là... En sortant de mon entretien avec le sergent, je vis Jason qui m'attendait mais l'évitai et continuai mon chemin jusqu'au dortoir. Seulement, il était décidé à me suivre, et il était le seul. Pourtant, d'ordinaire, les autres auraient aussi voulu me suivre et me parler mais il leur avait sans doute dit qu'il allait me parler seul à seul puisqu'à leurs yeux nous étions amis : Je ne voyais pas d'autre explication à l'éloignement des autres militaires vis à vis de moi. Je finis par m'asseoir sur le lit et Jason s'installa à côté de moi. Je secouai négativement la tête et me décalai un peu sur la droite pour m'éloigner de lui au moment où je le vis esquisser un geste pour passer son bras autour de ma taille.

-S'il te plaît...

-Non.

Il se rapprocha de moi et passa ses bras autour de moi avant de me serrer dans ses bras et je me crispai, refusant ce contact pour de nombreuses raisons. Il était cependant décidé et alla même jusqu'à approcher son visage du mien pour m'embrasser sur le front, les joues puis le nez et je le repoussai alors avec encore plus de violence ce qui lui valut de se retrouver par terre. Il m'observa un instant alors que je me redressai.

-A quoi tu joues ? Tu veux avoir des problèmes ? Tu veux qu'on ait tous les deux des problèmes ? J'ai déjà assez de problèmes Jason ! J'en ai déjà bien assez ! J'ai tué un gosse aujourd'hui et ça me suffit, d'accord ?! Alors tu dégages ! Tu...

Il s'était redressé et m'avait de nouveau pris dans ses bras. Il me serra avec force contre lui mais j'étais toujours autant tendu et c'est là qu'il glissa une main entre nous deux pour me caresser doucement. Non... Il ne devait pas faire ça parce que je n'allais pas pouvoir lui résister et nous allions avoir de sérieux ennuis si on nous surprenait... Aussi, je m’efforçai de rester crispé, de ne pas lui rendre son étreinte. Je me raidis lorsque je sentis sa main se poser sur le devant de mon pantalon et me reculai doucement, l'observant droit dans les yeux, plus que surpris, à la limite choqué qu'il aille jusque là alors... Alors que nous n'avions même pas échangé un seul baiser. Cependant, il ne retira pas sa main et se mit à me caresser et j'aurais pu l'arrêter, j'aurais dû l'arrêter mais j'avais tellement envie de pouvoir l'aimer comme j'en avais tant rêvé... Et quand il défit ma ceinture pour glisser sa main directement sous mon boxer j'eus un soupir de plaisir avant de me stopper net et de poser ma main sur son poignet pour l'arrêter lui. Quelque chose clochait... Nous nous étions interdits ce genre de choses et nous n'avions jamais dépassé ces interdits. Jamais. En croisant le regard de Jason, je me sentis soudain horriblement bizarre et j'en eus la nausée. Il ne pouvait pas me toucher ainsi puisqu'il était mort. Et quand j'avais tué cet enfant, il était venu me parler mais les autres avaient été présents également et nous n'avions jamais été jusque « là ». Pour la première fois, depuis le début de mes cauchemars je réalisai que j'étais justement en plein rêve. Pour la première fois, ma conscience fut capable de me faire comprendre que ce n'était pas un souvenir, mais juste un rêve. Et là, ce fut le noir total. Jason, le dortoir, tout disparût pour laisser place à une simple brume. Je fermai les yeux et pris de profondes inspirations. J'avais chassé Jason, j'avais chassé le désert et pourtant, je ressentais toujours cette sensation d'avoir une main posée sur cette partie intime de mon corps, une main qui me caressait doucement, avec délicatesse. Bientôt, je sentis même des lèvres se poser sur les miennes mais la brume ne pouvait pas faire cela. La brume n'était que de la brume. La brume était en réalité mon pont entre le rêve et la réalité. Je me laissai aller, savourant la tendresse que l'on m'apportait et je sentis soudain tout mon corps, dans mon lit. J'étais encore à moitié endormi mais je sentais bel et bien mon corps et je savais que Liam était tout contre moi, et qu'il m'embrassait. Gardant les yeux fermés, profitant de ces instants calmes et tendres, je lui rendis ses baisers avec de plus en plus de vigueur, reprenant de plus en plus pied avec la réalité.

Et quelle réalité !

J'ouvris les yeux, sentant la main de Liam me caresser sous mon boxer et me figeai. Il se recula alors légèrement et m'observa sans pour autant cesser de me caresser. Je fronçai alors les sourcils et le regardai en silence, ne comprenant pas ce geste... Ces gestes. Quand nous avions été en couple à la communauté, il avait été très clair sur tout ce qui concernait le sexe et j'avais dis que j'allais attendre et je n'avais pas changé d'avis, et dans ma tête, j'allais devoir attendre encore un moment en particulier à cause de ce qu'il s'était passé avec Hans. Comment trouvait-il la force et le courage de me caresser ainsi après ce qu'il avait vécu ? Je ne parvenais pas à le comprendre : Pourquoi maintenant ? Pourquoi cette nuit ? J'étais incapable d'esquisser le moindre geste sur le moment, incapable de dire le moindre mot et pourtant, mon corps réagissait déjà à ses caresses car je commençais à me sentir à l'étroit dans mon boxer. Comment aurait-il pu en être autrement ? J'aimais Liam de tout mon cœur, le désirait de tout mon être, alors forcément, qu'il me caresse de cette façon. Mais... Il y avait un grand « mais » justement. Au bout de quelques instants, il cessa ses caresses et se recula avant de faire remonter sa main le long de mon corps pour finalement venir coller son corps contre le mien tout en posant sa tête contre l'oreiller, un sourire étirant ses lèvres. Mon cœur manqua alors un battement parce que si lui pouvait sentir mon désir contre sa jambe, je pouvais moi aussi sentir son désir. Il me désirait. Il me voulait et ça, je ne m'y attendais pas, mais alors, pas du tout... J'étais quelque peu sous le choc en fait et je l'étais toujours lorsqu'il glissa doucement ses doigts sur mes lèvres avant de murmurer qu'il avait trouvé un plan pour me guérir de mes cauchemars et que ce plan consistait à me faire l'amour à chaque fois que j'allais faire un mauvais rêve. Il voulait vaincre l'horreur par l'amour. Je fermai les yeux quelques instants, sentant mon cœur battre de plus en plus vite.

Je l'aimais. J'avais envie de lui. La question ne se posait même pas. Cependant, je ne voulais pas qu'il se force ou qu'il décide de franchir ce cap important pour de mauvaises raisons. Je ne voulais pas qu'il me fasse l'amour pour me guérir : Je voulais qu'il me fasse l'amour parce qu'il en avait véritablement envie. Puis, je me souvins de Hans. Hans qui l'avait forcé. Hans qui l'avait presque violé. Et pourtant... Pourtant je pouvais sentir qu'il avait envie de moi alors, c'était qu'il ne se forçait pas, n'est-ce-pas ? S'il s'était forcé, il n'aurait pas pu ressentir le désir qu'il ressentait, il n'aurait pas pu être aussi tendre, et direct en même temps. Il n'aurait pas pu me mentir à ce sujet... Non, pas après ce qu'il avait vécu. Alors, je rouvris les yeux, un peu rassuré et plongeai mon regard dans le sien avant de lui adresser un tendre sourire. Mes mains glissèrent sur ses joues que je caressai avec tendresse, me perdant dans ses yeux. Malheureusement, j'avais beau être un peu rassuré après pensé à tout cela, le doute subsistait encore un peu. Alors, j'approchai doucement mon visage du sien avant de déposer un tendre baiser sur ses lèvres et de poser mon front contre le sien, mes mains encadrant toujours son visage, et lorsque ma voix s'éleva, elle fut douce et tendre, à l'image de mon amour pour lui.

-Je t'aime Liam. Je t'aime et m'unir à toi de cette façon me rendrait véritablement heureux mais il faut que tu sois sûr... Sûr de toi, de ton choix parce que c'est un grand pas et je... Je peux attendre encore, j'attendrai s'il le faut. Je ne vais pas te mentir et ne peux de toute façon pas te mentir : J'ai envie de toi. Je te désire et je veux te faire l'amour mais pas si tu n'es pas sûr...

Je marquai un bref silence.

-Tu es vraiment sûr ?...

Et pour toute réponse, j'eus droit à un magnifique sourire de sa part : Un sourire d'une franchise incroyable, un sourire d'une tendresse infinie. Un sourire qui termina de me rassurer. J'approchai doucement les lèvres des siennes avant de l'embrasser tendrement puis avec un peu plus de fougue mais pourtant tout en douceur. J'allais être tendresse et douceur. J'allais être amour parce que cela : Nous allions faire l'amour. J'allais cependant y aller doucement, prendre le temps qu'il faudrait car je savais que c'était un pas immense et que le franchir n'allait pas être si simple pour lui, même s'il le désirait. Nous allions y aller pas à pas, petit à petit. Nous allions prendre notre temps, savourer chaque baiser, chaque caresse, chaque instant. Mes mains quittèrent ses joues et se glissèrent sous ses bras avant de se poser dans son dos afin que je puisse le serrer tout contre moi, mes lèvres ne quittant pas les siennes. Les secondes passèrent et nos baisers se firent plus enflammés et à ce moment-là, ma main droite quitta son dos pour se glisser entre nous. Je me reculai très légèrement, juste de quoi nous laisser suffisamment d'espace pour nos tendres caresses ou en tout cas, sur le moment, pour mes tendres caresses car lui n'avait pas fait redescendre sa main pour le moment. Non, à présent, c'était la mienne qui bougeait sur son torse. C'était mes doigts qui galopaient doucement sur sa peau si douce. D'abord sur son torse, puis sur ses côtes que mes doigts redessinèrent et s'il m'avait dit que je ne perdais rien pour attendre, lui non plus ne perdait rien pour attendre : Il allait reprendre du poids, j'allais y veiller personnellement. Mais nous n'en étions pas là. Nous en étions à un moment important, essentiel dans notre relation. Un moment qui allait tout changer soit en bien, soit en mal et cela allait déprendre de la façon dont Liam allait vivre tout cela. Je décidai cependant de ne pas laisser de sombres pensées venir m'envahir et de me laisser aller. Enfin, pas complètement, parce que lorsque ma main termina sa course sur son ventre, prête à passer la barrière de son boxer comme lui l'avait fait un peu plus tôt, je m'arrêtai et cessai de l'embrasser pour lui murmurer tout bas quelques mots.

-C'est toi qui décide. Si ça ne va pas, tu m'arrêtes tout de suite...

Nos regards se croisèrent et il se passa quelques instants avant qu'il ne hoche positivement la tête. Si je lui avais dit cela, c'était parce que j'étais sur le point de faire quelque chose qu'un homme ne lui avait jamais fait et je savais que ça pouvait ne pas lui plaire ou même le perturber. Il avait aimé une femme avant d'aimer un homme et cela changeait beaucoup de choses. Mes lèvres retrouvèrent brièvement les siennes avant de se glisser dans son cou pour y déposer de tendres baisers et à ce moment-là, ma main glissa sur son boxer où je pus sentir son désir à travers le tissu. J'en eus des frissons. Il s'agissait de l'homme que j'aimais, de l'amour de ma vie et pour la première fois, je le caressais à cet endroit et partageais des moments des plus intimes. C'était merveilleux. Doucement, je laissai aller ma main à de tendres caresses, prenant mon temps, y allant avec prudence, attendant le moment où il allait me stopper d'une façon ou d'une autre, mais il ne me stoppa pas. Je l'entendis simplement soupirer, de plaisir car cela ne ressembla pas à un soupir de soulagement ou d'agacement. C'était le genre de soupir que j'avais tant imaginé entendre de sa bouche... Alors, je décidai d'aller un peu plus loin et glissai finalement ma main sous son boxer pour le caresser directement lui et ne plus le faire à travers le tissu. Je le sentis se raidir un peu mais il n'eut aucun geste pour m'empêcher de continuer ou pour faire remonter ma main alors je continuai, toujours avec douceur, toujours avec tendresse, mes caresses se montrant fluides, mes doigts se montrant délicats. Ma bouche avait elle retrouvé le chemin des lèvres de Liam pour l'y embrasser avec amour. A ce moment-là, je sentis sa main bouger et reprendre le chemin qu'elle avait pris quelques minutes auparavant. Je laissai échapper un bref soupir avant de l'embrasser à nouveau à pleine bouche. J'avais beau être tendre, mon envie de lui montait de plus en plus en moi. J'avais toujours un bras dans son dos et je m'en servis pour le tenir contre moi et pour me faire pivoter : Un instant plus tard, je me retrouvais au-dessus de lui, et mes lèvres quittèrent les siennes afin que je puisse reculer mon visage et le regarder, cherchant dans son regard une éventuelle hésitation. J'en vis un peu mais ce qui me frappa le plus fut l'amour avec lequel il me regardait. Je lui adressai un tendre sourire avant de glisser mon visage dans le creux de son cou et de l'embrasser avant de lui murmurer que je l'aimais. Nos mains croisées continuaient de nous caresser et je n'avais, pour le moment, pas l'intention d'aller plus loin. Au bout de quelques minutes cependant, ma main quitta son intimé et se glissa dans son dos afin que je puisse le serrer contre moi. Sa main à lui resta d'abord là où elle était et puis, elle quitta ma propre intimité pour venir se poser dans mon dos, m'invitant, en tout cas c'était cela que je voyais dans mon esprit, à rester contre lui. Doucement, alors, je me mis à bouger, à me frotter contre lui et j'en profitai pour relever mon visage et venir l'embrasser à nouveau.

Ce baiser ne dura cependant pas très longtemps car très vite, mes lèvres retrouvèrent son cou pour y déposer de tendres baisers et, me laissant guider par mon instinct, par mon envie, je laissai aller ma bouche jusqu'à son torse, cessant dès lors de me frotter contre lui puisque mon corps s'abaissait au fur et à mesure que mes baisers prenait le chemin du sud et si quelques instants plus tôt je n'avais pas eu l'intention d'aller plus loin, à présent, je voulais aller plus loin. A présent, je voulais lui donner du plaisir, le faire frémir sous mes caresses et mes baisers. Je voulais qu'il soit heureux, qu'il se sente bien et j'allais pour cela franchir une nouvelle étape qui allait peut-être faire reculer Liam mais j'en avais très envie. Alors, tandis que ma langue vagabondait autour de son nombril, mes mains retirèrent lentement mais sûrement son boxer avant de le laisser tomber à côté du lit. A ce moment-là, je le sentis se crisper quelque peu mais je ne sentis pas ses mains se poser sur mes épaules pour m'arrêter, je ne l'entendis pas protester. Je pouvais donc continuer, n'est-ce-pas? Ce que je lui avais dit tenait toujours et il lui suffisait d'un geste ou d'un mot pour que j'arrête et que nous en restions au stade de caresses pour le moment. Oui, un seul mot de sa part. Mais tant qu'il ne disait rien, j'allais me laisser aller et bientôt, mon visage descendit encore plus bas, mes mains esquissant la courbe de ses cuisses avant de s'y poser tandis que ma bouche frôlait la preuve flagrante de son désir. Dès cet instant, tout sembla se passer au ralenti. Alors que je déposai de petits baisers avant de laisser courir ma langue sur son membre, je le sentis se crisper et se cambrer légèrement tout en soupirant.

De plaisir? De peur? Allais-je finalement trop vite ?

Je n'allais pas tarder à le découvrir.
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MessageSujet: Re: You had my heart inside of your hand and you played it to the beat. [Samuel. B] -18 !    Sam 15 Oct - 20:02

Pourquoi fermait-il tout à coup les yeux ? Pourquoi fuyait-il ainsi mon regard ? Je sentis soudainement la peur se répandre en moi, peur qu’il me repousse, qu’il soit entrain de préparer ses mots, ses phrases pour me dire gentiment qu’il n’avait pas envie de moi. Certes pouvais-je sentir la preuve de son désir contre ma cuisse mais après tout, il n’avait premièrement pas vu qui le touchait et peut-être que s’en rendre compte lui déplaisait finalement. Peut-être que mon corps ne lui inspirait nulle envie et très sincèrement, je pouvais parfaitement le comprendre puisqu’il me répugnait à moi-même. J’avais tellement maigris… On pouvait très nettement discerner mes os sous ma peau, cette peau diaphane parcourue de longues lignes bleues à en donner la nausée. Pour le reste qu’en était-il ? Certes étais-je relativement musclé bien que ces muscles soient longs, fins, mais on ne pouvait pas dire que je possédais réellement un corps de rêve, un corps de Ken qui aurait pu lui inspirer davantage de désir. Malheureusement, je n’étais pas comme cela et si en général je n’y voyais pas de grand complexe, je dois bien avouer que je me sentis vraiment mal à l’aise durant les quelques instants qu’il passa silencieux, les yeux clos. D’une part avais-je envie de le questionner sur les raisons de son silence, d’autre part préférais-je attendre qu’il ne se décide à prendre la parole, me renvoyant ou non au pays des rêves sans plus de cérémonie. Il s’agissait de son choix et je n’allais rien faire pour aller contre : S’il ne désirait pas que nous fassions l’amour ce soir, parce que mon corps lui déplaisait ou pour une autre raison, je n’allais certainement pas chercher à le caresser malgré tout. Alors, même si je craignais un refus de sa part, je ne dis pas un mot et attendis de longues secondes, jusqu’à ce qu’il rouvre enfin les yeux et m’adresse un sourire chaud, un sourire tendre, le genre de sourire que j’adorais voir sur ses lèvres. Cela signifiait-il qu’il était d’accord ? Qu’il me voulait ? Mon cœur se mit soudainement à battre un peu plus vite, davantage encore lorsque Samuel posa finalement ses mains sur mes joues puis glissa ses lèvres sur les miennes pour un baiser plein de tendresse dont je profitai allègrement. J’avais envie de ses lèvres, de ses caresses, son corps… J’avais envie de lui, tout simplement. Finalement, il posa doucement son front contre le mien et je me perdis dans son regard noisette, dans ses doux yeux qui me racontaient de nouveau tout un tas de choses. Oui, son regard était particulièrement expressif et très sincèrement, j’adorais cela. Même si je savais que parfois ils me racontaient des mensonges, comme ce fut souvent le cas ces derniers temps, j’aimais à croire que ce soir ils ne mentaient pas, que le désir que je lisais en eux était réalité et non illusion.

Un sourire tendre se dessina sur mes lèvres lorsque Samuel me dit qu’il m’aimait d’une voix douce, que s’unir à moi de cette manière le rendrait heureux. Puis vint le « mais » qui entreprit d’effacer mon sourire. Comment pouvait-il douter de moi en cet instant ? Comment pouvait-il douter de mon choix alors que quelques secondes plus tôt je le caressais ? Si je n’avais pas été sûr de moi je n’aurais jamais été jusque là et d’ailleurs, depuis le début de notre relation jamais je n’avais tenté la chose car je savais très bien que je ne pourrais pas aller jusqu’au bout. Bien sûr je ne pouvais être totalement rassuré et oui, j’avais un peu peur que les choses se passent mal mais finalement, il n’y avait pas de raisons… Si ? Pourquoi est-ce que les choses devraient forcément mal se passer ? C’était une première fois, avec Samuel et avec un homme tout court mais de toute manière je devais y passer. Je savais que ce ne serait sans doute pas la meilleure, comme toutes les premières fois, mais au moins me sentais-je prêt… Je me sentais prêt pour ce grand pas et non, je n’avais plus envie d’attendre même si Sam disait le pouvoir encore. Il attendait déjà depuis presque un an, n’était-ce pas suffisant ? Il ne fallait plus attendre, ç’aurait été inutile. Je sentis d’ailleurs de longs frissons parcourir mon corps lorsqu’il me dit finalement qu’il avait envie de moi, en ressentant immédiatement une joie immense. Une joie qui s’intensifia encore grâce aux mots qu’il prononça ensuite. Il me désirait. Il voulait me faire l’amour. Comme c’était bon d’entendre cela… Il s’agissait de la toute première fois qu’il prononçait ces mots et ils me firent sincèrement chaud au cœur, à tel point que j’eus envie de l’embrasser à pleine bouche sans attendre une minute, une seconde de plus. Malheureusement ce « mais » détestable venait une nouvelle fois se mettre en travers de mon chemin, me laissant très clairement comprendre qu’il hésitait toujours. Quelques secondes de silence s’écoulèrent alors, je ne savais que dire ou faire de plus pour le décider pleinement. Mais finalement, je n’eus rien à faire puisqu’il reprit en me demandant si j’étais vraiment sûr et aussitôt, un grand sourire étira mes lèvres. Un sourire plein de soulagement, d’envie, de tendresse mais surtout d’amour. Oui, j’étais sûr de moi, de mon choix, de mon désir pour lui et je voulais aller au bout de cette envie : Je voulais que nous allions ensemble, au bout de cette envie.

Alors, ses lèvres se rapprochèrent des miennes et m’offrirent un baiser tout d’abord doux, calme, comme ceux que nous avions l’habitude de nous échanger mais qui devint beaucoup plus fougueux au bout de quelques instants. Bien loin de me déranger cela me donna au contraire encore davantage envie de lui et de me coller tout contre sa peau, ne faire plus qu’un avec lui. Après tant de mois d’indifférence quant à son corps j’éprouvais enfin l’envie quasi irrésistible de partager des moments plus intimes, plus importants avec Samuel et bien que cela me fasse tout de même un peu peur, je sentais que je n’allais pas pouvoir attendre très longtemps. Oh, bien sûr, je ne comptais pas lui sauter dessus et le violer mais j’avais vraiment… vraiment très envie de lui. Je ne pu m’empêcher de frissonner une nouvelle fois en le sentant glisser ses mains dans mon dos, me serrant contre lui comme j’en avais tant envie. Alors, mes propres mains effleurèrent sa peau, l’une se posant avec délicatesse sur son épaule, l’autre se nichant dans le creux de son cou tandis que nous nous embrassions toujours avec tendresse certes, mais surtout avec passion. Passion. Un mot qui avait jusque là été censuré entre nous bien que notre amour soit fort, puissant, il n’avait jamais eut la moindre connotation sexuelle jusqu’à ce soir. Seulement les choses avaient bel et bien changé, et c’était sans doute pour le mieux même si je ne pu m’empêcher de légèrement me raidir lorsque je sentis Sam glisser une de ses mains entre nous deux, sachant déjà où elle se dirigeait. J’avais envie qu’il me touche et en même temps, je craignais de ne pas lui convenir, de le décevoir. Pas que je sois particulièrement complexé à ce niveau là mais je ne savais vraiment pas quels étaient les goûts de Samuel et ce bien que nous soyons en couple depuis presque un an. Nous n’en avions tout simplement jamais discuté, alors… Oui, je redoutais un peu sa réaction mais tentai de ne pas tout gâcher avec mes craintes, me concentrant plutôt sur la douce chaleur que me procuraient ses caresses alors que ses doigts parcouraient lentement mon corps, allant jusqu’à la limite de mon bas ventre avant de s’arrêter. Je fronçai doucement les sourcils, ne comprenant pas cet arrêt soudain, lorsqu’il cessa également de m’embrasser et se recula légèrement. Ce qu’il me murmura ensuite me fit sourire, et me conforta dans mon choix de faire l’amour avec lui ce soir : Il m’aimait et à ses yeux, je n’étais pas qu’un morceau de viande bon pour lui donner du plaisir. Je n’étais pas qu’un objet ou une pute, non… J’étais l’homme qu’il avait choisis et ce que nous allions faire résultait uniquement de l’amour que nous partagions, de la tendresse que nous avions besoin d’échanger. Je dois bien avouer que ses mots calmèrent également ma peur, me rassurant quelque peu. Aussi, après quelques instants, hochai-je simplement la tête avant de l’embrasser de nouveau, me sentant plus que jamais prêt à franchir cette nouvelle étape, ce nouveau pas dans notre relation.

Pourtant, je ne savais pas réellement à quoi m’attendre. Je ne savais pas comment les choses allaient se passer, ce que Sam allait me faire ou me demander de faire même si, dans le principe, je savais plus ou moins en quoi consistaient les rapports sexuels entre hommes. Il faut dire que j’avais eu le temps d’y songer même si, encore une fois, je n’avais jamais osé interroger Samuel à ce sujet. Sans doute aurais-je dû, sans doute aurait-il été préférable que de parler calmement de cette première fois avant de nous lancer mais les circonstances ne s’y étaient pas prêtées. Et au final, cela n’avait aucune importance : J’allais me laisser faire, sans crainte, ayant confiance en lui, sachant de toute manière qu’il ne comptait pas me faire de mal. Il ne me faisait au contraire que du bien, les petits baisers qu’il déposait dans mon cou me faisant frissonner de plaisir. Je sentis à ce moment là sa main glisser sur mon entrejambes et bien que cela me fasse bizarre je ne bronchai pas, me laissant aller. Plus personne ne m’avait touché à cet endroit depuis… Je me raidis légèrement. Je ne voulais pas penser à Natacha. Il ne le fallait pas. Surtout pas, ce n’était pas le moment. Je préférai donc me concentrer pleinement sur les gestes de Samuel, ses caresses qui se révélaient douces, tendres même si fougueuses, et qui contribuaient à faire monter mon désir pour lui, encore, toujours. Je soupirai alors de plaisir, mon corps se montrant plus que réceptif à ses gestes. En même temps, comment aurait-il pu ne pas réagir ? Sam se montrait doux, attentif, il prenait son temps avec moi et je savais intimement que rien ne pourrait m’arriver dans ses bras car jamais il ne me forcerait à quoi que ce soit. L’amour que nous nous portions s’exprimait enfin d’une manière différente que dans le passé, voilà tout. D’ailleurs, je ne pu m’empêcher de me raidir légèrement lorsque je sentis ses doigts glisser sous mon boxer, caressant directement ma peau. C’était tellement bon… Tellement agréable… Ses lèvres retrouvèrent finalement les miennes pour un baiser plus enflammé encore que les précédents, je ne parvenais cependant pas à retenir les vagues de plaisir qui caressaient mon corps en même temps que les doigts de cet homme que j’aimais plus que tout au monde. Je l’aimais et je le voulais de plus en plus. Je le voulais absolument.

Aussi ma main quitta-t-elle son épaule avant de glisser lentement le long de son corps pour finalement retrouver son intimité et le caresser à son tour. J’avais envie de lui donner du plaisir tout comme lui m’en donnait, de ne pas lui faire regretter son choix car au fond il fallait bien avouer que je n’allais pas être un très bon amant ce soir. Pas pour une première fois, pas alors que mon état demeurait si critique car malgré l’ivresse qui nous faisait à tout les deux perdre la tête, je souffrais toujours de mon alcoolisme. Non seulement je risquais de rapidement me fatiguer mais j’avais également conscience de mon corps qui ne devait pas lui inspirer énormément de désir quand bien même il m’aime, quand bien même il parvienne à me désirer un minimum en cet instant. Voyons la réalité en face : J’étais d’une maigreur à faire peur, qui pourrait désirer un sac d’os ? Non, décidemment, je ne ferais certainement pas un très bon amant ce soir mais j’espérais néanmoins parvenir à lui apporter un peu de plaisir, réussir à satisfaire son envie que je sentais croître au creux de ma main. Mon cœur battait de plus en plus vite, ma respiration s’accélérait déjà sous le rythme de ses caresses qui s’arrêtèrent soudainement, l’espace de quelques secondes, alors que Sam me fit glisser sur le dos puis passa au dessus de moi. Nous y étions. Nous arrivions à un point crucial de notre relation et je ne pu empêcher ce sentiment de peur étrange de refaire surface, me refroidissant légèrement. J’avais beau avoir envie de lui, je ne pouvais anéantir totalement les préjugés et les mauvais pressentiments qui étreignaient mon esprit. Aussi pu-t-il sans doute lire mon hésitation lorsqu’il recula finalement son visage du mien, brisant le contact de nos lèvres, pour m’observer. Je ne tentai d’ailleurs pas de cacher cette hésitation. A quoi bon ? Je ne voulais pas lui mentir, je ne voulais pas lui faire croire que tout allait parfaitement bien si quelque chose clochait. Seulement en cet instant, il ne s’agissait pas réellement de quelque chose qui clochait. Je redoutais simplement un peu la suite des évènements mais finalement ne voulais pas que nous arrêtions et sans doute le comprit-il car il m’adressa un sourire plein de tendresse avant de plonger son visage dans le creux de mon cou et y déposer de petits baisers qui me firent frissonner. Oh non, je ne voulais pas que nous arrêtions…. Pas tant qu’il m’embrasserait de cette manière, pas tant qu’il me murmurerait qu’il m’aimait de cette voix douce, de cette voix empreinte d’amour. Je ne pu répondre quoi que ce soit, mes lèvres ne parvenant pas à former le moindre mot tant elles souriaient. De plaisir, mais surtout de bonheur.

Nous continuâmes à nous caresser mutuellement quelques instants avant que Sam ne retire sa main et ne la glisse sous mon dos, me serrant contre lui. J’en fis de même une poignée de secondes plus tard, sentant en moi la pression augmenter d’un cran encore. C’était maintenant, et j’en eus la confirmation dès lors que Sam se frotta doucement contre moi. De plaisir en sentant son intimité contre la mienne je me mordis la lèvre, seulement je ne savais plus si mon cœur battait si fort à cause de l’excitation ou bien de la peur. Ses lèvres vinrent alors embrasser les miennes avec fougue, m’éloignant quelque peu de ces pensées. Il ne fallait pas que je réfléchisse, mais seulement que je me laisse guider car lui savait bien mieux que moi ce que nous devions faire. Ce que nous allions faire, maintenant, dans quelques instants… Ou non. Je fronçai légèrement les sourcils lorsque ses lèvres glissèrent dans mon cou, puis sur mon torse, tout son corps s’abaissant au fur et à mesure de ses baisers. Ce n’était pas exactement ce à quoi je m’attendais et cela me perturba réellement. Pourtant je ne dis pas un mot, le laissant faire, le laissant couvrir mon corps de baiser tout en descendant progressivement et lorsqu’il posa finalement ses mains sur mon boxer pour le retirer doucement, je compris enfin. Je compris et croyez-moi, ce qu’il s’apprêtait à faire m’effrayait sans doute bien plus que ce que à quoi je m’attendais. Ce n’était pas quelque chose que je connaissais, nous ne faisions jamais cela avec Natacha et très sincèrement j’en avais une image très négative, après Hans… J’avais l’impression que j’allais lui faire mal tout comme Hans m’avait fait mal même si, bien évidemment, je ne souhaitais absolument pas blesser Sam et ne le forçait pas. Aussi me raidis-je rapidement, appréhendant ce qui allait suivre, redoutant d’avoir un mauvais geste qui pourrait faire du mal à l’homme que j’aimais le plus au monde. Je sentis tout d’abord ses lèvres frôler mon intimité de manière légère, douce, et parvins à contrôler mes réactions pour le moment. Malheureusement je ne pu me contrôler davantage lorsqu’il déposa de petits baisers sur moi avant de laisser glisser sa langue le long de mon sexe. Seigneur. Il s’agissait d’une sensation que je découvrais ce soir et, malgré mon dégoût à lui faire mal, je ne pu réprimer mon envie qu’il continue, me cambrant légèrement tout en laissant échapper un profond soupir de plaisir. Fermant les yeux je le laissai poursuivre sans esquisser le moindre geste, sans formuler la moindre protestation et, au bout de quelques instants, ma peur de lui faire mal disparut totalement pour laisser simplement place à ce plaisir indéfinissable qu’il me procurait. Il était extraordinaire.

Sa bouche se referma entièrement sur mon intimité avant d’entamer une longue série de vas et viens lente, douce, qui me fit frémir. J’avais l’impression que plus rien n’existait autour de nous, que plus rien n’avait d’importance ; Il parvenait à me faire tout oublier. Absolument tout. Natacha, Hans, l’alcool, les jumeaux, le reste du monde ne m’importaient plus : Seul lui demeurait. Lui et ses lèvres d’une douceur incroyable, sa langue agile, ses doigts caressants. Mes propres doigts finirent par se refermer et se crisper sur les draps alors que je laissai échapper un léger gémissement, me mordant de plus en plus fort la lèvre. Ce que Samuel m’offrait en cet instant, personne ne me l’avait jamais offert et je devais bien avouer que j’adorais cela. Oui, j’adorais ça. Au bout de quelques instants ses caresses devinrent plus accentuées et aussitôt je me cambrai un peu plus, enfonçant ma tête dans l’oreiller, n’en pouvant déjà plus. Je n’allais pas tenir très longtemps s’il continuait à me procurer autant de plaisir… En tout cas, mes doigts parvinrent à relâcher les draps et trouvèrent une des mains de Sam, la serrant doucement dans la mienne pour lui faire comprendre que je l’aimais, que je lui étais reconnaissant du plaisir qu’il m’apportait. Je me redressai alors légèrement, l’observant tandis que lui-même relevait les yeux vers moi et si j’y lu premièrement une once d’inquiétude, il fut sans doute rassuré en apercevant mon sourire et pressa un peu plus fort ses doigts contre les miens tout en continuant ce qu’il faisait. Mon sourire se fit plus large, sans cesser de lui tenir la main je me laissai de nouveau tomber dans les oreillers et me remis à gémir doucement, ne pouvant plus retenir la moindre démonstration de plaisir bien que cela me gênait un peu, je dois bien l’avouer. Mais pourquoi ressentais-je de la gêne ? Il n’y avait aucun mal à prendre du plaisir à faire l’amour avec un homme. Non, il n’y avait absolument aucun mal à cela et enfin, après plus d’un an, je le comprenais et l’acceptais réellement.

Malheureusement il m’était impossible que de résister à l’appel de la jouissance alors que Samuel mettait de plus en plus d’ardeur dans ses caresses, m’emportant à chaque fois plus loin dans les contrées du plaisir. J’aurais voulu que ces instants ne s’arrêtent jamais mais après plus de dix ans sans aucun rapport sexuel, il était normal que mon corps refuse de tenir la distance. Néanmoins, je ne m’autorisai pas à me laisser aller en sentant cette fameuse jouissance arriver et retirai aussitôt mes doigts de la main de Sam pour les glisser sous son menton, le forçant doucement à relever son visage vers moi. Nos regards se rencontrèrent l’espace de quelques secondes avant que je ne lui adresse un sourire essoufflé et heureux. J’étais heureux. Même si mon corps ne se montrait pas aussi résistant que je l’aurais souhaité, oui, j’étais heureux. Parce que j’aimais Samuel de tout mon cœur et qu’enfin, je pouvais le lui montrer, je pouvais échanger avec lui cette preuve d’amour suprême. L’acte d’amour était pour moi une chose extrêmement importante, extrêmement significative. Je n’avais jamais couché avec une femme pour le simple plaisir, comme ça, pour un soir ou deux. Même si j’avais connu quelques filles durant mon adolescence, j’avais attendu Natacha pour franchir ce cap et jamais après elle je ne referais l’amour avec une femme tout comme je savais que je ne ferais jamais l’amour avec aucun autre homme que Samuel. Il était mon premier, et sera mon unique. De plus, la peur que j’avais premièrement ressentis s’était une nouvelle fois apaisée, désormais avais-je plus que jamais envie de lui, de le sentir en moi quand bien même cette sensation me soit également totalement étrangère. Cela ne faisait cependant absolument rien : Je voulais découvrir, dans ses bras, tout comme j’avais découvert le plaisir de ces préliminaires. Nous nous regardâmes quelques instants avec amour avant que je ne glisse lentement une main sur sa joue, un doux sourire étirant mes lèvres. Il me suffisait de le regarder dans les yeux pour savoir que cet homme, oui cet homme là et pas un autre, était l’homme de ma vie. Il me suffisait de me plonger dans ses yeux noisette qui pétillaient de désir et d’amour pour entrevoir notre futur commun, plein de joies, de rires, de moments tendres comme celui que nous partagions en ce moment même. Et dans ses yeux, la guerre, l’alcool, les mensonges. Ces ombres qui nous guettaient n’existaient plus, seul l’amour et l’espoir demeuraient.

Au bout de quelques instants durant lesquels nous nous perdions l’un dans les yeux de l’autre, Sam se redressa finalement et tendit le cou pour m’embrasser tout en retirant son boxer puis se rallongea sur moi. Alors, mes bras se refermèrent autour de lui et le serrèrent contre moi tandis que je l’embrassai avec passion, ayant plus que jamais envie de lui. Mes doigts glissèrent lentement sur sa nuque, caressant ses cheveux puis, doucement, j’écartai largement les jambes pour lui faire une place au creux de mes reins. Son visage se recula alors et de nouveau, nous nous regardâmes quelques instants en silence, le même sourire aux lèvres. Je n’avais plus peur, et j’étais prêt. Rien ne pouvait plus nous arrêter dans notre amour. Aussi mes lèvres retrouvèrent-elles les siennes, mes doigts se perdant toujours dans ses cheveux alors que je le sentais se guider en moi pour finalement me pénétrer. Je me crispai aussitôt, reculant mon visage dans un bête réflexe. C’était…. Vraiment étrange. Etrange et plutôt désagréable pour être honnête. J’eus une légère grimace, posant sur lui un regard de plus en plus affolé alors qu’il s’enfonçait doucement, progressivement en moi. Je voyais bien qu’il essayait de me rassurer par son regard, par les légers baisers qu’il déposait de temps à autre sur mes joues ou dans mon cou seulement plus il venait en moi et plus j’avais mal. Mal, vraiment. Je me raidissais de plus en plus, mes doigts se crispant sur sa nuque et pourtant, je me refusais à lui demander d’arrêter parce que je le savais, je m’y étais préparé. Même s’il s’agissait de ma première fois, disons que je n’étais pas non plus tombé de la dernière pluie. Aussi ne fis-je absolument rien pour qu’il arrête bien que je sente son regard changer au fur et à mesure des secondes, laissant entrevoir une pointe d’inquiétude. Il pouvait sentir la manière dont je me crispais, c’était certain, et lisait probablement dans mon regard la douleur qui me serrait la gorge mais je ne voulais pas qu’il se sente obligé de cesser. Je ne voulais pas qu’il se retire, ne voulant pas me faire souffrir davantage même si au fond il était vrai que je souffrais. Le prix à payer d’une première fois, la reporter ne changerait absolument rien à ceci près que je redouterais encore plus le moment fatidique. Non, il ne fallait pas qu’il arrête même si je le sentais hésiter, même si je le sentais ralentir de plus en plus. Alors, prenant mon courage à deux mains, je me forçai à esquisser un sourire que je voulais le plus rassurant et sincère possible.

« Ne t’inquiète pas… Ca va. »

Murmurai-je finalement, décidé à apaiser ses craintes quand bien même elles soient fondées. Il ne parut cependant pas croire au mensonge et fronça même les sourcils mais aussitôt je collai de nouveau mes lèvres aux siennes, l’entraînant dans un baiser plein de fougue. J’allai même jusqu’à me cambrer légèrement, glissant de cette manière la preuve de mon désir tout contre son ventre ce qui le fit frémir. Très bien, et maintenant ? J’avais beau l’embrasser à pleine bouche, cela ne faisait en rien disparaître cette douleur de plus en plus vive, cette sensation désagréable. Il fallait néanmoins que je prenne sur moi, ne serait-ce que pour assouvir son désir à lui, à défaut d’en prendre de mon côté. Et puis, j’imaginais que la douleur finirait par s’apaiser sans quoi personne ne pratiquerait cela, si ? Non, bien sûr que non… Ca allait passer… Ca allait passer… Voilà ce que je me répétais silencieusement, ayant de plus en plus de mal à retenir mon envie d’arrêter Samuel. Finalement, nos lèvres se séparèrent et je glissai immédiatement mon menton contre son épaule, évitant ainsi de lui montrer la grimace que je ne pouvais retenir. Et enfin, il s’arrêta. Non pas pour se retirer, mais simplement car il était entièrement en moi, ne bougeant plus d’un centimètre. J’attendis quelques secondes avant de laisser échapper un soupir qui fut cette fois dut au soulagement car, effectivement, la douleur s’apaisait d’elle-même, laissant place à une sensation qui devenait de plus en plus douce, certes étrange mais loin d’être désagréable cette fois. Nous étions unis. Sans doute cette impression d’union se révélait-elle plus agréable que le fait même de le savoir en moi mais cela ne m’importait pas. Non, cela ne m’importait réellement pas. Je glissai alors mes lèvres derrière son oreille, y déposant de petits baisers, le tenant toujours fermement contre moi, avant de me reculer un peu et poser mes mains contre ses joues. Mon sourire n’eut cette fois plus rien de forcé.

« Je t’aime. »

Je vis ses lèvres s’étirer pour finalement esquisser le même sourire que moi avant qu’elles ne retrouvent les miennes et recommencent à m’embrasser avec tendresse. Alors, sans prévenir, je sentis Sam se retirer puis revenir en me donnant un profond coup de reins, ce qui m’arracha un gémissement. De nouveau, je me mordis la lèvre, plongeant mon regard dans le sien, bien qu’il n’y eut dans ce dernier plus la moindre trace d’affolement ou de douleur. C’est de cette manière que nous fîmes pour la première fois l’amour : En nous regardant droit dans les yeux, laissant échapper en même temps de doux gémissements qui résultaient du plaisir que nous prenions tout deux à ses vas et viens en moi. Ils étaient lents, doux et profonds à la fois, me faisant frissonner de plus en plus fort contre son corps. Nous nous embrassâmes de nouveau avant que mes mains ne quittent ses joues, se posent de nouveau sur ses épaules puis glissent lentement le long de son dos pour finir sur sa chute de reins, l’incitant à accélérer doucement le rythme de ses à-coups. Je me sentais comme une petite chose fragile, comme une petite chose molle entre ses bras, ayant seulement envie de me laisser faire, de le laisser agir à sa guise. Le plaisir prenait le pas sur mon être tout entier, à tel point que j’en arrivais presque à ne plus sentir aucune partie de mon corps que celles qui étaient tout contre sa peau, tout contre son corps à lui que j’aimais ce soir pour la toute première fois. Ma respiration devenait progressivement saccadée, rapide alors que je gémissais et fondais de plaisir entre ses bras. Je fondais contre ce corps d’homme qui me faisais goûter à des choses jusque là totalement inconnues pour moi mais que j’aimais déjà bien plus que tout le reste. Je ne le cacherais pas : L’amour avec un homme se révélait bien plus intense qu’avec une femme. Pourtant j’avais aimé Natacha de tout mon cœur, de tout mon être mais Samuel… Ce n’était même pas comparable, en réalité et d’ailleurs je n’y pensais pas. Plus rien n’avait de place dans mon esprit mis appart lui, lui, et encore lui. J’étais complètement dingue de lui. Malheureusement, mon corps seul depuis si longtemps me rappela bientôt à l’ordre, trop tôt une nouvelle fois. Alors que Sam allait et venait de plus en plus vite en moi et que j’y prenais de plus en plus de plaisir, me laissant totalement aller à gémir et murmurer son prénom d’une voix rauque, d’une voix saccadée à cause de l’excitation, je sentis de nouveau la jouissance me rattraper car à chaque nouveau coup de reins son ventre frottait contre mon intimité et ceci combiné à sa présence en moi… Non, je ne pouvais pas résister. Je ne pouvais plus résister et me laissai finalement aller, me cambrant de nouveau, poussant un gémissement plus rauque encore que tous les autres.

Qu’est ce que j’avais fait ? Voici la première question qui me frappa de plein fouet alors que je me laissai retomber dans les oreillers, à bout de souffle. Qu’est ce que j’avais fait ?! Je me sentis subitement horriblement ridicule et misérable, sensation qui s’accentua encore davantage lorsque je vis Samuel s’arrêter puis jeter un léger coup d’œil à son ventre souillé avant de relever le regard vers moi. Je baissai immédiatement les yeux. J’avais honte. Honte d’avoir joui si vite comme honte de… Lui avoir joui dessus, et sur moi-même par la même occasion ce qui se révélait particulièrement dégoûtant. En tout cas cela me dégoûtait, moi, et j’imaginais qu’il en était de même pour Sam alors… Oui, je me sentais honteux et misérable, et ne pouvais soutenir son regard que je sentais pourtant toujours sur moi. Je me mordis la lèvre, sentant les larmes me monter aux yeux. Une nouvelle fois, je gâchais tout, absolument tout. Nous partagions un moment d’amour intense, un moment pur et il avait fallu que je vienne tout saccager. Encore. Comme toujours. Je demeurai pétrifié quelques instants avant de relever le visage vers la table de chevet et me saisir d’un mouchoir pour nous essuyer tout les deux, me sentant de plus en plus mal à l’aise et pitoyable. Et puis, comme si je me réveillais enfin, je me confondis soudainement en excuses, bafouillant et fuyant obstinément le regard de Samuel que je supposais méprisant. En même temps, il y avait de quoi me mépriser.

« Je suis vraiment dé…désolé… Je…Enfin…d’habitude…Je veux dire que d’habitue je… Pas aussi rapidement… enfin…excuse-moi, je suis désolé, vraiment désolé… pardon… »

Il se passa quelques secondes d’un silence absolument horrible pour moi avant que je ne glisse mes mains sur les épaules de Samuel et le repousse doucement.

« Tu veux bien… Juste… Arrêter s’il te plait… S’il te plait… »

Je le sentis alors se raidir puis, une seconde après, se retirer pour finalement se redresser et venir s’asseoir au bord du lit, à côté de moi bien que je me refusais toujours à le regarder. J’avais bien trop peur de lire de la déception, de la colère ou du regret dans ses yeux. Non… Décidément, non… Je n’étais vraiment pas un bon amant. J’étais seulement pitoyable, et je haïssais plus que jamais mon corps. A mon tour je me redressai, m’asseyant dans le lit tout en rabattant les couvertures sur ce corps détestable qui frissonnait à présent de froid. J’hésitai une seconde à me lever pour refermer la fenêtre avant de me raviser, refusant de me découvrir, de découvrir de nouveau ce corps horrible, de l’imposer à la vue de Sam. Et finalement, je ne savais pas quoi faire. Continuer à m’excuser ? Je craignais de l’agacer. Je craignais de le dégoûter, de le rebuter. Alors quoi ? Faire comme si de rien n’était et me recoucher ? C’aurait été ridicule… Non seulement je venais de lui imposer une éjaculation précoce et répugnante mais en plus je le frustrais, je le savais, et ne pouvais faire comme s’il ne s’était rien passé de toute manière. Sauf que je ne savais réellement plus quoi faire et, au bout de quelques instants, me forçai à relever les yeux vers lui pour chercher dans son regard la réponse au risque de n’y trouver que du rejet. Malheureusement il ne me regardait pas, mais fixait obstinément le sol. Bravo Liam. Très réussi ce coup là… Seigneur, comment faire pour qu’il ne m’en veuille pas ?... Je soupirai. Il fallait que je dise ou fasse quelque chose alors, je me redressai lentement puis m’approchai un peu de lui, me mettant à genoux à ses côtés. La seule chose que je trouvai à lui dire fut d’une stupidité affligeante.

« Tu m’en veux ?... »

Son regard quitta alors le sol pour se river au mien et ce que je pu y lire me fit l’effet d’une énorme claque. Ni déception, ni regret, ni colère, ni mépris… Simplement cet amour, cette tendresse que je lui connaissais si bien et que j’aimais temps. Il esquissa même un sourire plein de chaleur avant de secouer négativement la tête. Il ne m’en voulait pas le moins du monde, et je ne le répugnais pas. Donc, je venais de tout arrêter pour… Rien. Parce que je n’avais pas confiance en moi et que finalement, je n’avais pas évolué d’un pouce, croyant toujours que le moindre de mes actes pourrait le rebuter alors qu’en réalité il m’aimait, me désirait, et savait mieux que personne que je ne l’avais pas fait exprès… Après tout qui mieux qu’un homme pourrait comprendre la jouissance, même prématurée, d’un autre homme ? Je n’étais qu’un idiot. Un idiot désespérant qui dévisageait l’homme de sa vie sans parvenir à dire quoi que ce soit. Un idiot qui ne méritait pas qu’on l’aime de cette manière. Un idiot qui se sentait profondément idiot. Samuel laissa alors échapper un petit soupir avant de glisser une main dans mes cheveux et approcher mon visage du sien, déposant un baiser sur mon front qui eut sur moi l’effet d’un choc électrique : Je devais arrêter mes bêtises. Je devais absolument arrêter de me rabaisser et de mettre un terme à tous nos moments ensemble à cause de cela. Je devais stopper l’hémorragie de mon manque de confiance en moi, sans quoi je ne me libèrerais jamais de ces craintes qui n’avaient pas lieu d’être puisqu’il ne m’en voulait pas, puisqu’il m’aimait et m’acceptait tel que j’étais. Finalement, le seul qui créait des problèmes dans notre relation, eh bien c’était moi. La mauvaise plante, c’était moi. Le boulet, c’était moi. Le… STOP. Je secouai doucement la tête, fermant les yeux. Je devais arrêter de me rabaisser ! Arrêter, arrêter, arrêter. Alors, je relevai les yeux vers lui et, sans réfléchir, l’embrassai à pleine bouche, posant mes mains sur ses joues pour tenir son visage tout près du mien, refusant qu’il ne s’échappe alors que je me jetai littéralement sur lui. Je ne voulais pas que ce moment s’arrête. Je ne voulais pas que nous arrêtions de faire l’amour simplement parce que j’avais failli trop tôt. Après tout, lui était toujours d’attaque alors… et puisqu’il ne m’en voulait pas, pourquoi devrions-nous arrêter ? Pourquoi ? Non. Nous n’allions pas arrêter et je comptais bien me rattraper. Je comptais bien le faire jouir à son tour, lui procurer autant de plaisir que lui m’en avait donné et poursuivre cette nuit de douceur. Alors, je me redressai tout à fait puis m’assis à califourchon sur lui, le guidant sans plus attendre en moi. Mes bras s’enroulèrent autour de son cou tandis que mon corps entier se collait au sien, tandis que je l’embrassai avec toujours autant de fougue, de passion, d’amour. Je voulais lui faire l’amour à mon tour, et j’allais lui faire l’amour à mon tour.
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MessageSujet: Re: You had my heart inside of your hand and you played it to the beat. [Samuel. B] -18 !    Mer 26 Oct - 20:03

J'attendis mais rien ne se produisit. Absolument rien. En dehors d'une cambrure de la part de Liam et d'un profond soupir qui ressemblait véritablement à un soupir de plaisir, rien d'autre. Rien qui n'aurait pu m'inciter à arrêter ce que je commençais à peine. Alors, mes baisers se firent plus insistants jusqu'au moment où je refermai entièrement ma bouche sur son intimité et de commencer tout doucement quelques vas et viens. Je le sentis frémir sous mes tendres assauts et continuai, heureux de réussir à lui procurer du plaisir, heureux de le rendre heureux, tout simplement. D'une oreille lointaine, car j'étais comme enfermé dans une bulle, je l'entendis gémir doucement et cela ne m'encouragea que d'avantage à continuer. Il aimait ça, alors pourquoi m'arrêter ? Je voulais tant qu'il se sente bien et qu'il oublie tout le reste, tout ce qui avait pu le faire souffrir horriblement. Alors, j'accentuai mes caresses, reprenant brièvement de temps à autres ma respiration, avant d'accélérer très lentement mes vas et viens. Je le sentis se cambrer un peu plus avant que sa main ne vienne trouver la mienne pour la serrer. Je relevai brièvement le regard pour observer Liam, ayant peur que par ce geste il me demande d'arrêter mais lorsque je vis un large sourire étirer les lèvres de mon amour, je ne m'attardais pas plus longtemps et repris mes vas et viens, serrant un peu plus sa main dans la mienne, rassuré de voir qu'en réalité, ce geste n'avait été qu'une façon de me faire comprendre qu'il prenait du plaisir et qu'il m'aimait. Ses gémissements à lui se firent de plus en plus forts et je ressentis uns grande vague de chaleur me parcourir tout le corps : Je me sentais réellement bien parce que je savais que lui se sentait bien. C'était tellement merveilleux de pouvoir être auprès de lui, de pouvoir passer ce cap si important, de pouvoir sceller notre amour d'une magnifique façon car le terme « faire l'amour » portait véritablement très bien son nom et trouvait sa place en cet instant. Je n'avais jamais eu de relation sexuelle pour le simple plaisir, j'avais toujours eu des sentiments et j'aimais Liam plus que je n'avais jamais aimé quelqu'un d'autre alors pouvoir m'unir à lui était pour moi une chance, un cadeau merveilleux.

Décidé à continuer à lui apporter du plaisir, j'accentuai encore un peu plus mes caresses jusqu'à ce que je sente ses doigts glisser sous mon menton pour me forcer à relever doucement mon visage vers lui. Je ne cherchai pas à résister et cessai donc ce que j'étais en train de faire avant de plonger mon regard dans le sien, inquiet. Mon inquiétude se dissipa cependant rapidement en voyant son sourire ampli de bonheur, bien qu'il fusse essoufflé. Rien que mes caresses semblaient l'avoir épuisé mais dans un sens, ce n'était pas tellement surprenant étant donné qu'il était relativement faible. Il n'avait que très peu mangé ces derniers temps, voir par du tout et il n'avait pas été loin de franchir le point de non retour, le point qui l'aurait emmené loin de moi pour toujours. Aussi, ces ébats amoureux, même s'ils n'en étaient qu'au commencement avaient de quoi le fatiguer. Peut-être allait-il vouloir en rester là, trop épuisé, et si c'était le cas, j'allais bien entendu l'accepter. Nous avions déjà franchi une sacrée étape, le reste pouvait attendre si c'était ce qu'il y avait de mieux pour lui. C'était cependant son choix alors j'attendis qu'il me demande d'arrêter, d'éteindre la lumière afin que nous dormions mais aucune phrase ne sortit de sa bouche. Je me perdais dans ses yeux, le regardais avec tendresse et amour. Je ne pouvais que le regarder de cette façon. Il était celui que j'avais tant cherché, que j'avais tant rêvé, que j'avais cru avoir perdu mais que j'avais finalement retrouvé. Il était celui que j'aimais. Il était mon tout : L'homme de ma vie. Et plus je le regardais, plus cette certitude devenait de plus en plus forte : Jamais de ma vie je n'allais aimer un autre que lui. J'étais né pour le rencontrer, j'en étais certain et cette vérité dont j'étais persuadé me donnait des ailes. Au bout d'un moment, il glissa tendrement sa main sur ma joue et cette douce caresse fut le signal auquel je ne m'attendais pas. Sa douceur et sa tendresse étaient, pour moi, le signe qu'il souhaitait poursuivre ce que nous avions commencé. Quelques instants passèrent encore pendant lesquels nos regards ne se séparèrent et, je finis par ne plus tenir tant je voulais l'embrasser. Aussi, je me redressai et tendis le cou pour l'embrasser avec tendresse. Mes mains, quant à elles, glissèrent jusqu'à mon boxer pour le retirer. Puis, je m'allongeai de nouveau sur lui, me blottissant tout contre lui. Ses bras se refermèrent autour de moi et il me serra contre lui avant de m'embrasser avec passion. Je sentis ses doigts glisser sur ma nuque et frémis sous cette tendre caresse avant de sentir mon désir monter d'un cran lorsque je le sentis, lui, écarter doucement les jambes pour me faire une place. Malgré ce désir, la peur que tout cela aille trop vite était toujours présente et je reculai alors le visage, l'observant et fus de nouveau rassuré en le voyant avec le même sourire aux lèvres, un sourire que je lui rendis.

Le moment était venu. Il était prêt.

Il avança son visage afin que nos lèvres se retrouvent une nouvelle fois pendant que je glissai ma main entre nous jusqu'à mon intimité avant de me guider en lui. J'y étais allé avec douceur mais cela ne l'empêcha pas de se crisper et de reculer brusquement son visage. Je savais ce qu'il ressentait, étant moi-même passé par là de nombreuses années auparavant. La première fois n'avait rien de facile ou même d'agréable : Le plaisir venait avec le temps et ce, que cela soit dans une relation hétérosexuelle ou homosexuelle. Aussi, sa réaction n'avait rien de surprenant. Il fis une légère grimace mais ne me repoussa pas et je décidai donc de poursuivre et d'aller un peu profondément en lui, toujours doucement, avec délicatesse. Je déposai de tendres baisers sur ses joues pour essayer de lui faire oublier la sensation qu'il devait ressentir, sensation désagréable et sans doute douloureuse en me sentant aller et venir, même doucement en lui. Je le sentis se raidir, et sentis ses doigts se crisper contre ma nuque mais ne m'arrêtai pour deux raisons : La première, parce qu'il ne me le demandait pas et tant qu'il ne décidait pas de mettre un terme à nos ébats, je n'allais pas le faire pour la seconde raison... J'avais très envie de lui. J'avais envie de le sentir contre moi, de me sentir en lui, d'être uni à lui, de lui faire l'amour. Aussi, à moins d'un arrêt catégorique de sa part, j'allais continuer. Et puis, j'étais bien placé qu'il ne fallait pas arrêter alors qu'il ressentait une sensation désagréable sinon, il resterait sur ce souvenir et appréhenderait énormément les prochaines fois. Il fallait qu'il se détende, qu'il parvienne à se laisser aller. La douleur allait finir par disparaître pour laisser la place au plaisir et ce à quoi j'aspirais : Je voulais qu'il finisse par ressentir du plaisir, même un tout petit peu, afin qu'il ne reste pas sur quelque chose de négatif. C'était extrêmement important. Peut-être l'avait-il compris puisqu'il ne me demanda pas d'arrêter. Seulement, j'avais beau avoir envie que tout cela se termine sur une note positive, lorsque je le sentis se crisper de plus en plus, je ne pus m'empêcher de m'inquiéter pour lui. Peut-être n'osait-il pas me demander d'arrêter de peur de ma réaction et si c'était cela, il fallait absolument que j'arrête, il ne fallait surtout pas qu'il se force. Surtout pas...

Je reculai alors mon visage et plongeai mon regard dans le sien, y cherchant des réponses. Son regard ne me trompa pas : Il avait mal comme je m'en étais douté. Doucement, je ralentis le rythme, prêt à arrêter et à me retirer avant qu'il ne souffre trop, et tant pis s'il restait sur une note négative. Cela se passerait sans doute mieux la fois suivante et même s'il n'y avait pas de fois suivant, je parviendrais à vivre ainsi. J'avais su attendre et le sexe, ma foi, n'était jamais qu'un plus dans une relation : Ce n'était pas primordial. Je préférais vivre à ses côtés et le savoir heureux, épanoui et serein, et ce, même sans le sexe. Il finis cependant par esquisser un sourire avant de murmurer doucement de ne pas m'inquiéter, qu'il allait bien. Mensonge. S'il croyait pouvoir me berner, c'était raté. Je fronçai les sourcils, percevant le mensonge, prêt à me retirer : Il était hors de question qu'il se force pour me faire plaisir. Ce n'était pas comme cela que ça devait fonctionner. Cela ne fonctionnerait jamais comme ça entre nous. Il me laissa cependant pas le temps de faire quoi que ce soit puisqu'il rapprocha son visage du mien avant de m'embrasser avec fougue et de se cambrer légèrement. Je pus alors sentir la preuve de son propre désir contre mon ventre et cela fut plus fort que moi : J'en frémis. Alors, il souhaitait réellement que je poursuive ? Il voulait aller jusqu'au bout ? J'avais terriblement envie d'y croire et je finis par me laisser aller à cette envie et repris doucement mes vas et viens en lui, essayant toujours d'être le plus doux et le plus tendre possible. Nos lèvres se séparèrent finalement et il glissa son menton contre mon épaule. J'avais cependant eu le temps d'entrevoir son visage et une grimace y était toujours accroché. Aussi, je décidé de m'arrêter soudainement, sans pour autant me retirer. Je voulais rester ainsi quelques instants, qu'il me sente en lui sans pour autant que je n'esquisse le moindre mouvement pour qu'il s'habitue plus facilement à la sensation et que la douleur s'estompe peu à peu. Quelques instants passèrent pendant lesquels ni lui, ni moi esquissâmes le moindre geste jusqu'à ce que je sente ses lèvres déposer de petites baisers derrière mon oreille. Puis, il glissa ses mains sur mes joues et lorsque je posai mon regard sur lui, je fus heureux de voir que son sourire était tendre, sans l'ombre d'une grimace.

« Je t'aime. »

Quels merveilleux mots... A mon tour j'esquissai un tendre sourire avant de me pencher et de l'embrasser une nouvelle fois avec tendresse. Ecoutant mon instinct, je me retirai subitement de lui avant de le pénétrer une nouvelle fois mais avec un peu plus de force cette fois, sans pour autant que cela soit sauvage ou bestial, non : Pas de ça entre nous. Amour, tendresse et passion, voilà ce qui nous caractérisait. Je l'entendis gémir et lorsque je croisai son regard, je fus particulièrement heureux de ne plus lire de trace d'appréhension ou de douleur dans ses yeux. Sans le quitter du regard, j'entamai de nouveau des vas et viens : Je lui fis l'amour comme j'avais tant rêvé de le faire. Je le sentais frissonner de plaisir et moi, de mon côté, eh bien... Les sensations que j'éprouvais étaient tout simplement incroyables. J'avais beau y aller avec douceur, avec lenteur, mon désir se faisait de plus en plus grand et je sentais la chaleur m'envahir petit à petit. Cette chaleur que je n'avais pas ressenti depuis si longtemps et que j'avais cru ne plus jamais ressentir. Et pourtant... Pourtant nous étions là, l'un contre l'autre, plus liés que jamais. Nos lèvres se retrouvèrent plusieurs fois encore et ses mains à lui glissèrent contre ma peau ce qui me fit de nouveau frémir de plaisir. J'aimais sentir ses doigts courir sur moi de cette façon. Sans nous quitter des yeux, nous continuâmes à faire l'amour, nos respirations devenant de plus en plus saccadées, de plus en plus difficiles même si de mon côté j'étais loin d'être fatigué. Voyant que Liam commençait véritablement à prendre de plus en plus de plaisir, je laissai une nouvelle fois mon instinct me guider et mes coups de reins se firent un peu plus francs, un peu plus rapides. Et laissez-moi vous dire que l'entendre gémir mon prénom au creux de mon oreille n'était pas loin de me rendre complètement dingue tant je l'aimais, tant je le désirais, tant je le voulais, encore et encore. Je continuais à aller et venir en lui, lorsque je le sentis se raidir, se cambrer avant de laisser échapper un profond gémissement rauque, bien plus que rauque que les autres. Sentant quelque chose de chaud contre mon ventre, je m'arrêtai subitement tandis que Liam se laissait retomber dans les oreillers avant de glisser mon regard vers son ventre.

Oh... Oh !

Je relevai mon regard vers lui, un tendre sourire étirant mes lèvres. Il avait atteint le sommet de cette vague merveilleuse sur laquelle on aime tant surfer. Il avait joui dans mes bras, sous l'assaut des mes caresses, de mes baisers et de ma façon de lui faire l'amour. Alors, oui, je souriais car j'étais tout simplement heureux qu'il ait pu ressentir ce plaisir que j'avais tant désiré lui apporter. Cependant, mon sourire disparût peu à peu lorsque je m'aperçus que Liam, lui, ne souriait pas du tout, bien au contraire. Il avait le regard baissé, comme toutes ces fois où il avait été incapable d'affronter mon regard pour tout un tas de raisons, la honte en était la principale à chaque fois. Donc... Là, en clair, il avait honte ? Il avait honte d'avoir... Joui ? Mais pourquoi avoir honte ? C'était naturel, il n'y avait rien de mal là-dedans. Il resta quelques instants sans bouger avant se redresser légèrement pour atteindre la table de chevet, cherchant toujours à éviter mon regard puis il se saisit d'un mouchoir avant de se mettre à essuyer nos deux ventres avec précipitation avant de se confondre en excuses : Encore... Mais bon sang, quand allait-il cesser de se rabaisser de cette façon ? Quand allait-il cesser de flageller alors qu'il n'y avait aucune raison de le faire ? Il n'avait pas à s'excuser... Il n'avait rien fait de mal. Pourquoi ne le voyait-il pas ? Pourquoi voyait-il le mal partout ? Il glissa finalement ses mains contre mes épaules avant de me repousser et de me demander d'arrêter. Oh... Enfin. La fameuse phrase que j'avais tant redouté venait juste d'être prononcée et cela me fit me raidir. Cependant, selon moi, cette phrase n'avait pas été prononcée pour les bonnes raisons. Il m'avait demandé d'arrêter parce qu'il se sentait honteux de s'être laissé aller et non pas parce qu'il n'avait pas ressenti de plaisir. C'était carrément le monde à l'envers. Je n'allais cependant pas le forcer alors, je me retirai de lui avant de me redresser et de m'asseoir au bord du lit, à côté de Liam. Je soupirai brièvement avant de baisser la tête et de me frotter la nuque, incapable de trouver les bons mots. Il aurait pourtant fallu que je dis quelque chose mais que pouvais-je dire ? Il était tellement persuadé d'avoir fait quelque chose de mal... J'avais l'horrible impression que rien de ce que je pouvais lui dire allait pouvoir le soulager et puis comme il s'obstinait à éviter mon regard.

Je restai donc silencieux.

Je sentis des mouvement derrière moi, des bruissements de draps et tournai doucement le visage et vis que Liam s'était glissé sous les draps. Moi qui avait eu peur de terminer sur une note négative... Eh bien nous étions en plein dedans. Il continuait à regarder de l'autre côté de la pièce, refusant toujours de croiser mon regard. Si seulement il avait pu trouver le courage de me regarder, il se serait rendu compte qu'à défaut de trouver les mots, mon regard lui en disait long. Je l'aimais. Je l'aimais plus que tout au monde. Seulement voilà : Il ne me regardait pas. Alors, je détournai une nouvelle fois le visage avant de poser mon regard sur le sol. J'étais de plus en plus perdu. La magie avait disparu en un instant et c'était terrible tant pour lui que pour moi. Nous n'aspirions qu'au bonheur et un tout petit rien avait tout remis en question, encore une fois. Un tout petit rien que Liam avait rendu extrêmement grand... Je croisai mes mains sur mes genoux, fixant toujours le sol avant de sentir de nouveaux mouvements près de moi. Je savais qu'il était à présent à côté de moi mais je préférai ne pas relever mon regard vers lui pour le moment, n'ayant vraiment pas envie de le voir se détourner une nouvelle fois de moi. C'est là qu'il posa une question, et quelle question : « Tu m'en veux ? » Aussitôt, mon regard quitta le sol pour se poser sur lui. Comment pouvait-il ne serait-ce que me demander une chose pareille ? Il n'avait donc pas compris ? Il n'avait donc pas compris que je l'aimais à en crever et que ce qui venait de se passer ne changeait rien à mon amour, bien au contraire ? Il avait ressenti du plaisir et n'avait pas pu se retenir, oui, et après ? Il n'y avait rien de mal... Mon regard n'était qu'amour, tendresse, douceur. On dit que les yeux sont les fenêtres de l'âme et en cet instant, Liam pouvait lire en moi à livre ouvert. Il pouvait lire l'amour inconditionnel que j'éprouvais pour lui. Je finis par lui adresser un chaleureux sourire : Non Liam, je ne t'en veux pas mais ça, je n'ai pas besoin de le dire. Tu le vois n'est-ce-pas? Il était cependant figé, sans aucun doute surpris que je ne lui en veuille pas justement. Je finis par soupirer avant de glisser doucement mains dans ses cheveux et d'approcher son visage du mien. Puis, je déposai un tendre baiser sur son front, un baiser se voulant rassurant. Nous allions en rester là pour ce soir car c'était ce qu'il y avait de mieux à faire pour lui mais je voulais qu'il comprenne que je ne lui en voulais pas le moins du monde, que je l'aimais et que je l'aimerais, quoi qu'il puisse arriver.

Ou, il pouvait aussi se jeter littéralement sur moi et m'embrasser à pleine bouche.

Ah, pour le coup, ça, je ne le vis pas venir. Il tenait fermement mon visage entre ses mains pour ne pas me laisser m'échapper et c'était loin de me déplaire. J'étais juste surpris de ce revirement de situation. Et je fus encore plus surpris quand il se redressa avant de s'asseoir à califourchon sur moi avant de me guider en lui. Ses bras s'enroulèrent subitement autour de moi et son baiser fut encore plus fougueux, plus passionné, plus amoureux que jamais. Mon désir n'avait pas diminué d'un pouce et le sentir contre moi de cette façon, le sentir se donner à moi ainsi amplifia mon désir et un instant plus tard, mes bras l'entourèrent avec force et j'étouffais un gémissement lorsque je le sentis se mouvoir contre moi. Il était faible, fatigué, et pourtant... Pourtant, il se tenait sur moi, il montait et descendait doucement, me faisant aller et venir en lui à son rythme. Je lui avais fais l'amour mais à présent, c'était lui qui me faisait l'amour, lui qui menait la danse et j'adorais ça. J'adorais véritablement cela. Mes doigts se crispèrent contre la peau de son dos et je finis par reculer mes lèvres, mettant un terme à notre baiser pour glisser mon visage dans le creux de son cou, en étouffant des gémissements de plaisir. J'étais à lui, complètement à lui tout comme il était à moi. Nous nous appartenions et ce, pour toujours. Je finis par accompagner ses propres mouvement en donnant de nouveau des coups de reins de plus en plus rapides. Comme lui avait murmuré mon prénom plusieurs minutes auparavant, à présent, c'était moi qui murmurait son prénom entre deux gémissements, entre deux respirations. Lorsque je sentis une nouvelle vague de chaleur m'envahir, mes mouvements s'accélérèrent et mon étreinte se resserra autour de lui. Nos respirations se mélangeaient, nos gémissements se superposaient jusqu'à ce que je sente la jouissance monter, monter, et monter. Puis, ce fut l'explosion de plaisir, l'explosion de bonheur. Je me crispai, laissant échapper de profonds gémissements alors que je me laissai aller en lui. Mon cœur battait tellement vite que j'avais du mal à respirer et je dus reculer un peu mon visage pour avoir accès à l'air dont j'avais besoin avant de plonger mon regard dans le sien. Mes mains quittèrent finalement son dos pour se poser sur ses joues que je caressai avant tendresse avant de poser mon front contre le sien, un tendre sourire étirant mes lèvres.

-Je t'aime Liam... Je t'aime tellement...

J'étais sur un nuage. J'étais, en cet instant, l'homme le plus heureux du monde, cela ne faisait aucun doute. Nous nous étions trouvés, perdus, puis retrouvés et à présent, nous étions plus liés que jamais. A présent, nous avions franchi une étape cruciale dans notre relation et quelle étape... Quel moment incroyablement merveilleux. Je déposai un bref baiser sur ses lèvres avant de l'attirer contre moi en me laissant tomber sur le lit, restant quelques instants encore au creux de lui. Moi allongé sur le lit, lui allongé sur moi... Quelques minutes passèrent ainsi, des minutes où le silence fut de mise mais il ne s'agissait pas d'un silence oppressant ou difficile à supporter. Non, il s'agissait d'un silence rempli de douceur, de paix et d'amour. Finalement, je finis par me retirer de lui doucement et le laissai glisser sur le lit à côté de moi. Je l'observai avec amour un long moment puis, voyant que ses yeux commençaient à lutter bien malgré eux contre la fatigue, j'esquissai un tendre sourire avant de me relever et de fermer la fenêtre. Puis, j'allai éteindre la lumière avant de rejoindre Liam et de glisser les draps sur nous. Mes bras l'entourèrent avec tendresse et il se blottit dans mes bras, ses mains glissant dans le bas de mon dos et me serrant contre lui.

-Dors mon amour...

Murmurai-je tout bas.

-Je te garde tout contre moi et je ne bougerai pas.

Ajoutai-je encore un peu plus bas. Peut-être qu'il n'était pas utile de le rassurer de cette façon mais je préférais le faire plutôt que de le laisser s'endormir avec le doute et la peur au ventre de ne pas me trouver auprès de lui le lendemain matin. De sombres heures nous attendaient, je le savais, et il le savait au fond. Il avait de graves problèmes à régler et cela allait être difficile mais pour le moment, il ne fallait pas y penser. Il fallait juste savourer le moment présent, ce moment merveilleux que nous avions partagé. Pour le moment, il fallait qu'il se repose, qu'il ne pense plus à rien. Les difficultés de sa désintoxication allaient nous rattraper bien assez tôt. Alors, pour ce soir, il pouvait souffler et dormir tranquille : Demain était un autre jour. Et demain fut véritablement un autre jour, pour lui, comme pour moi. Quand je m'éveillai, je vis Liam encore plus pâle que la veille alors qu'il dormait toujours et lorsque je déposai un bref baiser sur son front, je sentis qu'il était fiévreux. Je me levai le plus discrètement possible, pour ne pas le réveiller et sortis brièvement de la chambre, juste le temps d'aller demander à Giulio s'il pouvait aller prévenir Aristide de mon absence à la bibliothèque pour... Pour un moment en fait parce qu'il était hors de question que je laisse Liam : Il avait besoin de moi pour s'en sortir alors, la bibliothèque allait attendre. Giulio m'assura qu'il allait expliquer la situation à Aristide et, après avoir demandé à Giulio si cela ne le dérangeait de nous monter à manger de façon à ce que Liam puisse rester en haut (demande qu'il accepta, fidèle à lui-même), je dus lui expliquer ce qu'il s'était passé puisque lorsqu'ils étaient rentrés, ils avaient retrouvé la maison dans un état proche de l'apocalypse. Sans rentrer dans les détails, j'expliquai à Giulio que l'enfoiré d'allemand avait fait du mal à Liam et que je l'avais foutu dehors avant que Liam ne pète les plombs et ne veuille se remettre à boire, d'où le piteux état de la maison. Finalement, après ces explications, je remontai jusqu'à la chambre. Une fois à l'intérieur, je trouvai Liam réveillé, assis dans le lit, observant autour de lui les yeux remplis d'une certaine frénésie. Il venait juste de se réveiller mais ce qui avait pu se passer la veille était à présent passé au second plan, je voyais et savais qu'il n'y avait plus que sa sensation de manque qui comptait. Je n'avais jamais aidé quelqu'un d'accro à décrocher et j'espérais vraiment que j'allais être à la hauteur.

J'espérais vraiment que j'allais réussir à l'aider.

Mais c'était loin d'être gagné. Il ne tenait pas en place et refusait de rester au lit alors qu'il avait besoin uniquement de deux choses : Se reposer et se nourrir convenablement. Au début, je parvins à le calmer, à le convaincre de se reposer même s'il refusa de goûter au plat de Giulio. Cependant, au bout de quelques heures, son comportement se dégrada et bientôt, il me réclama de l'alcool, allant même jusqu'à fouiller à l'intérieur de la chambre. Il retourna les tiroirs, envoya valser toutes les affaires de l'armoire, persuadé qu'il allait trouver des bouteilles cachées quelque part mais il n'y avait rien, absolument rien du tout. J'avais fermé la porte à clef et je m'étais installé devant, sur une chaise, pour l'empêcher de sortir si jamais l'idée lui traversait l'esprit. Enfin, il avait bien sûr le droit de sortir pour aller aux toilettes ou même prendre une douche mais il ne réclama même pas cela, trop obsédé par son envie de boire. Il envoya fracasser contre le mur la lampe de chevet mais je ne bronchai pas et ne bougeai pas d'un centimètre, toujours assis sur ma chaise à l'observer. Je finis par lui dire doucement qu'il aurait beau tout casser, cela ne changerait rien : Il n'aurait pas ne serait-ce qu'une seule petite goutte d'alcool. Malgré le peu de force qu'il avait, il envoya valser la seconde chaise qui se trouvait dans la chambre contre le mur mais cela n'eut aucun effet sur moi. Je lui proposai d'aller se rafraîchir, de prendre une douche, mais il refusa net ma proposition, avant de se mettre à m'insulter. Ses mots ne me touchèrent cependant pas car je savais que c'était l'alcool qui parlait. A présent, je le savais et l'avais réellement compris puisque la veille, il avait été lui-même. La veille, nous nous étions unis, il m'avait aimé, me l'avait prouvé de la plus merveilleuse des façons alors il pouvait me dire les pires horreurs, me traiter de tous les noms, ça n'avait pas d'importance car c'était le manque qui parlait et pas le véritable Liam, pas l'homme que j'aimais. J'allais supporter tout cela, j'allais être patient. Malheureusement, j'allais être également très inquiet. Lorsqu'il demanda finalement à quitter la chambre pour aller aux toilettes, j'acceptai mais l'accompagnais jusqu'aux toilettes, restant devant la porte avant de le ramener jusqu'à la chambre, prêt à le plaquer au sol s'il tentait la moindre fuite, ce qu'il ne fit pas, sachant parfaitement ce qui l'attendait s'il essayait justement.

Le lendemain ne se passa pas mieux, ce fut même pire. Il refusa une nouvelle fois de se nourrir et en plus des insultes, se montra même violent envers moi. Il alla jusqu'à m'en coller un en plein visage comme il l'avait fait la veille mais cette fois-ci, ce fut la mâchoire qui encaissa le coup et pas le nez, qui était de toute façon déjà cassé (j'avais d'ailleurs le nez et une partie du visage déjà noir). Cela m'était égal. Il pouvait me frapper, faire ce qu'il voulait, je n'allais pas céder : Jamais. Peu importait les insultes et les coups, j'allais tout supporter pour pouvoir le sauver de lui-même. Il termina par refuser que je m'approche de lui, et finit même par dormir par terre, refusant de se coucher dans notre lit. Voilà ce qu'il se passa pendant plusieurs jours : Violence et insultes, encore et encore. Puis, peu à peu, la faiblesse s'empara de lui et il cessa d'être violent, trop épuisé pour cela. Sa fièvre était toujours très élevée et il accepta finalement de se remettre au lit et ce fut les larmes qui succédèrent aux insultes. Ce fut à ce moment-là très difficile pour moi car je le voyais mal, véritablement mal mais je ne pouvais rien faire. A peine le touchais-je qu'il souffrais tant son corps était entièrement à vif. Je ne pouvais que rester auprès de lui et attendre, attendre que le pire passe, que les choses évoluent doucement. C'est terrible de ne pouvoir être que spectateur quand il s'agit de la personne qu'on aime le plus au monde, croyez-moi... Le pire, je pense, fut quand il se laissa tomber du lit et se traîna par terre pour essayer d'atteindre la porte de la chambre et sortir pour essayer de trouver de l'alcool. La porte était de toute façon fermée à clef alors ses efforts étaient vains... Il perdait des forces pour rien puisqu'il en perdait déjà énormément tant il était malade : Il vomissait beaucoup, tremblait de tout son corps, transpirait alors qu'il était mort de froid. Voilà à quoi ressemblait une personne en plein sevrage et laissez-moi vous dire que c'était impressionnant, même pour l'ancien miliaire que j'étais. Je restais au maximum auprès de lui mais j'avais besoin de temps en temps de sortir de cette chambre moi aussi et à chaque fois, je l'entendais pleurer, gémir, hurler mon nom. Je ne restais donc pas longtemps loin de lui.

Dans cette chambre, le temps s'était arrêté.

Il n'était toujours pas lui-même et bientôt, il tenta une nouvelle approche à laquelle je m'étais cependant attendu. « Si tu m'aimes vraiment, tu dois m'apporter à boire... Si tu m'aimes vraiment, tu dois m'aider à me sentir mieux... » ce à quoi je répondais que c'était justement ce que j'étais en train de faire même si lui ne s'en rendait pas compte. Il essaya finalement un autre angle, voyant que celui-ci ne fonctionnait pas, et me lança à la figure que j'étais responsable de son alcoolisme, que tout était de ma faute, qu'il allait mourir à cause de moi mais, encore une fois, tous ces mots me passèrent au-dessus car même s'il y avait une part de vérité dans ses mots, c'était toujours le Liam en manque qui parlait et pas le véritable Liam. Oui, je m'accrochais désespérément à cela. Cependant, au bout de plusieurs jours, je fus incapable d'en supporter plus et, alors qu'il avait finalement trouvé le sommeil, je quittai la chambre avant de prendre soin de bien refermer derrière moi et de confier la clef à Giulio en lui expliquant que j'allais faire un petit tour à la bibliothèque. Je n'avais pas vu Aristide depuis un moment et cela allait me faire du bien. J'avais besoin de m'évader de cette chambre pendant quelques heures au moins pour pouvoir me ressourcer et récupérer des forces pour supporter la suite. Seulement, à défaut de me donner des forces, je pris un nouveau coup sur la tête... Lorsque j'arrivai, Aristide me demanda des nouvelles de Liam et je lui expliquai brièvement où il en était. Ce n'était pas brillant mais à force, le pire allait finir par être derrière nous et il allait aller mieux : J'y croyais. Je devais absolument y croire car si moi je n'y croyais pas pour lui, qui allait le faire ? Qui allait garder et apporter l'espoir ? J'avais ce rôle et je devais le tenir jusqu'au bout. Aristide, fidèle à lui-même et en véritable ami m'adressa un léger sourire en me disant qu'il espérait que ça allait aller. Oui, tout irait bien. Ou pas... Parce que quand Aristide m'annonça qu'il avait trouvé quelque chose pour Liam, qu'il se dirigea vers un carton avant de revenir avec un magazine, qu'il me tendit le dit magazine et que mon regard se posa sur la page à laquelle il était ouvert, je sentis mon visage se décompenser et une lourdeur tomber sur mon cœur. Mes yeux observèrent un instant la photo qui montrait Liam alors qu'il était plus jeune, accompagné d'une femme magnifique puis, je finis par lire l'article, tout en entendant Aristide me dire que j'aurais pu lui expliquer que c'était à cause de « ça » que Liam s'était mis à boire.

Choc. Un véritable choc.

J'accrochai un faux sourire à mes lèvres, bredouillai quelques mots à Aristide, lui assurant que j'allais donner l'article à Liam dès que je sentirais qu'il serait prêt et quittai la bibliothèque, choqué, bouleversé. J'avais mis du temps à me confier à lui mais lui, finalement, il ne l'avait pas fait. Quand j'avais expliqué mon état psychologique, mon stress post traumatique, il aurait pu en profiter pour m'annoncer qu'il avait perdu la femme qu'il aimait et son enfant. Il aurait pu me dire que c'était à ce moment-là qu'il avait commencé à boire... Mais il n'avait rien dit, il avait préféré garder tout cela pour lui. En même temps, comment pouvais-je lui en vouloir ? Après tout, j'avais moi-même mis un temps considérable avant d'être capable de lui parler de mes problèmes alors... S'il ne l'avait pas fait, c'était qu'il avait ses raisons, qu'il attendait le moment d'être prêt et ce moment allait venir, inévitablement. J'allais attendre : J'allais l'attendre. Arrivé à la maison, je montais jusqu'à la chambre, le pas lourd, ayant du mal à l'idée de porter de nouveau mon masque, moi qui avait été tant sincère, moi qui avait cessé de me cacher... Cependant, je n'avais pas le droit d'imposer cela à Liam et surtout pas maintenant qu'il essayait de se sortir de l'alcool. Si jamais il revoyait cette photo, qu'il lisait cet article, ça allait faire empirer son état et c'était absolument hors de question. Aussi, avant d'entrer dans la chambre, j'allais jusqu'au grenier où Liam avait trouvé refuge et y cachai le magazine, étant ainsi certain que personne ne le trouverait. Puis, je retournai dans la chambre et retrouvai Liam, toujours dans le même état mais en le regardant, en cet instant, je le voyais sur cette photo. C'était difficile... Terriblement difficile de faire comme si je n'étais au courant de rien mais j'allais prendre sur moi et faire les efforts nécessaires pour être celui dont il avait besoin, pour continuer à le soutenir, quoi qu'il puisse arriver.

Quoi qu'il puisse arriver, oui.

Finalement, tout doucement, son état commença à s'améliorer. Enfin, façon de parler. Disons que le voir accepter de manger les plats de Giulio était, pour moi, déjà une belle victoire. Cela me permit également de le laisser un peu plus souvent seul et de recommencer à passer du temps à la bibliothèque avec Aristide, ainsi qu'en dehors du centre de la ville. Nous devions partir en expédition malgré les règles de sécurité pour essayer de ramener plus de livres afin que la bibliothèque soit vraiment... Eh bien, une véritable bibliothèque. Et lorsqu'un jour, nous tombâmes sur un magnifique piano à queue dans une maison, le déclic se fit sans attendre : Je devais l'offrir à Liam. Pour son sevrage et son début sur le chemin de la guérison. Quand il aurait réussi à vaincre l'alcool, quand il aurait franchi cette première étape qui était la plus importante, il allait avoir ce magnifique piano. Il allait renouer avec sa plus grande passion. Seulement, Aristide ne l'entendait pas de cette oreille et il n'avait pas complètement tort : Transporter un piano était mission impossible, même à plusieurs. Je devais me creuser la tête et j'allais me creuser la tête. J'allais faire en sorte de trouver un moyen, LE moyen qui allait me permettre de ramener ce piano à Liam et de lui faire ce cadeau.
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Liam Marsden
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MessageSujet: Re: You had my heart inside of your hand and you played it to the beat. [Samuel. B] -18 !    Jeu 27 Oct - 14:36

Cette attitude ne me ressemblait pas forcément, seulement j’éprouvais le besoin d’agir ainsi, de lui montrer que je ne voulais pas que tout cela cesse car quelque part, je savais que ce serait peut-être la dernière fois. Je savais que dès le lendemain l’enfer de l’alcool me rattraperait et très sincèrement, personne ne pouvait prédire comment mon corps allait réagir à cette nouvelle attaque, sans doute bien plus puissante que les précédentes. J’étais épuisé, certes, aussi commençai-je à me mouvoir sur lui avec lenteur, douceur, économisant pour le moment mes forces. Comment espérer survivre à une cure de désintoxication tout en sachant que j’étais incapable de maintenir une activité physique comme celle plus de quelques minutes ? Ce serait difficile, et même si pour le moment le lendemain n’occupait qu’une faible partie de mon esprit, non, je ne l’oubliais tout de même pas. Le léger gémissement que laissa échapper Samuel m’encouragea néanmoins à continuer, qu’importe ma fatigue, espérant lui procurer du plaisir tout comme lui l’avait fait. Je me concentrai donc sur mes mouvements, cherchant le bon rythme, cherchant à adopter les meilleurs gestes car après tout, c’était la toute première fois que je faisais cela et je n’étais pas certain de m’y prendre correctement. Et c’était très étrange, pour être honnête. Etrange, certes, mais j’y prenais tout de même plaisir, recommençant à me mordre doucement la lèvre alors que Sam s’était reculé et avait plongé son visage dans mon cou. Je sentais ses doigts se crisper contre ma peau, ses bras me serrer contre lui alors que son souffle recommençait à s’emballer, alors qu’il gémissait de plus en plus fort dans mon cou à tel point que j’en eus de longs frissons de plaisir. Pour être franc j’avais même l’impression que le fait d’avoir pris les devants l’excitait davantage que la manière dont nous avions précédemment fait l’amour et sentir cette excitation grandissante ne pouvait que m’exciter énormément à mon tour. Au bout de quelques instants, je le sentis d’ailleurs accompagner mes propres mouvements en me donnant de légers coups de reins qui s’accéléraient peu à peu. Comment aurais-je pu retenir les profonds soupirs de plaisir qu’il m’arrachait ? Comment aurais-je pu atténuer les frissons qui parcouraient ma peau en le sentant aussi profondément en moi ? Je ne le pouvais pas. C’était… Tout simplement extraordinaire et le plaisir qu’il me procurait, non, je n’aurais jamais pu le retenir tant il était fort, puissant. Il le devint encore plus lorsque Sam accéléra de nouveau ses mouvements et celle fois, je le laissai totalement faire, sentant sa jouissance à portée de main. Il me rendait dingue, complètement dingue et la manière dont il murmurait mon prénom entre deux gémissements y contribua largement : J’adorais le sentir si proche de moi, de moi seul, comme si j’étais l’unique homme de sa vie, le seul à compter. J’adorais faire l’amour avec lui, en réalité.

La fin arriva trop vite à mon goût même si, bien sûr, j’étais heureux d’avoir pu lui apporter du plaisir. Je le fus encore plus lorsque, après avoir pris quelques instants pour retrouver un semblant d’air, Sam reposa son regard sur moi, un regard plein de tendresse, plein d’amour qui me fit sourire bien malgré moi. Le même sourire naquit d’ailleurs sur ses propres lèvres alors qu’il posait doucement ses mains sur mes joues, les caressant tendrement. Mon sourire devint un peu plus timide lorsque Sam me murmura d’une voix essoufflée qu’il m’aimait. Et moi aussi je l’aimais… Plus que tout au monde, plus que n’importe qui sur terre. Il était celui que j’avais attendu après la mort de Natacha, j’en étais persuadé, le seul que je ne pourrais jamais aimer. L’unique. Il déposa alors un bref baiser sur mes lèvres avant de se laisser retomber sur le lit tout en m’attirant à lui. Avec un léger rire je me laissai bien volontiers faire, me blottissant contre son corps encore brûlant, encore animé de notre passion. Je glissai alors ma joue tout contre son torse, fermant les yeux, profitant de ces quelques moments de calme, de douceur que nous n’aurions plus l’occasion de nous offrir avant… Non. Je ne voulais pas y penser. Pas maintenant, pas déjà. Nous restâmes quelques instants sans bouger, sans parler, le silence ne me dérangeant de toute manière pas, au contraire. Je n’étais pas très adroit avec les mots, je l’avoue, je ne savais pas bien parler mais le silence, je savais l’apprécier. Un silence qui signifiait sans doute bien plus que tous les mots que j’aurais pu trouver à lui dire. Au bout de quelques minutes, je le sentis doucement se retirer de moi et rouvris les yeux subitement, dérangé par cette perte tandis que je m’étais déjà fait à sa présence. Alors, je me laissai lentement glisser à côté de lui et l’observai avec ce même sourire timide aux lèvres, ressentant la chaleur qui m’avait tant manqué de son regard noisette. Ce regard que j’aimais tellement… Mais en réalité, j’aimais absolument tout de Samuel. Il était ma perfection, quand bien même il ai toujours refusé que je le lui dise, je le trouvais effectivement absolument parfait. Son corps, son caractère, sa personnalité… Même ses défauts, je les adorais, tout simplement parce qu’ils faisaient partie de lui et que LUI, je l’aimais. N’était-ce pas cela l’amour, après tout ? Quant à la guerre, quant à cette violence présente en lui, très sincèrement je ne l’estimais pas comme un défaut. Il s’agissait d’un traumatisme, un traumatisme que nous pouvions soigner, j’en étais certain. Oui, nous allions le soigner et tout irait bien. Tout serait parfait entre nous, je me le promettais.

Cependant, dans l’immédiat, il nous restait encore de nombreux problèmes à régler. A commencer par mon alcoolisme qui commençait déjà à se manifester, je le sentais. J’étais néanmoins tellement épuisé que je ne pouvais m’en préoccuper, me sentant peu à peu aspirer par le sommeil alors que j’aurais aimé rester là indéfiniment, observer Samuel indéfiniment. Mes yeux se fermaient cependant tout seuls et j’avais beau lutter, je savais que je ne tiendrais pas longtemps encore. Sam dut d’ailleurs s’en rendre compte puisque, après m’avoir adressé un sourire d’une tendresse à me faire fondre, il se leva, alla fermer la fenêtre puis éteindre la lumière avant de me revenir. Il remit correctement les draps sur nous avant de me prendre dans ses bras et aussitôt, je me blottis de nouveau contre lui, me rendant plus que jamais compte de la chance que j’avais. Après tout ce que j’avais vécu, après les souffrances que j’avais traversé, trouver un homme comme lui m’apparaissait comme un miracle. Mon miracle. Cependant, je ne pouvais pas accorder cela au hasard : Si nous nous étions trouvé, c’était bel et bien parce que nous étions faits l’un pour l’autre. Faits pour nous aimer, et vivre ensemble jusqu’à… Jusqu’à ce que la vie en décide autrement car malheureusement, je savais mieux que personne que parfois, les choses ne se passent résolument pas comme prévues. Alors le temps que nous allions passer ensemble, les instants qui nous seraient accordés, peut-être même les années en commun, j’allais les vivre comme les dernières. J’allais en profiter plus que n’importe quoi d’autre et rien ne passerait avant cela : Ma famille. Car quoi qu’on puisse en penser, Samuel et les jumeaux constituaient ma seule famille, et il était absolument hors de question que quiconque me l’arrache de nouveau. Pas maintenant. Pas aussi vite. J’avais besoin d’y croire de nouveau… J’avais besoin de croire que cette fois ci tout irait bien même si, encore une fois, je savais qu’il suffisait d’un rien pour tout chambouler. D’un tout petit rien pour détruire ce que des années auraient construit. Un tout petit rien pour vous faire chuter une nouvelle fois… Ne laissant plus place qu’à l’enfer.

L’enfer. C’est exactement l’endroit où je me réveillai dès le lendemain après m’être endormis en dix secondes à peine dans les bras de Samuel. Cependant, sur le moment, je ne savais plus exactement où j’étais, ce que j’y faisais. Ma gorge me brûlait. M’asseyant dans le lit, j’observai sans doute avec un air de dément cette chambre qui me rappelait vaguement quelque chose sans que je ne puisse réellement remettre le doigt dessus. Ma bouche était sèche. J’avais soif. Lorsque Samuel revint finalement dans la chambre, je ne m’en préoccupais pas, songeant seulement à ce sentiment de soif qui s’accentua au fil des heures, de plus en plus distinct, de plus en plus nocif. A tel point que rapidement, je fus incapable de garder le lit, incapable de m’allonger et attendre que cette sensation passe comme Samuel me le conseillait. Il fallait que je bouge, que je marche quitte à tourner en rond, que je fasse quelque chose, n’importe quoi, même une tâche stupide. Malheureusement, j’étais également incapable de me concentrer sur quoi que ce soit, mes pensées se voyant automatiquement ramenées vers l’alcool, l’alcool, l’alcool, le seul mot qui constituait encore mon vocabulaire. Les heures passèrent dans cette attente fébrile du pire car, au fond, tout au fond, je savais que le pire n’était qu’à venir. Que ce besoin de bouger signifiait seulement que mon corps se rendait de plus en plus compte du manque qui bientôt allait se manifester de manière bien plus violente. Pour le moment je conservais un fond de lucidité, capable malgré tout d’analyser mon propre comportement, d’estimer à quel stade du sevrage j’en étais même si je me mentais volontiers à moi-même : Nous n’en n’étions qu’aux premières heures et déjà, j’osais espérer que la fin serait proche. Pourtant elle ne l’était pas. Pas du tout même. Vers la fin de la journée je ne tins plus, perdant tout semblant de contrôle de moi-même et me mis à fouiller la chambre entière dans la seule idée de trouver une bouteille, même petite, même d’un alcool très peu fort. Je voulais seulement apaiser la brûlure atroce de mon palais, calmer cette gorge irritée de ne pas avoir eu son traitement quotidien. Malheureusement j’eus beau vider tous les tiroirs, briser les bibelots, retourner l’armoire, le lit, les meubles, je ne trouvai rien, rien, rien. RIEN ! Et ce « rien », croyez-moi, me rendait de plus en plus fou.

La présence de Samuel ne m’aidait pas, bien au contraire. Le voir assis là, le voir le cul posé sur sa putain de chaise me rendait encore plus dingue. J’avais envie de l’attraper par la peau du cou et de le secouer, le faire réagir tandis qu’il restait totalement stoïque, quoi que je fasse. Il se contentait de me regarder en m’assurant, parfois, que tous mes efforts n’auraient absolument aucun effet puisque de toute manière je n’aurais pas d’alcool et qu’il n’y en avait pas dans la pièce. Sauf que bien évidemment, j’avais l’interdiction formelle de sortir et même si j’avais tenté quelque chose, Samuel me bloquait l’entrée en s’étant assis juste devant. J’étais dans une impasse et ceci me rendait de plus en plus nerveux, de plus en plus violent également alors que je sentais mon corps entier réclamer le serait-ce que la plus petite goutte d’alcool. Il s’agissait d’une véritable obsession. Même si j’essayais de penser à autre chose, même si je tentais de me détacher de cette idée, elle me revenait forcément, et de plus en plus fort, de plus en plus violemment. J’en devenais virulent, n’hésitant pas à insulter Samuel dont la présence me tapait littéralement sur le système. J’avais l’impression d’être un animal en cage. Je finis par le frapper ou du moins essayer, ne pouvant défouler ma colère sur quoi que ce soit d’autre dans cette pièce puisque tout était déjà en ruines. Seulement, il me maîtrisa assez rapidement et se montra plus déterminé que je ne l’aurais pensé. Je n’allais rien tirer de lui mais malheureusement, mis appart lui, personne n’était en mesure de m’aider. Personne d’autre dans cette pièce ne pouvait m’apporter ce que je voulais, ce dont j’avais absolument besoin. Mon corps tout entier le réclamait ardemment. Je sentis, au-delà du manque, ce même corps brûlant, fiévreux sans que je ne puisse me calmer car la seule chose qui aurait pu m’apaiser, eh bien, on me l’interdisait. La frustration me serrait la gorge, m’empêchait de fermer l’œil et même si je finissais parfois par m’écrouler de fatigue, n’en pouvant plus d’arpenter cette maudite chambre sans trouver la moindre trace d’alcool, je me préservais toujours du lit. Il m’effrayait, je ne voulais pas y aller. Et je voulais encore moins que Samuel m’y force, ou même me touche. Je le détestais. Non. Je le haïssais plutôt.

Les jours s’écoulèrent à une lenteur extrême alors que, peu à peu, je me sentais de plus en plus mal. Seulement au-delà des premières violences qui m’avaient secoué, ce fut bientôt le désespoir qui investit mon être. J’étais totalement désespéré de ne pas trouver de solution à mon mal alors que doucement cette sensation de frustration se transformait en véritable douleur. J’en venais à désirer boire non plus pour satisfaire les obsessions de mon esprit mais bel et bien apaiser les maux qui tiraillaient mon corps, qui me faisaient vivre un véritable calvaire. Ma peau semblait irritée, comme à vif, comme si l’on me dépeçait lentement et je savais qu’un verre, un tout petit verre pourrait m’aider mais… Non. Il n’y avait aucune issue. Aucune fin prévue pour cette douleur. Alors, jour après jour, je finis par cesser de bouger, n’ayant de toute manière plus la force de ne serait-ce que me tenir debout. Chacun de mes membres semblait m’être lentement, très lentement arraché comme si l’on m’écartelait, chacune de mes respirations provoquaient en moi de longs frissons d’angoisse, de déchirantes brûlures tout à l’intérieur de mon corps. J’avais si mal que je ne pouvais plus m’empêcher de pleurer, espérant que quelqu’un m’apporterait la délivrance, que quelqu’un prendrait pitié de moi. Malheureusement cela n’arriva pas. On recouvrit seulement mon corps brûlant de fièvre par d’épaisses couvertures si bien que je transpirais à en tremper les draps comme si j’étais victime d’incontinence, mais je ne les repoussais cependant pas. J’en étais incapable. Le moindre geste m’arrachait de profonds gémissements de douleur, le poids même de ces couvertures représentant une véritable torture sur mon corps endoloris mais je ne possédais plus la force nécessaire pour m’en délivrer. Je mourrais de froid tout en transpirant à en mourir de déshydratation. Refusais de manger tandis que mon estomac se nouait et gargouillait d’horreur. Ne pouvais plus que pleurer, encore et encore, de désespoir, de douleur, mais d’espoir aussi que tout cela s’arrête. J’en souhaitais même la mort qui serait bien plus reposant que cet état. Oui, je souhaitais ardemment mourir plutôt que de passer une heure, une journée de plus dans ce maudit lit sous le regard de cet enfoiré qui refusait de m’apporter la délivrance. Cependant, bien que je ne supportais quasiment pas sa présence, l’absence de Samuel me détruisait encore plus. Si bien qu’à chaque fois, je me laissai tomber hors du lit avant de ramper jusqu’à la porte que je grattais de mes ongles comme un animal tout en hurlant son prénom, gémissant de douleur, pleurant qu’il ne soit plus à mes côtés. Je détestais qu’il soit avec moi, mais haïssais qu’il parte. Qu’il m’abandonne.

Mon état se dégrada encore et encore. En cessant de boire, c’était comme si je m’étais jeté dans un gouffre sans fond. Notre chambre finit par ressembler à celle de la petite fille dans l’Exorciste, vous voyez ? Une personne possédée par le Diable dans un lit, une ambiance morbide, insoutenable, et une autre personne, saine, qui essaye d’aider la première. Oui, j’étais comme possédé par ce besoin d’alcool et croyez bien que ce démon savait lui aussi manier la manipulation. Lentement, je me mis sans réellement m’en rendre compte à tenter de faire culpabiliser Samuel, à lui présenter les choses sous un autre angle, essayer de lui soutirer la moindre petite once de compassion mais il ne flancha pas. Même les arguments les plus terribles que j’ai pu utiliser n’y firent rien : Il était résolu à ne rien me donner, et il ne me donna rien. Il s’agissait d’une véritable torture psychologique que je martelais, sans cesse, m’accrochant à ce dernier espoir que, peut-être, il finirait par craquer. Je le sentis de plus en plus tendu au fil des jours, de plus en plus fatigué sans doute d’entendre tout cela, mais je n’obtins pas ce que je désirais pour autant. Je n’obtins rien du tout si ce n’est ces foutus verre d’eau qu’il continuait à me tendre jour après jour et que je refusais la plupart du temps, ne pouvant accepter ce goût atroce dans ma bouche. Puis, quelques jours plus tard, la douleur finit par s’apaiser. Je ne savais pas depuis combien de temps je me trouvais dans cet état, depuis combien de temps je n’avais pas bu mais doucement, je parvins à bouger un peu, recommencer à manger même si en très faibles quantités. Il me semblait avoir toujours de la fièvre seulement, mon corps ne me tiraillait plus aussi violemment qu’auparavant. Cela se rapprochait davantage de fortes courbatures plutôt que d’une véritable douleur, d’ailleurs. Alors, je pu me calmer, reprendre un peu pied au fil du temps mais le manque était toujours là, cette sensation de soif impossible à apaiser ne disparaissait pas. Et puis, il y eut comme un black out total.

Combien de temps dort on, normalement, en une seule nuit ? Sept heures, peut-être huit ? Eh bien, la dernière fois que je m’endormis, je ne me réveillais pas avant près de 78 heures, exceptées les quelques minutes durant lesquelles la soif ou l’envie pressante d’aller aux toilettes m’avaient arraché à ce sommeil étrange. Je dormis comme si je n’avais pas dormis depuis des semaines, ne me rendant plus compte de rien autour de moi. Inutile de vous dire que j’eus l’impression de me réveiller d’un genre de coma lorsque enfin, je repris pieds avec la réalité. Je clignai plusieurs fois des yeux, gêné par la lumière pourtant tamisée qui s’échappait des volets à peine entrouverts. Puis, me redressant doucement dans le lit, je mis quelques instants avant de comprendre que j’étais seul. Aucune trace de Samuel, et la porte close devait sans doute être fermée à clef. Je mis quelques minutes avant de me réveiller totalement puis, lentement, sortir du lit. Mes jambes tremblèrent quelque peu mais je parvins à marcher jusqu’à cette même porte, constatant que comme je l’imaginais, elle était fermée à clef. Seulement, j’avais faim. Horriblement faim même. Comment dire ? Je n’avais plus mal ailleurs, ce n’était plus le besoin de boire ardent qui me poussait à sortir du lit mais bel et bien cette faim qui me nouait l’estomac. Etais-je sortis d’affaires ? En réalité oui, mais je ne m’en rendais pas compte tant cette faim atroce m’obnubilait, mon ventre gargouillant à m’en faire mal. Alors, doucement, je me mis à frapper à la porte, appeler Samuel ou n’importe qui mais après avoir collé mon oreille à la porte, je compris qu’il n’y avait personne dans la maison. Je retournai à mon lit, m’y asseyant, décidant de m’occuper à autre chose jusqu’à ce que quelqu’un ne revienne mais ne parvins pas à me concentrer sur quoi que ce soit tant je me sentais mal. Je posai alors une main sur mon front : Plus de fièvre. C’était déjà ça… Cependant, je me sentais proche de l’évanouissement tant j’étais affamé. Il ne me semblait pas avoir déjeuné une seule fois durant ces trois derniers jours… A bout de patience, je me levai de nouveau et retournai à la porte, frappant encore même si au fond je savais que personne n’allait m’entendre puisque personne n’était là. Au bout de quelques minutes ce fut plus fort que moi, je me mis à pleurer. J’avais faim, et je voulais sortir. Je voulais vraiment sortir maintenant. Me laissant glisser le long de la porte tout en continuant à frapper, j’appelai Samuel au travers de mes sanglots, le suppliant de venir m’ouvrir et de me donner quelque chose à manger. Je le suppliais comme un enfant que l’on aurait puni.

Le temps me parut incroyablement long avant que je n’entende des bruits de pas dans la maison et me mis à crier plus fort. Alors, on monta les escaliers et j’entendis la clef dans la serrure, me poussant du passage de la porte en me traînant vers le lit. Lorsque Samuel entra soudainement dans la chambre, nous nous regardâmes une seconde avant qu’il ne se jette sur moi et me console. J’étais cependant incapable de prononcer le moindre mot en dehors de « manger » et très rapidement, il me laissa de nouveau pour revenir avec une assiette. Je cessai de pleurer, quelque peu apaisé par la simple odeur de nourriture avant de me jeter sur ce qu’il m’avait préparer et en manger à peine quelques fourchettes. Cependant, j’étais rassasié, même si je ne me sentais toujours pas très à l’aise. Samuel me questionna alors, sur comment je me sentais, si j’avais envie de quelque chose d’autre, si je voulais sortir un peu. Il comprit sans doute plus rapidement que moi que les temps les plus durs de mon sevrage étaient passés et, tout ce que je trouvai à répondre fut le désir d’une douche. Il accepta bien sûr, et alla même jusqu’à se glisser avec moi dans la cabine tout en me serrant avec tendresse contre lui alors que je me ramollissais sous l’eau brûlante. Nous restâmes un long moment sous la douche avant qu’il ne m’enveloppe dans une grande serviette éponge et me ramène dans notre chambre. La nuit tombait déjà, aussi nous sommes-nous remit au lit même si je n’avais pas forcément très sommeil. Cependant, je savais qu’il allait falloir que je me préserve durant un certain moment car même si j’allais un peu mieux, il me restait encore du chemin à parcourir avant de me sentir de nouveau bien. Je ne mentirais pas : J’avais envie de boire. J’en avais vraiment envie mais cette fois, il ne s’agissait plus que d’un besoin psychologique. Mon corps n’en souffrait pas, il souffrait uniquement des conséquences de l’absence d’alcool, mais pas de son absence tout court. Seul le temps pourrait atténuer cela, me laisser reprendre du poids, des forces, et enfin effacer complètement cette soif qui demeurait présente dans mon esprit. Le temps.

Nous passâmes donc la soirée en tête à tête même si je demeurais faible, même si je n’avais pas forcément le cœur à faire la conversation je l’écoutai avec plaisir. Et j’ai mangé, encore, sentant de nouveau la faim me guetter avant de finalement être de nouveau fatigué. Sans doute cela allait-il durer quelques jours encore : Faim, soif, sommeil, comme un nourrisson. Comme si mon corps venait de renaître et se contentait de ce qui lui était absolument nécessaire. Toujours est-il que cette fois, Samuel se coucha avec moi et que nous nous endormîmes l’un dans les bras de l’autre, heureux d’avoir retrouvé un semblant de paix après ces semaines difficiles. Cependant, nous fûmes au milieu de la nuit réveillés par un bruit sourd, comme si quelque chose venait de tomber dans notre chambre. Samuel se leva en sursaut avant d’allumer la lumière et là, ce fut la panique totale. Un homme vêtu de noir se tenait dans notre chambre, devant la fenêtre ouverte, et nous regardait fixement. Je fus tellement surpris que je ne pu faire quoi que ce soit : Crier comme bouger m’étaient interdits. Je demeurais là, les yeux écarquillés, dans l’impossibilité totale de me mouvoir lorsque je vis soudainement Samuel se jeter sur l’homme et aussitôt, je bondis hors du lit, essayant de retenir Sam parce que… Cet homme… Ce regard… J’étais surpris, mais je n’avais pas peur. Non, je n’avais absolument pas peur alors que j’aurais dû, sauf que cet homme je le connaissais, et mieux que quiconque… Alors, je finis par réussir à repousser Samuel et, tremblant, observai le visage de cet homme qui saignait à présent du nez et gisait sur le parquet de notre chambre. C’était lui. J’en étais sûr. Mon cœur loupa un battement avant que je n’avance une main vers Sam pour l’arrêter alors qu’il revenait vers nous sans doute pour continuer à battre cet homme et nous protéger mais… Nous n’avions pas besoin d’être protégés de lui. D’une voix tremblante, et sans quitter l’homme des yeux, je finis par lâcher LA phrase qui allait changer nos vies pour les mois futurs. La phrase qui allait tout changer pour moi.

« Arrête Sam, c’est… C’est mon père. »

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