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 I'm on The Edge of Glory, and I'm hanging on a moment with You.

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Liam Marsden
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Date d'inscription : 06/07/2010
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MessageSujet: I'm on The Edge of Glory, and I'm hanging on a moment with You.   Ven 28 Oct - 14:01

[Seuls les administrateurs ont le droit de voir ce lien]

Notre relation s’épanouissait enfin. Depuis que Samuel et moi ne nous cachions plus aux yeux des autres, c'est-à-dire depuis que nous l’avions annoncé aux jumeaux, les choses se passaient vraiment mieux entre nous. Nous étions libres d’échanger des regards, des sourires et même des gestes tendres sans craindre l’avis de qui que ce soit ce qui me soulageait énormément, et sans doute que lui aussi. Plus j’y pensais et plus je me disais que j’avais été stupide d’avoir attendu aussi longtemps alors que finalement, tout pouvait se passer dans une totale simplicité. De toute façon, beaucoup se doutaient déjà de notre relation dans la maison alors, pourquoi continuer à se cacher ? Non, décidemment, cela n’aurait servi à rien, aussi ne tentions-nous pas de maintenir un secret qui nous pesait de toute manière énormément auparavant. J’avais également l’impression que le fait de ne plus nous cacher nous rapprochait Samuel et moi, car nous n’avions justement plus ce poids, cette contrainte qui m’avait poussé à parfois le repousser ou me montrer indifférent à son égard en publique. Avec le recul, je me rendais compte qu’il avait dû en souffrir. Toujours est-il que les choses se passaient vraiment mieux, y compris avec les jumeaux bien qu’ils aient été traumatisés par l’attaque sur Lucy. Comme lorsque je les avais découvert dans New York, ils refusaient désormais de me quitter et quelque part, je préférais cela : J’avais au moins une très bonne excuse pour demeurer à la maison et m’occuper de mes enfants comme j’aurais dû le faire depuis des mois. D’autre part, ils acceptaient plutôt bien le fait que nous soyons en couple, Sam et moi. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’ils le comprenaient ou aimaient réellement cette idée mais au moins, ils ne nous avaient pas rejeté, et ils ne semblaient pas en souffrir non plus. Ils avaient surtout l’air un peu perdu, mais cela passerait sans doute. J’étais conscient qu’il faudrait du temps pour qu’ils parviennent à totalement accepter Samuel dans notre petite famille et s’habituer à sa présence en tant que conjoint de leur père mais ça irait. J’en étais persuadé : Ca irait. Doucement, Sam commençait d’ailleurs déjà à se faire une petite place dans leur quotidien, et dans le mien également puisqu’au final nous n’avions pas vraiment partagé nos vies jusqu’à présent, seulement dans l’intimité mais une relation au quotidien, non, nous ne l’avions jamais vécu. Mais c’était merveilleux. Etrange, inhabituel, mais merveilleux.

Ceci dit, cette relation assumée ne s’étendait pas beaucoup plus loin que les murs de notre maison, et ce pour une raison très simple : Je ne sortais jamais. Une fois seulement depuis ma cure, pour visiter la ville ainsi que la bibliothèque où Samuel travaillait mais en dehors de cela, j’évitais au maximum de pointer le bout de mon nez au dehors. En réalité, je supportais assez mal l’hypothèse d’une nouvelle attaque, et si je l’avais pu, j’aurais également interdit aux jumeaux et à Sam de sortir. Malheureusement rester cloîtré chez soi n’était pas une solution, comme nous l’avait prouvé mon père. Mon père… C’était extrêmement compliqué. J’avais eu beau tenter de me persuader qu’il ne pouvait pas faire partie de ces personnes qui s’en prenaient à nous, l’évidence ne laissait place à aucun doute. Et lorsque j’avais fini par questionner mon père, je ne l’avais pas laissé aller plus loin qu’un maigre « je n’avais plus d’autre choix. » Je ne voulais rien savoir, tout comme je lui avais interdit d’en parler à qui que ce soit. Personne dans cette maison ne devait rien savoir de ses anciennes activités car s’il venait à être trouvé, si tout cela remontait aux oreilles d’Alexander, il chercherait à tous nous faire parler or le meilleur moyen de se protéger était encore de, justement, ne rien savoir. Du moins était-ce mon point de vue mais de toute façon, personne mis appart Sam ne savait pour le moment que mon père était ici, et encore moins comment il était arrivé. Le seul moyen de le garder avec nous restait de le cacher car, encore une fois, si Alexander venait à apprendre ça… Il chercherait forcément à l’interroger, et Dieu seul sait ce qu’il serait capable de faire. Alors, oui, quelque part j’avais honte de ce que mon père avait pu faire, ainsi que de le cacher aux yeux de la Communauté lorsqu’il aurait pu nous aider à mieux nous protéger mais… C’était mon père. Et même contre le bien d’une communauté toute entière, je ne le vendrais pas. Je ne le dénoncerais jamais. Au fond je me sentais coupable à chaque nouvelle menace taguée sur les murs, à chaque nouvel enlèvement, à chaque cri et chaque pleur mais que vouliez-vous que je fasse ? Entre mon sang et le sang des autres, c’était affreux, mais mon choix était fait. Il n’allait pas changer, à moins d’un sacré coup de force.

Le pire dans tout cela était que mon père, malgré ce que je supposais qu’il avait fait, demeurait exactement le même homme à mes yeux qu’avant la guerre : Un homme doux, calme, respectueux. Les premiers jours il avait été extrêmement fatigué, très faible, mais peu à peu il avait reprit des forces et à présent, eh bien… Oui, c’était mon père, comme je l’avais toujours connu. Si je parvenais à faire abstraction des meurtres et des enlèvements dont il était possible qu’il soit l’auteur, je pouvais me représenter qu’il n’avait pas changé. Très sincèrement je ne savais plus quoi penser. Je respectais Alexander, tout comme Aaron et Ethan, et j’aimais beaucoup des personnes qui m’entouraient, jamais je n’aurais souhaité qu’il leur arrive le moindre mal et pourtant, j’hébergeais un homme qui, au-delà d’être mon père, avait participé à leur calvaire. Je ne comptais certes pas le dénoncer mais cela ne m’empêchait pas de me sentir extrêmement coupable à chaque fois que je songeais à lui, ne sachant si je prenais réellement la bonne décision. Sam ne m’aidait pas vraiment, d’ailleurs. Il était… Adorable, comme d’habitude, sauf que pour une fois je crois que j’aurais aimé qu’il ne le soit pas, qu’il me secoue, me dise que je perdais complètement les pédales mais au lieu de ça, il se montrait correct et poli vis-à-vis de mon père, tout en s’occupant de lui avec application. Pouvais-je lui en vouloir de ne pas souhaiter me brusquer ? Non, bien sûr que non, seulement, au final, je ne savais même pas ce qu’il en pensait réellement. Et d’un autre côté, je n’osais même pas le lui demander, sachant très bien que s’il décidait de livrer mon père à Alexander nous nous disputerions gravement. Contradictoire, n’est ce pas ? Exactement à l’image de ce que je ressentais depuis que mon père était là, juste là, au grenier. C’était tellement étrange de le savoir si près après tant d’années de silence… J’éprouvais l’envie quasi irrésistible de passer mes journées avec lui, de lui parler, passer du temps avec ce seul parent que j’aimais toujours comme un petit garçon de dix ans. Malheureusement, ce n’était pas possible : Le secret devait être préservé. Personne ne devait trouver mon comportement ou celui de Samuel étrange ni même éprouver la soudaine envie de visiter le grenier, aussi devions-nous être les plus discrets possible même si cela relevait presque de l’impossible pour moi. Mais il le fallait.

Petit à petit, nous recommencions à vivre normalement en dépit des menaces extérieures, et à l’exception de cet invité dans le grenier. J’avais fini par aller voir Aaron pour lui demander de me donner une tâche que je pourrais faire chez moi, afin d’être utile à la communauté tout en pouvant surveiller mes enfants mais il me renvoya assez sèchement. Apparemment, ils n’avaient pas besoin d’un type aussi maigre que moi et qui ne ferait que les freiner dans leur travail. Enfin, c’était Aaron… Je le connaissais suffisamment pour comprendre par ce renvois désagréable qu’il s’inquiétait pour ma santé et voulait que je me repose même si, personnellement, je me sentais bien. Je reprenais du poids, doucement, grâce aux petits plats que Sam et Giulio nous concoctaient. En tout cas, je passais le plus gros de mes journées avec les enfants, espérant les rassurer par ma présence, en profitant pour rattraper mes erreurs passées tout en m’occupant beaucoup d’eux. Sam, de son côté, avait plus de choses à faire. La bibliothèque était fermée mais il continuait à passer beaucoup de temps avec Aristide à travailler chez lui, sur des meubles, ou des projets informatiques, ils étaient de toute évidence assez occupés malgré tout. Même si j’aurais préféré qu’il reste en sécurité à la maison, je ne disais rien, ne voulant pas l’étouffer non plus alors que notre couple s’épanouissait enfin. Alors, mes journées, je les passais comme un véritable homme d’intérieur : Ménage, repassage, éducation des enfants… Je ne me risquais cependant pas à faire la cuisine, sachant pertinemment que Sam et Giulio allaient se moquer de moi si je tentais l’expérience. Je passais également de plus en plus de temps au piano, ce magnifique piano que Samuel m’avait offert pour fêter la fin de mon sevrage. Je n’en revenais toujours pas d’avoir un piano comme celui là dans mon salon, aujourd’hui, après la troisième guerre mondiale. C’était tout simplement dément. Surtout qu’il était en parfait état, bien que j’ai passé plus de deux heures à l’accorder car de toute évidence le voyage lui avait fait un peu de mal. Mais il était tellement beau… J’avais même hésité à le toucher au début, ayant peur de le tâcher, de l’abîmer. Et lorsque j’avais réellement réalisé ce que Sam avait fait pour moi, seulement pour me faire plaisir et me donner du courage, j’avais bêtement fondu en larmes comme un bébé. Après plus de dix ans à jouer soit sur des pianos minables, soit sur un vieux synthétiseur retapé, laissez moi vous dire que posséder un aussi beau piano à queue, un véritable piano de concert, relevait quasiment du miracle pour moi.

Le premier morceau que je jouai dessus fut bien évidemment celui que j’avais composé pour Samuel et que j’avais joué dans sa chambre le soir où je lui avais avoué que je l’aimais. Il me semblait qu’il s’agissait de la meilleure forme de remerciement que j’aurais pu offrir à Sam. Pour le reste, eh bien… Je l’avoue, je me suis très vite laissé aller à rejouer beaucoup de ce que j’avais appris au conservatoire, constatant avec un plaisir démesuré que je n’avais pas tant perdu que ça. Un peu bien sûr, parce que lorsque l’on atteint le niveau que j’avais autrefois et que l’on ne s’entraîne plus du jour au lendemain, on ne peut que régresser, mais je demeurais assez content de moi. Je n’avais bien sûr plus du tout le temps de m’entraîner comme tantôt mais, que voulez vous, il était toujours très agréable de poser mes doigts sur ces douces touches nacrées, ne serait-ce que pour jouer des berceuses à Lucy lorsqu’elle refusait de dormir. Et les pédales ! J’en avais trois, rien que pour moi, vous vous rendez compte ? C’était tout simplement extraordinaire, à tel point que j’en venais à me demander comment j’avais pu tenir aussi longtemps sur un simple synthé. Néanmoins, lorsque l’on a rien, on se contente de peu. Je m’en rendais également compte lorsque je marchais dans notre maison, réalisant seulement maintenant que nous possédions une demeure pour nous seuls alors qu’auparavant, il fallait absolument tout partager avec près de cent personnes. Cela ne m’avait pas dérangé et s’il fallait le refaire, bien sûr que je le referais, mais c’était tellement agréable d’avoir un peu d’intimité, de vivre avec seulement un petit groupe d’amis, de proches… Et dîner aux heures que nous voulions, selon nos envies, prendre nos douches le matin ou en plein milieu de l’après midi… J’appréciais ce confort, je l’avoue.

Notre vie paraissait donc bien plus simple qu’autrefois, même si nous redoutions les menaces extérieures, ainsi que la découverte de mon père qui aurait sans doute changé beaucoup de choses. Seulement plus les jours passaient, plus je supportais mal les conditions dans lesquelles nous vivions. Je supportais mal ce secret alors, après en avoir longuement discuté avec Sam, je pris la décision de le révéler aux autres habitants de la maison. Pourquoi ? D’une part je refusais de continuer à vivre dans le mensonge, d’autre part, mon père était souffrant… Réellement. Il toussait énormément, et le plus souvent crachait une sorte de purée noire qui m’inquiétait énormément. Le laisser au grenier une semaine de plus, tout en sachant que l’automne arrivait à grand pas, me terrorisait. Alors… Oui, je prenais un gros risque, je le savais, mais j’avais besoin d’au moins essayer. Giulio comme Amarilli étaient deux personnes adorables, quant à Isaac nous étions bons amis, et Lilly, même si elle m’en voulait encore, ne me trahirait pas, j’en avais l’intime conviction. Aussi, après m’être assuré que les jumeaux étaient bien occupés dans leur chambre car je ne voulais pas leur dire la vérité, estimant qu’ils étaient trop jeunes mais également qu’ils feraient trop rapidement le lien entre l’identité de mon père et l’agression de Lucy (lien que je faisais également, même si je me refusais à y penser trop souvent), je priai chacun des habitants de la maison de se regrouper dans le salon. L’anxiété me serra brièvement la gorge avant que je ne me lance :

« Ce que j’ai à vous dire n’est pas très drôle mais je n’ai pas le choix. Il faut que vous sachiez que… Que j’ai fait une bêtise, en quelque sorte. Le genre de bêtise qui pourrait rendre Alexander furieux, et pas que lui d’ailleurs… »

Je marquai une brève pause, cherchant du soutien dans le regard de Sam, avant de reprendre tout en baissant doucement la voix.

« Mais vous avez le choix : Soit vous acceptez d’assumer avec moi cette erreur, soit vous le refusez. Sachez seulement que si ça s’apprend, nous aurons tous de gros, de très gros ennuis… »

Il y eut quelques instants de silence avant que Giulio ne hoche brièvement la tête, me regardant avec inquiétude. Amarilli le suivit avec plus de douceur. Isaac sembla hésiter un moment avant de hocher à son tour la tête, semblant néanmoins beaucoup moins convaincu que les deux premiers. Mon regard se posa alors sur Lilly qui me regardait avec mauvaise humeur, hésitant de toute évidence à me faire le plaisir d’accepter, avant de finalement se décider : Ce ne fut qu’un tout petit mouvement, très bref, très rapide, mais un mouvement d’acceptation. Je soupirai alors, à la fois de soulagement mais également d’appréhension : Ils acceptaient de faire partie de notre secret mais finalement, ils ne savaient pas de quoi il retournait et je craignais qu’ils ne se rétractent brusquement en le comprenant. Cependant, j’eus un léger sourire lorsque Sam se leva, m’embrassant sur le front au passage, avant de monter à l’étage pour, je le savais, aller chercher mon père. Silencieux, j’attendis qu’ils redescendent sans donner le moindre indice aux autres personnes présentes qui me regardaient tout en attendant, je le supposais, que je lève le voile sur le mystère. Je dois bien avouer que même moi, j’eus un léger mouvement de recul lorsque je vis Samuel et mon père entrer dans le salon, le plus malade des deux s’appuyant sur l’autre. Il adressa un bref sourire à l’assemblée qui le regardait comme s’il débarquait tout juste de la planète Mars avant que je ne lâche faiblement :

« Je vous présente mon père. »

Premier choc. Le deuxième survint lorsque j’expliquai comment il était arrivé à Elizabeth Town, cependant aucun ne décida de nous vendre. Ni Giulio, ni sa femme, ni Isaac, ni Lilly qui me lançait pourtant un regard meurtrier ne revint sur sa décision : Tous dans la même galère à partir de… Maintenant. Je n’irais pas jusqu’à dire qu’ils le prirent bien car ils furent réellement choqués mais finalement, au fil des jours, la présence de mon père devint presque normale. Quant aux jumeaux, je leur avais fait promettre de ne rien dire sous prétexte qu’Alexander n’aurait pas eu le temps d’accueillir mon père en ce moment et qu’il ne fallait pas le déranger, or pour qu’Alexander ne l’apprenne pas, il fallait que personne ne soit au courant. Mentir à mes propres enfants m’était difficile, seulement il s’agissait d’une véritable nécessité, d’une obligation. Alors, je finis par leur présenter celui qui pouvait faire office de grand père pour eux même si, pour être franc, je ne pensais pas qu’ils l’appelleraient un jour « papi ». Mon père eut néanmoins les larmes aux yeux lorsque je lui présentai mes enfants même si, pour une raison qui demeurait à mes yeux inconnue et que je ne souhaitais absolument pas éclaircir, il connaissait déjà leurs prénoms avant même que je les lui ai dit. Mais je ne voulais pas savoir. Sa présence changea cependant certaines choses à notre quotidien : Afin que personne ne puisse l’apercevoir de l’extérieur nous fermions toujours les rideaux, voire les volets, et n’invitions également plus personne. Mon père prit mon ancienne chambre puisque désormais je dormais avec Samuel, et Giulio eut la gentillesse de lui prêter beaucoup de vêtements puisqu’ils faisaient à peu près la même taille. Tout le monde se montrait agréable avec lui, tout en sachant d’où il venait, ce qu’il avait fait, et je devais bien avouer que cela m’étonnait mais finalement, nous en revenions toujours au même point : Mon père était une personne très facile à vivre, alors si on faisait abstraction du reste… Enfin, encore fallait-il réussir à faire abstraction, ce qui n’était pas forcément simple.

Plus les jours passaient, plus je m’habituais d’une part à la présence de mon père tout en en étant d’autre part beaucoup moins préoccupé et pour cause : Mon esprit se focalisait entièrement sur une seule autre chose. Nous arrivions au mois d’octobre, or, le cinq était l’anniversaire de nos un an avec Sam. Notre premier anniversaire, comment pourrais-je songer à autre chose ? C’était très important pour moi-même si je n’osais pas en parler à Sam. Quelque part j’étais également curieux de voir s’il allait oublier mais le connaissant, c’était très peu probable. Toujours est-il que l’approche de cet anniversaire me rendait anxieux car, eh bien, je prévoyais de le demander en mariage. Oh je sais, cela pouvait paraître vraiment prématuré mais en réalité, j’y songeais depuis un moment déjà, sauf que j’avais hésité… Longtemps… Je ne savais pas. Nous n’étions en couple que depuis un an et personne ne le savait jusqu’aux dernières semaines alors le demander en mariage, si tôt… Le temps ne nous pressait pas après tout mais je l’avoue, j’en avais réellement envie. J’avais envie de passer ma vie avec lui, construire un véritable foyer, une véritable famille et quelque part, j’étais quelqu’un de très classique. Le mariage faisait partie des piliers d’une vie pour moi, même si beaucoup n’y voyait plus aucun intérêt de nos jours. Sincèrement, je me posais énormément de questions depuis des semaines concernant ce mariage mais après tout, les promesses que nous nous étions faites n’étaient-elles pas similaires à celles du mariage ? L’amour que nous nous portions ne le justifierait-il pas ? Nous nous étions tellement rapprochés depuis que notre relation était officielle… Nous avions beaucoup reparlé de la guerre car je ne voulais pas que ce soit un sujet tabou entre nous et peu à peu, je crois que se confier à moi l’aidait. Il faisait moins de cauchemars, paraissait plus détendu, plus serein. Ou bien n’était-ce qu’une impression ? Me trompais-je sur toute la ligne ? Seigneur, je ne savais vraiment plus quoi penser, aussi, je finis par confier cette envie de mariage à mon père qui aussitôt me regarda avec beaucoup de sérieux. Il s’écoula un long moment de silence avant qu’il n’esquisse un léger sourire et me demande d’aller chercher Samuel. Je demeurais abasourdis quelques instants avant d’obéir, sans réfléchir, me demandant sincèrement ce que mon père mijotait. Je n’avais pas attendu pour lui dire que Samuel et moi étions en couple, qu’à présent j’étais homosexuel et même si je n’avais bien évidemment pas évoqué Natacha, je savais qu’il avait compris. Et il n’avait eu absolument aucune réaction négative, bien au contraire. Il s’est contenté de nous sourire avant de me dire que si j’étais plus heureux comme cela, alors il l’était également. Cependant cela ne m’avait pas réellement étonné : Mon père avait toujours été d’une gentillesse et d’une compréhension extrême à mon égard. J’étais son fils unique, et c’était lui qui m’avait élevé alors je n’aurais pas pu imaginer qu’il me rejette pour cela. Il avait été bien plus heureux lorsque je lui avais présenté Natacha c’est vrai, mais beaucoup de choses avaient changé depuis… Sa mort, mon alcoolisme, la guerre, cette organisation dont il avait fait partie… Me retrouver aujourd’hui et découvrir que j’étais homosexuel et avais deux enfants n’avait pas dû être facile pour lui, aussi ne lui en voulais-je pas pour sa réaction limitée, quoique positive.

Depuis, lui et Samuel entretenait des relations normales même si je ne savais pas exactement ce qu’ils pensaient l’un de l’autre. Alors que mon père demande à le voir subitement me faisait légèrement peur, surtout après que je lui ai confié que je voulais épouser Sam. Sam qui, lui aussi, parut surpris lorsque je lui dis que mon père désirait lui parler un moment. Il vint néanmoins, abandonnant le déjeuner qu’il préparait, et sans même me demander ce que mon père lui voulait monta à l’étage. Je demeurais en bas, appréhendant. Je connaissais trop bien mon père pour savoir qu’en dépit de sa bonne volonté, il ne se montrerait pas sympathique avec l’homme que j’aimais s’il estimait que je ne devais absolument pas l’épouser, bien au contraire. C’était une personne adorable mais lorsqu’il s’agissait de moi, il pouvait tout aussi bien se transformer en véritable rapace, comme son divorce avec ma mère me l’avait prouvé. Mais je connaissais également trop bien Sam pour savoir que si mon très cher père commençait à lui taper sur le système il n’allait pas se gêner pour l’envoyer paître. Alors… Oui, en fait, je m’attendais réellement à les retrouver furieux l’un contre l’autre sans parvenir à apaiser les choses d’une quelconque manière. Les heures qui finirent par lentement s’écouler ne calmèrent pas mes craintes, bien au contraire : Que pouvaient-ils bien fabriquer ? Sam était brièvement descendu pour récupérer leurs deux assiettes et sans m’expliquer quoi que ce soit était remonté, me laissant de plus en plus perdu. Au bout de plus de quatre heures je ne tins plus et montai à l’étage, frappant doucement à la porte de mon père tout en tendant l’oreille afin d’appréhender des cris ou des injures. Pourtant lorsque j’entrai, je trouvai Samuel affalé sur un fauteuil près du lit de mon père, tout deux littéralement morts de rire. D’accord… Alors j’avais très sérieusement loupé un épisode. Se rendant compte de ma présence ils finirent par cesser de rire, je m’assis alors lentement sur le bras du fauteuil dans lequel Sam s’était installé et les observai en silence. Mon père m’adressa un sourire encore empli de rires avant de déclarer doucement :

« Je lui racontais la fois où tu t’es brossé les dents avec du savon et la peine que j’ai eu à te calmer alors que tu pleurais toutes les larmes de ton corps en croyant que tu avais la rage, à cause des bulles. »

Me détendant immédiatement, je soupirai, avant de lever les yeux au ciel.

« Tu lui racontes toutes mes bêtises depuis plus de quatre heures ? »

Il haussa les épaules tout en souriant, n’apportant finalement aucune réponse à ma question. A présent, je savais néanmoins qu’ils ne s’étaient pas étripé. C’était déjà ça…Quelques instants plus tard Sam se leva, m’embrassa et déclara qu’il devait retourner à la bibliothèque avant de sortir de la pièce, non sans avoir adressé un sourire radieux à mon père. Maintenant, les explications. Je lançai un regard empli de sens à mon père avant d’hausser un sourcil, m’installant à mon tour dans le fauteuil. Il reprit alors le livre qu’il avait posé sur la table de chevet et le posa sur son torse avant de me regarder de nouveau. Les paroles qu’il prononça m’étonnèrent même si, finalement, je n’apprenais rien : Il me dit que Sam était un bon garçon, une personne de toute évidence honnête, bien éduquée… Et surtout qu’il m’aimait profondément. Je ne pu m’empêcher de sourire bêtement tout en baissant les yeux, à la fois touché et légèrement gêné. Quelques secondes s’écoulèrent avant que mon père ne déclare finalement que je devais refaire ma vie et que si Samuel m’apparaissait comme la bonne personne pour cela, il ne fallait pas que j’hésite. Je fronçai doucement les sourcils. Il me parlait de lui comme s’il le connaissait très bien et comme si moi aussi il me connaissait parfaitement mais finalement, il ignorait beaucoup. Il ne savait pas plus que moi si c’était un bon choix, ou non, me poussant tout de même à le faire. Je ne comprenais pas vraiment son attitude. Et je compris encore moins la soudaine gêne qu’il sembla éprouver lorsque je demandai ce qu’il pensait du fait que je sois homosexuel, le priant d’être honnête. Il n’était pas obligé de faire semblait pour ne pas froisser Sam ou me faire de la peine : Je voulais réellement savoir ce qu’il ressentait.

« Eh bien… J’aurais préféré que tu veuilles épouser une femme, je l’avoue. J’aurais aimé me reconnaître dans les traits de mes petits enfants, et avoir une belle fille sympathique mais… Je sais, Liam. Je sais très bien pourquoi tu n’es pas avec une femme aujourd’hui, alors je ne veux pas te blâmer. Je ne veux pas te dire que ça me fait de la peine, et d’ailleurs ça ne m’en fait pas : C’est ta vie, et je suppose que ces choses ne se contrôlent pas. Alors… Tu vas épouser un homme, élever tes enfants adoptés et c’est très bien. L’important pour moi reste que tu sois heureux : Un homme, une femme, un chien, tu aimes qui tu veux ! L’important est que tu sois heureux. »

Les encouragements de mon père me poussèrent à songer plus sérieusement au mariage encore. Après tout il avait raison, ce mode de vie me rendait heureux, ce qui était de loin le plus important, cependant… Je n’osais pas imaginer quel impact aurait un refus sur notre relation. Si Sam ne désirait pas m’épouser cela ne ferait rien, je ne lui en voudrais pas, mais je craignais que certaines choses ne finissent pas changer tout de même. Et si je gâchais tout à cause de m’en envie d’en avoir plus ? Je passais encore quelques jours à me questionner avant de me jeter à l’eau, sur un bête coup de tête, décidant de ne plus réfléchir : Plus je réfléchissais, et moins j’y voyais clair. Alors, un matin où je me trouvais dans la cuisine avec Sam qui faisait la vaisselle, je pris la décision de non seulement le demander en mariage mais de plus le faire pour notre anniversaire. Malheureusement, je ne possédais absolument aucune bague de fiançailles et ne savais où pouvoir m’en procurer une même si en réalité, je la lui avais déjà offert. Seulement, comment la récupérer pour lui faire ma demande ? Lui demander sa main sans pouvoir y passer la moindre bague me paraissait ridicule alors… J’allais devoir récupérer celle que je lui avais déjà offerte, tout en préservant le secret. Quitte à lui faire de la peine. Ce jour là, j’attendis un long moment sans le quitter des yeux, espérant qu’il s’éloignerait à un moment ou à un autre de l’évier pour que je puisse récupérer sa bague, qu’il retirait uniquement lorsqu’il s’occupait de la vaisselle. C’était lâche, mais la lui demander carrément aurait été encore pire. Finalement, j’eus beaucoup de chance. Sans réellement prêter attention à moi il s’essuya les mains dans un torchon puis attrapa la poubelle et la sortit, sans avoir remit sa bague au préalable. Aussitôt, je bondis vers l’évier, pris la bague et la cachait dans ma poche, puis allai me rasseoir comme si de rien n’était. Seigneur… Je détestais cela. Je détestais lui voler sa bague mais c’était pour une bonne cause, n’est ce pas ? Je soupirai avant de reporter mon attention ou du moins faire semblant sur ma tasse de café. Pour la bonne cause…

Malheureusement, lorsqu’il revint et voulu remettre sa bague, ne la trouvant pas, j’eus du mal à faire fasse à la crise. Il chercha au début dans toute la cuisine, commençant à paniquer, avant de presque vider tous les tiroirs et les placards sous mes yeux. Le pire, c’était que je devais faire comme si j’étais inquiet, comme si j’espérais qu’il allait la retrouver alors que je savais très bien que ce n’était pas le cas. Je ne savais pas mentir mais il paraissait tellement affolé qu’au final il ne dut pas s’en rendre compte, finissant par ouvrir le siphon de l’évier afin de vérifier qu’elle n’était pas tombée dans les canalisations. Sauf qu’au bout d’une heure de recherches, elle demeurait toujours dans ma poche et lui… Eh bien il se sentait visiblement de plus en plus mal, et cela me brisait le cœur. Faiblement, je finis par lui dire que cela ne faisait rien, que je pourrais lui en offrir bien d’autres et que ce n’était qu’un objet après tout mais rien n’y fit. Au contraire, il finit même par en pleurer, sans pour autant continuer de chercher, élargissant ses recherches à l’échelle de la maison entière. J’en avais la nausée, mais ne dis rien. J’aurais pu la sortir de ma poche, la lui rendre et lui expliquer mais je n’en eus pas le courage. J’étais un monstre… Je lui faisais du mal inutilement… Seulement, lorsque je repensai à cette pseudo demande sans bague, je parvins à trouver la force pour conserver mon silence. J’allais lui demander de m’épouser et, dans tous les cas, je lui rendrais la bague. Il ne s’agissait plus que de l’affaire de quelques jours à présent.

Quelques jours durant lesquels il fut particulièrement morose en dépit de tous mes efforts pour le consoler. En attendant le cinq, j’avais confié la bague à mon père tout en sachant que nulle autre cachette ne serait plus sûre afin que Sam ne tombe pas dessus par hasard. Puis, j’ai commencé à m’interroger quant à mon cadeau d’anniversaire. Je supposais que Sam n’aurait pas été vexé que je ne lui en offre pas mais finalement, j’en avais très envie. En réalité je savais déjà ce que j’allais lui offrir mais il allait me falloir du temps pour mettre ceci au point, seulement du temps, je n’en avais pas tellement. La journée je m’occupais essentiellement des jumeaux ainsi que de mon père qui toussait toujours comme un vieux pot d’échappement même s’il allait déjà beaucoup mieux. Entre tout cela, il ne me restait plus que les soirées pour m’atteler à la confection de mon cadeau mais le soir, Sam était là et je tenais à ce que ce soit une surprise. Aussi finis-je par me relever la nuit, attendant qu’il soit parfaitement endormis pour descendre à la cuisine, me préparer des litres de café et prendre mon synthé, ainsi que quelques feuilles. J’aurais préféré composer sur le piano qu’il m’avait offert mais ce n’était pas possible : Le bruit aurait réveiller toute la maison, tandis que je pouvais brancher une vieille paire d’écouteurs sur le synthé. Je travaillais sur plusieurs morceaux durant des nuits entières avant de les recopier soigneusement, à l’encre, sur de véritables partitions que j’avais pris soin de tracer et les relier dans un cahier. A ce cahier, j’ajoutai quelques dessin de Lucy dont le premier où avait figuré Sam à nos côtés, ainsi qu’une petite lettre que m’avait écris Lucas après que je les ai récupéré à l’infirmerie le jour où sa sœur avait manqué d’être enlevée. Il avait beaucoup changé… Il était plus calme, plus sérieux, et cette lettre, malgré ses fautes d’orthographes adorables, avait bien failli me faire pleurer. Il m’y disait qu’il était heureux que je m’occupe de nouveau d’eux, et parlait même un peu de Sam qu’il trouvait gentil même si « ce n’était pas la même chose ». Pour le moment, mais tout ceci rentrerait dans l’ordre bientôt. Toujours est-il que lorsque mon cahier fut fini, je m’interrogeai longtemps avant de finalement graver sur la couverture et sur la reliure un grand I. Le livre I de notre histoire, pour la première année de notre relation.

Il s’agissait d’un cadeau assez spécial mais j’avais tendance à penser qu’il ferait plaisir à Sam. Mes différentes compositions racontaient en réalité toute cette première année, du premier morceau que je lui avais joué, en passant par ma maladie (le morceau le plus long et sans doute le plus triste), l’attaque des Hors la loi, notre éloignement, mon alcoolisme… Tout y était. Nos retrouvailles également. J’espérais réellement qu’ils lui plairaient et si tel était le cas, sans doute ferais-je la même chose l’année prochaine : Le livre II. Je nous imaginais déjà les feuilleter, lorsque nous serons vieux et n’aurons plus de dents. Au moins était-ce un souvenir, n’est ce pas ? De plus, écrire et composer m’avait fait du bien, surtout par rapport aux thèmes que j’avais évoqué. Pouvoir coucher tout cela sur papier, utiliser les notes comme manière de se libérer de ces vieux fantômes demeurait à mes yeux la meilleure manière d’écrire. Avec de vrais sentiments, qu’ils soient tristes ou heureux d’ailleurs car tous mes morceaux ne donnaient pas envie de pleurer, bien au contraire. Celui des retrouvailles était particulièrement joyeux et entraînant, par exemple. Enfin… Au moins avais-je un cadeau à lui offrir, et pour le reste… Eh bien nous verrons bien assez tôt ce qu’il en pensera car figurez-vous que le cinq, c’était demain.

Le trac me gagnait au fil des heures. Demain. Déjà. Comme le temps passait vite… Je n’avais quasiment pas eu le temps de souffler depuis quelques mois, entre mon père, les jumeaux, Sam… Et pourtant nous y étions : Demain je le demandais en mariage. Il ne fallait pas que je flanche, surtout pas. Je me demandais toujours s’il y penserait car nous n’en avions finalement pas du tout parlé, et peut-être que pour lui les dates ne signifiaient pas grand-chose. Comment pouvais-je savoir ? C’était très déconcertant, surtout que je ne serais pas là de la journée demain. Manque de chance, il s’agissait justement du jour où Aaron avait prévu de me remettre au travail, ayant remarqué que ma santé s’était beaucoup améliorée. J’avais toujours, parfois, des envies de boire subites mais le plus généralement cela passait, il suffisait que je repousse sérieusement cette idée pour qu’elle disparaisse. J’avais également repris beaucoup de poids même si je pesais toujours moins qu’avant ma maladie, ce qui au final ne me dérangeait guère. Tant que je ne ressemblais pas à un véritable squelette, ça m’allait. Toujours est-il qu’Aaron m’avait demandé de me lever vers les trois heures du matin afin d’assurer premièrement un tour de garde à la sécurité, puis, une fois que ce tour serait passé, d’aider les habitants des maisons taguées à nettoyer ces maudits graffitis. Si la première tâche ne me dérangeait pas, je devais bien avouer que la deuxième me mettait mal à l’aise, me faisant obligatoirement penser à mon père. Mais je n’avais pas le choix, aussi me levai-je peu avant l’heure prévue, me glissant hors du lit le plus silencieusement possible afin de ne pas réveiller Sam, puis descendis boire un rapide café avant de sortir. Quelque part, pouvoir faire quelque chose d’utile pour la communauté me faisait du bien, me faisait plaisir, d’autre part je devais bien avouer que la sécurité n’était pas mon domaine préféré. J’avais froid, sommeil, et n’y voyais absolument rien. Les heures s’écoulèrent tout de même sans qu’aucune menace ne soit repérée ce jour là puis, comme prévu, j’allai aider à nettoyer les maisons, déjeunant avec Aaron. J’avais prévenu Samuel de mon retard pour dîner mais là… Je ne savais vraiment pas à quelle heure j’allais pouvoir rentrer. Il y avait tant de maisons tagguées, et mis appart repeindre les façades nous ne pouvions pas y faire grand-chose, ce qui prenait du temps. Néanmoins, je me sentais dans l’obligation d’aider un minimum ces personnes affolées, paniquées à la vue des menaces : Tout en hébergeant une des personnes qui les rendaient folles de peur, je ne pouvais décemment les laisser se débrouiller bien que le paradoxe soit tout de même bien présent. Trop présent.

Il était 22 heures passées lorsqu’enfin, je passai la porte de ma maison tout en soupirant puis me déshabillait. Une douce odeur de nourriture se répandait dans la maison, me faisant sourire. Il me semblait avoir entendu quelques bribes de conversations entre Samuel et les différents habitants de la maison concernant ce soir mais malheureusement, ils s’étaient toujours tus lorsque je m’approchais d’eux pour mieux entendre. Présumant une surprise, je n’avais d’ailleurs pas questionner Sam, même si à présent je me doutais du sujet de leurs conversations : La maison était vide. Tout d’abord, il était absolument impossible d’entrer ici sans entendre Giulio parler très fort en italien ou rire, or il n’y avait absolument aucun bruit mis appart venant de la cuisine. Ensuite, si tous les habitants de cette maison avaient été présents, ils auraient dîné depuis bien longtemps déjà. Je supposais donc que les adultes devaient passer la soirée chez d’autres personnes et quant à mon père et les enfants, sans doute couchés depuis bien longtemps. Avec un petit sourire, je m’avançai finalement vers la cuisine et jetai un petit coup d’œil, trouvant Sam devant les fourneaux, visiblement très occupé. Il n’avait pas oublié… Ou alors il s’était, comme par hasard, mis sur son 31 un soir où nous nous retrouvions étrangement seul et nous préparait un dîner qui avait tout l’air délicieux. Finalement, je montai à l’étage sur la pointe des pieds, évitant de manifester ma présence tant que je n’aurais pas pris une petite douche, mal nécessaire étant donné la journée que je venais de passer. Je ne m’éternisai cependant pas, farfouillant déjà dans mes tiroirs afin de me trouver des vêtements corrects tout en sachant pertinemment que je n’avais absolument aucun goût vestimentaire. Une simple chemise blanche et un pantalon noir firent donc l’affaire. Puis, toujours à pas feutrés, je me glissai dans la chambre de mon père qui lisait dans son lit afin de récupérer la bague que je mis dans un écrin avant de le ranger dans ma poche. Il me souhaita bonne chance, ainsi que de passer une bonne soirée, avant que je ne quitte sa chambre pour passer brièvement dans celle des jumeaux. Ils dormaient, aussi fis-je le moins de bruit possible en allant les embrasser doucement, puis revins en fermant tout doucement la porte. Voilà, nous y étions. Le soir de notre anniversaire, le soir de ma demande en mariage. Mon cœur battait de plus en plus vite ; J’avais peur. Peur d’être mal habillé, de gâcher la soirée, qu’il refuse de m’épouser, que mon cadeau soit médiocre. Oh, mince, mon cadeau ! J’avais déjà failli oublier quelque chose.

Lorsque je descendis finalement, mon cahier soigneusement enveloppé dans un joli tissu de velours noué par un ruban, ersatz au papier cadeau que je n’avais pas trouvé, je me dirigeai finalement vers la cuisine et le posai sur la table avant de m’avancer doucement vers Sam, qui ne semblait toujours pas m’avoir vu. En même temps, je ne savais pas combien de casseroles il surveillait, mais il avait du mérite. Finalement, je glissai mes mains sur son torse tout en le serrant contre moi avant de poser ma tête sur son épaule et embrasser doucement sa joue. Ma voix ne fut qu’un murmure :

« Bonsoir mon amour… Joyeux anniversaire. »

Nos lèvres s’étirèrent en un sourire semblable avant qu’il ne se tourne légèrement vers moi et que je ne l’embrasse tendrement. A présent que je me trouvais dans cette cuisine, tout contre lui, je ne ressentais plus réellement d’appréhension. J’étais seulement heureux. Nous allions pour la première fois pouvoir passer une soirée en tête à tête, sans enfants, ni père, ni amis, fêter notre anniversaire dans la plus grande intimité et profiter à loisir l’un de l’autre. C’était tout simplement merveilleux. Je me sentais d’ailleurs tellement bien que je me laissai aller, glissant cette fois mes lèvres dans le cou de Samuel alors qu’il s’était remis à la cuisine et y déposai de lents baisers, remontant derrière son oreille. Je le serrai un peu plus contre moi.

« Tu sais que j’adore quand tu fais la cuisine ?... Ca me donne vraiment très, très envie de toi… »

Dis-je dans un murmure, continuant de l’embrasser sensuellement dans le cou. Nos relations sexuelles avaient elles aussi beaucoup évolué si bien qu’à présent, je ne me sentais plus le moins du monde mal à l’aise par rapport à cela. J’adorais faire l’amour avec lui et très sincèrement, il n’y avait rien de mal à cela puisque je l’aimais, voulais l’épouser, passer ma vie avec lui. Et il était tellement doux avec moi… Alors oui, j’assumais parfaitement mon envie de lui même si pour le moment, ce n’était pas tout à fait le sujet. Aussi finis-je par me reculer doucement, glissant néanmoins une main relativement discrète sur ses fesses avant de finalement retourner dans la salle à manger lorsqu’il m’annonça qu’il allait servir l’entrée. Sans protester je m’assis, souriant tout en observant la table magnifique qu’il avait dressé pour nous, et encore plus largement lorsqu’il déposa finalement une assiette devant moi, avant de s’asseoir face à moi.

« C’est magnifique. »

Et encore, je pesais mes mots. Pour peu, on aurait presque pu se croire au restaurant tant Sam cuisinait bien et de toute évidence, il avait également fait de gros efforts pour ce soir. Cette fois, je sentis de nouveau le trac me serrer la gorge. Il avait fait beaucoup d’efforts pour que cette soirée soit parfaite, et moi… Moi j’allais peut-être tout gâcher. Je ne devais cependant pas y penser, pas pour le moment, sans quoi j’allais réellement tout gâcher, du début jusqu’à la fin. Pour le moment il ne s’agissait pas de demande en mariage mais de notre anniversaire, de nos un ans, et je voulais en profiter. Je voulais passer cette soirée merveilleuse avec lui sans me préoccuper de sa fin. Alors, tout en éloignant les tristes pensées qui m’assaillaient, je fis l’effort de me concentrer sur lui, sur nous, sur ce repas merveilleux. Je lui racontais ma journée tout en savourant ses délicieux petits plats, lui parlais des personnes que j’avais vu, des amis dont j’avais pris des nouvelles. Le temps fila si vite que j’eus un léger sursaut lorsque Samuel me proposa de prendre le dessert. Déjà ? Il faut dire que depuis une demi heure déjà, nous discutions tout en nous tenant la main devant nos assiettes vides et il devait déjà se faire tard. J’esquissai alors un petit sourire forcé tout en acquiesçant. Le dessert, oui… Et ma demande en mariage… Cette fois, j’eus beaucoup de mal à conserver un sourire serein tandis qu’il reprenait nos assiettes et se dirigeai vers la cuisine, sentant l’angoisse monter doucement en moi. J’avais beau y penser depuis des semaines, je ne me sentais pas prêt pour autant. Les quelques fois où je m’étais entraîner à dire ces quelques mots devant un miroir, je m’étais apparu comme ridicule, grotesque, et… Et j’avais peur, tout simplement. Qu’il refuse, qu’il me repousse, mais également de mal m’y prendre… De bafouiller ou que sais-je… Je n’eus malheureusement pas le temps de me préparer plus que cela puisqu’une minute après à peine, Sam revint avec dans les mains mon cadeau que j’avais abandonné dans la cuisine, un sourire plein de curiosité étirant ses lèvres. Assez brutalement, je me rendis compte que je tremblais. Seigneur… Je n’allais pas y arriver… Je n’allais pas pouvoir le faire… Je finis par déglutir et, reprenant le plus contenance possible, me contentai d’un sourire timide. Pour le moment, je ne pouvais malheureusement faire beaucoup mieux.

« J’ai prévu deux cadeaux pour toi ce soir… Un pour notre anniversaire, celui que tu tiens, et un autre mais… Je ne sais pas. Il n’y a pas de papier à déballer pour l’autre. »

J’eus un rire légèrement nerveux alors qu’il se rasseyait face à moi, observant mon cahier toujours emballé avec une certaine curiosité. De mon côté, je ne pouvais m’empêcher de le regarder avec tout l’amour du monde, pensant que je ne me trompais pas. C’était lui. Je l’aimais plus que je n’avais jamais aimé personne, même pas Natacha… Je l’aimais plus que tout au monde. Tout. Sans lui, je ne pouvais pas être heureux et d’ailleurs, à chaque fois que je me sentais mal, à chaque fois que j’éprouvais un peu de tristesse, c’était toujours lui qui me consolait. Lui qui parvenait à finalement me faire rire et penser à autre chose. Sans sa présence, sans les jumeaux, que serais-je ? Ils étaient les personnes les plus importantes à mes yeux et oui, j’avais envie d’épouser Sam… J’avais envie de passer cette bague à son doigt mais pour d’autres raisons… Envie qu’il soit mon époux, et pas seulement mon petit ami ou mon conjoint aux yeux des autres. Je le considérais de toute manière déjà comme mon époux, comme le seul avec lequel j’avais envie d’être. Alors j’allais lui demander, quitte à y laisser des plumes, quitte à gâcher cette soirée et peut-être le reste de notre relation mais j’avais besoin de lui demander. Et qui sait ? Peut-être qu’il acceptera. Peut-être qu’il sera heureux, qu’il m’épousera et que nous serons encore plus proches. La seule manière de le savoir restait de lui demander alors, lentement, je finis par me lever et contourner la table, m’approchant de lui. Là, je glissai mes doigts sous son menton afin de lui faire relever le visage vers moi puis me penchai, l’embrassant. Ce baiser dura quelques instants avant que je ne me recule et le regarde tendrement, un fin sourire étirant mes lèvres. Mon cœur battait de nouveau à tout rompre mais je ne l’écoutais pas, refusant de me laisser submerger par l’angoisse. J’eus alors l’impression de voir la scène comme de l’extérieur, au ralenti, ne me rendant finalement pas réellement compte de ce que je faisais. Doucement, je posai un genoux à terre à côté de lui puis sortis l’écrin de la bague, l’ouvrant d’une main tremblante. Je l’observai quelques instants avant de la lui présenter et, d’une voix que je voulu la plus assurée possible, me jetai dans le vide.

« Samuel, veux-tu m’épouser ? »

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MessageSujet: Re: I'm on The Edge of Glory, and I'm hanging on a moment with You.   Lun 14 Nov - 18:54

J'avais du mal à y croire. Après tout ce que nous avions traversé, après les difficultés, les épreuves qui nous avaient tant parues insurmontables, nous en étions là. Nous étions enfin heureux. Heureux... Mais quand on y réfléchissait, ce bonheur était largement mérité parce que nous nous étions battus pour en arriver là, nous n'avions pas abandonné. Enfin, à un moment donné, lui comme moi avions abandonné mais finalement, nous avions réussis à nous retrouver et depuis, nous ne quittions plus, plus du tout même et pour cause : Notre relation était enfin devenue officielle. Je n'avais pas mis la pression à Liam par rapport à cela même si les gens qui vivaient avec nous dans la maison étaient au courant en dehors des jumeaux, je n'avais pas voulu le forcer à apparaître en couple aux yeux de tous les autres, des habitants de la ville et pourtant... Tout cela avait commencé par le moment où Liam avait décidé de l'annoncer aux jumeaux. J'avais réellement peur de leur réaction, peur qu'ils me rejettent en bloc même s'ils m'appréciaient... J'avais peur que pour eux, ce soit trop difficile à accepter, après tout, ils étaient encore jeunes et cela aurait pu arriver surtout après ce qui était arrivé à Lucy, mais ils avaient été incroyables. Je n'en avais pas parlé directement avec eux par la suite mais après leur avoir annoncé notre relation, ils ne nous avaient pas rejetés et ils avaient continués à être eux-mêmes, ils n'avaient pas changé, pas même vis à vis de moi. J'imaginais qu'au fond d'eux, l'idée faisait son petit bonhomme de chemin et puis voir Liam heureux devaient leur faire énormément de bien. Il avait été tellement mal, il leur avait tant manqué... Mais à présent qu'ils avaient retrouvé leur père, ils se sentaient beaucoup mieux et cela avait sans aucun doute beaucoup joué dans leur réaction plutôt positive. Moi, de mon côté, j'étais l'homme le plus heureux du monde. Même si je n'avais jamais voulu mettre la pression à Liam, j'avais rêvé de ce moment où nous allions pouvoir nous aimer sans nous cacher aux yeux des autres et plus particulièrement aux yeux des jumeaux. J'avais rêvé ce moment où j'allais faire partie de leur vie. Bon, il était clair qu'ils ne me voyaient pas encore comme un père mais je faisais tout pour en être un à leurs yeux et j'avais bon espoir qu'avec le temps, ils finissent par me voir comme tel. Oui, j'avais bon espoir. Cela étant, même si nous avions enfin réussi à trouver un bon équilibre, d'autres difficultés avaient fait leur apparition ou plutôt une difficulté, et pas des moindres : Le père de Liam.

Oui, son père.

Il avait débarqué un soir, et avait failli y passer. En fait, ce soir-là avait été le premier soir où Liam avait accepté de dormir auprès de moi dans notre lit depuis le début de son sevrage, un sevrage qui se passait de mieux en mieux ce qui me rendait aussi particulièrement heureux car j'étais de plus en plus certain que Liam allait véritablement réussir à s'en sortir. Toujours est-il que ce soir-là, un type avait débarqué dans notre chambre. Un type vêtu de noir comme ceux qui sévissaient en ville depuis quelques temps et qui étaient responsables de tant de malheurs. Il avait fait tomber une lampe en pénétrant dans notre chambre et cela nous avait réveillé. J'avais allumé la lumière et ni une, ni deux, je m'étais jeté sur lui : Hors de question qu'il s'en prenne à Liam ou aux jumeaux. J'avais beau travailler sur le contrôler de la violence qui vivait au fond de moi, à ce moment-là, je ne m'étais pas retenu, je ne m'étais pas contrôlé : Il s'agissait des personnes que j'aimais le plus au monde et si je devais tuer cet homme pour les protéger, je n'allais pas hésiter. Je lui en avais décroché un sévère en plein visage et il s'était écroulé par terre mais je n'avais pas eu l'intention d'en rester là. Cependant, Liam m'en avait empêché et m'avait annoncé de but en blanc qu'il s'agissait de son père. J'en avais été tellement choqué que j'avais eu besoin de m'asseoir sur le lit, sentant mes jambes me lâcher. Oui, ça avait été un véritable choc de découvrir que le père de Liam faisait partie de cette « organisation », qu'il était aux côtés des gens qui avaient déjà fait tant de mal dans notre ville. J'étais resté assis sur ce lit, avait observé Liam s'approcher de son père et l'aider à se relever étant donné que j'avais mis toute ma force dans mon coup de poing. En fait, à ce moment-là, il aurait fallu que je sorte et que j'aille chercher Alexander pour lui dire que nous avions réussi à mettre la main sur l'un de ces types même si en réalité, c'était plutôt lui qui nous avais mis la main dessus, mais je ne l'avais pas fait. J'avais regardé Liam qui était resté silencieux avant de décider de faire monter son père dans le grenier, ce fameux grenier où il avait lui-même séjourné pendant un moment. Je l'avais aidé à l'installer puis, Liam et moi étions redescendus dans notre chambre où nous étions restés un long moment silencieux. Puis, j'avais fini par lui poser la question : Que voulait-il faire ? Je n'avais pas eu besoin d'être plus précis, il avait parfaitement compris où je voulais en venir et il m'avait dit qu'il ne voulait pas que nous dénoncions son père, et j'avais accepté sans l'ombre d'une hésitation. Pour Liam, et rien que pour lui. Même si c'était dans des circonstances étranges et difficiles, il avait retrouvé son père et je n'avais pas le droit de le trahir, pas si l'avoir auprès de lui le rendait heureux.

J'avais donc gardé le silence et je n'avais pas non plus posé de questions. Et puis, finalement, son père s'était installé dans notre quotidien bien que nous le cachions aux yeux des autres. Liam était encore en plein sevrage si bien que ce fut moi qui m'en occupa le plus. Il avait beau être l'un des hommes qui semaient la terreur, il avait était avant tout pour moi le père de Liam et tant que tel, je me devais de m'occuper de lui et de le respecter. Qui plus est, plus que je le cotoyais, moins je comprenais ce qu'il avait pu faire auprès de ces enfoirés car, visiblement, il n'en était pas un, mais alors pas du tout... Il avait réellement l'air d'être un homme bien et plus j'y réfléchissais, plus j'étais persuadé que cette nuit-là, quand il avait débarqué alors qu'il était dans un état de faiblesse assez inquiétant, il n'était pas venu pour enlever les enfants ou tuer quelqu'un : Il était venu pour demander de l'aide, un toit, une protection, ce que nous lui apportions et ce que je n'avais pas l'intention de lui retirer. Il nous aurait pourtant fallu des réponses et il aurait peut-être pu nous en donner mais ce n'était pas à moi de lui poser des questions. C'était éventuellement à Liam de le faire mais s'il préférait éviter le sujet, je n'allais pas le forcer à essayer de faire parler son père. Et puis, en réalité, j'avais tout autre chose en tête, une difficulté qui m'était propre et que je devais gérer : Le cadeau de Liam pour fêter la fin de son sevrage. Il allait être bientôt sorti d'affaire et je m'étais mis en tête de lui ramener un magnifique piano à queue qu'Ari et moi avions trouvé lors d'une de nos excursions pour trouver des livres. Cependant, Ari n'avait pas voulu le ramener et de toute façon, nous n'aurions pas pu et j'avais eu beau me creuser la tête, je n'avais pas trouvé de moyen de pouvoir déplacer un tel piano jusqu'à notre maison. J'avais finalement décidé d'aller en parler à la seule personne que je connaissais et qui avait en général de bonnes idées en matière de construction : Aaron. Il était architecte, il était capable de créer, de donner forme aux choses sur papier pour des maisons alors il allait bien être capable de me trouver un moyen de ramener le piano, non ? Et, même s'il était encore plus grognon que d'habitude, il accepta de m'aider et ne tarda pas à trouver la solution. Ca n'allait pas être facile pour Ari et moi, ça allait être fatigant mais au moins, c'était faisable. Bon, j'avais donc dû promettre à Ari de lui faire tout plein de bon petits plats en échange de son aide et finalement, nous nous étions retrouvés une nouvelle fois dans cette maison où trônait le piano. Autant être honnête : Nous nous sommes littéralement cassé le dos à essayer de le poser sur l'immense planche à roulettes qu'Aaron nous avait fabriqué, à laquelle il avait attaché des cordes solides pour que nous puissions la traîner jusqu'à la maison. Ca avait difficile, extrêmement difficile, et carrément épuisant mais nous avions réussi et j'avais pu faire ce magnifique cadeau à Liam. Quand il l'avait découvert, il avait tout simplement fondu en larmes mais cela ne m'avait pas fait de mal car j'avais bien compris qu'il s'agissait de larmes de joie. J'avais adoré le regarder prendre son temps pour accorder le piano et j'avais surtout adoré quand il avait joué le morceau qu'il avait composé pour moi. Je n'y connaissais pas grand chose en musique mais la différence de son entre le synthétiseur et ce piano était plus flagrante et j'en eus des frissons de plaisir tant c'était magnifique.

Il était magnifique. Mon homme. L'homme de ma vie.

Ce bonheur n'empêcha cependant pas Liam de vite repenser à son père dont l'état empirait : Il était malade et cela inquiétait Liam, tout comme cela m'inquiétait également. Et puis ce secret le pesait de plus en plus au quotidien, je m'en rendais compte. Il était de plus en plus tendu aussi, quand il m'annonça qu'il voulait me parler de son père, je m'installai auprès de lui et l'écoutai attentivement. Il m'expliqua qu'il souhaitait dire la vérité aux autres habitants de la maison, en dehors des jumeaux bien entendu. La discussion fut longue car je n'étais vraiment pas persuadé que c'était la bonne chose à faire. Je comprenais les raisons du souhait de Liam et au fond j'avais les mêmes car laisser son père au grenier vu l'était dans lequel il était risquait fortement de compromettre encore plus son état de santé mais mettre les autres dans la confidence... Eh bien, malgré l'affection qu'ils pouvaient nous porter à tous les deux, c'était prendre le risque qu'ils ne décident de dénoncer son père. Cependant, Liam était prêt à prendre le risque alors, j'allais le soutenir comme je l'avais toujours fait. Laissant les jumeaux jouer dans leur chambre, il demanda à tous les habitants de la maison de se regrouper dans le salon. J'étais assis auprès de Liam, lui apportant mon soutien par ma présence, ne pouvait rien faire de plus que c'était à lui de parler aux autres et d'expliquer la situation. Il mit quelques instants avant de trouver la force de parler et de leur annoncer qu'il avait fait une bêtise, ce qui n'était pas tout à fait vrai même si ce qu'il avait fait... Non, ce que nous avions fait était risqué, je ne voyais pas cela comme une bêtise. Il releva brièvement son regard vers moi et d'un bref geste de la tête accompagné d'un sourire rassurant, je l'encourageai à continuer. Il leur expliqua finalement qu'ils avaient le choix et qu'ils pouvaient soit assumer son « erreur », soit refuser mais que si c'était le cas, nous allions au devant de gros ennuis. Il y eut un long silence mais au fur et à mesure, chacun hocha positivement la tête, acceptant ainsi de partager le secret et de ne pas le révéler. C'était déjà un premier pas et pas des moindres. Je me levai alors avant de déposer un tendre baiser sur le front de Liam et de quitter le salon avant de me rendre au grenier. Une fois auprès du père du Liam, je lui annonçai que les habitants de la maison avaient décidé d'accepter de nous soutenir et qu'il était temps pour lui de les rencontrer. Je le soutins pour l'aider à descendre du grenier mais également tout le long du chemin car il était incapable de marcher seul tant il était faible. Il avait beau être faible, je le sentais cependant extrêmement crispé, mais il y avait de quoi l'être. Personne ne pouvait prévoir la réaction des autres quand ils allaient le rencontrer malgré leur accord de garder le secret. Finalement, nous arrivâmes au salon et je gardai le père de Liam près de moi, le soutenant toujours afin qu'il puisse se tenir debout. Liam lâcha ensuite la bombe qui risquait de nous expliquer à la figure : « Je vous présente mon père. ». Il continua sur sa lancée et expliqua comment son père était arrivé à Elizabeth Town et nous fûmes soulagés de voir qu'aucun de nos compagnons ne changea d'avis, même si Lilly semblait furieuse. Non, aucun ne revint sur sa promesse et c'est ainsi que nous fûmes tous liés par ce terrible secret. Un secret qui allait cependant peser beaucoup moins lourd à présent qu'il était partagé avec le reste des habitants de la maison. Y compris les jumeaux puisque Liam ne tarda pas à leur présenter son père en trouvant les bons mots pour les inciter à garder le silence sur sa présence.

La vie dans la maison fut ensuite à la fois plus simple et plus étrange. Nous vivions les rideaux et les parfois même les volets fermés, plus personne n'était invité à la maison, bref, c'était comme si nous étions tous en quarantaine mais personne ne changea d'avis pour autant, ils se montrèrent même agréables avec lui, et je savais qu'ils ne le faisaient pas pour le père de Liam, mais pour Liam lui-même. De mon côté, j'appris un peu plus à le connaître et j'eus la confirmation qu'il ne semblait vraiment pas être un homme mauvais. De plus, il était vraiment facile à vivre. Puis, Liam décida de lui annoncer que nous étions en couple. Je n'avais personnellement pas peur de la réaction de son père mais je comprenais l'appréhension de Liam : Un « coming out » auprès de sa famille est toujours une épreuve difficile et si cela s'était bien passé avec les jumeaux, cela pouvait être très différent avec son père. Cependant, son comportement vis à vis de moi ne changea pas après cette annonce, bien au contraire. En fait, on peut même dire que notre relation faisait son bonhomme de chemin, en toute tranquillité. Il nous arrivait fréquemment de discuter de choses et d'autres mais par contre, nous n'avions pas encore parlé de Liam. Jusqu'au jour où il demande à me voir en privé, sans Liam. Je dois bien avouer que cette fois-ci, j'eus une légère appréhension. Peut-être avait-il réfléchi et qu'il ne voyait finalement pas notre relation d'un très bon œil. Cependant, si c'était le cas, je n'allais pour autant mettre fin à ma relation avec Liam : Il était clair que je préférais sa bénédiction mais elle ne m'était pas nécessaire. Finalement, je pris place sur un fauteuil en face de lui et nous restâmes un long moment à nous regarder sans rien dire. Puis, l'interrogatoire commença, enfin, façon de parler. Son attitude n'avait rien d'agressive, au contraire, il était juste curieux, il voulait juste mieux me connaître, en savoir plus sur mon enfance, mon adolescence puis ma vie d'adulte jusqu'à aujourd'hui. Après tout ce que j'avais vécu, après les confidences que j'avais pu faire à Liam, Ari et Isaiah, je n'eus aucun mal à parler de mon homosexualité, de mon passé de militaire et de ce que j'avais vécu là-bas. J'allai même jusqu'à parler de Jason puis, j'en vins à ma rencontre avec Liam et sur ce que nous avions vécus même si, sur ce point-là, je décidai de ne pas rentrer dans les détails, pensant que Liam avait déjà dû lui en dire beaucoup quand il lui avait annoncé que nous étions ensemble. En reparlant de ma relation avec Liam, je réalisai que cela allait bientôt faire un an que nous étions ensemble.

Comme le temps avait passé vite et comme j'étais heureux d'avoir réussi à surmonter toutes les épreuves avec Liam pour pouvoir fêter bientôt cet anniversaire. Une première année qui en amènerait tant d'autres derrière...

-J'imagine que tu as prévu quelque chose de spécial ?

Je fus sorti de mes pensées par la voix du père de Liam et en le regardant, je fus agréablement surpris de voir qu'il esquissait un petit sourire.

-Comment ?

-Pour votre anniversaire, tu as prévu quelque chose non ?

-Ah ! Oui. J'ai déjà demandé aux autres s'ils pouvaient trouver quelque chose à faire ce soir-là pour que Liam et moi puissions être en amoureux. Mais je ne vous en ai pas parlé parce qu'il est hors de question que vous alliez où que ce soit de toute façon. Mais... Oui, si ça ne vous ennuie pas de ne pas dîner avec nous ce soir-là...

Je réalisai que j'aurais dû lui en parler comme j'en avais parlé aux autres et m'excusai.

-Ah, tu n'as pas à t'excuser. Je fais un peu partie des meubles ici après tout.

Je ne peux m'empêcher de laisser échapper un petit rire tant il parlait de la situation avec détachement et auto dérision.

-Donc, je resterai bien sagement dans ma chambre, tout comme les jumeaux. Vous ne vous rendez même pas compte que je suis là.

-Merci. Je dois bien avouer que cette soirée me tarde... Fêter un an après tout ce qu'il s'est passé, ça tient presque du miracle.

-Je te comprends. Et... Pardon mais je suis curieux : Qu'as-tu prévu de lui offrir ?

Mon sourire s'effaça instantanément. J'avais prévu un cadeau oui, mais j'avais été incapable de lui trouver. Je soupirai avant de relever ma main gauche pour la lui montrer ou, plus précisément, lui montrer ma bague.

-Liam m'a offert cette bague il y a un moment déjà et elle représente beaucoup. Elle représente un engagement sincère mais lui n'en porte pas. Alors, j'ai voulu lui en trouver une pour sceller un peu plus notre union, la rendre encore plus officielle, mais j'ai eu beau chercher et fouiller, je n'ai rien trouvé. C'est quand même dingue... Je lui ai trouvé un piano mais je suis incapable de lui trouver une bague...

Je baissai le visage : J'enrageai contre moi-même.

-Samuel.

Je relevai mon visage et me figeai, voyant le père de Liam en train de retirer son alliance avant de me la tendre. Je ne bougeai pas. Même pas d'un millimètre.

-Prends-la. Je te la donne pour que tu la lui offres.

Seulement à cet instant je fus enfin capable de bouger mais ce fut pour hocher négativement la tête.

-Non, c'est... Hors de question. C'est votre alliance !

-Justement. Je serais heureux qu'il la porte en gage d'amour de ta part.

-Non.

-Je crois que tu n'as pas le choix. Tu cherches une bague, votre anniversaire approche et tu n'as pas réussi à en trouver et tu n'en trouveras pas, tu le sais aussi bien que moi.

Il avait raison, je le savais, mais...

-Je ne peux pas accepter, c'est beaucoup trop.

-Je t'ai dis que tu n'avais pas le choix. Allez, prends-la.

Je ne bougeai pas.

-Prends-la !

Je me relevai subitement et pris doucement la bague. Je l'observai un moment avant de me réinstaller dans le fauteuil et de relever mon regard vers le père de Liam. J'étais gêné. Véritablement gêné...

-Je ne sais pas comment vous remercier...

Un nouveau sourire étira ses lèvres.

-Je vais être honnête avec toi : Je n'imaginais pas mon fils faire sa vie avec homme mais il a l'air d'être vraiment heureux à tes côtés et c'est tout ce qui compte. Alors, si tu veux me remercier, je veux que tu me fasses la promesse que tu vas continuer à le rendre heureux parce qu'il le mérite. Il mérite de trouver le bonheur, surtout après tout ce qu'il a vécu.

Je savais ce que ce « tout » englobait. Il ne parlait pas que de ce que Liam avait pu vivre depuis la guerre, il parlait aussi de Natacha, de leur enfant et oui : Il méritait d'être heureux.

-Vous savez, je ne vis que pour ça : Que pour le rendre heureux. Je ne veux rien d'autre, juste son bonheur.

Le sourire du père de Liam se fit plus large mais moi, je fus incapable de sourire, ayant à présent ce sujet secret en tête. Ce sujet que je n'avais partagé avec personne en dehors d'Ari. Natacha. Leur enfant. Un secret qui me pesait énormément, un sujet que j'avais eu envie d'aborder plusieurs fois avec Liam mais je n'avais jamais osé. Entre son sevrage et l'arrivée de son père, je n'avais pas réussi à trouver le bon moment de peur d'en remettre une couche et de faire du mal à Liam seulement... A moi, ça me faisait beaucoup de mal. Ne pas lui en parler me faisait bien plus de mal que je ne l'avais cru et c'est en cet instant que je le réalisai vraiment. Je soupirai avant m'appuyer dans le fond du fauteuil, me sentant soudain découragé. J'avais besoin d'en parler. J'avais besoin d'en savoir plus. J'avais besoin de comprendre certaines choses. Alors, après avoir un peu hésité, je décidai finalement de me lancer.

-Vous savez j'ai... Je...

Si c'était déjà si difficile d'en parler avec son père, qu'en serait-il quand j'essaierais d'en parler directement avec Liam ? Nouveau soupir avant de baisser mon regard, incapable de regarder son père dans les yeux.

-Je suis au courant pour Natacha et leur enfant, ce qu'il s'est passé... Mais si je le sais, ce n'est pas parce que Liam me l'a dit, c'est parce que je l'ai découvert en lisant un vieil article d'un journal et... Depuis, je n'ai pas réussi à lui en parler. Lui-même ne m'en a jamais parlé. Même si je sais que je suis le premier homme avec lequel il a une relation, il ne m'a pas parlé de son passé amoureux et je comprends pourquoi... Je sais que ça n'a rien à voir avec le fait qu'il essaye de me cacher des choses. Je pense que c'est parce que ça doit lui être encore très douloureux. Je sais... Je sais ce que ça fait de perdre une personne que l'on aime et sa douleur à lui doit être encore bien plus profonde que celle que j'ai pu moi ressentir mais...

J'osai enfin relever mon regard vers le père de Liam et vis que son sourire avait complètement disparu de son visage. Il ne me regardait cependant avec colère et cela me soulagea. J'avais peur d'avoir abordé un sujet que je n'aurais pas dû abordé avec lui mais d'un geste de la tête il m'encouragea à poursuivre.

-Mais j'ai besoin d'en savoir plus. J'ai besoin de mieux le comprendre, de mieux comprendre ce qu'il a pu traverser alors... Peut-être que vous pourriez m'en parler un peu ?

La réponse ne se fit pas attendre. Il hocha négativement la tête avant de soupirer à son tour.

-Ce n'est pas à moi de t'en parler. C'est à Liam de le faire et si toi, tu as besoin de lui en parler, alors à toi de prendre les devants et de lui poser la question.

Je laissai échapper un rire quelque peu amer.

-Parce que vous croyez que je n'ai pas essayé ?... J'ai essayé de lui en parler, de trouver le bon moment pour ça mais je n'y arrive pas.

-Tu trouveras le bon moment Samuel. Quand il sera temps d'en parler, tu le sauras. Je ne peux pas t'aider davantage, pas sur ce sujet-là.

J'acquiessai d'un petit hochement de tête. Il avait sans doute raison. Le moment viendrait sans que je ne m'y attende et je me lancerais : En tout cas, je l'espérais.

-Mais je peux t'aider à mieux le connaître d'une autre façon. Si tu en as envie, je peux te parler de lui, de son enfance. Bon, en général, on fait plutôt ce genre de choses autour d'un album de photos mais là...

Bien malgré moi, un franc sourire étira mes lèvres.

-Avec plaisir !

M'empressai-je de répondre. J'avais très envie d'entendre son père me raconter des souvenirs de l'enfance de Liam, j'avais très envie de pouvoir en savoir plus, de pouvoir ainsi me rapprocher de lui encore un peu plus. Son père me rendit mon sourire.

-Je vais aller nous chercher quelque chose à manger et ensuite, je veux tout savoir. Enfin, une bonne partie. Enfin...

-J'ai bien compris.

Je glissai l'alliance dans la poche arrière de mon jean, sortis de la chambre et descendis à la cuisine pour récupérer nos deux assiettes que Giulio nous avait mis de côté. J'avais brièvement croisé Liam mais je m'étais contenté de lui sourire et de l'embrasser tendrement avant de remonter. J'avais bien trop hâte d'entendre ce qu'avait à me raconter son père pour m'attarder. Nous mangeâmes notre repas tranquillement : Lui me raconta de nombreuses anecdotes et moi, je bus ses paroles. C'était merveilleux d'imaginer Liam si jeune, enfant, vivant tous ces merveilleux souvenirs car oui, son père ne s'attardait que sur les bons souvenirs et c'était aussi bien. Après avoir abordé brièvement Natacha, j'avais besoin d'entendre que Liam avait vécu de belles et douces choses, qu'il avait été très heureux. Le temps passa à une vitesse monstrueuse. J'étais à présent bien installé dans le fond de mon fauteuil, un sourire accroché à mes lèvres, écoutant son père sans m'en lasser.

-Oh, il y a quelque chose qui va sans doute te faire rire. En tout cas, moi, c'est un souvenir qui me fait toujours rire.

Je me redressai un peu dans mon fauteuil, avide de ce qu'il allait me raconter.

-Un jour, il s'est brossé les dents avec du savon. Il a débarqué dans le salon, en larmes.

-Pourquoi ?

Je voyais déjà le rictus se former sur ses lèvres.

-Il avait tout un tas de bulles dans la bouche et il croyait qu'il avait attrapé la rage. J'ai mis un temps fou à réussir à le convaincre du contraire.

J'explosai de rire en même temps que lui. J'imaginais bien Liam, petit, la bouche pleine de mousse blanche en train de pleurer pensant qu'il avait attrapé la rage ! Je posai ma main sur mon ventre, ce dernier me faisant mal tant je riais. D'ailleurs, je riais tellement que j'en avais les larmes aux yeux et mal à la mâchoire. Je n'arrêtais pas de me repasser l'image dans ma tête et à chaque fois, c'était un peu plus drôle. Au bout de quelques instants, je remarquai une silhouette et me tournai vers la porte avant de me rendre compte que Liam était entré. Nous étions tellement morts de rire que nous ne l'avions même pas remarqué. Je pris sur moi pour me calmer et arrêter de rire comme un dingue, tout comme le père de Liam qui s'empressa de lui expliquer pourquoi nous étions en train de rire de cette façon. Liam lui demanda s'il me racontait des bêtises depuis plus de quatre heures et le père de Liam se contenta de hausser les épaules. Quatre heures... Oui, décidément, le temps était passé bien vite. Un sourire toujours accroché à mes lèvres, je finis par me relever. Il était temps pour moi de les laisser tous les deux et puis je devais aller à la bibliothèque.

-Le temps est passé très vite, je dois retourner à la bibliothèque.

Je m'approchai de Liam et l'embrassai brièvement mais tendrement. Juste avant de sortir, je me retournai pour observer le père de Liam avec un regard entendu, un large sourire aux lèvres. Cette conversation m'avait fait beaucoup de bien et nous avait rapproché : J'en étais sincèrement heureux. Je me rendis donc à la bibliothèque et m'excusai de mon retard auprès d'Ari sans pour autant expliquer pourquoi j'étais en retard. Je ne pouvais pas lui dire et pourtant, j'en avais très envie, mais cela m'était interdit : Pour l'instant en tout cas. La routine se réinstalla, la date de notre anniversaire approchant de plus en plus mais à présent, j'abordais cela avec plus de sérénité puisque j'avais enfin réussi à trouver une bague pour Liam. Enfin, c'était plutôt la bague qui m'avait trouvé mais le résultat était le même : J'allais pouvoir la lui offrir. J'avais déjà trouvé ce que j'allais lui préparer comme repas, décidé à ce que ce soit le meilleur repas qu'il ait jamais mangé. Tout était organisé et à présent, il me tardait d'être à cette soirée. J'avais mis Natacha et leur histoire de côté, appliquant les conseils de son père, à présent convaincu que le moment de lui en parler viendrait sans que je ne m'en aperçoive. J'étais serein, heureux, mais cela ne dura pas. Un matin, tout changea d'une manière terrible : Je perdis la bague que Liam m'avait offerte. Je la retirai toujours quand je faisais la vaisselle de peur qu'elle ne tombe dans l'évier et de ne pas pouvoir la récupérer. Je la posais toujours au même endroit et ce matin là, lorsque je revins près de l'évier pour la récupérer après avoir sorti la poubelle, elle n'y était plus. Ma main s'approcha par réflexe de l'endroit où je la posais tout le temps et mon cœur cessa presque de battre lorsque je me rendis qu'elle n'y était pas mais que surtout, elle n'était pas un peu plus loin sur l'évier. Elle n'y était pas. Elle n'était nulle part. Pris de panique, je me mis à chercher partout dans la cuisine, essayant de me souvenir où j'aurais pu la poser. Je faisais parfois les choses trop machinalement mais peut-être que je l'avais mise ailleurs, mais non : Rien. Je réalisai que j'avais peut-être oublié de l'enlever, même s'il m'avait bien semblé l'avoir retirée. Dans le doute, j'ouvris le siphon de l'évier pour fouiller, pour être sûr qu'elle n'était pas tombée dans les canalisations mais elle n'y était pas non plus. Je dus passer une bonne heure à rouvrir les placards et les tiroirs pour être sûr que j'avais bien cherché. Liam était resté là à m'observer et lorsque je finis par me tourner vers lui, complètement désemparé, il m'annonça avec un tendresse que ce n'était pas grave, que ce n'était qu'un objet et qu'il pouvait m'en offrir une autre. La chose à ne pas dire.

Je fondis en larmes.

C'était n'était pas qu'un objet et il ne pouvait pas en avoir une autre. Je n'en voulais pas une autre, je voulais cette bague là ! Je devais la retrouver. Je quittai donc la cuisine et me mis à fouiller chaque pièce de la maison mais après regardé partout, je fus obligé de me rendre à l'évidence : Je l'avais perdue et c'était une chose terrible, je m'en voulais atrocement et j'avais très mal. Mal d'avoir perdu cette bague qui signifiait tant pour nous, mal d'avoir perdu ce symbole de notre amour qu'il m'avait offert. Mal. Horriblement mal. En un instant, tout avait changé et j'étais devenu le fantôme de moi-même. Je ne parlais presque plus, n'arrivais même plus à esquisser le moindre sourire. Pourtant, Liam faisait des efforts pour me consoler mais rien n'y faisait : Plus les jours passaient, et plus j'étais mal. Le pire dans tout ça, c'était que nous n'étions plus qu'à quelques jours de notre anniversaire. J'avais trouvé une bague pour lui mais à présent, je n'avais plus celle qu'il m'avait offerte. C'était terrible... Je ne pouvais cependant pas gâcher notre anniversaire à cause de cela : La perdre avait déjà gâché assez de choses comme ça. Alors, le jour J, je pris sur moi. Liam, quant à lui, un la surprise d'être remis au travail, Aaron estimant qu'il était à présent assez en forme mais cela ne m'inquiéta pas, au contraire : J'en fus ravi. Ca allait lui faire beaucoup de bien de se remettre à travailler un peu, de sortir de la maison, de voir du monde. Oui, ça allait lui faire beaucoup de bien. Et puis ça tombait très bien car, grâce à cela, j'allais pouvoir préparer le dîner en tête à tête, qui était une surprise, sans qu'il soit à la maison. J'eus même encore plus de temps puisque Liam me prévint dans la journée qu'il allait arriver en retard. Cela me permit de me préparer tranquillement : Je voulais me faire beau pour lui et pour cette soirée spéciale. Je fouillai donc dans mes tiroirs et finis par dénicher une chemise blanche, un pantalon noir et un veston gris foncé. J'hésitai un instant à porter une cravate noire et, après l'avoir essayée et voyant que l'ensemble donnait quelque chose de vraiment pas mal, décidai de la porter. Je glissai enfin la bague dans la poche intérieure du veston. Je me mis aux fourneaux vers 20 heures, afin d'être certain d'avoir le temps de tout bien préparer. Mon menu n'était pas trop compliqué mais je devais aussi dresser la table. J'étais d'humeur romantique, c'était plus fort que moi. Donc, après avoir dressé la table, je me mis au travail. J'avais prévu de lui faire en entrée une crème de betterave avec des poivrons, en plat du lapin à la tomate avec des pommes de terre sautées, et en dessert un fondant au chocolat. J'avais d'ailleurs fait ma préparation pour le fondant au chocolat en premier, sachant que j'allais juste devoir le mettre au four une dizaine de minutes après le plat principal de façon à ce qu'il soit tiède : C'était bien meilleur de cette façon.

Lorsque Liam rentra, les crèmes de betterave étaient tranquillement en train de rafraîchir dans le frigo, la préparation du fondant était mise de côté sur le plan de travail, les pommes de terre sautées étaient en train de cuire à feu doux et je m'occupai du lapin à la tomate, vérifiant sa cuisson. J'étais tellement concentré sur mes plats que je n'entendis même pas Liam entrer dans la cuisine. Je réalisai qu'il était là quand il glissa doucement ses bras autour de moi avant de me serrer contre lui. Je fermai les yeux un instant, me sentant merveilleusement bien. Dès qu'il était auprès de moi, j'avais l'impression que le reste n'existait plus, c'était ainsi et cela ne changerait jamais. Il posa sa tête sur mon épaule avant d'embrasser doucement ma joue, et lorsque sa voix s'éleva tout doucement pour me dire bonsoir et pour nous souhaiter un joyeux anniversaire, un large sourire étira mes lèvres. Je me tournai alors légèrement vers lui et nos lèvres se trouvèrent pour un baiser des plus tendres. Puis, je finis par détourner le visage, non sans garder un sourire accroché à mes lèvres, recommençant à surveiller mon lapin. Seulement, Liam ne s'éloigna pas de moi, bien au contraire. Il fit glisser ses lèvres dans mon cou pour y déposer de petits baisers avant de remonter derrière mon oreille ce qui me fit frissonner, surtout qu'il me serra encore un peu plus contre lui. J'avais beaucoup, beaucoup de mal à rester concentré sur mon coq au vin et quand il me susurra doucement à l'oreille que me voir cuisiner lui donnait très envie de moi, garder ma concentration fut encore plus difficile. J'avais moi aussi très envie de lui. Je l'aimais et le désirais plus que de raison. Seulement, ce n'était pas le moment. Enfin, ça aurait pu l'être et puis il s'agissait de notre anniversaire mais je voulais vraiment réussir son repas et il le réalisa sans aucun doute puisqu'il cessa de me déconcentrer et s'écarta de moi lorsque je lui dis doucement que j'allais servir l'entrée, laissant cependant glisser l'une de ses mains sur mes fesses ce qui me fit sourire. Notre relation avait véritablement évolué et il était à présent complètement à l'aise ce qui me rendait extrêmement heureux. Il me rendait extrêmement heureux.

Nous passâmes donc à table et je fus rassuré et heureux que mes plats lui plaisent. Il adora la crème de betterave mais il trouva le lapin à la tomate succulent. Pendant le repas, je l'écoutai avec attention et curiosité me raconter sa première journée. Comme je l'avais pensé, cela lui avait fait beaucoup de bien et il avait même pu prendre des nouvelles d'amis qu'il n'avait pas vu depuis un moment. La soirée se passait merveilleusement bien et j'en vins même à oublier que j'avais perdu sa bague. Enfin. Depuis tous ces jours où j'avais été déprimé, où cela avait été une véritable obsession, j'avais réussi à penser à autre chose et à profiter de la soirée. Je finis par me lever pour retirer les assiettes vides -eh oui, même celle de Liam- et aller mettre le fondant au chocolat au four. Je posai alors mon regard sur la table de la cuisine et vit le cadeau de Liam. Je l'avais quand j'avais apporté l'entrée mais je n'avais rien dit car il était plus agréable de s'offrir nos cadeaux au moment du dessert. Dessert qui allait mettre dix bonnes minutes à cuire alors, nous avions le temps pour les cadeaux. Je me saisis du paquet et revint dans la salle à manger, un large sourire aux lèvres. J'avais hâte de savoir ce qui se trouvait là-dedans. Alors que je reprenais place en face de lui, il m'annonça d'une voix un peu hésitante qu'il avait prévu deux cadeaux pour moi : Celui que je tenais entre les mains et un autre que je ne pouvais cependant pas déballer. Je fronçai légèrement les sourcils lorsqu'un rire pour le moins nerveux s'échappa de ses lèvres. Qu'était-il en train de préparer ? J'étais plus que curieux mais un peu inquiet aussi, je dois bien l'avouer parce qu'il semblait étrangement tendu. Pourtant, son regard n'était qu'amour et tendresse. Oui, son regard était rempli d'amour et en fait, bien qu'il m'ait toujours regardé avec amour, il ne m'avait encore jamais regardé comme ça et je me sentis fondre sous ce regard si passionné. Je déposai le cadeau enveloppé sur la table et l'observai en silence. Puis, il se leva, contourna la table et vint jusqu'à moi avant de se pencher et de m'embrasser durant quelques instants, un baiser tout autant rempli d'amour que son regard. Lorsqu'il recula son visage, un fin sourire étirait ses lèvres et je le lui rendis, étant cependant toujours extrêmement curieux quant au second cadeau. Mon sourire s'effaça pour laisser place à une expression pleine de surprise au même moment où mon rythme cardiaque s'accéléra quand je le vis se baisser puis mettre un genoux à terre. Mes mains devinrent subitement moites et ce fut encore pire quand je le vis sortir un écrin avant de l'ouvrir d'une main relativement tremblante. Et ma surprise fut encore plus grande quand je vis la bague qui s'y trouvait : C'était sa bague. Non, ma bague. Non, notre bague.

-Samuel, veux-tu m’épouser ?

Oh. Oh !

Celle-ci, je ne l'avais pas vue venir. Mais pas du tout. Je restai quelques instants bouche bée, le temps de réaliser pleinement, le temps que je prenne complètement conscience venait de me demander en mariage. Il venait de me demander de l'épouser. Cela faisait aujourd'hui un an que nous étions ensemble et il voulait devenir mon mari, il voulait que moi, je sois son mari, que je sois auprès de lui pour toujours. Je le savais déjà bien sûr, il me l'avait déjà tant dit... Il m'avait tant dit qu'il ne voyait pas sa vie sans moi mais une demande en mariage était une véritable concrétisation de ses paroles, de ce qu'il ressentait pour moi. Une vie, ensemble, voilà ce qu'il me proposait. La surprise passée, ce fut un immense bonheur qui s'empara de moi et aussitôt, un large sourire étira mes lèvres, quant à mes yeux, ils se firent soudain légèrement piquants, signe que des larmes étaient en train d'y naître : Des larmes de joie et de bonheur bien entendu. Doucement, je tendis ma main gauche vers lui, l'incitant ainsi à passer lui-même la bague autour de mon doigt. Mon geste fut accompagné d'un mot. D'un unique mot. D'un simple mot qui allait tout changer pour toujours.

-Oui.

Son visage si stressé se détendit soudainement et un sourire tout aussi large que le mien étira ses lèvres. D'ailleurs, ses yeux brillaient sans doute autant que les miens. Il se saisit doucement de la bague, posa l'écrin sur la table et la glissa avec délicatesse à mon doigt. Ce fut pour moi une sensation merveilleuse de sentir de nouveau cet anneau autour de mon doigt, d'avoir retrouvé cette bague qui avait tant signifié et qui dès aujourd'hui allait signifier encore bien plus. Une nouvelle promesse d'amour, de futur et de vie à deux. Dès que sa main quitta la mienne, je plaquai mes mains sur ses joues et me penchai pour l'embrasser à pleine bouche, avec amour et passion. Ses bras s'enroulèrent autour de mon cou et très vite, nous nous retrouvâmes debout, serrés l'un contre l'autre, partageant ce baiser qui scellait cette promesse de mariage. J'étais euphorique. Intérieurement, c'était un véritable feu d'artifices qui explosait dans mon cœur. Nous finîmes par reculer doucement nos visages, restant pourtant dans les bras l'un de l'autre, nos regards se croisant pour ne plus se quitter. Je remarquai alors des larmes sur les joues de Liam, probablement au même moment où lui remarqua les miennes. D'un geste délicat du pouce je les essuyai avant de secouer doucement la tête, ne perdant pour autant pas mon sourire.

-C'était toi qui l'avait...

Et il savait parfaitement de quoi je parlais. Il eut d'ailleurs un sourire rempli d'excuses accompagné d'un air pour le moins coupable.

-Je ne t'en veux pas mon amour. Tu as eu raison d'agir comme ça parce que cette bague est tellement symbolique... Mais il n'empêche que j'ai vraiment été mal. T'as pas intérêt à me refaire le coup avant la cérémonie hein...

Un léger rire s'échappa de ses lèvres que j'embrassai une nouvelle fois avant de me reculer subitement, repensant soudain à mon propre cadeau. Bien malgré moi, je sentis mes joues rougirent.

-Je... Je voudrais te donner ton cadeau maintenant.

Mes mains quittèrent ses joues et je glissai l'une d'entre elles dans la poche intérieure de mon veston avant d'en ressortir une bague mais pas n'importe quelle bague : L'alliance de son père. Son sourire s'effaça doucement, probablement sous le coup de la surprise comme moi quelques minutes auparavant. Je me doutais qu'il avait reconnu la bague de son père.

-Je voulais t'offrir une bague mais je n'ai pas réussi à en trouver une et quand je l'ai dis à ton père, il a insisté pour que je t'offre la sienne. Au début j'ai refusé mais il ne m'a pas vraiment laissé le choix alors...

Je soupirai.

-Je tenais absolument à t'offrir une bague pour que tu portes toi aussi un symbole de notre amour. Ce qui est merveilleux, c'est qu'à présent, elle va représenter beaucoup plus : Nos fiançailles, notre promesse de nous marier. Si tu veux bien la porter...

J'avais peur qu'il ne refuse mais au bout de quelques instants, un léger sourire étira ses lèvres et il se recula doucement pour me tendre sa main gauche. Mon sourire à moi se fit beaucoup plus large lorsque je passai la bague à son doigt. La bague était un tout petit peu trop grande pour lui mais pas assez pour qu'il ne la perde : Tant mieux. Une fois la bague à son doigt, je portai ce dernier à mes lèvres pour l'embrasser avant de le prendre dans mes bras et de le serrer avec force contre moi.

-Je t'aime.

Murmurai-je doucement à son oreille.

Nous allions nous marier. Nous allions sceller pour de bon notre union et c'était merveilleux. Nous allions échanger des vœux, nous allions... Je me raidis soudain, relevant les yeux vers le plafond, mon étreinte autour de Liam se resserrant légèrement. Des vœux... Des vœux, d'amour, de fidélité et d'honnêteté. L'honnêteté... Ce dont nous manquions l'un comme l'autre en cet instant. Nous en manquions parce qu'il ne m'avait pas parlé d'un moment particulièrement important de sa vie et parce que moi-même, je ne lui en avais pas parlé alors que j'étais au courant. Le moment était venu. Ce moment que j'avais attendu, ce moment qui allait venir de lui-même était bel et bien venu sans que je ne m'en rende compte, sans que je m'y attende. Et c'était terrible... Terrible que ce soit maintenant, alors que nous venions de nous fiancer. Mais pourtant, c'était bien le bon moment. Si nous devions nous marier, nous ne devions rien nous cacher et il était temps.

-Sam ?...

Il avait senti que quelque chose clochait, bien sûr. Je soupirai avant de me reculer doucement et de le regarder en esquissant un faible sourire. Je ne portais plus de masque et je savais que mon visage trahissait mon appréhension parce que oui : J'appréhendais ce moment. Terriblement. Je glissai doucement ma main sur sa joue.

-Il y a quelque chose dont il faut qu'on parle. Tu veux bien t'asseoir et m'attendre ?

Tout sourire avait quitté ses lèvres sans doute parce qu'il ne comprenait pas ce changement si soudain de comportement de ma part et surtout parce qu'il se demandait probablement de quoi nous devions parler et quel était ce sujet qui pouvait me mettre dans un pareil état. Il acquiesça d'un petit hochement de tête avant de reprendre place sur sa chaise. Je quittai la salle à manger et montai à l'étage, n'ayant même pas prêté attention à la légère odeur de brûlé qui commençait à venir de la cuisine. J'avais complètement oublié le fondant au chocolat qui allait tout simplement finir carbonisé. Une fois à l'étage, j'allai jusqu'au grenier pour y récupérer l'article que j'avais soigneusement caché. Une fois le papier en main, mon cœur se mit à battre plus vite et la peur me noua les entrailles. Après quelques instants, je redescendis et m'arrêtai un instant devant la chambre du père de Liam : Une façon peut-être étrange de me donner de la force et du courage mais cela fonctionna. Je pris une profonde inspiration, me souvenant de ses mots et descendis les marche pour finalement retourner dans la salle à manger où cette fois-ci, l'odeur de brûlé fut impossible à ignorer. Lorsque j'arrivai dans la salle à manger je ne vis pas Liam mais entendant du bruit dans la cuisine je m'y dirigeai et le vis près du plan de travail, le fondant au chocolat brûlé posé dessus. En me voyant entrer, il releva son regard rempli d'inquiétude vers moi et je ne devais pas voir meilleure mine que lui. J'avais le papier tenu fermement tenu dans ma main et je restai un instant sans bouger, sans même dire le moindre mot. Le fondant au chocolat perdu n'avait aucune importance. Je finis par m'avancer un peu vers Liam, esquissant un maigre sourire.

-Je l'ai complètement oublié...

Dis-je en désignant le dessert d'un signe de tête.

-Désolé.

-Ca ne fait rien...

Non, ça ne faisait rien. Mais sa voix, si faible, si éteinte me fit encore plus peur. Pourtant, je ne pouvais pas reculer. Je savais que le moment était venu et il était trop tard pour prétendre le contraire et faire comme si tout allait bien. Un détail, et pas des moindres, faisait que tout n'allait pas complètement bien.

-Tu viens ?

Je voulais que nous retournions dans la salle à manger. Je voulais être assis à côté de lui, je voulais que nous puissions avoir cette conversation au calme, le plus à l'aise possible même si je ne devais pas me voiler la face : Cette conversation allait nous mettre mal à l'aise tous les deux et risquait à lui de faire beaucoup de mal mais je n'avais pas le choix. Un bref hochement positif de la tête et il s'avança vers moi, jetant un regard en biais que je tenais dans la main sans pour autant pouvoir y lire quoi que ce soit. Ca allait arriver plus vite qu'il ne l'aurait voulu... Une fois dans la salle à manger et une fois Liam assis, je pris ma chaise et la posai à côté de lui avant de m'y asseoir. Je ne souriais plus du tout et mon cœur battait monstrueusement vite. De ma main libre, je pris la sienne et la serrai doucement.

-Nous allons nous marier. Nous allons échanger des vœux devant les gens qui nous sont chers et je pense que l'honnêteté fait partie de ses vœux.

Ses doigts se resserrent autour des miens.

-Alors je veux être honnête avec toi. Jusqu'à aujourd'hui, j'ai gardé le silence, je n'arrivais pas à trouver le bon moment mais je pense que maintenant, il faut que je t'en parle parce que je ne peux pas t'épouser sans t'en avoir parlé. Sans que toi, tu m'en parles...

Il fronça les sourcils, son inquiétude grimpant en flèche. Je n'allais pas tourner autour du pot, ça ne servait à rien.

-Aristide a trouvé un article dans un journal et il l'a gardé de côté pour moi, pour que je puisse te le donner, pensant que ça te ferait plaisir et... Il pensait que j'étais au courant, sinon il ne l'aurait probablement pas fait, mais il l'a fait et...

Je posai l'article sur la table et le poussai jusqu'à lui avant de retirer ma main du papier, le laissant découvrir ce qui s'y trouvait.

-Je suis au courant maintenant...
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MessageSujet: Re: I'm on The Edge of Glory, and I'm hanging on a moment with You.   Lun 21 Nov - 16:10

La peur est un sentiment horrible que je ressentais jusqu’à la moindre petite partie de mon être en cet instant. J’avais tellement peur qu’il refuse de m’épouser, que cela gâche toute notre histoire que j’en vins presque à regretter d’avoir osé le lui demander une seconde à peine après m’être lancé. La manière dont il resta bouche bée à m’observer n’apaisa en rien cette peur, bien au contraire : Il n’avait rien vu venir. Il n’y avait sans doute même jamais pensé, peut-être parce que le mariage ne lui apparaissait en rien comme intéressant ou utile. Comment savoir ? Nous n’en avions absolument jamais parlé, il n’en avait jamais été question entre nous jusqu’aujourd’hui. J’aurais pu tenter de l’interroger discrètement avant de me jeter à l’eau, j’aurais pu essayer de savoir ce qu’il pensait de cela mais je ne l’avais pas fait, malheureusement. Je n’y avais même pas songé. En même temps, j’étais tellement maladroit avec les mots que j’aurais très bien été capable de tout lui avouer sans même m’en rendre compte, au détour d’une phrase ou d’un simple mot. Je ne savais donc pas à quoi m’attendre, prenant cependant le pire comme la plus probable suite à mes mots. Quelques instants d’un silence glacial s’écoulèrent avant que, sans que je ne comprenne réellement, un immense sourire étire les lèvres de Samuel. J’étais tellement mal à l’aise, tellement obnubilé par ce refus que j’attendais que je ne compris même pas qu’en réalité, ce sourire signifiait déjà qu’il allait accepter. Non, je ne le comprenais pas, de même que je ne compris pas pourquoi il me tendit doucement la main, les larmes aux yeux. Mon esprit n’était plus capable de décoder quoi que ce soit, de m’apporter les réponses, si bien que j’avais l’impression de vivre tout ceci comme l’on regarde un film étranger sous titré : On voit l’action, mais finalement on ne la comprend pas tant on est concentré sur le sous titre, tant on espère réussir à saisir quelque chose pour finalement ne rien saisir du tout. Je ne saisissais rien du tout jusqu’à ce que j’entende ce mot, cet unique mot que j’avais tant espéré sans réellement y croire, que j’avais tant souhaité tout en m’obligeant à envisager le pire afin d’être moins déçu. Mais non. Je n’étais pas déçu, car ce seul mot que l’amour de ma vie prononça fut celui que j’avais tant espéré : Ce fut un « oui ».

Ce fut comme si cette scène que je n’avais jusque là pas compris m’était enfin expliquée, mon esprit recommençant à fonctionner normalement. Et après la peur, l’appréhension, ce fut le bonheur qui emplit mon cœur, un bonheur que je n’avais jusque là jamais connu. Le genre de bonheur que l’on ne peut rencontrer qu’une seule fois dans sa vie car même si j’avais été heureux lorsque Natacha avait accepté de m’épouser, la situation n’avait rien de comparable. J’avais été sûr que Natacha accepterait, elle était enceinte de moi, nous avions acheté une maison, nous connaissions depuis longtemps, notre vie était déjà construite et ce mariage n’en était qu’une étape parmi d’autres. Alors qu’avec Sam, tout restait à faire, tout était à construire, c’est pourquoi je fus mille fois plus heureux qu’il accepte ma demande. Tellement heureux que je sentis les larmes me monter aux yeux sans que je cherche le moins du monde à les retenir, conscient qu’il ne s’agissait que de larmes de joie, que d’une manière de laisser retomber la pression qui pesait sur mon cœur depuis longtemps également. Alors, avec douceur, je reportai mon attention sur la bague que je retirai lentement de son écrin avant de la passer à son annulaire gauche, avant de le lier à jamais à moi. Je crois que je n’avais jamais autant aimé voir cette bague à son doigt. Pourtant, je l’avais déjà mille fois admiré, je l’avais déjà mille fois trouvé splendide mais ce soir… Elle signifiait tant d’autres choses qu’auparavant… Ce n’était plus qu’un simple cadeau, mais un véritable gage d’amour, de fidélité, de vie commune jusqu’à la fin. Jusqu’à la fin. Je ne voulais plus jamais le quitter, jusqu’à ce que je meure, jusqu’à ce que nous soyons deux vieillards, je le voulais à mes côtés. Comment pourrais-je en avoir jamais assez de lui ? C’était tout à fait impossible. Alors, oui, je voulais épouser Sam et je voulais que nous ne nous séparions jamais, lui appartenir entièrement, tout comme il allait m’appartenir entièrement. Au bout de quelques instants je finis par relever les yeux vers lui, vers mon Amour, avant qu’il ne pose ses mains sur mes joues et s’approche de moi pour m’embrasser avec passion. Je savourai alors ce baiser comme s’il avait s’agit du premier, mais finalement c’était cela : Le premier baiser de notre éternité ensemble.

Mes bras s’enroulèrent autour de son cou pour le serrer contre moi alors que nous nous relevions, nous embrassant toujours avec autant d’amour. J’étais heureux, tout simplement. Heureux comme je ne l’avais plus été depuis bien longtemps, comme je ne l’avais sans doute jamais été finalement. Lorsque nos lèvres se quittèrent finalement, je ne pu m’empêcher d’esquisser un léger sourire alors qu’il essuyait doucement les larmes que je n’avais même pas sentis couler, perdu parmi toutes ces émotions que je ressentais alors. Ce que j’éprouvais était indescriptible parce que je savais qu’il m’aimait, j’avais fini par l’admettre, et je savais qu’il m’aimait vraiment beaucoup mais accepter de m’épouser… Accepter cette vie entière à mes côtés… C’est vrai qu’il me l’avait déjà promis mais finalement, j’avais eu besoin de cette demande en mariage pour réellement me le représenter. A mon tour j’essuyai brièvement ses larmes, m’étonnant de le voir secouer légèrement la tête alors qu’il souriait toujours. Que se passait-il ?... Oh. Oh oh. Je ne pu m’empêcher d’esquisser un sourire plein d’excuses car oui, effectivement, c’était moi qui avait sa bague durant tout ce temps. Et j’en étais toujours sincèrement désolé même si, finalement, je ne regrettais pas. Seulement le voir aussi peiné ces derniers jours m’avait réellement fait mal, quand bien même ce soit « pour la bonne cause ». Je fus néanmoins soulagé de l’entendre me dire qu’il ne m’en voulait pas même si, moi, je m’en voulais toujours un peu de l’avoir fait souffrir pour rien. D’accord, au final il était heureux mais comme il me le rappela, il avait vraiment souffert de la pseudo perte de sa bague. Je baissai donc les yeux vers le sol quelques instants, sentant la culpabilité m’assaillir, avant qu’il ne me fasse rire en m’annonçant que je n’avais pas intérêt à lui refaire le coup avant la cérémonie. Ca, ça ne risquait définitivement pas d’arriver. Une fois, pas deux, et de toute manière je savais très bien que maintenant il allait non seulement y faire attention comme à la prunelle de ses yeux, sachant pertinemment ce qu’il ressentirait s’il venait à réellement la perdre, mais qu’en plus il se tournerait très certainement vers moi en premier lieu si jamais il venait à l’égarer de nouveau. Or, j’étais tout simplement incapable de mentir, même si j’avais réussi à lui cacher ma culpabilité durant les derniers jours. Mais non, de toute manière, je ne comptais pas recommencer. Jamais.

Il m’embrassa une nouvelle fois avant de brutalement se reculer, réfléchissant de toute évidence. Je fronçai alors légèrement les sourcils, me demandant ce à quoi il pouvait penser, et m’étonnant de le voir tout à coup rougir. Depuis le début de notre relation, il ne m’avait pas semblé avoir vu Sam rougir plus de deux fois alors, effectivement, j’étais vraiment très curieux de savoir ce qui pouvait le mettre dans cet état ce soir. Il affichait en général une certaine assurance et voir cette assurance doucement faiblir sur son visage m’amusait comme me plongeait dans de profondes interrogations. Et lorsqu’il se mit à légèrement bégayer avant de me dire qu’il souhaitait m’offrir mon cadeau, je fus incapable de retenir un doux rire : Il était tellement mignon… Tellement adorable lorsqu’il perdait ses moyens, c’est sans doute stupide mais cela me faisait complètement fondre. Je l’aimais tel qu’il l’était et sa confiance en lui était à mes yeux une énorme qualité mais le voir soudainement confus, hésitant et timide me faisait vraiment fondre. Ce fut donc avec le sourire que j’attendis qu’il aille chercher son cadeau, n’ayant aperçu aucun paquet, avant qu’il ne glisse simplement une main dans son veston et en retire une bague. Une bague. Mon sourire s’effaça progressivement alors que je l’observais comme s’il avait s’agit de la première bague que je voyais dans ma vie. Mais ce n’était pas n’importe quelle bague, je la connaissais… Elle me disait vraiment quelque chose et, lorsque je remis finalement le doigt dessus, je fus encore plus décontenancé. Il s’agissait de l’alliance de mon père mais, comment se l’était-il procuré ? Il m’expliqua alors que lorsqu’il avait parlé à mon père de son souhait de m’offrir une bague, ce dernier lui avait tout simplement donné la sienne. J’étais complètement abasourdis. Je n’en revenais pas de savoir que mon père avait été au courant et qu’il ne m’avait rien dit mais en même temps, il aurait gâché la surprise, et quelle surprise… Très sincèrement, je n’avais pas osé espérer posséder une alliance parce que je savais justement qu’il était quasiment impossible d’en trouver une de nos jours mais finalement, si, j’allais porter une bague. Sa bague. J’allais pouvoir la porter avec autant de fierté et de joie que lui portait la mienne. Sam avait d’ailleurs raison, cette bague ne serait pas seulement le symbole de notre amour, mais surtout notre promesse de mariage. Nos fiançailles… J’eus un léger sursaut. Pourquoi aurais-je refusé de la porter ? Parce qu’elle appartenait à mon père ? J’en étais au contraire heureux. J’aimais mon père, il avait toujours été d’une bonté et d’une gentillesse incommensurables à mon égard alors oui, porter son alliance, qu’il avait donné à mon futur époux pour moi, représentait à mes yeux une grande chance.

J’eus néanmoins quelques instants d’hésitation, ne comprenant toujours pas pourquoi j’aurais dû refuser avant de finalement sourire doucement en signe d’accord. Bien sûr que j’étais d’accord mais de toute façon, Sam aurait pu m’offrir n’importe quelle bague, j’aurais été tout aussi heureux de la porter. Tout ce qui venait de lui me rendait heureux, tout simplement. Alors, comme lui l’avait fait quelques instants auparavant, je me reculai légèrement puis lui tendis ma main gauche, l’invitant à y passer cette merveilleuse bague qu’il m’offrait. Mon cœur battait la chamade, un peu plus encore lorsque je sentis cet anneau enlacer doucement mon annulaire. Elle n’allait jamais le quitter. Quoi qu’il arrive, je ne retirerais jamais cette alliance, je le savais. Je fus de nouveau si ému que les larmes me montèrent une nouvelle fois aux yeux. C’est à ce moment que Sam embrassa avec douceur mon doigt puis m’attira à lui pour me serrer contre lui. Je me blottis, profitant de ces instants uniques, magiques, de ces minutes qui allaient rester gravées dans notre mémoire pour l’éternité. Je glissai alors mon nez dans ses cheveux, respirant son parfum avec délice lorsque mes lèvres s’étirèrent en un sourire empli de bonheur.

« Je t’aime aussi. » murmurai-je.

Je l’aimais plus que tout même. Il était ma perfection, mon idéal, l’amour que j’avais tant attendu. La personne que j’avais attendue. J’aurais pu rencontrer tous les autres hommes de la terre qu’aucun ne m’aurait apparu comme mieux que Sam, qu’importe qu’ils soient indéniablement plus beaux, ou plus intelligents, plus drôles. Je m’en moquais totalement car à mes yeux il était beau, intelligent et drôle et même si on me présentait « mieux », je n’aurais trouvé personne au dessus de lui. N’était-ce pas cela, l’amour infini ? Ne pas admettre qu’une personne meilleure que celle qu’on aime puisse exister ? Sans doute que si, et c’était ce que j’éprouvais. C’était ce qui me faisait être sûr de moi, de mon choix. Alors que cet homme si parfait m’aime autant que je l’aime, qu’il me soit totalement dévoué comme je l’étais pour lui, oui, tout cela était à mes yeux une chance inestimable. Je songeais à tout ceci, me laissant bercer par son doux parfum, sa tendre chaleur lorsque je le sentis soudainement se raidir, puis me serrer un peu plus fort contre lui. Je rouvris les yeux et fronçai les sourcils, sentant que quelque chose le gênait sans comprendre. Avais-je fais quelque chose ? Pensait-il à quelque chose de désagréable ? Ce moment était pourtant si parfait… Je ne comprenais vraiment pas ce qu’il se passait tout à coup, attendant une réponse qui ne vint pas naturellement. Au bout de quelques secondes à peine, je glissai mes mains dans son dos, le caressant doucement, essayant de le rassurer par ce geste.

« Sam ?... »

J’avais besoin de comprendre ce qu’il se passait, savoir à quoi il pensait ou ce que j’avais pu faire pour qu’il se sente tout à coup mal à l’aise ou perturbé. J’avais besoin qu’il me parle, tout simplement, même si j’éprouvais une certaine appréhension. Appréhension qui se renforça lorsque je le sentis soupirer puis se reculer, esquissant un faible sourire qui ne me laissait rien envisager de bon. Et même si son visage me disait très clairement que quelque chose clochait, je ne pouvais malheureusement pas deviner quoi. Toute trace de sourire disparut alors de mon visage alors qu’il posait doucement sa main sur ma joue, puis m’annonça que nous devions parler de quelque chose. Pas ça… Pas encore. Je croyais déjà tout savoir de lui mais de toute évidence, ce n’était pas le cas. Ce qu’il avait à me dire ne pouvait qu’être désagréable, sans quoi il n’aurait pas changé de comportement aussi brutalement, et cela m’effrayait très sincèrement. Il faut qu’on parle… C’étaient des mots que je détestais entendre de sa bouche, m’attendant forcément à une nouvelle terrible. J’acquiesçai néanmoins avec douceur lorsqu’il me demanda de m’asseoir et de l’attendre, sentant ma gorge me serrer tout à coup. Qu’avait-il fait ? Qu’avait-il encore fait ? La dernière fois qu’il m’avait dit « il faut qu’on parle », il avait été question de son passé, de la guerre, et je pensais sincèrement tout savoir. Mais je m’étais trompé. Il m’avait encore caché des choses, et de toute évidence pas des moindres. Je soupirai. Quelque part j’étais soulagé qu’il ose se confier à moi mais en même temps, je ne pouvais qu’avoir peur de ce qu’il me restait à apprendre sur lui. Avec qui allais-je me marier au juste ? Je l’aimais, oui, je l’aimais plus que tout au monde mais je n’étais pas certain d’avoir envie d’apprendre une nouvelle face de sa personnalité ou un nouvel épisode de sa vie. Je n’avais néanmoins pas le choix… Je pris une grande inspiration, espérant par là me donner du courage, et sentant soudainement une certaine odeur de brûlé. Me levant, je me dirigeai vers la cuisine d’où provenait cette odeur et me rendis compte que quelque chose brûlait dans le four. L’ouvrant, je fus l’espace de quelques secondes asphyxié par des relents de chocolats trop cuit. Je soupirai une nouvelle fois avant de prendre un torchon et retirer du four ce qui me semblait être un fondant, le posant sur le plan de travail. Je l’observai d’un œil vide quelques instants avant de me demander ce que pouvait bien trafiquer Sam. Il m’avait dit vouloir parler mais était partit à l’étage, et si sur le coup je n’avais pas vraiment réagis, trop absorbé par ce que j’imaginais qu’il allait m’annoncer, je commençais à trouver cela étrange. Dire que cette soirée avait si bien commencé…

Lorsque je sentis finalement une présence dans la cuisine, je me retournai vers Sam, lui lançant malgré moi un regard plein d’appréhension. Nous y étions, nous allions parler et j’allais l’écouter, quoi qu’il me dise. Je remarquai qu’il tenait quelque chose dans la main mais ne m’en préoccupais pour le moment pas. Son visage m’effrayait. Son regard m’effrayait. Je sentais qu’il allait m’apprendre quelque chose de terrible et dont je ne me doutais absolument pas. La simple possibilité qu’il faille parler de moi, et que ce soit moi qui doive éclaircir une partie de ma vie ne m’apparaissait absolument pas. J’allais donc tomber de très haut mais pour le moment, en effet, je m’attendais à apprendre quelque chose de nouveau sur Samuel. Au bout de quelques instants de silence il finit par s’approcher doucement de moi, un maigre sourire accroché aux lèvres. L’ambiance de cette soirée avait définitivement changé, passant d’une extrême douceur, du bonheur simple d’être ensemble à cette tension dont je ne connaissais finalement pas la cause mais qui n’allait sans doute pas tarder à m’être expliquée. Je soupirai en esquissant un léger mouvement de la main se voulant nonchalant lorsque Sam s’excusa d’avoir oublié le fondant. « Ca ne fait rien » parvins-je seulement à répondre, n’en ayant rien à faire du dessert. C’était plutôt la conversation à venir qui me gênait, bien plus que le fait de ne pas avoir de dessert. Cependant, je savais au fond de moi qu’il valait bien mieux que Sam me parle, qu’il s’ouvre à moi et quelque part j’en étais soulagé. Mais au final, même si cela me soulageait, même si savoir qu’il avait enfin compris qu’il pouvait tout me dire me faisait plaisir, je ne pouvais extérioriser cette joie. J’étais bien trop apeuré pour cela. Alors, lorsqu’il me demanda finalement de le suivre, je hochai brièvement de la tête puis le suivis sans un mot, sentant mon cœur battre de plus en plus vite sous l’effet du trac. Je lançai un bref regard à ce qu’il tenait toujours dans la main, mais ne pu réellement savoir de quoi il s’agissait. Un journal, ou quelque chose de ce genre, même si je pensais me tromper car je ne voyais vraiment pas pourquoi il m’aurait montré un vieux journal. J’étais, en clair, dans l’attente sans pouvoir me préparer à ce qui allait venir, faute de savoir le moins du monde de quoi il s’agissait.

Une fois dans la salle à manger je m’assis, toujours sans un mot, et observai Sam prendre sa chaise puis la poser à côté de moi sans broncher. Je n’aimais pas ça… Vraiment pas… Et j’aimai encore moins lorsqu’il prit ma main pour la serrer doucement. Même si je parvenais à le regarder droit dans les yeux sans flancher, l’expression de son regard ne m’inspirait décidemment que de la peine, que de la tristesse. Qu’avait-il donc à me dire de si grave ? Pourquoi ne pas l’avoir fait plus tôt ? Je n’en savais absolument rien… J’espérais donc des réponses, et l’écoutai avec attention lorsqu’il prit enfin la parole. Je ne compris d’abord pas pourquoi il revenait sur notre mariage, faisant néanmoins le lien lorsqu’il aborda enfin le thème de l’honnêteté. Effectivement, l’honnêteté faisait partie de ces vœux et je voulais, j’avais besoin qu’il le soit avec moi. J’avais besoin qu’il me dise l’entière vérité. Ainsi, je serrai un peu plus ses doigts afin de l’encourager à continuer, à se confier à moi. Il ne devait pas avoir peur de ma réaction, de mon jugement ; Je n’étais pas là pour le juger. Je l’aimais, et quoi qu’il arrive, quoi qu’il me dise, cela ne changerait pas. J’accepterais, quoi qu’il en soit. J’eus alors un léger hochement de tête : Il voulait être honnête avec moi, et je voulais également qu’il le soit. Nous étions au moins d’accord sur ce point. Malheureusement ses excuses ne me convainquirent pas. Comment avait-il pu ne pas trouver le bon moment pour me parler ? Qu’il n’ait pas été prêt plus tôt je pouvais le comprendre, mais le bon moment… Il n’y avait de toute manière pas de bon moment pour ce genre de chose et, ce soir de demande en mariage ne l’était à mon sens pas davantage. Je me tus, néanmoins. Parce que je ne voulais ni l’agresser, ni le brusquer. Après tout l’essentiel demeurait qu’il me parle, il me fallait donc me concentrer sur cela. Cependant, je fronçai brutalement les sourcils à la fin de sa phrase. Que moi je lui parle ? Mais que je lui parle de quoi ? Je n’avais rien à lui dire… Rien à lui avouer… De quoi parlait-il ? J’étais complètement perdu.

Je n’y comprenais rien ; Je n’avais rien à me reprocher. Cependant, lorsqu’il en vint à m’expliquer qu’Aristide avait trouvé un article de journal qu’il pensait que je voudrais garder… Qui m’aurait fait plaisir… Traitant d’un sujet dont Sam n’était pas au courant… Je sentis mon visage se décomposer, n’osant pas imaginer qu’il s’agissait réellement de…Ca. Je ne pus cependant fuir l’évidence lorsque Sam posa le magasine sur la table puis le poussa vers moi avant de retirer sa main de la photographie. Instantanément, mon regard eut un sursaut de fuite, se posant sur le mur en face de nous. Je les fermai finalement en souriant face au commentaire : « Je suis au courant maintenant » Ah… Ca… J’en vins même à rire tant cette phrase me paraissait d’une stupidité affligeante avant de rouvrir les yeux et me forcer à les poser sur cette photographie. Bravo. Vraiment. Je me souvenais de ce jour comme hier, mais je ne me souvenais pas avoir été pris en photo. Qu’importe… Je ne pourrais pas expliquer ce que je ressentais à cet instant précis. De la tristesse bien sûr parce que cette photo représentait tout le bonheur que j’avais perdu, cette femme magnifique que j’avais aimé et qui m’avait laissé mais surtout, je ressentais de la haine. De la haine à l’état pur parce que ce que Samuel venait de faire était absolument odieux. C’était tellement facile… Tellement facile de me coller ce putain d’article sous le nez en exigeant une explication. Tellement facile de me mettre au pied du mur de cette manière. Alors oui, en cet instant, je haïssais Samuel. Qu’est ce qu’il attendait de moi ? Après avoir brièvement parcouru l’article des yeux, il était clair qu’il savait déjà tout. Il fallait en plus que je lui dise ? Il fallait en plus que je m’explique ? C’était juste affreux de me demander ça, il aurait dû comprendre que je ne le pouvais pas et que si je ne l’avais pas fait plus tôt, ce n’était pas par plaisir : C’était parce que j’en étais totalement incapable. Je ne pouvais pas, et au final qu’est ce que cela changeait ? Ca n’avait rien à voir avec nous, avec lui. Ca ne le regardait même pas. Alors, doucement, je pris le magasine et le refermai les lèvres serrées. Puis, je relevai mon regard vers lui, sachant pertinemment qu’il devait être dur, froid. Il m’en fallait beaucoup pour me mettre dans cet état alors que d’ordinaire j’étais d’une douceur extrême avec les autres mais là… Je lui en voulais, très clairement. Je lui en voulais de m’avoir fait ça. Je lui en voulais à un point inexprimable.

« Tu ne peux pas m’épouser si je ne t’en parle pas ? »

Ma voix avait été froide, à l’instar de mon regard qui ne flanchait pas. Il n’allait pas flancher. Samuel pouvait me tenir tête si cela lui plaisait, je n’allais pas céder cette fois. Et si cela signifiait que nous ne devions pas nous marier…

« Très bien. Alors nous ne nous marierons pas. »

Sur ces mots, je retirai l’alliance qu’il avait passé à mon doigt avant de la poser sur la table et la pousser vers lui tout comme il avait poussé le magasine vers moi. J’étais furieux, même si je me contenais, j’avais envie de hurler et de carrément jeter sa bague à l’autre coin de la pièce. Mais non, car malgré tout je l’aimais trop pour cela. Seulement il venait de me faire mal, très mal et ce coup, croyez-moi, je ne l’avais vraiment pas vu venir. Il venait de me mettre au pied du mur alors que moi je ne m’étais jamais permis de faire ça avec lui, jamais. Et je ne pensais vraiment pas mériter ça. Je ne pensais pas mériter qu’il me traite de cette manière alors que mon histoire avec Natacha ne nous a jamais fait de tort, qu’elle n’a jamais rien changé entre nous. Ca n’avait absolument aucune importance entre nous, c’était ma vie, mon passé, ma souffrance. Comme c’était bas… Me sortir cet article minable, me bassiner sur l’honnêteté… Est-ce qu’il fallait vraiment que je lui rappelle combien de temps il avait mis avant d’être honnête avec moi ? Il ne voulait pas m’épouser à cause de ça, eh bien tant pis. J’étais sûr de moi. Je ne voulais pas me marier avec un homme qui me traitait de cette manière. Alors que je me sentais sur le point d’exploser, je me relevai d’un bond avant de m’éloigner mais, ce fut plus fort que moi, je ne pu m’empêcher de me retourner avant de sortir de la salle à manger et tout lui envoyer à la figure, hurlant à voix basse pour ne pas réveiller les enfants :

« Je te hais ! Tu m’entends ? Je te hais pour ce que tu viens de faire ! Comment tu as pu ?! Comment tu as pu oser me faire ça, à moi, alors que moi je ne l’ai jamais fait pour toi ?! Est-ce que je t’ai mis au pied du mur quand tu me parlais à peine parce que tu te sentais mal ? Est-ce que je t’ai menacé de ne plus vouloir être avec toi quand tu m’abandonnais de toute façon ? NON. Je n’ai jamais rien dis, j’ai attendu que tu sois prêt ! Mais que moi je ne le sois pas, je suppose que ça ne t’a même pas effleuré ! Alors tout ce que tu as trouvé à faire c’est me sortir ce torchon et me le coller sous le nez. T’es au courant maintenant, c’est génial, j’espère que tu es content. J’espère vraiment que tu es content. »

Je sortis. Je ne voulais pas écouter ce qu’il pouvait avoir à me répondre, tout comme je n’avais pas envie de le voir. J’en avais assez, il venait de me faire sortir de mes gongs, quand bien même il soit très difficile de me rendre aussi furieux. Cependant, je sentais déjà ma colère s’apaiser. Il n’était pas dans ma nature que de faire des scènes de ce genre et, très sincèrement, je n’étais pas très fier de moi. Même si exploser m’avait fait du bien dans le sens où à présent je me rendais compte que j’avais eu tort, je ne pu m’empêcher de soudainement me sentir horriblement bête. J’avais, moi, été horrible… Je m’apprêtai à aller dans le salon, me laisser le temps de réfléchir calmement, lorsque je vis Lucy au pied des escaliers, se tenant à la rampe tout en baillant. Je soupirai. Chaque chose en son temps. M’approchant d’elle, je la pris avec douceur dans mes bras avant de déposer un léger baiser dans ses cheveux.

« Qu’est ce que tu fais debout à cette heure, toi ?
- J’ai soif… »

Sa petite voix endormie m’arracha un sourire même si, au fond, je n’avais vraiment pas le cœur à cela. Je la serrai un peu plus fort contre moi avant d’entrer dans le salon, la déposer avec douceur sur le canapé puis disposer un petit plaid sur ses jambes pour qu’elle n’ait pas froid. Je caressai tendrement ses cheveux avant de murmurer :

« Tu veux un lait chaud ma puce ? »

Elle hocha la tête avant de me sourire. Alors, je me redressai puis retournai dans la cuisine, évitant de penser pour le moment à Sam, m’attelant simplement à préparer un lait chaud pour Lucy. J’y ajoutai une petite cuillère de miel puis retournai au salon, manquant de me verser la tasse dessus lorsque je vis Lucy blottie dans les bras de Sam, assis sur le canapé. Je déglutis. Nous ne nous étions jamais disputé aussi violemment même si, au final, il ne s’agissait pas réellement d’une dispute puisque je ne lui avais rien laissé le temps de répondre. Toujours est-il que je me sentais horriblement mal à l’aise, ainsi que particulièrement stupide. J’avais réagis sous le coup de l’émotion, montant sur mes grands chevaux alors que Samuel n’avait sans doute pas voulu me faire de mal et cela, je le réalisais à présent. Il m’en avait parlé car il était au courant et qu’il avait sans doute compris que de moi-même je ne le ferais pas, ce qui était légitime après tout. A sa place… A sa place j’aurais sans doute fait pareil, quand bien même j’ai prétendu le contraire. Au bout de quelques instants d’hésitation je m’approchai donc avec lenteur, appréhendant un regard noir ou une parole désagréable mais il ne broncha pas, se concentrant de toute évidence sur notre fille qu’il serrait toujours dans ses bras. M’asseyant à leurs côtés je tendis sa tasse à Lucy tandis qu’elle se redressait, puis l’attrapa avant d’en boire une gorgée. De mon côté, je demeurais parfaitement silencieux, fixant obstinément Lucy afin d’éviter le regard de Sam que je présumais plein de rancune. C’aurait été justifié, cependant. Ma réaction avait été excessive, bien trop violente, bien trop brutale. Si j’avais pensé ne pas mériter le traitement qu’il m’infligeait, il me semblait que lui non plus ne méritait pas que je lui parle de cette manière. Je soupirai, mon regard se posant sur mon annulaire. Pourquoi avais-je retiré sa bague ? J’étais idiot. Complètement idiot. Puis, me sortant de mes pensées, je vis Lucy reposer sa tasse et se blottir de nouveau contre Samuel. Malgré moi, j’eus un sourire plein de tendresse à la vue de ces démonstrations d’affection entre eux. Lucy avait beaucoup plus de facilités que Lucas pour aller vers Sam, je crois qu’elle l’appréciait vraiment, peut-être pas comme un père mais oui, elle avait de l’affection pour lui. Et quelque part, même si ce ne représentait peut-être pas grand-chose pour le moment, j’étais extrêmement heureux de les voir ensemble de cette manière. Le silence demeura encore quelques instants de telle sorte que l’on ne perçu plus que nos respirations dans la pièce, celle de notre fille bien plus lente que les nôtres. J’hésitai une seconde.

« Je crois qu’elle s’est rendormie. »

Sur quoi je soupirai de nouveau, secouant légèrement la tête.

« Ecoute, Sam, je… »

Relevai brièvement les yeux vers lui avant de me lever de nouveau, prendre la tasse de Lucy et la ramener à la cuisine après quelques instants d’hésitation sur le pas de la porte. Il fallait que nous parlions ou plutôt que je parle, que je m’explique, que je m’excuse. Car après tout, il méritait parfaitement ces explications et tant pis si je n’étais pas tout à fait prêt à les lui donner : Il en avait besoin, alors j’allais le faire, voilà tout. Seulement, j’avais besoin d’un peu de courage avant cela, c’est pourquoi j’étais retourné à la cuisine, y demeurant quelques instants sans bouger. Du courage… Je n’étais pas quelqu’un de courageux. Et encore moins par rapport à ce sujet. Ceci dit, je fis tout de même l’effort de retourner dans la salle à manger, y récupérer le magasine et ma bague que je ne passais cependant pas à mon doigt. Sam avait accepté ma demande avant de me parler de Natacha mais les mots que j’avais eu à son encontre avaient été durs, blessants, et s’il ne souhaitait vraiment plus que nous nous marions, je n’allais certainement pas porter cette bague. Toujours est-il que je revins finalement au salon où il se trouvait toujours, puis posai la bague sur la table basse, gardant cependant le magasine que je r’ouvris à la bonne page. Mon cœur se serra une nouvelle fois à la vue de ce passé définitivement perdu mais je ne pouvais pas me laisser submerger par la tristesse : Une fois, pas deux. Alors, même si je me sentais horriblement mal, même si ma gorge me serrait et mes entrailles se nouaient, j’allais tout dire à Samuel, comme il me l’avait demandé. Puisque nous voulions nous marier nous devions être honnêtes l’un envers l’autre, il avait raison, et nous devions surtout ne pas avoir le moindre secret l’un pour l’autre. Certes, ce secret là n’avait rien à voir avec notre vie actuelle mais il faisait malgré tout partie de moi, de mon histoire. Or, Samuel allait épouser cela également s’il le voulait toujours. Je finis par glisser mes doigts sur la photographie, me perdant dans mes pensées quelques instants, avant de cesser sans pour autant relever les yeux vers Samuel. Ma voix fut cette fois ci beaucoup plus douce, beaucoup plus basse, en partie parce que je ne voulais absolument pas réveiller Lucy.

« C’est un sujet douloureux… Encore trop douloureux. »

Je serrai les dents, réprimant un frisson.

« Ce que j’ai dis tout à l’heure, je ne le pensais pas. Je ne te déteste pas et tu as le droit de savoir, tu as le droit de savoir qui je suis réellement mais… Je suis désolé. Je suis vraiment désolé d’avoir réagi comme ça, c’était… démesuré et complètement stupide. Ainsi qu’odieux… »

Alors seulement, je me risquai à relever les yeux vers les siens, ressentant immédiatement une profonde tristesse bien différente que celle que j’éprouvais par rapport à Natacha se répandre en moi.

« Je n’étais pas prêt, je ne le suis toujours pas. Ca fait un an que je te connais mais je te jure que durant tout ce temps, pas une fois, pas une, ne m’a semblé être la bonne pour t’en parler. Mais tu dois savoir, alors… »

De nouveau je baissai les yeux vers le magasine avant de prendre une profonde inspiration et me laisser tomber dans le fond du canapé. L’idée d’aborder de nouveau cette période de m’a vie m’était presque intolérable, quand bien même je sois décidé à éclaircir la situation avec Samuel. Cela ne m’empêchait cependant pas d’avoir mal, horriblement mal. Mes doigts se crispèrent sur mes genoux.

« Je n’avais pas plus de 20 ans lorsque je l’ai rencontré, elle a été ma première vraie histoire d’amour. C’était au conservatoire… Elle jouait du violon dans le même orchestre que moi et je ne me doutais pas que tout irait si vite entre nous la première fois qu’elle m’a invité à sortir mais… Si. Tout est allé extrêmement vite parce que je suis tombé amoureux d’elle presque immédiatement et cet amour était si fort, si puissant que… Eh bien… Nous nous sommes installés ensemble assez vite, nous nagions dans le bonheur… Nous avions les mêmes goûts, les mêmes passions, les mêmes amis, quasiment le même métier… Nous étions faits l’un pour l’autre, alors quand elle m’a annoncé qu’elle était enceinte… Je ne pouvais qu’être encore plus heureux. »

Je déglutis une nouvelle fois, mes doigts se crispant de plus en plus sur mes genoux.

« Elle…Elle…Elle est morte sept mois plus tard en accouchant prématurément de notre petit garçon. »

Le voilà le drame de ma vie, la voilà la bombe qui avait tout réduit à néant.

« Nous habitions en Alaska et là-bas, les hivers sont rudes… Seulement, elle est sortie avec moi, et elle est tombée malade. Tellement malade que lorsque l’accouchement s’est déclaré, elle n’a pas eu la force de mettre au monde notre enfant… Elle est morte d’un arrêt cardiaque, quant à l’enfant… Il s’est étouffé avant même d’avoir vu la lumière du jour. »

Soudainement, je me sentais horriblement vide, comme si toute mon énergie venait de s’évanouir. Sans doute étais-je pâle, peut-être tremblais-je un peu ; Je n’en savais rien. Tout ce que je savais, c’est que je venais de tout avouer à Sam comme il le souhaitait, comme notre relation en avait besoin même s’il me semblait avoir encore certaines choses à lui dire. Il allait falloir que je puise en moi pour tenir jusqu’au bout.

« Il y a des questions que tu ne m’as jamais posé, peut-être parce que tu ne voulais pas connaître les réponses, ou alors que tu n’y as pas pensé mais… C’est à cause de ça que j’ai commencé à boire…C’est aussi à cause de ça que je suis devenu homosexuel même si je ne m’en suis rendu compte que très tard… Je ne pouvais plus regarder la moindre femme sans penser à la mienne. Je ne pouvais plus aimer d’autre femme qu’elle et finalement… Finalement je t’ai rencontré, toi. »

Et, aussi étonnant que cela puisse paraître, un maigre sourire se dessina sur mes lèvres alors que je relevai les yeux vers lui.

« Tu m’as redonné l’espoir quand j’étais au fond du gouffre, tu m’as redonné… Tous mes rêves. Tout. Mais je ne veux pas que tu penses que tu es une solution de remplacement ou je ne sais quelle autre bêtise, parce que Sam, je t’aime bien plus que tout au monde aujourd’hui. Tu as le droit de ne pas me croire mais je te le jure : Tu es la seule personne qui compte à mes yeux et Natacha, même si je l’aimerais toujours, fait partie du passé… Tu es mon avenir, ma source de bonheur, tu es… Tu es ma vie, tout simplement. Lorsque je suis avec toi je ne pense plus à elle, ni à ma souffrance, rien d’autre que nous n’occupe mes pensées, mes espoirs pour le futur. Et si j’ai aimé cette femme plus que de raison, crois-moi, je t’aime bien plus encore… »

Ma voix finit par mourir dans ma gorge alors que j’espérais une réponse, un signe, quoi que ce soit qui ne vint pas. Je soupirai de nouveau avant de me risquer à poser ma main sur son avant bras, risquant peut-être d’être repoussé mais j’avais besoin de ce contact ; J’avais besoin de le sentir près de moi.

« Je n’ai aimé que deux personnes dans ma vie : Natacha, et toi. Alors crois moi lorsque je te dis mon amour car je n’aime pas à la légère, et je suis sûr de moi, parfaitement sûr. Je ne veux pas que tu doutes un seul instant de moi… C’est vrai, j’aurais dû t’en parler plus tôt et je suis une nouvelle fois désolé de t’avoir blessé mais il faut que tu me croie. Il faut que tu me croies parce que je ne t’ai jamais menti, et je veux t’épouser… Je veux faire ma vie avec toi aujourd’hui. Je le veux vraiment… »

De nouveau j’attendis, en vain, une quelconque réponse. J’étais désespéré. Non pas d’avoir reparlé de Natacha, mais d’imaginer qu’il puisse remettre toute notre histoire en questions. Seulement, je savais que la pillule aurait du mal à passer et je ne voulais pas brusquer les choses. C’était de ma faute après tout, j’aurais dû m’y prendre plus tôt, autrement, le ménager. J’avais eu tort, une nouvelle fois. Au bout de quelques instants de silence je laissai donc échapper un soupir avant de me pencher vers lui et, malgré tout, déposer un baiser sur sa tempe. Je murmurai :

« Je t’aime, n’en doute jamais. »

Puis, je retirai ma main de son avant bras pour la poser délicatement sur la tête de Lucy.

« Et mes enfants, ce sont Lucy et Lucas. Ce sont nos enfants. »
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MessageSujet: Re: I'm on The Edge of Glory, and I'm hanging on a moment with You.   Mer 1 Fév - 22:56

Une bombe.

J'avais lâché une véritable bombe et je le savais. Mais il le fallait, je n'avais pas le choix. J'avais déjà trop attendu en fait et finalement, ce bon moment n'existait pas : Il n'y avait pas de bon moment pour aborder un sujet pareil. Non, il n'y avait pas de bon moment et moi, j'avais choisi le soir de notre anniversaire, le soir où Liam m'avait demandé ma main. Un choix qui peut paraître dingue, même stupide mais je pensais sincèrement ce que je lui avais dis sur l'honnêteté et pour que l'on puisse partager pleinement notre bonheur, il fallait que je sois honnête, tout comme il devait l'être. Lorsqu'il détourna le regard avant de fermer les yeux, mon cœur se mit à battre encore plus vite et le sourire qu'il esquissa et le rire qui suivit me firent froid dans le dos. J'avais soudain peur, très peur d'avoir mal agi, peur d'avoir mal amené tout ceci à lui. Peur... Il finit par rouvrir les yeux, les posa sur la photo et resta silencieux sans bouger pendant un long moment avant de glisser ses mains sur le magazine et de le refermer d'un coup sec qui me fit presque sursauter. Ses lèvres étaient serrées et lorsqu'il posa enfin son regard sur moi, le frisson que j'avais ressenti quelques instants auparavant ne fut rien comparé à la tempête glaciale que j'eus l'impression de sentir glisser sur mon être tout entier. Le regard de Liam était d'une dureté terrible, d'un froid glacial, à l'image du regard qu'il avait pu avoir sur moi quand il m'avait quitté ce soir-là à l'infirmerie. Pourtant, ce soir-là, il était ivre. Là, il était sobre et son regard était même pire que ce soir-là en réalité. Puis, quand sa voix s'éleva j'eus l'impression de recevoir un coup de poignard en plein cœur tant elle fut à l'image de son regard : Dure et froide. Une voix qui ne lui ressemblait pas. Une voix qui me demanda si j'étais incapable de l'épouser s'il ne m'en parlait pas. Qu... Quoi ? Il n'était pas question de ça, il n'avait jamais été question de ne pas nous marier : D'où sortait-il un truc pareil ? Il ne me laissa pas le temps de répondre et m'annonça que nous n'allions donc pas nous marier. J'étais tellement surpris pour ne pas dire choqué de sa réaction que je fus incapable de répondre quoi que ce soit.

Comment avait-il pu en arriver à cette conclusion là ? Comment pouvait-il penser que j'allais refuser de l'épouser s'il ne souhaitait pas m'en parler ? Non, bien sûr que non... J'avais voulu, moi, être honnête et lui dire que j'étais au courant. Le reste, ensuite, dépendait de lui mais je n'avais jamais eu l'intention de le forcer à me parler. Je le voulais... Je voulais partager sa souffrance mais je ne voulais certainement pas l'y forcer et pourtant, c'était ainsi qu'il l'avait compris, c'était ainsi qu'il avait interprété mon geste. Il avait eu tort... Et quand il retira l'alliance qui avait été jadis à son père et qui était à présent la sienne avant de la poser sur la table et de la pousser vers moi pour me la rendre, j'eus l'impression de sentir mon cœur s'arrêter. J'eus l'impression de mourir car ce geste avait tout d'une rupture. Comment pourrions-nous continuer si nous revenions en arrière, si quelque chose, comme je le craignais, s'était brisé entre nous ? D'ailleurs, cette idée se confirma lorsqu'il se leva d'un bond avant de s'éloigner. Intérieurement, j'étais complètement brisé mais cela devait probablement se voir sur mon visage puisque j'avais décidé de ne plus porter de masque. Le voir ainsi s'éloigner en me tournant le dos était terrible : C'était comme s'il me disait « adieu ». Mais au lieu de quitter la salle à manger, il se retourna avant de sortir, et, en me fusillant du regard hurla à voix basse des mots terribles, des mots que j'encaissai sans broncher, incapable de réagir, figé par la douleur qui me parcourait tout entier. Douleur qui ne fit que s'amplifier lorsque ses mots parvinrent réellement jusqu'à mon cerveau. L'entendre me dire qu'il me haïssait pour ce que je venais de faire alors que lui je ne m'avais jamais fait ça... En fait, le reste, je ne l'entendis pas ou simplement d'une oreille lointaine et je fus donc incapable d'y faire attention. Mon esprit était resté bloqué sur le « Je te hais ! ». A un moment donné, je le vis quitter la pièce.

C'était terminé.

D'ordinaire j'en aurais pleuré, mais là, j'étais tellement choqué que même les larmes ne vinrent pas. Mon regard quitta l'endroit où Liam s'était trouvé quelques instants auparavant pour se poser sur la bague qui se trouvait sur la table. Cette bague qui n'était pas restée très longtemps à son doigt et qui n'y retournerait probablement jamais... J'aurais pu la reprendre mais j'étais incapable de faire un geste vers cet objet, j'étais même incapable de ne serait-ce que l'effleurer. Non, je ne voulais pas y toucher. Je ne voulais plus y toucher. Plus jamais. Il la rendrait lui-même à son père. Il... Revint dans la pièce et aussitôt, je relevai mon regard probablement toujours autant choqué vers lui mais il alla directement à la cuisine sans même m'adresser un regard. Je finis par baisser le visage avant de me rendre compte qu'une petite silhouette se trouvait à l'entrée de la salle à manger. Je relevai mon regard et vis que Lucy était là, à moitié endormie. Je clignai quelques instants des yeux pour essayer de reprendre mes esprits et me redressai avant de m'avancer vers elle. Je n'eus pas le temps de lui demander ce qu'elle faisait debout qu'elle m'expliqua d'une toute petite voix que Liam était parti lui préparer du lait chaud. Elle se frotta doucement les yeux et je tendis les bras vers elle, l'invitant à venir contre moi. Elle esquissa un petit sourire avant de venir contre moi et je la pris dans mes bras avant de nous redresser et d'aller m'installer dans le canapé, Lucy sur mes genoux, blottie contre moi. Doucement, je me mis à la bercer en lui caressant les cheveux avec délicatesse. Ce moment aurait pu être tellement magique mais ce qu'il s'était passé juste avant le rendait au contraire terriblement difficile parce qu'il était clair, dans ma tête, que je risquais de devoir dire « adieu » à cette demoiselle, à Lucas, à nos enfants, à notre famille... Cette fois-ci, je sentis les larmes me monter aux yeux mais pris sur moi pour me contrôler car il ne fallait pas que Lucy ne me voit dans cet état. Je resserrai simplement mon étreinte autour d'elle et la dévorait des yeux, comme si c'était la dernière fois que je le faisais. J'entendis Liam revenir dans la salle à manger mais je ne relevai pas le regard vers lui de peur de recroiser ce regard rempli de haine que j'aurais été cette fois-ci incapable de supporter. Je le sentis s'asseoir à côté de nous et vis finalement sa main entrer dans mon champ de vision, tendant une tasse de lait chaud à Lucy qui se redressa et l'attrapa avant d'en boire une bonne gorgée. Mes doigts caressaient toujours doucement ses cheveux alors qu'un horrible silence était à présent installé. Après avoir bu plusieurs gorgées, elle reposa la tasse et se blottit à nouveau dans mes bras. Dès lors, je resserrai à nouveau mon étreinte autour d'elle, posant doucement mon menton contre sa tête, mais observant obstinément droit devant moi, refusant le moindre contact visuel avec Liam.

J'avais trop mal et je ne voulais plus avoir mal.

Au bout d'un certain moment, je sentis la respiration de Lucy se faire plus calme, plus régulière et je réalisai qu'elle s'était rendormie. J'étais cependant décidé à la garder contre moi, je ne voulais pas me séparer d'elle : Pas encore... La voix de Liam s'éleva soudainement mais doucement pour ne pas réveiller Lucy et dit tout bas qu'il croyait qu'elle s'était rendormie. Oui, c'était bien le cas. Elle s'était rendormie, dans mes bras, et lui, il pouvait aller se coucher s'il le voulait. Il pouvait continuer sur sa lancée et me laisser pour de bon. Il pouvait me laisser avec celle que je considérais comme ma fille mais qui ne l'étais probablement déjà plus. Lorsqu'il prononça mon prénom, je ne bronchai toujours pas, préférant ne pas croiser son regard : J'en étais toujours incapable, voilà tout. Je le vis se redresser et prendre la tasse avant, je l'imaginais, de retourner jusqu'à la cuisine. Qu'allait-il se passer maintenant ? Sa voix, quand il avait parlé à l'instant m'avait parue plus douce, moins froide... Ou alors, était-ce tout simplement un mauvais tour de mon esprit qui me faisait entendre ce que j'avais envie d'entendre ? Probablement, oui. Je l'entendis revenir dans le salon et s'approcher. Mon cœur se mit à battre plus vite : Allait-il me prendre Lucy des bras pour la ramener dans son lit et me laisser là ? C'était possible oui. Cependant, il fit tout autre chose : Il posa l'alliance sur la table basse et ma douleur redevint à la limite du supportable. Il n'avait pas besoin de me la rendre deux fois cette foutue bague, j'avais bien compris la première fois... Malgré la peur, et malgré la douleur, je finis par rassembler mon courage et par relever mon regard vers lui : Il devait arrêter de me faire mal et je devais lui dire. Seulement, lorsque mes yeux se posèrent enfin sur lui, je ne vis pas cet être haineux qui m'avait dit tant de mots terribles. Je vis l'homme que j'aimais, tenant fermement le magazine ouvert à la main, une infinie tristesse lui déformant les traits. Et c'était mon œuvre : Par souci d'honnêteté, j'avais tout fait remonter à la surface. J'avais eu mal... Non : J'avais mal. Mais lui alors ?... Lui aussi souffrait horriblement en cet instant. Et quand sa voix s'éleva doucement pour éviter de réveiller Lucy, elle fut à l'image de son visage : Pleine de tristesse.

Qu'avais-je fait ?...

Le silence s'était de nouveau installé entre nous, simplement entrecoupé par les doux bruits de respiration de Lucy que je gardais toujours tout contre moi. Ce silence me parût durer une éternité et finalement, Liam finit par le rompre en m'annonçant que c'était un sujet trop douloureux à aborder pour lui. Je l'avais compris à présent, et j'aurais dû le comprendre bien avant, cela lui aurait évité de nouvelles souffrances. Mais non, j'avais été idiot... J'avais pensé que nous avions besoin de toute savoir l'un de l'autre, de tout nous dire. J'avais pensé que me parler de son passé briserait cette dernière barrière qui existait entre nous et j'avais eu tort. J'entrouvris les lèvres pour lui dire qu'il n'avait pas à en parler si cela lui faisait mal, pour lui dire que je regrettais de l'avoir mis ainsi devant le fait accompli, pour lui dire que jamais je n'aurais dû agir ainsi, mais il ne m'en laissa pas le temps puisqu'il poursuivit. Seulement, ce ne fut pas une confession que j'entendis mais des excuses pour ce qu'il m'avait dit un peu plus tôt. Ce qu'il m'avait dit... Ah... Oui : Qu'il me détestait, entre autres choses. Je détournais brièvement le regard, sentant un frisson me parcourir le corps entier : Le souvenir de ses mots était encore horriblement présent et douloureux. Je lui avais fait du mal mais oui, lui aussi m'avait fait du mal en me parlant ainsi. Au moins, nous étions tous les deux conscients du mal que nous avions fait à l'autre... Cela dit, l'entendre me dire qu'il ne pensait pas ce qu'il avait dit me fit un bien fou. La frontière entre la haine et l'amour est infime et j'en avais déjà fait l'expérience alors oui, je l'avais cru quand il m'avais dit qu'il me détestait. Savoir, qu'en réalité, ce n'était absolument pas le cas me rassura. Tout n'était finalement pas perdu... En tout cas, je pouvais à nouveau l'espérer, même si j'avais été très loin, trop loin... J'osai reporter mon regard sur lui et croisai son regard : Reflétait-il ma propre tristesse ? Si c'était le cas, nous étions bel et bien brisé tous les deux en cet instant.

Et c'était ma faute, quoi qu'il en dise. Même s'il avait eu des mots blessants, j'étais celui qui avait tout déclenché. Nous restâmes quelques instants à nous regarder avant qu'il ne poursuive en m'expliquant qu'il n'était pas prêt à parler de ce sujet là et que, pas une seule fois durant l'année qui s'était écoulée, il avait trouvé un bon moment pour m'en parler. Comme son comportement ressemblait au mien depuis l'instant où j'avais découvert son passé. J'avais désespérément attendu le bon moment pour lui parler sans jamais y parvenir et finalement, le moment que j'avais jugé bon ne l'avait pas été : Il n'y aurait jamais de bon moment pour ça en fait. Jamais. Et je le comprenais seulement maintenant que je voyais Liam se battre contre sa douleur pour réussir à me parler de son passé. Je m'en voulais terriblement, sa tristesse amplifiait la mienne et mes yeux commencèrent à me piquer. Je clignai plusieurs fois des paupières pour m'empêcher de pleurer et c'est à ce moment-là que Liam rabaissai son regard pour le poser sur le magazine avant de prendre une profonde inspiration. J'eus l'impression de respirer avec lui, de partager son oxygène, et quand ses doigts se crispèrent sur ses genoux, je resserrai mon étreinte autour de Lucy et sentis ses petites mains s'attacher un peu plus à moi. Je ne saurais expliquer pourquoi mais cela me fit du bien, me donna de la force et je réalisai soudain que je n'étais pas celui qui avait besoin de force en cet instant : C'était Liam qui en avait besoin. J'aurais voulu qu'il puisse serrer notre fille dans ses bras, la sentir tout contre lui pour lui donner du courage et de la chaleur. Ce n'était cependant pas le cas et je ne fis aucun mouvement pour lui tendre Lucy : Il venait de se lancer dans le récit de son histoire, de son passé, de ce qu'il faisait, en partie, l'homme qu'il était. L'homme que j'aimais.

Ma mâchoire se crispa en l'entendant me raconter qu'il avait à peu près 20 ans quand il l'avait rencontrée, qu'elle avait été sa première véritable histoire d'amour, qu'ils avaient partagé leur passion commune pour la musique, qu'ils avaient nagé dans le bonheur, qu'ils avaient fait beaucoup de projets... La naissance d'un enfant en faisait partie mais elle avait trouvé la mort en mettant au monde leur petit garçon prématurément. Mon cœur se mit de nouveau à battre plus vite et fis un effort monstrueux pour ne pas me mettre à pleurer tant mon cœur était déchiré : Parce que le sien avait été déchiré par cette perte tragique. J'avais mal parce qu'il avait mal et quand il continua en m'expliquant comment elle avait fini par tomber malade avant l'accouchement, qu'elle était morte d'une crise cardiaque et que l'enfant, quant à lui, s'était étouffé avant même de voir la lumière du jour, j'éprouvai le besoin quasi incontrôlable de lui dire de s'arrêter, de ne pas m'en dire plus, de se taire. Il fallait qu'il se taise... Il fallait absolument qu'il arrête de me parler de cette tragique histoire qui me tordait les entrailles, qui me rendait malade de douleur pour lui, pour elle, pour leur enfant, pour eux, pour le futur qu'on lui avait arraché... J'avais voulu partager cela avec lui et si je voulais qu'il se taise, ce n'était pas par peur d'en entendre plus, pas peur de souffrir davantage mais pour lui éviter, à lui, de souffrir davantage. J'avais déjà remué tant de choses ce soir... Et il n'avait nul besoin de m'expliquer que c'était à cause de cette histoire qu'il avait commencé à boire. Par contre, à travers la tristesse et la douleur de ce récit, de la surprise naquit en moi quand il m'annonça que c'était à cause de cela qu'il était devenu homosexuel : Parce qu'il ne pouvait pas aimer une autre femme. Voilà un côté de sa personnalité qui était bien différente de la mienne. Certes, ce que j'avais ressenti quand j'avais perdu Jason n'avait rien de comparable à ce qu'il avait vécu mais pourtant, je n'avais jamais pensé à me tourner vers les femmes. En fait, après Jason, je n'avais pas cru pouvoir retomber amoureux.

Ça, par contre, nous l'avions en commun.

Si moi, je lui avais redonné espoir, il avait fait exactement la même chose pour moi. Et il était d'ailleurs encore en train de le faire en déclarant en toute sincérité ce que je représentais pour lui, l'amour sans condition qu'il éprouvait pour moi. Une solution de remplacement vis à vis de Natacha ? Oh non, je n'y avais jamais pensé. Pas une seule fois. Non, pas une seule fois je n'avais douté de son amour pour moi depuis que j'avais découvert l'existence de Natacha, depuis que j'avais découvert cette partie de son passé. Et quand, avec tendresse il posa sa main sur mon avant bras et, quand, d'une voix vibrante d'émotion, il me dit doucement que j'étais sa vie et qu'il voulait m'épouser, je sentis les larmes me monter aux yeux et fus incapable de les retenir. Je les sentis couler sur mes joues, alors que je restai plus silencieux qu'une tombe. Comment avais-je pu être aussi stupide ? Même si je ne l'avais pas fait de façon égoïste, même si je n'avais voulu qu'être honnête, qu'il le soit et partager sa peine, j'avais ravivé une terrible douleur et lui, il était là, en train de confondre en excuses alors qu'il venait de revivre cette terrible tragédie en me la racontant... Il déposa un léger baiser sur ma tempe avant de murmurer tout bas qu'il m'aimait et que je ne devais jamais en douter. Puis, doucement, il retira sa main de mon avant bras avant de la poser sur la tête de Lucy en ajoutant que ses enfants étaient nos enfants. Je tournai doucement le visage vers lui et collai mon front contre le sien avant de fermer les yeux. Sur le moment, je fus incapable de répondre quoi que ce soit tant j'étais submergé par l'émotion. En fait, j'allais avoir besoin de quelques minutes pour trouver le courage de lui parler, de lui répondre. Puis, finalement, quand je fus capable de parler ce fut pour dire des mots auxquels ils ne s'attendaient sans doute pas.

-Je vais aller la remettre au lit. Je reviens tout de suite...

Parce qu'en une fraction de seconde, j'avais réalisé que ce que je voulais lui dire, je ne voulais pas lui murmurer pour ne pas réveiller Lucy, et aussi, parce que je voulais le lui dire en le prenant dans mes bras, en le serrant très fort contre moi. Nous rouvrîmes les yeux quasiment au même moment et je lus la surprise mélangée à la frayeur sur son visage. Aussi, m'empressai-je d'ajouter, bien qu'incapable de sourire sur le moment :

-Je t'assure que je reviens tout de suite...

Il finit par hocher doucement la tête, se pencha pour embrasser tendrement Lucy sur le front et je me redressai doucement avant de quitter le salon. Je montais les marches le plus doucement possible et lorsque je fus finalement arrivé jusqu'au lit de Lucy, je l'y déposai avant de l'embrasser à mon tour avec tendresse sur le front. Je restai un instant à l'observer avant de soupirer et de sortir de la chambre. En descendant les marches, je réalisai que c'était bien plus difficile que je ne l'avais pensé de retourner auprès de Liam. Pas parce que je lui en voulais, mais parce que je m'en voulais. Lorsque je fus enfin parvenu à l'entrée du salon, je m'arrêtai net, incapable de faire un pas de plus sur le moment. En en entendant mes pas, il se retourna et nos regards se croisèrent. Je vis une nouvelle fois, dans ses yeux, cette douleur que j'avais ravivé et doucement, je hochai la tête, et plaquai ma main contre ma bouche pour étouffer mes sanglots que je ne pouvais à présent plus retenir. Il se redressa vivement et ce ne fut qu'à ce moment-là que je fus capable de continuer à avancer. Je supprimai le peu de distance qui nous séparait en courant et une fois arrivé à sa hauteur, je le pris dans mes bras et le serrai fort contre moi, presque à l'en étouffer. Mes mains se crispèrent dans son dos et je glissai ma tête dans le creux de son cou, laissant aller mes sanglots. Je sentis ses bras se refermer autour de moi et, au bout de quelques instants, je retirai mon visage de son cou avant de le reculer doucement de poser une nouvelle fois mon front contre le sien : Nos regards se croisèrent une nouvelle fois pour ne plus se quitter. Quand ma voix s'éleva, elle fut brisée, mais je ne pouvais pas contrôler cette déferlante de tristesse et de douleur dont j'étais la cause.

-Je te demande pardon ! Je suis tellement désolé de t'avoir forcé à revivre tout ça ! Je ne voulais pas te faire de mal ! Je voulais juste être honnête, qu'on soit honnête, que...

La vraie raison, ce n'était pas ça. La vraie raison, c'était...

-Je voulais partager ta douleur, pas la raviver et te refaire du mal mais c'est ce que j'ai fait. Pardon mon amour, pardon...

Mes lèvres allèrent se poser au coin de ses yeux, puis sur chacune de ses joues avant de trouver ses lèvres et de les embrasser avec tendresse. Un baiser au goût de larmes salées... Mes bras se resserrèrent autour de lui et doucement, nos lèvres se séparèrent tandis que je l'entraînais jusqu'au canapé pour que nous puissions nous asseoir. Une fois cela fait, je ne lâchai pas pour autant ou ne me reculai pas, non. Je restai tout près de lui, mon visage à quelques centimètres du sien et mon regard baigné de larmes toujours plongé dans le sien. Ma main droite quitta son dos pour venir se poser doucement sur sa joue et de mon pouce, dans un geste tendre, je lui caressai la peau, me perdant dans ses yeux mais ne me perdant pas dans mes pensées pour autant. Je savais ce que j'avais à lui dire, ce que je voulais lui dire, ce que je voulais qu'il comprenne et dont il ne doute pas comme lui n'avait pas voulu que je doute de son amour pour moi. Aussi, pour la première depuis de longues et interminables minutes, mes lèvres s'étirèrent doucement dans un tendre sourire.

-Pas un seul instant je n'ai pensé que je te servais de remplaçant ou de quoi que ce soit d'autre vis à vis de celle qui a temps représenté pour toi et qui sera toujours présente dans ton cœur...

Mon autre main quitta finalement elle aussi son dos pour venir poser contre son torse, là où je pouvais sentir les battements de son cœur contre la paume de ma main.

-Je n'ai jamais douté de ton amour pour moi, même quand j'ai découvert ce que tu avais traversé. Je me suis demandé pourquoi tu ne m'en avais pas parlé, c'est vrai, mais je n'ai pas pensé à un manque d'amour... Je n'ai pas pensé du tout en fait, et j'en suis sincèrement désolé parce que si j'avais un petit peu plus réfléchi à tout ça, je ne t'aurais pas fait ce que j'ai fait ce soir...

Je le vis entrouvrir les lèvres, sans doute pour protester et me dire encore une fois que c'était lui qui avait mal réagi mais il était hors de question que je le laisse se rendre coupable de cette façon alors qu'il n'avait rien à se reprocher. Alors, d'un geste de la tête, je lui fis comprendre que je ne voulais pas qu'il m'interrompe.

-Tu t'es excusé de ta réaction mais tu n'as pas à t'excuser : Tu n'as rien à te faire pardonner, c'est plutôt le contraire Liam... D'accord, mes intentions n'étaient pas mauvaises mais j'aurais dû m'y prendre autrement, t'en parler plutôt que de te montrer ce magazine, de te mettre face à cette photo, à cet article... Je m'en veux tellement...

Je soupirai et détournai finalement le regard. Pour en arriver à ne pas oser le regarder en face, ma culpabilité était assez sévère et me connaissant comme il me connaissait, il allait sans aucun doute comprendre à quel point je me sentais mal.

-J'espère que tu pourras me pardonner parce que...

Un nouveau soupir mais cette fois-ci, je pris mon courage à deux mains et relevai mon regard vers lui.

-Parce que moi aussi je t'aime comme je n'ai jamais aimé personne. Pour moi aussi tu es devenu ma vie, la planète dont je suis le satellite et dont je ne pourrai jamais m'éloigner. Jamais... Et j'ai mal Liam... Mal parce que tu as mal, parce que tu as tant souffert... J'ai mal parce que l'Univers a été tellement cruel avec toi alors que tu mérites qu'il soit doux, tendre et amour... Et si j'ai été capable et suis toujours capable d'apaiser cette peine, cette douleur, alors tant mieux. Je ne demande pas mieux que de partager ta douleur et l'apaiser. Et c'est pour ça... C'est pour ça que j'ai voulu que nous parlions de tout ça. J'ai parlé d'honnêteté par rapport à nos vœux mais je le répète, il ne s'agissait pas d'honnêteté mais plutôt de tout partager. « Dans la santé comme dans la maladie », ça, nous l'avons déjà échangé et vécu, mais c'était l'autre vœux qui m'importait : « Dans la joie comme dans la peine... ». Ce sont ces vœux auxquels je crois et que nous avons, en tout cas je le crois, échangés ce soir... C'était ce à quoi j'aspirais. Tout partager, sauf que je m'y suis pris comme un manche...

Je marquai un silence, puis, doucement,un nouveau sourire trouva sa place sur mon visage malgré les larmes. Je venais de repenser à une autre chose qu'il avait dite et qui m'avait particulièrement touché et à laquelle je ne pouvais que répondre par l'affirmative.

-Quant aux enfants... Je les considère déjà comme nos enfants. Vous êtes ma famille, mon rêve devenu réalité. Tu es mon rêve, ma raison de vivre et...

Je détournai le regard et le posai sur la table basse, sachant où se trouvait ce que je cherchais et ce que je voulais faire ou plutôt, ce que je voulais refaire. Mes doigts glissèrent sur l'alliance avant de la reprendre et de la lui proposer.

-Moi aussi je veux t'épouser, passer ma vie à tes côtés... Si toi tu veux toujours de moi bien que je sois un parfait crétin...

Oh ça, oui, j'étais un véritable crétin par moments...
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MessageSujet: Re: I'm on The Edge of Glory, and I'm hanging on a moment with You.   Sam 18 Fév - 21:30

Tout ce que je souhaitais, c’était éviter la rupture. Car je savais que si Samuel doutait de mon amour pour lui, notre relation ne tenait plus qu’à un fil, or il n’y avait aucune raison pour qu’il doute de moi. Mon silence n’était pas la preuve d’un manque d’amour, mais seulement d’une incapacité à raviver ce passé que je portais déjà comme un fardeau jour après jour. Comment le lui faire comprendre ? Je ne savais plus quoi dire, plus quoi faire pour le rassurer et son silence ne m’éclairait pas, bien au contraire. J’aurais préféré qu’il me crie dessus, qu’il hurle comme je l’avais fait plus tôt. J’aurais préféré une réaction exagérée et blessante à cette absence totale de réaction qui m’empêchait de comprendre où il pouvait en être. Que pouvais-je dire de plus ? Sincèrement, j’avais des tonnes de défauts, j’étais loin de la perfection, mais on ne pouvait me qualifier de menteur. Non, je ne mentais jamais et à l’instant pas plus qu’en général : Je lui avais ouvert mon cœur avec toute la sincérité dont je pouvais faire preuve et je n’avais rien caché, rien oublié, rien exagéré ou minimisé. Mon histoire avec Natacha n’avait pas eu la chance de s’épanouir et certes je ne pourrais jamais l’oublier totalement, mais cela ne signifiait pas que Samuel n’était qu’une solution de remplacement à mes yeux. Après tout j’avais déjà passé presque dix ans de ma vie seul, rien ne m’aurait empêché de continuer et puis, si j’avais réellement souhaité fréquenter quelqu’un pour m’occuper ce n’aurait sans doute pas été un homme, ce n’aurait sans doute pas été aussi difficile et douloureux pour moi, mais surtout, ce n’aurait pas abouti sur un mariage. Tout ceci m’apparaissait comme tellement évident mais malheureusement, je ne pouvais toujours pas savoir si lui le comprenait puisqu’il ne me répondait toujours pas. Et lorsque je m’aperçu soudainement de ses larmes, j’eus l’impression de ne plus pouvoir respirer. Parce qu’il ne comprenait pas. Parce qu’il souffrait. Parce qu’il allait par ma faute toujours souffrir de ce doute horrible.

Il posa alors son front contre le mien et ferma les yeux, une attitude qui bien loin de me rassurer ne faisait qu’amplifier mon angoisse. Je craignais qu’il me quitte, non pas parce qu’à mes yeux notre relation n’était pas solide mais bel et bien parce que lui le croyait. Et si je savais qu’il m’aimait, je ne doutais pas qu’il soit capable de mettre à terme à notre vie commune s’il venait à penser que sa place dans mon cœur était minime comparée à celle que j’accordais à Natacha. Alors, effectivement, je redoutais de l’entendre prononcer des mots qui risquaient de me briser le cœur. Je redoutais de ne jamais pouvoir le convaincre de son erreur et passer à côté de notre vie pour… Pour rien. Car après tout, mon histoire avec Natacha se résumait à cela à présent : Rien. Il ne me restait rien d’elle si ce n’est des souvenirs et des démons. Mon alcoolisme résultait de sa disparition, mon homosexualité qui serait toujours difficile à assumer, et, pendant quelques temps, mon incapacité à approcher des enfants en bas âge. Sans doute bien d’autres choses encore dont je ne me rendais pas compte. Voilà ce qu’il me restait de tout ceci alors, perdre en plus Sam… Je soupirai, fermant les yeux à mon tour. Quoi qu’il me dise je savais qu’à présent j’allais devoir trouver les mots justes, les mots les plus convaincants possible pour le ramener définitivement à moi, pour dissiper à jamais ses doutes. J’avais tellement peur… Peur de le perdre pour rien, peur de ce qu’il pouvait penser ou ressentir à ce moment car il ne disait toujours rien. Je le sentais pleurer, mais n’osais même pas faire quoi que ce soit pour le réconforter. Que pouvais-je faire ? Une nouvelle fois, j’étais totalement démuni. Tout ce que je pouvais faire à présent était d’attendre qu’il soit prêt à me parler et s’ouvrir à moi, car sans cela je continuerais seulement à tâtonner dans le noir. Alors j’attendais qu’il allume la lumière.

Ses paroles eurent cependant un effet tout à fait contraire à ce à quoi je m’attendais. Bien loin de s’ouvrir à moi, il m’annonça qu’il partait. Enfin, qu’il voulait remettre Lucy au lit mais cela revenait au même : Il voulait s’éloigner de moi. J’eus un sursaut et rouvris les yeux, effrayé. Quelque part au fond de moi je sentis quelque chose crier, hurler de peur parce que s’il montait à l’étage, il risquait d’en redescendre avec des valises à la main… Il risquait d’en profiter pour récupérer toutes ses affaires et… Partir. Me quitter. J’eus encore davantage de difficultés à respirer, si bien que je fus incapable de dire quoi que ce soit tandis que ma seule envie était de lui interdire de monter. Lui interdire de quitter ne serait-ce que cette pièce. Il s’aperçu sans doute de ma peur puisqu’il s’empressa de répéter des mots que je n’avais premièrement pas très bien entendu. « Je reviens tout de suite ». Pourquoi ne pouvais-je m’empêcher d’en douter ? Pourquoi ne parvenais-je, sur le coup, pas à l’imaginer revenir les mains vides plutôt qu’avec toutes ses affaires empaquetées ? Je n’avais cependant pas d’autre choix que de le laisser faire. Je n’avais pas d’autre choix que d’accepter et prendre ce risque, aussi, toujours incapable de prononcer le moindre mot, je finis par simplement hocher la tête. Doucement je me penchai sur Lucy et déposai un baiser sur son front avant de me redresser, le souffle toujours court. Je le vis alors resserrer son étreinte autour de Lucy puis se relever, et finalement quitter le salon. Me quitter par la même occasion. J’aurais pu le suivre, m’assurer qu’il ne faisait pas un détour par notre chambre après avoir recouché notre fille, mais ne le fis pas. Si ce que je redoutais devait réellement arriver, je ne voulais pas y assister. Je ne voulais pas l’observer vider ses tiroirs et ses placards, impuissant, sans n’avoir rien à dire qui puisse le retenir. On ne m’avait jamais quitté ou en tout cas, pas dans ce sens là, et très sincèrement j’aurais aimé ne jamais avoir à vivre cela. J’aurais préféré ne jamais avoir à observer la personne que j’aime me délaisser de cette manière.

Assis seul dans notre salon, je réalisai soudainement que nous n’avions pas eu le temps de vivre quoi que ce soit d’agréable. Nous n’avions fêté aucun anniversaire en famille, ni aucun Noël, ni aucun Thanksgiving. Nous n’avions adopté aucun animal de compagnie, ni construit aucune cabane dans le jardin avec les enfants. Nous n’avions eu qu’à affronter des épreuves, encore, toujours. Ma maladie, mon alcoolisme, son stress post traumatique, la tentative d’enlèvements sur les jumeaux… Etaient-ce donc les seuls souvenirs qu’il nous resterait de notre histoire ? Je ne parvenais pas à me faire à cette idée. Parce que malgré tout, j’avais été heureux avec Samuel. J’avais été heureux lorsque nous nous retrouvions en cachette à la communauté, j’avais été heureux lorsque il s’était allongé chaque soir à mes côtés dans cette maison, j’avais été heureux ce soir… Et j’étais fatigué de toujours perdre ce bonheur tout comme j’étais fatigué de toujours devoir me battre. Certains disent que la guerre avait détruit leurs vies, mais personnellement je ne pouvais même pas me consoler avec cela. La guerre n’avait pas gâché mon existence : Elle n’avait été, du début jusqu’à la fin, qu’une succession de bonheurs intenses et de désespoirs tout aussi profonds. A chaque fois que j’avais goûté au bonheur, ce n’avait été que pour mieux souffrir par la suite. Et si j’avais cru qu’avec Samuel tout serait différent, à présent je me rendais compte qu’il rentrait dans cet infernal cycle qu’était ma vie. Que lui comme le reste n’était qu’une étape avant la prochaine, et ainsi de suite. Ainsi de suite…

J’eus un nouveau soupir, me frottant pensivement les mains l’une contre l’autre alors que je broyais du noir. Le temps me paraissait horriblement long, mais sans doute pas assez pour emballer toutes ses affaires lorsque j’entendis Sam descendre les escaliers. Ou bien n’était-ce tout simplement pas lui ? Je me redressai légèrement, fixant obstinément mon piano, évitant ainsi de me retourner vers la porte, le couloir, et donc le bas des escaliers. C’était sans doute lâche de faire comme si je n’avais rien entendu, mais je ne parvenais pas à prendre mon courage à deux mains et me retourner. Cependant, je le fis lorsque j’entendis les bruits de pas se rapprocher, et finalement entrer dans le salon. Pas parce que j’avais réussi à puiser du courage en moi, mais uniquement parce que je ne parvenais plus à retenir mon envie de voir Samuel sur le pas de cette porte. Et ce fut bien lui que je vis, sans la moindre valise même si, étonnamment, cela ne me rassura pas forcément. Il avait l’air si malheureux que je ne pouvais plus me réjouir ou me rassurer de quoi que ce soit. Je le vis alors doucement hocher la tête avant de craquer, de littéralement fondre en pleurs et ce fut plus fort que moi, je me relevai vivement, incapable d’assister à cela sans broncher. Oui, j’étais incapable d’observer sa douleur sans réagir. C’est alors qu’il couru jusqu’à moi et m’emprisonna dans ses bras, si vite que je n’eus pas le temps de dire quoi que ce soit. Je me contentai alors de passer mes bras autour de lui et le serrer tout comme lui me serrait, cherchant toujours les mots qui pourraient le calmer sans en trouver. Alors, faute de paroles, je glissai doucement mes doigts dans ses cheveux et les caressai tendrement, espérant pouvoir l’apaiser par ces gestes emplis d’amour même si je savais que cela ne suffirait pas. Au bout de quelques instants il recula légèrement son visage et posa son front contre le mien, son regard se joignant immédiatement au mien. Je sentis alors qu’il s’apprêtait à parler et pourtant, ce qu’il me dit, je ne l’avais absolument pas senti venir.

Des excuses. J’avais sans doute songé à tout sauf des excuses, et je dois bien avouer qu’elles me laissèrent sans voix. Pas une seule seconde je n’avais pensé qu’il s’en voulait de m’avoir forcé à sortir Natacha du passé et je fus incapable de rétorquer quoi que ce soit, me contentant de hocher vivement la tête pour l’inciter à continuer. Il fallait qu’il se libère et s’ouvre à moi, voilà pourquoi je l’encourageais tant à poursuivre. Cependant, je n’estimais pas mériter ses excuses pour la simple raison que mon comportement avait été exagéré et abusif. Je n’aurais jamais dû l’incendier de cette manière ni même l’insulter, or j’avais été particulièrement grossier vis-à-vis de lui. De plus, à présent je comprenais parfaitement son désir d’honnêteté, et il était parfaitement justifié. Puisqu’il allait m’épouser il avait le droit de tout savoir de moi, il devait même tout savoir de moi. Je lui avais reproché ses cachoteries lorsque nous nous étions séparés mais finalement, je ne valais pas beaucoup mieux que lui par rapport à cela : Je n’étais pas plus que lui parvenu à me mettre totalement à nu. Je hochai de nouveau la tête lorsqu’il poursuivit en m’expliquant d’une voix toujours aussi brisée qu’il avait seulement voulu partager ma douleur et non pas la raviver. Je comprenais parfaitement ce qu’il essayait de m’expliquer, étant moi-même passé par là avec lui. C’était tellement normal… Nous voulions tout les deux prendre soin de l’autre, le comprendre, l’accompagner dans les épreuves douloureuses de sa vie, qu’elle soit passées ou présentes. Oui, son comportement était tout à fait normal et je m’en voulais de ne le comprendre que maintenant. Je m’en voulais, mais je ne parvenais toujours pas à dire quoi que ce soit car je ne savais tout simplement pas quoi dire. Tout ce qu’il venait de se passer me laissait sans voix, alors je continuais à hocher la tête pour lui faire comprendre que je comprenais moi-même ce qu’il me disait. J’avais sans doute l’air idiot, mais pour le moment je ne pouvais faire mieux.

Bien malgré moi un maigre sourire finit par se dessiner sur mes lèvres lorsque je l’entendis m’appeler mon amour car ces mots, de sa bouche, me faisaient et me feraient toujours plaisir. Ils me rassurèrent également, éloignant mes pensées de cette rupture que je désirais absolument éviter mais qui n’était peut-être pas prévue. Ce sourire s’élargit doucement lorsque Sam m’embrassa doucement, d’abord au coin des yeux, puis sur les joues, et enfin sur les lèvres. Je lui rendis alors son baiser avec tout autant de tendresse, me détendant progressivement car je commençais à comprendre ce qu’il ressentait : Il ne voulait pas me quitter, mais souffrait de m’avoir fait souffrir. A présent que les choses s’étaient clarifiées dans mon esprit, ou du moins était-ce mon impression car après tout je pouvais me tromper, je pouvais souffler un bon coup et l’écouter tout à fait. Il resta cependant encore quelques instants silencieux, glissant doucement ses doigts sur ma joue avant de la caresser tout en me regardant dans les yeux. Mon regard ne quitta pas le sien tandis que je demeurais muet, attendant qu’il trouve ses mots. Je ne voulais pas le perturber ou le couper. Et il se mit finalement à sourire, bien que je ne comprenne d’abord pas tout à fait pourquoi, mais cela me fit du bien. Voir son visage illuminé d’un doux sourire me faisait du bien même si, malheureusement, il pleurait toujours. Je supposais néanmoins qu’il s’agissait davantage du contre coup de notre dispute plutôt qu’autre chose et ne dis mot, attendant toujours.

Je sentis mon corps se détendre tout à fait dès que Samuel reprit la parole. L’entendre me dire qu’il n’avait pas douté de mon amour un seul instant fut comme une délivrance à mes yeux alors que depuis plusieurs minutes je me rendais malade à la seule pensée qu’il ait pu remettre toute notre histoire en questions. Mais non, il ne l’avait pas fait, et j’en étais particulièrement soulagé. Ce soulagement se traduisit par un léger soupir accompagné d’un maigre sourire tandis qu’il posait doucement une de ses mains sur mon torse. Aussitôt mes propres doigts vinrent se poser sur les siens et les serrer, cherchant un contact avec cet être que j’avais tant cru être sur le point de perdre. A présent que j’avais compris qu’il n’en était pas question j’éprouvais plus que jamais l’envie de me glisser tout contre lui, me blottir dans ses bras et ne plus en bouger de la soirée. Sauf que l’heure n’était pas aux câlins, mais bel et bien aux explications ou plutôt aux excuses, encore. Je fronçai les sourcils, soudainement perplexe, avant d’ouvrir la bouche pour répondre. Après tout, il n’aurait jamais pu prévoir ma réaction si violente et excessive puisque justement, d’ordinaire j’étais quelqu’un de très posé. Sans doute s’y serait-il prit autrement s’il avait pu savoir… Donc, quelque part, ce n’était pas de sa faute ou en tout cas pas de son unique faute. Il ne me laissa cependant pas le temps de prononcer le moindre mot, m’incitant par un simple geste à me taire, ce que je fis. Il n’eut d’ailleurs pas tort de m’empêcher de dire quoi que ce soit car il avait raison, d’une certaine manière : J’avais en partie réagis violemment parce qu’il m’avait présenté la chose de manière violente, c’était indéniable. Peut-être aurais-je été plus calme si Samuel avait amené la chose plus… Doucement ? Disons que le pire pour moi avait été de me retrouver confronté à cette photographie de Natacha enceinte, cette image qui me hantait déjà suffisamment et que je tentais de fuir depuis de nombreuses années. Oui, sans doute avait-ce été le point le plus douloureux et révoltant pour moi, ceci dit cela ne changeait rien au fait que ma réaction avait été démesurée. Nous étions donc tout les deux fautifs dans un sens, mais je ne lui en voulais pas le moins du monde à présent.

Au contraire. Samuel avait eu raison de m’en parler car s’il n’avait pas lui-même fait la démarche, je ne savais pas quand j’aurais pu de moi-même lui avouer tout ceci. De plus il n’avait sans doute pas été simple pour lui de se taire à ce sujet bien qu’il soit au courant, aussi préférais-je finalement que les choses se soient passées de cette façon. Au moins à présent il n’y avait plus aucune zone d’ombre entre nous, et c’était à mes yeux l’essentiel à retenir. C’est pourquoi il ne devait pas s’en vouloir : Il avait peut-être commis une erreur en choisissant de me montrer l’article, mais il fallait se concentrer sur les points positifs de cette discussion. Je ne voulais absolument pas qu’il se sente coupable d’avoir osé être franc avec moi, quitte à me blesser. Après tout ce n’était plus si grave… Je veux dire, même si je l’avais vécu comme une véritable trahison, j’étais capable de passer à autre chose à présent. Cependant je voyais bien que lui ne l’était pas à sa manière de détourner le regard, bien que ce ne soit absolument pas son habitude. Au contraire, il affrontait généralement les discussions épineuses sans ciller, assumait ce qu’il avait dit ou fait, et me forçait à faire de même. Car de nous deux, j’étais de loin le moins courageux et cette inversion des rôles me mit légèrement mal à l’aise. A présent je comprenais ce qu’il devait ressentir lorsque je ne parvenais pas à affronter son regard tandis que nous parlions : C’était particulièrement frustrant, et injustifié. Il pouvait me regarder dans les yeux, jamais il n’y lirait le moindre jugement. Mais je ne fis rien pour le forcer, car je comprenais également ce qui pouvait le pousser à baisser les yeux, quand bien même ce soit stupide.

Oui, c’était stupide de supposer que je ne pourrais pas le pardonner car je considérais qu’il s’était suffisamment excusé comme ça, et que ce qu’il avait fait ne méritait pas que je lui en veuille davantage. Il m’avait blessé mais ses excuses me suffisaient pour passer à autre chose, surtout qu’avec le recul je parvenais tout à fait à le comprendre. J’espérai d’ailleurs qu’il réussirait à lire dans mon regard qu’il n’avait pas besoin de se confondre davantage en excuses lorsqu’il releva les yeux vers moi, mais de toute évidence ce ne fut pas le cas. Cependant, je dois bien avouer que l’entendre me déclarer à son tour son amour me fit beaucoup de bien. J’en avais pourtant conscience, mais l’entendre me dire qu’il n’avait jamais aimé qui que ce soit plus fort que moi ne pouvait que me faire plaisir. Mon cœur se mit d’ailleurs à battre un peu plus fort avant qu’il ne continue en confirmant ce dont je m’étais douté plus tôt : Il ne souffrait pas uniquement de m’avoir blessé mais également car il avait à présent connaissance de ma propre souffrance. Comme je le comprenais… Nous étions parfaitement similaires sur ce point. J’éprouvais également beaucoup de douleur lorsque je le sentais faire des cauchemars à mes côtés la nuit, lorsqu’il se réveillait épouvanté et à bout de souffle, ou même lorsqu’il sursautait au moindre bruit. Oui, je souffrais de savoir que lui souffrait de son stress post traumatique même s’il était à présent en voie de guérison. Nous nous aimions si fort que ce qui touchait l’un touchait forcément l’autre, c’était ainsi. Et il avait raison : Nous devions tout partager comme nous partagions déjà notre souffrance. Nous devions être parfaitement limpides aux yeux de l’autre. J’étais désolé de ne pas avoir appliqué cette règle à mon propre cas plus tôt.

Malgré moi je me mis à sourire en même temps que lui lorsqu’il termina en concluant qu’il avait voulu bien faire mais s’y était pris comme un manche. Ce n’était pas peu de le dire… Mais cela n’avait aucune importance à présent. Une nouvelle fois ; Je pouvais passer à autre chose. J’ignorais cependant que nous ne sourions pas pour la même raison, car si personnellement je me moquais gentiment de lui intérieurement, lui songeait aux enfants. Il ne m’apprit rien sur ce point non plus. Je savais à quel point il aimait Lucy et Lucas, et quelle place ils tenaient dans son cœur. Seulement, je dois bien avouer que j’éprouvai une étrange sensation lorsqu’il prononça ces quelques mots : « vous êtes ma famille ». Sa famille. C’était banal pourtant, moi-même je nous considérais comme une famille, mais l’entendre de sa bouche… Je ne savais pas. C’est stupide mais je ne pensais pas l’avoir jamais entendu dire cela aussi clairement, et cela me toucha particulièrement. A mes yeux reconstituer une véritable famille tenait du merveilleux comme de l’inespéré. A la base je n’avais pas souhaité adopté d’enfants, les choses s’étaient faites naturellement entre les jumeaux et moi. Puis, je n’avais pas non plus eu l’intention de trouver un ou une amie. Alors un mari… Non, finalement, je n’avais jamais vraiment agi pour reformer une famille, et pourtant elle était bel et bien là. Pour mon… Non. Pour notre plus grand bonheur.
J’étais tellement absorbé par mes pensées que je ne compris tout d’abord pas où il voulait en venir lorsqu’il cessa de parler pour reprendre mon alliance et me la proposer. J’eus un instant d’hésitation, le regardant sans doute avec un air de demeuré, avant de finalement éclater de rire. Au bout de quelques secondes je cessai de m’esclaffer et posai une main sur sa joue pour attirer son visage vers le mien puis l’embrasser tendrement. Je me reculai alors en le regardant avec douceur puis glissai mon doigt dans l’alliance, le sourire toujours aux lèvres.

« Je suppose que seul un crétin aurait accepté de m’épouser alors… Je vais profiter de ma chance. »

Je le taquinai, bien évidemment. Il dut d’ailleurs le comprendre puisqu’il me rendit mon sourire avant de nouer ses doigts aux miens, et finalement venir m’embrasser de nouveau. Lorsque nous nous reculâmes je songeai de nouveau à tout ce qu’il venait de me dire et laissai échapper un bref soupir.

« Je ne t’en veux pas, tu sais. Ce n’est pas grave, enfin… Non, ce n’est pas grave. Au contraire, je suis soulagé que tu le saches, d’une certaine manière. Même si la méthode laissait un peu à désirer, le résultat est plutôt positif. »

Je soulignai mes propos d’un sourire doux afin de m’assurer qu’il me croie : Je ne lui en voulais pas. Mon sourire se fana cependant légèrement.

« Mais je dois bien avouer que je rêvais d’autre chose pour cette soirée… Enfin, ce n’est rien. »

Je marquai alors un léger silence, réfléchissant, avant d’avoir soudainement une illumination. Nous venions de passer un moment des plus désagréables et je voulais y mettre fin. Il s’agissait après tout de notre anniversaire, ainsi que du jour de nos fiançailles alors, un peu de douceur ne serait pas malvenue. Je souhaitais retrouver les instants magiques que nous avions vécus avant d’aborder ce sujet douloureux, aussi finis-je par me pencher un peu vers lui et essuyer doucement les dernières larmes qui trainaient sur ses joues. Puis, je déposai un léger baiser sur son front et murmurai d’une voix douce :

« Tu veux bien me rejoindre en haut dans un quart d’heure, mon amour ? J’ai envie de me détendre… »

Il sembla hésiter une seconde avant de finalement accepter, me lançant cependant un regard pour le moins perplexe alors que je me relevai. Je l’embrassai une dernière fois avant de me retourner et quitter la pièce en souriant, espérant que cette dernière petite surprise lui ferait plaisir. Le plus doucement possible je montai les marches de l’escalier, espérant que nous n’allions pas réveiller les enfants ou mon père, avant de me diriger vers la salle de bain. Puis j’allai jusqu’à la baignoire et ouvris les robinets afin de nous faire couler un bon bain chaud. Quoi de mieux pour terminer la soirée ?... Oh. J’avais bien une petite idée de quelque chose de mieux mais avant cela j’avais envie de passer des moments plus doux et calmes avec Sam. Et j’avais également très envie que nous parlions de notre mariage puisque, finalement, nous ne l’avions pas réellement fait. Je fis donc en sorte que le cadre soit compatible avec mes désirs et disposai quelques bougies sur les rebords de la baignoire avant d’incorporer à l’eau de quoi la faire mousser. C’était peut-être grotesque tant c’était romantique, mais j’adorais ça. J’avais toujours adoré les attentions ridicules, les moments clichés, toutes ces choses dignes de vieux romans à l’eau de rose. Cela pouvait paraître tout à fait stupide mais j’étais comme ça, et je savais que Samuel l’était également. A cette pensée je ne pu m’empêcher de sourire et, lorsque la baignoire fut enfin remplie, me déshabillai rapidement avant d’éteindre la lumière et me glisser dans l’eau brûlante. Ce fut si agréable que j’en laissai échapper un soupir, et m’enfonçai dans l’eau jusqu’au menton. C’était presque parfait. Presque, parce qu’il manquait encore l’homme de ma vie pour rendre cet instant vraiment magique.

Comme promis, il ne tarda pas. J’entendis le bruit de ses pas dans l’escalier et m’attendais à le voir entrer dans la salle de bain, mais ses pas s’éloignèrent finalement. Ah… Il avait dû songer à autre chose pour se détendre. Je souris un peu plus largement et attendis patiemment qu’il se rende compte que je me trouvais en réalité dans la salle de bain. Je ne pu m’empêcher de rire doucement lorsqu’il me trouva enfin.

« Tu espérais me trouver nu sur notre lit ? Désolé de te décevoir… »

Une nouvelle fois, il ne s’agissait que de taquinerie et d’ailleurs, je n’étais pas sûr que me trouver nu dans la baignoire était très décevant pour lui vu la manière dont il souriait. Il finit par se déshabiller à son tour et, je l’avoue, je ne me privai pas de le dévorer des yeux. Qu’y pouvais-je ? Je le trouvais tellement beau… Oui, j’adorais son corps et j’adorais le lui montrer également. Mais après tout nous allions nous marier, je ne faisais donc rien de mal, n’est ce pas ? Toujours est-il qu’au bout de quelques secondes il me rejoignit dans la baignoire, s’installant devant moi et aussitôt, je glissai mes bras autour de lui pour le serrer contre moi tandis que nous nous enfoncions tous les deux dans l’eau. Mon menton vint se poser sur son épaule alors que mon sourire se faisait plus large. Et voilà, ce moment était absolument parfait. Nous restâmes quelques instants silencieux, savourant cette sérénité avant que je ne tende mon bras gauche devant moi et observe mon alliance. Depuis qu’elle était à mon doigt, c’était la première fois que je l’observai réellement et une question me vint soudainement à l’esprit : Pourquoi mon père la portait-il toujours ? Il avait demandé le divorce lorsque j’étais âgé de dix ans environ, et je pensais qu’il avait retiré son alliance suite à ça. Enfin, je n’y avais jamais vraiment fait attention en réalité. Maintenant que j’y repensais, c’est vrai que je l’avais toujours vu avec, cela ne m’avait jamais frappé. La preuve : Je l’avais reconnu immédiatement lorsque Samuel me l’avait offerte, ce n’aurait sans doute pas été le cas si je ne l’avais pas revu depuis vingt ans. Je fronçai les sourcils, perdu dans mes pensées, avant de retirer une nouvelle fois l’alliance et regarder à l’intérieur. J’espérais y trouver une date ou une quelconque inscription, mais il n’y en avait pas. Je soupirai, puis remis la bague.

« J’ai du mal à comprendre pourquoi mon père portait encore son alliance. »

Et soudainement, je me rendis compte que je n’avais absolument jamais parlé de mes parents à Samuel. Enfin, si bien sûr, lorsque mon père avait débarqué dans notre vie je lui avais beaucoup parlé de lui, de notre relation, mais jamais de lui et de ma mère. Jamais de leur relation à eux, ni même plus en détails de mon enfance. Il ne devait donc pas vraiment comprendre pourquoi je trouvais ça étrange. Je reposai ma main gauche sur son torse avant de soupirer. Même s’il ne s’agissait pas de choses aussi difficiles que ma relation avec Natacha, mon enfance demeurait un sujet que je n’aimais pas aborder.

« Mes parents sont divorcés depuis vingt ans, je pensais que mon père avait retiré son alliance depuis. Ils se sont quittés de manière très… Abrupte. »

Je soupirai de nouveau.

« Enfin, ma mère était violente. Elle me battait lorsque j’étais petit. »

Je sentis Samuel se raidir et resserrai mon étreinte autour de lui avant de l’embrasser doucement sur la joue.

« C’est vieux… Tu sais maintenant, ça ne me fait plus grand-chose même si c’est vrai que j’aurais sans doute été différent si mon enfance avait été plus calme. J’étais beaucoup moins timide, j’avais plus de confiance en moi avant… Mais bref. Mon père a toujours été tout le contraire d’elle, et même s’il ne supportait pas qu’elle me frappe, je crois qu’il l’aimait trop pour faire quoi que ce soit… Ils avaient de gros problèmes, notamment d’argent. Mon père travaillait tout le temps pour qu’on survive, mais ça a été beaucoup plus dur lorsque j’ai voulu rentrer au conservatoire, ce genre d’écoles coûtent les yeux de la tête… C’est là que ma mère est partie, elle ne voulait pas qu’on dépense de l’argent pour rien. Elle considérait que le piano, ce n’était rien… Ils ont divorcé. Je ne sais pas pourquoi je ne t’en ai jamais parlé avant… J’y repense rarement. »

Ce n’était pas non plus le genre de choses que l’on dit tous les jours. Je marquai un bref silence avant de reprendre sur un ton plus léger.

« C’est pour ça que j’ai du mal à comprendre pourquoi il portait toujours cette bague… Enfin, je suppose qu’il aime toujours ma mère, et qu’il l’aimera toujours même si c’était une vraie… Bref. Je ne me suis jamais entendu avec elle, même beaucoup plus tard. Elle méprisait tout ce que j’aimais, et la seule chose qui l’a intéressé lorsque j’ai réussi c’était l’argent que je gagnais en participant à des représentations. Le reste, elle s’en moquait. Lorsque je l’ai appelé pour lui dire que j’allais me marier et que Natacha était enceinte, la seule chose qu’elle a trouvé à me dire a été : « Tu aurais pu attendre avant de la mettre en cloque » »

J’eus un rire légèrement amer avant de soupirer et fermer les yeux.

« J’ose à peine imaginer comment elle réagirait si elle savait aujourd’hui que je vais me marier avec toi. Mal, je suppose. »

Et c’était peu de le dire. Elle aurait sans doute voulu me déshériter si ce n’était pas déjà fait. J’étais cependant certain que si la guerre n’avait pas éclaté et si j’avais dû me marier avec Sam dans cet autre monde, je ne l’aurais jamais présenté à ma mère. Déjà parce qu’elle n’aurait fait que me rabaisser un peu plus à cause de mon homosexualité, ensuite car elle aurait sans doute été terrible avec Sam aussi et je ne l’aurais pas toléré. Cependant tout ceci ne tenait qu’à la songerie : La guerre avait eu lieu, et ma mère était sans doute morte à l’autre bout du monde, en Europe ou ailleurs. Elle n’aurait jamais à le rencontrer et très sincèrement, c’était tout aussi bien. Seulement, j’allais tout de même me marier avec Samuel et c’était bien ce dont je voulais parler, à la base. Je repris donc le fil de mes pensées en partant de ce point et rencontrai de nouvelles questions :

« Sam ? J’ai une question qui va peut-être te paraître stupide mais je ne suis pas très au courant… Enfin je sais que l’état de New York reconnaît les mariages homosexuels mais comment ça fonctionne, exactement ? »

Je le vis tourner la tête vers moi, sourcils froncés. Il ne comprenait de toute évidence pas où je voulais en venir, je repris donc, légèrement mal à l’aise.

« Est-ce que l’on portera le même nom, par exemple ? Je veux dire… J’aimerais qu’on porte le même nom. Je ne sais pas si ça se fait entre deux hommes, mais si c’est possible, alors j’aimerais qu’on le fasse. C’est sans doute ridicule mais ça me tient à cœur maintenant que j’y pense. Porter ton nom me ferait plaisir si toi tu ne voulais pas en changer… Sauf si tu t’y opposes mais… J’aimerais bien… Je… Non ? »

A présent je me sentais tout à fait ridicule. Je craignais de le voir me rire au nez parce qu’au final, ce que je demandais avait tout de futile. Mais c’était tellement agréable de discuter de notre avenir et de détails comme celui-ci après la soirée que nous venions de passer…
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MessageSujet: Re: I'm on The Edge of Glory, and I'm hanging on a moment with You.   Mer 18 Juil - 20:31

Allait-il refuser ? Il était absolument en droit de le faire. Il pouvait choisir de prendre son temps, de repartir de zéro, sur de nouvelles bases, après ce que j'avais fait... J'aurais compris. Je l'aurais mal vécu, oui, j'aurais eu très mal, mais j'aurais compris, cela ne fait aucun doute. Le silence qui persistait entre nous deux ne faisaient qu'amplifier cet horrible sentiment qui s'insinuait doucement en moi, le sentiment que je l'avais en partie perdu ce soir... Comment avais-je pu être aussi stupide ? Bon sang... Comment ?! Par amour ? Oui, d'accord, par amour, mais ça n'excusait pas tout, ça n'excusait même rien du tout au contraire. Je l'aimais comme un fou et je lui avais fait du mal et le fait qu'il sache à quel point je pouvais l'aimer n'allait rien changer au mal déjà fait. Il se souviendrait toujours de mon geste, de ce moment où je lui avais présenté l'article de journal. Il s'en souviendrait toute sa vie comme je m'en souviendrais tout au long de la mienne. Son éclat de rire me fit sortir de ces pensées sinistres. J'en clignai des yeux tant je fus surpris par ce revirement soudain de comportement et donc, de situation. Toujours trop surpris pour réagir, je le laissai faire lorsqu'il glissa sa main sur ma joue avant de m'embrasser tendrement puis, de glisser son doigt à l'intérieur de l'alliance. Il prononça quelques mots et il me fallut quelques instants pour réaliser pleinement ce qui était en train de se produire ou plutôt, ce qu'il venait déjà de se produire puisque... Il avait accepté de m'épouser. C'était un grand et franc oui ! Dit à sa façon à lui, certes, mais c'était bel et bien un oui ! Un large sourire étira mes lèvres lorsque cette compréhension se fit totalement et nous nouèrent nos doigts ensemble. J'avais du mal à y croire... Il avait finalement accepté de se marier avec moi, il souhaitait, malgré tout ce que j'avais pu lui faire subir, passer le restant de son existence à mes côtés.

C'était magnifique.
C'était magique.

Il alla même jusqu'à m'apporter son pardon pour ce que j'avais fait. Mon sourire se fana quelque peu et je sentis de nouvelles brûlures au bord des yeux. Finalement, c'était un mal pour un bien, certes, mais ce mal... Ce mal n'aurait jamais dû être fait et ma culpabilité n'allait pas me quitter de si tôt. J'allais avancer, passer à autre chose, mais je savais qu'elle serait là, en moi, cachée, prête à m'engloutir si jamais je la laissais faire, ce qui, j'osais l'espérer, ne se produirait pas. J'abaissai le regard lorsqu'il avoua qu'il avait eu d'autres projets pour la soirée. J'avais vraiment tout foutu en l'air... Il était déçu de la soirée, de moi... Ca, c'était difficile à encaisser même si je devais vivre avec. Je finis même par soupirer tant j'étais également déçu de ma propre attitude. C'est alors que je sentis une nouvelle fois ses doigts frôler mes joues : il essuya mes dernières larmes, vestiges lugubres de ce qui s'était produit durant cette soirée . Puis, il déposa un tendre baiser sur mon front. Aussitôt, je relevai le regard vers lui, ne m'attendant certainement pas à voir autant de tendresse dans ses yeux. Sa voix fut un murmure aussi tendre que son regard, aussi douce qu'une caresse lorsqu'il m'annonça qu'il souhaitait que je l'attende en bas et que je le rejoigne en haut d'ici une quinzaine de minutes. Pour se... Détendre ? Oh... Oh ! J'étais décidément très lent à la détente ce soir... J'acceptai au bout de quelques secondes, déjà impatient de le retrouver. De nous retrouver en fait. Il m'embrassa rapidement une dernière fois avant de filer.

Une fois seul je regardai brièvement l'horloge du salon afin de ne pas manquer notre « rendez-vous ». Puis, je soupirai et m'adossai contre le dossier du canapé avant de lever un regard pensif vers le plafond. Nous revenions de loin, de très, très loin. J'avais failli le perdre pour de bon. Ah ! Je devais cesser de penser à ces sombres moments ! Mon fiancé m'attendait là-haut, la soirée bien qu'avancée ne faisait en réalité que commencer. C'était à cela que je devais m'accrocher, au fait que j'allais faire complètement partie de sa vie et ce pour toujours. Mais comment réussir à me focaliser là-dessus sans lui à mes côtés ? Quand il avait finalement accepté de me pardonner et de m'épouser, son visage souriant et plein de tendresse avait éclipsé le reste mais maintenant que je me retrouvais seul, je n'arrivais pas à me concentrer sur ce souvenir. Non... Je n'arrivais qu'à me rappeler son visage tordu par la douleur, la tristesse et le sentiment d'avoir été trahi... Je fermai les yeux et crispai les paupières en même temps que les poings. Si seulement je pouvais sortir ces images de mon esprit. Si seulement... Mais il n'y avait rien à faire. Je ne voyais que sa douleur, rien d'autre. J'allais vraiment avoir besoin de temps. De beaucoup, beaucoup de temps... Je rouvris les yeux et les reportai sur la pendule : Encore dix minutes à attendre. Je ne pouvais pas rester sur le canapé, comme ça, c'était impossible. J'allais finir par exploser, je devais absolument occuper mon esprit. Je me relevai donc rapidement et allai jusqu'à la cuisine afin de terminer de ranger complètement. Certains plats et couverts n'avaient pas été nettoyés et je pris mon temps pour le faire. Je retournai une nouvelle fois le visage pour regarder la pendule : Cinq minutes. Je ne pus m'empêcher de sourire en réalisant que très vite j'allais le retrouver. J'en oubliai que je tenais un couteau que je rinçais sous l'eau et m'entaillai le doigt. J'étouffai un juron en lâchant le couteau et passai sans attendre mon doigt sous l'eau et observai l'eau qui vira au rouge au fur et à mesure que le sang s'y mélangeait.

Le temps s'arrêta.

Je ne repris mes esprits que lorsque je sentis ma main complètement sous l'eau. Je secouai le visage et regardai autour de moi. Mes yeux se posèrent sur la pendule et je vis que c'était presque l'heure. Je vidai l'évier et dénichai un pansement dans un placard avant d'en entourer mon doigt qui saignait déjà moins. Une absence... Une nouvelle absence... Cela faisait pourtant longtemps que cela ne m'était pas arrivé. Je soupirai avant de sortir de la cuisine et de me diriger vers l'escalier sans oublier d'éteindre les lumières derrière moi. Je relevai le visage et observai les marches, le cœur serré, l'esprit perturbé. Liam et moi venions de nous fiancer, je venais de lier, de manière définitive ma vie à la sienne. Mais quelle vie allais-je lui offrir ? Voilà ce à quoi je pensais tandis que je montais une à une les marches, le plus lentement possible. J'étais détruit. Certes, j'étais en train de me reconstruire et Liam faisait partie de ces personnes qui m'aidaient à me reconstruire, mais était-ce juste de lui imposer ma présence ? Etait-ce juste de lui imposer un homme encore blessé psychologiquement par la guerre ? Non : ça n'était pas juste. Je pensais encore à cela lorsque j'ouvris la porte de notre chambre. Vide. Elle était vide. Il n'était pas là. Je fronçai les sourcils avant de regarder autour de moi et distinguai alors une lueur qui s'échappait de sous la porte de la salle de bain. C'était donc là qu'il se cachait. Je m'y rendis et ouvris la porte avant de me glisser à l'intérieur de la pièce et de refermer. Lorsque je me retournais, je fus surpris, mais très agréablement surpris. Il avait disposé tout un tas de bougies autour de la baignoire et nous avait fait couler un bon bain. C'est alors que je compris. En le regardant, je compris... J'étais brisé mais lui l'était tout autant... J'avais accepté ses faiblesses comme il avait accepté les miennes. J'avais accepté son passé comme il avait accepté le mien... C'était cela notre promesse de mariage : être là pour l'autre, quoi qu'il advienne. J'aurais des doutes, encore longtemps, mais je n'allais pas les laisser me diriger, c'était hors de question.

Je ne le perdrais pas.

Lorsque sa voix s'éleva doucement pour dire qu'il était désolé de me décevoir puisque j'avais cru le trouver sur notre lit, je sentis mes lèvres s'étirer en un large sourire. Puis, je restai quelques instants à le regarder. Au Diable nos démons : j'aimais un ange et il m'aimait. Le reste... Je m'empressai de me déshabiller, pressé de le retrouver et de me blottir contre lui. Lorsque je me glissai dans la baignoire et sentis l'eau chaude m'envelopper, je ressentis aussitôt une sensation de calme et de paix. Bon, je dois bien avouer qu'être blotti tout contre lui et sentir son menton sur mon épaule ainsi que ses bras autour de moi y étaient pour beaucoup dans cette agréable sensation de paix. Je fermai les yeux et soupirai d'aise et de plaisir. Et là, pour la première depuis ce qui me semblait un long moment, je ne pensais plus à rien de douloureux. Non, je pensais juste au plaisir d'être dans les bras de l'homme que j'aimais, au plaisir de pouvoir partager ce moment si simple et pourtant si magique et, en même temps, un moment qui avait quelque chose d'exceptionnel quand on pensait au monde dans lequel nous vivions. Je le sentis bouger et rouvris les yeux. Je vis alors qu'il avait tendu le bras et qu'il observait son alliance. Mes doigts frôlèrent la mienne et j'esquissai un sourire. Quand il exprima à haute voix ce qui le tracassait, je ne sus que répondre. Je n'avais aucune idée de pourquoi son père avait gardé son alliance. De toute façon, je n'avais, d'une façon générale, aucune idée de l'enfance de Liam. Je ne connaissais que son passé en ce qui concernait la musique et sa relation avec Natacha mais le reste était une page blanche qui lui appartenait d'écrire s'il le souhaitait. J'avais au moins compris quelque chose ce soir : je n'allais plus jamais le forcer à parler de lui, de son passé. Jamais. S'il souhaitait partager ses souvenirs avec moi, tant mieux, sinon, tant pis. Mais plus jamais, jamais je ne le forcerais à me dévoiler quoi que ce soit.

Je fus agréablement surpris et heureux qu'il décide de partager son passé avec moi de façon spontanée. Mon bonheur s'évapora en une seconde lorsqu'il m'avoua que sa mère la battait. Je me raidis, serrai les poings et la mâchoire. Il le sentit (comment aurait-il pu en être autrement étant donné que nous étions collés l'un à l'autre?) et me rassura tout de suite en resserrant son étreinte autour de moi avant de m'embrasser et de m'expliquer. Certes, c'était loin mais malgré tout... Je m'étais détesté pour avoir été violent envers lui et, c'était peut-être excessif, mais je ne pouvais que détester et maudire sa mère. Comment avait-elle pu porter la main sur son enfant ? Sur cet enfant ? Sur Liam ?... Ma main droite glissa contre sa cuisse avec tendresse. Il n'y avait aucune autre intention de ma part que de lui faire sentir ma présence et mon soutien et je savais qu'il n'y verrait rien d'autre. Au fur et à mesure qu'il parlait, j'essayais de m'imaginer ce Liam moins timide et plus sûr de lui qu'il me décrivait. Je ne parvenais cependant pas à le voir autrement que tel qu'il était aujourd'hui. Je finis par ressentir une profonde tristesse en pensant à ce qu'il avait traversé, même après son enfance, même après que ses parents aient divorcé. Sa mère, quoi qu'il fasse, n'avait jamais été une véritable mère pour lui. Qu'elle ait été là quand il avait de l'argent la rendait encore pire à mes yeux. Je ne pouvais prétendre avoir des parents parfaits puisque j'avais moi-même été violemment rejeté quand ils avaient appris mon homosexualité mais ils avaient fini par revenir vers moi et par m'accepter tel que j'étais. Ils m'avaient aimé, tout simplement, alors que sa mère... Elle avait même dénigrer la relation qu'il avait eue avec Natacha. Le rire amer que Liam laissa échapper me fit froid dans le dos. Il avait beau dire que c'était le passé, il était marqué et le serait toujours. De mon côté, je laissai échapper une sorte de rire nerveux lorsqu'il se demanda comment sa mère aurait réagi à l'annonce de nos fiançailles. Mal ? C'était peu dire à mon avis... Je ne la connaissais pas, je ne savais d'elle que ce que Liam venait de me dire et pourtant, j'étais certain qu'elle aurait complètement désapprouvé et qu'elle se serait montrée abominable.

Et mes parents alors ?

Entendre Liam parler ainsi de son passé, de la réaction qu'aurait eu sa mère me renvoya vers mon propre passé. Je sentis mon cœur se serrer sous l'effet d'une tristesse nostalgique. Mes parents auraient adoré Liam... Ils auraient été tellement heureux pour moi.. Ils auraient été tellement heureux de voir que j'avais en partie surmonté les épreuves, que j'étais de nouveau en vie, grâce à lui... Mais ils ne le rencontreraient jamais... Ils ne le serreraient jamais dans leurs bras... Ils ne lui diraient jamais l'amour qu'ils auraient éprouvé pour lui...

« Sam ? »

La voix de Liam me fit sortir en une seconde de ces tristes pensées. Je murmurai un bref « hum? » pour l'inciter à poursuivre et c'est alors qu'il me demanda comment notre mariage allait se passer. Je tournai la tête vers lui en fronçant les sourcils. Parlait-il de la cérémonie en elle-même ou de ce que le mariage pouvait impliquer pour nous par la suite ? La réponse ne tarda pas à venir. Est-ce que nous allions porter le même nom ? Il semblait désireux de cela ce que je comprenais. Cela m'aurait également fait énormément plaisir de porter le même nom que lui. Il était même prêt à changer de nom et à porter le mien si je ne souhaitais pas changer. Lorsque je vis qu'il se faisait de plus en plus hésitant, je me redressai doucement et déposai mon index sur ses lèvres pour le faire taire avant de tendre le cou et de déposer un bref baiser sur ses lèvres après avoir retiré mon index de ces dernières. J'esquissai un tendre sourire qu'il me rendit et me décalai un peu pour pouvoir mieux le regarder sans me provoquer un torticolis. Je devais répondre à plusieurs questions en fait.

-Eh bien... Si nous arrivons à nous marier à l'église, ce qui me paraît difficile à faire même si ça n'est pas impossible, nous serons mariés aux yeux de Dieu mais pas aux yeux de la loi à moins qu'on ne trouve un maire... Il y a un maire ici ?

La question, je la posai également à moi-même. Je ne pensais pas avoir jamais entendu parler d'un maire à Elizabeth Town. Je restai silencieux quelques instants avant de poursuivre.

-Non... Je ne crois pas qu'il y ait un maire donc, officiellement, vis à vis de la loi, nous ne serons pas mariés. Mais ça n'a pas d'importance.

M'empressai-je d'ajouter en le voyant perdre son doux sourire.

-Le principal est de savoir ce qui nous lie. Le reste, que ça soit officiel aux yeux de la loi ou des autres, ça n'a pas d'importance. Ca sera officiel pour nous, c'est ça qui compte.

Je l'embrassai derechef et continuai. Mon sourire s’atténua un peu, craignant qu'il n'aime pas ce que j'allais dire même s'il avait dit qu'il ne verrait pas d'inconvénient à changer de nom.

-Pour ce qui est de porter le même nom... Je dois être franc : Je ne veux pas changer de nom. Je suis très attaché à mon nom, à ma famille et mes origines et...

De nouveau, l'image de mes parents s'imposa à moi. Je fis en sorte de ne pas être submergé par ce souvenir.

-Je ne veux pas te forcer à changer de nom non plus mais, on pourrait peut-être porter nos deux noms ? De cette façon, nous porterons le nom de l'autre sans devoir se séparer de notre propre nom. Mais, si tu veux porter mon nom, j'en serais particulièrement heureux mais je trouverais ça injuste puisque moi je ne veux pas me passer du mien alors...

Je soupirai. J'avais peur qu'il interprète mal ce refus. Pourquoi ne pas lui parler de mes parents puisqu'il m'avait parlé des siens ? Non seulement il en saurait plus sur moi mais en plus, il comprendrait mon désir de garder mon nom. Je me blottis de nouveau dans ses bras que je passai autour de moi.

-Moi non plus je ne t'ai jamais parlé de mes parents et... J'aimerais bien te parler d'eux, si tu veux bien...

Un regard vers lui et un hochement de tête de sa part accompagné d'un tendre sourire m'encouragea à poursuivre.

-Je suis... J'étais très proche de mes parents. Ca n'a pas toujours été le cas. Tu sais, j'ai toujours été homosexuel Liam... Ca n'est pas venu plus tard, c'était en moi, dès le début. J'ai essayé de me rapprocher des filles, d'être quelqu'un de « normal » ou en tout cas, normal selon les critères des autres mais ç'a na pas marché. J'ai fini par avouer à mes parents la vérité et je leur ai présenté mon petit ami... Ca a été horrible, mon père l'a jeté à la porte, il m'a lancé des choses horribles à la figure et ma mère eh bien... En fait, elle a fait un peu comme ton père, si je peux me permettre la comparaison. Elle était triste de me voir mal mais comme elle aimait mon père elle n'a rien dit. Ce jour-là, j'ai fugué.

Liam écarquilla les yeux et je haussai les épaules. Il devait probablement se demander comment après une fugue et une horrible confrontation j'avais pu redevenir très proche des mes parents. J'y venais.

-Ils ont tout de suite essayé de rentrer en contact avec moi pour me faire rentrer mais je les ai repoussé en bloc, refusant le moindre contact. Ca a duré quelques semaines pendant lesquelles je me suis contenté de leur faire savoir que j'allais bien, enfin, façon de parler parce qu'il était clair que je n'allais pas bien. J'étais mal d'avoir été à ce point-là rejeté et finalement... J'ai fini par accepter de leur parler et de là, tout est rentré progressivement dans l'ordre. Ils m'ont assuré qu'ils m'aimaient, qu'ils accepteraient même que je ramène un garçon à la maison, qu'ils avaient mal réagi... Au début, j'ai cru qu'ils disaient ça juste pour que je rentre mais en fait, ils ont vraiment essayé de comprendre et ils ont fini par y arriver et ils m'ont aimé... Tellement aimé... Ils m'ont toujours soutenu dans mes choix, même quand j'ai décidé de partir pour servir mon pays... Je les ai dévasté avec cette nouvelle, surtout ma mère, mais elle a été forte. A mon retour aussi elle a été très forte et j'en avais besoin...

Je m'arrêtai un instant et soupirai. Un triste sourire finit par étirer mes lèvres et je me tournai de façon à pouvoir plonger mon regard dans celui de Liam.

-Tu m'as ramené à la vie et je crois qu'ils t'auraient remercié tout au long de leur vie et...

Mon sourire se fit plus large bien que toujours teinté d'une certaine tristesse.

-Ils t'auraient adoré. J'en suis sûr... Ils auraient adoré Lucas et Lucy... Ils avaient renoncé à l'idée d'être grands-parents et on leur aurait fait un merveilleux cadeau.

Liam me rendit mon sourire et je sus qu'il comprenait.

-Voilà pourquoi je veux garder mon nom mais tu sais... Je suis tellement heureux de t'avoir dans ma vie, de savoir que nous allons véritablement former une vraie famille même si c'est plus ou moins déjà le cas mais se marier... C'est tellement merveilleux Liam... J'ai enfin vraiment trouvé ma place et je ne la laisserais pour rien au monde...

Non, pour rien au monde je n'échangerais ma place, j'étais bien trop heureux d'avoir Liam et les jumeaux dans ma vie, ainsi que mes amis, Aristide en particulier... Tous ces gens qui m'aimaient pour celui que j'étais, qui m'acceptaient, qui étaient mon oxygène. Dans ce monde terrible, j'avais trouvé ma propre atmosphère et Dieu qu'elle était douce, et sucrée... Certes, rien n'était parfait mais pourquoi chercher la perfection ? Cela n'existait de toute façon pas. Mieux valait une vie belle et heureuse parfois assombrie par des difficultés plutôt qu'une vie parfaite qui n'aurait rien signifié du tout. Je me redressai finalement un peu plus et me tournai avant de me mettre à genoux dans la baignoire, faisant face à Liam. Mes mains sortirent de l'eau pour venir se glisser sur ses joues : je le dévorait littéralement du regard.

-Quand je pense que je suis en train de regarder l'homme que je vais épouser...

Je dessinai le contour de ses lèvres avec mes pouces, toujours le même sourire tendre accroché à mes lèvres, en le couvant du regard.

-Une vie à tes côtés ne sera même pas suffisante mais puisqu'il faut s'en contenter...

J'approchai doucement mon visage, mes yeux toujours vrillés aux siens.

-Tu réalises que tu vas devoir me supporter jusqu'à ce que...

Je me stoppai, net, tant dans mes paroles que dans mes gestes. Une autre réalité venait de me frapper. « Jusqu'à ce que la mort nous sépare. »... Voilà une phrase à laquelle je n'avais pas pensé. L'un de nous quitterait ce monde avant l'autre et il devrait lui survivre, il n'aurait pas le choix : ni lui ni moi ne pourrions être égoïste au point de vouloir suivre l'autre dans la mort car nos enfants auraient besoin de celui qui resterait. Je secouai la tête, chassant ces horribles pensées. Le présent, je devais me concentrer sur le présent, sur le bonheur et ne pas penser aux jours sombres qui suivraient la perte de Liam, qui arriverait sans aucun doute un jour. Si à la base, j'avais voulu l'embrasser avec tendresse, lorsque je posai mes lèvres sur les siennes, ce fut finalement avec une certaine urgence, sans doute à cause de la crainte et la douleur que ces pensées avaient éveillées. Mon baiser devint rapidement plus enflammé, plus passionné, tandis que j'enroulai mes bras autour de lui, autant que cela était possible dans la baignoire, pour le coller tout contre moi. Je sentis ses mains glisser sur ma nuque puis s'y accrocher. Je finis par reculer mes lèvres, manquant de souffle tant mon cœur battait la chamade. Il devait probablement le sentir cogner contre son propre torse. Je l'enlaçai avec force et glissai mon visage dans son cou avant de murmurer ces quelques mots.

-Si tu veux bien, j'aimerais qu'on demande à celui qui nous mariera de retirer le « jusqu'à ce que la mort nous sépare » de la cérémonie... Je ne veux pas entendre cette phrase, je ne veux pas y penser, d'accord ?

Pourtant, ça arriverait mais je voulais faire l'autruche. Comme je pouvais me montrer faible alors que parfois j'étais fort... Comme l'amour que j'éprouvais pour lui pouvais me transformer en roc comme en cristal fragile. Ces deux parties de moi faisaient celui que j'étais, celui qui aimait Liam mais cela pouvait parfois être assez déstabilisant. Je soupirai. Je ne voulais pas nous gâcher la soirée encore une fois et je sentais Liam tendu : je lui avais probablement transmis mes craintes. Je me reculai et lui adressai un sourire tendre mais aussi d'excuse.

-Désolé... Je ne devrais pas penser à tout ça ou dire ce genre de choses... Ca doit être une merveilleuse soirée et...

Je regardai autour de moi : mon sourire s'élargit.

-C'est vraiment...

Je marquai une pause avant de replonger mon regard dans le sien.

-Superbe. J'adore ce que tu as fait. C'est très romantique et... Oui, j'adore ça... Je t'adore, toi... Je t'aime Liam.

Après quoi, je rapprochai mon visage et déposai un baiser sur sa joue droite, puis sur sa joue gauche, juste aux coins de ses lèvres avant de justement m'y attarder. Alors qu'un nouveau baiser nous unissait, mes bras l'entourèrent une nouvelle fois avec force mais il n'y avait plus d'urgence, plus de crainte. Juste, et finalement le mot est faible, la passion qui me dévorait, me consumait de l'intérieur. Je l'aimais. Je le désirais. Je voulais qu'il soit mien comme je voulais être sien, tout entier. Mais le moment n'était pas à ce genre d'échange, si je puis dire. C'était un moment de détente et je ne voulais pas tout foutre en l'air parce que j'étais incapable de contrôler le désir que j'éprouvais pour lui. Certes, il le sentait sans aucun doute comme moi je sentais son propre désir (ils nous étaient plus que difficile de cacher ce genre de chose) mais... Je finis par relâcher mon étreinte et par détacher mes lèvres des siennes. Nous étions tous les deux hors d'haleine et je laissai échapper un petit rire. Finalement, je me reculai complètement et m'adossai contre l'autre bord de la baignoire avant de lui tendre les bras. Je n'eus pas besoin de lui dire ce que je souhaitais : il s'était déjà avancé et blotti contre moi comme moi j'avais été blotti contre lui quelques minutes auparavant. Cette fois, ce furent mes bras qui l'entourèrent et mon menton qui se posa sur son épaule.

-Et si on parlait de la cérémonie ? Ca va paraître très fleur bleue à tout le monde mais j'ai vraiment envie de quelque chose de romantique, à l'image de ce que tu as fais ici ce soir... Oh ! Et si nous étions tous les deux en blanc ?

Je nous imaginais déjà, vêtus de beaux habits blancs sous une arche fleurie de lys ou de roses blanches. J'avais trop d'imagination sans doute... Il nous serait difficile de trouver des costumes blancs mais nous pourrions toujours improviser, quant aux fleurs... Oui, c'était possible ça. Je réalisai soudain que c'était mon imagination qui travaillait là, et pas la sienne. Peut-être ne souhaitait-il pas la même chose.

-Mais tu ne veux peut-être pas être en blanc... C'est vrai que je nous imagine déjà, entouré de belles fleurs blanches et de nos amis... Mon esprit est allé un peu loin tout seul en fait... Qu'est-ce qui te ferait plaisir ?

N'empêche, il serait magnifique... En blanc... Cependant, je me garderais de le lui dire : je ne voulais pas lui forcer la main. Mais n'empêche...
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MessageSujet: Re: I'm on The Edge of Glory, and I'm hanging on a moment with You.   Lun 23 Juil - 19:53

Pourquoi vouloir que nous portions le même nom ? Cela pouvait paraître complètement ridicule, mais il s’agissait d’un détail qui me tenait vraiment à cœur. Je voulais que nous soyons unis, totalement unis, aussi bien au sein de notre foyer qu’aux yeux des autres. Et même si ici il était peu courant de nommer les autres par leurs noms de famille puisque nous nous connaissions tous, j’espérais que nous pourrions avoir au moins un document « officiel » où il serait inscrit que nous portions désormais le même nom et étions mariés. Bien évidemment il ne nous servirait jamais à rien mais que voulez-vous ? J’avais envie de pouvoir le montrer, un jour, à nos petits enfants, de conserver une preuve irréfutable de notre amour pour le reste de ma vie. J’étais mieux placé que quiconque pour savoir à quel point la vie était imprévisible, et la manière dont elle m’avait arraché certaines personnes que j’aimais me poussait à vouloir conserver plus que des souvenirs. J’en avais besoin, voilà tout. Très sincèrement je ne voyais de toute façon pas qui cela aurait pu déranger : Tout le monde s’en fichait certainement. Raison de plus pour réaliser mes, et peut-être nos désirs. Seulement le problème était bel et bien là ; Je ne savais absolument pas s’il s’agissait d’un désir que Sam partageait avec moi, et me serais sentis complètement idiot si jamais ce n’était pas le cas. Je ne me sentais pas d’éponger ne serait-ce qu’un minuscule rire de moquerie de sa part tant ce souhait me tenait à cœur. Cependant, il n’eut pas cette réaction. Au contraire, bien loin de se moquer de moi il se redressa avant de venir poser son index sur mes lèvres, m’incitant à me taire, ce que je fis. Pour le moment je ne pouvais deviner ce qu’il pensait, mais le baiser qu’il m’offrit par la suite contribua à me rassurer. Après tout, je supposais qu’il aurait eu une attitude beaucoup plus gênée si mon idée l’avait mis mal à l’aise, ou simplement moins affectueuse. Toujours est-il qu’après m’avoir embrassé, il se recula légèrement et instinctivement, je répondis à son sourire avec la même douceur. Cependant, ce sourire s’effaça bien rapidement.

Se marier… A l’église ? Je dois bien avouer que celle-là, je ne l’avais pas vu venir. Pourquoi Diable voulait-il que nous nous marions à l’église ? Surtout que si lui ne jugeait pas ça impossible, moi – et sans doute n’importe qui d’autre de censé – si. Qui accepterait de marier deux hommes à l’église ? C’était complètement déraisonné. Même si je savais qu’il croyait plus ou moins en Dieu, je n’aurais jamais imaginé qu’il souhaite m’épouser devant ce dernier. De plus, même avant la guerre je n’avais jamais entendu parler de deux hommes mariés à l’église, c’était totalement impossible. Je n’avais pas lu la Bible et ne possédais que très peu de connaissances sur le sujet mais il me semblait que dans la religion chrétienne, l’homosexualité était un péché. Et même si, soyons honnêtes : Je n’avais aucune envie de me marier à l’église. Jamais de ma vie je n’avais cru en Dieu et je n’allais sans doute pas commencer après la troisième guerre mondiale. J’avais vu assez d’horreurs pour affirmer que Dieu n’existait pas. Cependant, je dois bien avouer que cela me serra le cœur car Sam n’avait même pas songé à m’en parler, ne trouvant sans doute pas cela important, comme un détail insignifiant et normal. Pour lui, c’était normal. Allais-je aller contre ses désirs après avoir crains qu’il ne repousse les miens ? Non, sans doute pas… Néanmoins je ne ressentais aucune joie à l’idée d’une quelconque cérémonie. En réalité, j’aurais simplement aimé que nous demandions à un des leaders – les plus hautes autorités ici – d’attester de notre mariage, et voilà tout… voilà tout… Mais encore une fois, je ne me voyais absolument pas lui annoncer que je ne voulais pas de ce mariage là, c’est pourquoi je fis un énorme effort pour raccrocher de nouveau un sourire à mes lèvres et tenter de me concentrer sur sa réponse plutôt que sur ma stupéfaction.

Même si je connaissais la réponse à sa question, je n’eus pas le courage d’ouvrir la bouche pour la lui dire, craignant bien trop que ma voix ne trahisse mon malaise intérieur. Non, il n’y avait pas de maire ici, c’était certain. J’avais passé la journée avec Aaron, j’étais allé au QG… S’il y avait eu un maire, je l’aurais forcément rencontré, à moins qu’il ne se cache et n’ait aucune responsabilité ici, mais cela m’aurait étonné. Du coup, je le laissai réfléchir seul, mais il finit de toute façon par aboutir à la même conclusion que moi. Nous ne serions donc pas mariés aux yeux de la loi, soit. Cela ne me gênait pas outre mesure. Mais avais-je davantage envie d’être marié aux yeux de Dieu ? Une nouvelle fois je sentis mon sourire se dissoudre et fus soulagé que Sam l’attribue à autre chose, se dépêchant d’ajouter que ne pas être mariés aux yeux de la loi n’avait aucune importance. Si seulement il avait pu en être de même pour Dieu… Je m’abstins cependant une nouvelle fois de tout commentaire, répondant à son baiser du mieux que je pu et tâchant surtout de ne rien laisser transparaître. Cependant, je compris bien vite que quelque chose le troublait lui aussi lorsque je vis son sourire s’atténuer. Et l’explication ne tarda pas : Il ne voulait pas porter mon nom. J’eus l’impression de recevoir un coup sur la tête tant je fus choqué qu’il me l’annonce d’une manière aussi directe. Il n’y avait ceci dit aucune raison de tourner autour du pot, il ne voulait pas de mon nom, point. Son attachement à ses origines était-il donc plus fort que son amour pour moi ? Je déglutis tout en baissant les yeux, écoutant ses explications tout en tâchant de paraître le moins déçu possible. Bien sûr, je pouvais moi aussi porter son nom et renoncer au mien après tout, mais un refus est toujours difficile à encaisser, n’est-ce pas ? Je devais cependant admettre que je le comprenais, c’était bien normal que de ne pas vouloir changer de nom au cours de sa vie même si, personnellement, je me sentais capable de le faire. Je l’aimais tellement que j’aurais renoncé à n’importe quoi pour être toujours plus proche de lui, que ce ne soit pas réciproque me faisait un peu de peine, mais je pouvais le comprendre. Je l’entendis alors soupirer et relevai les yeux alors qu’il prenait mes bras pour les passer autour de lui et se blottir contre moi. Aussitôt je resserrai mon étreinte autour de son corps avant de poser une nouvelle fois mon menton contre son épaule. Cela ne faisait rien après tout. Que je change de nom ou que ce soit lui qui le fasse, quelle importance ? Ca revenait au même. Et puis, porter chacun le nom de l’autre n’était pas une si mauvaise idée non plus. Nous avions encore le temps d’y réfléchir.

Alors que je songeais toujours à ce problème de nom, Sam me demanda s’il pouvait me parler de ses parents, me sortant ainsi de mes pensées. J’eus un léger sourire et hochai simplement de la tête, lui faisant comprendre par ce geste que oui, j’aurais été ravi qu’il m’en parle. Non seulement je ne savais pas grand-chose de son enfance, mais j’imaginais que la raison de son refus de changer de nom se cachait également ici. Je l’écoutai donc avec attention, remarquant d’emblée un changement de temps qui me serra le cœur. Son premier réflexe avait été de parler de sa relation avec ses parents au présent, alors que cette guerre nous faisait désormais songer à nos proches au passé. Et quelque part, cela me fit me sentir quelque peu coupable : Moi j’avais encore mes parents, et ils étaient à cet étage, entrain de se reposer dans une des chambres de notre maison. Oui car mon père m’avait élevé seul, et avait été aussi bien mon père que ma mère. Il avait joué les deux rôles pour moi alors à lui seul, il constituait mes deux parents. C’était difficile pour moi d’admettre que j’avais cette chance que Sam n’avait pas mais en même temps, les conditions dans lesquelles je l’avais retrouvé n’étaient pas des plus joyeuses non plus… Mais oui, en comparaison de Sam, je pouvais encore parler de ma relation avec mon père au présent. Je dus néanmoins me concentrer sur le reste de ses paroles plutôt que de me laisser submerger par cette culpabilité. Il disait avoir été très proche de ses parents bien que ce ne fut pas toujours le cas et petit à petit, je parvins à éprouver de la curiosité quant à son récit, je parvins à m’y plonger totalement et l’imaginer alors qu’il était plus jeune. Qu’il ait toujours eu conscience de son homosexualité ne m’étonna pas puisqu’il me l’avait déjà plus ou moins dit. Et puis j’imaginais que pour parvenir à ce point à s’accepter et s’assumer, c’est qu’il avait conscience de lui depuis un long moment.

J’eus un léger sourire désabusé lorsqu’il m’expliqua qu’au départ, il avait tenté de se rapprocher des filles pour être normal. Comme quoi, beaucoup d’homosexuels devaient connaître cela et passer par les mêmes réactions. Même si personnellement je n’avais pas cherché à me rapprocher d’elles parce que je ne le pouvais pas vis-à-vis de Natacha, j’avais surtout tenté de m’éloigner le plus possible des hommes. Au final cela n’avait pas marché mais la réaction était similaire. Néanmoins toute trace de sourire, même désabusé, disparut de mon visage quand il en vint à la réaction de ses parents, qui avaient particulièrement mal vécu l’annonce de son homosexualité. Apparemment ils avaient été très violents dans leurs propos et après tout, je pouvais le comprendre. Mon propre père n’avait pas été particulièrement content de me savoir homosexuel, même s’il l’avait rapidement accepté. Moi-même, je préférerais que mes enfants ne le soient pas, tout simplement parce que je savais à quel point c’était difficile à porter, jour après jour. Et puis être homosexuel signifiait renoncer à beaucoup de choses : le mariage, les enfants… Samuel et moi nous marions uniquement parce qu’aucune institution n’était plus en mesure de nous en empêcher, de même que nous avions des enfants par la force des choses, mais qu’en était-il avant ? Avant, le mariage homosexuel était interdit dans presque tous les Etats. Quant à l’adoption, elle était particulièrement difficile et coûteuse. Il fallait donc être honnête et admettre qu’être attiré par les membres du même sexe revenait à énormément se compliquer la vie quand bien même ce ne soit pas contrôlable. Ainsi, oui, je pouvais comprendre la réaction de ses parents. Puis j’eus soudainement un sursaut et écarquillai les yeux lorsque Sam m’annonça de but en blanc que face à ce rejet, il avait fugué.

Cela ne ressemblait pas au Samuel que je connaissais, à cet être si fort, si résolu, qui pouvait supporter énormément sans broncher. Mais il devait être tellement jeune à l’époque… Il se contenta alors de hausser les épaules et poursuivit son récit. Ainsi, il s’était contenté pendant plusieurs semaines de donner des nouvelles à ses parents tout en refusant de s’expliquer avec eux. J’imaginais difficilement à quel point ils avaient du avoir peur pour leur fils, leur fils unique… Mais je fus soulagé d’entendre qu’il avait finalement accepté de leur parler et que les choses étaient redevenues peu à peu normales, pour finalement aboutir à l’acceptation de ce qu’était leur fils. Un sourire se dessina alors sur mes lèvres : si je n’arrivais pas à imaginer la peur des parents de Samuel lorsqu’il avait fugué, je parvenais parfaitement à imaginer l’amour qu’ils pouvaient lui porter. Parce qu’il était tellement… Tellement parfait à sa manière. Personne ne pouvait ne pas l’aimer alors qu’il était si gentil, sensible, attentionné… Je ne l’avais jamais vu refuser le moindre service ou entendu dire du mal de qui que ce soit. Ses seuls « défauts » venaient de la guerre, et uniquement d’elle. Aussi, je supposais que Sam devait être le genre d’enfant que tout parent souhaiterait d’avoir : respectueux, affectueux, doux… Mon sourire devint finalement un peu plus triste, tout comme le sien, lorsqu’il aborda son départ pour la guerre. Même à ce moment là, ses parents l’avaient soutenu et aidé. Quand je pensais que ma mère n’y était jamais parvenue ne serait-ce que pour mon choix d’études… De ce côté-là, on pouvait dire qu’il avait eu de la chance. Même si ses parents l’avaient d’abord rejeté à cause de son homosexualité, ça s’était finalement apaisé, et ils l’avaient énormément aimé ensuite… On ne pouvait pas dire qu’il en avait été de même pour moi.

Cependant, je cessai très rapidement de songer à ma mère lorsque Sam se retourna pour m’adresser un sourire triste, tout aussi triste que celui que je lui rendis. D’une part j’étais heureux de ce qu’il me dit ensuite, d’autre part mon sourire conservait la même tristesse car, même si ses parents m’auraient adoré pour avoir fait du bien à leur fils, nous savions très bien tout les deux que je ne les rencontrerais probablement jamais. Tout comme ils ne rencontreraient jamais Lucy et Lucas…Non, ils ne sauraient probablement jamais à quel point leur fils unique pouvait être heureux et aimé à présent. Ils ne sauraient jamais comme nous étions proches ni à quel point nous tenions à notre famille. Et ils ne feraient, justement, jamais partie de cette famille. Je savais que Samuel avait quitté Londres pour s’installer à New York et y recommencer une nouvelle vie après la guerre, mais ses parents, ils les avaient laissés là-bas. Et sans doute y étaient-ils toujours. Sans doute y resteraient-ils à jamais. Même en admettant qu’ils aient survécu à la guerre, ce qui aurait tenu du miracle en sachant à quel point Londres avait souffert sous les bombardements, dans combien de temps pourrions-nous de nouveau traverser l’Atlantique pour rejoindre l’Europe ? Dans combien d’années les avions voleront-ils de nouveau, les bateaux vogueront-ils de nouveau ? Il faudrait sans doute des décennies pour que le monde redevienne ce qu’il avait été, en admettant que ce soit possible. Oui, en admettant que ce soit possible. Car la population avait été décimée, c’était certain, et combien de générations parviendraient à repeupler ce monde ? Nous étions seuls désormais, sans familles, sans amis. Nous n’avions plus que nous.

Avec douceur je glissai ma main contre la joue de Samuel, tentant de lui montrer par ce geste que je le comprenais et partageais sa souffrance, même si nous avions tous fini par nous faire une raison à présent. Et finalement, je comprenais parfaitement qu’il veuille conserver son nom de famille, ne serait-ce que par « respect » envers ses parents qui l’avaient tant aimé. Je le comprenais et n’en ressentais plus la moindre souffrance désormais. D’ailleurs, toute trace de douleur finit par disparaître totalement : j’étais moi aussi tellement heureux de l’avoir à mes côtés, tellement heureux de savoir que nous allions nous marier… Car comme il le disait, même si nous formions déjà plus ou moins une famille, se marier rendrait les choses très différentes. Il ne s’agirait plus de deux hommes ensemble, avec deux enfants. Non, il s’agirait bel et bien d’une famille, d’un couple marié avec enfants. Et cela changeait tout. Si nous savions tout deux à quel point nous nous aimions, désormais cet amour ne serait plus méconnu d’aucun : tout le monde saurait que nous voulions passer notre vie ensemble, que nous n’étions pas qu’un « petit ami » l’un pour l’autre. C’est alors que Sam se redressa pour finalement se retourner et me faire face, à genoux dans la baignoire. Je l’observai faire sans dire mot, m’attendant à des mots doux, encore et encore… Parce que justement, si l’on mettait la guerre et ses conséquences sur lui de côté, Sam n’était que douceur et tendresse. Il était sans doute la personne a m’avoir le plus couver de baiser et de caresses dans ma vie et la manière dont il me regardait me laissait penser qu’il n’avait pas l’intention de s’arrêter de si tôt. Mais c’était tant mieux… tant mieux, oui. Parce que je n’avais pas non plus l’intention de le laisser s’arrêter de si tôt.

Il posa alors ses mains sur mes joues et les mots qui s’échappèrent de sa bouche me firent sourire un peu plus encore. J’allais devenir son époux, tout comme il deviendrait le mien. Nous allions passer le reste de notre vie ensemble, sans doute ici, dans cette maison, à élever nos enfants et profiter de cela tant que nous le pourrions, tant que nous survivrons. Car même si nous tentions tous de reconstruire nos vies, d’adopter des habitudes normales, semblables à celles d’avant guerre, plus personne n’était désormais en sécurité. Plus personne n’était à l’abri, les derniers évènements nous le montraient bien. Je soupirai à cette pensée et l’éloignai aussitôt, ne voulant pas gâcher ces moments si précieux avec l’homme de ma vie puisque justement je ne savais pas combien de temps nous pourrions vivre ensemble. Je ne savais pas combien de temps le destin avait choisi de me le laisser, mais tant qu’il était auprès de moi, alors je ne voulais plus penser à rien d’autre. Plus penser à rien d’autre que lui. Je me surpris moi-même à rougir lorsqu’il continua tant ses mots étaient beaux, purs… et je savais, je sentais qu’il le pensait du plus profond de son cœur. Sincèrement, nous nous étions aimés avec Natacha, mais cet amour n’avait jamais été aussi fort que ce que nous partagions avec Samuel. Jamais. Mon cœur ne s’était jamais emballé de cette manière tout comme il s’emballait maintenant alors que Sam rapprochait son visage du mien et je m’attendais à recevoir un doux baiser. Ses mots me parvinrent mais je les entendis d’une oreille lointaine, trop avide de ses lèvres pour y prêter réellement attention même si j’aurais dû puisque, finalement, je ne compris pas vraiment pourquoi il s’arrêta tout à coup dans son geste. Je tentai alors de reprendre le fil : il me demandait quelque chose comme, si j’étais conscient que j’allais devoir le supporter longtemps ou… Je ne savais pas très bien. J’étais légèrement perdu et lorsque je le vis secouer subitement la tête comme pour éloigner de bien tristes pensées, je m’en voulu de ne pas avoir été davantage attentif à ce qu’il me disait. Cela m’aurait peut-être permis de le réconforter, mais je n’en étais pas capable. Et lorsqu’il m’embrassa finalement, je fus étonné de la détresse de son baiser. J’avais l’impression qu’il m’embrassait comme si c’était la dernière fois, comme si il allait prendre ses affaires et quitter la ville dans les minutes à venir. Cependant, son baiser devint rapidement plus passionné et cette fois je ne fus plus capable de songer à quoi que ce soit : j’étais tellement amoureux que je ne pouvais qu’avoir ses lèvres en tête alors qu’il m’embrassait de cette manière. Ses bras vinrent alors me serrer contre lui alors que mes propres mains glissèrent sur sa nuque et s’y accrochèrent, traduisant mon désir de pousser ce baiser encore plus loin.

Il recula cependant bien vite ses lèvres et resserra son étreinte avant de glisser son visage dans mon cou. Même si je dois bien avouer que j’étais un peu déçu car j’aurais aimé que ce baiser aille plus loin, je passai à mon tour mes bras autour de lui et l’enlaçai avec tendresse. Ses mots me firent néanmoins froncer les sourcils : jusqu’à ce que la mort nous sépare… voilà jusqu’à quand je devrais le supporter et voilà ce qui l’avait poussé à m’embrasser avec tant de détresse. Malheureusement, même s’il refusait d’y penser, ce jour arriverait et pas forcément dans très longtemps. Même en admettant que nous réussissons à survivre aux obstacles de cette vie d’après guerre, je savais que je ne ferai pas de vieux os. J’allais mourir, et sans doute pas dans beaucoup plus qu’une décennie ou deux, j’en étais parfaitement conscient. Vous connaissez beaucoup d’alcooliques profondément atteints qui vivent plus vieux que la quarantaine ou la cinquantaine ? Et encore, s’il n’y avait eu que l’alcool, j’aurais peut-être plus d’espoir pour moi mais malheureusement, j’étais également malade. Même si beaucoup moins que quelques mois plus tôt, Mathilda m’avait bien dit que je ne serais pas complètement soigné avant un long moment et finalement… Eh bien finalement j’en venais à admettre que j’étais en très mauvaise santé. Les nombreuses années que j’avais passé à boire avaient sans aucun doute énormément abîmé mes organes tout comme cette maladie l’avait fait. Peut-être qu’à l’extérieur je paraissais aller mieux car j’avais repris du poids, repris des forces, à l’intérieur je n’osais même pas imaginer à quels points les dégâts étaient importants. Ca ne pouvait qu’empirer désormais. J’allais vieillir… J’allais devoir payer pour tout ceci. Et encore, si j’en avais la possibilité : si j’avais la possibilité de vieillir, parce que dans ce monde, plus personne ne pouvait être certain d’atteindre ses vieux jours.

Alors, même si nous pouvions prier la personne qui nous mariera de retirer la fameuse phrase de la cérémonie, la mort nous séparera quoi qu’il arrive. Samuel pouvait faire comme s’il ne le savait pas, comme si nous avions encore le temps, mais un jour ou l’autre il sera seul et alors, la réalité lui reviendra en plein visage comme un boomerang. Je le savais, mais m’abstint de dire quoi que ce soit : pas besoin de parler de cela ce soir. Nous fêtions nos un an, quel sens y avait-il à déjà parler de notre fin ? Aucune. Absolument aucune. Sam finit d’ailleurs par soupirer puis m’adresser un sourire d’excuses, étant sans doute parvenu aux mêmes conclusions de moi. Il s’excusa alors que je haussai les épaules, tentant de paraître le plus détaché possible quand bien même ces pensées m’aient rendu particulièrement tendu. Mais finalement la tension qui m’habitait baissa progressivement tandis qu’il me disait à quel point ce que j’avais fait lui plaisait, et qu’il m’adorait. En réalité je n’avais pas fait grand-chose mais… le voir avec ce sourire me fit si fondre que je ne trouvai rien à répondre si ce n’est un bête sourire. Sourire qui s’élargit encore davantage lorsqu’il rapprocha son visage du mien et déposa des baisers aux coins de mes lèvres. Comme cela me donnait envie de me jeter sur ses lèvres… Comme cela me donnait envie de l’embrasser avec fougue et lui faire l’amour… Nos pensées durent se rejoindre puisque très vite, ses lèvres s’attardèrent sur les miennes et le baiser que nous échangeâmes fut passionné, enflammé. Je me laissai totalement aller et passai mes bras autour de lui, mes mains descendant doucement le long de son dos pour venir caresser ses fesses, ses fesses que j’adorais. Tout comme en moi, je sentais en lui l’excitation monter doucement tandis que nous nous embrassions avec toujours autant de fougue. Et d’un coup, il se recula. D’un coup il me recolla brutalement les pieds sur terre.

Mais pourquoi ? J’avais tellement envie de lui….Et je savais qu’il en était de même de son côté. Alors quoi ? Je relevai un regard interrogateur vers lui, tentant de reprendre mon souffle, et restai totalement muet lorsqu’il laissa échapper un petit rire. D’accord… Je vois. Il avait décidé de me faire languir un petit moment, mais cela ne faisait rien : il ne perdait rien pour attendre. C’est alors qu’il se recula et s’allongea contre l’autre paroi de la baignoire. Sans attendre je m’allongeai à mon tour contre son torse, me blottissant avec amour dans ses bras. Mes doigts se nouèrent aux siens tandis que je reposai ma tête sur son épaule puis fermai les yeux. Je sentais son souffle dans mon cou, son menton posé sur mon épaule. Je sentais ses bras autour de moi, son torse dans mon dos. Je sentais tout ceci et l’eau chaude nous enveloppant. C’était presque le paradis. Et puis, alors que je me perdais à la recherche de toutes ces sensations, Sam voulut parler de la cérémonie. Je demeurai les yeux fermés tout en l’écoutant et ne pu m’empêcher de sourire : Il était tellement… Fleur bleue ? Bon, moi aussi dans un sens, mais pas à ce point. Cela ne me dérangeait pas non plus, au contraire, j’appréciais ce côté terriblement romantique et sensible mais voilà, pour notre mariage j’aurais aimé quelque chose de plus…sobre. Les costumes blancs, les fleurs blanches… Oh et puis après tout, je m’en fichais. Oui, je m’en fichais sincèrement.

« Tout ce qui te fait plaisir me fait plaisir, mon amour. »

Je rouvris doucement les yeux et les relevai vers lui, un sourire plein de douceur aux lèvres. Je le pensais, sincèrement. Tout ce que je voulais, c’était que ce jour soit le plus beau pour lui. Que tout lui plaise, qu’il soit heureux, qu’il rie… Quant aux fleurs, costumes, nappes et tout le reste, je m’en moquais éperdument. Même me marier à l’église ne m’ennuyait plus, finalement. Sur le coup l’apprendre m’avait quelque peu choqué mais après tout, si cela lui tenait à cœur alors je n’irais pas contre. Certes, s’il m’avait demandé de tout organiser à ma manière je n’aurais pas fait comme ça, mais cela n’avait aucune importance. Disons simplement que j’étais d’un naturel beaucoup plus discret et réservé que lui : Je détestais porter l’attention sur moi. Je détestais que tous les regards soient braqués sur moi, tout comme je détestais me faire remarquer. Lorsque j’étais encore pianiste ma plus grosse peur n’était pas de mal jouer, mais bel et bien d’être soumis au regard de tant de personnes. Je n’aimais pas cela, voilà tout. Alors les fleurs, le costume… Ca risquait de faire beaucoup pour moi, mais si ça lui plaisait… et je savais que ça lui plaisait. Néanmoins je savais qu’il n’allait pas se contenter de ma réponse et voulait mon avis, aussi finis-je pas reposer ma tête contre son épaule, refermer les yeux et reprendre doucement la parole.

« Si nous nous marions avant le retour du froid, je pense que nous pourrions essayer d’organiser un joli repas en plein air le soir… Nous pourrions nous marier l’après-midi et inviter nos amis à un beau diner. Je suppose qu’il est possible de trouver de la belle vaisselle chez les uns et les autres et pour le repas en lui-même, chacun pourrait apporter quelque chose de ses réserves. Il suffirait de mettre suffisamment de tables dans notre jardin, peut-être un peu de décorations…Des fleurs blanches si tu le souhaites. »

Nous avions la chance de posséder un beau jardin derrière notre maison. Connaissant Lilly, je savais qu’elle pourrait le décorer de manière à ce que ce mariage ressemble à une véritable fête en dépit des privations et des difficultés. Même s’il était clair que nous ne pourrions pas inviter la communauté entière, je pensais à nos amis les plus proches : Ethan et Katarina, Aristide et Gabrielle, Mathilda et Aaron, Matthew et Mary, Guilio et Amarilli, Lilly, Isaac, Alexander… Malheureusement, je doutais que tout ce beau monde accepterait de se réunir, même pour nous. Nous verrions bien après tout. Et puis, penser à eux me fit songer à quelque chose d’autre.

« Tu sais qui sera ton témoin ? »

Je soupirai.

« J’aurais tellement voulu qu’Ethan soit le mien… Malheureusement, je pense qu’il n’acceptera pas. »

Parce que même si je tenais à l’inviter, notre relation avait bien changé désormais.

« Je demanderai à Mathilda. Enfin… Je la connais depuis des années maintenant… Depuis le début de la communauté à vrai dire, nous étions dans les premiers arrivés. Et elle a été là pour moi si souvent… Je crois que c’est l’une de mes plus proches amies malgré son caractère de cochon. »

Et c’était peu dire. Mathilda était vraiment une peste lorsqu’elle le décidait, mais au-delà de cela je voyais, pour bien la connaître à présent, qu’elle éprouvait de l’affection pour certains, quand bien même elle ne le montre pas. Je soupirai une nouvelle fois et caressai doucement le bras de Samuel, les yeux toujours clos, essayant d’imaginer ce jour… Et finalement, ce n’est pas tant le jour de notre mariage qui se créa sous mes paupières closes, mais la suite. Cette vie ensemble. Je nous imaginais vivant ensemble jour après jour, avec les jumeaux et… mon cœur se serra une nouvelle fois. Il y avait un sujet que nous n’avions jamais abordé avec Samuel, d’une part parce que pour le moment nous n’en avions pas forcément eu la nécessité, mais aussi parce que nous n’avions pas le temps de penser à tant de choses avec le monde dans lequel nous vivions désormais. Cette fois je rouvris les yeux et fronçai légèrement les sourcils, réfléchissant. Je ne lui en avais jamais parlé peut-être parce que je n’avais jamais imaginé que nous marierions un jour mais à présent… Et le fait est que je ne savais absolument pas ce qu’il allait en penser. Cela me troublait, j’eus un nouveau soupir avant de relever la tête, déposer un tendre baiser sur la mâchoire de Sam me redresser, poser mes mains sur les rebords de la baignoire et amorcer ma sortie de l’eau.

« J’ai un peu froid… Je vais me sécher. » dis-je avant de sortir totalement de l’eau et attraper une serviette que je nouai autour de ma taille. Puis, je m’attachai les cheveux en un chignon approximatif parce qu’ils me gênaient. Je supposais que mon attitude ne devait pas paraître excessivement froide ni même particulièrement étrange puisque je n’avais pas été sec dans mes paroles ou dans mes gestes, bien au contraire. J’avais seulement éprouvé le désir de sortir de cette baignoire, de bouger un peu pour mieux réfléchir bien que je ne sois pas non plus agité : J’étais simplement ailleurs. Finalement, je lâchai une fois de plus un soupir avant de m’asseoir sur le bord de la baignoire et relever les yeux vers Sam. Je me mordis la lèvre quelques instants, réfléchissant à la manière d’aborder le sujet, et optai pour une approche douce.

« Il y a une chose dont je ne t’ai pas parlé parce que jusque là, je n’avais pas pensé que ce serait très important mais maintenant… maintenant que je sais que nous allons nous marier, j’aimerais qu’on y réfléchisse plus sérieusement. »

Je baissai les yeux, toujours dans mes pensées mais également un peu mal à l’aise, je devais bien l’avouer. Mes doigts glissèrent cependant dans l’eau puis sur un de ses genoux et le caressèrent avec douceur alors que je relevai les yeux vers les siens.

« J’ai toujours voulu une famille…et je l’ai à présent. Oui, je l’ai, mais tu sais… J’aimerais qu’on réfléchisse à agrandir cette famille… »

D’autres enfants. Voilà ce que je souhaitais. Je m’arrêtai alors, cherchant dans son regard une réaction puis baissai de nouveau les yeux, préférant ne pas chercher afin de ne pas trouver de refus ou n’importe quoi d’autre de difficile à encaisser. Alors mes doigts continuèrent leur caresse tandis que je reprenais d’une voix peu assurée.

« Ca va te sembler idiot mais j’ai toujours rêvé d’une famille nombreuse… Des cris, des rires, des pleurs… J’ai toujours rêvé d’une maison pleine de bruit et de vie, de nuits blanches, de caprices et de jeux. J’aime les jumeaux plus que tout, et je ne vais pas mentir : avant cette idée de mariage, je n’avais jamais songé à adopter d’autres enfants qu’eux parce que j’avais déjà beaucoup de mal à m’en occuper correctement et… J’étais tellement seul… »

Cette fois je m’arrêtai, et posai ma main à plat sur son genou, évitant toujours avec soin son regard.

« J’étais seul sans toi. Partout où j’allais, qu’importe ce que je faisais. Les jumeaux ont été pendant deux ans ma seule famille, jusqu’à toi et… tout a changé désormais. Nous sommes une famille, nous le serons plus que jamais dès que nous serons mariés. C’est ça, mon plus grand rêve. Être père, avoir à mes côtés une personne qui m’aime et que j’aime en retour… Je ne sais pas. Ce n’est pas une décision à prendre à la légère, et encore moins si tu penses que deux enfants nous suffisent largement, parce que c’est déjà du travail et… Nous avons tellement peu de temps ici… Mais oui, j’aimerais avoir trois, quatre, pourquoi pas cinq enfants. Pourquoi pas ? »

Peut-être le surprenais-je, je n’en savais rien, évitant toujours son regard. Jamais nous n’avions abordé ce sujet auparavant, estimant sans doute que puisque nous avions déjà deux enfants, il fallait avant tout penser à les éduquer. Certes, mais pourquoi pas leur offrir des petits frères et sœurs ? Je ne disais pas que ce monde était le meilleur pour cela mais de toute façon, nous n’avions pas la possibilité de procréer, nous pouvions donc adopter un orphelin et lui donner une famille. N’était-ce pas merveilleux ? Personnellement, j’en avais presque les larmes aux yeux. Je ne pouvais qu’imaginer à quel point les enfants sans parents devaient se sentir seuls, perdus… et je ne pouvais que vouloir leur offrir tout l’amour de père que je portais en moi. D’autre part, je n’avais pas renoncé à mes rêves de famille traditionnelle malgré la guerre et malgré mon homosexualité. Je voyais la famille idéale de cette manière : un couple qui s’aime, de nombreux enfants autour d’eux… Mais c’était sans doute idiot. Peut-être que ce nouveau monde ne nous autorisait plus à désirer ce genre choses, peut-être qu’accorder son amour à une nouvelle personne relevait de la folie tant les risques de la perdre étaient désormais élevés. Mais pour moi ça en valait la peine. Et peut-être que nous allions être débordés, peut-être qu’entre nos tâches pour la communauté, les jumeaux et ces nouveaux enfants nous n’aurions plus une minute à nous, mais ça aussi ça en valait la peine à mes yeux. Parce que le bonheur d’élever un enfant, de le voir grandir, de savoir que nous allions vieillir et qu’eux vivraient leurs vies en nous accompagnant…Le bonheur de laisser quelque chose de profondément bien derrière nous, aussi. Je ne savais pas d’où cela venait, mais je le ressentais déjà lorsque j’étais avec Natacha. Malheureusement, nous ne partagions pas cette envie : Si moi j’aurais été prêt à abandonner ma carrière et devenir un simple prof pour avoir la possibilité d’élever une ribambelle d’enfants, ce n’était pas le cas pour elle. Elle en voulait, bien sûr, mais un ou deux, pas plus.

Peut-être qu’avoir été fils unique influençait également ma vision des choses ? Pour avoir grandi seul, je savais à quel point on peut s’ennuyer lorsque l’on n’a ni frères ni sœurs avec qui jouer et créer des souvenirs. En grandissant cela ne s’arrangeait pas forcément. Alors, oui, je voulais vraiment adopter de nouveau. Je voulais vraiment être un père entouré de beaucoup d’enfants, et m’occuper d’eux avec tout l’amour du monde. Il s’agissait d’un de mes souhaits les plus chers. Je haussai finalement les épaules, essayant de paraître le plus détaché possible au cas où ce souhait ne serait pas partagé par Samuel, et bien que cela ne marchait sans doute pas vraiment.

« De toute façon nous ne sommes pas obligés de prendre la moindre décision maintenant. Peut-être que tu pourrais te laisser jusqu’au mariage pour y réfléchir… ? »

Puis, un léger sourire naquit sur mes lèvres.

« Tu disais que tes parents n’espéraient plus avoir de petits enfants et que nous leur aurions fait un magnifique cadeau avec les jumeaux… Imagine comme ils auraient été heureux d’être les grands parents de quatre ou cinq petits… »

Par ces quelques phrases, je ne cherchais nullement à lui mettre la pression ni quoi que ce soit d’autre. Je ne voulais pas qu’il prenne cela comme un argument sortit de derrière les fagots non plus. En réalité, je le pensais avec toute la sincérité dont j’étais capable : même si je ne les connaissais pas, les parents de Samuel auraient, si je l’écoutais, sans doute été très heureux d’avoir autant de petits enfants. Tout comme j’espérais que Sam serait heureux d’avoir autant d’enfants. Oui, je l’espérais du fond du cœur.
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MessageSujet: Re: I'm on The Edge of Glory, and I'm hanging on a moment with You.   Lun 6 Aoû - 21:28

J'étais complètement parti en plein rêve. J'avais même finalement perdu le fil de la conversation. Ne subsistait que cette merveilleuse image de Liam, habillé de blanc, son regard magnifique se posant sur moi tandis que je lui faisais face devant l'autel. Une vision idéaliste, utopique, mais tellement merveilleuse. Tellement parfaite, comme lui était parfait. Finalement, sa voix me ramena malgré mon rêve à la réalité et lorsque je l'entendis me dire que tout ce qui me faisait plaisir lui ferait plaisir à lui aussi. Je fronçai doucement les sourcils sans pour autant me raidir. C'était comme s'il me disait « D'accord, ça ira. Mais ça me dit sans plus... » Qu'il veuille me faire plaisir était tout à son honneur mais moi aussi je voulais qu'il passe merveilleux moment, un moment qu'il tel qu'il l'aurait souhaité. Je savais que j'avais laissé mon imagination aller beaucoup trop loin... J'allais donc lui dire que nous allions faire également comme lui le souhaitait et non pas uniquement en fonction de mes propres désirs quand il releva doucement le regard vers moi avant de m'adresser un sourire rempli de douceur et de tendresse. Il était véritablement sincère, je le voyais, le sentais, mais, c'était quand même égoïste de réclamer quelque chose qui ne souhaitait pas, non ? Comme pour répondre à mes interrogations intérieures, il repose sa tête contre mon épaule avant de m'expliquer ce qu'il avait en tête. Organiser une fête en plein air après la cérémonie si nous trouvions le moyen de nous marier avant le retour du froid ? Je ne pus m'empêcher d'esquisser un large sourire à cette idée, nous imaginant déjà à la tombée de la nuit, accompagnés de nos amis, célébrant notre union, notre amour... Quant aux détails auxquels il faisait allusion (la vaisselle, les vêtements), tout cela me pasa au-dessus car je venais de réellement saisir ce que je souhaitais. Je souhaitais me marier avec lui, point. Oui, j'étais romantique mais finalement, j'aurais pu me marier en haillons que ça n'aurait rien changé. Le principal était de nous unir. Le principal était d'officialiser notre relation. Le principal était d'être ensemble aux yeux de tous, une bonne fois pour toutes. Je déposai donc un tendre baiser contre sa tempe avant de lui murmurer tout bas :

-Nous avons encore le temps d'y penser et d'y réfléchir ensemble mon amour...

Oui, nous allions avoir du temps pour reparler de tout ça. Il avait émis des souhaits, j'en avais émis d'autres et à présent, la préparation du mariage allait commencer et nous aurions beaucoup d'autre conversations comme celle-ci avant d'être définitivement fixé sur ce que nous voulions vraiment tous les deux. Cette étape-là aussi j'allais la savourer car ça allait être un véritable échange et ça allait être merveilleux. Lorsqu'il me demanda soudain si je savais qui j'allais avoir comme témoin, ma bouche s'ouvrit sans attendre car je n'avais même pas besoin de réfléchir un seul instant pour savoir qui je voulais comme témoin. Liam ne me laissa cependant pas le temps de répondre et soupira avant de me dire qu'il aurait voulu qu'Ethan soit son témoin mais qu'il n'accepterait pas et qu'il allait demander à Mathilda. Certes elle avait été là pour lui et était une véritable amie mais Ethan... Lui et Liam avaient été tellement proches à une époque, d'après ce que Liam avait pu me raconter. Je lassai échapper un « hum » dubitatif. J'irais parler à Ethan. Calmement. Après tout, il n'était peut-être pas trop tard pour réparer ce qui avait pu être brisé entre eux et quelle meilleure occasion qu'un mariage pour réconcilier ceux qui étaient fâchés, pour apaiser les colères, pour... S'aimer ? Oui, j'irais parler à Ethan même si en faisant cela je risquais de me faire enguirlander par Liam au final mais, j'y tenais. Je tenais à ce qu'il ait le choix. Je tenais à ce qu'il soit pleinement heureux et c'était mon affaire de le rendre heureux et pas uniquement dans notre relation. J'étais avec lui, j'allais l'être pendant je l'espérais de très longues années et pendant tout ce temps, j'allais faire ce qui me semblait juste pour le rendre heureux. Là, en l’occurrence, il me semble que le réconcilier avec Ethan après tout ce temps pouvait le rendre heureux, alors... Je resserrai un peu mon étreinte autour de lui.

-Moi, je vais sans hésiter demander à Aristide. Il a été et est un ami précieux... Et puis, pour Ethan... Laisses-toi un peu de temps histoire d'être sûr d'avoir envisagé toutes les options, d'accord ? Pas de précipitation. Tu ignores de quoi demain sera fait.

En réalité, demain serait probablement fait de moi, allant jusqu'à chez Ethan pour essayer d'arranger les choses mais ça, il n'avait pas besoin de le savoir. Je commençais déjà à essayer de trouver ce que j'allais pouvoir dire à Ethan. J'allais me mêler de leurs histoires privées mais comment pouvais-je ne pas le faire ? Liam avait besoin de retrouver son ami, alors, même si je devais dépasser les limites pour que cela soit possible, je le ferais. Le soupir que poussa Liam me ramena au moment présent et je tournai doucement mon visage vers lui au moment où il déposa un tendre baiser sur ma mâchoire. J'esquissai un sourire qui s'évapora aussitôt apparu quand je vis Liam se redresser, prêt à sortir. Mes mains suivirent son mouvement, comme pour le retenir mais sa peau avait déjà glissé d'entre mes paumes humides et il annonça qu'il avait un peu froid et qu'il allait donc se sécher. Je me radossai contre la baignoire et l'observai, ne pouvant m'empêcher de froncer les sourcils face à ce brusque revirement de situation. L'eau était pourtant encore relativement chaude, plus que tiède. Nous n'avions passé que quelques minutes l'un contre l'autre et il ne m'avait pas semblé sentir sa peau refroidir, au contraire... Cela me paraissait curieux même s'il ne s'était pas montré froid ou sec dans ses paroles, je ne pouvais m'empêcher de penser que quelque chose n'allait pas. Je le regardai nouer ses cheveux en un chignon, toujours en silence. J'étais tiraillé entre deux options : me taire et le laisser parler ou lui demander ce qu'il se passait. Le problème était que si je lui demandais, j'allais encore passer pour un paranoïaque, que j'étais d'accord mais bon... Son second soupir ne m'aida cependant pas à me débarrasser de cette paranoïa, bien au contraire. Quelque chose le travaillait, j'en étais à présent certain. Mais quoi ? J'essayais de refaire le chemin de notre conversation jusqu'à ce qu'il change de comportement. Nous avions parlé des témoins...

Oh... Était-ce cela ? Dans ce cas, j'allais devoir lui parler de mon plan d'aller voir Ethan le lendemain. Je ne pouvais pas le laisser ainsi, autant soucieux. Cela ne changeait cependant rien à mes deux options : le laisser parler ou lui demander ? Le laisser parler ou lui demander ? Ah ! Lui de... Le laisser parler. De toute façon, il était sans aucun doute sur le point de le faire puisqu'il venait de s'asseoir sur le bord de la baignoire. Nos regards se croisèrent et quand il se mordit la lèvre, je haussai doucement les sourcils avec un petit sourire (j'étais incapable de lui sortir le grand sourire des bons moments là...) pour l'encourager à parler. Il hésita encore quelques instants puis se lança. Dire que je m'étais complètement trompé quant à ses préoccupations était un euphémisme. Il ne parla nullement d'Ethan, ou des possibles témoins... Non. Il m'avait caché quelque chose. Une chose dont il n'avait pas osé me parler avant mais qu'il pensait pouvoir aborder maintenant que nous étions sur le point de nous marier. Je ne pus empêcher mon sourire de s'effacer de nouveau. J'avais peur. C'était plus fort que moi. J'avais peur de ce qu'il avait à m'apprendre. J'avais pensé, après cette soirée, que nous n'avions vraiment plus aucun secret l'un pour l'autre si ce n'était quelques ombres sur notre passé dont nous parlerions avec le temps, nous avions d'ailleurs commencé à le faire. Alors quoi ?... Lorsqu'il glissa sa main dans l'eau pour venir caresser doucement mon genoux, cela ne me rassura pas, au contraire. En fait, ce geste m'inquiéta d'autant plus : qu'avait-il à me dire qui nécessitait de prendre autant de gants ? Et puis, quand il baissai les yeux, ce n'était jamais bon signe, j'étais vraiment bien placé pour le savoir. Un étrange mal-être commença à s'installer au creux de mon estomac. Si seulement il pouvait en finir vite... Je ne pouvais malheureusement qu'attendre qu'il daigne enfin cracher le morceau. Il releva finalement son regard vers moi, au bout de ce qui me sembla être de longues minutes, mais j'avais probablement un petit problème avec la réalité du temps qui pouvait s'écouler étant donné que j'étais vraiment stressé. Sa bouche s'entrouvrit enfin pour me dire qu'il avait toujours voulu une famille. Froncement de sourcils de ma part : Nous étions une famille, lui, moi, Lucy et Lucas.

« J’aimerais qu’on réfléchisse à agrandir cette famille… »

Mon visage se détendit tout de suite et mes yeux s'agrandirent sous la surprise. Il baissa de nouveau les yeux mais mon regard à moi était perdu dans le vide, encore sous le coup de la surprise. Je sentais à peine ses doigts frôler la peau de mon genoux tant j'étais... Oui, surpris. Il voulait agrandir notre famille. Il voulait d'autres enfants. Je m'étais attendu à tout, sauf à ça, je dois bien le reconnaître. Ce fut sa voix peu assurée qui me tira de cet étrange état de stupeur. Je clignai des yeux et l'observai avec tendresse certes, mais mon visage était toujours un peu figé. J'avais juste besoin de quelques minutes pour passer outre la surprise afin de savourer pleinement la nouvelle qu'il venait de m'annoncer. La savourer oui parce que rien n'aurait pu me faire plus plaisir que d'agrandir notre famille. Et tandis qu'il parlait de son rêve d'une famille nombreuse, de cris, de rires, de pleurs, d'une grande maison pleine de bruit mon regard se perdit de nouveau dans le vide, tout en l'écoutant toujours. Il ne faisait pas que décrire son rêve à lui : il décrivait aussi le mien. Je nous imaginais déjà dans une belle et grande maison, entourée de nombreux enfants. Quel merveilleux bonheur ce serait. Et les jumeaux seraient... Bon, au départ, ils seraient peut-être jaloux mais ils pourraient devenir le grand frère et la grande sœur, s'occuper des plus jeunes à nos côtés, avoir encore plus une place à part entière. Lorsque je sentis sa main se poser à plat sur mon genoux, l'image de la maison s'évanouit aussitôt et je le regardai à nouveau. Avais-je bien entendu ? Il avait parlé de sa solitude ? Oui... Il avait parlé de sa solitude. Je posai ma main sur la sienne alors qu'il m'expliquait qu'il avait été seul sans moi, qu'il avait été longtemps seul, puis il y avait eu les jumeaux et moi, et... Un sourire étira doucement mes lèvres tandis qu'il me parlait de son rêve, de ce à quoi il aspirait, des doutes qui n'étaient cependant pas suffisants pour le faire reculer dans son envie d'avoir une grande famille. Quatre... Cinq enfants... Pourquoi pas ?

Oh que oui...

Il haussa les épaules et je penchai doucement la tête sur le côté quand il m'annonça, toujours en prenant bien soin d'éviter mon regard que nous n'étions pas pressés pour prendre une décision, que je pouvais y réfléchir jusqu'au mariage... Ah, si seulement il avait pu avoir le courage de me regarder dans les yeux, il aurait comprit en une seconde que je n'avais pas besoin de temps pour réfléchir à cette décision, il aurait comprit qu'elle était déjà prise cette décision, il aurait comprit qu'il n'avait aucune raison d'avoir peur de ma réaction. Mais il continuait de fuir mon regard... Un sourire naquit cependant sur ses lèvres et il me parla, à ma grande surprise (une fois encore), de mes parents... Que nous leur aurions fait un magnifique cadeau avec les jumeaux et qu'ils auraient été encore plus heureux d'être les grands parents de quatre ou cinq petits enfants... Oui, mes parents auraient adorés être entourés de nombreux petits enfants. Je savais du fond du cœur à quel point ils auraient adoré ça. J'en eus les larmes aux yeux... Qu'il saisisse ainsi si vite qui avaient été mes parents, le bonheur que nous leur aurions apporté... Tout cela me touchait d'une manière incroyablement forte. N'y tenant plus, ne voulant plus qu'il ressente cette peur, cette hésitation quant à ce que je pensais d'avoir une famille nombreuse et surtout, parce que j'avais l'envie irrésistible de le tenir contre moi, mes mains se soulevèrent d'un seul coup et en un instant, je me redressai assez pour l'entourer de mes bras et pour le faire retomber dans la baignoire contre moi. Il avait froid ? J'allais le réchauffer, j'allais réchauffer son cœur avec mes mots, avec mon amour, avec mon rêve qui était le même que le sien. Alors qu'il était enfermé dans mes bras, il releva enfin son regard vers moi mais c'était un regard surpris. Normal, je venais de le faire tomber dans la baignoire d'une manière peut-être un peu brutale avec du recul mais bon, j'avais servi de coussin pour éviter qu'il ne se cogne. Sa surprise ne disparût pas en croisant mon regard ce qui, au fond, était normal également : il ne s'attendait sans doute pas à ce que mon regard ne soit qu'amour et tendresse, tout comme mon sourire. Je déposai un bref baiser sur ses lèvres et dessinai le contour de ses lèvres du bout de mon pouce.

-Quatre ou cinq... Peut-être même six... Soyons fous... On peut voir grand. On a le droit de voir grand, parce que nous aimons en grand. Nous nous aimons en grand... Nous aimons les jumeaux en grand.

Mon sourire se fit plus large tandis que je sentais mes yeux se remplirent de larmes de joie.

-Nos autres enfants aussi, nous les aimerons en grand.

Mes mains se refermèrent sur ses joues. Ainsi, je le forçai à me regarder droit dans les yeux.

-Je comprends que tu aies pu avoir un peu peur de ma réaction mais tu n'as absolument aucune crainte à avoir. Aucune. Rien ne me ferait plus plaisir que de former une grande et heureuse famille avec toi mon amour. Nous sommes dans un monde si terrible mais l'amour... L'amour qui existe entre nous, l'amour que l'on donne aux enfants et que l'on donnera à nos autres enfants... C'est un miracle, en tout cas, moi, c'est comme ça que je vois les choses. Nous sommes un miracle. Notre famille est et sera un magnifique miracle. Et...

Je déposai un nouveau et tendre baiser sur ses lèvres avant de poser ma joue contre la sienne.

-Tu as raison... Mes parents auraient adoré ça...

Je sentis ses bras se refermer autour de mon cou et mon étreinte se resserra autour de lui. Nous restâmes quelques instants ainsi, sans plus bouger, sans plus parler. Ne subsistait que le bruit mélangé de nos deux respirations, lentes, apaisées, reflet de ce que nous ressentions en cet instant. Puis, je finis par rompre le silence.

-Et si nous allions au chaud sous les draps ?

Il recula son visage et nous échangeâmes un sourire. Ma suggestion n'avait pas forcément un sens caché. Oui, je le désirais, comme je le désirais toujours puisque je l'aimais, que je le voulais mien, encore et toujours, mais nous pouvions passer la nuit dans les bras l'un de l'autre à parler de notre avenir que j'en aurais été autant sinon plus satisfait. Et je savais qu'il pensait comme moi, je savais que, peu importe ce qu'il se passerait ou non dans cette chambre, cette nuit, nous serions comblés par nos promesses d'avenir échangées. Il sortit en premier du bain et je le suivis avant de me saisir d'une serviette et de me sécher. Puis, je passai à mon tour la serviette autour de ma taille avant de vider la baignoire et de ranger les bougies avec l'aide de Liam. Quelques minutes plus tard, après avoir marché avec précaution et en silence jusqu'à notre chambre, nous étions nus, sous les draps, serrés l'un contre l'autre, la lune éclairant légèrement la chambre à travers la fenêtre. Là encore, le silence était apaisant, agréable. Nous étions bien. Parfaitement bien. Je ne pouvais voir ma vie autrement qu'ainsi : je ne pouvais m'imaginer m'endormir sans lui, loin de ses bras. Et maintenant que nous avions le projet d'agrandir notre famille, je ne pouvais m'imaginer sans ses enfants qui viendraient nous réveiller le matin alors que nous serions encore en train de dormir ou alors, qui viendraient se faufiler dans nos draps en pleine nuit après un cauchemar. La vie avait été cruelle avec nous. Oh oui, elle avait été d'une cruauté et d'un sadisme sans égal mais à présent, c'était comme si nous étions véritablement arrivés au bout de long tunnel et que la lumière nous enveloppait. Nous étions heureux et nous allions l'être encore plus dans les semaines, les mois et les années à venir. C'était ce à quoi mon esprit pensait tandis que mes doigts allaient et venaient avec délicatesse sur la peau de son bras.

-Il nous faudra notre propre maison.

Même si j'avais chuchoté, ma voix me parut étrangement forte en brisant ainsi ce précieux silence. Mais j'avais envie de partager ma vision idyllique avec lui comme il avait partagé la sienne.

-Nous aurons besoin de plusieurs chambres. Autant être prévoyant dès le départ puisqu'il arrivera un moment où ils ne voudront plus partager la même chambre alors, si on peut avoir une grande maison, ce serait bien. Je pourrais demander à Aristide de recruter une troisième personne pour nous aider à la bibliothèque, ce qui nous permettrait de pouvoir mieux nous organiser. Je suis sûr que de ton côté aussi ils pourront te laisser un peu plus de temps quand la famille se sera agrandie.

Je soupirai de plaisir à cette pensée et un nouveau sourire étira mes lèvres.

-Je suis tellement heureux Liam... Jamais je n'aurais rêvé pareille vie... Même si ça n'a pas été facile pour y arriver, même si on a dû en baver, quand je vois où nous en sommes aujourd'hui et où nous allons... Non, je ne pourrais pas rêver mieux. Un présent et un futur auprès de toi et de nos enfants... Tu fais de moi l'homme le plus heureux de la planète mon amour... Je t'aime.

La véracité de mes propres mots me toucha en plein cœur. Je l'aimais. C'était aussi simple que ça. Toute ma vie se résumait à lui. Certes, les enfants importaient énormément et construire ensemble une plus grande famille m'importait également mais au fond, tout cela c'était grâce à lui. Parce qu'il existait. Parce qu'il était dans ma vie. Parce qu'il était mien. Je caressai sa joue du bout de mon nez avant de l'embrasser sur la joue et de poser mon visage contre son épaule. Un nouveau sourire étira mes lèvres car je repensais à ce qu'il avait dit.

-Dis-moi... Tu as dis que tu ne m'avais pas parlé de ce désir d'avoir une grande famille « jusque là ». Ce sont tes mots... J'imagine que ça doit donc faire un moment que tu y penses... Aurais-tu... Je veux dire...

Mon cœur se mit à battre plus vite au fur et à mesure que les mots sortaient de ma bouche.

-As-tu déjà remarqué un enfant qui aurait besoin d'une nouvelle famille ?

Que je voulais entendre un oui. Maintenant qu'il avait ouvert cette boîte pleine de beaux rêves, je voulais qu'ils se réalisent au plus vite. J'espérais, priais même pour qu'il se soit décidé à m'en parler non seulement parce nous allions nous marier mais aussi parce qu'il y avait, ici, dans notre ville, un orphelin ou une orpheline qui avait besoin d'un foyer. Un foyer que nous pourrions lui donner. Et quel foyer cela allait être... Peut-être pas un foyer parfait parce que cela n'existait pas mais ce qui était certain, c'était que dans ce foyer, l'amour prédominerait toujours.

Toujours.
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MessageSujet: Re: I'm on The Edge of Glory, and I'm hanging on a moment with You.   Sam 6 Oct - 20:35

Avais-je prononcé les mots de trop ? Etais-je allé trop loin en osant parler des parents de Sam alors que je ne les connaissais pas ? Je craignais que ces quelques paroles ne démolissent en un instant tout mon discours, mettant à l’homme de mes rêves une pression que je ne souhaitais pourtant pas lui infliger. Non, je ne voulais pas qu’il se sente obligé de me répondre par la positive, ni même qu’il se presse d’y réfléchir. Je préférais largement qu’il prenne son temps, que nous en reparlions peut-être plus tard, ou tout simplement qu’il décline ma proposition s’il ne voulait pas plus d’enfants. Je ne le lui aurais pas reproché. Après tout, il me semblait que dans un mariage il était nécessaire que d’être deux pour prendre les décisions, et de toute manière cela n’aurait servit à rien que de lui faire des reproches. Certes je souhaitais ardemment être entouré d’une grande famille, mais celle que je possédais déjà m’aurait suffit si elle lui suffisait aussi. Et puis, c’était tout de même une décision très importante, qui allait radicalement changer nos vies. A partir du moment où nous aurions adopté de nouveaux enfants, nous ne pourrons plus jamais faire marche arrière. Nous ne pourrons plus, ni l’un, ni l’autre, prétendre n’avoir aucun lien avec eux. Il s’agissait d’une véritable responsabilité, morale, sentimentale, à laquelle nous ne pourrons plus nous dérober. C’est pourquoi une hésitation ou un refus ne m’auraient pas plongé dans la plus grande incompréhension. Au contraire, c’était bien normal que d’hésiter. Cependant, je n’eus pas le temps de lui dire un mot de plus que Samuel me prit soudainement par la taille et, sans que je m’y attende, me ramena à lui dans la baignoire. De surprise je lâchai un petit « mais ? » mais me retrouvai en une seconde dans l’eau, tout contre lui. Je dois bien avouer que je ne comprenais plus rien du tout à la situation. Une seconde avant je lui parlais des enfants, une seconde après je me retrouvai trempé dans la baignoire alors qu’il me serrait fortement contre lui. Aussitôt, je relevai mon visage vers le sien, cherchant à comprendre. Malheureusement, son regard particulièrement doux et tendre ne m’aida pas à y voir plus clair : j’étais toujours complètement abasourdi.

Ce ne fut que lorsqu’il prit la parole qu’enfin, je compris d’où venait cette tendresse extrême. Pas même son baiser quelques secondes auparavant n’avait pu m’aider. Pourtant, lorsque Sam me dit finalement que nous pouvions voir grand et aller jusqu’à cinq ou six enfants, l’incompréhension se dispersa aussitôt. Il partageait mon rêve. Il partageait ma vision des choses. Je ne pu empêcher mes doigts de serrer un peu plus ses épaules tandis qu’il parlait, sentant l’émotion me submerger. C’était…Complètement dingue. Je m’étais tant imaginé qu’il allait refuser, ou repousser le moment d’une décision, alors qu’en réalité il souhaitait exactement la même chose que moi. En quelques secondes à peine, tout avait changé. Et c’est peut-être idiot, mais j’eus l’impression de ne l’en aimer que plus. Pourtant, mon amour était déjà particulièrement fort, assez pour le demander en mariage, mais qu’il veuille des enfants… Oui, c’était complètement dingue tellement c’était merveilleux. D’autre part, il avait parfaitement raison : Nous nous aimions en grand, nous aimions les jumeaux en grand, nous pouvions donc voir les choses en grand. Nous en étions capables, nous avions les épaules pour supporter les responsabilités que cela impliquait. Nous avions l’amour nécessaire pour en accorder à d’autres enfants que les jumeaux. Son sourire s’élargit en même temps que le mien tandis que je le regardai dans les yeux, le dévorai du regard. Je l’aimais tellement. En cette seconde, je l’aimais plus qu’il ne me semblait l’avoir aimé jusque là. Je l’aimais plus qu’un an d’amour tout entier. Puis, il posa ses mains sur mes joues, nos regards demeurant toujours aussi intenses. La suite de ses paroles ne fit que confirmer ce que j’avais déjà compris : Il voulait d’autres enfants et j’avais été bête d’hésiter à ce point à lui en parler. Oui, j’avais été bête de tourner autant autour du pot mais en même temps, je ne savais pas faire autrement. Je ne savais pas dire les choses sans prendre de gants tant je craignais toujours d’être en décalage, tant je craignais que mes paroles ne trouvent pas d’échos et que mon avis ne soit pas partagé.

En effet, nous étions une sorte de miracle en comparaison du monde dans lequel nous vivions. Le fait que nous ayons pu nous trouver dans ce chaos, que notre amour soit si fort, que nous formions une si belle famille… Oui, il s’agissait d’un véritable miracle que peu d’entre nous avaient la chance de connaître. Mais bientôt, d’autres enfants pourraient goûter à ce bonheur, le partager avec nous. Oui, bientôt… C’est alors qu’il posa avec tendresse ses lèvres sur les miennes pour un baiser que je lui rendis tout aussi tendrement. Cependant, je dois bien avouer que j’aurais aimé pousser ce baiser plus loin alors qu’il ne m’en laissa pas l’occasion. Il recula légèrement son visage avant de poser sa joue contre la mienne, me confirmant que ses parents auraient adoré avoir de nombreux petits-enfants. J’en fus soulagé. Je fus soulagé de ne pas m’être trompé, ni de l’avoir offensé ou brusqué. Mais puisqu’à présent il n’y avait plus aucune raison de douter ou de choses à redouter, nous pouvions pleinement nous laisser aller à notre bonheur. Aussi glissai-je mes bras autour de son cou pour me blottir un peu plus contre lui alors que le silence reprenait ses droits. Je fermai alors les yeux, un léger sourire aux lèvres. Qui aurait pu croire qu’un jour je serais si heureux ? Qui aurait pu croire qu’un jour ma vie allait prendre ce tournant là ? Certainement pas moi… Dire que j’avais tant souffert, que j’étais passé par des périodes très sombres, pour aujourd’hui me retrouver là. Bien sûr, tout n’était pas terminé et il me faudra beaucoup de temps afin de stabiliser mon état par rapport à l’alcool mais… J’avais bon espoir que tout allait s’arranger. Oui, j’avais cet espoir que nous serions heureux, épanouis. Que rien, pas même notre monde en ruines, ne pourrait plus jamais nous briser.

Je fus néanmoins sorti de mes pensées par Sam qui me demanda si je voulais que nous allions nous coucher. Je lui adressai alors un sourire, qu’il me rendit. Oui, j’avais plutôt envie de sortir de ce bain, et d’aller m’allonger à ses côtés. Je me redressai donc pour sortir du bain, puis mis la serviette que je portais autour de la taille à sécher puisqu’elle était désormais totalement trempée. J’en pris une nouvelle, me séchai de nouveau puis aidai Sam à ranger la salle de bain avant de le suivre jusqu’à notre chambre. Nous nous couchâmes sans dire un mot, nu l’un contre l’autre. Je fermai alors lentement les yeux tout en me blottissant contre lui, savourant la chaleur de sa peau contre la mienne. Au bout de quelques minutes il brisa néanmoins le silence qui nous entourait avec une déclaration qui me déconcerta quelques peu : il voulait que nous changions de maison. Certes, nous aurions besoin de quelques chambres supplémentaires pour les enfants mais l’idée ne me plaisait pas particulièrement. Oh, je n’étais pas attaché à cette maison, non, bien au contraire. Après tout, je n’étais toujours pas parvenu à retourner dans mon ancienne chambre après ce qu’il s’y était passé avec Hans. C’était Sam qui avait dû aller chercher mes affaires pour les mettre dans ses armoires. Non, mon attachement ne tenait pas à la maison mais plutôt à ses habitants : Je n’avais pas envie de me séparer de Lilly quand bien même elle était toujours froide avec moi, ni même de Giulio et Amarilli. J’aimais ces personnes, et aimais aussi vivre avec eux. Certes ils ne faisaient pas très clairement partie de ma famille mais si, quand même un peu. Quand on vit avec les mêmes personnes depuis plusieurs années, on rechigne à les quitter. En tout cas, moi, je n’avais pas envie de les quitter, et j’étais sûr que nous pouvions trouver une meilleure solution que de déménager encore. Après tout, il nous restait deux chambres puisque j’avais quitté la mienne et que nous en avions déjà une en trop auparavant. Elle servirait donc pour notre troisième enfant, et l’autre pour Lucy ou Lucas quand ils voudront se séparer. N’était-ce pas suffisant pour le moment ?

Le temps, c’était encore un autre problème. Certes Sam allait-il sans doute pouvoir se débrouiller pour la bibliothèque, mais moi je n’en étais pas sûr. Le problème était que pour le moment je travaillais avec Aaron, mais je n’étais clairement pas qualifié pour l’aider. Je n’y connaissais rien en architecture, et savais que si l’on m’avait placé à ses côtés c’était plus parce que nous étions amis que pour autre chose. Sans doute allait-on attendre que je récupère totalement pour me confier une autre tâche, et selon la personne avec laquelle j’allais être, il serait peut-être plus difficile de négocier. Bien sûr, en général chacun faisait de son mieux pour faciliter la vie aux autres, mais parfois ce n’est simplement pas possible. Néanmoins, j’avais bon espoir de pouvoir m’entretenir de ce sujet directement avec Alexander lorsque le besoin s’en ferait sentir. Tandis que je pensais à cela, je sentis soudainement Samuel soupirer et posai de nouveau toute mon attention sur lui. Un sourire se dessina alors sur mes lèvres parce que moi aussi j’étais heureux, et cette vie dépassait également de loin tout ce que j’avais espéré. De très loin même. Je me blottis un peu plus contre lui, glissant mon visage dans le creux de son cou tandis qu’il me disait à quel point il m’aimait, à quel point je le rendais heureux. Que c’était bon d’entendre cela… Que c’était bon de se sentir aimé de cette manière, pour ce que l’on est, pour ce que l’on a, tout simplement. Oui, c’était une sensation que je ne pensais plus jamais éprouver jusqu’à ce que je le rencontre. Mais ça, je lui avais déjà dit, et il en avait certainement pleinement conscience. Avec tendresse il caressa ma joue du bout du nez alors que mon sourire ne diminuait pas d’un pouce. Puis, il m’embrassa finalement avant de poser sa joue sur mon épaule et un léger soupir s’échappa de mes lèvres. Un soupir de bonheur, d’apaisement. Un soupir qui représentait bien la manière dont il me rendait serein et calme. Heureux.

Cependant, mon sourire perdit finalement un peu de sa force. Bien sûr, je sentais que Sam avait envie que je lui dise « oui » lorsqu’il me demandait si j’avais d’ores et déjà repéré un enfant que nous pourrions adopter, mais ce n’était pas le cas, malheureusement. Non, je ne lui en avais pas parlé parce que mon attention s’était déjà portée sur un enfant, mais simplement parce que j’en avais ressenti le besoin. Néanmoins, je ne désirais pas lui asséner une réponse négative tel un coup de massue. Et puis, la vérité n’était pas ainsi de toute manière. Aussi, toujours avec ce léger sourire aux lèvres, je caressai à mon tour sa joue du bout des doigts tout en baissant mon visage vers lui. Ma voix fut un murmure, tout comme la sienne.

« Je pense que ce n’est pas une décision que je dois prendre seul, mon chéri… »

Peut-être fut-ce mon imagination, mais je crus le sentir se raidir légèrement, peut-être sous le coup de la déception. Aussi déposai-je un léger baiser sur son front avant de reprendre d’une voix tout aussi lente et basse.

« Je ne voudrais pas m’attacher à un enfant en particulier sans t’en avoir parlé avant. Il y a des choses sur lesquelles nous devons être d’accords… »

Alors, je me redressai légèrement tout en le gardant dans mes bras, calant un oreiller derrière ma nuque. Ainsi, je me sentais plus à l’aise pour expliquer mon point de vue.

« Je sais que personnellement, je ne voudrais pas adopter un enfant noir. »

Même si je n’étais pas raciste pour un sou, je ne le voulais vraiment pas. Néanmoins, dit de cette manière, mon souhait dû paraître très étrange à Samuel, aussi repris-je rapidement la parole.

« Il faut penser à lui plutôt qu’à nous. Je veux dire, je ne pense pas que ce soit très facile d’être une personne de couleur, même de nos jours. Les enfants se moquent facilement, les gens jugent. Même si je n’ai rien contre les noirs, je ne voudrais pas en adopter un à cause de ça. Il aura déjà un poids suffisant à porter à cause de sa couleur, sans en plus avoir des parents homosexuels. »

C'était bien ça le problème. Comment un enfant pourrait-il assumer le fait d’avoir deux papas en plus d’une spécificité telle que la couleur de sa peau ? Les enfants sont méchants entre eux, ils n’ont pas le sens du politiquement correct. Ils ne savent pas ce que l’on peut dire ou non. Alors, je ne voulais pas aller récupérer un enfant en pleurs à l’école parce que toute la journée on l’aurait traité de « black », et qu’en plus on en rajoute parce qu’il n’avait pas de maman. Même si je pensais qu’un enfant pouvait être très heureux dans une famille homo parentale, il ne fallait peut-être pas exagérer. Il ne fallait peut-être pas donner aux autres d’autres bâtons pour le battre.

« Il devrait assumer non seulement sa couleur de peau, mais également le fait d’avoir deux pères. Je pense sincèrement que ce serait trop lourd, trop difficile… Je ne veux pas faire plus de mal que de bien à un enfant.»

Peut-être avais-je tort. Peut-être mon avis ne tenait-il pas la route mais en tout cas, je le pensais du plus profond de mon cœur. Mais cela n’était pas le seul point sur lequel nous devions être d’accords.

« Et puis, adopter un nouvel enfant sera bien plus difficile que pour les jumeaux. Ce n’est pas comme si j’avais pris l’initiative de moi-même, ce sont eux qui m’ont choisi, qui ont préféré rester avec moi. Je n’ai pas eu à choisir quoi que ce soit. Ils avaient huit ans, étaient jumeaux, et voilà tout. Mais qu’est ce que nous voulons réellement ? Adopter un autre enfant en bas âge, ou bien de l’âge des jumeaux, ou un adolescent ?... Sincèrement Sam, je n’en sais rien. Je n’en sais vraiment rien. »

Et en même temps, quelque chose dans toute cette conversation me gênait, quand bien même ce soit moi qui lui ai fait prendre cette direction.

« Je n’ai pas envie de choisir cette fois non plus. Je n’ai pas envie de me promener parmi les enfants en me disant que j’en aimerais un comme celui-ci ou comme celui là. Je préfère que nous essayions d’en rencontrer ensemble, et si nous en croisons un qui… Je ne sais pas. Un qui nous « plait » particulièrement ? Mais ce n’est pas un morceau de viande, ni un pull… On ne peut pas décider de cette manière là. En tout cas, moi, je ne peux pas. Je ne peux pas aller vers eux dans l’optique d’en adopter un selon certains critères, même si je reste sur mon avis quant à sa couleur de peau. C’est plus compliqué que ça… »

Je soupirai, caressant lentement sa peau. J’espérais sincèrement qu’il comprenait où je voulais en venir même si je m’exprimais assez mal. Je ne voulais tout simplement pas choisir un enfant sur certains critères, mais en même temps c’était difficile de faire autrement.

« Peut-être que pour le moment nous devrions essayer de nous détacher de tout ça. Nous devrions laisser de côté le fait que nous voulons adopter et aller à la rencontre des orphelins sans arrière pensée. Je crois qu’on le sentira lorsqu’on rencontrera notre enfant. Oui, on le sentira. Ce sera le nôtre, lui et pas un autre. »
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MessageSujet: Re: I'm on The Edge of Glory, and I'm hanging on a moment with You.   Dim 21 Oct - 15:48

Allais-je avoir une belle surprise ? Liam m'avait-il réservé cette révélation en attendant que je finisse par lui poser la question afin de pouvoir m'annoncer qu'il avait déjà remarqué un enfant que nous pourrions éventuellement adopter ? Cela aurait été tellement merveilleux. Ses doigts caressèrent doucement ma joue et il baissa légèrement son visage vers moi avant de me répondre, dans un murmure semblable au mien que ce n'était pas une décision qu'il devait prendre tout seul. Oh... Mon sourire se fana un petit peu, car mon imagination avait déjà fait des tours dans tout les sens et je m'étais véritablement imaginé qu'il avait remarqué un petit garçon ou une petite fille qui n'attendait qu'une famille qui l'aimerait comme il ou elle devait être aimé. Alors, oui, il avait sans doute raison : la décision ne lui appartenait pas puisque nous formions un couple mais, la surprise ne m'aurait pas déplu, c'est tout. Il remarqua sans aucun doute ma légère déception puisqu'il déposa un tendre baiser sur mon front avant de poursuivre d'une voix encore plus douce qu'il ne voudrait pas s'attacher à un enfant avant de m'en avoir parlé parce qu'il y avait des choses sur lesquelles nous devions être d'accord. Malheureusement, là-dessus, je ne pouvais qu'acquiescer. Il se redressa légèrement, me gardant contre lui et je relevai légèrement le visage afin de pouvoir l'observer. Apparemment il tenait à s'expliquer et j'étais tout prêt à l'entendre. Pourquoi ? Mais parce que c'était tout simplement merveilleux de pouvoir être là, dans ses bras, à l'entendre parler de nos futurs enfants, de notre future grande famille. C'était merveilleux de pouvoir échanger nos idées, nos envies sur ce que l'on voulait pour notre avenir. Je ne vis absolument pas venir ce qu'il m'annonça ensuite. J'en écarquillai les yeux quand il dit, de but en blanc, qu'il ne voulait pas adopter un enfant noir. J'étais vraiment abasourdi d'entendre cela. Nous n'avions jamais aborder ce sujet mais je ne voyais vraiment pas Liam comme quelqu'un de raciste alors, cette soudaine révélation était vraiment inattendue et pleine de mystère. En tout cas, jusqu'à ce qu'il s'explique. Dès lors, un nouveau sourire étira mon visage.

Il était capable de tant de gentillesse, de bonté et de générosité... Cela faisait partie des qualités que j'aimais tant chez lui mais, à chaque fois qu'il me les montrait d'une manière ou d'une autre, j'en étais chamboulé, fier et heureux. Heureux d'avoir un homme tellement bon à mes côtés. Il n'était pas raciste bien au contraire, mais il pensait à la vie qu'allait avoir notre enfant et il avait raison : avoir deux pères était déjà compliqué, alors deux pères blancs alors que l'enfant serait noir... Il risquait d'en souffrir et ce serait égoïste de notre part, et Liam était tout sauf égoïste. J'aimais à croire que je ne l'étais pas non plus. J'esquissai un tendre sourire et acquiesçai d'un léger hochement de tête afin de lui faire comprendre que j'avais bien compris son raisonnement et que j'étais tout à fait d'accord avec lui. Penser aux enfants avant de penser à nous : c'était ça être de bons parents, non ? Il poursuivit et je l'écoutai toujours avec attention. Oui, adopter un nouvel enfant allait être plus compliqué et pour cause : les jumeaux étaient venus à Liam et non pas l'inverse. D'ailleurs, en y réfléchissant, c'était justement moi qui était, du coup, venu jusqu'à eux et il leur avait fallu un certain temps pour m'accepter et même si aujourd'hui les choses se passaient bien, surtout avec Lucy, ça n'avait pas été un chemin sans encombre. Liam avait donc encore une fois raison. Choisir un enfant, lui demander de nous accepter comme ses nouveaux parents n'allaient pas être chose aisée. Je savais cependant que nous allions y arriver : cet enfant, quel qu'il soit, ressentirait tout de suite l'amour que nous portions en nous, l'amour que nous étions capables de lui donner et même s'il y aurait des embûches, elles ne seraient pas insurmontables, j'en étais persuadé. Liam marqua une pause, réfléchissant, et je me redressai alors pour pouvoir mieux le regarder et être à sa hauteur.

Il finit par continuer et je ne pus m'empêcher de sourire quand mon esprit nous imagina vagabonder parmi des enfants pour choisir lequel nous conviendrait le mieux. C'était d'ailleurs plus une grimace qu'un sourire car la situation était juste complètement improbable. Si Liam ne nous voyait pas faire ça, moi non plus. Puis, ce fut un petit rire qui s'échappa de mes lèvres quand Liam dit qu'il ne s'agissait pas d'un morceau de viande ni d'un pull. Je l'aimais aussi pour ça, pour cette spontanéité. Non, nous ne pouvions pas traiter des enfants comme de la marchandise et non, nous ne pouvions pas choisir comme cela. Il caressa doucement ma peau avant de soupirer. Je voyais bien que, dans sa tête, tout était en train de prendre forme et que cela paraissait finalement très compliqué. Quand il termina en me disant que nous devrions nous détacher de toute ceci et que nous le saurions quand nous trouverions notre enfant mon sourire se fit plus large et je déposai un léger baiser sur sa tempe avant de glisser mon index sur cette même temps et de la tapoter avec légèrement.

-Eh bien, eh bien... Ça cogite beaucoup là dedans hein ?

Je ne moquais pas, bien au contraire. Mais j'avais bien l'intention de faire en sorte qu'il cogite moins justement.

-Bon, alors écoutes...

Je me redressai encore plus et me retirai de ses bras pour, cette fois-ci, le prendre moi dans mes bras et le serrer contre moi.

-Tu as raison : nous allons prendre du recul et tout ça viendra tout seul.

Je déposai un tendre baiser sur son front avant de resserrer mon étreinte et de poursuivre.

-Comme tu l'as sans doute compris, je suis tout à fait d'accord pour ce qui est d'adopter un enfant noir. Ce serait égoïste de notre part... Nous vivons, malgré l'époque, dans un monde où la différence dérange encore et il faut éviter toute souffrance inutile à un enfant.

Je soupirai en y pensant.

-C'est dommage qu'il existe encore trop de personnes si peu compréhensives... Malheureusement, on n'est pas près de changer ça alors, non : pas d'enfant noir. Pour le reste... C'est clair qu'on ne peut pas aller trouver des enfants et se comporter comme si on était au marché en train d'hésiter entre deux morceaux de pain ou de viande ou autres... Ce sont des êtres vivants... De petits êtres vivants qui ont besoin d'être aimés et protégés...

Je repensai aux jumeaux et à ce qu'il avait dit.

-Tu sais, pour les jumeaux, tu as raison mais justement... En ce qui me concerne, ils ne m'ont pas choisi, je leur ai imposé ma présence et ils ont fini par m'accepter pour mon plus grand bonheur. Ca n'a pas toujours été simple, même si ça été plus facile avec Lucy mais ça, c'est parce qu'elle m'a adorée dès le départ alors...

J'eus un petit rire en y repensant. Elle avait tellement été adorable avec moi dès le départ et moi, je les avais aimés, tout les deux, tellement fort tout de suite... Et ils avaient dû le voir, le ressentir.

-Cet enfant qui deviendra le nôtre, il viendra à nous. J'en suis sûr... Nous n'allons pas le choisir, c'est lui qui va nous choisir ou alors, on va se choisir tout les trois au même moment. Il va se passer quelque chose, on le sentira... Et ça va être merveilleux et magique. On va croiser son regard et on saura que c'est lui... Ou elle. Et cet enfant saura que ses parents ce sera nous car il verra tout de suite à quel point nous allons l'aimer et le protéger... Il le verra, je le sais, comme les jumeaux l'ont vu pour moi, cet enfant le verra pour nous deux.

Je reculai légèrement mon visage et glissai ma main sous le menton de Liam pour qu'il relève son visage vers moi.

-Je ne suis pas inquiet.

Je déposai un tendre baiser sur ses lèvres puis lui adressai un doux sourire.

-Viens là...

Je l'entraînai sous les draps et, une fois allongés, je collai mon front contre le sien.

-On va se marier et on va l'avoir notre grande famille. On va être les plus chanceux et les plus heureux du monde mon amour, je te le promets.

Son regard brillait d'espoir, reflétant probablement mon propre espoir et surtout, cette certitude que nous allions être heureux. Un dernier baiser et je fermai les yeux en soupirant et en me blotissant tout contre lui. Mes paupières commençaient à se faire lourde mais il faut bien avouer que la soirée et le début de la nuit avaient été mouvementées.

-Je t'aime Liam tu sais... Je t'aime tellement.

Je me sentais partir, j'étais aspiré par le sommeil qui s'invitait progressivement. C'est là que je la vis : cette petite silhouette aux traits indéfinissables mais de laquelle émanait de la douceur, de l'amour et de l'impatience. Notre futur enfant. Un sourire étira mes lèvres.

-Je ne suis pas inquiet.

Répétai-je dans un murmure avant d'être complètement emporté par le sommeil.

Non, je n'étais pas inquiet, pas du tout. J'avais la certitude que tout allait bien se passer. Tout était déjà tracé : nous allions nous marier, nous allions agrandir notre famille et être les deux hommes les plus heureux au monde. Nous avions déjà vécu tant de malheurs que cela suffisait pour toute notre vie et nous avions à présent droit au bonheur.

Je n'étais pas inquiet.

Et j'avais tort.

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