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 Morning Mist [PV Aristide]

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Gabrielle McCord
Don't Worry About A Thingavatar

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Date d'inscription : 04/01/2010
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MessageSujet: Morning Mist [PV Aristide]   Lun 23 Juil - 19:20

De l’eau. Beaucoup d’eau tout autour de moi. Et de la brume aussi. Je plissai les yeux, essayai de distinguer plus de choses autour de moi que cette eau et cette brume mais rien ne venait. Je ne reconnaissais pas cet endroit, n’y avais jamais mis les pieds. Comment étais-je arrivée là ? C’est alors que je me posai cette question que j’entendis des bruits ainsi que des cris. Je tendis l’oreille et réalisai que quelqu’un était en train de se débattre dans l’eau. J’avançai doucement, mes yeux vrillés sur le sol, de peur tomber à mon tour dans l’eau. Je distinguai de l’herbe sous mes pieds et lorsque j’arrivai au bord de l’eau je me figeai, pensant reconnaître la voix de la personne qui était en train de se débattre dans l’eau. La brume se leva progressivement et mes doutes furent confirmés quand je vis ses bras s’agiter, sa tête encore au-dessus de l’eau même si elle luttait pour qu’il en soit ainsi. Je n’aurais pu confondre cette personne avec aucune autre : Kay. Lorsqu’elle me vit, elle cria mon prénom, me suppliant de l’aider. Je m’agenouillai et tendis la main vers elle, l’invitant à tout faire pour essayer de l’atteindre. Après tout, elle n’était pas si loin du bord… J’aurais pu plonger, mais ne le fis pas. Elle était assez forte pour attraper ma main, non ? Elle devait savoir nager ? D’ailleurs, pourquoi ne nageait-elle pas ? A son âge… Peut-être ne savait-elle pas nager. En tout cas, elle fit des efforts pour venir jusqu’à moi et lorsque ses doigts touchèrent les miens ils glissèrent d’abord puis, elle tandis plus franchement la main et bien que ses doigts fussent trempés, elle parvint à s’accrocher à moi. Lentement, je l’attirai vers le bord mais quand elle arriva finalement au bord, au lieu de l’attirer hors de l’eau, je la fixai. Nos regards se croisèrent : le sien était interrogatif, et apeuré. Le mien quant à lui devait probablement être glacial parce que j’étais face à une jeune femme que je n’aimais pas. En fait, je la détestais. Je la détestais de tout mon être pour avoir lié Aristide de cette façon à elle en tombant enceinte et en ayant un enfant avec lui. Car, même s’il m’aimait plus que de raison, il n’était pas avec moi, pas vraiment. A cause d’elle, nous étions obligés de nous voir en cachette alors que j’étais enfin libre, alors que nous aurions pu être un couple normal.
 
A cause d’elle, j’étais finalement plus seule que jamais.
 
Nous restâmes un moment à nous regarder et elle finit par me demander ce que j’attendais. A cet instant, je retirai brutalement ma main de la sienne. Aussitôt, elle recommença à se débattre, à crier mon nom, à me demander pourquoi. Je ne pouvais en supporter davantage. Elle devait mourir. Elle devait disparaître. Pour Aristide. Pour moi. Pour lui et moi. Ma main, qui aurait due être salvatrice s’abattit sur le haut de sa tête et j’appuyai jusqu’à ce qu’elle soit entièrement sous l’eau. Elle se débattit avec force mais je ne faiblis pas, la forçant à rester sous l’eau. Au bout d’un moment, ses mouvements devinrent moins vifs et un instant plus tard, elle cessa complètement de bouger. Quelques secondes passèrent et son corps se mit à flotter. Je la poussai alors d’un geste vif et, doucement, son corps disparut au milieu des eaux, au fond de cette brume. Personne ne la retrouverait jamais. Personne ne saurait jamais ce que j’avais fait. Personne. Je tournai le dos à l’étendue dos et vit que la brume s’était éclaircie de ce côté là. Il y avait une forêt et un sentier que je pris sans hésiter. Je marchai de longues minutes, sous l’ombre des arbres, me sentant plus lourde à chaque pas. Lorsque j’arrivai enfin à l’entrée d’Elizabeth Town, la culpabilité m’enveloppait toute entière et m’empêchait presque de respirer. C’est alors que je le vis : Aristide. Il tenait son enfant dans les bras. Alexander se tenait juste à côté de lui, tenant Emma par la main. J’essayai de leur sourire mais réalisai que j’en étais incapable, ma bouche figée dans une grimace de tristesse et de douleur. Je compris pourquoi ma bouche était figée ainsi : tous deux me regardaient avec une haine sans commune mesure. J’entendis Aristide me dire qu’il savait ce que j’avais fait et qu’il ne me le pardonnerait jamais. J’entendis Alexander me dire que plus jamais je ne reverrais Emma. Et tandis qu’il s’éloignaient, je sentis des bras forts m’emprisonner avant que tout devienne noir : on venait de me mettre une cagoule noire sur la tête. J’allais payer pour mon crime.

J’ouvris les yeux, le cœur battant à tout rompre, en sueur et il me fallut quelques instants pour retrouver mes esprits. Encore ce cauchemar. Toujours le même… J’avais du mal à reprendre ma respiration. Le bras d’Aristide enlaçait ma taille et je tournai doucement mon visage vers lui : il dormait si paisiblement. Ses rêves étaient-ils pour autant paisibles ? Je n’en savais rien. Ce que je savais en revanche, c’était que mes propres rêves n’étaient pas paisibles. En fait, je ne rêvais plus : ne subsistait que cet unique et ultime cauchemar qui me réveillait toutes les nuits depuis le décès de Kay. Tout doucement, je portai ma main au poignet d’Aristide et retirai son bras de ma taille, priant pour qu’il ne se réveille pas. Il resta profondément endormi et j’en profitai pour attraper mes vêtements de la veille que j’avais laissé sur une chaise avant de sortir de la chambre le plus silencieusement possible. Je m’arrêtai devant la chambre d’Héphaïstos et entrouvris la porte : il dormait lui aussi paisiblement. Alors que j’observais ce petit être, la culpabilité m’envahit de nouveau. J’allai à la salle de bain (sans Je m’arrêter à la chambre d’Emma : elle était chez son père pour quelques jours) et pris une douche froide très rapidement, juste le temps de retirer cette sueur qui me collait à la peau. J’enfilai mes vêtements et descendis au rez-de-chaussée. La maison était si paisible… C’était le parfait contraire dans mon esprit : le chaos pur et simple. Je regardai la pendule et vis qu’il était cinq heures du matin. Ah, cette fois-ci, j’avais un peu plus dormi. D’ordinaire le cauchemar me réveillait plus tôt : tant mieux, j’aurais au moins gagné un petit peu de repos. J’enfilai une veste et quittai la maison sur la pointe des pieds, espérant toujours ne pas réveiller Aristide. Une fois devant la maison, je relevai le regard vers notre chambre : la lumière était toujours éteinte, il n’était donc pas réveillé.

Parfait. J’aurais donc un peu de temps devant moi.
 
Je connaissais ma destination : la même que très souvent. Le cimetière derrière l’église, ou du moins ce qu’il en restait après que cette dernière avait été détruite. Lorsque je passai à côté, je vis l’avancée des travaux : tout le monde avait été tellement courageux ce jour-là alors que moi, la seule chose que j’avais réussi à faire avait été de rester enfermée chez moi avec Emma de façon à essayer de la protéger. J’avais tellement peur qu’il lui arrive quelque chose… Nous avions perdu beaucoup de personnes, d’autres avaient été grièvement blessées. Je pensai à Samuel, le futur époux de Liam, qui était toujours en chaise roulante bien que Mathilda l’eut opéré. Il ne savait pas quand il retrouverait l’usage de ses jambes, ou même s’il en retrouverait jamais l’usage… En soupirant, je contournai l’église et ouvris le petit portail en fer avant de me glisser dans les petits chemins du cimetière. Il était bien trop grand pour une petite ville comme la nôtre… Je savais où j’allais, quelle tombe je souhaiter retrouver et bientôt, je fus assise en face de la pierre tombale de Kay. Je passai ma main dessus dans une tendre caresse avant de fermer les yeux. Je ne lui parlais jamais à haute voix. Je ne voulais pas qu’on puisse m’entendre, ce qui était dit devait rester entre elle et moi. C’était un moment que je ne partageais jamais avec personne, pas même avec Aristide. En réalité, il n’était même pas au courant que je venais presque tous les jours sur la tombe de Kay depuis sa mort. La seule personne qui le savait était Isaiah puisque je me confiais énormément à lui. Il m’apportait non pas un certain réconfort mais une certaine lumière dans ce tunnel sombre qu’était ma culpabilité. Il me permettait de tenir, de ne pas craquer. Parce que j’avais tout le temps peur de craquer. Parce que… Parce qu’à un moment donné, j’avais souhaité sa mort. Pendant l’espace d’une seconde, quand j’avais su qu’elle m’avait volé, sans l’avoir voulu, mon avenir avec Aristide, j’avais voulu qu’elle disparaisse. Et cette micro seconde me hantait, continuellement. A chaque fois que je voyais Aristide, à chaque fois que je voyais Héphaïstos, je repensais à ce moment, même bref, où j'avais pu souhaiter la disparition de Kay. Pourtant, je ne l'avais pas tuée. Pourtant, elle n'était pas morte par ma faute. Cependant... Le fait de l'avoir souhaité, même un peu, me rendait coupable. Peut-être que d'une certaine façon, parce que je l'avais souhaité, j'avais pu provoquer sa mort.

Voilà ce à quoi je pensais alors que j'étais face à la dernière demeure de Kay. Je n'espérais pas son pardon car il était hors de question que je lui demande mais je voulais juste qu'elle entende mes profonds regrets... Et j'y allais le plus souvent possible parce que j'étais persuadée qu'au bout d'un moment, j'allais finir par avoir un signe... J'allais finir par voir ou sentir qu'elle m'aurait entendue. Cette fois-là se passa cependant comme toutes les autres : autrement dit, il ne se passa rien. En dehors des mes larmes silencieuses accompagnant mes lamentations tout autant silencieuses. Lorsque je réalisai que le ciel commençait très lentement à s'éclaircir, je décidai de rentrer. Je quittai le cimetière sans regarder en arrière et allai le plus rapidement à la maison : je n'avais pas envie de croiser quelqu'un et comme la ville s'éveillait lentement... Lorsque j'arrivais à la maison, j'aperçus une lueur au rez-de-chaussée : Aristide était donc debout. Le bébé avait probablement dû le réveiller pour réclamer son biberon. Je grimaçai : jusqu'à présent, il n'avait jamais remarqué qu'il m'arrivait très tôt le matin de m'éclipser pour aller... Là où j'allais. Ou s'il l'avait remarqué, il n'en avait rien dit. Ce qui était certain c'était qu'en l’occurrence, là, il avait forcément remarqué mon absence. J'allais devoir lui mentir... Pourtant, je détestais ça. Les mensonges, j'en avais raconté pas mal, pour préserver ceux que j'aimais, pour me préserver, mais j'essayais, depuis un moment à présent, d'être la plus honnête en particulier avec les personnes que j'aimais. Je ne me voyais cependant pas lui dire « je suis allée sur la tombe de Kay, je fais ça souvent depuis qu'elle est morte »... Je poussai un soupir avant d'entrer. Je l'entendis m'appeler aussitôt. Oui, bien sûr... Même si le calme était revenu sur la ville, il avait dû avoir peur en voyant que je n'étais pas dans le lit. J'accrochai un sourire d'excuse à mes lèvres avant d'aller dans le salon. Je le trouvai assis dans le canapé, en train de donner le biberon à son fils.

-Désolée, désolée... J'étais réveillée et j'ai eu envie d'aller prendre l'air et...

Son regard d'un bleu toujours aussi profond me fixait. Petit à petit mon sourire s'effaça. Je remarquai que le biberon avait déjà était bien vidé.

-Ça fait longtemps que tu es réveillé ?...

La réponse risquait de transformer mon mensonge en une chose impossible à faire. Il me répondit qu'il était debout depuis une bonne demie heure. Oh... J'avais donc passé autant de temps là-bas ? Je tentai de raccrocher le fameux sourire d'excuse à mes lèvres et y parvins.

-Je n'ai pas vu le temps passer. J'ai mal dormi alors j'ai pensé qu'une promenade mat... Euh très matinale...

Son regard ne s'adoucissait pas le moins du monde. Je finis par soupirer et m'avancer vers lui avant de déposer doucement un tendre bien que bref baiser sur ses lèvres.

-Si l'envie me reprend, la prochaine fois, je te réveillerai, d'accord ?

Il se détendit un peu mais je le sentais encore tendu. Je pouvais comprendre son inquiétude. Mon regard dévia cependant sur le bébé et je fus incapable de garder le sourire d'excuse plus longtemps. Je sentis mon sourire se faner comme un vieux bouquet de fleurs. A chaque fois que je regardais le petit, je revoyais Kay. Je revoyais mon horrible pensée à son égard. Imaginer qu'il n'avait plus de maman me déchirait le cœur et ma culpabilité n'arrangeait pas ce sentiment au contraire : il l'exacerbait. Je me penchai doucement et déposai un bref baiser sur le front de l'enfant qui était trop occupé avec son biberon pour me prêter attention.

-Bonjour toi...

Murmurai-je d'une voix un peu trop brisée à mon goût. Le souvenir de mon cauchemar et de ma visite au cimetière était sans doute trop vif. Je sentais le regard d'Aristide sur moi et finis par me redresser avant de raccrocher un sourire à mes lèvres. Je savais cependant qu'il me connaissais bien, sans doute mieux que je ne me connaissais moi-même. Il voyait que quelque chose n'allait pas. Ça avait sans doute été le cauchemar de trop pour moi... Je ne me laissai cependant pas abattre. Tant qu'il ne demanderait rien, je ne donnerais pas d'explication. Ce n'était pas véritablement un mensonge, c'était une simple omission de la vérité.

-Je vais préparer le petit déjeuner.

Sur ces mots, je quittai le salon et me dirigeai jusqu'à la cuisine où je me mis à préparer du café ainsi que quelques morceaux de pain avec de la confiture qu'une des habitantes avait adorablement distribué après une belle récolte de cerises. Je pris mon temps. Énormément... Je préférais rester un peu à l'écart, le temps de me remettre les idées en place, le temps d'être prête à ne pas craquer un seul instant. Je fixai la cafetière quand j'entendis ses pas derrière moi : Héphaïstos avait sans doute terminé son biberon et il avait dû le mettre dans le berceau. Je fermai les yeux lorsque je sentis ses bras enlacer ma taille et me laissai aller contre son torse avant de poser mes mains sur ses avant-bras. Au moins pendant quelques secondes, je pouvais ne plus penser à rien d'autre qu'à lui. Il suffisait qu'il me touche, qu'il me serre contre lui, que je sente les battements de son cœur, que j'entende le souffle de sa respiration tout près de moi pour me sentir mieux. Cela ne durait jamais très longtemps, mais c'était tellement beaucoup. J'avais déjà tellement de chance de l'avoir à mes côtés... J'avais trop de chance en fait. Avec tout le mal que j'avais pu faire, comment pouvais-je encore avoir le droit d'être heureuse ? Comment pouvais-je avoir la chance de vivre de pareils moments ? Ça n'était pas juste pour tout ceux qui avaient souffert à cause de moi. Ça n'était pas juste... J'étais terriblement injuste.

Et voilà. Les quelques secondes étaient maintenant passées. J'étais toujours contre lui mais j'avais rouvert les yeux et je fixai la cafetière d'un air absent.

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Aristide Tetropoulos
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MessageSujet: Re: Morning Mist [PV Aristide]   Mar 24 Juil - 23:00

Sam était en fauteuil roulant. Sam était en fauteuil roulant. Cette phrase, j’aurais pu me la répéter encore mille fois que je n’aurais pas davantage pu l’accepter : Sam ne pouvait pas être en fauteuil roulant. Ce n’était pas possible. Malheureusement, je fus forcé de me faire une raison au fur et à mesure des jours qui passaient suite à l’explosion de l’église. Ma première réaction avait alors été de mettre ma famille à l’abri et de courir là-bas pour sauver ceux qui pouvaient l’être, pensant d’abord qu’il s’agissait de nouveaux bombardements, d’une nouvelle guerre. Mais non. L’église semblait avoir explosée sans que personne ne comprenne ni pourquoi, ni comment cela avait pu arriver. Si au départ j’avais été triste pour toutes ces personnes qui y avaient perdu la vie, je reçu bien vite un coup beaucoup plus terrible : Sam était dans un fauteuil maintenant. Peut-être que j’aurais dû remercier le ciel d’avoir préservé ma famille et que mon meilleur ami soit toujours en vie, mais je n’y arrivais pas. Non, je n’y parvenais pas. J’avais bien trop de chagrin pour ça. C’était mon unique et meilleur ami, mon partenaire à la bibliothèque, l’homme qui m’avait récemment demandé d’être son témoin… Comment admettre que nous passions d’une joie si immense de le savoir bientôt marié à…ça ? Alors, depuis l’explosion d’église, je n’allais plus à la bibliothèque. Je ne voulais plus jamais y aller. Cet endroit devait être maudit, chacune des personnes qui s’en était occupée ayant subi un malheur par la suite : d’abord la perte de Kaylhen, maintenant Sam qui était en fauteuil… Je sais que ça pouvait passer pour de la pure paranoïa, mais pour moi ce lieu était bel et bien maudit, hanté, ou tout ce que vous voudrez. Alors je l’avais abandonné. Depuis, j’essayais de participer avec les autres à la reconstruction de l’église, au nettoyage, ce genre de choses… Mais malgré tout, j’avais la mort dans l’âme parce que quoi que je fasse, cette phrase revenait toujours dans ma tête : Sam était en fauteuil roulant.

Les quelques nouvelles que je pouvais avoir de lui me parvenaient de Liam puisque Sam semblait décidé à ne plus m’accorder la moindre visite. Je m’étais pourtant présenté chez eux des dizaines de fois, mais c’était toujours le même refrain : « Il se repose, il est souffrant, etc… » et puis Liam avait fini par cracher le morceau : Sam ne voulait tout simplement plus voir qui que ce soit. Pas même moi. Bien sûr que cela me faisait de la peine, mais que vouliez vous que je fasse ? Je n’allais quand même pas rentrer de force pour qu’il me parle, qu’il me voit, qu’il voit que j’étais toujours là pour lui. Non…J’allais simplement attendre le jour où il serait prêt et qui sait ? peut-être que tout allait s’arranger. Si j’écoutais Liam, il y avait des chances pour que Sam retrouve l’usage de ses jambes. Et j’avais tellement envie d’y croire… simplement parce que je tenais à lui, et qu’il ne méritait pas ça. Dire que moi, je n’avais perdu personne, je n’avais pas été blessé, je n’avais rien. Comment le destin avait-il pu préférer se jeter sur un type comme lui plutôt que moi ? Je n’y comprenais décidemment rien. Il n’y avait cependant rien à comprendre : les choses étaient ainsi, il fallait s’en accommoder, voilà tout. Et puis finalement, je m’étais rendu compte que moi aussi j’allais avoir un fardeau à porter, quand bien même il serait toujours moins lourd que celui de Sam.

Ma propre vie n’était pas aussi agréable que j’aurais pu le souhaiter même si à présent j’aurais dû être heureux. La blessure de Sam m’avait certes foutu un sacré coup mais au sein de mon propre foyer, les choses ne se déroulaient pas aussi bien que prévues non plus. Pourquoi ? Je ne saurais l’expliquer. Enfin si, bien sûr, je pouvais expliquer pourquoi Adonis me faisait la gueule, par exemple. Tout simplement parce que j’avais choisi de quitter la maison dans laquelle nous habitions pour vivre avec Gabrielle et ça, ça avait eu beaucoup de mal à passer. Non seulement elle ne comprenait pas comment je pouvais encore l’aimer, mais elle m’en voulait surtout de « refaire ma vie » si vite alors que Kay n’était morte que depuis quelques mois. D’accord, mais ce qu’elle oubliait c’est que Kay et moi n’avions jamais été un couple, nous ne nous étions jamais aimé davantage que comme deux amis, même si proches. Et si nous avions eu un enfant, il résultait uniquement d’une bête erreur. Alors certes Kay me manquait-elle, et certes je souffrais encore de sa mort, mais seulement parce que j’avais perdu ma meilleure amie. Cela n’avait rien à voir avec Gabrielle, et je ne comprenais pas pourquoi j’aurais dû attendre davantage de temps avant de me mettre en couple avec elle. J’avais déjà mis beaucoup de temps à accepter sa mort, à parvenir à vivre avec, je ne voulais pas en plus renoncer à l’amour de ma vie. Il n’y avait même rien d’égoïste là-dedans pour moi puisque de toute façon, j’avais décidé de vivre avec Gabrielle bien avait que Kay ne meure. Jamais je n’avais envisagé de choisir Kay et d’élever notre enfant ensemble ; Jamais. Dans ma tête il avait toujours été clair que nous n’étions pas en couple et que même si j’allais l’aider à élever cet enfant, nous n’en deviendrions pas un pour autant. Bien sûr j’avais été tellement secoué après l’annonce de sa mort que tout projet avec Gabrielle s’était stoppé parce que j’avais besoin de temps, mais à présent j’étais prêt, j’avais fait mon deuil. Je voulais simplement vivre ma vie, sans pour autant l’oublier.

Ceci dit, pour connaître Adonis comme ma poche, je savais pertinemment qu’elle me faisait ces reproches uniquement parce qu’il s’agissait de Gabrielle et qu’elle ne voulait plus me voir avec elle. Cependant je ne comptais pas changer d’avis : j’avais fait mon choix, il ne la concernait pas. C’était ma vie après tout. Mais comment dire cela à une grande sœur qui a seulement peur de vous voir souffrir de nouveau ? Je ne parvenais pas à l’envoyer tout bonnement paître alors… et bien j’avais le cul entre deux chaises, pour parler simplement. D’un côté je ne voulais pas renoncer à Gabrielle, de l’autre je ne pouvais pas m’éloigner de ma sœur. Je devais donc mener un genre de double vie, passant le plus possible voir ma sœur avec son neveu et filleul puis rentrer vivre dans ma nouvelle maison aux côtés de Gabrielle. Même si j’avais des doutes là-dessus, je ne pouvais qu’espérer qu’un jour ma sœur et ma compagne se rapprocheraient. Qu’Adonis mettrait sa colère de côté pour essayer de la connaître, de l’apprécier… Je ne demandais pas qu’elles deviennent les meilleures amies du monde, mais au moins que je ne sois plus obligé de me couper en deux pour elles. Adonis allait bien finir par se faire une raison et admettre que je pouvais être heureux aux côtés de Gabrielle. Ou du moins, c’était ce que j’espérais le plus au monde.

Malheureusement, je n’étais pas heureux avec elle. Pour être franc, cette vie à ses côtés ne ressemblait pas vraiment à tout ce à quoi j’avais pu rêver, sans que je sache réellement pourquoi. Sans doute le climat à Elizabethtown n’était-il tout simplement pas propice à l’amour et le bonheur, mais il y avait également autre chose, une chose beaucoup plus profonde entre nous qui ne fonctionnait plus. Ou qui n’avait peut-être même jamais fonctionné. Après tout nous n’avions jamais été en couple auparavant, j’étais donc tombé amoureux d’elle et avait désiré cette vie sans réellement savoir en quoi elle consisterait. Je n’irais pas jusqu’à dire que le résultat était décevant, mais je sentais que nous étions tous les deux malheureux. A quoi l’attribuer ? Oh, j’avais bien ma petite idée, mais que voulez-vous… J’avais promis de l’attendre le temps qu’il faudrait et de la laisser faire son deuil, aussi ne comptais-je absolument rien dire même si du coup, sa propre douleur me rendait moi aussi malheureux. Nous étions bien loin du conte de fées que j’avais imaginé. Non, nous étions bel et bien dans la réalité et cette réalité, croyez-moi, je la haïssais du plus profond de mon cœur pour toujours m’arracher mes espoirs et mes rêves.

Alors, et surtout depuis l’explosion de l’église, nous menions une vie particulièrement morose. Avoir abandonné la bibliothèque me laissait du temps devant moi que je ne parvenais pas à combler, y compris en ayant aidé à la reconstruction. La ville semblait finalement avoir retrouvé son calme mais personne ne savait pour combien de temps et cela n’arrangeait donc pas forcément le climat de paranoïa qui y régnait. Pour le reste, je ne voyais plus aucun ami puisque le meilleur refusait ma présence jour après jour. Il ne me restait donc plus que ma famille et quelques tâches que l’on m’attribuait parfois pour m’occuper l’esprit, cependant même de ce côté-là rien n’allait vraiment bien : lorsque j’étais seul avec Gabrielle je savais que nous étions malheureux, lorsque j’étais seul avec Adonis elle me faisait des reproches, il n’y avait au final qu’avec Héphaïstos que je me sentais parfaitement bien. Mon fils devenait un peu plus fort à chaque jour écoulé, et s’il avait d’abord été très petit en raison de la prématurité de sa naissance, aujourd’hui les choses rentraient progressivement dans l’ordre. Il avait cependant gardé sa voix légèrement basse, légèrement rocailleuse et qui selon Mathilda venait du fait qu’il était né avant que ses cordes vocables ne soient parfaitement développées. Mais après tout, s’il ne conservait que cela de sa naissance prématurée, ce ne serait pas un très grand mal. D’autre part, il ressemblait de plus en plus à ses parents : il avait les belles boucles noires de sa mère et mon nez, ainsi que ma bouche me semblait-il. Pour les yeux, je dois bien avouer que leur bleu n’était ni identique au mien, ni à celui de Kay. Juste entre les deux, peut-être. Mais de toute façon, qu’il ait mes yeux ou non, il était le plus beau des bébés. Le plus bel enfant que la terre ai jamais porté.

Nous avions réussi à déplacé tous les meubles et la décoration de sa chambre dans la maison de Gabrielle, lui recréant ainsi le même univers. Cela me rassurait au fond car je dois bien avouer que j’avais eu peur qu’il ne soit perturbé par ce déménagement, mais au final il semblait s’en moquer. Je dois également avouer que ne plus avoir Adonis et Sam à mes côtés pour m’aider m’angoissait légèrement : après sa naissance j’avais souvent laissé mon fils à sa marraine ou son parrain, et encore plus après la mort de Kaylhen. Ils m’avaient aidé, soutenu et épaulé à tel point qu’à présent je me retrouvais presque sans ressources. Oh bien sûr, j’avais finalement appris à m’occuper d’un bébé, commençait à acquérir de l’expérience, mais j’avais toujours un peu peur de mal faire et malheureusement, ce n’était pas Gabrielle qui allait m’aider. Sans doute le ferait-elle si je le lui demandais, mais je ne préférais pas. Pourquoi ? Tout simplement parce que je sentais que cela ne l’enchantait pas plus que ça, qu’elle n’aimait pas mon enfant comme j’aurais aimé qu’elle l’aime. Ou peut-être ne l’aimait-elle carrément pas, cela ne m’aurait pas étonné. Atroce, n’est ce pas ? Oui, il était atroce que de vivre avec la femme de sa vie et de sentir qu’elle n’aimait guère mon enfant, quand bien même elle ne soit pas sa mère. J’avais espéré… encore…espéré encore qu’elle pourrait devenir avec le temps comme une seconde mère pour lui, mais au final j’en doutais énormément. J’en doutais et cela me faisait mal, car j’avais beau aimer Gabrielle de tout mon cœur, mon fils passerait toujours en premier. Toujours.

Soudain, je me réveillai. J’ouvris légèrement les yeux, sentant du mouvement près de moi, puis les refermai : Encore. Elle partait encore. Depuis un certain temps maintenant, Gabrielle quittait notre lit en pleine nuit pour aller Dieu sait où. Je supposais qu’elle croyait que je ne m’en rendais pas compte et quelque part, je ne faisais rien pour lui prouver le contraire, mais comment pouvait-elle y croire ? Comment pouvait-elle croire que le simple fait de ne plus être en contact avec sa peau, de ne plus la tenir dans mes bras ne me réveillerait pas ? C’était pourtant le cas. Chaque soir je la serrais contre moi, et s’il arrivait dans la nuit qu’elle quitte l’écrin de mes bras et se retourne à l’autre bout du lit, je le sentais immédiatement et me réveillais. A présent, je ne parvenais plus à dormir sans la savoir tout contre moi. Et pourtant, elle me quittait presque chaque nuit. Autant dire que je ne dormais plus beaucoup, surtout lorsque j’imaginais où elle pouvait bien aller… Alexander. Voilà où elle allait, sans aucun doute. Après tout elle l’aimait toujours, et certainement que lui aussi… Je préférais ne pas y penser. Je préférais fermer les yeux et faire semblant de ne rien voir, de ne rien soupçonner. J’étais prêt à supporter n’importe quoi pour la garder, y compris qu’elle retourne dans les bras de son ancien mari. Oui, j’étais capable de le supporter, j’étais capable de l’encaisser. Malheureusement cela m’abîmait énormément. Nous étions tous les deux malheureux, mais il ne fallait pas s’en étonner au final : comment aurais-je pu être heureux dans de telles circonstances ? En même temps, je ne la blâmais pas : elle l’aimait toujours et j’avais promis d’attendre. Point. Mais Dieu que cette attente me paraissait longue alors que je demeurais seul dans les draps froids de notre lit.

J’attendis qu’elle soit sortie pour lâcher un profond soupir et me tourner sur le dos, fixant le plafond. Les larmes me montèrent aux yeux lorsque je songeai, une nouvelle fois, à l’endroit où elle allait mais finalement, je refermai les yeux et dirigeai mon esprit vers tout autre chose : J’imaginais l’océan, la Grèce, le sable chaud… C’était la seule chose qui parvenait encore à me calmer. Sous mes paupières closes, je redessinai ces paysages qui me manquaient tant pour fuir la vision de mon Aimée dans les bras d’un autre, et surtout de cet autre. Je ne pouvais m’en prendre qu’à moi-même si je n’avais pas encore réussi à le lui faire oublier, mais j’allais y parvenir. Un jour, j’y parviendrai. Si Dieu le voulait… Décidemment, même la Grèce ne parvint pas à me faire oublier cette nuit là. Alors, plutôt que de rester seul dans ce lit désert, je choisis de me relever sans m’habiller ni allumer la moindre lumière, et descendis à la cuisine. La nuit était claire, la lune éclairant notre maison par les fenêtres. Tâchant de faire le moins de bruit possible, j’ouvris le frigo et y pris une de nos dernières cannettes de bière : il en restait sans doute dans les réserves, mais nous vivions toujours au rythme du rationnement. Me laissant tomber sur une chaise, j’ouvris ma canette et en bu une gorgée sans conviction. Oui, nous étions malheureux. Nous étions même malheureux à en mourir. Plus rien n’allait bien : Sam, la terreur sur la ville, Adonis, maintenant Gabrielle… A quoi se raccrocher ? Seul mon fils demeurait, mais un enfant ne suffit pas à être heureux. Pas lorsque sa mère est morte et que son éventuelle mère adoptive s’en fiche totalement. Pas lorsque son parrain était en fauteuil roulant et que sa marraine me faisait copieusement la gueule. Non, pas dans ces conditions là.

Lentement, je finis ma bière, jetant de temps à autre des coups d’œil à la pendule, jusqu’à ce que j’entende des pleurs à l’étage. Héphaïstos. Aussitôt, je remontai rapidement et allai jusqu’à sa chambre, le trouvant dans son berceau, hurlant. Sans doute avait-il faim, ou bien fallait-il changer sa couche. Je m’aperçu assez rapidement qu’il s’agissait des deux cas et m’exécutai, tâchant d’être le plus doux possible dans mes gestes. Une fois propre, je le pris contre moi et le berçai doucement tout en retournant à la cuisine pour lui préparer un biberon, murmurant une chanson grecque afin de le calmer et ne pas réveiller toute la maison. Cela ne fonctionnait cependant pas. Alors, je fis son biberon le plus rapidement possible et le lui donnai tout en allant m’asseoir dans le canapé, allumant une lampe au passage, mon enfant dans les bras. Enfin le silence était revenu sur la maison, seuls les bruits de sucions d’Héphaïstos résonnant dans la pièce. Et le temps s’écoula, doucement… J’observai mon fils manger sans éprouver le moindre sentiment alors que j’aurais dû être heureux, fier qu’il se nourrice avec tant d’ardeur afin de devenir un petit garçon grand et fort. Mais non… Je ne ressentais rien du tout, pas en sachant que Gabrielle était au dehors, avec lui. Et puis, au bout de longues minutes, j’entendis la porte s’ouvrir. Aussitôt je l’appelai, plus par sécurité que pour autre chose : après tout n’importe qui aurait pu entrer dans notre maison. Mais ce fut bien elle qui entra dans le salon, un sourire d’excuses aux lèvres. Pour ma part, je ne parvenais même pas à sourire, ayant bien trop mal pour cela. Je me contentai de la fixer sans avoir la force d’ouvrir la bouche pour répondre quoi que ce soit alors qu’elle prétendait avoir eu envie de prendre l’air. Bien. Très bien. Je réprimai cependant un soupir et haussai légèrement les épaules :

« Une demie heure tout au plus. »

Mensonge, mais qu’importe. Je ne voulais pas que nous en parlions, je ne voulais pas d’explications. Faire l’autruche me convenait pour le moment, aussi ne voulais-je pas non plus lui dévoiler que j’étais réveillé depuis aussi longtemps qu’elle. Cependant, mon attitude devait, sans doute, lui avouer à ma place la vérité mais c’était plus fort que moi. Je ne pouvais plus faire ça : Je ne pouvais plus accrocher de faux sourire à mes lèvres comme elle le faisait, prétendre avoir mal dormi et m’être réveillé comme par hasard alors que c’était faux. Je ne pouvais plus mentir, pas dans mon attitude en tout cas. J’en avais largement assez. Alors, sans ciller, je la fixai toujours, ne parvenant toujours pas à articuler le moindre mot en dépit de mon désir de faire l’autruche. Qu’elle s’approche de moi pour m’embrasser brièvement n’y changea rien, au contraire. Ses lèvres qui m’embrassaient n’en avaient-elles pas embrassé un autre juste avant, après tout ? Je faillis même grimacer lorsqu’elle me dit qu’elle me réveillerait la prochaine fois qu’elle se réveillerait, sachant qu’il s’agissait d’un mensonge de plus. Comme si elle allait me réveiller pour que je l’accompagne dans ses rencontres nocturnes… Je fis cependant en sorte de paraître moins tendu quand bien même ce ne soit pas le cas et quand bien même cela m’était horriblement difficile à présent. Il le fallait bien après tout. Néanmoins, j’eus du mal à ne pas me crisper de nouveau lorsque je vis son faux sourire s’effacer lentement alors qu’elle posait les yeux sur mon fils : voilà pourquoi j’étais persuadé qu’elle ne l’aimait pas. A chaque fois, elle avait la même réaction. Qu’elle se force à l’embrasser et lui parler ne me faisait pas plaisir, bien au contraire. J’aurais préféré qu’elle soit franche et m’explique ce que ce bébé avait bien pu lui faire, car sincèrement il n’était pas plus difficile qu’un autre. Alors quoi ? J’espérais le découvrir un jour, avant qu’il ne soit trop tard.

-Je vais préparer le petit déjeuner.

Soit. Qu’elle parte, cela valait sans doute mieux car je me sentais sur le point de craquer. Je n’en pouvais plus d’avoir si mal alors que théoriquement j’avais tout pour être heureux à présent. Je n’en pouvais plus de souffrir continuellement, avec ou sans Gabrielle. Je demeurai encore dans le salon quelques minutes, jusqu’à ce qu’Héphaïstos arrête de tété, commençant à s’endormir sur son biberon. Alors je le remontai avec le plus de douceur possible à l’étage, tâchant de ne pas le réveiller puis le posai dans son berceau. Avant de repartir je l’embrassai avec tendresse sur le front puis quittai la pièce à pas feutrés. Je redescendis et allai immédiatement à la rencontre de Gabrielle qui était encore, à mon plus grand étonnement, dans la cuisine. Lui fallait-il donc tant de temps pour préparer un simple café ? Je n’en pouvais plus, sincèrement, j’étais à bout. Cependant, pour elle, je ne devais pas craquer. Je ne devais pas céder. Alors, je m’approchai d’elle et lui pris la taille avant de la ramener avec douceur contre moi, geste que je ressentis comme un profond cris de désespoir. J’avais tellement envie de lui crier « regarde moi ! je suis là, et je t’aime ! je t’aime plus que tout alors ne m’abandonne pas, n’abandonne pas mon fils ! reste avec moi… » mais je ne le pouvais pas. Au lieu de cela, je me contentai de glisser mon visage dans ses cheveux et en respirer le parfum, fermant les yeux. Finalement, à quoi bon ? A quoi bon rester ? A quoi bon lui montrer que j’étais toujours là ? Sans doute le savait-elle parfaitement, mais elle s’en fichait… Elle voulait encore Alexander et contre cela, je ne pouvais rien. Je retirai alors mes bras de sa taille et me reculai pour aller prendre deux tasses que je posai sur la table. Sans m’asseoir, ni sans la regarder, je repris la parole à voix basse, tentant de ne pas montrer la moindre trace de douleur.

« Tout à l’heure j’irai prendre quelques affaires et je retournerai chez Adonis pour…quelques jours. Son neveu lui manque, et elle lui manque aussi. »

Seulement je savais très bien ce que retourner vivre, ne serait-ce que quelques jours, chez Adonis alors qu’elle détestait Gabrielle pouvait représenter. Je n’avais cependant pas de meilleur endroit où aller désormais. Je m’assis alors et pris ma tasse entre mes mains, fixant la table d’un œil vide.

« Je suppose que tu ne veux pas venir ? »

Cette question était totalement inutile, bien sûr qu’elle ne voulait pas venir. Pourquoi l’aurait-elle voulu ? Adonis ne se privait pas de l’insulter ouvertement. D’ailleurs, le silence qui fut ma seule réponse me le confirma. Encore une blessure, même si en l’occurrence ce n’était pas la faute de Gabrielle.

« Ce n’est pas grave. J’espère qu’avoir le lit entier pour toi pendant quelques jours te permettra de mieux dormir. »

Ou même d’y dormir avec quelqu’un d’autre, après tout.



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Gabrielle McCord
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MessageSujet: Re: Morning Mist [PV Aristide]   Jeu 9 Aoû - 15:46

Ces quelques secondes de répit... Si seulement elles avaient pu durer éternellement, si seulement tout avait pu disparaître pour qu'il ne reste plus que ces quelques secondes... Ces brèves secondes où plus rien n'avait d'importance en dehors de lui et moi, en dehors de nous, en dehors de notre amour... Je voulais ressentir ce bonheur, cette douceur, cette paix, toujours. C'était cependant impossible. Cela le serait tant que je garderais pour moi cette culpabilité mais je ne me rendais même pas compte de cela. C'était à Aristide que je devais me confier, pas à quelqu'un d'autre, c'était finalement la seule façon d'avancer et peut-être de guérir et d'être de nouveau complètement heureuse mais je ne le voyais pas. Pas encore tout du moins... Lorsque je l'entendis respirer profondément le parfum de mes cheveux mes doigts glissèrent doucement sur la peau de son avant bras. Il était tellement doux, tellement tendre, tellement... Merveilleux. Je ne le méritais pas. Cela, je l'avais toujours su mais c'était encore plus profondément en moi à présent et tant que je serais incapable de passer outre ce sentiment là, je n'avancerais pas. La culpabilité et le sentiment d'infériorité : ces deux démons là, j'allais devoir me débarrasser d'eux si je voulais retrouver une vie normale. En étais-je seulement capable ? Alors que je commençais à y réfléchir (enfin!), je sentis les bras d'Aristide s'éloigner de moi et aussitôt, j'eus l'impression d'être vide, incomplète, de ne plus être moi. Je me tournai vers lui et le regardai déposer deux tasses sur la table : il était mon tout. Sans lui, je n'étais plus rien. Ceci était une autre réalité implacable. En l'observant, mon estomac commença à se nouer progressivement : il avait l'air... Différent. Son visage était fermé : il n'avait pas l'air en colère, ou triste, rien de tout ça, mais complètement fermé. Comme s'il s'efforçait de ne rien laisser paraître. La dernière fois que je l'avais vu comme ça... Mon estomac se noua derechef et c'est à ce moment-là que le coup tomba, me frappant en plein cœur, tellement fort que je reculai d'un pas et agrippai fermement l'évier derrière moi pour ne pas tomber.

Il voulait retourner chez Adonis. Y « retourner ». Ce mot-là me fit mal et très peur. Il n'avait pas dit « Je vais aller lui rendre une petite visite », non, il avait dit « je retournerai » comme s'il voulait y repartir et ne plus revenir. D'accord, son neveu lui manquait et vice versa et je pouvais le comprendre mais aller habiter de nouveau chez elle ? Non... Non, ça ne collait pas. Ça n'allait pas. Et là, le deuxième coup tomba : « Je suppose que tu ne veux pas venir ?». Ma bouche s'entrouvrit sous la surprise, ou le choc même en fait... Venir ? Si je voulais venir ? Comment pouvait-il me poser une question pareille ? Je n'étais pas celle qui refusais d'arranger les choses... Comprenez-moi bien : je n'en voulais pas à Adonis de me détester. J'avais fait beaucoup de mal à son frère et tout ce qu'elle voulait, c'était le protéger. J'avais cependant cru, quand Aristide était revenu auprès de moi de manière officielle, que son comportement changerait un peu mais il n'en était rien. Elle me détestait et ne voulait pas faire d'effort pour changer d'avis sur moi. Encore une fois, je ne pouvais pas l'en blâmer mais cela n'était pas mon choix. Si elle me l'avait laissé, il aurait été tout autre. Si elle m'avait laissé le choix, j'aurais tout fait pour qu'elle finisse par me connaître et par m'apprécier. Elle aurait ainsi pu se rendre compte à quel point j'aimais son frère plus que de raison même si je l'avais fait beaucoup souffrir par le passé... En tout cas, tout cela ne dépendait pas de moi, alors, qu'il me dise de cette façon qu'il pensait que je ne voulais pas venir... Il me connaissait mieux que ça, il savait que je n'avais aucun ressentiment vis à vis de sa sœur... Il le savait bon sang, non ?... Non... Il ne le savait pas peut-être pas parce qu'il ne me laissait de toute façon même pas le temps de répondre. Il poursuivit en m'annonçant que le fait que je ne veuille pas venir n'était pas grave et surtout, qu'il espérait qu'avoir le lit pour moi toute seule m'aiderait à mieux dormir.

Je décidai d'arrêter de compter les coups portés en plein cœur...

Il était à présent assis, observant sa tasse d'un œil vide. J'allais m'avancer vers lui mais je me rendis alors compte que mes jambes tremblaient. J'avais peur, si je faisais un pas tout de suite, que mes jambes ne se dérobent sous moi alors, j'attendis un peu, restant accrochée à l'évier. Pendant ces quelques instants, je réfléchissais à ce que j'allais lui dire. Quel point aborder en premier ? Mes mauvaises nuits ? Le fait que sa sœur ne voulait de toute façon pas de moi chez elle ?... Oui, ça paraissait être un bon début. Je voulais qu'il cesse de se fourvoyer à propos de tout ça. Cela me faisait mal et cela devait lui en faire à lui aussi. Je soupirai et tentai de faire un pas en avant : je fus soulagée quand je constatai que même si mes jambes tremblaient toujours un peu, elles étaient capables de me faire tenir debout. Je m'avançai jusqu'à lui et tirai une chaise avant de m'asseoir à côté de lui. Au moins, en étant assise, je ne prenais plus aucun risque d'une éventuelle chute si mes jambes se remettaient à vouloir me lâcher. Alors que je m'étais assise à ses côtés, il n'avait même pas relevé son regard vers moi. J'avais envie de le toucher mais je n'osais pas le faire... J'avais peur d'un geste de rejet de sa part. Il ne s'était pourtant pas montré méchant, ni froid, juste distant... Mais cette distance était effrayante au point que oui, j'avais peur qu'il ne me rejette. Aussi, alors que j'avais amorcé un geste pour caresser le dos de sa main, je croisai mes mains sur la table, comme pour les empêcher d'essayer de s'approcher de lui. Je risquais de ne pas pouvoir tenir très longtemps tant j'avais besoin de son contact...

-Aristide...

Rien. Pas un battement de cil. Je soupirai une nouvelle fois.

-Tu veux bien me regarder s'il te plaît ?...

Après quelques instants, qui me parurent durer horriblement longtemps, il consentit à relever son regard vers moi mais ce magnifique océan était toujours autant distant et ne laissait rien transparaître. Rien. Je crispai les mains avant de reprendre constance et de me lancer.

-Comment peux-tu croire que je n'ai pas envie de venir chez ta sœur ?... Là où tu vas, je veux être, c'est aussi simple que ça, même si ta sœur me déteste. Alors... Enfin, si tu veux passer quelques jours chez elle, je serai ravie de venir. En plus Emma est chez son père donc, ça pourrait nous laisser un peu de temps pour nous et, ça pourrait aussi me laisser du temps pour discuter avec ta sœur...

Je buttai sur ces derniers mots : je rêvais en disant cela. Adonis ? Me parler ? Oui, je rêvais, mais après tout, n'avais-je pas toujours été une grande optimiste ? Si... Ce temps là me semblait pourtant bien loin... Je ne pus résister plus longtemps à l'envie, au besoin irrésistible de le toucher et ma main droite vint frôler le dos de la sienne. Je vis son regard se poser brièvement sur ma main et cette terrible peur du rejet revint en un éclair mais il ne retira pas sa main. Il ne fit pas non plus de geste vers moi ce qui me perturba quelque peu. Je ne devais pourtant pas perdre le fils de mes pensées, je devais poursuivre.

-Mais... Enfin, ça ne dépend pas de moi. J'ignore si elle sera d'accord pour je passe quelques jours chez elle... Il faut lui demander car je ne peux pas lui imposer ma présence... En tout cas, tu sais que je veux bien y aller...

Je baissai un peu la tête, cherchant à capter réellement son regard. J'avais l'impression qu'il ne cherchait qu'à me fuir même s'il me regardait. Ma main caressait toujours le dos de la sienne. Je soupirai. J'avais expliqué ma pensée quant à Adonis... A présent, je devais lui retirer l'idée que je dormirais mieux seule. Cela impliquait des explications ou en tout cas, un début d'explications et j'espérais réellement être capable de les lui donner. Ce que j'ignorais plus tôt, j'en prenais petit à petit conscience : j'allais devoir lui parler de mes cauchemars, de ce qu'ils contenaient, où je disparaissais pendant des heures... J'allais devoir le faire sinon, ce regard distant... Oui, ce regard distant allait être tout ce qu'il me resterait de lui... J'en avais peur...

-Tu sais, tu te trompes... Avoir le lit pour moi toute seule ne m'aidera pas à mieux dormir, au contraire... Te sentir près de moi m'apaise beaucoup même si...

Je m'arrêtai. Bon sang, mais pourquoi avais-je tant de mal à poursuivre ? Ce n'était pourtant pas si compliqué... Ma main cessa de caresser la sienne pour s'enfermer autour de son poignet avec force. J'avais besoin de me raccrocher à lui, d'une manière ou d'une autre et tant pis s'il devait me repousser. Tant pis. Je devais faire ce premier pas, je devais commencer maintenant sinon... Sinon...

-Même si ça ne suffit pas pour m'empêcher de faire des cauchemars... C'est ça qui me réveille toutes les nuits et c'est pour ça que je sors. Je...

Ma gorge se noua et je sentis les larmes me monter aux yeux mais je fis un effort pour prendre sur moi-même : je ne lui imposerais pas ça, pas tant que je pouvais me contrôler.

-Je fais le même cauchemar depuis un moment et...

Je m'arrêtai une nouvelle fois mais pas pour les mêmes raisons.

Il doutait.

Je le voyais dans ses yeux. Il m'observait, certes. J'avais réussi à capter son regard, certes. Mais son regard, en plus d'être distant était à présent dubitatif, rempli de doutes. Je le connaissais assez bien maintenant pour comprendre ce que cela signifiait. Il ne me croyait pas.

-Tu ne me crois pas...

Dis-je dans un souffle avant de reprendre plus fort.

-Tu ne me crois pas.

Et ce n'était vraiment pas une question mais bel et bien une affirmation. Ma peur qui m'avait nouée les entrailles quelques minutes plus tôt revint au galop. Quelque chose clochait, quelque chose allait réellement de travers et j'ignorais de quoi il s'agissait. Cependant, même si je ne savais pas ce que c'était, je savais que c'était grave. Je savais que je n'étais pas paranoïaque... Je devais cependant m'assurer d'une chose, une chose dont j'avais terriblement peur...

-Quand tu as dis que tu voulais retourner chez ta sœur... Tu veux vraiment n'y retourner que pour quelques jours ou ?...

J'étais incapable de finir ma phrase. Mes doigts se resserrèrent autour de son poignet. Je craignais sa réponse comme je n'avais pas crains de mots depuis bien longtemps...

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Aristide Tetropoulos
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MessageSujet: Re: Morning Mist [PV Aristide]   Sam 6 Oct - 12:56

C’était profondément blessant pour moi de constater avec quelle facilité Gabrielle pouvait me mentir. Blessant, et particulièrement perturbant. Sur combien d’autres choses aurait-elle pu me mentir encore, sans que je ne m’en rende forcément compte ? Toujours est-il que j’avais pris le parti de faire comme si je ne savais rien, et je comptais m’y tenir. A quoi bon dévoiler la vérité ? Je l’aurais perdu définitivement et c’est tout. Alors, plutôt que de mettre les pieds dans le plat, je préférais effectivement me réfugier chez Adonis quelques temps. Quelques jours, ou plus. Je n’en savais strictement rien, mais ce que je savais c’est qu’au fond, je voulais retourner là-bas uniquement parce que Gabrielle ne viendrait pas m’y chercher. En lui demandant si elle voulait venir, je n’avais fait que sauver les apparences alors qu’en réalité, j’allais chez ma sœur justement parce qu’elle ne voudrait pas venir. C’était terrible mais oui, je fuyais la femme que j’aimais le plus au monde. Je la fuyais parce que j’avais trop peur de ne plus réussir à me contrôler et la perdre définitivement, la mettre au pied du mur et finalement la voir repartir avec Alexander. Mais en même temps, partir arrangerait-il quelque chose ? Est-ce que laisser la voie libre à mon pire ennemi me permettrait de conserver l’amour de ma vie ? Seigneur… Je ne savais plus réellement quoi penser, ne savais plus comment agir. Mais pour le moment, je demeurais sur la même ligne de conduite : distant sans être froid, avançant pas à pas, avec précaution. Quant à l’excuse du lit, elle servait elle aussi à sauver les apparences. Néanmoins, j’eus bien l’impression que ces dernières paroles dévoilèrent un peu trop ma pensée. Le long silence qui les suivit me fit légèrement frissonner tant je craignais qu’elle ne comprenne que je savais. Et qu’allait-il se passer à présent ? Me bornant à fixer ma tasse, je tentai de conserver le même comportement à l’exactitude. Il ne fallait pas que j’ai l’air suspect, ou quoi que ce soit d’autre. Mon dieu, qui aurait cru qu’un jour je puisse à ce point dissimuler mes pensées face à la personne qui m’était le plus cher ?

Au bout de quelques instants, je l’entendis néanmoins faire un pas en avant et s’avancer puis s’asseoir. Je n’eus, une nouvelle fois, aucune réaction. D’une part je ne voulais pas éveiller davantage ses soupçons, et d’autre part je ne voulais pas lire dans ses yeux que justement, elle avait pu comprendre. Aussi, bien que je sentais son regard sur moi, je me bornais toujours à fixer le fond de ma tasse. On peut dire que désormais j’étais assez bien renseigné sur l’anatomie des tasses à café. Et si je crus apercevoir du coin de l’œil une esquisse de mouvement en ma direction, je fus légèrement soulagé de constater que Gabrielle s’était finalement ravisée : j’aurais eu trop peur de me crisper instinctivement sous une caresse de sa part. C’est étrange, n’est-ce pas ? Si je parvenais à la prendre dans mes bras pour tenter d’oublier, je n’aurais su tolérer qu’elle, elle ne pose ne serait-ce qu’un doigt sur moi. Mais comment oublier que ces mêmes doigts en avaient caresser un autre quelques minutes plus tôt ? Je réprimai une grimace à cette pensée, me retenant toujours de broncher, y compris lorsqu’elle prononça finalement mon prénom. J’avais besoin de quelques instants pour me reprendre, pour pouvoir parfaitement masquer ce que je pouvais ressentir et relever les yeux vers elle. Même lorsqu’elle me demanda de la regarder, je pris encore quelques secondes pour cette préparation. J’aurais voulu m’éterniser encore sur cette tasse, ne plus jamais la lâcher des yeux, mais j’avais bien conscience que ce comportement aurait fini par paraître mille fois plus suspect qu’un regard désapprobateur. Aussi, je finis par relever le regard vers elle, tout comme elle le souhaitait. A présent je savais que ce même regard ne me trahirait pas. Il allait demeurer fixe et distant, exactement comme lorsque l’on se regarde dans un miroir. Y compris lorsqu’elle me relança sur ma sœur. Le pire, c’est que j’étais certain de sa sincérité : elle aurait réellement voulu venir avec moi si cela avait été possible, pas parce qu’elle adorait Adonis, mais simplement parce qu’elle aurait voulu que les choses s’arrangent. Malgré tout, je devais bien admettre que dans cette histoire Gabrielle avait fait tout ce qu’elle pouvait. Malheureusement, ma sœur était bien trop têtue et bien trop bornée pour que quiconque, y compris moi, ne puisse lui faire changer d’avis un jour. Ce fut cependant la suite de ses paroles qui me firent légèrement serrer les dents.

« En plus Emma est chez son père donc, ça pourrait nous laisser un peu de temps pour nous et, ça pourrait aussi me laisser du temps pour discuter avec ta sœur... »

Mais bien sûr… Ou alors mon absence pourrait te permettre de retourner passer un peu de temps avec eux… J’avais l’impression d’avoir un gros morceau de charbon brûlant dans la bouche, ne demandant qu’à sortir, et pourtant mes lèvres demeuraient obstinément closes. Je l’avoue, plus elle parlait, et plus la colère montait progressivement en moi. Pourtant, je n’avais pas réellement ressentis de colère jusqu’à présent, mais le fait d’avoir à ce point l’impression d’être pris pour un idiot m’horripilait au plus haut point. J’aurais préféré qu’elle me dise qu’elle continuait à voir Alexander plutôt que ce qu’elle agisse de cette manière. Néanmoins, je ne pouvais toujours rien dire, aussi me tus-je. Et lorsqu’elle posa finalement ses doigts sur le dos de ma main, j’eus encore un peu plus de mal à rester de marbre. Jusque là, j’avais tenu. Jusque là, j’avais tout encaissé sans broncher. Mais le pire à mes yeux n’était pas qu’elle me trompe avec Alexander, non. Le pire, c’étaient les mensonges. Si elle pensait que je ne l’aimais pas assez pour l’attendre envers et contre tout elle se trompait, et si elle croyait réellement que me mentir allait arranger les choses, alors elle se trompait mille fois plus.

Quoi qu’il en soit, je me retins de faire le moindre commentaire et ne répondit pas à son geste. D’ordinaire, je lui aurais rendu ses caresses, mais sur le moment j’en fus incapable. A peine jetai-je un coup d’œil à sa main sur la mienne. Quant à la suite, je l’écoutai sans réellement l’écouter. Demander à Adonis que Gabrielle vienne chez elle ? Non, il n’y avait aucun intérêt à écouter ce genre de paroles qui n’avaient après tout aucun sens. De même, je regardais Gabrielle sans réellement la regarder. Mon regard était posé sur elle, certes, mais j’étais tellement loin dans mes pensées que son image ne possédait aucune véritable réalité dans mon esprit, un peu comme quand l’on regarde la télévision à trois heures du matin : on voit l’image, mais il n’y a aucune suite dans nos pensées. On la voit, point final. J’étais comme déconnecté de la réalité jusqu’à ce qu’elle reprenne finalement sur un autre sujet, abordant son sommeil, et le fait d’avoir le lit pour elle seule. Une nouvelle fois, je m’abstins de tout commentaire quand bien même ceux-ci fusaient dans ma tête. Par exemple, si ma présence l’apaisait, pourquoi fuir notre lit chaque nuit ? C’était tout de même paradoxal… A moins que la présence d’un autre ne l’apaise encore plus ? Seigneur. J’aurais voulu me lever, me diriger vers un mur, et me frapper la tête jusqu’à ce que mort s’en suive. J’aurais voulu cesser de décortiquer tout ce qu’elle me disait, de voir le mal partout, de me ronger moi-même de l’intérieur. Malheureusement cela était totalement impossible. Soudain, je sentis sa main non plus sur la mienne, mais désormais sur mon poignet qu’elle serrait fortement. Ce geste me surprit un peu : pourquoi tant de force tout à coup ? Aussitôt, Gabrielle obtint de nouveau toute mon attention. Mais dès sa première phrase achevée, elle la perdit de nouveau.

Mensonge, encore et toujours. Jusqu’où comptait-elle aller ? Que comptait-elle encore m’inventer ? Des cauchemars ? Et pourquoi pas le croque mitaine ? Lorsque j’aperçus les larmes qui s’accumulaient au bord de ses yeux, j’eus sincèrement envie de me lever et partir. Parce qu’elle me prenait pour un con. Parce qu’elle allait trop loin. Parce que je ne reconnaissais plus la femme que j’avais, autrefois, aimé. Non, la Gabrielle dont j’étais tombé amoureux ne m’aurait jamais menti de cette manière, ou jamais menti tout court. Elle m’avait toujours tout dit, y compris certaines vérités que j’aurais préféré ignorer. Alors quoi ? Qu’est ce qui avait pu changer à ce point ? J’en étais à présent arrivé à un point où mon visage ne parvenait plus à retenir les diverses émotions qui me traversaient et ce fut plus fort que moi : je l’observai d’un regard profondément dubitatif, ne cachant absolument rien de mes doutes quant à la véracité de ses propos. Bien évidemment cela ne lui échappa pas et, presque immédiatement, elle dit tout haut ce que je pensais tout bas. Non, je ne la croyais pas. Pas du tout même. Cependant, je n’eus aucun geste pour confirmer ou infirmer. A quoi cela aurait-il servit ? Elle avait parfaitement compris que je ne croyais pas un seul de ses mensonges, et la peur que je lisais sur son visage venait sans nul doute de cela. Elle devait se sentir percée à jour, démasquée, et craignait ma réaction. Enfin, ce fut du moins mon interprétation de la chose et, lorsqu’elle me demanda finalement si je comptais passer seulement quelques jours ou plus chez Adonis, je cru de nouveau comprendre la même chose : Elle avait peur que je la quitte à présent. Et qu’est ce qui aurait pu me retenir après tout ?

« Je vais y retourner le temps que tu… Je ne sais pas. Que tu règles ce que tu as à régler, je suppose. »

Ma voix fut moins froide que ce à quoi je m’attendais, mais on ne peut pas dire qu’elle ait été particulièrement chaleureuse pour autant. Même si je ne souhaitais pas la mettre encore plus au pied du mur, je n’avais pas non plus l’intention de me laisser prendre totalement pour un idiot. Je pouvais supporter qu’elle me trompe, je pouvais supporter qu’elle retourne auprès d’Alexander, je pouvais supporter qu’elle ait encore du mal à se détacher de son passé mais ses mensonges… Non, je ne m’y faisais décidemment pas, et c’était cela qui me blessait le plus. Doucement, je posai donc mes doigts sur les siens mais non pas pour les caresser, ni même pour établir un quelconque contact. Au contraire, je défis lentement ses doigts de mon poignet pour l’en libérer puis posai les bras, m’assurant ainsi qu’elle ne recommencerait pas tant son contact m’était difficile à présent. Je reportai mon regard sur la table puis secouai légèrement la tête.

« Un jour, il faudra que tu comprennes que je ne suis pas comme Alexander. Je ne suis pas comme lui, ni comme aucun autre. Un jour il faudra que tu apprennes à me connaître, et alors tu sauras que tu n’as pas besoin de mentir. Non, tu n’en as pas besoin. »

Je relevai alors les yeux vers elle sans faire attention à son expression.

« J’ai promis que je t’attendrai, et je t’attends. Je le fais quand bien même si c’est dur. Mais je ne supporte pas que tu me prennes pour un con, alors arrête. Arrête. Dis les choses franchement, ou ne les dis pas. Fais comme tu veux, mais arrête de me prendre pour un con, bordel de merde ! »

Je dois bien avouer que les derniers mots m’échappèrent et que je me laissai emporter, mais je ne parvenais plus à jouer la comédie. Je n’étais pas un comédien. Je ne savais pas mentir. Alors même si ces mots risquaient de l’offenser, je préférais mettre les choses à plat, sans pour autant l’obliger à quoi que ce soit. Comme je l’avais dit : soit elle m’avouait qu’elle retournait dans le lit d’Alexander, soit elle ne le faisait pas, c’était son choix. Mais je refusais qu’elle me mente. Cependant, même si j’avais haussé le ton, je n’étais pas réellement en colère. Cette colère avait laissé place à une profonde résignation et finalement, je me relevai avec lassitude avant de déclarer d’une voix beaucoup plus basse :

« Je vais préparer mon sac, et celui d’Héphaïstos. »

Je n’attendais pas de réponse. Il n’y avait rien de plus à dire, après tout.

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MessageSujet: Re: Morning Mist [PV Aristide]   Sam 6 Oct - 19:51

Les quelques secondes qui séparèrent ma question de sa réponse ne furent pas longues mais pourtant elle me parurent durer une éternité tant mon cœur tout entier me criait qu'il allait répondre ce que je craignais. Ce ne fut pas ce que j'avais craint mais dans un sens ce fut pire car plus évasif « le temps que tu règles ce que tu as à régler ». Mon estomac se noua davantage lorsqu'il prononça ces mots : ce que j'avais à régler représentait un travail de titan tant cela me rongeait de plus en plus et si j'avais tenu le coup, c'était parce qu'il avait été à mes côtés alors, si je me retrouvais finalement toute seule, j'allais être incapable de surmonter ce que je traversais. D'accord, je ne lui en avais pas parlé mais j'avais eu trop peur de sa réaction... Était-ce en fait le revers de la médaille ? Ce fameux Karma dont certaines personnes parlent et qui parfois nous renvoient nos erreurs du passé si violemment qu'on en perdrait presque pieds ? Était-ce cela ? Le fait qu'Aristide décide de partir était-il écrit ? Était-ce pour me punir ? Dans un sens cela n'aurait pas été étonnant et au fond, je le méritais. Je méritais de rester seule dans ma souffrance mais... J'avais besoin de lui. Je l'aimais de tout mon cœur et je ne pouvais pas vivre sans lui. J'étais... Oui, j'étais une épave sans lui. J'avais essayé et finalement, ça n'avait fait que faire plus de mal à de nombreuses personnes alors, maintenant que je l'avais auprès de moi, je ne voulais pas le perdre... Je ne pouvais pas le perdre. Malheureusement, nous étions en train de prendre ce chemin et quand ses doigts se posèrent sur ma main non pas pour la serrer, non pas pour la caresser mais pour la retirer de son poignet j'eus l'impression de sentir mon cœur se briser tant ce geste me fit mal. Il repoussa mon bras et je compris, à la façon dont il l'avait fait et à la façon dont il se tenait à présent qu'il ne souhaitait pas que je le touche : il ne voulait pas de mon contact. Ma main se posa sur ma jambe, comme morte. J'avais l'impression que mon corps entier mourait doucement alors que mon cœur lui était bel et bien vivant : vivant de douleur. Il détourna finalement son regard, comme si me regarder le gênait autant que de me toucher et secoua la tête. Lorsqu'il mentionna Alexander, je me raidis tant le coup fut brutal.

Pourquoi me parler de lui en cet instant ? Ou d'un autre ? Comment pouvait-il penser que je le voyais comme Alexander ou comme n'importe quel autre homme ? Il était bien plus que ça et il le savait, non ?... Ne le lui avais-je pas dit ? Ne le lui avais-je pas fait comprendre au cours des derniers mois qu'il était tout pour moi et que je l'aimais à en mourir ? Je ne comprenais pas où il voulait en venir. Je ne comprenais rien en fait... Que j'apprenne à le connaître afin que je sache que je n'avais pas besoin de lui mentir ? Oh... Oui... Là, d'accord, il n'avait pas tort... Mais si je lui mentais c'était justement parce que je le connaissais et parce que je savais ce que Kay pouvait représenter pour lui et j'avais peur... Peur de sa réaction, peur de le perdre... Pourquoi ne le voyait-il pas ? La réponse était simple en fait : il ne pouvait pas le voir parce qu'il ne savait rien. C'était un véritable cercle vicieux, le serpent qui se mord la queue et ce serpent allait bientôt finir par m'avaler toute entière si je ne faisais pas quelque chose. J'étais cependant figée... Figée dans la tristesse, figée dans l'horreur, figée dans la terreur de ce qui se profilait à l'horizon avec l'horrible impression que je n'allais rien pouvoir faire pour l'empêcher de me quitter. Lorsqu'il releva finalement ses yeux vers moi, j'eus l'impression qu'il ne me voyait pas ou plutôt, qu'il ne me regardait pas vraiment. Tant mieux : il ne verrait donc pas les larmes qui coulaient à présent sur mes joues sans que je puisse les en empêcher. Lorsque ses lèvres bougèrent de nouveau, les mots qui en sortirent me firent encore un peu plus mal même si cela paraissait relativement impossible. Oui, il m'avait attendu... Il m'avait tant attendu puis après, c'était moi qui l'avait attendu et finalement, nous avions pu nous retrouver mais à quel prix ? Je revenais une nouvelle fois au point de départ de tout ceci : Kay. Mais mes pensées qui s'envolèrent vers elle furent stoppées net dans leur course quand la voix d'Aristide se fit légèrement plus forte et plus ferme, en particulier lorsqu'il m'asséna « Fais comme tu veux, mais arrête de me prendre pour un con, bordel de merde! ». J'en sursautai. La dernière fois qu'il avait élevé la voix face à moi, c'était à la Communauté. Oh, ça avait été bien pire que ce qu'il venait de dire mais la situation était bien différente à l'époque. A présent, nous étions ensemble, de façon officielle. A présent, nous tentions de vivre une vie normale et en réalité, j'étais l'obstacle à cette vite normale à laquelle il aspirait... Je m'en rendais compte à présent. En me laissant ainsi ronger par ma culpabilité, je l'empêchais d'être heureux... Je nous empêchais d'être enfin heureux...

Tout ne dépendait en réalité que de moi.

Mais j'allais le perdre : il ne m'avait pas cru quand j'avais parlé des cauchemars alors, était-ce utile que j'aille plus avant dans mes confessions ? Lorsqu'il se leva avec une lassitude qui me fit une nouvelle fois mal au cœur et qu'il m'annonça qu'il allait préparer son sac et celui d'Héphaïstos, tout alla très vite dans mon esprit. Est-ce que tout était terminé ? Oui, c'était fort possible. Est-ce qu'il m'avait cru quand j'avais parlé des cauchemars ? Non. Finalement, je n'avais même pas besoin de me demander si c'était utile de lui raconter toute la vérité : ce n'était pas utile, c'était nécessaire. Il était peut-être trop tard mais je refusais qu'il me quitte en me prenant pour une menteuse. Je refusais de voir, ne serait-ce qu'une seconde de plus, ce regard... Ce regard terrible qu'avait porté mon mari sur moi autrefois... Ça avait été légitime à l'époque puisque je l'avais trompé et il avait finalement toujours eu des doutes après et ça avait conduit à notre rupture. Cependant, si Aristide et moi devions rompre, je ne voulais pas que ce soit pour de mauvaises raisons, pour des doutes qu'il aurait eu... Je ne voulais pas de ce gâchis. Je n'en voulais pas. Alors...

-Non...

Ma voix n'avait été qu'un murmure tant j'étais au plus mal mais très vite, malgré mes larmes, je repris assez de force pour m'exprimer à voix haute.

-Non. Tu vas m'écouter.

Sur quoi je me levai d'un bond et fonçai me mettre en face de lui pour lui barrer la route, les bras écartés. J'avais sans aucun doute l'air d'une folle ainsi mais je n'en avais rien à faire : je n'avais plus rien à perdre. Il était tant que je fasse ce que, finalement, j'aurais dû faire depuis le début.

-Tu dois m'écouter parce que j'ai des choses à te dire. Des choses que j'aurais dû t'avouer mais j'en étais incapable parce que j'avais peur de te perdre mais c'est ce qui est en train de se passer alors... Je vais te les dire. Si tu dois me quitter, tu le feras, mais pas sans m'avoir entendu avant...

Il resta de marbre ce qui ne m'aida pas mais je fis un effort pour ne pas me décourager. Il ne me regardait pas pour l'instant mais il fallait quand même que je parle et tant pis si pour le moment j'étais face à un mur. Il fallait absolument que je poursuive. C'était maintenant ou jamais... J'abaissai doucement les bras et pris une profonde inspiration.

-Tu as dis qu'il fallait que j'apprenne à te connaître et que, de cette façon, je saurais que je n'aurais pas besoin de te mentir... Tu avais tort. Je te connais... Et c'est parce que je te connais que je t'ai menti, j'avais trop peur de te perdre...

Toujours pas un mouvement de sa part, pas un regard. Il était temps que je lâche la bombe et tant pis si c'était brutal.

-C'est Kay.

Ah, là, pour le coup, j'eus soudain son attention puisqu'il daigna relever son regard vers moi. Je ne pris pas le temps d'essayer d'y lire ce qu'il pouvait ressentir. Si je m'y essayais, j'avais peur d'être incapable de continuer.

-Quand je t'ai parlé de cauchemars, je ne mentais pas... Je la vois toutes les nuits, sans exception... Dès que je ferme les yeux...

J'entendais bien que ma voix commençait à trembler mais tant pis, il faudrait faire avec. Mes larmes redoublèrent d'intensité quand je lâchai la seconde bombe.

-J'ai souhaité sa mort...

Et là, ce fut moi qui fut incapable de le regarder plus longtemps : j'avais trop peur. J'avais commencé et je n'allais plus m'arrêter et j'étais peut-être en train de signer l'arrêt de mort de notre histoire mais je ne pouvais pas le regarder, je ne pouvais pas l'affronter... Alors, je baissai les yeux et détournai même le visage.

-Le jour où tu es venu m'annoncer que tu allais être papa, qu'elle portait ton enfant... Ce jour-là, à cet instant précis, pendant une infime seconde, j'ai souhaité sa mort... Je l'ai souhaité parce que, en étant enceinte de toi, elle nous enlevait tout espoir d'être un jour ensemble. Je ne peux pas me cacher derrière le fait qu'Alexander venait de me quitter... Je crois que même si nous avions encore été ensemble à ce moment-là, j'aurais quand même eu l'impression qu'elle nous voulait notre chance d'un possible futur... Je me montrais encore une fois égoïste mais je t'aimais tellement... Alors... Oui, pendant un bref moment j'ai été cette horrible personne et j'ai souhaité sa mort... Et elle est morte...

Je me détournai complètement de lui et allai m'appuyer contre le premier meuble que je trouvai, sentant que mes jambes étaient en train de me lâcher. J'avais tant craint cette confession et elle était horriblement difficile à faire... C'était même pire que ce que j'avais craint.

-Alors... Quand elle a perdu la vie, parce que pendant un instant j'ai souhaité sa mort, j'ai tout de suite pensé qu'elle était morte par ma faute... C'était comme si je l'avais moi-même tuée... Pourtant, je ne voulais pas ça, non... J'aurais voulu que ton fils grandisse avec sa mère auprès de lui et je lui ai retiré cette chance... A ton petit garçon... Que j'aime tellement...

Je soupirai et après un moment, je trouvai le courage de me retourner et de regarder Aristide dont j'étais incapable de déchiffrer l'expression. Peut-être était-ce dû aux nombreuses larmes qui voilaient mon regard.

-Je l'aime mais je n'ai pas le droit l'aimer parce que je lui ai enlevé sa mère... Et même toi, je ne te mérite pas et pourtant... Je t'aime... Je t'aime Aristide...

Je me redressai un peu, les jambes toujours tremblantes et fis un pas vers lui.

-Crois-moi... C'est ça la vérité... Je me sens coupable et ça me ronge... Ça me ronge tellement que je vais la voir dès que j'en ai l'occasion... J'ai toujours trouvé des excuses mais maintenant tu n'y crois plus et c'est normal... A force... Mais Aristide, je te jure que je te dis la vérité... Si j'ai menti c'est parce que je sais ce qu'elle représente pour toi et j'avais peur que tu m'en veuilles, j'avais tellement peur de te perdre encore une fois, par ma faute...

Un autre pas en avant. Combien de temps encore allais-je tenir debout?

-Je t'en supplie... Je t'aime... Ne m'abandonne pas... Je t'en prie...

J'aurais dû me sentir libérée mais c'était tout le contraire. Je ne savais pas si j'allais pouvoir le garder auprès de moi, je ne savais pas si ma confession et ma supplique allaient suffire... Mais que pouvais-je faire de plus ? Je le lui avais dit, enfin, et ce qui allait se passer ensuite ne dépendait plus de moi. Tout ce que j'espérais, c'était qu'il comprenne pourquoi j'avais gardé le silence, pourquoi j'avais gardé mes distances avec son petit ange... Oui, qu'il comprenne... Qu'il me comprenne et qu'il me revienne...

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Aristide Tetropoulos
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MessageSujet: Re: Morning Mist [PV Aristide]   Dim 7 Oct - 20:26

Déjà je m’étais levé et m’apprêtai à sortir de la cuisine pour rejoindre ma chambre et y préparer mes affaires. Je n’avais plus aucune raison de rester là, à écouter d’innombrables mensonges tout en sachant que l’on se moquait de moi, me prenait pour un idiot. Il n’y avait plus rien à dire, les choses étaient désormais posées, claires, et je préférais largement ça. Je préférais la transparence absolue plutôt que cette vague de mensonges opaques. Cependant, je n’eus pas le temps de dépasser le seuil de la cuisine que Gabrielle se jeta presque devant moi pour m’empêcher de passer, bras écartés. C’est uniquement à ce moment là que je pris réellement conscience des paroles qu’elle avait prononcées à peine quelques secondes auparavant. Elle voulait que je l’écoute, mais qu’y avait-il à écouter ? Même si je dois bien avouer que ses larmes me firent mal au cœur, mon visage demeura de marbre. Peut-être pleurait elle simplement parce qu’elle se rendait compte que je l’avais démasquée. Peut-être pleurait elle simplement parce qu’elle se rendait compte qu’elle était percée à jour. Quoi qu’il en soit, je ne pouvais m’apitoyer sur elle en cet instant, j’en étais incapable. Même si lui faire mal me faisait mal, je ne pouvais plus tolérer qu’elle me traite de cette manière. La suite ne m’étonna pas, bien au contraire : comme je l’avais deviné, elle me cachait beaucoup de choses mais ne m’en avait rien dit par peur de me perdre. Je failli me détourner, mais me contentai de secouer légèrement la tête : En effet, elle ne m’avait jamais vraiment compris. Elle n’avait jamais vraiment compris que je l’aimais d’un amour inconditionnel et que qu’importent les vérités qu’elle avait à me dire, je les aurais toutes encaissées sans broncher. Je détournai alors les yeux, regardant au loin, par-dessus elle. Fixer un point quelconque autre qu’elle me permettait de ne pas prendre mes affaires sur le champ et rester là, à écouter ce qu’elle voulait tant me dire, quand bien même je sois déjà au courant. Néanmoins, elle ne débuta selon moi pas par le bon bout lorsque Gabrielle s’entêta à dire qu’elle me connaissait, et que c’était la raison de son silence. Bien loin de me faire changer d’avis, cet entêtement me renfrognait un peu plus et me faisait encore davantage détester cette conversation qui ne mènerait nulle part : elle était déjà toute tracée et allait droit dans le mur.

Je sursautai soudainement, reportant mon regard sur Gabrielle. Qu’est ce qu’elle venait de dire ? Est-ce qu’elle venait vraiment de m’avouer qu’il s’agissait de… Kay ? Je dois bien avouer que celle là, je ne l’avais pas vu venir, mais alors pas du tout. Qu’est ce que Kay pouvait bien avoir à voir avec tout ceci ? Je fronçai les sourcils, complètement perdu. Le fait qu’elle puisse encore être entrain de me mentir ne me frôla sur le coup même pas l’esprit tant j’étais déstabilisé. Gabrielle poursuivit en m’expliquant que ses prétendus cauchemars avaient attrait avec Kay, qu’elle la voyait dès qu’elle fermait les yeux. Je n’y comprenais absolument rien. Pourquoi diable Kay la hantait-elle à ce point ? Pourquoi diable aurait-elle cauchemardé d’elle ? La réponse ne tarda pas à venir, mouillée de larmes. Une réponse qui me fit m’affaisser sur moi-même comme si mes épaules s’étaient soudainement transformées en mousse. Elle avait… Non. Je ne parvenais pas à me le dire ne serait-ce qu’à moi-même. Je ne parvenais pas à imaginer que Gabrielle avait pu faire cela. Et pourtant… Je cherchai alors désespérément son regard, espérant y lire de nouveau le mensonge car aussi surprenant cela soit-il, j’aurais réellement aimé qu’il s’agisse d’un mensonge en cet instant. Pourtant, son expression et la manière dont elle détourna le visage me firent parfaitement comprendre que ce n’était pas le cas. Quant à l’explication qui suivit, je dois bien avouer qu’elle me laissa encore plus pantois qu’auparavant. Certes, la grossesse de Kay avait changé beaucoup de choses dans nos vies mais jamais… Jamais elle n’avait été un véritable obstacle à ma relation avec Gabrielle. Jamais avoir cet enfant n’avait signifié vivre avec Kay pour moi. Je pensais qu’elle le savait… Je pensais qu’elle l’avait parfaitement compris, dès le début… Et pourtant, au lieu de ça, elle avait plutôt souhaité sa mort. Sa mort à elle, à Kay, alors qu’elle n’y était pour rien. Je l’avoue, je lui en avais voulu aussi mais avec le recul, j’avais bien été forcé d’admettre que Kay ne voulait pas plus de cet enfant que moi, tout comme elle n’avait aucun contrôle dessus. Impossible d’avorter ni même de se protéger de nos jours. Alors pourquoi ? S’il avait fallu souhaiter la mort de quelqu’un, n’aurait-il pas été plus juste de souhaiter celle de l’enfant ? Mais pourquoi Kay ? Pourquoi ?

J’étais profondément choqué, à tel point que je fus incapable d’esquisser le moindre mouvement pour retenir Gabrielle alors qu’elle chancelait, et se retint finalement à un meuble. Non, j’étais incapable de ne bouger ne serait-ce qu’un orteil tant cette nouvelle me faisait tomber de très haut. J’aurais préféré qu’elle me trompe, je crois. Mais dans tous les cas, dire que je ne m’attendais pas à cette confession n’aurait été qu’un euphémisme. Cependant, je sortis peu à peu de ma stupeur lorsque Gabrielle me dit que c’était elle qui l’avait tué en ayant souhaité sa mort. Non… Ca, ce n’était pas vrai. Ce n’était pas sa faute. Kay était morte parce qu’elle avait perdu énormément de sang durant l’accouchement et qu’elle n’avait pas réussi à s’en remettre. C’était la seule raison. Personne n’y pouvait rien, personne n’aurait pu faire quoi que ce soit. Je sentis alors ma gorge se serrer : repenser à la mort de Kay était une chose que j’évitais de faire, or, là j’avais carrément le nez dedans. Et entendre Gabrielle dire qu’elle aurait préféré qu’Héphaïstos grandisse avec sa mère ne fit rien pour arranger cela, bien au contraire. Je commençais réellement à me sentir mal moi aussi et baissai lentement la tête. Un sourire triste effleura ma joue quand Gabrielle me dit qu’elle aimait Héphaïstos, mais qu’elle se sentait coupable vis-à-vis de Kay. C’était donc ça… Et dire que j’avais pensé qu’elle revoyait Alexander… Quel idiot je faisais… Et lorsqu’elle répéta plusieurs fois qu’elle m’aimait, je manquai de me détourner carrément tant je me sentais à la fois coupable et blessé. Coupable parce que je l’avais soupçonné à tort, et blessé parce qu’avoir souhaité la mort de Kay était quelque chose de très grave à mes yeux, même si ce n’était pas elle qui l’avait provoqué au final. Elle fit alors un pas vers moi ; Je faillis reculer d’un pas. Je ne pouvais pas. Pas maintenant. Pas alors qu’elle me replongeait bien trop brutalement dans le souvenir de Kay, souvenir que je repoussais le plus souvent possible. Cependant, je relevai bien vite les yeux vers Gabrielle, encore plus choqué qu’auparavant.

Elle allait sur sa tombe ? Gabrielle allait sur la tombe de Kay ? Mais… Pourquoi ? Bien évidemment, j’étais obligé de la croire désormais. Oui, je la croyais lorsqu’elle me disait faire des cauchemars chaque nuit parce qu’elle se sentait horriblement coupable, et je la croyais quand elle prétendait aller sur la tombe de Kay chaque nuit, mais pourquoi ? Et surtout, comment pouvait-elle, elle, y parvenir alors que j’en étais toujours incapable ? Héphaïstos avait déjà plus de cinq mois et pourtant, je n’étais jamais allé voir Kay. Jamais. Je ne le pouvais pas. Alors pourquoi Gabrielle si ? J’étais profondément perdu et secouai la tête d’incompréhension alors que Gabrielle poursuivait dans ses excuses. Bien sûr, Kay représentait énormément à mes yeux, et bien sûr, le fait qu’elle ait souhaité sa mort me faisait mal mais je ne comptais pas la quitter pour ça. Je n’avais, en réalité, jamais envisagé de vraiment la quitter. Je voulais simplement m’éloigner quelques temps, pensant qu’elle pourrait régler ce qu’elle avait à régler avec Alexander de cette manière. Mais la quitter définitivement ? Non, j’en aurais été incapable. Elle avança de nouveau d’un pas, titubant tandis qu’elle pleurait toutes les larmes de son corps mais pour ma part, j’étais toujours incapable de réagir. J’étais comme figé par tout ce que je venais d’apprendre, en plus de profondément accablé par le souvenir de Kay. Certes j’ouvris à ce moment là la bouche, mais aucun son ne s’en échappa. Aucun mot ne parvint à s’enfuir de ma gorge tant elle était serrée. Et alors que je demeurais comme pétrifié, je vis les jambes tremblantes de Gabrielle se dérober sous elle, la laisser tomber à mes pieds. Aussitôt, je me précipitai pour la rattraper et la pris dans mes bras. Je nous redressai alors, la tenant fermement afin qu’elle ne tombe pas de nouveau, puis l’attirai rapidement vers le canapé, l’y asseyant. J’avais agis instinctivement, sans réfléchir. Pourtant, à peine assise, je ne pus empêcher mes pensées d’inonder de nouveau mon esprit tourmenté.

Que pouvais-je faire ? Que pouvais-je dire ? Sous mes yeux la femme que j’aimais le plus au monde pleurait sans pouvoir s’arrêter et moi, je restai là comme un idiot, ne sachant comment réagir. J’étais tellement choqué et perturbé que je ne parvenais pas à avoir le moindre geste de réconfort pour elle alors que ç’aurait dû être ma première réaction. Mais je n’y arrivais pas. Je n’arrivais pas à me détacher de tout ce que je venais d’apprendre et être à la hauteur pour Gabrielle, Gabrielle qui semblait prise d’une véritable crise de larmes. C’était trop pour moi. Je ne pouvais supporter de voir ça, en plus du reste. Je ne pouvais supporter de voir ma femme si mal tout en sachant tout ce que je savais. Cependant, il fallait que je réagisse. Il fallait que je fasse quelque chose, que je dise quelque chose. Ne serait-ce que pour la rassurer quant au fait que je n’allais pas la quitter, car il n’en était absolument pas le cas. Pour le reste… Nous verrions. Après. Plus tard. Là n’était pas le plus important pour le moment. Alors, je me forçai à déglutir et me penchai vers le bras du canapé pour y attraper un plaid qui se trouvait là, le dépliai, et le déposai lentement sur les épaules de Gabrielle afin de l’en entourer. Puis, je passai mes bras autour de son corps secoué de larmes et la berçai doucement, lui murmurant de petits « chut, chut » à l’oreille tout en lui caressant les cheveux. Tout ce que je voulais en cet instant, c’était qu’elle parvienne à se calmer, à calmer ses larmes, à respirer lentement. Je ne voulais plus la voir pleurer. Plus jamais. Cela dura un long moment avant que j’atteigne mon but et alors, je me reculai doucement pour déposer un léger baiser sur son front. Je scrutai son visage, le cœur en miettes. Dieu sait à quel point je haïssais la voir dans cet état. C’était plus fort que moi, lire de la peine dans ses yeux me brisait le cœur. Néanmoins, je finis par lâcher un profond soupir puis murmurai :

« Je vais te chercher un mouchoir. »

M’exécutant aussitôt, je me levai rapidement et retournai à la cuisine avant de lui rapporter ledit mouchoir que je lui tendis. Puis, je posai mon regard sur le parquet du salon avant de reprendre d’une voix tout aussi faible.

« Je ne vais pas te quitter Gabrielle. Ce n’est même pas envisageable pour moi. Jamais je ne te quitterai, je te l’ai déjà dit au moins mille fois pourtant… »

Je relevai alors les yeux vers elle, posai ma main sur la sienne, serrant ses doigts.

« Je t’aime. Je t’aime et crois moi, même pour tout l’or du monde je ne t’abandonnerai pas. »

Ma gorge se serra de nouveau tandis que mon regard redescendait vers le plancher. Certes je ne voulais pas la quitter, mais je ne parvenais pas à me détacher pleinement de tout ce qu’elle m’avait dit concernant Kay. Je ne parvenais pas à faire totalement abstraction. Malheureusement, je ne savais toujours pas quoi dire à propos de cela. D’une part je ne voulais pas l’accabler davantage, d’autre part je ne pouvais mentir et prétendre que cela ne faisait rien. De nouveau, je lâchai un profond soupir. Si je n’aimais pas penser à Kay, je crois que je détestais encore plus parler d’elle. Je n’aurais pas su dire pourquoi, mais c’était comme ça. Néanmoins, j’y étais dans le cas présent forcé. Je pris donc mon courage à deux mains et soupirai avant de me tourner vers Gabrielle.

« Kay n’est pas morte par ta faute. »

Le simple fait de prononcer à voix haute son prénom me donna des frissons mais je me forçai à poursuivre.

« Ca n’a rien à voir avec toi. C’est… Comme ça. J’ai assisté à l’accouchement, je l’ai veillé jusqu’au bout. Je peux te dire que sa mort était entièrement due à l’hémorragie qu’elle a faite… Mathilda ne pouvait rien faire de plus, Kay ne pouvait quasiment pas se nourrir. C’était trop grave… Elle était bien trop faible pour pouvoir se remettre. »

Je soupirai de nouveau tout en abaissant mon regard sur sa main que je caressais doucement.

« Mais je te l’avoue, je t’en veux d’avoir souhaité sa mort. C’est vrai qu’elle comptait beaucoup pour moi, et c’est vrai que je l’aimais énormément. Je n’aime pas repenser à elle, parce que je n’aime pas me dire que je ne la verrai plus jamais sourire ou s’énerver pour rien. Mais ce n’était pas de l’amour entre nous, enfin, pas l’amour qu’il faut pour élever un enfant ensemble. Je n’y ai jamais pensé. Je ne l’ai jamais envisagé. Pour moi, il a toujours été clair que nous ne formions pas un couple et que nous n’en formerions jamais un. Je pensais que tu l’avais compris… »

C’était la pure vérité. Depuis l’instant où j’avais su que j’allais être père, je n’avais pas pensé un seul instant à élever l’enfant aux côtés de Kay. J’avais fini par accepter d’assumer mon rôle, mais pas en étant en couple avec elle.

« Quoi qu’il en soit, je ne pense pas que fuir Héphaïstos soit la bonne solution. Tu ne l’as pas privé de sa mère, mais tu le prives d’une mère adoptive en agissant de cette manière. Tu sais, même si c’est triste, il ne se souviendra pas d’elle. Il ne la connaîtra jamais. Même si je lui expliquerai qui était sa vraie mère, la seule personne qu’il connaîtra en tant que telle, ce sera toi, et si toi tu ne lui montres pas que tu l’aimes alors oui, oui, il n’aura aucune mère. Mais si tu joues ce rôle là pour lui… Si toi tu es là pour lui, alors il aura une vraie famille. »



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MessageSujet: Re: Morning Mist [PV Aristide]   Dim 21 Oct - 15:46

Petit à petit, je faiblissais Chaque petit pas qui me rapprochait de lui me faiblissait, ou alors, c'était la fatigue psychologique et morale qui finissait par se faire ressentir physiquement. En tout cas, ce qui était certain, c'était que je n'allais plus tenir très longtemps debout. Pourtant, il ne faisait pas un pas vers moi, même pas un geste en fait... Rien. Je venais de tout lui confesser et j'avais bien peur qu'il soit trop tard ou, pire, que cette confession ait finalement empiré la situation. Soudain, la faiblesse que je craignais se produisit et sans que je puisse me retenir à quoi que ce soit, mes jambes cédèrent et m'abandonnèrent, me laissant tomber au sol. Sauf que je ne touchai pas le sol : Aristide s'était précipité, en me voyant tomber, afin de m'éviter la chute et je me retrouvai ainsi dans ses bras, auxquels je m'accrochai sans attendre désespérément. J'enfouis ma tête contre son torse, pleurant silencieusement, m'agrippant à lui tandis qu'il me serrait contre lui et nous amenait jusqu'au canapé où il m'installa, puisque j'étais incapable de faire le moindre mouvement moi-même sur le moment. Malheureusement, le fait qu'il soit à mes côtés ne me soulagea pas, bien au contraire : mes sanglots redoublèrent d'intensité sans que j'y puisse quoi que ce soit. En réalité, sur le moment, je n'étais pas capable d'y penser mais, plus tard, je comprendrais que c'était là le débordement d'émotions que j'avais tant gardées en moi. C'était la culpabilité d'avoir souhaité, dans les tréfonds de mon âme, que Kay ne soit jamais venue au monde, et en même temps, c'était le soulagement de m'être confiée à l'homme que j'aimais et de ne plus avoir ce mensonge sur ma conscience. Le poids pesait toujours bel et bien sur mes épaules mais à présent, il était hors de moi, il était partagé et avoué. Voilà pourquoi j'étais incapable de m'arrêter de pleurer tandis qu'Aristide demeurait à mes côtés, silencieux. J'étais incapable de réfléchir à ce qu'il pouvait penser et c'était sans doute mieux car j'aurais sans doute eu très peur de sa réaction. En cet instant, j'étais trop dans un état de détresse et de tristesse pour réussir à penser et à me préoccuper de ce qu'il allait advenir ensuite. Cela allait arriver bien assez tôt... Puis, je sentis quelque chose de chose autour de moi et les bras d'Aristide.

Ce fut le déclic.

Je retombai sur terre, dans cette pièce et réalisai qu'il venait de m'enrouler d'un plaid afin que je sois au chaud et qu'il m'avait pris dans ses bras afin de me bercer tout contre lui pour réussir à me calmer. Petit à petit, je repris conscience de mon corps, du poids qu'il pesait, de mes membres engourdis et bientôt, mes mains glissèrent autour de la taille d'Aristide pour le serrer doucement contre moi tandis que je fermai les yeux, me laissant bercer par ses bras, par son parfum, par sa voix. Je pleurai encore beaucoup car il m'était très difficile de me calmer maintenant que j'avais tou laissé sortir. Cependant, au bout d'un moment, les gestes et la voix de mon amour furent effet et, progressivement, ma respiration se cala sur celle d'Aristide et je parvins à me calmer. Mes larmes coulaient toujours mais les sanglots avaient bientôt cessés pour laisser la place à des pleurs plus silencieux et plus calmes. Malgré les larmes, je fus capable de respirer, uniquement par la bouche tant mon nez était obstrué d'avoir à ce point pleuré. J'entendais mon propre souffle mélangé aux battements de cœur que j'entendais alors que j'avais la joue collée contre le torse d'Aristide. Lorsque le calme fut véritablement revenu, Aristide se recula et déposa un baiser sur mon front avant de m'annoncer qu'il allait me chercher un mouchoir. Lorsqu'il se leva, mes mains le quittèrent et restèrent en l'air, figée alors que je venais de perdre ce contact que j'avais cherché et que je risquais de ne plus jamais retrouver. Puis, je parvins à approcher mes mains de mon visage afin de l'essuyer : je devais probablement avoir une tête affreuse et en cet instant, je fus reconnaissante qu'Emma soit chez son père : ma petite fille n'aurait pas compris ma détresse et ça lui aurait fait du mal. J'aurais au moins réussi à lui éviter ça à défaut d'avoir été incapable de lui éviter d'autres souffrances.

Lorsqu’Aristide revint et me tendit le mouchoir, je le pris sans attendre en murmurant un merci quasi inaudible et me mouchai avant de poser le mouchoir usagé sur le petit meuble se trouvant près du canapé. Je me risquai à poser mon regard sur Aristide et, en voyant qu'il s'obstinait à fixer le parquet, je détournai le regard, décidant à mon tour que ce parquet était très intéressant à regarder. Nous étions en cet instant à la fois si proches et si loin l'un de l'autre... Lorsqu'il m'annonça à voix basse qu'il n'allait pas me quitter, que ce n'était pas envisageable, qu'il ne me quitterait jamais et qu'il me l'avait répété mille fois, j'aurais dû être soulagée mais il n'en fut rien. En réalité, je manquais cruellement de confiance en moi, en particulier quand il s'agissait des hommes. J'avais eu peur qu'Alexander me quitte pour de mauvaises raisons, je n'avais pas eu confiance en moi, j'avais eu peur qu'il me voie d'une telle façon qu'il ne m'aimerait plus et j'avais eu tort. J'avais fini par faire du mal à mon ex époux, j'avais mis notre mariage en péril et finalement, Alexander m'avait quittée justement parce que j'avais fait ce choix de ne pas faire confiance. Et puis, Aristide était à présent dans ma vie, je ne me voyais pas finir mes jours sans lui à mes côtés et pourtant, le même schéma se répétait, mais pour d'autres raisons. Cette fois-ci, j'avais menti à cause de ma culpabilité vis à vis de Kay mais finalement, la raison profonde était exactement la même qu'avec Alexander : la peur qu'Aristide ne me voit d'une façon si différente qu'il en viendrait à me quitter. Le constat était là et je ne pouvais pas prétendre le contraire : je manquais de confiance en moi, de confiance envers l'homme que j'aimais et cela risquait de mettre un terme à notre histoire comme mon histoire avec Alexander avait pris fin. Je ne voulais pas de ça. Je ne voulais pas commettre deux fois la même erreur. Malheureusement, il était peut-être déjà trop tard. En tout cas, s'il n'était pas trop tard, il ne faisait aucun doute que j'allais changer et faire en sorte que plus jamais ce genre d’événement ne se reproduise : j'allais apprendre à me faire confiance, à faire confiance et à tout dire, dans n'importe quelle circonstance.

Lorsque je sentis la main d'Aristide sur la mienne et ses doigts serrant les miens, je décidai de moins m'intéresser au parquet et de plus m'intéresser à lui et je fus heureuse de pouvoir croiser, enfin, son regard. Je ne fis aucun effort pour y lire ce qu'il pouvait ressentir, trop dans la crainte et préférant le laisser exprimer à haute voix ce qu'il pensait plutôt que de tirer des conclusions qui, encore une fois, risquaient de me faire emprunter le mauvais chemin. Malgré ma peur, je soutins son regard et fus même capable d'esquisser un maigre sourire lorsqu'il me dit qu'il m'aimait. « Même pour tout l'or du monde je ne t'abandonnerais pas ». Comment expliquer ce que ses mots représentèrent pour moi en cet instant ?... Un soulagement certain, un poids bien moindre sur mes épaules et une merveilleuse impression que tout n'était pas perdu même si le chemin risquait d'être difficile. Comment pouvais-je savoir que ce chemin allait être difficile ? Son comportement à lui était le seul et unique indice que j'avais et lorsqu'il trouva de nouveau le plancher plus intéressant que mon regard, ce fut à ce moment-là que je sus que la route serait longue. J'avais lâché une bombe, j'avais avoué des choses inavouables, absolument terribles et il lui faudrait beaucoup de temps pour les encaisser, pour que tout redevienne comme avant mais je n'abandonnerais pas. Alors que j'observais l'homme que j'aimais se détourner de moi, alors que mon regard parcourait son visage puis sa nuque et chaque partie de son corps pour m'attarder sur ses mains, je me promis de ne jamais abandonner et de me montrer forte et ce, peu importe le comportement qu'il allait adopter vis à vis de moi. Il ne serait pas toujours capable de prendre sur lui et j'allais devoir faire avec : oui, j'allais faire avec, quoi qu'il advienne. J'attendis patiemment qu'il fasse le tri dans ses idées afin qu'il me fasse part de ce qu'il ressentait. Cela prit un certain temps mais je ne bronchai pas, me contenant de serrer un peu plus autour de moi le plaid qu'il avait posé sur mes épaules. Puis, quand il soupirai, je sus qu'il allait se lancer et pris à mon tour une profonde respiration au moment où il se retourna vers moi.

Il souffrait, je le voyais et aussitôt, je m'en voulus encore plus... Je ne pouvais et ne voulais cependant pas faire marche arrière. J'allais assumer, jusqu'au bout. J'allais vivre avec, jusqu'au bout. Sa bouche s'entrouvrit enfin et il m'annonça que Kay n'était pas morte par ma faute. Je fronçai les sourcils avant de baisser le regard : ça, c'était discutable. Qu'il m'explique que Kay était morte à cause de l'hémorragie qui s'était produite lors de son accouchement ne changeait rien à ce que je pouvais ressentir et penser : comment pouvait-il affirmer que je n'étais pas responsable de cela ? Après tout, le fait de l'avoir pensé avait peut-être entraîné la perte de cette jeune femme qui n'avait pourtant rien fait de mal... Aristide aurait beau dire tout ce qu'il voulait sur le pourquoi de la mort de Kay, jamais, jamais je ne me pardonnerais ces horribles pensées et jamais je n'arriverais à me convaincre que je n'étais pas au moins en partie responsable de sa mort. Jamais. Il caressa doucement ma main avant de poursuivre alors que, de mon côté, je trouvais de nouveau le plancher véritablement très très intéressant. Mais le plancher s'effaça lorsque je fermai les yeux quand Aristide m'avoua m'en vouloir pour avoir souhaité, ne serait-ce qu'un bref instant, la mort de Kay. Ses mots furent comme des coups de couteau sur ma peau, comme de petites entailles qui ne guériraient probablement jamais. Oui, elle comptait pour lui et ça je le savais, c'était d'ailleurs cet amour qu'il éprouvait pour elle et donc, ma jalousie à l'égard de Kay qui m'avait conduite à me transformer en monstre pendant un bref instant. La façon dont il parlait d'elle me fit mal mais pas à cause de ma jalousie, oh non... Cela me fit mal parce que lui avait mal. Il avait mal en évoquant le souvenir de Kay, il avait mal en pensant que justement, elle n'était à présent plus qu'un souvenir et qu'il ne la reverrait jamais. Kay était une amie très chère à son cœur et je comprenais à quel point il pouvait souffrir de l'avoir perdue. Après tout, j'avais moi-même perdue ma meilleure amie même si la situation était bien différente et même si la perte n'était absolument pas comparable. Moi, j'avais la possibilité de revoir Kat un jour, ça n'était pas impossible. Kay, elle, était partie pour toujours dans un autre monde et Aristide ne pourrait plus jamais la revoir. Non, cette perte là, je ne pouvais pas la comprendre, juste l'imaginer. Je me sentis horriblement stupide lorsqu'il me confirma qu'il n'avait jamais vu Kay comme une femme avec laquelle il ferait sa vie et qu'il pensait que je l'avais compris.

Non, je n'avais pas compris. Encore une fois... Et voilà où nous en étions, par ma faute. J'avais déjà fait tant de mal autour de moi, il fallait absolument que cela cesse.

Quand il parla d'Héphaïstos, je rouvris les yeux et posa instantanément mon regard sur lui. Ses mots me firent mal mais pas de la même manière. Il avait raison... Il avait tant raison... En tout cas, il avait raison sur le fait que je le privais d'une mère adoptive. Quand à dire que je ne l'avais pas privé de sa mère, nous risquions de ne pas être d'accord sur ce point pendant encore très longtemps. De nouvelles larmes me montèrent aux yeux quand Aristide me dit que, même si Héphaïstos allait savoir qui était sa véritable mère, il n'aurait qu'une seule maman et ce serait moi, et, si je ne le faisais pas, il n'aurait aucune vraie famille. Je détournai le regard et observai la lumière qui perçait à travers la fenêtre. Je ne voulais pas qu'il me voit encore pleurer. Alors, je restai quelques instants immobiles, silencieuse afin de rassembler mes forces pour éviter que les larmes ne finissent par couler. Fort heureusement, j'y parvins, même si ma vue était trouble en raison de ces larmes contenues et retenues. A défaut de cacher mes yeux brillants de larmes, j'allais au moins éviter les larmes. Je pris plusieurs profondes respirations puis, quand je m'en sentis enfin capable, je me retournai vers Aristide et plongeait mon regard dans le sien. J'y voyais tant de douleur que je dus faire appel à encore plus de forces pour ne pas pleurer. Ma main qui tenait le plaid le lâcha et la couverture retomba de mes épaules. Je n'en avais que faire... Ma main se posa sur celle d'Aristide et je la serrai avec force. J'avais peur que ma voix ne soit tremblante mais, lorsqu'elle s'éleva, elle était somme toute assez normale. Aussi normale qu'elle pouvait l'être au vu des circonstances et de ce qu'il venait de se produire.

-Tu as raison... J'ai tout fait de travers... J'ai tendance à faire beaucoup de choses de travers depuis un moment...

Je levai les yeux au ciel et secouai la tête tant j'étais dépitée par ma propre stupidité. Je fermai les yeux un bref instant avant de les rouvrir et de replonger dans cet océan bleu dans lequel j'aimais tant me perdre. J'aurais tant voulu m'y perdre en cet instant, cela aurait été bien plus facile mais la facilité, c'était terminé. J'en avais trop abusé.

-Mais ça va changer, je te le promets.

Ma main quitta la sienne pour aller se poser sur sa joue que je me mis à caresser tout doucement. J'étais toujours au bord des larmes mais parvenais à me contrôler.

-Je suis sincèrement désolée pour tout le mal que j'ai pu te faire, à toi, à Kay et à votre fils... Surtout à toi... Tu as tellement souffert à cause de moi et pourtant, tu es toujours là...

Pour le coup, je fus cette fois-ci incapable de retenir mes larmes bien qu'un sourire fendit mon visage.

-Et oui, j'aurais dû le comprendre mais je n'ai pas compris... Je n'ai rien compris... J'ai fait cette erreur, encore, de ne pas avoir assez confiance alors que tu as tant prouvé que tu m'aimais et que tu me voulais dans ta vie... Quoi qu'il advienne... Je vais me le répéter, encore et encore et je vais changer... Je serai une meilleure femme pour toi et je serai une bonne mère pour ton fils... Notre fils...

Oui, il était notre fils.

-Je pensais ne pas mériter de m'occuper de lui mais ce que je mérite ou pas ne compte pas en fait... C'est lui qui compte... Et toi... Et Emma... Je dois prendre soin de notre famille, peu importe ce que ça doit me coûter mais...

Il fallait que je lui demande, il fallait que je sache. La réponse n'allait rien changer à mes bonnes résolutions, c'était certain mais j'avais quand même besoin de savoir. Je devais savoir à quel point le chemin allait être difficile... Je me penchai un peu, rapprochant mon visage du sien, ma main toujours posée contre sa joue.

-Crois-tu qu'un jour tu seras capable de me pardonner ?

Parce que tout se résumait à ça. Je ferais face, je serais forte, même s'il ne devait jamais me pardonner mais si c'était le cas, j'avais besoin de le savoir car j'avais besoin de me façonner une carapace qui m'aiderait à vivre avec sa rancœur pour le reste de mes jours.

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